‹ Mémoire sur la digitaline et la digitaleChapitre 19 sur 41 · IX. — INTOLÉRANCE, INTOXICATION. TRAITEMENT DES ACCIDENTS · texte numérisé non relu

IX. — INTOLÉRANCE, INTOXICATION. TRAITEMENT DES ACCIDENTS

Intolérance.

Signes précwrseurs. — Sentiment dé défaillances épigastriques , vague disposition à vomir ; prostration ; vue obscurcie, tête lourde, sorte de tension au-dessus des orbites; répugnance extrême à prendre le médicament, surtout si celui-ci offre l'odeur et la saveur de la digitale.

Traitement. — Il suffit presque toujours de diminuer la dose du médicament pour voir se dissiper d'eux-mêmes ces légers accidents. Cependant, si les nausées étaient prononcées, il faudrait suspendre l'usage de l'agent médicamenteux.

Quelques stimulants, comme une gorgée d'un liquide spiritueux (rhum, kirsch, eau-de-vie, anisetle, ou telle autre liqueur agréable au malade), pur ou étendu d'eau ou sur du sucre, suivant les circonstances pathologiques ou le goût de la personne, sont en général un bon moyen de faire cesser cette disposition aux nausées.

La distraction, l'exercice, contribueront aussi à dissiper cette disposition.

Effet éviétique ou éméto-cathartigv.e. — Cet effet peut se présenter lorsqu'on dépasse, chez les adultes, la dose de 5 milligrammes de digitaline dans les vingt-quatre heures, soit que l'on n'ait pas tenu compte des signes précurseurs dont nous venons de parler, soit , ce qui arrive quelquefois, que l'intolérance ait lieu tout à coup et d'une manière que l'on peut appeler explosive.

Souvent il y a des vomissements seulement, d'autres fois des vomissements et des selles, plus rarement des selles sans les premiers : le tout généralement accompagné de quelques accidents cérébraux, comme maux de tête, étourdissements , vue trouble ; souvent aussi il y a de la prostration, et parfois une sensation de froid par tout le corps.

Rarement ces effets se produisent lorsqu'on ne dépasse pas h milligrammes de digitaline (voy au § VII).

Traitement. — Suspednre l'usage du médicament; prendre de petites quantités d'une boisson acidulée ou gazeuse à la glace, d'une potion éthérée, et garder le repos : tels sont les moyens qui suffisent souvent pour que le malade se rétablisse dans un intervalle de un à trois jours. — Sinon, il faudrait recourir aux moyens indiqués pour la période suivante.

Intosica'ion proprement dite.

Les vomissements, qui manquent rarement, ont quelquefois une persistance extrême, se reproduisent dès que l'on veut ingérer au delà de quelques cuillerées de boisson à la fois, et fatiguent horriblement le malade déjà accablé par l'effet même de l'agent toxique. Ces vomissements peuvent persister, un, deux, ou un plus grand nombre de jours, et l'estomac rester quelque temps encore après que les vomissements ont cessé, réfractaire aux aliments, surtout s'ils sont solides (1).

Les centres nerveux deviennent le siège d'accidents plus ou moins graves : céphalalgie, vertiges, délire, prostration extrême, anxiété précordiale ; perturbation profonde de la circulation ; refroidissement des extrémités.

Dans l'intoxication par la digitale, on a noté souvent la diminution (2), quelquefois l'augmentation des urines (3). Dans certains cas il y a des déjections alvines [U], d'autres fois constipation (5). Les pupilles sont quelquefois dilatées, d'autres fois contractées, le plus souvent elles restent dans leur état naturel. ,

Traitement. — Les vomissements produits par l'effet même du médicament suffisent ordinairement pour débarrasser l'estomac de l'excès de la substance qui pourrait encore s'y trouver ; si ce résultat n'avait point eu lieu ou

(1) Voy. notre 5" tableau récapitulatif de la !'« série, à la fin du mémoire, et 2° partie, g II, div. B. — Voy. aussi l'observation de M. Ouimont, § VII.

(2) Voy. HuTCHiNSON {$ I, div. B, et notre 5e tableau ci-dessus cité. — Voy. aussi Tofaservation de M. Leroux rapportée $ II, div. B, art. Ac' tion éméto-calhartique et toxique, Remarques ; et Richard, Dict, de méd. en 30 vol., t. X, p. 373.

(3) Bouvier, Bulletin de thérapeutique, t. XXXV, 18/i8, p. M8.

(4) HniCHiKSON, § I, div. B.

(5) Bouvier, Bulletin de thérapeulique, t. XXXV, p. Ii2i ; et note du 5' tableau déjà cité.

n'avait été produit que d'une manière insuffisante, on devra le favoriser par un vomitif-

Combattre les accidents gastriques par des boissons acidulées ou gazeuses en très petite quantité à la fois (quelques cuillerées), des tranches d'oranges à sucer, des fragments de glace dans la bouche, etc. ; passer plus tard, si besoin est, aux boissons émollientes.

Combattre les coliques par des lavements émoUients, des cataplasmes, et les autres moyens usités en pareilles circonstances; en cas de constipation, lavements laxatifs et même purgatifs.

Les accidents cérébraux, s'ils sont très marqués, nécessitent des sinapismes, des lavements d'eau salée, des purgatifs, des émissions sanguines.

Lorsque la période d'acuité est passée, qu'il n'y a plus de tendance aux vomissements, donner du bouillon, plus tard des potages, et ne revenir que lentement et avec circonspection aux aliments solides.

On a indiqué, dans les cas d'empoisonnement par la digitale, l'usage du café, du thé. Ces moyens paraissent rationnels, comme pouvant diminuer l'action du principe toxique, par la tendance des matières astringentes à former avec lui un précipité insoluble, et aussi par leur propriété stimulante. Nous n'avons employé ni vu employer ces moyens, et quand nous avons été nous-mêmes sous l'influence de l'intoxication digitalique, nous nous sommes contentés de boissons gazeuses et de tranches d'oranges. C^oy- § II et ^"tableau récapitulatif, à la fin du mémoire.)

On a aussi recommandé l'opium.

On a encore proposé, contre les vomissements, les antispasmodiques, tels que le sous-nitrate de bismuth, l'oxyde de zinc (1), le colombo (2).

Nous n'avons employé aucune de ces substances.

(1) Lombard, de Genève, Bulletin de thérapeutique, t. XI, p. 310.

(2) BlDiULT DE VlfcllERS, p. llO,

- On voit en résumé, d'après tout ce qui précède, que la digitale et la digitaline présentent, dans leur action, trois ordres de phénomènes qui sont en rapport avec les doses.

A. — Modification de la circulation et de la sécrétion » urinaire.

Ces modifications ont lieu chez l'homme à de faibles doses : ordinairement de 1 à 4 milligrammes de digitaline par vingt-quatre heures.

Les personnes qui peuvent supporter déplus fortes doses sans que les phénomènes du second ordre surviennent font exception.

B. — Action éméto-cathartique (Intolét^ance) .

! Ce mode d'action est généralement annoncé par des signes précurseurs , comme : Tiraillements d'estomac , nausées, sentiment de lassitude générale, défaillances. — Quelquefois cependant l'action éméto-cathartique se manifeste brusquem^t sans avoir été précédée d'aucun de ces signes.

En général, les phénomènes précurseurs dont nous parlons surviennent lorsqu'on dépasse, chez les adultes, la dose de ^ à 5 milligrammes.

Très rarement l'on rencontre des prédispositions individuelles qui ne permettent pas 'de s'élever à plus de 1 à 2 milligrammes de digitaline sans voir apparaître le phénomène d'intolérance.

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