DIVISION DU TRAVAIL
§ V. Observations cliniques.
§ VI. Résumé des travaux de différents observateurs sur la digitaline, au point de vue thérapeutique : MM. Ilervieux, Strohl, Sandras, Bouillaud, Andralet Lemaistre, L. Corvisart, P. Duroziez, Mandl.
Considérations générales.
§ VII. Action de la digitale et delà digitaline sur divers organes ou fonctions, envisagée au point de vue pratique.
§ VIII. Maladies contre lesquelles ces substances ont été employées.
Nécessité de s'en tenir à des doses faibles à la (in des maladies graves.
§ IX. Intolérance, intoxication; traitement des accidents. Conclusions générales sur tout le travail. Groupe de tableaux.
Table des matières.
Isoler le principe actif de la digitale et en étudier les propriétés, tel est le problème que nous nous étions proposé, tel est le résultat que la Société de pharmacie a sanctionné, en décernant au mémoire de l'un de nous le prix proposé pour l'extraction delà digitaline.
Nous eussions pu borner là nos recherches. Mais différentes personnes, même parmi les plus convaincues de l'importance de cette découverte, ne tardèrent pas à nous présenter des objections plus ou moins sérieuses. Ainsi, par exemple : Quels étaient les autres corps qui accompar^ gnent la digitaline dans la plante? N'y en a-t-il pas parmi eux qui contribuent à l'action sédative ou diurétique de la digitale, ou bien la digitaline représente-t-elle à elle seule ces deux propriétés ?
D'autres se demandaient si ce principe offrait constamment l'identité désirable, et si le médecin pouvait compter, dans sa pratique, sur un degré suffisant de fixité? Enfin l'énergie même de ce produit semblait pour quelques personnes , en raison des dangers possibles de son emploi, un obstacle à son admission dans la matière médicale.
A un autre point de vue, les chimistes objectaient que la digitaline, principe amorphe, pouvait ne pas être un produit pur, et qu'il serait peut-être possible de le débarrasser de quelque corps retenu en combinaison, et de l'obtenir par suite avec des propriétés nouvelles et mieux définies ?
Familiarisés plus que d'autres avec les difficultés de cette question à la fois chimique et médicale, nous étions les premiers à sentir la valeur de plusieurs de ces objec-
lions; à nous demander, par exemple, s'il n'y avait pas quelques uns des principes de la plante (autres que la digitaline) qui , seuls et par eux-mêmes , possédassent une action digne d'intérêt sur l'économie.
Nous nous sommes donc remis à l'œuvre, dominés par la volonté de n'introduire dans la thérapeutique qu'un médicament bien étudié.
Les expériences auxquelles nous nous sommes livrés nous ont conduits à la découverte de nouveaux principes immédiats, et ces investigations, jointes aux travaux publiés dans cet intervalle par d'autres expérimentateurs, ont eu pour résultat de nous faire mieux connaître la nature des diverses substances qui accompagnent la digitaline dans la plante, d'obtenir ce principe immédiat dans un état de pureté plus grand, et, par suite, de pouvoir mieux en étudier la nature et les propriétés au point de vue chimique.
Mais lorsqu'il s'est agi de l'extraction de ce principe pour les besoins de la médecine, nous avons cru devoir, après mûr examen expérimental, viser moins à une pureté chimique difficile et dispendieuse à obtenir , qu'à un état de fixité certain : fixité à laquelle nous attachons une importance telle, que si nous eussions conservé du doute sur la possibilité d'avoir la digitaline dans un état toujours identique et inaltérable, nous n'eussions pas balancé un instant à proposer nous-mêmes de renoncer à son emploi. Ce n'est donc qu'après avoir acquis la certitude de cette identité, que nous avons cru pouvoir nous occuper sérieusement des expériences thérapeutiques propres à lixer définitivement l'opinion du monde médical sur la valeur du nouveau médicament.
L'objection tirée de l'extrême énergie du produit ne nous a jamais beaucoup préoccupés. L'usage des médicaments énergiques ne fut pas introduit sans opposition dans la thérapeutique ; il fallut la hardiesse de Paracelse et l'exemple de ses succès pour vaincre l'hésitation des méde-
ciijs de son époque, qui n'osaient employer les substances actives, telles que le sublimé, l'opium, etc. Et puis n'estce pas surtout aux agents tels que la digitaline que s'applique l'adage : Ubi virus, ibi virtus? Et d'ailleurs, en fait de médicaments de cet ordre, la seule question est d'avoir un dosage sûr (1) et exact. Il n'y a pas plus de difficulté pour le médecin à prescrire par milligrammes que par grammes ou multiples de celui-ci , et la sécurité est aussi grande pour le malade, lequel y gagne au moins de ne pas avoir à ingérer une masse de substance, toujours trop considérable lorsqu'il s'agit de médicaments.
Pour nous, il n'y avait donc plus qu'une question à résoudre : celle de savoir s'il y avait similitude de propriétés thérapeutiques entre la digitaline et la digitale.
Nous avions déjà en notre faveur des essais physiologiques faits depuis longtemps, d'abord sur des animaux, puis sur nous-mêmes ; nous avions les expériences que M. Martin-Solon avait entreprises à la demande de la commission de la Société de pharmacie (2), ainsi que celles de MM. Bouchardat et Sandras (3) ; plus tard nous avons eu celles de M. Hervieux, de M. Strohl, de M. Sandras ; expériences dont l'ensemble conduisait à cette conclusion : La digitaline offre bien en effet les propriétés de la plante dont elle est retirée et en vue desquelles on administre celle-ci.
Toutefois nous avons cru qu'il était nécessaire que le médicament fût étudié sur une plus vaste échelle, pour que, tous ces essais une fois réunis et coordonnés, on pût arriver à formuler nettement l'action de la digitaline sur l'homme malade, sa dose, son mode d'administration, et à lui assigner le rang qu'elle doit occuper dans la thérapeutique. Tel a été le but, tel a été le résultat du rapport de l'Académie de médecine.
(1) Ce qui comporte l'inaltérabilité.
(2) Journ. defharm. et de chim,, 1845, t. VII, p. 92.
(3) Ann, dethérap., de M. Boucliardat, 1845, p. 60.
D'autres travaux, d'autres témoignages sont encore venus appuyer les observations antérieures et étendre le cliamp de l'expérimentation : tels sont ceux de MM. An-dral et Lemaistre, de M. L. Corvisart, de M. P. Duroziez, de M. Mandl. Nous donnerons un résumé de ces travaux divers.
Le mémoire que nous publions aujourd'hui n'est donc pas littéralement tel que nous l'avons présenté à l'Académie. Outre les publications postérieures dont nous venons de parler, nous avons fait nous-mêmes de nouvelles expériences sur la digitaline, entre autres celles qui ont pour but la recherche de cette substance mêlée aux matières organiques (1" part., § V). Nous avons dû faire entrer ces diverses notions dans notre travail, afin de le mettre autant que possible au niveau de l'état actuel delà science, et d'en faire un recueil où l'on trouve réunis les travaux divers qui ont servi de base à l'introduction de la digitaline dans la pratique.
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