‹ Mémoire sur la digitaline et la digitaleChapitre 18 sur 41 · M. LAROCHE · texte numérisé non relu

M. LAROCHE

Cas de perles séminales nocturnes, traitées avec succès pat* l'emploi de la digitaline.

« En tète des maladies sur lesquelles les praticiens ne fixent pas assez leur attention, nous n'hésitons pas à placer les pertes séminales nocturnes. Les accidents nerveux dont souvent elles deviennent la source lui méritent cependant une étude spéciale. La pauvreté de la thérapeutique à l'égard des indications posées pour le traitement de celte maladie est sans aucun doute le principal motif de cette sorte de négligence, il importe donc par des faits répétés de ne pas laisser tomber dans un regrettable oubli les précieuses ressources signalées en ces derniers temps par ce journal (il s'agit du Bulletin de thérapeutique). »

Observation. — « M. X. .., jeune homme de dix-huit ans, très grand, mais mince et fluet, m'est présenté il y a quelques mois par son père, pour être traité de pertes séminales nocturnes. Sa maladie, me dit-il, lui était subitement sur-

(1) BuUelin de thérapeutique, 1854, t. XLVIt

veuuc deux mois auparavant. Ce qu'il y avait fie plus réel, !{ c'est que, depuis vingt jours, les pollutions n'avaient pas i: fait défaut une seule nuit. La constitution de ce jeunes homme en avait subi de fâcheuses conséquences ; ses forces étaient anéanties, l'appétit avait complètement disparu, et le sommeil était troublé par des cauchemars pénibles.

» J'avais lu dans le Bulletin de thérapeutique les divers articles sur l'emploi de la digitaline et du lupulin dans les cas de pollutions nocturnes ; j'éprouvais donc un certain embarras : de l'extrême pauvreté, nous étions passés à la richesse, puisque deux agents thérapeutiques se présentaient à mon choix. Je nme décidai pour les granules de digitahne d'Homolle et Quevenne, que l'on rencontre plus facilement dans les officines de nos pharmaciens. Je n'ai pas eu à me repentir de cette préférence. La nuit même qui suivit l'administration des trois granules conseillés par M. Corvisart, la pollution fit défaut pour la première fois, il en survint Une le douzième, puis le trentième jour, et depuis elles ont complètement disparu. Le malade a suivi son traitement pendant quarante-cinq jours.

» Depuis cinq mois, je n'ai pas revu ce jeune homme, et j'ai tout lieu de le croire guéri, car son père, qui connaissait la cause des changements fâcheux éprouvés dans l'état de santé de son fils, me l'eût ramené. L'efletdu traitement avait été trop rapide pour que le doute fût possible à l'égard de l'efficacité de l'intervention de la médecine dans ce cas. » (Voy. § VIII, pour des expériences de M. Brughmans au sujet de l'action élective de la digitale sur les organes génitaux.)

M. p. DUROZIEZ (1j.

L'auteur, dans un mémoire couronné par la Faculté de médecine, et dont il a reproduit plusieurs fragments dans sa thèse, avait à examiner : Jusquà quel point et dans

(1) P. DuRoziEZ, Thèse pour le doctoral, Paris, 1853, p. 36*

MÉMOIRE SUR LA. DIGITALINE.— Il" PART., § VL 295 quelles conditions on peut ^ à Vaide des diverses préparations de digitale pourprée^ ralentir les battements du cœur sans porter de troubles soit dans les organes digestifs, soit dans le système nerveux?

Les observations ont porté sur trente-trois malades atteints, pour la plupart, de maladies organiques du cœur.

Les préparations expérimentées ont été :

La poudre de digitale, l'extrait aqueux et l'extrait alcoolique de cette plante, ces trois préparations sous l'orme de pilules ; la teinture alcoolique et la teinture éthérée en potions. L'infusion de digitale en tisane ; la même en lavement (0,15 à 0,30 de poudre pour 200 grammes d'eau) ; la poudre de digitale sur la peau dénudée par un vésicatoire (moyen douloureux auquel on a dû renoncer); enfin la digitaline sous forme de granules.

Voici les faits les plus saillants qui ressortent du travail de M. Duroziez :

« La digitaline préparée par MM. Quevenne et Homolle, quand on peut se la procurer, doit être la seule préparation usitée, à cause de sa régularité et de son aptitude moins grande à produire les accidents. La digitaline enfin, dit l'auteur, me semble présenter au médecin les mômes avantages que la quinine On peut presque toujours ralentir et régulariser le pouls d'une manière utile pour le malade, sans porter de troubles sérieux soit dans les organes digestifs, soit dans le système nerveux, en administrant la digitaline à des doses qui doivent varier de 2 à 3 milligrammes dans les vingt-quatre heures, et en s'arrêtanf aussitôt qu'on atteint le chiffre normal du pouls, pour reprendre quelques jours plus tard. » (Page 63.)

Si l'on arrive à doubler les doses, ou bien on est promptement arrêté par les accidents gastriques, ou l'on observe des phénomènes! d'excitation , le pouls devient irrégulier, ou bien, le pouls restant régulier et devenant très lent, il arrive souvent que le malade n'y trouve aucun profit, (iuant à la période d'excitation primitive signalée par

certains auteurs comme précédant la période de ralentissement lorsqu'on administre la digitale ou ses préparations, M. Duroziez ne l'a observée ni sur ses malades, ni sur lui- 1 môme, ce qui le porte à se demander si ce ne serait pas là! un effet purement accidentel.

L'auteur a étudié les cfTels de la digitale sur la respiration, à l'exemple des professeurs d'Alfbrt.(Voy. art. Bouley et Reynal y § Il bis.) Il n'est arrivé à aucun résultat dans le sens indiqué par ceux-ci (ralentissement).

M. Duroziez ne nie pas l'action diurétique, mais il conteste ([ue la manifestation de ce phénomène soit aussi fréquente qu'on l'a dit. Pour son compte, il n'en a pas rencontré d'exemple nettement probant.

M. MANDL.

Nous avons déjà dit (2" part., § I; voy. aussi § VIII) que 3 la digitale avait été appliquée en Angleterre surtout , au i traitement de la phthisie, par de nombreux praticiens, et l qu'ils en avaient retiré des avantages plus ou moins grands.

Nous avons vu que la digitaline elle-même a été employée dans des cas pareils par M. Hervieux, qui est parvenu ainsi à diminuer les souffrances des malades, à leur rendre du repos.

De son côté, M. le docteur Mandl, dont le nom est très connu pour ses travaux de médecine divers et surtout par ses importantes recherches de micrographie, s'est occupé, depuis longtemps, d'étudier les ressources que peut offrir la digitaline dans le traitement de la phthisie. L'auteur n'a point encore publié son travail, mais il a bien voulu nous communiquer une note indiquant les résultats jusqu'ici obtenus. Voici cette note :

Parmi les phénomènes si variés de l'innervation que présentent les phthisiques, un des plus constants est, d'après mes observations, un état particulier de sommeil lourd accompagné par des rêves inquiétants, pénibles, de

véritables cauchemars. Sur 150 observations prises dans ma clientèle, ce symptôme s'est présenté dans plus de la moitié des cas. D'autres fois le sommeil est seulement agité et nullement réparateur, sans que le malade ait un souvenir précis des rêves pénibles qu'il a faits. Ces symptômes sont au nombre de ceux qui fatiguent le plus les malheureux phthisiques, déjà si tourmentés par le travail tuberculeux.

Pour combattre ces rêves pénibles, ces cauchemars, j'ai vainement employé les calmants et les narcotiques. Mais ayant eu recours à la digitaline, j'ai obtenu des résultats très favorables. L'emploi de un ou deux granules, pris le soir, fait disparaître comme par enchantement ces rêves inquiétants, même lorsqu'ils persistent depuis plusieurs mois.

Dans les cas où les malades étaient tourmentés par la fièvre, et lorsque celle-ci n'était pas trop violente, j'ai pu. aussi,, par le même moyen, leur procurer souvent, mais d'une manière moins constante, un sommeil tranquille.

Il est encore un autre genre de maladies des voies respiratoires, dans lequel j'ai tiré bon parti de la digitaline : Je veux parler de l'asthme idiopathique nerveux, ce qui exclut, par conséquent, la présence de toute lésion organique du cœur, du canal intestinal, etc. Deux symptômes principaux caractérisent cette maladie : la dyspnée et la bronchite concomitante et intermittente. Cependant , à mes yeux, l'existence de la bronchite n'est pas absolument nécessaire; j'ai vu le même malade tantôt affecté d'accès de dyspnée avec du râle concomitant , tantôt affecté de dyspnée seule, sans que l'auscultation permît de découvrir la moindre trace de sibilance.

On sait que ces accès se manifestent de préférence la nuit, qu'alors les malades éprouvent tout d'un coup le besoin immodéré d'air frais, que les Allemands caractérisent par l'expression pittoresque de faim d'au- (Lufthunger), et que rien n'égale le contentement du malade lorsqu'il se

298 ARCHIVES DE PIIYSlOLOGIt: , ETC.

voit, même momentanément, soulagé de ce supplice. Col soulagement, j'ai pu l'obtenir, dans quelques cas, par lali digitaline, donnée progressivement jusqu'à la do^c do sixii granules par jour. Mais, comme je viens de le dire, ce n'osts qu'un soulagement, car le traitement radical exige unei médication active dont j'exposerai bientôt le mode et les)i résultats.

L'auteur ajoute qu'il a employé la digitaline avec lel même succès chez une jeune dame sujette à des congestionsi vers le cerveau, ayant le sommeil lourd et troublé par deSs cauchemars.

Remarqua. — Les expériences de M. Hervieux, celles dei M. Sandras, de M.Bouillaud, de MM. Andral et Lemaistre, ^ de MM. Corvisart, Laroche, Duroziez, Mandl, ont été faites» avec une digitaline qui a toujours été la même (granules s de digitaline d'HomoUe et Quevenne) ; par conséquent, nous % sommes sûrs que les observations cliniques recueillies par r ces différents expérimentateurs ont pour base un médicament identique qui les rend plus facilement comparableà« entre elles. (Voy. , pour la question d'identité de la digitaline, 1" partie, § I, art. E&iicà de la digitaline, et § IV, , Parallèle entre la digitaline et la digitale. ]

Ces expérimentateurs se sont donc trouvés placés dans s la condition signalée parMac-Lean comme étant de la plus « grande importance, condition que nous avons déjà citée î l" partie, § IV, p. lU , et qui consiste dans le fait d'avoir r une préparation uniforme qui possède toutes les propriétés \ de la digitale sans s'altérer en aucun temps, que l'on puisse ? se procurer en toutes saisons. Alors, dit-il, les praticiens s feront leurs expériences sur un seul et même remède.

Considérations générales,

Aclion diuréLique.

Si, dans le cours de nos propres observations ou dans celles dont nous avons eu occasion d'être témoins, nous

n'avons vu que rarement des effets diurétiques marqués de la digitaline, nous devons dire aussi que nous n'avons pas été plus heureux pour la digitale. Il faut d'ailleurs rappeler que si certains auteurs ont considéré celte plante couime étant le diurétique le plus sûr que nous possédions (1), comme ayant, dans certains cas spéciaux d'wfiltration, un effet merveilleux qui semble doimer au praticien la puissance de commander à la nature (2) ; — d'un autre côté et à l'inverse, plusieurs médecins, et entre autres Lettsom, Alibert, étaient loin d'accorder une grande confiance à ce médicament dans le traitement des hydropisies, et n'en ont obtenu, dans leur pratique, aucun effet heureux (3).

Au milieu de ces opinions extrêmes et opposées, et nous appuyant d'ailleurs sur notre propre observation , nous serions fort enclins à adopter l'opinion que Richard a émise à ce sujet en se basant sur les expériences de Guersent père. Voici le passage dont il s'agit : « Malgré toutes ces assertions (cas deguérison d'hydropisies), nous devons apporter beaucoup de restrictions à ces éloges donnés à l'emploi de la digitale dans le traitement des hydropisies. M. Guersent, en effet, pense que l'expérience ne confirme pas les heureux effets de la digitale dans toutes les espèces d'hydropisies; que ce médicament est souvent sans succès dans l'ascite qui ne dépend pas do lésions organiques. Il lui a toujours paru sans effet sensible dans les hydropisies enkystées. Suivant le même praticien, le véritable triomphe de la digitale s'observe dans les hydrothorax et les autres hydropisies consécutives à des lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux, qu'elle fait temporairement disparaître [k). »

(1) MÉRAï et Delens, ouv. cit., t. II, p. G!ili. Vacca Berlinghieri, cilé par Bidault de Villiers, p. h5.

(2) BARBiEn, ouv. cit., p. 367.

(3) Citation de Mérat et Delens, et Alibcrt, Eléments de tkérap,, t. I, p. Zi53 (1826).

{h) RicHAnD, Dict. demcd, en 21 vol., art- Digitale, t. VII, p. 62.

Telle doit être aussi la manière de voir de M. Cruvcilliier, comme l'atteste le passage suivant : « Alibert a formellement nié les propriétés curatives de la digitale dans les hydropisies, et le jugement de ce praticien semble avoir été accepté généralement sans appel. Cependant il est un certain nombre de faits dans la science qui infirment cet arrêt trop absolu. » L'auteur rapporte ensuite l'observation d'un homme atteint de gêne de la respiration, de forte oppression, que la saignée, les ventouses, les vésicatoires ne soulagèrent que très peu, mais chez lequel l'usage de l'infusion de digitale produisit une diurèse abondante, puis la guérison (1).

Parmi les nombreux auteurs anglais qui se sont occupés de la digitale , il en est un , Ferriar, dont le jugement, quant à l'inconstance d'action de la digitale sur les reins, ', se rapproche beaucoup de celui porté par Guersent etl adopté par Richard. Cet observateur considère l'effet diurétique de cette plante comme plus incertain que celui de quelques autres remèdes; cependant il observe: Qu'il ne faut pas la négliger dans l'hydropisie. « Il y a des constitutions sur lesquelles elle exerce, dit-il, une action puissante et immédiateen augmentant le tlux des urines, et ses succès sont tellement rapides, qu'ils étonnent et les malades et les assistants (2). »

Conclusion sur l'action diurétique de la digitale et de la digitaline.

Si les citations que nous venons de faire renferment bien l'expression de la vérité, et nous sommes disposés à le croire, il faudrait admettre que la haute opinion de quelques observateurs sur l'action diurétique de la digitale tient à ce qu'ils auront rencontré une série de cas où cet effet a été très marqué. Cette plante, semblable en cela,

(1) Cruveilhier, Bulletin de thcrapeuiique, t. XXVI, p. 288 (18M).

(2) Ferriar, Bibliothèque thérapeutique deBayle, t. III, p. 288.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — IP PART. , § VI. ZOl

du reste, à tous les médicaments diurétiques, ne porterait, que dans certaines conditions encore mal connues, son action sur les reins.

Rien dans notre expérience ne nous porte à croire que la digitaline soit plus inconstante, sous ce rapport, que la plante elle-même. En effet , si des praticiens ont été assez heureux pour rencontrer, d'une manière que nous croyons exceptionnelle, une série de faits propres à expliquer les merveilleux éloges qu'ils ont donnés à la digitale comme diurétique, ne pouvons-nous pas, en tenant compte du peu de temps écoulé depuis la découverte de la digitaline, mettre en parallèle les observations de M. Hervieux, celles de MM. Andral et Lemaislre, ainsi que les cas observés par nous.

Nous nous croyons donc fondés à dire que la digitaline ne le cède pas à la plante entière comme diurétique, et qu'on peut lui appliquer, dans toute leur force, les paroles de Ferriar : « il y a des constitutions (il faudrait ajouter, et des cas pathologiques) sur lesquelles elle exerce une action puissante et immédiate. .. »

L'état d'hydropisie paraît favorable à la manifestation de l'action diurétique.

Enfin, il faut dire encore que l'on considère généralement l'état d'infiltration comme favorable à la manifestation de l'effet diurétique.

Ainsi, Kluyskens croit que la digitale est diurétique seulement quand il y a hydropisie , et que , dans l'état de santé, elle ne l'est pas (l).

Vassal émet aussi cette opinion, d'après sa propre pratique (2).

M. Strohl fait une remarque de ce genre à la fin de son mémoire. On sait, dit-il, que l'infiltration est presque

(1) Citation de M. Sandras, Bulleliii de tliérap., t. V, p. 165.

(2) Vassal, Dissertation sur la digitale, 1809, p. 92.

nécessaire pour déterminer la puissance diurétique d'une substance (1).

L'action diurétique peut avoir lieu aussi dans l'état de santé.

On n'est pas néanmoins autorisé à admettre que l'infil:* tralion soit absolument nécessaire pour que l'elfet diurétique se produise:

Puisque Joerg, qui expérimentait la digitale sur des sujets bien portants, constate « que chez toutes les personnes soumises à l'expérience, à l'exception d'une seule^ elle (la digitale) a occasionné , même à petites doses, un© augmentation très marquée delà quantité d'urine (2) ; »

Puisque Hutcliinson , expérimentant sur lui-même en i bonne santé, mentionne dans trois essais différents l'action i sur les reins (3].

Mais il est probable, d'après le dire des auteurs, que la digitale, tout en offrant la chance d'une action diurétique sur l'homme sain ou atteint d'une maladie sans infiltration, présente cependant plus de probabilités de succès lorsque le malade est atteint de certaines hydropisies.

(Voy. , pour nos expériences physiologiques à ce sujet, § II, p. 206 et 214, art. 12 et 13; voy., pour la même action chez les chevaux, § II bis, art. Bouley et Reynal, Delafond et Diqiuy ; et pour les observations cliniques, § V.)

Aclion sur la circulation.

L'action de la digitale sur le cœur est plus marquée, suivant certains auteurs, chez les personnes affectées de maladies des organes de la circulation.

De même que certains observateurs ont pensé que la digitale avait une action diurétique plus prononcée dans certains cas de maladie, quelques auteurs ont fait la même

(1) Stkoul, loc. cit., p. 292.

(2) Joerg, loc. cit., p. 108 (voy, 2" part., §1, div. B}«

(3) HuTCHiKsoN, toc, cit, {ïbid.).

MÉMOIRE StIR tA DIGITALINE. — IV PART., § VI. 303

remarque quant à l'action sur le système circulatoire. « Cette lenteur des mouvements artériels, dit M. Barbier en parlant de l'action de la digitale , se remarque plutôt lorsque ceux-ci ont actuellement un rhythrae morbide ; elle est plus visible chez les personnes qui ont le cœur dans une disposition pathologique, qui éprouvent des palpitations (1). » Notons bien que M. Barbier ne dit pas que l'état de maladie soit une 'condition nécessaire et indispensable, mais seulement une circonstance favorable à la manifestation du phénomène. Il est possible, en effet, que les choses se passent ainsi ; mais dans l'état physiologique, l'abaissement du pouls peut aussi avoir lieu sous l'influence de la digitale , d'une manière prononcée , comme le prouvent nos expériences et surtout celles de Hutchinson , où l'on voit un exemple de pulsations réduites une fois de 60 à 28 (voy. p. 16i).

Exemple supposé pour l'action de la digitale sur la circulation.

On conçoit, du reste, que la manifestation de l'effet de la digitale sur la circulation se fasse d'une manière très différente dans l'état morbide ou dans l'état physiologique.

Supposons un homme chez lequel le pouls, de 60 à l'état normal, ait été porté à 120 par l'effet de la maladie, et auquel on administre de la digitaline ou de la digitale. II peut arriver alors qu'on voie tomber le nombre des pulsations à 100, 90, 80, et successivement jusqu'à 55, et cela avec un concours de circonstances tel, que cet effet doive surtout être rapporté au m.édicament. Eh bien ! le médecin, prenant pour point de départ le nombre des pulsations à l'état pathologique , le seul qu'il soit en général appelé à constater, verra là un abaissement de plus de moitié (65); tandis que le physiologiste , expérimentant sur la même

(1) BAnniER, ouv, cit., t. III, p. 358.

personne bien portante , n'eût trouvé qu'un abaissement de 5 pulsations.

Ainsi on arrive dans ces deux cas à un chiffre d'abaissement qui, tout en restant le même, a une valeur très différente relativement au point de départ.

Nous ajouterons même que si les trois sujets sur lesquels nous avons fait nos expériences n'eussent pas été soumis à un genre de vie et à un régime des plus réguliers, s'ils fussent restés chacun dans les conditions ordinaires de sa vie, il est très probable que les causes naturelles et immanquables alors de variation dans le nombre des pulsations, eussent été plus que suffisantes pour jeter de la confusion dans nos résultats, et nous empêcher de distinguer les effets de l'agent modificateur.

Nous nous servons de moyennes pour établir nos points de comparaison.

Nous devons encore faire observer, au sujet de la disposition de nos tableaux (relatifs au § II, et qui se trouvent à la fin du mémoire) et à la manière dont nous établissons les points de comparaison, que nous ne nous appuyons que sur les moyennes, c'est-à-dire sur des nombres composés, dans les éléments desquels entrent nécessairement des chiffres plus ou moins forts qui viennent élever cette moyenne ; tandis que les auteurs des observations thérapeutiques , prenant pour point de départ l'état pathologique, qui entraine presque toujours une élévation dans le nombre des contractions du cœur, ont dià se contenter, et se sont en effet contentés souvent, de représenter les pulsations par des chiffres isolés, sans se préoccuper d'une moyenne qui n'eût pas toujours eu de signification dans les conditions où ils étaient placés. Or dans ce mode d'exposition des résultats, le lecteur est naturellement conduit, pour juger de l'abaissement, à prendre les chiffres les plus bas. Si l'on cherche ainsi les minimum trouvés par nous,

MÉMOIRE SUR LA DIGITAUlNE. — 11* PART., § VI. 305 on en rencontre un à ù2 [premier tableau récapitulatif de i'" série, 10 août); on en voit quelques autres à Zi6, Zi8, et un bien plus grand nombre dans les limites de 50 à 55 : chifiFres qui concordent avec ceux que l'on trouve dans les observations des auteurs,

La digitale et la digitaline ne sont pas les seuls remèdes auxquels on puisse adresser le reproche d'inconstance d'effet.

Si l'action de la digitale et de la digitaline sur les reins est peu constante; si l'effet sur les organes de la circulation, quoique infiniment plus certain, trompe cependant quelquefois l'attente du praticien, est-ce un motif pour les rejeter du domaine de la thérapeutique?

Ne faut-il pas plutôt se rappeler que ce défaut de constance absolue, qui dépend non seulement des différences d'âge, de tempérament, des idiosyncrasies, mais aussi des variations dans la nature même de l'état pathologique, se présente malheureusement pour tous les médicaments, et qu'il n'en est pas un seul, même parmi ceux que l'expérience universelle a proclamés comme héroïques, dont l'action ne puisse faillir par quelques unes de ces causes.

Entre les bons et les mauvais médicaments, c'est donc toujours une question de plus ou de moins. Pour établir la valeur d'un agent thérapeutique, il s'agit de savoir, non pas s'il a quelquefois échoué, mais si le nombre des succès l'emporte de beaucoup surj,les cas de non-réussite.

Or, si la digitale, médicament variable dans sa constitution, a pu montrer une efficacité assez soutenue pour qu'on lui conserve une place honorable dans la matière médicale; si, contre une voix qui s'est élevée pour la déprécier, comme le dit Bidault de Villiers (1), beaucoup se

(J) Bidault de Villiers fait allusion, dans ce passage, à Letlsora, dont l'opposilion avait pour objet l'action diurétique. Il faut remarquer, avec le premier auteur, que cette opposition date des premiers temps de l'em-

sont fait entendre pour la préconiser (1) ; si trois quarts de siècle après qu'elle a été introduite dans la thérapeutique (2), on a pu encore la qualifier des noms de « merveilleux médicament (3), de remède héroïque {k); » à plus forte raison pensons-nous que la digitaline, principe que l'on peut, avec des soins convenables, obtenir identique et dans un état de fixité toujours le môme, subira avec avantage cette épreuve du temps.

ploî de la piaille en médecine (1788), alors que l'on n'en connaissait encore d'une manière positive ni les doses, ni les indications. (Bidault de Vil- LiERs, p. 15, 106 et 112.)

Il y a eu depuis, Alibert, qui a mis en état de grande suspicion celte même vertu diurétique, comme nous l'avons déjà dit, et quelques autres observateurs qui n'ont eu qu'une confiance très limitée dans la vertu de la digitale comme modérateur de la circulation. Laënnec se trouve au nombre de ces derniers. {Rapport de M. Bouillaud sur la digitaline, p. 15; et Traité des maladies du cœur, du même auteur, 2= édition, t. II, p. 591.) Nous avons déjà parlé de ces circonstances p. 149.

(1) La digitale a même eu les honneurs de la poésie. Ainsi Darwin exprime dans les vers suivants le secours apporté par la déesse Hygie à un malade atteint d'hydropisie :

A ces cris déchirants parvenus jusqu'aux deux, Hygie à l'instant quitte et son trône et les dieuî J Et, de la digitale empruntant la parure. Les deux joues de rubis, le cou blanc, la coiffure,

Elle accourt

et sur son teint flétri

Répand de la santé le brillant coloris ;

A son corps monstrueux rend les formes humaines.

(Dauwin's, Botanic garden, part. II, cant. n, p. 107 of tlie ivth éd.— Traduction de Bidault deVilliers, ouv. cit., p. vu.)

(2) Nous comptons seulement de l'époque où l'on a découvert ses propriétés diurétique et sédative, ce qui eut lieu de 1770 à 1775. (Voy. Historique, 2«part., § I.)

(3) BouiLLAuu, Traité de nosograpkie médicale, t. III, p. 473.

(4) Debueïke, Bulletin de thérapeutique, t. XXIII, 1842, p. 414.

MÉMOIRE SUPi LA MCITaLINF. -- If PART., § VI. 307

Le nombre des pulsations n'est pas la seule chose à considérer.

Dans les considérations qui précèdent, nous avons surtout parlé du nombre des pulsations; nous avons insisté (2''part.,§I,div. B) sur celte question de savoir si la digitale produit ou non un effet primitif d'accélération, parce qu'il nous a semblé que la confusion qui règne à ce sujet ne contribuait pas peu à jeter de l'incertitude et de l'hésitation dans l'esprit des praticiens relativement aux indications que ce médicament est propre à remplir.

Mais il ne faudrait pas supposer que nous avons pensé que là fût toute la question; il y a à examiner, outre le nombre des pulsations, leur rhythme, leur degré de force, leur régularité, etc.; circonstances dont le concours réuni détermine la manière dont se fait la circulation du sang.

D'ailleurs, outre la circulation et la sécrétion urinaire, qui sont les deux principales fonctions en vue desquelles on administre ordinairement la digitale ; outre l'action sur les centres nerveux, dont nous n'avons dit que quelques mots, il y a aussi à examiner l'action altérante ou de résorption interstitielle, qui paraît jouer un grand rôle dans les effets de ce médicament; l'action sur les sécrétions autres que l'urine, comme la sueur, la salive peut-être, derniers genres d'action d'une faible importance sans doute, mais que l'on trouve mentionnés à propos de la digitale.

C'est probablement à ces influences sur d'autres fonctions que la circulation et la sécrétion urinaire, qu'il faut rapporter ces soulagements, quelquefois prompts et notables^ que l'on a de temps à autre l'occasion d'observer pendant l'administration de la digitale, bien que l'on ne puisse constater aucun changement appréciable dans le pouls, et que celui-ci paraisse, comme le dit Debreyne (1), aussi irrégulier, aussi inégal et intermittent qu'avant le

(1) Debreïke, Bulletin de thérapeutique, 1, XXIII, p. 416.

traitement. Enfin il y a, comme nous l'avons dit, à préciser les indications et les contre-indications de son emploi.

Résumé. ,

1° Les expériences de MM. Hervienx, Slrohl, Sandras, Andral et Lemaistre, P. Duroziez, celles de la commission de l'Académie, confîrmatives des nôtres, permettent de conclure que l'action thérapeutique de la digitaline est de même nature que celle de la digitale.

2" La digitaline n'est pas seulement égale à la digitale, elle lui est préférable, à cause de sa tendance moins grande à produire des vomissements, et cela indépendamment des considérations relatives à l'identité, à la fixité, développées § IV de V^ partie.

3° Il ressort des considérations que nous venons de présenter que si l'action de la digitale et de la digitaline sur la circulation est évidente, la puissance modératrice de ces agents n'est pas telle, qu'on puisse toujours et quand même voir tomber considérablement le nombre des pulsations, et qu'il ne faut pas dédaigner d'emprunter le secours du repos de corps et d'esprit, d'un régime sévère, d'une alimentation choisie et des autres moyens appropriés à l'état du sujet en traitement.

h° Il est d'ailleurs juste d'observer que dans nos expériences physiologiques (§ II), nous avons pris des moyennes pour base de notre appréciation, tandis que les auteurs des observations thérapeutiques ne donnant souvent que des chiffres isolés, le lecteur est naturellement conduit à prendre les nombres les plus bas pour point de comparaison. Or, si l'on recherche ainsi le minimum sur nos tableaux, placés à la fin du mémoire, on en trouve de 55, 50, ^8, /t6, 42, et qui sont dès lors comparables à ceux des auteurs.

5° Il est utile d'établir, quant à l'action de la digitale sur U' circulation, comme quelques auteurs l'ont fait pour

i MÉMOIRE SUR LA DIGITALlNK. ~ W PART., § VII. 309

l'action diurétique, uno dislincllon entre l'état pîiysiologique et celui de maladie, distinction admise, d'ailleurs, pour la plupart des médicaments-

j Toutefois, il est prouvé par l'expérience que, dans l'état physiologique, le nombre des pulsations peut s'abaisser fortement sous l'influence de la digitale. On en a un exemple frappant dans les expériences de Hutchinson, où il a été amené de 60 à 28 (p. 16/i).

6° Les observations de M. Hervieux, de MM. Andral et Lemaistre, les nôtres à nous-mêmes, tendent à prouver que la digitaline, envisagée comme agent diurétique, présente autant de chances de succès que la digitale, laquelle offre une action quelquefois très prononcée, mais incertaine , comme du reste tous les diurétiques jusqu'ici connus,

Il est probable que certains états pathologiques sont favorables à la manifestation de ce phénomène, mais on ne peut pas admettre que ce soit une condition absolument nécessaire, les annales de la science fournissantdes exemples d'effet diurétique constaté à l'état physiologique par des auteurs divers.

§ VII. — ACTION DE LA DIGITALE ET DE LA DIGITALINE SUR. DIVERS ORGANES OU FONCTIONS, ENVISAGÉE AU POINT DE VUE THÉRAPEUTIQUE ET PRATIQUE.

Nous avons vu que les organes sur lesquels se font particulièrement sentir les effets de la digitale et de la digitaline sont : 1° ceux de la circulation; 2° ceux de la digestion ; 3° les reins ; 4° les centres nerveux.

En considérant isolément chacun de ces effets, on est conduit à préciser avec plus de certitude les applications thérapeutiques qui en découlent.

Action sur la circulation.

L'action que la digitale et la digitaline exercent sur les organes de la circulation est la plus remarquable et la plus importante de toutes. Elle est aussi la plus constante. 11 est rare, en etfet, qu'un malade, mis à l'usage de l'une de ces préparations, à dose convenable, n'en ressente pas bientôt les effets sous ce rapport.

Souvent, dès le lendemain de l'administration, le pouls est déjà influencé, et les jours suivants il le devient davantage. Le maximum d'effet est en général atteint après huit, dix ou quinze jours. M. Hervieux (1) estime aussi que ce maximum est atteint au bout de un ou deux septénaires.

Cette action se traduit ordinairement par une diminution dans le nombre des contractions du cœur et des pulsations artérielles; rarement, avons-nous dit, il y a de l'accélération, et celle-ci, alors qu'elle a lieu, ne persiste pas ordinairement : elle est plus ou moins promptement suivie du ralentissement des pulsations, qui sont amenées, comme dans le premier cas, au-dessous du chiffre normal.

Quant aux autres caractères du pouls, comme le degré de force, la régularité, la dureté, la souplesse, etc., on trouve beaucoup de variations à cet égard.

L'action de la digitale sur la circulation se continue non seulement pendant tout le temps de l'administration du remède, mais persiste au delà du terme de celle-ci, ou même quelquefois devient plus prononcée à partir de ce moment. Cette persistance, dont nous ne pourrions pour 'instant assigner au juste la durée, peut se faire sentir plus de dix jours encore après qu'on a cessé l'usage du remède. Ayant déjà parlé longuement de cette circonstance (2° part., § II), nous n'en dirons rien de plus ici.

L'économie ne paraît pas susceptible de s'accoutumer à

(1) Loc. cit., t. XVII, p. 168.

Icet effet de la digitale, et celle-ci continue d'exercer son laction sans qu'il soit besoin , comme pour beaucoup d'autres médicaments, d'en augmenter la dose lorsqu'on m prolonge l'usage chez un malade. Bidault de Villiers [p. 52) admet même que l'action de la digitale, considérée en général, va en augmentant, et que l'organisme, loin de s'y habituer , devient au contraire plus impressionnable W l'usage longtemps continué de ce remède. i Tout ce que nous avons vu par nous-mêmes pour la digitaline, nous autorise à croire qu'il n'y a sous ce rapport !ii augmentation ni diminution : son action sur l'économie persiste toujours au même degré, à la condition de ménager convenablement les doses, sans aller jusqu'à provoquer l'irritation gastro-intestinale, cas dans lequel on comprend que la susceptibilité organique soit pervertie.

Ainsi qu'on a pu le voir (§ II bis), d'après les expériences de MM. Bouley et Reynal , la digitale à dose toxique provoque chez les chevaux des phénomènes primitifs d'excitation et l'accélération des contractions du cœur, tandis que , à dose thérapeutique , elle ne détermine que des effets de sédation.

L'action sur la circulation proprement dite nous paraît être la même dans la digitaline et dans la digitale, administrées à doses correspondantes.

Les doses de digitaline nécessaires pour agir sur la circulation sans irriter les voies digestives sont généralement de \ k U milligr. Il est rare de rencontrer des personnes qui ne puissent supporter facilement ces quantités : il s'en trouverait plutôt chez lesquelles on pourrait les dépasser.

Action sur l'estomac et les intestins,

La digitale et la digitaline, surtout lorsqu'on les administre à dose un peu élevée , ont une grande tendance à produire des signes d'irritation sur les voies digestives, comme tiraillements d'estomac , nausées , coliques ; et

312 ARCHIVES DE PHYSIOLOfili: , ETC.

môme, si l'on force les doses, des vomissements et quelquefois de la diarrhée : c'est-à-dire un efiet émêtiqm oui ériiéto-cathartique. 11 ne paraît pas que cette action soili uniquement locale, comme quelques auteurs l'ont pensé (1) ! puisque l'infusion de digitale , la solution de digitaline déposées dans le tissu cellulaire ou injectées dans les veines (v. § Il bis, expériences de MM. BouchardatetSandrasn et de M. Stannius), peuvent aussi produire des vomissements ou des selles (voir aussi à ce sujet OrfUa, Traité di' toxicologie, W édit., 1. 111, p. ilO).

Cette propriété, on ne peut se le dissimuler, constituîi un grand inconvénient attaché à l'usage de ce médicament : inconvénient que l'on peut cependant , hâtonsnous de le dire, éviter chez certaines personnes et diminuer considérablement chez d'autres, en graduant les doses avec beaucoup de soin , surveillant attentivement rusa{;e du remède, et s'arrôtant au moment où les signes d'intol';rance viendraient à se montrer.

Du reste, cette action nuisible nous a semblé plus facile à éviter avec la digitaline qu'avec la digitale ; telle est aussi l'opinion do MM. And rai et Lcmaislre (voy, § VI). Ceci nous paraît tenir à deux causes : 1" à la fixité plus grande du médicament qui en rend le dosage plus sûr, et permet de mieux le graduer suivant les exigences de chaque jour ; 2° à l'absence do principes nauséeux (huile essentielle, acide antirrhinique), de sorte que les malades mis à l'usage de la digitaline, n'éprouvent pas la répulsion que la digitale et ses préparations pharnlaceuliques exercent à des degrés divers, par l'intermédiaire des sens, sur l'organe digestif. En effet, l'odeur et le goût de celle-ci, nous l'avons maintes fois éprouvé sur nous-mêmes, ont une grande tendance à faire apparaître les vomissements lorsque l'estomac commence à être fatigué de ces médicaments ; tandis que si l'on emploie la digitaline, cet effet

(1) Mkuat et Delens, Dict. de mat, méd., t. II, p. 6il.

isympathique ou plutôt de répulsion est absolument nul. Cet avantage offert par la digitaline est d'autant plus raportant, que fort souvent c'est au moment où les pliélomènes d'intolérance sont sur le point d'apparaître que 'action sur la circulation est plus marquée. De sorte que 'on pourrait poser comme précepte, dans l'administralion de ce remède, d'élever les doses jusqu'à ce que l'effet 'irritation des voies digestives soit sur le point d'appaaître, mais en ayant grand soin de s'arrêter avant qu'il oit survenu ; c'est un écueil qu'il faut sans cesse côtoyer, inon sans le toucher, du moins sans s'y heurter trop forîment. Avec un peu d'habitude, on parvient générale-

ient à saisir cette juste limite, d'après les indices fournis r les signes précurseurs, dont nous indiquerons l'onslmble § IX.

L'accoutumance ne nous paraît guère plus exister pour citte propriété de la digitale, que pour l'action sur la circijlation. En effet, nos chiens, sur lesquels nous avons lojiguement expérimenté, comme on l'a Vu, ne nous ont p^ semblé avoir moins de tendance à vomir à la fin qu'au commencement de nos essais. Il est vrai que c'est peut-être làiun de ces cas où il n'y a pas lieu de conclure de l'animal à l'homme. On sait, en effet, avec quelle facilité ces animaux vomissent : à la moindre cause irritante, au moindre embarras éprouvé par l'estomac, celui-ci se débarrasse de son contenu. L'homme vomit moins facilement, il faut chez lui des causes plus puissantes pour provoquer ce phénomène, et il ne serait pas impossible, par suite, qu'il eût plus de disposition à l'accoutumance en fait de vomitifs.

Si nous invoquons le téraoigna.ge de notre propre expérience au sujet de cette action de la digitaline sur l'homme, il ne peut guère nous éclairer à ce sujet, attendu que depuis bien des années, l'habitude que nous avons acquise de graduer convenablement les doses, et de toujours les maintenir au-dessous de la limite où se produirait l'irrita-

lion gastro-intestinale ne devait pas nous mettre à même de suivre ce phénomène chez les malades; et quant à hi personne qui fait le sujet de notre première série de tableaux (fin du mémoire), elle paraît avoir toujours conserve le même degré de susceptibilité gastrique, qui est remarquablement développé chez elle.

Généralement, si dans l'administration de la digitaline, on dépasse 4 ou 5 milligrammes, et qu'on l'élève à 6, » ou 10, on ne tarde pas à voir apparaître les vomissements et les selles ou des phénomènes nerveux. On ne rcncontrs que peu de sujets qui puissent supporter ces dernière doses sans inconvénient, et il faut mettre d'autant plus de circonspection à les prescrire que l'on voit quelquefos l'action éméto-cathartique, et surtout les vomissements survenir brusquement, d'une manière en quelque sorte explosive, et sans avoir été annoncés par les signes pr3~ curseurs ordinaires. On n'a presque jamais à redouter pareil inconvénient en ne dépassant pas k milligrammes, du moins nous n'en avons vu jusqu'ici aucun exemple par nous-mêmes.

Mais nous devons dire cependant que l'on rencontre parfois des sujets chez lesquels les phénomènes d'intolé' rance ou d'intoxication apparaissent à de bien plus faibles doses.

Ainsi Vassal (XVIIP obs., p. 90 de l'ouv. cité) rapporte l'exemple d'un homme âgé de cinquante-deux ans, mis à l'usage de la poudre de digitale à la dose de 0,15 par vingtquatre heures (équivalant à environ 1 1/2 milligramme de digitaline). Dès le troisième jour il s'était produit des accidents, et comme on n'en continua pas moins d'administrer le médicament, ceux-ci ne firent que s'accroître; il y eut de fréquents vomissements, du délire, des illusions d'optique extraordinaires. La suppression du médicament, l'usage des toniques ne tardèrent pas à rétablir le calme.

M. Battaille a rencontré une femme qui ne pouvait prendre à la fois un milligramme de digitaline plusieurs

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — Il« PART., § TIf. 315

jours de suite sans voir apparaître des phénomènes d'intolérance, et ce n'est qu'en administrant la dose de 1 milligramme en deux fois chaque jour que le médicament put ^tre supporté. La malade en éprouva d'ailleurs un grand ^ien [Ann. de thévap. de M. Bouchardat, 1850, p. 118, et (jommunication à la Société médico-pratique). 1 De ce fait que l'économie est réfractaire à l'accoutuifiance relativement à la digitale et à la digitaline, il ressort deux conclusions au point de vue pratique.

1° On a peu à craindre de voir l'efficacité du remède s'aifaiblir, s'user prompteraent, comme pour l'opium par exemple.

,2° On n'a pas besoin, après quelque temps d'usage du remède , d'en élever les doses.

3° îl est rationnel, cependant, de rendre l'usage du remède intermittent, par suite de cette considération que l'action de la digitale et de la digitaline persiste, s'accroît même après le temps de l'administration (§ II), et que dès lors il y a tout avantage à laisser des temps de repos au mnlade.

Quand les phénomènes d'irritation ou d'intoxication causés par la digitale ou la digitaline ont été portés à un haut degré, ils peuvent persister longtemps, et il est possible que l'économie s'en ressente encore huit ou dix jours après l'accident, comme le 5" tableau récapitulatif de la 1" série (fin du mémoire') nous en offre un exemple, ou mêuie davantage. (Voy. aussi expériences de Hutchinson, 2" part., § I, div. B, et observations de M. Leroux, § H, div. B, art. Action éméto-cathartique , remarques) (1). Aussi ne peut-on trop recommander la circonspection lorsiiu'il s'agit d'administrer de fortes doses de ce remède.

Ajoutons d'ailleurs que depuis que le dosage de la digitaline est bien connu, les exemples d'intolérance ou d'ac-

(1) Voyez aussi rexcuiple d'iiUoxication publié par M. Oiilniont, et rapporté un peu plus loin dans ce paragraphe, p. 321.

316 ARCmVIiS DE PHYSIOLOGIE, V/IC.

tion éméto-cathartique, etc., sont devenus très rares. Noiif venons de dire (voy. aussi § II, art. Action éméto-calhart.\ que depuis des années, l'habitude par nous acquise de ce dosage nous avait pour ainsi dire privés de l'occasion d'olserver ces accidents. Aujourd'hui et par la même raison, on n'en voit pas plus d'exemples dans les hôpitaux. Ainsi, chez MM. Bouillaud , Andral , Cruveilhier, Rayer, Briquet, etc., chefs de service qui prescrivent fréquemment la digitaline, et à la visite desquels nous avons souvent assisté, les accidents survenus à la suite de l'administration de ce médicament sont tout aussi inconnus. Si par hasard il se présente un malade offrant quelques signes précurseurs d'intolérance, on diminue la dose ou l'on suspend l'usage du remède, et le malade revient promptement à son état antérieur.

Action sur la respiration.

Nous avons dit (§ II bis) que MM. Bouley et Reynal, Delafond et Dupuy , avaient observé chez les chevaux un ralentissement notable de la respiration sous l'influence de la digitale administrée à dose thérapeutique. Dans l'observation rapportée par les deux premiers auteurs (p. 122 et suiv.), on voit les mouvements respiratoires descendre de 16 à 13, 10 et jusqu'à 6,

Mais il ne paraît pas que cette action soit aussi manifeste, à beaucoup près, sur l'homme. En effet, M. Joret, qui a essayé de se rendre compte des effets de la digilale sous ce rapport (2^ part., § I, div. B), a observé quelquefois de l'accélération, plus souvent unléger ralentissement ; en somme, l'influence sur la respiration ne semble pas avoir été très clairement démontrée à l'auteur.

M. Duroziez (1) a examiné cette action, dans ces derniers temps, sur des sujets atteints de maladies organiques dii cœur ; il n'est arrivé à aucun résultat dans le sens des professeurs d'Alfort (voy. § YI).

(I) Dl'ROZIEl!, OUI', cit., p. Mi,

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ir PART., § VIL 317

De ces observations diverses, il nous paraît résulter que l|action de la digitale sur la respiration n'est point aussi prononcée chez l'homme que chez certains animaux. I Du reste, il est naturel de penser qu'à la suite du ralentissement des battements du cœur par la digitale ou la digitaline, il puisse y avoir une diminution dans le nombre djes respirations, mais alors ce serait un effet secondaire de la modification imprimée à la circulation.

Action diurétique et action élective sur les organes génitaux.

Nous avons dit que l'action diurétique n'est constante ni dans la digitale ni dans la digitaline.

La science présente aujourd'hui un assez grand nombre d'exemples très authentiques de diurèse abondante survenue sous l'influence de l'administration de la digitaline. Celle-ci serait donc tout aussi efficace sous ce rapport, que la digitale.

En général, l'action diurétique, si elle doit avoir lieu, ne se fait guère attendre, et on la voit apparaître dès les premiers jours de l'administration de la digitale, rarement au delà du huitième (1).

Avec la digitaline, nous avons vu pareillement les effets se produire les 1", 2", 5% k" ou 5' jours, sous l'influence de doses portées seulement à 3 et /i milligr. (Voy. § V, 2« et 5* obs., et § VI, art. de M. Hervieux et de MM. Andral et Lemaistre.)

Quelques personnes ont émis l'opinion que la digitale ne possède point, par elle-même , d'action sur les reins, et que les effets diurétiques qui peuvent suivre son administration ne sont que le résultat du rétablissement de l'équilibre dans les fonctions sous l'influence du mé Jicament, rétablissement à la faveur duquel les liquides reprendraient leur cours naturel. Nous avons dit que Joerg et

(J) VAS3AL, 9. lGcl86.

Hutcliinson ayant constaté un effet diurétique de la digitale sur eux-mêmes et sur d'autres personnes dans l'état de bonne santé, force est bien d'admettre une action diurétique spéciale dans cette plante, tant que la valeur de ces faits n'aura pas été annulée par des expériences négatives suffisamment répétées. (Voy. § I, div. B, les articles consacrés à ces deux auteurs, et § VI, art. Considérations générales.)

Lorsqu'une fois il a été prouvé, par un premier essai, que l'action diurétique peut avoir lieu chez un hydropique, il semble que ce môme malade sera toujours apte à éprouver les effets du remède, du moins on est porté à le croire d'après plusieurs exemples d'action réitérée du médicament consignés dans les ouvrages. Entre autres exemples de ce genre, on trouve, dans Vassal, l'histoire d'une femme de quarante-trois ans atteinte d'hydrothorax, chez laquelle l'hydropisie s'étant renouvelée sept fois en quatorze mois, la digitale fut toujours employée avec le même succès et réussit constamment à évacuer les eaux en six ou huit jours. Pendant l'usage de ce médicament, qui était administré en poudre à la dose de 15 à 50 centig. par jour, la malade rendit une fois jusqu'à 11 litres d'urine en 2k heures (1).

D'après les observations de M. L. Corvisart, de M. Laroche, rapportées § VI, et celles de M. Brughnians, qui se trouvent au § VIII, la digitaline et la digitale exercent une action spéciale sur les organes génitaux.

Chacun des expérimentateurs a guéri, à l'aide de ces médicaments, des malades affectés de pertes séminales.

Selon M. Brughmans, il faudrait considérer la digitale comme ayant une action élective hyposthénisante sur les organes génitaux, action très prononcée et qui trouverait son application dans les cas où il y a phlogose vers ces parties (voy. § VIII) ,

(1) Vassal, XlV^obscrvalion, p. 7ù.

'Cette action de la digitale et de la digitaline, soit contre le^ pertes séminales, soit comme hyposthénisante des organes génitaux, se produirait aux doses ordinaires de ces médicaments, c'est-à-dire à 0,30 ou 0,iO pour la digitale, et a 3 ou 4 milligrammes pour la digitaline (3 ou k granules).

Action sw les centres nerveux.

L'action de la digitale sur les centres nerveux doit se diviser en deux ordres très différents, quant aux résultats thérapeutiques.

1° Dans quelques cas très rares et mal déterminés jusqu'ici, la digitale produit un effet calmant, agit à la manière d'un somnifère.

Kluyskens en a parlé dans ce sens.

On observe, chez certains malades, un sommeil invincible, dit Vassal, à propos des divers genres d'action de la digitale (1).

M. Sandras, dans son travail cité § I, div. A, note un cas où il a observé de l'assoupissement.

Plusieurs autres observateurs indiquent aussi la propension au sommeil parmi les effets possibles de la digitale.

Sans doute il ne faut attendre de pareils effets (sommeil calme) que sous l'influence de petites doses du médicament.

2° D'autres fois, au contraire, les effets de la digitale sur les centres nerveux s'annoncent par de la surexcitation.

Ce genre d'action, qui n'est pas constant, se range parmi les effets nuisibles de cette plante, quant aux affections du cœur; mais cette action peut devenir la source d'indications nouvelles de l'emploi de la digitale et de la digitaline dans la folie, l'épilepsie. Elle consiste en maux de tête, bourdonnements d'oreilles, vertiges, éblouissements, troubles de la vue, fatigue, prostration générale ; et même si

(1) Vassal, ouv. cit,, p. 17.

les doses étaient poussées trop loin , on pourrait voir apparaître une sorte d'ivresse, un affaiblissement des facultés intellectuelles , les hallucinations , la perversion de la vue , le délire : ce serait alors une véritable intoxication.

M. Bouillaud a observé un délire violent, semblable à celui de la manie aiguë, chez un malade qui avait pris pendant assez longtemps une dose ordinaire de digitaline, et qui avait offert de la céphalalgie quelques jours avant l'explosion de l'accident indiqué.

Antérieurement le même auteur avait observé un fait semblable chez un malade auquel on avait adminisiré pendant plusieurs jours de la teinture de digitale, dont la dose fut graduellement portée à 65 gouttes. Il y eut délire aigu maniaque avec hallucinations et cris (1).

M. Gazenave a publié un remarquable exemple d'accidents cérébraux survenus à la suite de l'administration de la digitale. Il s'agissait d'une femme de trente ans qui prit une potion contenant 20 grains d'extrait de digitale, lesquels, par erreur, avaient été mis à la place de 20 gouttes de teinture éthérée (2) .

On trouve aussi dans Vassal , XVP obs. (3) , l'exemple d'une femme de quarante-quatre ans , chez laquelle la digitale, à la dose de 2 centigr. 1/2 à la fois, ce qui équivaut à environ 1/4 de milligr. de digitaline (v. table des équivalents, à la fin du mémoire), ne pouvait être continuée sans produire une hilarité voisine de l'ivresse, avec affaissement.

A la fin de l'article : Action sur l'estomac et les intestins, nous avons rapporté une observation du même auteur, où il y a eu pareillement une action très prononcée sur les centres nerveux.

Enfin M. Oulm'ont a rapporté dans ces dernières années

(i) Bouillaud, Rapport sw la digitaline, p. Zi6, 2« noie,

(2) Gazenave, Journ. Iiebd, de mcd., t. VII, p. 42.

(3) VAssiLj OMtJ. cit., p. 79.

un exemple non moins remarquable d'intoxication par la digitale (1).

Il s'agit d'une jeune fille de vingt-deux ans, qui faisait usage depuis plusieurs jours de teinture de digitale, et qui en prit une fois, par mégarde, une dose trop forte (une petite cuillerée à café, à peu près).

Il y eut une action des plus prononcées, à la fois sur les organes digestifs, sur les centres nerveux, la vue, l'appareil locomoteur, la circulation. Les vomissements furent très fréquents et opiniâtres (plus de cinquante le premier jour, suivant le dire de la malade), se reproduisant par la moindre ingestion de liquide; anxiété précordiale extrême, soif vive, appétence de boissons froides, langue sans enduit, abdomen douloureux. Il y eut des vcriigcs , des bourdonnements d'oreilles, de la céphalalgie par intervalles; l'intelligence resta nette pendant le jour; durant les nuits, il y eut insomnie et même délire. La vue était trouble, les pupilles dilatées les premiers jours seulement. L'affaissement fut considérable.

Le pouls devint irrégulier , roide et fort , et s'abaissa jusqu'à 38, de 80, qui paraissait être l'état normal chez cette jeune fille.

Il y eut d'abord de la constipation, puis après six ou huit jours, diarrhée.

Les urines furent au commencement presque suspendues, plus tard elles semblèrent un peu plus abondantes que dans l'état normal.

Les vomissements cessèrent le troisième jour. Le huitième il y avait amélioration très marquée, et la malade demandait à manger.

Après dix-huit jours, elle entrait en convalescence.

Eau de Seltz, glace dans la bouche, infusion de thé, cataplasmes, lavements purgatifs : tels sont les remèdes qui réussirent le mieux à soulager la malade.

(1) OuLHOWT, Union mcdkalc du 20 seplcmbrc 1851.

Contrairement à ce qui a lieu pour les effets sur la circulation et sur le tube digestif, il paraît, suivant le dire des auteurs , que l'accoutumance peut s'établir relativement à l'action dont nous parlons (évidemment il ne peut s'agir que des cas où cette action est légère). Ainsi, à propos « des scintillements dans les yeux, des éblouissements, du sentiment de vague douleur dans la région sus-orbitaire, etc., » M. Barbier ajoute : « Souvent ces effets , très prononcés après la première prise de digitale, deviennent ensuite moins apparents, sil'on n'augmente pas la dose de substance médicamenteuse (1). »

Comte a fait aussi une remarque du même genre : « Ces inconvénients, dit-il (vertiges, éblouissements), se dissipent d'eux-mêmes à mesure que l'économie s'habitue à l'impression de la digitale (2). »

Les accidents dont nous parlons paraissent moins prononcés avec la digitaline qu'avec la digitale, et ils se montrent d'ailleurs fort rarement si l'on ne dépasse pas les doses auxquelles on doit administrer la digitaline pour agir sur la circulation (1 à k milligr.).

En résumé, et quant à ce qui est de l'accoutumance de l'économie par rapport aux effets de la digitale et de la digitaline , voici ce qui résulte de ce que nous venons d'exposer.

1° L'accoutumance ne peut s'établir relativement à l'action de la digitale et de la digitaline sur la circulation. Il y a en cela avantage, puisque cette action restant la même sans s'affaiblir, on peut produire toujours la même somme d'effet pendant l'usage longtemps continué du médicament, sans augmentation de dose.

2° L'irritation causée par les mêmes agents sur les organes digestifs ne paraît guère plus susceptible de s'émousser par l'usagCé

(1) Barbier, ouv, cit., p. 361.

(2) Comte, De l'hydropisie de poitrine et des palpitations, pi G cl 51.

Cependant cet inconvénient, suPtout en ce qui concerne les nausées, semble moins prononcé et plus facile à éviter avec la digitaline qu'avec la digitale : circonstance qui paraît dépendre de la sûreté du dosage et de l'absence de propriétés organoleptiques répulsives dans la première, surtout lorsqu'elle est sous forme de granules.

3° Mais , suivant certains auteurs , l'accoutumance peut s'établir pour l'action sur les centres nerveux (vertiges, éblouissements, etc., sans doute quand ces accidents sont légers), et l'on voit ordinairement ces inconvénients disparaître après quelques jours de l'usage de la digitale.

Tableau mnémonique sur l'action comparative de la digitale et de la digiiqline.

Circulation. | Même rialuie cl'aciion avec la digitale

Sécrétion uiinaire. j et la digitaline.

Avec la digitaline, nul eiïet nauséeux, répulsif au moment de l'ingestion, I?'onctîons digéslives. { et par conséquent nulle prédisposition sympatliiquc aux vomissements.

§ VlIF. — MALADIES CONTRE LESQUELLES LA DIGITALE ET LA DIGITALINE ONT ÉTÉ EMPLOYÉES.

Nécessité de s'en tenir à des doses faibles à la fin des maladies graves.

Ici viendrait se ranger l'exposition historique des maladies autres que les affections du cœur ou les liydropisics, contre lesquelles la digitale a été employée, comme :

La phthisie, qui a été l'objet de nombreux essais de traitement par la digitale en Angleterre surtout, de la part de Magennis , Beddoes , Mac-Lean , Drake , Fowler , Darwin, etc. (1);

(1) Bibliothèque théfctpCutiquâ ileBajle, l. III, p* 363 et autres.

32i ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.

Les scrofules (Haller, Murray, Ray, Hulse (1), Scliiemann, Hufeland (2);

La manie, l'épilepsie (Withering, Parkinson, Swediaur, Thomas, Scot, Willis, Jones, Currie, Fanzago, Masson- Cox (3), et dans des temps plus rapprochés, les docteurs Corrigan, Sharkcy, Crampton, Neligan eu Irlande, et Rasori en Italie (k) ;

Les fièvres intermittentes (J. Davy, Graffenauer (5), Girard (6), et surtout M. Bouillaud, qui a traité avec succès dans son service quarante à cinquante cas de lièvres intermittentes par la digitale (7).

Là digitale a aussi été proposée contre les fièvres inflammatoires (Currie, Thomas, Rasori (8), et contre la lièvre continue (Glutlerbuck).

L'expérience a définitivement prononcé contre les tentatives d'application de la digitale au traitement de ces dernières maladies (Bouillaud, Rapport sur la digitaline, p. 23).

La digitale a encore été employée dans d'autres cas pathologiques pour remplir des indications spéciales; mais un exposé détaillé de toutes ces expériences diverses, avec leur appréciation, nous entraînerait trop loin, et nous écarterait d'ailleurs du principe dont nous nous sommes fait une loi dans la rédaction de ce travail, principe qui consiste à ne parler avec détail que des faits sur lesquels nous avons pu nous-même expérimenter d'une manière

(1) Encyclopédie méthodique, médecine, t. V, p. 455.

(2) Bibliothèque thérapeutique de Bayle, t. III, p. 316.

(3) MÊR4T et Delkns, Dict. de mat. méd., t. II, p. 6/i5-/i7.

(à) Annales de thérapeutique de M. RogneUa, 1845, p. 194 à 196.

(5) Mérat et Delens, Dict. de mat, méd., t. II, p. 645-47.

(6) Thèse de Montpellier, 1823.

(7) Clinique médicale de l'hôpital de la Charité, t. III, p. 236 (1847). — Voy. aussi le Rapport sur la digitaline , Bulletin de l'Académie de médecine, 4 février 1851, t. XVI, — ou tirage à part, p. 23. — Le même rapport de M. Bouillaud constate que la propriété antipériodique de la digitale se retrouve dans la digitaline (§ VI, p. 287 et 288).

(8; Citation de Bidault de Villiers, p. 18 et 20.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — ir PART., § VIII. 325

plus OU moins étendue. Or, on comprendra que pour se prononcer, en connaissance de cause, sur l'action de la digitale dans les- maladies dont il s'agit, il faudrait des observations cliniques bien autrement nombreuses que celles que nous pourrions fournir actuellement.

Cependant nous'présenterons de courtes considérations relativement au traitement de l'épilepsie par la digitale, en les accompagnant de la citation de quelques faits qui nous semblent généralement peu connus en France, et d'observations de pratique qui nous sont propres.

Nous y joindrons l'analyse d'un travail récent qui montre la digitale comme susceptible de nouvelles applications thérapeutiques dans le traitement de certaines affections des organes génitaux.

É'pilepsie.

L'action, parfois très marquée, de la digitale sur le cerveau nous paraît devoir mériter quelque attention pour le traitement de l'épilepsie et des affections mentales.

Quand il y a pénurie de remèdes efficaces pour des maladies aussi désespérantes' par leur nature et leur persistance , on est porté à tout essayer dans les limites commandées par la prudence, surtout lorsque des succès antérieurs, quelque rares qu'ils puissent être d'ailleurs, autorisent une espérance. Or, c'est le cas pour la digitale.

L'indication à remplir dans ces circonstances paraît être, théoriquement parlant, de donner la digitale ou la digitaline à fortes doses, de manière à produire, sur le système nerveux, des effets physiologiques marqués, lesquels sont presque immanquablement accompagnés d'une action dérivative sur le canal digestif.

En effet, Parkinson, qui assure que la digitale est efficace contre l'épilepsie, la donnait à la dose de deux poignées, avec U onces (125 grammes) de polypode de chêne, bouillie dans suffisante quantité de bière. On faisait boire

deux fois la semaine cette décoction. Des personnes atteintes de cette maladie depuis dix et vingt ans, et qui avaient deux ou trois attaques par mois, ont été, dit-il, entièrement guéries par l'usage de cette décoction (l).

Le précepte indiqué par la théorie touchant les fortes doses dans les cas d epilepsie semble encore justifié par une vieille pratique suivie dans les campagnes d'Irlande, où les ^a'rij ivomcn (l'écs ou guérisseuses du pays) Qii^ parfois fait disparaître celte maladie en administrant l'infusion de feuilles de cette plante jusqu'à l'apparition des vomissements.

La formule la plus en usage était celle-ci : feuilles fraîches de digitale, 120 grammes (représentant 20 à 30 grammes de plante sèche, ou en moyenne, 25 grammes), pilées et infusées dans une pinte de bière (567 grammes). On donnait tous les trois jours 120 grammes de ce liquide, ce qui étjuivalait à environ Z»,72 de digitale.

Suivant un autre mode de traitement, cette dose était répétée toutes les trois lieures jusqu'à vomissement. En 1828, le docteur sir P. Crampton a été témoin de l'admiiiistralion du remède dans quatre cas, dont trois suivis de guérison ; mais on n'avait pas osé aller au delà de la première dose, tant les ellets produits avaient été violents. Il y avait eu des vomissements avec efforts continus, comme ceux qu'on éprouve par le mal de mer ; pendant vingtquatre lieures le pouls était demeuré faible, et irrégulier durant plusieurs semaines.

En 1831, le docteur Sharkcy, de Cork, rappela l'attention sur ce remède et donna la même formule.

Le docteur Corrigan, ayant expérimenté cette médication, l'a pareillement vue déterminer des vomissements très violents, accompagnés de sueur froide, de faiblesse, et d'irrégularité du pouls, avec irritation gastrique, prostration et vision double pendant plusieurs jours ; le médica-

(1) Paukinsox, Traité de mat, vxéd. de Geoffroy, 17/13, t. VI, p. 205.

ment avait été donné à dix licures da malin ; à midi, le pouls était tombé de 86 à 56, avec céphalalgie légère et nausées. Ce ne fut qu'à huit heures du soir que les symptômes graves dont nous venons de parler apparurent.

D'après la violence de ces effets, le docteur Corrigan ne crut pas devoir, ultérieurement, donner la digitale à des doses si élevées. Voici le mode d'administration adopté par lui:

Chaque soir au moment de se coucher, 30 grammes d'infusion de digitale de la pharmacopée de Dublin (1); la seconde semaine on donne 45 grammes, et la troisième 60 grammes.

Cette dernière dose est continuée jusqu'à ce que l'estomac témoigne de la souffrance, ou que l'on observe une dilatation des pupilles. Alors on revient à la dose de 15 ou 30 grammes, pour remonter ensuite à la dose maxima, dont l'usage, une fois toléîé, devra è're continué pendant deux ou trois mois. Le malade peut continuer de se livrer à ses occupations ordinaires.

La guérison fut obtenue dans un cas après cinq mois de ce traitement, et les accès ne s'étaient pas renouvelés pendant un laps de quatre ans (2).

Le docteur Neligan, de Dublin, a aussi été témoin, conjointement avec M. Corrigan, de cas de guérison rapide d'épilepsie par la digitale. Voici son mode de traitement : 60 grammes d'infusion de digitale (faite avec 1 gramme de celle-ci), chaque soir au lit, jusqu'à effet physiologique marqué, ce qui a ordinairement lieu à la quatrième ou cinquième 'dose; suspendre pendant deux ou trois jours, suivant les circonstances, puis revenir à l'emploi du même remède.

(1) Ce qui représente 0,50 de planle, la pharmacopée de Dublin mettant A gram. pour 250 gram. d'eau.

(2) CoRiîiGAN, Annales de thérapeutique du docteur RogneUa, août 18i5, p. 194; et London and Edinbur/jh journal of médical sciences, 15 mai 18/i5.

Bientôt le nombre des accès dimiiino, et en persistant dans ce plan de traitement pendant un court espace de temps, leur retour cesse complètement.

L'auteur recommande de surveiller le malade avec le plus grand soin pendant cette médication, de le visiter au moins une fois par jour, et de lui interdire tout exercice actif (1).

Jipilepsie accidentelle guérie par la difjitaline.

Nous avons eu une seule fois l'occasion d'administrer la digitaline dans un cas d'épilepsie. C'était chez un enfant de onze ans et demi, P..., rue du Dragon, \k. Les accès convulsifs, dont le caractère épileptique ne pouvait laisser le moindre doute, se déclarèrent chez lui en mars 18^7, à la suite d'une vive frayeur, et se reproduisaient quatre et cinq fois par jour. Les émissions sanguines, les purgatifs, les révulsifs cutanés, la valériane associée au sulfate de quinine, n'ayant pas eu d'influence marquée sur le nombre et la force des crises, nous eûmes recours à la digitaline, dont l'administration, continuée six semaines à la dose do 3, puis de 2, puis enfin 1 granule d'un milligramme par jour, fit disparaître les phénomènes convulsifs , qui ne s'étaient pas reproduits après deux ans.

Nous ne nous dissimulons pas que ce succès ne peu t avoir une grande valeur en raison du début si récent de la maladie et de son développement tout accidentel ; il nous a paru toutefois utile de le rappeler comme encouragement à de nouveaux essais.

Déli7^e maniaque rapidement calmé par la digitaline à haute dose.

Nous croyons devoir citer également une observation

(1) J. MooreNeligan, Medicines, tkeir uses and mode of administra' tion-, o' édition. Dublin, 1851, p. 311.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — 11" PART,, § VllL 329

de manie aiguë qui fut morlifiée rapidement par l'administration de la digitaline à haute dose.

En avril 1850, M. D,.., qui avait déjà antérieurement été affecté d'aliénation mentale pour laquelle un séjour de quelques mois dans un établissement spécial avait été nécessaire, étant momentanément à Paris chez son fils, fut pris, après quelques jours de prodromes, de délire maniaque accompagné d'une complète insomnie et d'une agitation incessante. Cet état présenta bientôt une violence telle qu'il devint de toute impossibilité de garder le malade près de sa famille. Médecins, parents, étrangers, avaient perdu toute autorité sur lui : ses cris, ses violences, ses tentatives de suicide, ne laissaient pas une minute de calme et de sécurité.

C'est dans ces conditions, après avoir vu échouer les émissions sanguines généraleset locales, les bains frais, les révulsifs, les purgatifs et les narcotiques, qu'on eut recours à la digitaline. Celle-ci fut administrée en granules de 1 milligramme d'heure en heure. Dès le quatrième, l'agitation avait sensiblement diminué, et le malade écoutait mieux les observations; plus de cris, plus de tentatives pour s'élancer par les croisées. En même temps le pouls, qui présentait auparavant une fréquence et une petitesse extrêmes, prit du développement et de la souplesse en diminuant considérablement de vitesse. Cet effet, quoique non constaté numériquement, était de la plus grande évidence. En même temps la face devenait moins congestionnée, les yeux moins brillants, le regard moins mobile et hagard, la bouche cessa d'écumer. Bref, le malade, après le huitième milligramme, était assez calme pour qu'on pût le conduire en voilure, de son plein gré, et sans trace ostensible d'agitation, à la maison d'Ivry, dirigée par MM. Bâillarger et Moreau, où le retour de la santé eut lieu progressivement et par l'emploi de moyens variés. La guérison s'est maintenue jusqu'à ce jour. Nous n'avons, du reste, voulu signaler que linfluence si rapide et si remar-

quable exercée par la digitaline dans un cas de ilélire maniaque su;'aigu.

Action de la digitale sur les organes génitaux, par M. Brugkmans (1).

Nous avons fait connaître (§ VI), leselFets queM. L. Corvisart et M. Laroche ont obtenus de la digitaline dans des cas de pertes séminales.

De son côté, voici ce qu'a observé M. Bruglimans, qui ne paraît point avoir connu le travail de M. Corvisart, (Celui de M. Laroche est postérieur.)

« Chacun peut se convaincre de cette action (deladigitale sur les organes génitaux), dit ce médecin, en faisant usage, pendantcinq ou six jours, de 0,30 à 0,40 centigr. de poudre de feuilles de digitale. Les organes génitaux se réduisent alors à un état d'hyposthénie, de flaccidité telles, qu'on se sent porté à douter de leur existence : plus de chaleur, plus de tension, plus de congestion de ces parties, plus d'érections, plus de sensations voluptueuses, plus de désirs. » De là des indications thérapeutiques et des applications nouvelles.

M. Brughmans rapporte huit observations à l'appui des bons résultats que les praticiens peuvent attendre de l'emploi de ce médicament dans les affections des organes génitaux.

Dans les six premières, l'action de la digitale a été appelée à seconder les moyens dirigés contre des accidents syphilitiques.

Les résultats obtenus ont été la disparition de la congestion, de l'éréthisme, de l'irritation causée par des chancres, des blennorrhagies, etc. Selon l'auteur, la digitale agit alors en détruisant les éléments du travail inflammatoire, en modifiant les sécrétions.

(1) Bul'GiiMans, Ballctin de t/icrrtpeutiqus, l, XLV, 18G3, p. /i24#

MÉMOIRli SCR LA DIGITALlNii:.— Il' PART., § VIII, 331

Dans la septième observation il s'agit d'un malade affecté de blennorrhée chronique , accompagnée de perles séminales. Depuis un an il a considérablement maigri. Son teint est sec et hâve. Il se plaint d'inappétence , de gastralgie , de palpitations , de bourdonnements d'oreilles , d'étourdissements passagers, qui lui viennent surtout après un effort de défécation ou d'émission d'urine. On pratique le cathétérisme : dès que la sonde arrive à la portion prostatique du canal, elle provoque une douleur si vive qu'elle force à suspendre l'exploration. Le toucher périnéal ne fait constater la présence d'aucune tumeur, tandis que l'examen microscopique de l'écoulement y signale l'existence de spermatozoaires.

On essaya l'emploi de la digitale, à la dose de 0,30, aidé d'un régime substantiel. Après huit jours de cette médication, le malade éprouve un certain bien-être ; les étourdissements ont disparu, les palpitations ont diminué, la sécrétion urétrale est devenue moins filante et plus rare. La dose de digitale, réduite à 0,20, est continuée encore pendant quinze jours et suffit pour achever la guérison. Depuis lors le malade a changé à vue d'œil, au physique comme au moral : il a repris des forces et de la gaieté.

Le huitième cas est celui d'un jeune homme tourmenté de pollutions nocturnes, contre lesquelles on avait essayé en vain les ferrugineux, le quinquina, les bains et les lavements froids. M. Brughmans lui prescrit la digitale à la dose de 0,40 le premier jour , 0,35 le deuxième jour, 0,30 le troisième jour; aucune pollution ne survient. Le médicament est continué à cette dose pendant quinze jours. Six jours après la cessation de la digitale une pollution eut lieu ; en conséquence, l'usage du médicament fut repris et continué pendant un mois. Depuis cette époque les accidents n'ont pas reparu.

« Ces faits, ajoute M. Debout, rédacteur du Bulletin de thérapeutique, » joints à ceux déjà observés par M. L. Cor-

visart, « ne peuvent laisser aucun doute sur l'action élective delà digitale sur les organes génitaux. »

Il nous paraît difficile, en effet , après la lecture des observations de ces deux expérimentateurs, qui ont écrit à l'insu l'un de l'autre (1), de refuser à la digitale et à la digitaline une action élective sur les organes génitaux. A la vérité, nous sommes disposés à croire qu'il y a quelque peu d'exagération dans les appréciations de M. Brughmans relativement à l'action dont il s'agit. Voici sur quoi nous nous fondons : Lorsque nous avons expérimenté la digitale ou la digitaline, ce qui nous est souvent arrivé, comme on a pu le voir dans le cours de ce mémoire, nous n'avons rien observé sous ce rapport. Est-ce parce que, à cette époque qui est déjà éloignée, notre attention n'étant point appelée de ce côté, et étant au contraire fortement tendue sur d'autres points, ce genre d'action nous aurait échappé? Ou bien n'y a-t-il eu, en effet, chez nous, aucune influence de cette nature? — Nous ne savons.

Mais fallût-il accorder une petite part à l'exagération dans les déductions de M. Brughmans , et les espérances qu'elles peuvent donner, nous sommes persuadés, avec M. Debout, qu'il y a là un sujet d'études digne d'intérêt et d'où peuvent naître des applications importantes pour la thérapeutique.

Aujourd'hui la digitaline a été essayée dans la plupart des maladies où l'on avait employé la digitale ou ses préparations. Les propriétés ont été trouvées les mêmes (voy. § VI).

^'écessîté de s'en tenir à des doses faibles â la fin des maladies graves qui ont épuisé les forces du malade.

Nous avons vu des accidents survenir chez des personnes qui avaient pris des doses plus ou moins élevées de digitale

(1) Il faut y joindre maintenant l'observation de Mi Laroche.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — 11*= PART., § VllL 333 OU (le digitaline (voy.§ II et cinquième tableau 7'é capitulât if de la fin du mémoire, — même paragraphe, obs. de M. Leroux, — § I, art. HuTCHiNSON, — et § VII, obs. de M. Oulmonl) ; ces accidents, plus ou moins pénibles, qui s'étaient produits chez des personnes bien portantes ou peu gravement malades, n'ont jamais eu de suites fâcheuses et n'en auraient sans doute que bien rarement en pareil cas (1).

Mais l'action toxicpie de ces agents paraît surtout redoutable chez les personnes dont la santé a été profondément détériorée par les progrès de maladies graves, comme la phlhisie , les atrections du cœur arrivées à leur dernier terme , et auxquelles une violente secousse peut être fatale.

Nous citerons comme preuve à l'appui de cette opinion

(1) Nous pourrions encore cilcr, à l'uppui de ce que nous disons ici, un exemple d'inloxicallon rapporté par M. Lemsurieu, de Morlaix, où un jeune prclre Je vin;;t-six ans prit par erreur 2 gros (8 grani.) de digitale en poudre, au lieu de 2 grains (0,10), dose prescrite.

Quelques bcures après il survint des vomissements qui se répétèrent plus ou moins souvent, et ne disparurent entièrement que le cinquième jour. Il y eut suppression d'urines, constipation. Pas de trouble de la vue ni de l'ouïo, pupilles naturelles. Plus lard il y eut des maux de tête, du délire.

On employa les lavements purgatifs, les vésicaloires sur la région précordiale, et la saignée quand survinrent les maux de tête et le délire.

Une dizaine de jours après l'accident, le malade était rétabli (1).

C'est aussi le cas de citer l'exemple publié il y a peu de jours par i\I. le docteur Acb. Cliéreau (2). Une dame de forte constitution avale brusquement, et dans le but de s'empoisonner, une quantité de granules de di^ntaline que l'on a estimée ù /lO au moins. Cet événement eut lieu une Iicure après le dîner.

Une denii-lieure après l'ingestion des granules, administration de 0,15 de tartre stibié qui, joints à la titillation de l'arrière-gorge, produisirent, seulement après une beure, des vomissements très abondants qui entraînèrent la digitaline non encore absorbée.

Pour combattre les effets de la partie absorbée on recourut au café additionné d'eau-de-vie, aux lavements purgatifs, aux sinapisœes. Dans

(<) LemscrieU, Ann, d'hygiène, t. XXXIX, 1848, p. 4tJ2, •i) AcH. Chereau, Union médicale du 10 janvier 1854.

la troisième observation de M. Strohl (1), où l'on voit que 5 milligr. de digitaline chez une tuberculeuse d'une constitution détériorée et très amaigrie, ont produit des vomissements et des vertiges. Une mort prompte s'en est suivie.

Nous citerons aussi le cas rapporté par M. Forget(2), où la teinture de digitale fut pareillement administrée chez une phthisique au dernier degré d'épuisement, à dose d'abord faible, puis, vu l'absence de signes inquiétants, élevée successivement jusqu'à 100 gouttes; mais alors le médicament ayant produit les effets d'intolérance d'une manière explosive, une terminaison fatale est arrivée.

Sans doute l'état grave et désespéré de ces deux malades était tout à fait au-dessus des ressources de l'art, comme le remarquent eux-mêmes les auteurs de ces observations; mais enfin, tournant ces faits au profit delà science, nous croyons pouvoir dire que dans des circonstances pareilles, il ne faut administrer les substances dont il s'agit qu'avec une grande réserve, et que l'on doit considérer alors comme un précepte indispensable de ne les employer qu'à très faibles doses (1 ou 2, ou tout au plus 3 milligr. de digitaline), ou l'équivalent en préparations pharmaceutiques de digitale, afin d'être sûr d'éviter la plus

la nuit et le lendemain matin, le pouls descendit de 72 à 60, 58, et jusqu'à 52. II y eut de la céphalalgie, des bouffées de chaleur à la face, de l'affaissement. L'emploi du café additionné d'eau-de-vie fut continué pendant la journée et poussé jusqu'à l'ivresse» Réaction ; la malade s'endormit vers le soir. Dès le lendemain les accidents avaient cessé.

Le peu de gravité des accidents ici survenus doit être attribué ù ti'OÎJ causes :

!• La promptitude des secours donnés j

2» L'état de plénitude de l'estomac au moment de l'ingestion, ce qui aura empâté les granules et absorbé la solution de ceux-ci à mesure qu'elle avait lieu ;

3» La forte constitution de la malade.

(1) Gazette médicale de Strasbourg, ao&t et septembre 48/19, p. 29/»^

(2) Bulletin de thérapeutique, t. XXXV, p, 527.

MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — II' PART., § iX. 335

légère secousse; or, l'expérience de tous les jours prouve qu'à ces doses, quel que puisse être l'état du malade, il n'arrive jamais rien de fâcheux.

Mais à part ces cas graves où la vie est près de s'éteindre, dansles conditions pathologiques ordinaires, où l'on prescrit la digitaline , elle est si peu dangereuse , qu'il paraîtra peut-être superflu aux praticiens nombreux qui ont contracté l'habitude de la prescrire, d'insister sur ce sujet. Il suffit, en efTet, généralement et à part quelques rares idiosyncrasies, de suspendre l'usage du médicament aux premiers signes d'intolérance un peu prononcés pour voir les accidents se dissiper d'eux-mêmes plus ou moins promptement.

Bidault de Villiers (pages ZiO et kl) , Vassal (page 89), émettent une opinion semblable pour la digitale.

Et lors même que l'intoxication surviendrait dans les conditions que nous venons de préciser , c'est-à-dire, en faisant abstraction des cas de débilitation et d'épuisement extrême annonçant une mort prochaine, en exceptant aussi les cas où, par suite de méprise ou de témérité, il y aurait eu ingestion d'une dose très exagérée du médicament, les accidents se borneraient à des malaises, à des souffrances, pénibles assurément, mais d'une durée limitée, et ne laissant aucune trace après leur disparition. (Voy. § YII, art. Action sur Vestomac et les intestins^ et les renvois divers consignés dans cet article.)

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