C . — Fropriétés de la digitaline
Aussi pure que possible, la digitaline se présente sous forme d'écaillés ou de masses (suivant la quantité) jaunepaille tendre, s'écrasant avec facilité, et formant alors une poudre légèrement jaunâtre.
Moins pure , les fragments sont rendus plus ou moins opaques par la petite quantité des autres substances rete* nues (digitalose, digitalin).
Elle possède une amertume intense : pour faire disparaître la saveur communiquée à l'eau par 1 centigramme de cette substance, il faut employer deux litres de liquide (1/200,000). Cependant , ce degré d'amertume est encore loin de celui, de la strychnine, dont la même quantité (0,01) exige huit litres d'eau pour arriver au même résultat (1/800,000). La saveur de la digitaline solide est lente à se développer , à cause de sa faible solubilité dans l'eau.
Elle oft're une légère odeur aromatique sui generis.
Elle provoque de violents éternuments lorsqu'on la pulvérise ou qu'on l'agite sans précaution , même en faible quantité.
Sa pesanteur spécifique est plus grande quecelle de l'eau.
Nous venons de dire qu'il est fort douteux qu'elle cristallise.
Une fois isolée, la digitaline est inaltérable à l'air.
Chaleur. — Exposée dans un tube à la chaleur du bain d'huile, elle se ramollit d'abord, puis entre en fusion à un degré moindre que celui qui avait été primitivement indiqué, et qui est de 100° environ. Si l'on élève davantage la température , la digitaline se colore, s'altère peu à peu en perdant de son amertume, qui est remplacée par une saveur âpre astringente.
Chauffée sur une lame de platine, elle commence par s'y ramollir , se fond , puis prend feu et brûle vivement , mais avec une flamme un peu terne et fuligineuse.
Projetée sur les charbons incandescents, elle répand des vapeurs ayant une odeur pénétrante désagréable.
La digitaline en solution dans l'eau ou l'alcool est sans action sur le papier de tournesol rouge ou bleu ; c'est donc une substance neutre.
Brûlée dans un tube de verre , elle répand des vapeurs acides.
Une autre portion calcinée dans un petit tube avec du potassium, suivant le procédé de M. Lassaigne [Comptes rendus de l'Institut^ n° 7, 18/!j3 : — production de cyanure, s'il y a de l'azote, et de bleu de Prusse par l'addition d'un sel ferroso-ferrique), n'a pas donné de coloration bleue.
La digitaline est donc dépourvue d'azote.
Eau. — L'eau dissout l\ peu près 1/2000 de digitaline à froid, et 1/000 à chaud.
Alcool. — C'est le dissolvant par excellence delà digitaline. Il la dissout en grande proportion à froid et encore plus à chaud. L'alcool concentré dissout plus de digitaline que celui qui est faible; cependant, celui-ci en dissout encore une assez forte proportion.
Esprit de bois. — La digitaline se dissout avec facilité dans ce liquide, et la solution abandonnée à l'air se trouble et laisse précipiter la digitaline sous forme de globules microscopiques, absolument comme avec l'alcool.
Ether. — 100 gr. d'éther pur (celui que nous avons employé avait été lavé à l'eau et rectifié sur du chlorure de calcium; sa densité était de 0,720) ont dissous, dans deux expériences, 0,75 etl,25dedigitalinepure, soiten moyenne 1/1 00 de son poids.
L'éther moins pur, moins concentré,^elui qui retient de l'eau et surtout de l'alcool, dissout de plus fortes proportions de digitaline.
Chloroforme. — La digitaline pure se dissout avec faci-
lité, complètement et pour ainsi dire en toutes proportions àans le chloroforme, même à froid. La solution, exposée à W\\\ s'évapore sans se troubler, très différente en cela des ïolutés alcooliques ouélliérés, qui laissent précipiter ce ptincipe sous forme pulvérulente, à mesure que le degré du liquide s'affaiblit. Après l'évaporation', la digitaline, lorsqu'on opère sur de petites quantités , reste sous forme d'un Vernis parfaitement limpide , pouvant s'enlever en écailles.
Carbure de soufre. — Est sans action sur la digitaline , ou du moins n'en dissout que des traces.
Biiile d'amandes.— A h'o'id et surtout à chaud, elle dissout une petite quantité de digitaline. La présence de celleci est annoncée dans l'huile filtrée par une amertume très forte.
Uacide oléique agit comme l'huile d'amandes.
Acides. — Nous n'avons pu former aucune combinaison de digitaline avec les acides. Ce résultat était probable du moment où nous avions constaté la neutralité de ce principe aux papiers réactifs.
Acide sulfurique concentré. — Mise en contact avec ce liquide dans un tube bouché, la digitaline forme une solution brunâtre, prenant avec le temps une teinte enfumée, légèrement pourpre. L'eau, ajoutée dans ce liquide, en sépare des flocons olivâtres abondants.
Acide phosphorique. — La digitaline ne s'y dissout pas, et prend seulement, au bout de deux ou trois jours, une teinte légèrement verdâtre.
Acide nitrique pur et concentré. — La digitaline ne tarde pas à s'y dissoudre avec dégagement de vapeurs rutilantes, en lui communiquant une belle teinte jaune orangé. Les jours suivants le liquide passe au jaune doré, et y persiste.
Acide cldorhydrique. — La digitaline a pour caractère distinctif de former avec Vacide chlorhydrique concentré une solution trouble d'un beau vert-pré ou vert-ciguë in-
teiise, suivant la proportion et la durée du contact. L'iddition d'eau affaiblit la nuance sans la changer.
Mais il faut observer que la chlorophylle et lainalière verte de la bile possédant aussi la propriété dJ colorer l'acide chlorhydrique en vert, le caractère dont nous parlons n'est distinctif pour la digitaline qu'autantquele produit a été soumis d'une part à l'action éliminitrice (pour la chlorophylle) de l'alcool à 30" centésimaux, et d'autre part à celle de l'éther concentré, qui dissout assez de digitaline pour un essai, et refuse de se charger du principe de la bile qui colore en vert l'acide dont nous parlons (1).
L'acide chlorhydrique au 1/10^ (étendu de 9 parties d'eau) ne nous a pas semblé dissoudre plus de digitaline que l'eau pure.
Acide acétique à 10 degrés. — Dissout la digitaline sans la colorer etsans l'altérer, du moins aussi promptement que les acides minéraux concentrés.
Le même acide étendu d'eau (7 parties) ne dissout plus que très peu de digitaline.
Tannin. — La solution de tannin au 1/10% versée dans de l'eau saturée de digitaline à froid et filtrée, y détermine la formation de flocons blancs caillebottés abondants.
Potasse. — Un peu de potasse caustique, mis dans une solution aqueuse de digitaline, en détruit peu à peu la saveur amère; si l'on chauffe le mélange, et surtout si on le dessèche, l'amertume disparaît bien plus promptement, et fait place à une saveur astringente.
Carbonates de potasse, de soude. — Agissent dans le même sens que la potasse- caustique, mais d'une manière moins puissante.
Ammoniaque. — La digitaline forme avec l'ammoniaque une solution trouble, et par un contact prolongé perd une grande partie de son amertume, comme ledémontre l'expérience suivante.
(1) Voy., pour plus de détails à ce sujet, § V, div. A.
l\ramme de digitaline, mis en contact avec 100 grammes d'ammoniaque pendant six jours, a laissé 0,008 d'un résidu i\idissous, lequel avait perdu les 4/5" de son amertume. Li^ solution ammoniacale, neutralisée par l'acide acétique, \a laissé précipiter des flocons jaune roux qui, lavés avec\un peu d'eau et repris par l'alcool , ont fourni 0,39\d'un résidu s'enlevant en écailles jaunâtres, offrant les p\'incipales propriétés chimiques de la digitaline : insolubilité presque complète dans l'eau , faible solubilité dans l'alcool à 99 degrés , coloration en vert-ciguë par l'acide chlorhydrique, mais ayant perdu les 9/10" de son amertume. Les eaux mères, après la saturation par l'acide acétique, étaient à peu près dénuées d'amertume.
L'ammoniaque exerce donc, comme les autres alcalis, une action destructive sur la digitaline ; mais celte action est moins énergique,
lodure de potassium zoc^wre (réactif de M. Bouchardatpour les alcalis végétaux). — Avec une solution faible de ce réactif {i\ le soluté aqueux digitaline n'a pas précipité; mais en solution plus concentrée (2), ce sel a produit un trouble prononcé.
Cyanure ferroso -potassique. — Ce sel , employé par M. Falken pour essayer la digitale, et qui trouble l'infusion de cette plante (3), est sans action sur la solution aqueuse de digitaline. Est-ce parce que celle-ci se dissout en trop faible proportion dans l'eau, ou bien l'action du réactif dans l'infusé de la plante se porte-t-elle sur d'autres corps ?
C/iromate de potasse. — Si à une dissolution de digitaline dans l'acide sulfurlque on ajoute un peu de bichromate de potasse, on fait passer en peu de temps la couleur au vert intense ; mais ce phénomène n'a rien de caracté-
(1) Iode, 2 ; iodure de potassium, 8 ; eau, 250.
(2) Iode, 10 ; iodure de potassium, 20 ; eau, 120.
(3) Annuaire de thérapeutique de HL Bouchardat, 18/i3, p. lOi.
ristique, et il se produit avec beaucoup d'autres substances organiques.
Solutions salines diverses. — Presque aucun sel ne précipite la solution aqueuse de digitaline. Ainsi avec :
Deutochlorare de mercure Hien.
Protonitrate de mercure contenant un peu de
deutonitrate id.
Acétate et sous-acétate de plomb id.
Mitrate d'argent id.
Perchlorure de fer presque neutre id.
Chlorure d'or id.
— de platine id.
Acétate de cuivre id.
Charbon animal. — La solution aqueuse de digitaline perd sa saveur amère si l'on y ajoute du noir animal. Dans ce cas la digitaline est simplement absorbée par ce corps, et si on le traite par l'alcool on retrouve celle-là intacte (1).
Fibrine, chair musculaire. — Le peu de digitaline qui se
(1) M. Lebourdais, de Nogent-le-Rolrou, qui avait observé depuis longtemps cette propriété du charbon relativement aux alcalis végétaux, a proposé, pour l'extraction de ces principes ainsi que pour la digitaline et plusieurs autres produits, un procédé basé sur celte propriété. Nous avons dit que nous considérions ce moyen comme important au point de vue des recherches analytiques en général, mais n'olïrant pas d'avantages pour l'extraction pratique de la digitaline, qu'il fournit, au contraire, moins pure. {Répert. de phann., t. V, 1848, p. 101 ù 107.)
Remarque. — Il serait possible, avec le noir, d'arriver au but cherché par deux moyens diamétralement opposés.
1° On peut, dans une solution aqueuse des principes de la digitale, fixer la digitaline sur le noir, puis la reprendre ensuite par l'alcool ; c'est ce que nous venons de dire.
2" A l'inverse, on pourrait préparer un soluté alcoolique des mêmes principes de la digitale, et faire agir dessus une masse de noir animal ; alors celui-ci entraînerait les principes différents de la digitaline et laisserait celle-ci en dissolution dans le liquide.
Mais dans l'un comme dans l'autre cas, la digitaline obtenue n'offre point l'aspect qui lui est propre, et elle reste mêlée de corps étrangers.
dissot\t dans l'eau est susceptible d'être absorbé par la fibrine, la chair musculaire, etc., et la saveur araère disparaîtpresque comme avec le noir animal. Dans la deuxième partie, § \I, nous reviendrons avec détail sur ces expériences , qui rentrent plus spécialement dans le domaine de la physiologie et de la thérapeutique.
Sérum du sang. — La digitaline se dissout en petite quantité danà le sérum du sang, sans y produire de changement apparent. La proportion dissoute semble être la même que dans l'eau, du moins à en juger par la saveur et à première vue. Cette saveur n'ayant pas diminué d'intensité après vingt-quatre heures , cela indique que la digitaline n'avait pas éprouvé d'altération dans cet espace de temps et à froid.
Ce que nous venons de dire de la solubilité de la digitaline dans le sérum du sang est tout à fait applicable au sérum normal du lait (lait filtré) et au lait lui-même (nous avons opéré sur du lait de vache.
Suc gastrique. — La digitaline paraît se dissoudre dans le suc gastrique filtré , c'est-à-dire exempt de matières alimentaires en suspension, comme elle le ferait dans l'eau. Mais si l'on met ce principe en contact avec la bouillie gastrique brute (le chyme), la saveur anière disparaît comme avec la chair musculaire.
En résumé, nous voyons :
Que le caractère distinctif de la digitaline est de former une solution verte dans l'acide cldorhydrique concentré ;
Que le soluté aqueux de ce principe actif n'est précipité par aucun corps, si ce n'est le tannin, le réactif de M. Bou chardat, en solution concentrée, le charbon et certaines matières alimentaires.
La transformation de la digitaline en un principe âpre astringent sous l'influence de la chaleur sèche d'une part, et de l'autre sous celle des solutions alcalines, jointe à une légère altération que nous avons aussi observée pendant des évaporalions de simples solutions aqueuses de ce prin-
cipe, constitue autant de circonstances défavorables que l'on ne saurait avoir trop présentes à l'esprit , afia de les éviter dans les diverses manipulations que l'on paut avoir à faire subir à la digitaline.
s. — Essai de !a âigitaiioe ; moyens d'en assurer la qualité et l'identité.
La digitaline étant , comme nous l'avons dit plus haut , dépourvue de la propriété de cristalliser, on se trouve, par ce défaut, privé de l'un des moyens les plus efficaces d'obtenir les principes immédiats dans un grand état de pureté. Cependant la fixité dans le degré d'énergie d'un médicament est une chose tellement nécessaire en thérapeutique, surtout quand il s'agit d'une substance très active , et nous sommes, pour notre part, si bien convaincus de cette nécessité, avons-nous dît {préambule), que nous eussions plutôt abandonné la digitaline que de la livrer à l'emploi médical , sans être certains de son identité. La ponctualité à suivre toujours le même procédé de fabrication, l'extraction opérée en grand, (1) offrent bien une première et réelle garantie , car alors on obtient des produits peu variables, même lorsqu'on emploie des qualités de digitale très diverses. C'est ainsi que dans une occasion où nous avons opéré comparativement sur 100 kilogrammes de plante de première qualité , et sur 150 kilogrammes de très vilaine, mal desséchée et noirâtre , nous avons obtenu dans les deux cas une belle et bonne digitaline ; il n'y avait de différence que pour la quantité , la première nous ayant fourni, proportionnellement, plus du double de la dernière.
Toutefois , l'essai du produit est une chose nécessaire ; car on ne trouve pas toujours dans les propriétés physi-
(i) L'extraclion de la digitaline est du nombre des opérations qui, comme la ferraen talion alcoolique, la cristallisation, etc., réussissent toujours mieux en grand qu'en petit.
ques de celui-ci une garantie suffisante d'identité. Nous avons vo, en effet, plus d'une fois des digitalines préparées en apportant des modifications aux procédés ordinaires , avoir un aspect assez analogue , et offrir cependant un état de pureté très différent. L'essai par l'acide chlorhydrique serait un moyen tout à fait illusoire comme garantie de qualité, puisque nous avons va que la digitaline, altérée par les alcalis au point d'avoir perdu presque toute son amertume , n'en conservait pas moins la propriété de se colorer en vert par l'acide dont nous parlons.
Le moyen que nous employons pour apprécierl'identité, c'est-à-dire la qualité de la digitaline, a pour base la mesure de son degré d'amertume ; or, son degré d'amertume, nous ne croyons pas le fait contestable , c'est son degré d'énergie. Pour parvenir à faire cette appréciation d'une manière suffisamment exacte , il faut suivre une marclie que nous croyons devoir indiquer avec détail.
Mode opératoire. — On dissout !l centigramme de digitaline dans 2 grammes d'alcool, et l'on étend d'eau progressivement jusqu'à disparition complète ou extinction de la saveur amère.
Une digitaline, pour être réputée de bonne qualité, doit nécessiter pour en arriver là, 2 litres d'eau, ce qui équivaut à 10 litres ou 10 kilogrammes /)OMr 5 centigrammes de digitaline. Commercialement parlant, et pour abréger , on peut dire alors que la digitaline offre une amertume de 10. S'il s'agissait d'une digitaline (impure ou altérée) qui ne nécessitât, pour perdre sa saveur amère, que 1 litre d'eau pour 1 centigramme, ce qui équivaut à 5 litres pour 5 centigrammes, on dirait qu'elle a une amertume de 5 (1).
(i) On comprend facilement que ce mode d'essai est surtout à l'usage du fabricant qui sait parfaitement qu'aucun principe étranger à la digitale n'a été introduit dans la matière à examiner ; mais il ne pourrait prémunir l'acheleurconlre des mélanges de substances très amères, de strychnine, par exemple, ajoutées dans le but d'augmenter la saveur amère d'une digitaline de qualité iaférieure. C'est donc un moyen d'appréciation
Dans l'essai dont nous parlons, on admet le produit comme bon, ou on le soumet à une nouvelle purification, suivant qu'il offre ou qu'il n'offre pas cette amertume de 10.
Nous sommes arrivés par ce moyen, que nous appellerons méthode de dilution , à constater des différences très grandes entre des digitalines de provenances diverses qui, goûtées pures, semblaient avoir une amertume également intense.
Il est nécessaire de remarquer que pour tirer tout le parti possible de cet essai , il ne laut pas faire celui-ci en quelques instants ; il exige certaines précautions. Ainsi, il est indispensable d' opérer par comparaison avec un échantillon type, — de goîiter plusieurs fois les solutions à des intervalles très longs, à des heures postérieurement éloignées des repas, et surtout le matin , lorsque le sens du goût n'est pas encore émoussé.
En s'y reprenant de cette manière, à plusieurs reprises, on voit si les premiers jugements portés sur la saveur sont exacts, et on les rectifie au besoin .
Sans un échantillon type, on resterait toujours dans le vague, les saveurs ne pouvant guère s'apprécier d'une manière absolue. Avec un point de comparaison, on évite cet inconvénient; et lorsque, en outre, on a acquis une certaine habitude, on porte des jugements que nous croyons satisfaisants.
Ce moyen d'apprécier l'intensité de la saveur des corps ne s'applique pas seulement à la digitaline, on peut l'employer pour beaucoup d'autres principes. Ainsi, tandis que la poudre de sulfate de quinine et celle de sulfate de cinchonine, goûtées pures, semblent aussi amères l'une
h l'usage du fabricant ; mais l'aclieteur n'y trouverait qu'une garantie illusoire contre la fraude, sauf le cas cependant où le degré d'amertume obtenu serait inférieur à celui voulu. On peut donc dire de ce procédé qu'il n'a de valeur affirmative que pour le fabricant, mais qu'il a une valeur négative indistinctement dans tous les cas.
\ MÉMOIRE SLR LA DIGITALINE. — 1" PART. , § I. 33
que Vautre, nous avons pu constater par cette méthode que le premier sel est en réalité quatre fois plus amer que le dernier ; que la salicine offre une amertume encore moitié moinàforte que le sulfate de cinchonine, et ainsi d'autres produits (1). Nous avions même espéré pouvoir étendre cette niéthode aux plantes elles-mêmes, et avoir par là un mode d'essai très prompt de leur qualité ; mais nous avons dû y renoncer, les autres matières qui se trouvent avec le principe sapide dans la plante, et surtout les substances aromatiques , masquent trop la saveur de celui-là pour qu'il soit possible d'arriver à quelque donnée positive. Cependant on peut encore obtenir, dans certains cas, lorsque les différences sont tranchées, des notions très utiles quoique vagues, comme nous le verrons dans la suite de ce travail (§ III). Mais lorsqu'il s'agit de principes isolés et très sapides, cette méthode est bien plus facilement et plus sûrement applicable.
Assurément il est regrettable qu'il ne soit pas dans la nature de la digitaline de cristalliser , car on l'eût obtenue plus facilement sans doute, et certainement plus pure. Mais, si l'on veut bien se rappeler quelles difficultés présentent, pour les obtenir dans un état de pureté parfaite^ les substances qui ne sont pas susceptibles de former de combi-
(1) Un mode d'essai analogue ou semblable a déjà été employé par plusieurs personnes dans différentes circonstances. Depuis longtemps, par exemple, on s'est servi de la dilution pour juger de la qualité de l'eau de fleurs d'oranger, soit en étendant celle-ci d'eau, soit en la goûtant sur un morceau de sucre, ce qui est un autre genre de dilution.
M. Personne, dans un travail sur les teintures couronné par la Société de pharmacie, l'a employé pour apprécier la qualité comparative des extraits retirés de certaines teintures très amères, comme celles d'absinthe, de gentiane, de rhubarbe. {Journ. de ■pharvu et de chim., t. VII, p.hiO.)
Enfin on peut remarquer que la méthode de dilution, qui a ici pour base la saveur, a aussi été employée relativement à la couleur ; c'est ainsi qu'on a dosé, dans de certaines circonstances, le brome, l'iode, le cuivre (à l'état de cuprale d'ammoniaque) : alors c'est un dosage jpar la nuance.
liaisons définies, d'être isolées par la distillation , ou purifiées par une cristallisation facile, telles que l'albumine, le caséum, que la nature nous offre déjà cependant presque pures, on sera peut-être moins sévère au sujet de cette question de cristallisation et de pureté parfaite , et l'on pourra encore s'estimer heureux que l'on puisse retirer d'une association aussi complexe que celle présentée par la plante une digitaline qui, sans atteindre l'état de pureté chimique, peut au moins offrir une inaltérabilité parfaite, une identité incontestable.
D'ailleurs la forme cristalline, si précieuse qu'elle soit, est-elle donc tellement indispensable qu'il faille rejeter du domaine médical les corps qui n'en seraient pas doués? — Personne assurément ne se chargera de soutenir une pareille thèse : des exemples trop frappants viendraient combattre celte manière de voir. Ainsi le tannin , la gommegutte, la résine de scammonée, etc., rendent chaque jour au praticien des services aussi marqués que d'autres corps parfaitement cristallisés. Est-ce que quelqu'un hésite à employer la vératrine parce qu'elle ne cristallise pas? La plus grande objection à faire contre les corps non cristallisés consiste, suivant nous, dans la facilité qu'ils offrent aux sophistications; car, bien que la forme cristalline soit loin d'être une garantie certaine contre la fraude, et la serve même quelquefois, cependant on ne peut se dissimuler que les fraudeurs ont, en général , les coudées tout autrement franches lorsqu'il s'agit de substances amorphes.
Du reste, outre les motifs de garantie qui précèdent, nous avons pensé qu'on pouvait offrir encore plus de sécurité, et nous avons eu recours à un moyen qui devait mettre la digitaline même à l'abri du soupçon et couper court , pour longtemps du moins , à toute espèce d'objection touchant l'identité.
Après avoir appliqué le mode d'essai dont nous venons de parler, à nos produits, à mesure de leur extraction,
MÉMOIRE SUR LA. DIGITALINE. — l" PART., § I. 35
nous avons à la fin mélangé toutes les digitalines que nous avions obtenues dans des opérations successives : de telle sorte que nous ne pouvions manquer d'avoir , on le conçoit, la certitude la plus absolue sur l'identité du produit définitif, identité qui se trouve dès lors nécessairement aussi grande que s'il s'agissait du corps le mieux cristallisé que la chimie possède.
Nous ajouterons que nous avons opéré sur plus de 2,000 kilogrammes de digitale (2,119 kilogrammes); que nous avons, par suite (janvier 1850), une quantité de digitaline qui , relativement aux faibles doses auxquelles ce médicament s'administre, doit être considérée comme énorme. Cette provision peut durer 5, 6, 8, 10 ans peut-être, suivant que la consommation de ce produit prendra plus ou moins d'extension (1).
On conçoit facilement tout ce qu'ofifre d'avantageux pour les malades une pareille extraction en grand, puisqu'elle a pour conséquence de mettre à la disposition des praticiens un produit parfaitement identique et sur la fixité duquel ils peuvent compter.
En agissant ainsi, nous n'avons d'ailleurs lait que nous conformer à un vœu exprimé pour un autre produit. Voici en effet ce que disent Mérat et Delens, dont le témoignage est invoqué par M. Chevallier : « Il serait à désirer que chaque pharmacien eût une provision d'opium (essayé) assez abondante pour que, pendant plusieurs années, les praticiens qui s'en servent pussent en connaître l'activité (2). » Or si c'est là une chose utile pour l'opium, et il n'y a pas à en douter (les variations dans la qualité de celui-ci pouvant s'étendre de 1 à 10 pour 100, V. § IV),
(i) Nous indiquerons, si le besoin s'en fait sentir, le moyen de perpétuer celte identité. »
(2) Mecat elDELENS, Dict. de mal. méd., t. V, p. 50.— A. CflEVALHEa, Journ. de chim. méd. et de tox,, d8i9, clJourii. des conn, mcd , 2° série, U III, p. 108 (1849).
combien ne l'est-elle pas davantage pour un produit comme la digitaline, qui est bien autrement actif.
Aussi, ayant une fois adopté en principe de ne point viser à un état de pureté chimique difficile ou du moins dispendieux à obtenir, et d'une utilité contestable parce qu'il n'eût pas été entier, et nous étant contentés, comme nous venons de l'expliquer, d'arriver à l'identité parfaite, nous avons du moins voulu donner à celle-ci un caractère de généralité absolue sous tous les rapports. Ainsi l'échantillon que nous avons présenté à l'Académie avec notre mémoire, celui que l'on a pu voir à l'exposition des produits de l'industrie, à Paris en 18/i9 (et qui était de un kilogramme), celui que nous avons envoyé à l'exposition universelle de Londres en 1851 , celui qui se trouve en ce moment (novembre 1853) à l'exposition de New- York , ceux que nous avons offerts à quelques savants, proviennent tous du même flacon, tous ont été prélevés sur la digitaline que nous employons à confectionner 7ios granules. Nous n'avons pas cru devoir purifier exprès et préparer des échantillons d'une beauté exceptionnelle pour les mettre en évidence; nous nous sommes fait une loi de ne présenter que le produit même que nous étions en mesure de livrer au commerce. Or, cette manière de procéder, toute naturelle qu'elle est, n'est pas si commune qu'il ne puisse nous être permis de chercher à nous en faire un mérite.
SS. — Forme médicamenteuse sous laquelle il convient 2e Enieux d'administrer la digitaline.
Une fois fixés sur le moyen d'obtenir la digitaline dans un état toujours identique, nous avions à nous préoccuper de la meilleure forme pharmaceutique à lui donner, au point de vue de la sûreté et de la commodité du dosage, de la bonne conservation et delà facile administration du médicament.
Cette question empruntait ici une importance particulière à l'extrême activité du produit, qui ne devant être
administré que par milligrammes , ne pouvait guère se doser d'une manière directe et sans intermédiaire, comme on le fait pour le sulfate de quinine, le safran de mars et autres produits , dont le médecin prescrit une quantité quelconque à diviser par prises.
En raison de la dose minime à laquelle la digitaline s'emploie, il fallait, disons-nous , avoir recours à un intermédiaire : par exemple, le mélange avec une poudre inerte, ou la solution dans un liquide, moyen qui rendait ensuite le fractionnement plus commode et plus sûr en raison de la masse plus grande sur laquelle on opère.
Nous avions à choisir entre trois ou quatre formes pharmaceutiques.
La première qui s'est présentée à notre esprit a été celle de pastilles ou de'^tablettes ; mais celles-ci, à la dose de 1/2 milligramme seulement, étaient tellement amères, qu'il a fallu y renoncer, la première condition pour une pastille étant d'avoir un goût agréable ou tout au moins supportable.
Un autre moyen consistait à mélanger la digitahne avec du sucre en poudre, dans la proportion de 1/50 ou 1/100 de digitaline, par exemple, puis à faire des paquets contenant un ou plusieurs milligrammes de principe actif, à la volonté du médecin. Mais on eût retrouvé ici l'inconvénient des pastilles : une ingestion pénible pour le malade, en raison de l'intensité de l'amertume du médicament, et l'on ne fût arrivé qu'à une formule magistrale, nécessairement moins certaine pour le dosage qu'une préparation officinale faite à l'avance dans le calme du laboratoire, avec toutes les précautions nécessaires, et offrant les meilleures garanties d'une égale division du médicament.
Il y avait aussi le soluté alcoolique dans une proportion connue, 10 millig-rarames pour 10 grammes, nous supposons. 1 gramme de cet alcoolé eût représenté 1 milligramme de digitaline ; le médecin en eût prescrit dans une potion un poids ou un nombre de gouttes déterminé. Mais quant
à ce dernier mode de dosage (les gouttes), on sait qu'il n'a pas toute la précision désirable, que le poids des gouttes varie avec les dimensions de l'ouverture du flacon d'où elles tombent (1). D'ailleurs, la forme ultime du médicament se retrouvait encore ici magistrale comme dans le dernier cas.
Nous avions encore le sirop. C'est un genre de préparation qu'on eût pu adopter, cependant nous avons cru qu'il y avait mieux à faire (2).
La forme pilulaire nous a semblé préférable, et comme
(1) Nous avons conslalé expérimentalement que, suivant la forme du goulot, l'épaisseur de ses bords, les dimensions du flacon, la quantité de liquide renfermée dans celui-ci, la position du bouchon pendant l'écoulement des gouttes, le poids de celles-ci peut varier de moitié, c'est-àdire : : 100 : ISO, et même plus. Cette inexactitude de dosage et les inconvénients qui pourraient en résulter pour un médicament énergique avaient déjà été sentis antérieurement : Darwin, Schwiigué en ont parlé spécialement pour la teinture de digitale. (Bidault de Villiers, Essai sur la digitale, 3" édition, p. 38.)
Du reste, le dossge par pilules a aussi ses inégalités. Nous avons examiné, sous ce rapport, les pilules réputées, dans le monde pharmaceutique, pour leur régularité, et qui, en effet, à l'œil, semblaient, au premier abord irréprochables. Cependant, lorsque nous sommes venus à les peser à une balance sensible au milligramme, nous avons pu saisir, en opérant sur une centaine, des inégalités entre chacune allant à 1/5, l//i, et même 1/3.
De sorte que c'est peut-être moins par la régularité que ce dosage l'emporte sur celui des gouttes que par la sûreté de la numération, la possibilité du contrôle, choses qui manquent entièrement pour les gouttes. Or, en tout, le caractère permanent, visible pour tout le monde, susceptible de vérification, est toujours préféré au signe fugace.
(2) Le sirop de digitaline, pouvant avoir son utilité dans des cas donnés, nous observerons qu'il ne faudrait pas le clarifier au blanc d'œuf. En efl'et, dans une expérience comparative que nous avons faite à ce sujet, nous avons vu que la portion ainsi clarifiée était un peu moins amère, soit que l'alcali du blanc d'œuf, secondé par l'ébullition , eût suffi pour altérer une petite quantité de digitaline, soit qu'une partie de celle-ci, que nous savons peu soluble dans l'eau, eût été enlevée avec l'écume par l'effet de la coagulation de l'albumine; toujours est-il que le sirop ainsi clarifié était quelque peu moins amer. Il faut donc s'abstenir de ce moyen
variété de cette forme, il en est une qui roos a para î'emporter, c'est celle de très petites dragées, où la matière active se trouve enveloppée sous une couche de sucre , de telle sorte que le malade, en raison de leur très petit volume, peut les avaler facilement sans les mâcher, et dès lors sans avoir d'autre perception que celle du sucre qui les recouvre. Nous avons donné à ces dragées, en raison de leur petit volume, le nom de granules.
Avec cet te forme de médicament, nous trouvons un grand nombre d'avantages réunis : un dosage sûr, facile à faire, facile à contrôler pour le médecin comme pour le malade (et l'on ne saurait avoir trop de moyens de contrôle et de garantie pour les médicaments actifs) , puisqu'il ne s'agit que de' compter le nombre des granules, dont chacun renferme un milligramme de digitaline (1). Ils ont aussi le très grand avantage d'une conservation à laquelle nous ne connaissons pas de terme jusqu'ici.
Quelques objections se présentaient cependant à l'esprit relativement à cette forme pharmaceutique de la digitaline : ces petits granules , fort durs, n'étaient-ils pas très longs à se dissoudre dans l'estomac ? La dose de digitaline qu'ils renferment, quoique très minime, ne pouvaitelle pas, ainsi réunie sous un petit volume, exercer une action locale irritante sur cet organe? Enfin, le fait d'être présentée non dissoute par avance à l'influence du suc gastrique, n'était-il pas défavorable à son action ?
Pour la première objection on pouvait répondre qu'un de ces petits granules , uniquement composés de sucre et de digitaline, ne demandait que quelques minutes pour se dissoudre dans de l'eau chaude. Mais nous avons été à même
de préparation, et se contenter d'ajouter la solution alcoolique de digitaline au sirop clarifié et filtrée par avance.
(1) Ils se composent de 1 milligraTOme de digitaline uni à 5 centigrammes de sucre. Nous en avons publié la formule dans V Annuaire de M. Bouchardat (1845), et elle se trouve dans les éditions subséquentes du Formulaire du même auteur.
^lO ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.
de résoudre plus directement la question. En effet , ayant un chien à fistule stomacale, nous lui avons introduit dans l'estomac, par la canule, pendant la digestion , trois granules de digitaline renfermés dans un nouet de gaze retenu par des fils pendants au dehors, et qui permettaient de le retirer à volonté. Un quart d'heure après, ce nouet ayant été sorti de l'estomac, on n'a plus trouvé la moindre trace de granules.
Ainsi, en moins d'un quart d'heure, ceux-ci avaient été complètement dissous.
Il ne peut donc y avoir d'entraves par suite de la lenteur de dissolution des granules , et la digitaline que ceux-ci renferment doit commencer, presque aussitôt après leur ingestion, à se dissoudre dans le suc gastrique.
Quant aux deux autres objections, à savoir : l'action irritante locale de la part des granules, ou une action plus lente et moins efficace qu'avec une dissolution préalable du médicament, voici quelques expériences à ce sujet.
Première expérience. — Sachant par avance, d'après des expériences qui seront rapportées dans le § II de la deuxième partie, que la digitaline, administrée progressivement jusqu'à dose toxique, produisait des vomissements pour ainsi dire à point nommé, nous avons administré â un chien de moyenne taille, pendant trois jours, à midi (le déjeuner ayant eu lieu vers huit heures), deux granules de digitaline ; les deux jours suivants, trois granules chaque jour ; le sixième et le septième jour quatre granules, et le huitième cinq granules, en tout vingt-cinq (25 miUigrammes de digitaline). Alors les vomissements sont survenus, le chien a rendu une partie de ses aliments : l'intoxication commençait, nous avons dû nous arrêter là.
Deuxième expérience. — Après un repos de plusieurs jours, nous avons recommencé à administrer à ce même chien la digitaline, mais sous forme de sirop, celui-ci renfermant un milligramme de digitaline pour 10 grammes. Nous avons suivi ici le même ordre de progression, c'est-à-dire
MÉMOIRE SUR LA. DIGITALINE. — I'^ PART., § I. il
2 milligrammes de digitaline chacun des trois premiers jours, puis 3, puis 4, et enfin 5 milligrammes le huitième. Ce jour-là les vomissements sont survenus comme avec les granules, après l'administration de 25 milligrammes du principe médicamenteux.
Troisième expérience. — Dans ces derniers temps, l'un de nous, dans une série d'expérimentations sur lui-même, dont il sera parlé ailleurs (2"= partie, § II, et lUableau récapitulatif de la 1" série, a la fin du mémoire), a constaté que le sirop de digitaline n'offrait pas de différence fondamentale dans son action comparativement aux granules ; seulement on n'a pu supporter aussi facilement les doses élevées , et l'expérimentateur a été un peu plus incommodé qu'avec les granules , sans qu'il y ait eu d'action plus marquée sur la circulation. ^
Ainsi, dans les deux premières expériences, le chien n'a semblé ni plus ni moins incommodé avec les granules qu'avec le sirop, et les vomissements se sont produits à la même dose.
L'expérience faite sur l'homme (troisième) semblerait indiquer qu'avec le sirop on a plus de chance de voir apparaître les phénomènes d'intolérance, sans rien gagner du côté de l'action sur la circulation.
D'où il suit que, non seulement l'état solide sous lequel la digitaline se trouve dans les granules n'a pas d'inconvénient, comparativement à la forme liquide ; mais que s'il devait y avoir une différence , elle serait plutôt à l'avantage des granules.
D'ailleurs l'action de la digitaline à l'état de granules, c'est-à-dire sous forme solide, fùt-elle un peu moins prompte, il n'est pas démontré à nos yeux qu'il y eût là inconvénient pour la médication. En effet , nous concevons bien que lorsqu'il s'agit d'un remède qui doit, par sa nature, produire une action brusque sur l'économie, comme un vomitif, un purgatif, il puisse y avoir avantage à recourir à la forme liquide, qui, offrant le remède à l'état
h2 ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.
de dissolution , permet aux organes de l'absorber plus tôt et plus rapidement. JVIais cet avantage ne nous paraît plus exister pour les médicaments qui doivent exercer une action lente et] profonde sur l'économie tout entière , comme les toniques, les ferrugineux, la digitaline , etc. Peut-être même, dans beaucoup de cas, devrait-on donner la préférence à la forme solide et lentement soluble , comme se prêtant mieux au mode général de la nature , qui procède presque toujours dans ses actes d'une manière lente, mais contiime , insensible chaque jour, mais puissante avec le temps (1).
Une seule objection peut être faite contre les granules ; elle a trait aux accidents que pourrait entraîner leur similitude avec les bonbons. Ainsi n'est-il pas à craindre que dans la maison où l'on fera usage de ce médicament, un enfant s'empare du flacon renfermant les granules, et mange ceux-ci pour des bonbons? A cela on peut répondre : 1° que la chose ne pourrait arriver qu'autant que l'enfant les avalerait sans les mâcher ; car , pour peu qu'il en écrase un sous sa dent , il sentira une amertume telle , qu'il crachera aussitôt le tout (2) ; 2° qu'il est assez peu probable que la digitaline puisse produire , à la suite d'une seule ingestion , des accidents bien sérieux chez une personne en bonne santé, attendu que ce principe porte en quelque sorte en lui-même son contre-poison : l'un de ses premiers effets toxiques étant ordinairement le vomissement. (V. pour d'autres développements à ce sujet, 2* partie, § II, art. Action éméto-cathartique et toxique.)
(1) Pour plus de détails au sujet de l'action comparative du sirop de digitaline et des granules, voir le septième tableau récapitulatif de la première série, analysé deuxième partie , % II, et qui se trouve à la fin du mémoire.
(2) Celte question étant importante, nous avons plusieurs fois soumis des enfants à cette expérience, en leur présentant un granule, et en elfet ils ont bientôt rejeté avec dégoût le soi-disant bonbon*
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. ~ 1" PART., § I. kZ
Résumé.
i° Nous avons obtenu par les moyens indiqués (traitements successifs par l'éther faiblement alcoolisé, puis par l'alcool à 60°) la digitaline 'dans un état de pureté plus grand, qui nous a permis de mieux en étudier les propriétés. Voici ses principaux caractères:
Substance de couleur paille tendre , d'aspect résinoïde , très friable , se réduisant facilement en une poudre jaune pâle, très arrière, neutre, incristallisable, ou du moins n'offrant, au microscope, que des rudiments douteux de cristaux; peu soluble dans l'eau, un peu plus dans l'éther concentré, et davantage dans l'éther faible; soluble dans l'alcool à tous les degrés , d'où elle se précipite par l'évaporation spontanée sous forme globuleuse; caractérisée par la propriété de former avec l'acide chlorhydrique concentré une solution verte.
2" La digitaline , à cause de son état incristallisable , et de sa facile altérabilité pendant l'extraction, étant bien plus difficile à obtenir pure que la plupart des autres produits chimiques, nous sommes arrivés à conclure, après de nombreuses expériences , qu'il n'y aurait pas d'avantage pour la thérapeutique , dans l'état actuel des choses , à recourir au moyen long et dispendieux qui permet de se procurer la digitaline pure, et qu'il fallait se borner à tâcher de l'obtenir dans un état toujours le même, c'est-à-dire iden* tique.
Les moyens à employer, pour arriver à ce résultat, peuvent se résumer dans les circonstances suivantes :
A. — Un procédé toujours le même, patiemment étudié et consacré par une longue habitude ;
B. — Des opérations en grand , lesquelles réussissent toujours mieux qu'en petit ;
G. — ^Appréciation de l'intensité de la saveur amère, par la méthode de dilution, suivant les précautions minutieuses que nous avons indiquées;
D. — Mélange de tous les produits provenant des opérations successives; approvisionnement par masses.
3° La forme médicamenteuse qui nous a paru la plus convenable pour la digitaline, au point de vue de la sûreté et de la commodité du dosage , de la bonne conservation du médicament , comme de sa facile administration , est celle de dragées auxquelles nous avons donné , en raison de leur petit volume, le nom de granules.
§ II. — PRINCIPES DIVERS , AUTRES QUE LA DIGITALINE , RETIRÉS DE LA DIGITALE.
lïigitalosc.
La digitalose est un principe assez abondant dans la digitale; on la retrouve en proportion plus ou moins grande mêlée aux divers produits que l'on extrait de cette plante, et dont on peut la retirer en appropriant le mode d'extraction à la nature du mélange sur lequel on opère. Voici comment nous procédons pour obtenir celle qui accompagne la digitaline.
La digitaline brute ayant été traitée par l'éther faiblement alcoolisé (environ 1/10 d'alcool, densité 780), comme nous l'avons dit précédemment en parlant de la purification de ce principe, on évapore la solution en consistance pultacée. Le résidu consiste en un mélange de digitalose, de digitaline et d'une petite quantité de matière grasse On reprend par l'alcool à 60° bouillant, qui dissout la seconde substance et touche à peine aux deux autres. On traite le nouveau résidu indissous par l'alcool à 35» c" bouillant ; on recueille la partie indissoute sur un filtre, et on la comprime avant de la soumettre à un nouveau traitement. On continue un grand nombre de fois ces traitements jusqu'à ce que le produit, essentiellement composé de digitalose, soit bien complètement dépourvu de saveur amère ; alors il est déjà d'une grande blancheur et offre un
MÉMOII\J- SUR r,A DKilTALLMi:. — r"- PART., § II, k5
aspect argentin mat. On le reprend par l'alcool à 90", on ajoute quelque peu de noir animal lavé à l'acide chlorliydrique, on porte à l'ébullition et l'on filtre bouillant. Par reiVoidissement le liquide se remplit d'une belle cristallisation en paillettes micacées brillantes ou en fines et courtes aiguilles: c'est la digitalose. On la purifie par une ou deux nouvelles cristallisations.
Propriétés de la digitalose. — D'un blanc de neige éclatant, inodore, insipide, d'un aspect micacé brillant ou cristallin aiguillé. Sa pesanteur spécifique est plus grande que celle de l'eau. Elle entre en fusion vers 200''centig.,et constitue alors un liquide incolore si elle est bien pure, et légèrement jaune si elle retient la plus légère trace de matière étrangère ; encore moins pure elle ne fond qu'à un degré bien plus élevé. Ce principe, pur, commence à jaunir à 230'; à 280° il devient brun; au-dessus de ce degré il répand des fumées blanches acides, d'une odeur aromatique pénétrante, mais sans âcreté. Ces vapeurs, recueillies dans un tube courbe, s'y condensent en un liquide huileux jaunâtre, acide, sirupeux, épais, d'une saveur acre empyreumatique, insoluble dans l'eau. Projetée sur des charbons incandescents la digitalose y répand des fumées blanches et une odeur d'encens. Fondue sur du papier, elle y forme une tache transparente, mais qui diffère de celle produite par les corps gras, en ce qu'on peut écrire dessus avec facilité.
Insoluble dans l'eau froide ou bouillante, soluble dans l'alcool à 90°, surtout à l'aide de l'ébullition, et cristallisant par le refroidissement. Déjà bien moins soluble dans l'alcool à 70", et de moins en moins à mesure que le liquide s'affaiblit. La solution est neutre aux deux papiers de tournesol.
Soluble en assez grande proportion dans l'éther ; facilement soluble dans le chloroforme à froid ; par évaporation elle reste sous forme d'une couche cristalline grenue.
Vladle d'amandes en dissout une petite quantité à l'aide
de la chaleur du bain-marie, et la laisse en grande partie déposer par le refroidissement sous forme de très fins cristaux.
Vessence de térébenthine la dissout au point d'ébullition, et la laisse déposer par le refroidissement en flocons ténus qui, vus au microscope, se montrent composés de très fines et courtes aiguilles isolées eu réunies en boules rayon nées.
Acide sulfimquc à 66°. — La digitalose forme avec cet acide une dissolution limpide, de couleur paille citron ; en ajoutant une très petite quantité d'eau à la solution , il se précipite des flocons jaunâtres ternes. Si, au lieu d'employer pour cette expérience de l'acide très concentré, on le prend unpeu dilué, contenant, par exemple, 2/5 d'eau en poids (et refroidi), ou encore de l'acide affaibli par son exposition à l'air, les cristaux ne se dissolvent plus que partiellement, et chose curieuse, la solution, qui était jaunepaille avec V acide concentré, prend avec l'acide dilué une teinte rose assez belle.
Acide nitrique . — ■ Les cristaux de digitalose, mis en contact avec de l'acide nitrique dans un tube, sont restés incolores après vingt-quatre heures. Seulement une certaine portion de ceux-ci, de lamelleux qu'ils étaient dans le principe au microscope, se sont transformés en faisceaux de fines aiguilles, sans que la masse cristalline ait sensiblement augmenté de Volume-
Acide chlorhydrique fumant. — L'acide et les cristaux^ placés dans un tubebouché, restent pareillement incolores. Ceux-ci augmentent de volume, et au bout de vingt-quatre heures sont en grande partie transformés en faisceaux aiguillés. Les cristaux, ainsi traités et bien lavés, ne retiennent aucune portion d'acide : on s'en est assuré en les brûlant avec un peu de carbonate de soude, et constatant l'absence de chlore dans le résidu.
Acide acétique cristallisable. — Les cristaux semblent d'abord y diminuer de volume, puis plus tard s'y gonflent
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. ■—■ F* PART. , § IJ. kl
en changeant de forme, comme avec les deux acides précédents ; seulement la cristallisation, examinée au microscope, est beaucoup plus belle : ce sont de superbes aiguilles longues et fines, la plupart du temps disposées en faisceaux ou en vastes amas rayonnes. L'acide acétique , séparé de ces cristaux par compression et filtration, additionné d'eau, laisse former des flocons blancs.
Si, au lieu de mettre la digitalose pure avec l'acide acétique, on ajoute préalablement à la première environ partie égale de digitalin, alors la dissolution est complète. Ainsi la présence du dernier favorise la dissolution de la première dans l'acide acétique. Cependant cette dissolution ne s'accomplit que dans de certaines limites, car on peut se servir de cet acide pour séparer la digitalose et le digitalin, à l'état brut oîi ces corps se trouvent mêlés ; l'acide dissout de préférence le digitalin et laisse pour résidu des cristaux de la première, qu'il suffit de laver à l'eau et de faire cristalliser dans l'alcool pour les avoir purs.
La solution alcoolique de digitalose n'est point précipitée par celle de potasse caustique, ni par celle de chlorure de barium, d'acétate de plomb neutre (toutes ces solutions faites dans l'alcool) , ni par la solution aqueuse de nitrate d'argent.
Bouillie avec une solution aqueuse de carbonate de soude en excès, la digitalose ne s'y est point dissoute. Le mélange évaporé à siccité et épuisé par l'alcool bouillant, on a retrouvé les 9/! 0 de la matière.
Elle ne se dissout pas davantage en la faisant bouillir avec une solution aqueuse faible ou concentrée de potasse caustique, et elle ne se colore nullement. L'alcali ne paraît rien lui enlever^ car le liquide filtré et saturé par l'acide acétique ne s'est pas troublé.
Délayée avec de l'alcool et un grand excès d'oxyde de plomb humide précipité du nitrate par l'ammoniaque, puis le mélange desséché, l'oxyde métallique n'a retenu que
tiS ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.
fort peu de digitalose, et l'on a pu en retirer au moyen de l'alcool les 8/10 de la quantité employée.
La même expérience, répétée avec de la litharge, on a retiré les 9/10 du produit.
Enfin, en mélangeant une solution alcoolique de digitalose et une solution pareillement alcoolique d'acétate de plomb cristallisé, évaporant à siccité, lavant à l'eau pour enlever le sel de plomb, et reprenant le résidu indissous par l'alcool, on a obtenu toute la quantité de matière employée, preuve qu'il n'y avait nulle combinaison.
On voit d'après cela que la digitalose est une substance neutre qui ne se combine point aux acides, et ne s'unit à certains oxydes qu'en très minime proportion.
Elle est dépourvue d'azote.
Si l'on recherche ses analogies, on trouve qu'elle n'est pas sans quelques points de ressemblance avec la matière blanche résineuse qui existe sur certains fruits pulpeux (prunes, raisin, etc.) et qui a été obtenue par Berthemot(l): ainsi elle a un point de fusion très élevé, elle est insoluble dans les alcalis ; mais elle en diffère sous beaucoup de rapports, et surtout en ce qu'elle cristallise très bien, tandis que la résine de Berthemot est amorphe.
Lorsque la digitalose cristallise avec la forme micacée, ce qui lui arrive le plus ordinairement, elle offre une ressemblance frappante avec la cholestérine : elle en a l'aspect brillant et nacré ; comme celle-ci elle est insipide, insoluble dans l'eau , soluble dans l'éther , soluble dans l'alcool bouillant, qui en laisse déposer une partie par refroidissement, inattaquable par les alcalis. Mais elle en diffère par un point de fusion plus élevé, et en ce qu'elle donne à la distillation un liquide sirupeux acide , tandis que la cholestérine, en pareil cas, en fournit un qui n'est ni acide ni alcalin.
(1) Joiirn. depharm, et de chinu, t. IX, p. 177 (1846).
JIÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — I" PART. , § 11. 69
La digitalose paraît aussi avoir de la ressemblance avec le produit appelé lactucone (1).
On en saisira mieux, du reste, les analogies lorsque l'analyse élémentaire en aura été faite.
Matière cristalline ua peu o[i£rérente de la digitalose obtenue dans une circonstance particulière.
Nous avons retiré dans une circonstance spéciale une substance fort analogue à la digitalose, mais en différant toutefois par quelques propriétés.
Vers 18al, un teinture de digitale faite avec de l'alcool faible (50" c^.), étant devenue inutile pour le but qu'on se proposait, fut placée dans une carafe bouchée avec un simple cornet de papier, et mise de côté. Cette teinture est ainsi restée jusqu'en 18i5 sans qu'on s'en soit occupé. On a trouvé, à cette époque, presque tout le liquide évaporé ; il restait seulement au fond du vase une partie sirupeuse grenue, de couleur caramel, très amère, et sur les parois, au-dessus delà première, une couche blanche mamelonnée, sèche, insipide. La couche sirupeuse amère renfermait évidemment la digitaline ; le défaut de sapidité de la couche blanche indiquait que celle-ci était exempte de ce principe.
Cette dernière couche , enlevée séparément , lavée à l'eau, puis avec de l'alcool à 35° c'', a été reprise par de l'alcool à 90° bouillant. Celui-ci laisse former par le refroidissement un dépôt cristallin d'un blanc parfait. Ces cristaux offrent une partie des propriétés de la digitalose; ainsi ils sont dépourvus de saveur, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool ; mais ils en diffèrent par un point de fusion plus élevé (255°), par leur insolubilité dans l'éther, et surtout parce qu'ils se combinent en proportion beaucoup plus forte avec l'hydrate de plomb (la partie
(1) Jouvn, depharnu etdeclim,, t. XI, p. 457 (184'7).
50 ARCHIVES DE Px4YSI0L0GlE , ETC.
non combinée avec l'oxyde offre les mêmes propriétés que la masse primitivement employée).
Les eaux mères alcooliques provenant de la dissolution du dépôt mamelonné primitif ont fourni par évaporation une matière blanche farineuse analogue au digitalin.
Il est indubitable que la matière cristalline ci-dessus a une origine commune avec la digitalose; mais les diiïérences signalées proviennent-elles de ce que pendant cette longue exposition de la teinture à l'air (quatre ans), il se sera opéré vers la fin de l'évaporation, et lorsque le liquide est devenu plus aqueux, quelque modification ? Proviendraient-elles de ce que le véhicule employé comme dissolvant primitif était l'alcool au lieu d'eau ; de ce qu'il y avait là quelque matière étrangère retenue en combinaison, du digitalin par exemple, malgré la forme parfaitement nette des cristaux? Ou enfin la différence dépend-elle, au contraire, d'une réaction exercée par les sels de plomb dans le procédé ordinaire d'extraction de la digitalose ? Cela ne semble guère probable, puisque nous vêtions de dire que la partie non combinée avec l'hydrate de plomb n'avait pas été modifiée dans ses propriétés. Mais enfin des expériences ultérieures peuvent seules permettre de répondre à ces questions.
Digitalin,
Lorsqu'on traite la digitaline brute par l'étiier faible, dans le but de dissoudre ce principe ainsi que la digitalose, comme nous l'avonsdit aux articles Digitaline ei. Digitalose^ ce liquide laisse indissoute une matière blanchâtre amorphe pour laquelle nous adoptons le nom de digitalin, donné par M. Kosmann à un produit tout à fait analogue dont nous parlerons plus loin.
Pour purifier ce résidu, on le lave avec un peu d'eau froide, puis avec de l'alcool à 35" c" bouillant. Ou enlève ainsi les dernières traces de digitaline, de matières extractives, et une substance légèrement acre, strangu-
MÉMOIRE sua LA DIGITALINE. — 1" PART. ,§ II. 51
lante, rendant l'eau moiisseuso par l'agitation lorsqu'elle est en solution concentrée, et qui paraît être indépendante du digitalin lui-même. Après ces lavages, et lorsque le résidu, goûté en solution alcoolique, est insipide ou offre tout au plus un peu d'âcreté, on le sèche et on le traite de nouveau à plusieurs reprises par l'éther, afin d'enlever le plus complètement possible les dernières portions de digitalose, qu'il retient avec une grande opiniâtreté. Le résidu séché est dissous dans l'alcool à 90° bouillant, et décoloré par le charbon animal lavé à l'acide chlorhydrique. La solution, filtrée et abandonnée à une douce évaporation, fournit un résidu blanc mat farineux, amorphe à l'œil nu. Voici les propriétés que nous a le plus généralement offertes ce corps :
Blanc farineux, non cristallin à l'œil nu ; au microscope poudre quelquefois amorphe ; d'autres fois offrant des mamelons aiguillés confus ; inodore, insipide lorsqu'il est goûté à l'état solide, très légèrement acre lorsqu'on le goûte à l'état de demi-dissolution que lui fait éprouver l'eau bouillante.
Exposé à l'action de la chaleur, il commence à devenir gris vers 200". A mesure que la température s'élève, il se colore de plus en plus, noircit, se ramollit en se boursouflant, et éprouve une fusion imparfaite vers 270^ A une température plus élevée il répand des vapeurs acides, d'une odeur aromatique non pénétrante , et laisse former quelques stries huileuses sur les parois du tube.
Une petite portion, jetée sur des charbons incandescents, y répand une odeur qui rappelle un peu l'encens, mais qui est bien moins agréa'ble et moins prononcée qu'avec la digitalose.
Le digitalin est insoluble dans l'eau froide, mais il cède presque toujours à l'eau bouillante une proportion variable d'une matière qui la rend mousseuse vers la fin de l'évaporation, et reste sous forme d'un vernis transparent, s'enlevant en écailles blanches, d'une saveur légèrement
acre (1). La partie laissée indissoute par l'eau bouillante, reprise ensuite par l'alcool, fournit un produit plus opaque et plus cristallin que la matière primitive, mais à peu près aussi insoluble dans l'éther.
Le chloroforme en dissout une partie à froid, et un peu davantage à chaud.
Insoluble dans l'éther.
Le digitalin se dissout avec facilité dans l'alcool à 90, surtout à la faveur de l'ébullition, et ne s'en sépare pas par le refroidissement. Il est pareillement très soluble dans l'alcool à 70° ; mais celui-ci en laisse déposer une partie par le refroidissement. Ces solutions alcooliques, concentrées et abandonnées à elles-mêmes , acquièrent par le refroidissement une consistance gélatineuse; il ne faut même qu'une faible proportion de digitalin pour produire cet effet.
Acide sulfurique à 66' : le dissout en formant une solution ambrée caramel, d'où l'eau le précipite sous forme de flocons gris" fauve. Le même acide un peu plus aqueux donne lieu à une solution pourpre ou couleur de sang.
Acide nitrique: le dissout à froid, et la solution contracte à peine une teinte verdâtre pâle ; étendue d'eau, elle ne laisse rien précipiter. '
Acide chlorhydrique : ne le dissout point, et lui communique seulement une teinte gris sale, puis lie de vin.
Acide acétique à 10°: le dissout, et la solution est précipitée par l'eau.
La solution provenant du traitement du digitalin par l'eau bouillante, simplement décantée après deux heures de repos et restée opaline , a offert les propriétés suivantes :
(4) CeUe propriété de rendre l'eau mousseuse, rapprochée de la saveur légèrement ûcre de cette partie du digitalin, porte à se demander s'il n'y aurait pas là une petite quantité d'un principe analogue à la saponine, à l'acide polygalique, produits qui offrent, à un degré très prononcé, les deux propriétés dont nous parlons.
Réaction nulle sur les deux papiers de tournesol. Acétate et sous-acétate de plomb : n'augmentent que d'une manière fort légère l'opalinité du liquide.
Chlorure ferrique, | ,e rendent à peine plus opaque.
Nitrate argen tique, J
Acide sulfurique étendu de 9 parties d'eau : n'éclaircit pas le liquide, même à l'aide de l'ébullition.
Solution de carbonate de soude: ne rend pas le. liquide transparent, môme par l'ébullition ; et après un repos suffisant, il laisse séparer des flocons plus vite que la portion du liquide sans addition.
La solution alcoolique de digitalin offre cette particularité, qu'elle est précipitée par la solution alcoolique ou aqueuse de potasse caustique. Elle n'est point troublée par les solutions alcooliques d'acétate de plomb , de chlorure de calcium, de barium, de zinc.
Bouilli avec de la lessive des savonniers étendue de partie égale d'eau, le digitalin s'est dissous partiellement ; le liquide filtré et sursaturé par l'acide sulfurique, a laissé précipiter des flocons blancs.
Mélangé, soit avec de la litharge , soit avec de l'oxyde de plomb précipité du nitrate par l'ammoniaque, et le tout desséché, le digitalin ne s'est combiné avec ces oxydes que dans des proportions fort minimes. (On a retiré par l'alcool les 9/10"' de la matière employée.)
Le digitalin n'offre donc que des propriétés électro-négatives très faibles, et l'on doit le ranger aussi dans la classe des corps neutres.
Cette matière, que nous avons préparée un grand nombre de fois, ainsi que la digitalose, nous a offert quelques variations dans ses propriétés, comme de se dissoudre dans l'eau bouillante en proportion différente , d'être plus ou moins amorphe ou cristalline, plus ou moins réfractaire à la fusion ; mais toujours elle s'est montrée insoluble dans l'éther, facilement soluble dans l'alcool, d'une affinité presque nulle pour les oxydes de plomb.
Elle est très analogue au produit que M. Kosmann a fait connaître en 1845 , sous le nom de digitalin : aussi nous sommes-nous dispensés de créer un nom nouveau pour notre produit, et cela d'autant mieux que la matière obtenue par nous , de même que celle que nous a fournie le procédé de M. Kosmann , et dont nous allons parler, ne sont point des substances chimiquement pures: l'aspect différent delà partie enlevée par l'eau, et de celle qui refuse de s'y dissoudre, la variation dans les propriétés du produit, selon le mode d'extraction suivi, en sont des preuves évidentes.
Il est à remarquer que le digitalin et la digitalose se trouvent toujours ensemble , et qu'ils sont l'un et l'autre assez abondants dans la digitale; là où nous avons trouvé l'un, nous avons rencontré l'autre; et s'il est facile de séparer une forte proportion de la deuxième, soit au moyen de l'éther pur, qui ne dissout que celle-ci, soit par l'alcool bouillant , qui la laisse cristalliser par le refroidissement; si l'on peut, par ces moyens, purifier complètement le dernier principe, il est au contraire fort difficile d'arriver à débarrasser entièrement le digitalin des dernières traces de digitalose: il semble qu'il n'y ait pas seulement mélange, mais combinaison avec les dernières traces de la matière restante. Ainsi , on remarque que le point de fusion de la digitalose s'abaisse successivement vers 200", à mesure que celle-ci est mieux purifiée par des cristallisations répétées; tandis que, d'un autre côté, le digitalin se ramollit d'une manière d'autant plus marquée vers 270", qu'on y a observé plus de cristaux au microscope ; de telle sorte qu'on est fondé à se demander si le digitalin ne renferme pas toujours une petite quantité de digitalose opiniâtrement retenue, et qui en masquait plus ou moins les propriétés réelles.
La digitalose et le digitalin existent aussi dans le précisité brut formé par le sous-acétate de plomb, dans les traitements aqueux que l'on fait subir à la digitale pour l'ex-
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. - 1" PART., § It. 55
Iraclion de la digitaline , et c'est même de ce précipité qu'il est le plus facile de l'extraire. Il suffit pour cela de laver le dépôt brut, de le traiter, après dessiccation, par l'alcool à 90°, et de distiller jusqu'à réduction à 1/5' environ. Le liquide restant fournit, par suite du refroidissement, un abondant dépôt blanc, plus ou moins cristallisé, que l'on isole par filtration et qu'on lave avec de l'eau , puis de l'alcool à 35" c^ , comme il a été dit ci-dessus. Le résidu cristallin, micacé, blanc, séché et traité par Téther, fournit, d'une part, la digitaloso en solution; tandis que le résidu indissous est surtout constitué par le digitalin. On purifie ces deux substances de la manière indiquée.
29igita!in de I@. ILocmann.
Dès le mois de février 18^5, nous avions obtenu la substance que nous venons de décrire , et nous en avions déposé un échantillon cacheté à la Société de pharmacie, en attendant que nous eussions terminé notre travail. Au mois d'août de la môme année, M. Kosmann faisait connaître , de son côté, une substance analogue à laquelle il donnait le nom de digitalin (1), nom que nous avons nousmêmes adopté ultérieurement, comme nous l'avons dit au précédent article.
Nous avons préparé ce produit en suivant le procédé indiqué par l'auteur; c'est-à-dire qu'ayant mis de côté le précipité brut jaunâtre, formé par le sous-acétate de plomb dans un soluté aqueux de digitale, nous l'avons traité par une solution de carbonate de soude à la température de l'ébullition. Le liquide filtré, nous l'avons sursaturé par l'acide sulfurique étendu ; le précipité produit a été lavé, séché et traité par l'alcool à 85° bouillant, qui a fourni par évaporation un résidu cristallin que l'éther a séparé en deux parties, dont l'une, indissoute, est le digitalin à l'état
(1) Joum. des conn. méd., i^^ série,!. XII, p. 377, 2" div., et Remte scîenti/ique, 2' série, t. IX, p. 119 (1846).
brut ; tandis que la partie dissoute contient la matière Imi- Jeuse appelée par l'auteur , acich digitolcique , mêlée avec d'autres substances.
Le digitalin purifié nous a offert sensiblement les propriétés indiquées par l'auteur, avec quelques variantes qu'explique l'état complexe du produit (1).
Digitalide.
Dans le but de mieux nous rendre compte de ce qui se passait dans les diverses phases de l'extraction de la digitaline, nous avons essayé de procéder à une élimination successive des divers principes de la plante , par des moyens qui nous permissent de recueillir ceux-ci au fur et à mesure de leur élimination, jusqu'à ce que nous fussions arrivés à n'avoir plus que la digitaline devenue libre.
Ainsi nous avons fait agir tour à tour, et successivement sur de l'extrait aqueux de digitale préparé avec le plus grand soin, d'abord du carbonate de plomb, puis de la litharge, et enfin un lait d'hydrate de plomb obtenu en précipitant le nitrate par un excès d'ammoniaque (2] ; chaque mélange desséché a été épuisé d'abord par l'alcool, qui fournissait par l'évaporation un extrait exempt de plomb, représentant la matière brute employée, moins les principes restés unis au plomb. La partie indissoute, c'està-dire le composé de plomb, était ensuite lavé à l'eau ; et cette eau de lavage , ainsi que le résidu plombique lavé , soumis séparément à l'action de l'hydrogène sulfuré, pour éliminer le plomb et avoir isolément les produits.
Sans entrer ici dans des détails dont l'importance ne ustifîerait pas la longueur, nous dirons que les principes que l'on élimine d'abord par le carbonate de plomb et la litharge sont surtout du tannin, des matières colorantes et
(1) Berzelius (Ann. de 18/i8, p. 28/i) avait considéré le digitalin de M. Kosmann comme paraissant être de la salicine ; c'est une erreur.
(2) Composé qui relient, comme on le sait, de l'acide nitrique.
extractives, et sans doutede l'acide digitalique ; puis des matières dont l'aspect et les principales propriétés se rapportent à la digitalose et au digitalin, tous corps déjà connus ; enfin, en faisant agir l'hydrate de plomb, on isole une substance blond roux, ayant l'aspect d'une gomme colorée, mais offrant des propriétés différentes, et dont nous allons parler sous le nom de digitalide. Le produit ultime, après ces éliminations successives, est la digitaline elle-même.
Extraction de la digitalide. — Après avoir fait agir successivement le carbonate de plomb , puis la litharge sur l'extrait aqueux ou alcoolique de digitale , comme il vient d'être dit, ou mieux encore sur le dépôt qui se forme spontanément dans les solutés aqueux de digitale très chargés, dont nous parlerons plus loin, on mêle au dernier produit obtenu par l'alcool , et en partie décoloré par ces traitements même, un grand excès d'hydrate de plomb en bouillie; on laisseencontact pendant une journée, puis ondessèche à l'étuve. Ce résidu , très friable , est épuisé par l'alcool à 90", qui dissout la digitaline, en même temps qu'une portion de digitalin et de digitalose qui n'avait point d'abord été enlevée par les premiers composés de plomb employés. Le résidu d'hydrate de plomb, bien épuisé par plusieurs traitements alcooliques pour tâcher d'enlever les dernières traces de digitaline (ce qui est très long), est délayé dans l'eau et soumis à un courant d'hydrogène sulfuré. Le liquide filtré et bouilli est additionné de carbonate de soude , pour neutraliser l'acide nitrique provenant du composé plombique employé ; on le soumet ensuite à une douce évaporation. On lave rapidement le résidu avec très peu d'eau pour enlever les sels déliquescents; on dessèche de nouveau, et l'on reprend par l'alcool à 85°. Celui-ci, évaporé, donne finalement une petite quantité d'un produit en écailles blondes , que nous désignons sous le nom de digitalide^ et dont une certaine portion a sans doute été d'abord entraînée par les sels de plomb, et perdue avec les matières extractives.
Propriétés de la digitalide. — Ecailles blondes, saveur douceâtre, avec un arrière-goût acre un peu amer ( dernière saveur qu'elle doit sans doute à une trace de digitaline retenue) ; peu soluble dans l'alcool à 90° ou au-dessus-, solubleen plus forte proportion dansl'alcool à80", etencore davantage dans celui qui ne marque que 60 ou 50" ; forme avec l'eau une solution légèrement trouble, neutre. Cette dernière solution additionnée de tannin, d'acétate de plomb neutre ou basique, donne lieu à des flocons blancs ; le perchlorure de fer lui donne une teinte brunâtre et la trouble un peu davantage; le cyanure ferroso-potassique, le nitrate d'argent, le carbonate de soude, l'acide sulfurique étendu au 1/10% ne troublent pas cette solution. La solution alcoolique est. précipitée parcelle de potasse caustique. L'acide sulfurique à 66" dissout la digitalide, en prenant un aspect rouge de sang terne; l'eau sépare de cette solution une petite quantité de flocons gris roux.
Chloroforme. — Ce liquide, mômeà l'ébuUition, n'enlève presque rien à la digitalide.
Elle est soluble dans l'acide acétique cristallisable, d'où l'eau ne la précipite pas. Brûlée dans un tube de verre , elle répand des vapeurs acides, ce qui tend à faire penser qu'elle est dépourvue d'azote.
Celte substance nous a paru se rapprocher de la partie du digitalin soluble dans l'eau, dont nous avons parlé en son lieu; mais elle est plus colorée. Ce rapprochement s'appuie sur l'analogie d'une partie des réactions, et surtout sur cette propriété peu commune, ou du moins peu souvent signalée parmi les matières organiques , d'être précipitée de sa solution alcoolique par la potasse caustique, même en solution peu concentrée.
La digitalide offre de l'analogie avec la substance que M. Lepage a extraite des écorces de hêtre, et à laquelle il n'a pas donné de nom, substance qui se rapproche ellemême de lacorticine de M. Braconnot (1). Mais pour lui
(1) Jour», de pharm, et de cliim,, t. XII, 1847, p. 181.
assigner au juste une place dans la série des principes immédiats, il faudrait l'avoir obtenue en plus grande quantité que nous n'avons eu le temps et la possibilité de le faire jusqu'ici , et avoir été à même d'en étudier plus amplement les propriétés.
Il est à noter que c'est seulement à partir du moment où cette matière a été séparée de la digitaline que celle-ci, mise en liberté, et ainsi débarrassée de l'un des derniers principes avec lesquels elle est unie dans la plante', a revêtu les propriétés qui la caractérisent. Ainsi, jusque-là solubledans l'eau, et peu soluble dans l'alcool à 96», elle subit une inversion de ces deux pit)priétés par le fait même de la séparation de la digitalide ; elle est, dès lors, devenue peu soluble dans l'eau , très soluble dans l'alcool à tous les degrés, même| à 99°, et son amertume a acquis une plus grande intensité.
Acide digitoléique.
La digitale renferme une matière grasse acide, que nous avions souvent rencontrée dans nos manipulations sur cette plante, sans avoir constaté d'autres propriétés que sa nature grasse acide. M. Rosmann, ayant de son côté obtenu cette substance, en a étudié et fait connaître les propriétés sous le nom d'acide digitoléique (1).
M. Kosmann a obtenu celte matière dans la môme opération qui lui avait fourni le digitalin. Quant à nous, nous l'avons retirée par un autre procédé, qui consiste à apporter une légère modification au mode opératoire par lequel on se procure la digitalose. La digitaline brute, en eiïèt, ayant été traitée par l'étlier alcoolisé, celui-ci dissout la digitalose, la digitaline et l'acide digitoléique, et les laisse par évaporation. Ce résidu est repris par l'alcool à 60°, qui dissout la digitaline, comme il a déjà été dit à l'article J)i-
(f) Kosmann, Jonrn. des conn. mcd,, V série, t. XII, p. 277 (1845), 2* div. du vol.
gitalose. On a dès lors un résidu indissous composé de ce dernier principe et de matière grasse. On le fait sécher, puis on retend en couche mince dans du papier non collé, et on l'expose à l'étuve à une température d'environ ZiO° c. Le corps gras est absorbé par le papier, qu'il suffit ensuite de traiter par l'éther pour avoir le produit cherché.
Nous lui avons trouvé les propriétés suivantes : teinte jaune pâle, consistance onguentacée, légèrement grenu; laisse voir au microscope des cristaux prismatiques, ou en forme de grosses et courtes aiguilles (ceux-ci sont-ils de nature grasse, ou appartiennent-ils à la digitalose, que nous savons être soluble,dans les corps gras?); saveur un peu acre, odeur rance ; fond vers 30° c'. Rougit le papier bleu de tournesol ; insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et dans l'éther qu'il rend acides, La solution alcoolique forme des flocons blancs dans la solution également alcoolique d'acétale de plomb, et aussi, mais plus légèrement, dans celle de chlorure de barium. Ce sont bien là les caractères principaux de l'acide digitoléique , donnés par M. Kosmann.
Acide pectique.
En traitant par une solution de carbonate de soude de la poudre de digitale successivement épuisée par l'eau, l'alcool et l'éther, on en retire, en se conformant au reste du procédé indiqué en pareil cas, une matière d'aspect gélatiniforme offrant les principales propriétés de l'acide pectique.
Matière colorante orangée cristalline.
Une teinture de digitale, préparée avec de l'éther d'une densité d'environ 0,756, ayant été distillée, et le résidu abandonné à l'air, on a obtenu un liquide épais, sirupeux, vert noirâtre. En examinant ce résidu au microscope, on y découvre des cristaux d'une belle teinte orangée rougeâtr-e, ayant la forme de prismes allongés terminés en bi-
WÉMOIUE Sun LA DIGITALINE. - 1" PART., § IL 6!
seau, souvent disposés en X ou même groupés en faisceaux, i! est probable que ces cristaux sont analogues ou semblables à ceux que M. Nativelle a observés dans une teinture alcoolique de cette plante, qui avait été longtemps exposée à l'air dans un flacon simplement bouché avec du papier. Nos cristaux ne se troirvaient qu'en petite quantité dans le liquide, et nous n'avons pu les isoler.
C'est sans doute cette matière colorante qui donne aux solutés de digitale la teinte rougeâtre caramel qui leur est spéciale, et qui est surtout apparente lorsqu'on fait agir l'eau ou l'alcool sur de la poudre préalablement débarrassée de la chlorophylle par l'éther pur.
Matière albuminoïde.
En faisant agir l'eau sur la poudre de digitale préalablement épuisée par l'éther, puis par l'alcool, on a obtenu un liquide de couleur ambrée feuille-morte, de saveur fade sans amertume , ne se troublant nullement par l'ébullition. Mais concentré par l'évaporation, il a laissé former des flocons grisâtres, lesquels, isolés par filtratiou et brûlés dans un tube de verre, ont donné une odeur de pain grillé et des vapeurs très alcalines. Cet ensemble de caractères se rapporte à une matière albuminoïde ou casée use.
D'un autre côté, nous avons aussi constaté que le suc de digitale fraîche, filtré à plusieurs reprises pour en séparer les dépôts formés spontanément, puis soumis à l'ébullition, donnait lieu à la formation de flocons.
l>épôt forme spontanément dans les solutés aqueux de digitale très chargés.
Lorsqu'on traite la digitale par l'eau et par la méthode de déplacement, de manière à avoir directement un soluté très concentré, celui-ci ne tarde pas à se troubler, surtout si la digitale est de bonne qualité. Il s'y produit des flocons qui se réunissent sous forme d'un dépôt assez abon-
dant, d'aspect brun verdâtre résinoïde lorsqu'il est desséché. En soumettant ce dépôt aux traitements successifs par les composés de plomb, que nous avons indiqués en parlant de la digitalide, on constate qu'il renferme les mêmes principes que l'extrait aqueux ou alcoolique : seulement ils s'y trouvent dans des proportions toutes différentes. Ainsi les matières colorantes et extraclives y sont peu abondantes , tandis que le tannin et la digitaline, la digitalose, le digitalin et la digitalide y prédominent. Ce produit se prête bien à l'extraction du dernier principe.
Traitement de la digitale par l'alcool après l'eau.
De la digitale épuisée par l'eau a été traitée par l'alcool à 85". Nous avons obtenu pour résidu de la distillation de celui-ci une masse assez abondante d'un vert noirâtre foncé, de consistance de cire, insoluble dans l'eau, d'une odeur forte, rappelant la digitale, entrant en fusion à 80° et n'offrant qu'une légère amertume.
En reprenant cette masse par un peu d'eau, celle-ci en extrait une petite quantité de matière amère , jaunâtre, limpide, extractive. Ainsi privé du peu de digitaline que ce résidu contenait, on l'a soumis aux traitements successifs par les oxydes de plomb indiqués à Varlicle Digitalide, On est arrivé par ce moyen à en retirer une forte proportion de digitalose et de digitalin , et à peine une trace de digitalide ; une petite quantité de matière huileuse acide (acide digitoléique), indépendamment de la matière verte proprement dite (chlorophylle).
La propriété offerte par ce produità l'état brut, de fondre à SO», avait tout d'abord fait présumer qu'il renfermait de la cire ; cependant nous n'avons pu y constater l'existence de celle-ci ; le degré de fusion peut très bien résulter de la présence simultanée de la digitalose et de l'acide digitoléique.
Traitement de la digitale par l'éther après l'eau et l'alcool.
A l'eau et à l'alcool par lesquels on avait traité la digitale, nous avons (après dessiccation) fait succéder l'éther. Celui-ci s'est coloré en vert et a laissé pour résidu une matière vert noirâtre fort analogue à la précédente, mais en quantité beaucoup moindre. Comme celle-ci elle offrait une odeur rappelant la digitale, et elle était peu sapide ; mais elle fondait à une température plus basse , ce qui indique qu'elle devait renfermer plus de matière huileuse.
Ce fait d'une certaine portion de matière verte que l'alcool n'avait pu dissoudre, mais qui a ensuite été enlevée par l'éther, coïncide avec l'observation maintes fois faite de l'impossibilité de jamais décolorer entièrementla poudre de digitale (en tant que couleur verte) par l'alcool, tandis qu'on y parvient très bien avec l'éther.
Coup d'œil général ; procédés divers.
Si après avoir exposé les faits et les expériences qui précèdent, nous essayons de jeter un coup d'œil d'ensemble sur les différents produits obtenus, d'examiner dans quel état ceux-ci peuvent se trouver dans la plante, quel rôle jouent les composés employés pour les obtenir , et par suite, quels doivent être les meilleurs moyens d'extraction de la digitaline, nous sommes conduits aux considérations suivantes.
D'abord il est de toute évidence que plusieurs des principes existants dans la digitale, par exemple la digitaline et la digitalose, qui, une fois isolées, sont à peine ou nullement solubles dans l'eau, se trouvaient primitivement dans la plante à un état tel, qu'elles pouvaient être dissoutes par ce véhicule, puisque l'opération initiale et fondamentale de notre mode d'extraction consiste en un traitement aqueux. Il y a seulement une certaine portion de ces matières qui reste indissoule dans la digitale, et qu'on retrouve
dans les produits subséquents obtenus au moyen deFalcool et de l'étber.
Le corps auquel il nous a paru que l'on devait surtout rapporter la propriété de favoriser la dissolution dans l'eau de la digitalose et de la digitaline , et en particulier de celle-ci, est la digitalide. Nous avons vu, en effet, à l'article de cette dernière , que c'est ce corps que la digitaline retient avec le plus d'opiniâtreté, et que malgré la tendance de la digitalide à se combiner avec l'oxyde de plomb, on parvient difficilement à l'enlever, du moins en totalité ; et tant qu'on n'y est point parvenu, on n'obtient qu'un produit plus ou moins décoloré , se présentant après la dessiccation sous forme d'écaillés d'apparence extractive ou gommeuse, partiellement solubles dans l'eau, peu solubles dans l'alcool concentré, et ne se précipitant point par l'effet de l'évaporation spontanée des solutions alcooliques avec la forme pulvérulente ou floconneuse qui dislingue tout d'abord la plupart des principes immédiats non cristallisables des matières extractives. Il est possible que ces dernières, ainsi que l'acide digitalique (obtenu par M. P. Morin), contribuent aussi à maintenir à l'état de dissolution dans la plante les corps dont nous parlons.
L'affinité que nous connaissons à la digitaline pour le tannin semble indiquer que celle-ci doit se trouver dans la plante à l'état de tannate , et, en effet, le dépôt qui se forme spontanément dans les solutés aqueux de digitale renferme une assez forte proportion de cet acide. Cependant les résultats obtenus en préparant des extraits de digitale par le chloroforme , et dont il sera parlé ailleurs (§ III), autorisent des doutes à ce sujet.
Si l'on éprouve de la difficulté pour arriver à celte élimination complète de toutes les matières étrangères à la digitaline, cela provient peut-être des faibles affinités de ces substances pour les bases métalliques employées , et aussi de ce qu'il n'y aurait pas seulement mélange entre ces principes dans la plante, mais combinaison, du moins,
entre plusieurs : — combinaison incomplète et mal détinie sans doute, en rapport avec les faibles affinités de ces matières, et dont les effets deviennent surtout manifestes lorsqu'on enlève les dernières portions de l'une d'elles à la masse d'une autre.
Quoi qu'il en soit, il est certain que dans les différents traitements que l'on fait subir à la digitale, on retrouve partout ces mêmes corps, mais dans des proportions sujettes à varier.
Par exemple, dans le dépôt qui se produit si promptement au contact de l'air dans les solutés aqueux de digitale très chargés, nous avons vu une assez forte proportion de digitaline, de digitalide, de digitalin et de digitalose, peu de matières colorante et extractive.
Dans l'extrait aqueux on retrouve les mêmes substances, mais les matières extractives et colorantes y prédominent (sans compter les sels minéraux renfermés dans la plante).
L'extrait par l'alcool concentré est composé des mêmes éléments, mais la matière colorante verte (chlorophylle brute), et sans doute la digitalose et le digitalin, s'y trouvent en proportion plus grande que dans l'extrait aqueux, qui est à peu près exempt de chlorophylle.
Ancienne digitaline ou digitaline noire.
Lorsqu'on fait réagir sur les extraits de digitale des agents chimiques faibles, comme la lithai'ge, ou des sels de plomb en petite quantité et très dilués, on élimine promptement une certaine partie des matières extractives les plus foncées en couleur, ainsi que les acides tannique et digitalique, et sans doute plus ou moins de digitalide : tous corps qui, en raison de leurs tendances électro-négatives plus ou moins prononcées, se combinent les premiers avec l'oxyde de plomb, et l'on obtient par évaporation, après s'être débarrassé de l'excès de métal dans le cas où l'onaemployé les sels, un résidu extractiforme d'un aspect
66 ARCHIVES DE rHVSiOLOGllj; , ETC.
caramel brunâtre ou noirâtre, déliquescent, niéié de sels étrangers; c'est ce produit qu'on nommait autrefois digitaline, et que jusqu'à l'époque de notre travail on a livré sous ce nom au commerce. (Voy. V Historique.)
Si l'on fait réagir ])lus fortement et en plus grande proportion les sels ou l'hydrate de plomb sur les extraits de digitale, on élimine encore une plus grande quantité de matières extractive et colorante, et l'on obtient un produit blond jaunâtre ou verdâtre, retenant, entre autres corps, une certaine proportion de digitalide, à la faveur de laquelle la digitaline peut encore se dissoudre plus ou moins bien dans l'eau.
Pour parvenir à séparer ce reste de matières étrangères, il faut faire agir encore plus énergiquement les composés de plomb sur la digitale, mettre par exemple un grand excès d'hydrate de plomb précipité par l'ammoniaque : alors on obtient un produit bien moins abondant, il est vrai, mais plus riche en digitaline. En un mot, tant que l'on ne fait agir sur les produits bruts retirés de la digitale que des oxydes ou des sels de plomb en faible quantité, ou dans des conditions de réaction défavorables, on no parvient point à éliminer la totalité des principes étrangers ; il faut, pour arriver au but, faire agir de fortes proportions de sels de plomb, quitte à altérer et à perdre une portion de digitaline, pour avoir ce qui en reste dans un plus grand état de pureté.
D'après ces faits on s'explique, d'une part, pourquoi certains procédés qui ont été proposés pour l'extraction de la digitaline ne donnent que des produits de qualité inférieure ; et d'autre part, on peut aisément saisir les circonstances dans lesquelles on doit se placer pour obtenir un produit de bonne qualité.
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE, —l""' PART., § II. 67 Question de la préexistence des produits obtenus.
Quelques mots, avant de terminer, pour répondre à certaines objections.
Tous les produits que nous venons d'énumérer et qui ont été obtenus, soit par nous , soit par d'autres, préexistent-ils dans la digitale? Ou bien quelques uns d'entre eux auraient-ils pris naissance par l'effet de réactions opérées pendant les manipulations employées pour l'extraction de ces corps?
Disons, d'abord, que nous croyons à la préexistence des principaux. En effet, pour ce qui est de la digitalose et du digitalin, M. Kosmann dit avoir vu les cristaux de son digitalin dans l'infusion aqueuse de digitale examinée au soleil et à la faveur du reflet des rayons lumineux (ce devait plutôt être de la digitalose).
De notre côté, nous rappellerons que nous avons obtenu d'une teinture alcoolique, simplement exposée à l'air, une substance blanche cristallisée, ne différant que légèrement de la digitalose ; et dans les eaux mères de la solution alcoolique de celle-ci, une matière blanche offrant l'aspect du digitalin.
Non seulement la préexistence de ces matières cristallines blanches nous semble évidente; mais une partie s'y trouve indépendante de la digitaline, puisqu'on en a retiré une assez forte proportion de la partie verte à peine amère de la plante. (Voy. précédemment, article Traitement de la digitale par i' alcool après feau.)
L'acide digitoléique a été retiré, non seulement du mélange de matières blanches (digitalose et digitalin) et de digitaline, c'est-à-dire après la réaction du sel de plomb ; mais aussi après la seule action de l'oxyde de ce métal sur l'extrait vert noirâtre insipide , dont nous venons de parler. Il faut donc aussi admettre sa préexistence dans la plante sèche , ou tout au moins celle d'une oléine qui lui aurait donné naissance.
L'acide digUalique préexiste aussi, suivant M. P. Moi'in [Journ. dephann. et dechim., 18/i5, p. 299). |
Pour la digitaline , tout nous porte à croire qu'il en est de même. Eti effet, si l'on se guide sur l'amertume, on voit qu'elle reste toujours de même nature, il n'y a que l'intensité qui varie ; et en suivant cet indice , pas à pas , durant le cours des manipulations, on retrouve constamment cette saveur amère, augmentant à mesure que les corps associés à la digitaline sont éliminés.
Que dans le traitement de la digitale, on commence par faire agir l'eau , l'alcool , l'étber ou le chloroforme (voy. §111) , peu importe, on obtient toujours un extrait amer , dans lequel l'état de concentration de la digitaline varie suivant la proportion des autres principes enlevés simultanément par le liquide, mais dont on peut toujours parvenir à retirer une digitaline de même nature.
Quand on laisse exposé à l'air un soluté aqueux de digitale très concentré , il s'y opère quelques modifications qui changent promptement les conditions de solubilité du composé digilalique amer, dont une partie se sépare bientôt sous forme de flocons ; mais ces modifications ne peuvent être que légères, et semblent porter surtout sur la proportion des composants ; on en retire, d'ailleurs , une digitaline oiîrant les mêmes propriétés.
Que pendant le traitement employé pour obtenir la digitaline , il y ait une portion de celle-ci de décomposée et de transformée en d'autres corps, dont certains se perdent peut-être dans les eaux mères , cela est possible ou plutôt certain ; mais cette perte de produits ne se retrouvet-ellepas, à des degrés divers, pour tous les principes d'origine organique, à commencer par le sucre de betterave, dont la fabrication a cependant été si attentivement étudiée depuis trente ans par un grand nombre d'hommes habiles et expérimentés, et portée à un si haut degré de perfection par leurs efforts successifs. Or si, malgré cette pratique longue et éclairée , on n'est encore parvenu à re-
MÉMOIRE SUR Ik DIGITALINE, — 1" PART., § II. 69
tirer que la moitié ou à peu près du sucre contenu clans cette racine , doit-on s'étonner que nous n'obtenions pas toute la digitaline renfermée dans la plante? A part ces chances de perte, qui rentrent, disons-nous, dans la classe des causes générales d'altération attachées à l'extraction des principes immédiats, et qui seulement sont plus grandes, jusqu'à ce moment, pour la digitaline, nous obtenons la partie inaltérée de celle-ci dans un état (intrinsèque) que tout nous annonce devoir être celui où elle se trouve dans le végétal.
Cette constance , cette identité dans la nature des produits obtenus par des moyens divers, ne devrait pas s'observer si ce principe ne préexistait pas lui-même dans la plante. Les choses ne se passent pas ainsi avec les amandes amères , avec les semences de moutarde , et l'on voit apparaître des phénomènes divers , des corps différents , suivant les véhicules et les réactions auxquels on soumet ces substances.
Si, d'un autre côté, on examine la nature des corps employés à l'extraction de la digitaline, on n'y rencontre pas de modificateurs puissants que l'on soit habitué à voir opérer des transformations organiques.
En effet, nous n'avons recours ni aux alcaUs caustiques, ni aux acides minéraux, nia l'action delà chaleur ; un sel de plomb, du carbonate et du phosphate de soude , de l'oxalate d'ammoniaque, du tannin, de l'oxyde de plomb, voilà nos agents. Ils sont, comme on le voit, peu énergiques de leur nature; et il faut encore ajouter que, le tannin excepté, aucun d'eux n'entre en combinaison avec la digitaline, mais bien avec les corps étrangers qu'ils doivent éhminer ; quant au tannin, il ne viendra à l'idée de personne qu'il puisse modifier celle-ci, lui qui existe naturellement dans la plante en combinaison ou mélangé avec cette substance.
Les considérations que nous déduisons de l'observation des faits, comme celle que nous empruntons à l'examen
des propriétés générales des corps , nous conduisent donc à une même conclusion : — Que la digitaline, telle que nous l'obtenons, préexiste réellement dans la plante, et qu'elle n'est nullement le produit d'altérations survenues pendant les manipulations. Les expériences physiologiques et thérapeutiques viendront plus tard appuyer ces conclusions (2" partie).
Enumérations des principes jusqu ici extraits de ladigitcde ou signalés dans cette plante, et qui nous paraissent en effet y exister.
i" La digilaline; \
2° La digitalose; f quatre principes qui se classent parmi
3" Le digitaiin ; ( les siiljstances neutres.
lx° La digitalide; 1
5" I^'acide digilalique ;
6° L'acide antirrhinique ;
7" L'acide digitoléique ;
8° L'acide tannique ;
9" L'amidon ?
10" Le sucre ; 11° La pectine;
12° Une matière azotée albuminoïde ; 13° Une matière colorante rouge orange cristallisable ; l/i" De la cliloropliylle ; 15° Une huile volatile.
Plus le ligneux, qui forme la trame de toutes les plantes.
La digitale pourprée a fourni à M. Wrightson 10,89 pour 100 de cendres (1).
100 gram. de ces cendres se composaient de :
Acide carbonique 13,15
Cliarbon et sable 10,9/i
Silice 09,58
Chlore 0Zi,09
37,76 (1) Wrightson, Revue sdentîfJquf, 2« série, t. VII, p. 80 (18i5).
Report. . . 37,76
Oxyde lerrique 01,46
Chaux 11,82
jMagnésie 0/i,90
Poiasse 32,64
Soude 06,39
Acide phosphorique 02,39
— sulfuriquc 02,84
Total 100,"J0 (1)
Nota. — Une pai'lic de la potasse fournie par l'incinéralion devait se trouver dans la plante à Téiat de nitrate. En elTet, la présence de nitrate de potasse y a élé rendue évidente par des personnes qui, antérieurement, l'ont isolé sons forme de beaux cristaux, croyant avoir ainsi la digitaline (2).
Caractères distmctif^- des principaux produits autres que !a digitaline,
DiGiTALOsE (Homolle et Quevéune).
Bel aspect blanc cristallin, presque toujours micacé ; point de fusion très élevé (200) ; se dissout dans V acide sulfuriqm à 66°, en lui communiquant une simple teinte j'aune-pail le, tandis que, avec le même acide un peu dilué, elle forme une solution rose. Elle est neutre, insipide, soluble dans l'éther et dans l'alcool, insoluble dans l'eau.
(i) De notre côté, nous avons obtenu, avec des éclianlillons de pondre dont il sera parlé dans les §§ III et IV, les quantités de cendres suivantes, pour 100 gram. de poudre de digitale.
Échantillon A (première poudre). ... 8,i4. Échantillon B (dernière poudre) .... 9,30. Ces cendres nous ont paru contenir un peu de manganèse. (2) Bulletin de thérapeutique, t. VI, p. 288 {idSli}', Joui^u dépliai 2' série, t. XXI, p. 130(1835).
Difiiï ALiN (découvert en même lerops, d'une part, par M. Kosmann, et de l'aulre, par Homolîe et Quevenuc).
C'est une matière neutre, farineuse blanche, offrant des indices de cristallisation au microscope, insoluble dans l'éther , soluble dans l'alcool , insipide ou du moins très peu acre, fournissant à l'eau une matière transparente dans laquelle réside surtout cette légère âcreté ; caractérisée par sa fm'ine ijidvérulente blanche, et la propriété de sa solvtion alcoolique d'être précipitée jmr la potasse caustique.
DiGiTALiDE (HomoUc Cl QucA'enne).
Aspect d'une gomme blonde en écailles, neutre ; soluble dans l'eau et mieux dans l'alcool faible, très peu dans celui à 90° ou au-dessus; insoluble dans l'éther, saveur d'abord douceâtre, puis arrière-goût acre ; propriétés électronégatives un peu plus prononcées que les précédentes. Elle n'est peut-être que la partie du digitalin soluble dans l'eau , mais retenant quelques corps étrangers qui la colorent. — La digitalide, comme le digitalin, est précipitée de sa solution alcoolique par la potasse caustique ; elle se distingue du deimier par sa forme d'écaillés blondes,
ACIDE uiGiTALiQUE (P. Morin).
Blanc, anstallisable, «aveur acide, odeur particulière, pouvant devenir suffocante par l'effet de la chaleur ; soluble dans l'eau, l'alcool et un peu dans l'éther. Remarquable par la facilité avec laquelle il se décompose à l'air, en se colarant en brun ; la lumière, la chaleur , les alcalis favorisent cette décomposition (1).
ACIDE ANTianHisiQUE (P. Morin }.
S'obtient par la distillation des feuilles de digitale, à la
(1) Journ. de pharm, et dec/iim., t. VII, p. 297 (18Zi5}.
manière de l'acide valérianique. Incolore, cVapparence huileuse ; saveto' désagréable, odeur rappelant la digitale fraiche, pouvant occasionner le mal de tête et même des étourdissemeuts, si on le respire à plusieurs reprises ; volatil (1).
ACIDE DiGiTOLÉiQUE (Kosuiann).
C'est un acide gras fixe , analogue à r acide oléique; saveur et odeur rances.
Parmi ces matières, celles qui ont été obtenues le plus pures, et ce, grâce à leur propriété de cristalliser, sont la digitalose et l'acide digitalique. Viennent ensuite la digitaline, l'acide antirrhinique et l'acide digitoléique.
Quant au digitalin et à la digitalide , ils n'ont été obtenus que moins purs; leurs caractères sont dès lors plus difficiles à déterminer, et leurs propriétés sujettes à varier légèrement suivant les matières étrangères retenues. Toutefois, dans les diverses manipulations qu'on fait subir à la digitale, on retrouve sans cesse ces produits avec leurs propriétés les plus saillantes.
Un seul des principes retirés delà digitale importe au médecin, c'est la digitaline. C'est elle qui offre les propriétés organoleptiques les plus prononcées, et que nous avons le plus longuement étudiée. Les autres ne nous ont présenté qu'une action insignifiante sur l'économie , et n'ont d'intérêt qu'au point de vue de la constitution chimique de la digitale ; peut-être même quelques uns, ceux qui ont une odeur désagréable, comme l'acide digitalique, l'acide antirrhinique, l'huile essentielle, exercent-ils une action nuisible. Nous reviendrons sur ce dernier sujet (2' partie, §VII).
(1) Joitrn, de pharm, et de clihn., p. 300.
§ III. — EXTRAITS ET TEINTURES PAR l'eaU , L ALCOOL ,
l'éther, le chloroforme, infusions.
Appréciation de la valeur tliérapeutique comparalive de ces préparations en se basant sur des notions pliarmaceutiques, cliimiques et organoleptiques.
Traitement de la digitale par l'eau. Extrait aqueux.
Lorsqu'on traite ia digitale par l'eau, non seulement la quantité absolue, mais aussi la proportion respective des principes dissous varie aux différentes époques du traitement. Cela est surtout sensible quand on épuise la plante par la méthode de déplacement. En effet, les premières portions du liquide écoulées dans ce dernier traitement sont très chargées de principes dissous, tandis que les dernières le sont peu ; mais, par contre, celles-ci sont proportionnellement plus riches en digitaline, ce qu'indique tout d'abord la forte amertume du liquide.
Les deux exemples suivants rendront palpable le fait dont nous parlons.
Premier exemple. — 50 gram. de poudre de digitale, d'un assez beau vert, ont été épuisés par déplacement au moyen de l'eau ; à mesure de l'écoulement , les liquides ont été fractionnés en trois portions, qui ont été évaporées séparément, d'abord au bain-marie, et en agitant, jusqu'à environ 80 gram., puis à l'étuve jusqu'à dessiccation complète.
On a ainsi obtenu :
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — l" PART. , § lit. 75
Quantité Degré
tifXirait Tour 100, d'anicrobtenu. tuiiie (1).
l"porlloncluliquideécoulé = l'-l/2 15,31 30,62 2décil.
3 lit. 22,50 /|5,00 2,16(2)
La même pondre, Irailée ensuite par l'alcool à 50 cx, a encore fourni une petile quanliléd'exirailsec, iciiie, olivâtre, l)f'sant 2,29 Zi,58 1
Total des extraits aqueux et alcoolique. 2/i,79 /i9,58 »
La premièi'e portion d'extrait aqueux ci-dessus avait été évaporée en consistance pilulaire très ferme ; elle oiïVait dans les couches minces un bel aspect caramel limpide.
(1) Les chiffres de cette colonne indiquent la quanlilé d'eau qui a élé nécessaire pour faire disparaître ou éteindre la saveur amère de 0,05 d'extrait.
Celte quanlilé est ici appréciée en décilitres et centièmes de ceux-ci; ou bien, si l'on veut considérer les chiffres en niasse, on peut dire qu'ils représentent des ccnlimôlres cubes ou des grammes (ce qui pour l'eau est, comme ou le sait, la même chose). Par exemple, le chiffre 2,50 qui exprime l'amerlume de la deuxième portion d'extrait, signifie que pour éteindre la saveur amère de 0,05 de ce produit, il a fallu employer une quanlilé d'eau de 2 décilitres et 50 centièmes de ceux-ci, ou 2 décilitres et demi, soit un volume de 250 centimètres cubes, ou, en poids, 250 grammes.
Nous avons préféré représenter ainsi ces quanlilés par des décilitres, afin que l'on puisse mieux saisir le rapport de celle amertume avec celle de la digitaline. (Voy. $ I, art. Essai de la digitaline.)
Or, sachant d'après l'article que nous venons de citer, que pour faire disparaître l'amerlume de 0,05 de celle-ci il faut 10 litres d'eau, on a tout de suite une idée de l'étendue de la dilférence, lorsqu'on voit que la même quanlilé d'extrait ici essayée n'a exigé que 2 décilitres 1/2 de ce liquide pour qu'on arrivât au même résultat.
(2) Ce ciiiffre 2,16 (2 décilitres et 16 cenlièrae» ou 216 grammes) ciprimc l'amertume raoycune, c'est-à-dire celle de« trois exlraiti supposés réuniii.
Les deuxième et troisième portions étaient plus ternes et plus sèches.
On voit par ce tableau que l'amertume se prononce davantage à mesure qu'on épuise la digitale. Toutefois, grâce à la forte proportion d'eau ici employée, on avait fini par enlever assez complètement toute la digitaline contenue dans la poudre, puisque l'alcool, par lequel on a ensuite traité celle-ci, n'a plus fourni qu'une petite quantité d'extrait, faible en amertume (1).
Deuxième exemple. — 30 gram, d'une autre pondre de digitale d'une assez belle apparence, soumis, comme dans le cas précédent, à un traitement aqueux par déplacement, ont fourni :
Quantité (T'extriiit obtenu.
Pour
Degrc
d'aiiier-
tume.
liquide écoulé = 500 gram.
Nous retrouvons ici les mêmes résultats différentiels que
(1) Ces différences d'amertume ne doivent être considérées ici que comme vaguementapproximalives. En effet, la méthode de dilution, nous l'avons déjà dit {% I, p. 33), ne peut offrir quelque sûreté qu'autant qu'on opère sur des principes isolés, et nepeutêtre, à beaucoup près, considérée comme exacte lorsqu'il s'agit de matières complexes , surtout si elles sont aromatiques comme dans le cas présent. Celte méthode ne pourrait permettre alors de saisir de petites diirérences; mais lorsque celles-ci sont tranchées, elle donne le moyen de s'en faire une idée et de l'exprimer par des chiffres. On est bien sûr, par exemple, qu'entre deux extraits, dont l'un a donné une dilution de 4 et l'autre de 2, il y a une dilférence très réelle ; mais oji n'a plus le même degré de certitude si les chiffres trouvés sont 2, 2 l/4 ou 2 1/2. Cependant la constatation de différences , même légères, acquiert une certaine valeur si on la retrouve à plusieurs reprises dans le même sens : tel est le cas de la plupart des expériences que nous rapportons ici.
(2) L'évaporation de cet extrait ayant été faite avec un peu moins de soin que dans le premier exemple, il est possible que le principe amer
MÉMOirxE SCR LA DIGITALINE. - 1" FAUT., §111. 77
dans le promier exemple, c'est-à-dire une amertume plus prononcée dans les derniers produits que dans les premiers.
Cette différence nous paraît devoir être attribuée à deux causes : 1° à ce que les premières quantités d'eau qui passent sur la plante se chargent d'abord des principes les plus solubles (sucre, matières extractives, sels déliquescents, etc.), tandis que la digitaline est retenue, comme nous le verrons plus loin, dans une combinaison moins attaquable par l'eau ; 2° à la facile altération de ce dernier principe sous l'influence combinée des autres éléments de la plante, des sels et de la chaleur. Or les premières portions écoulées étant les plus riches en principes divers étrangers à la digitaline, ces principes forment une masse qui exerce une action destructive plus prononcée sur cette substance pendant l'évaporation.
Infusion de digitale.
Ce que nous venons de voir de l'action de l'eau sur la digitale est surtout relatif à la préparation des extraits de cette plante, comme à tous les cas où il s'agit d'en obtenir les principes solubles sous le plus petitvolume possible. D'un autre côté, nous avons voulu voir comparativement ce qui arrive lorsqu'on prépare une infusion de digitale dans les conditions de dosage où elle s'emploie ordinairement en médecine.
Pour obtenir cette infusion, on se sert tantôt de feuilles entières, tantôt de poudre ; d'autres fois, au lieu d'employer l'infusion, on a recours à la macération.
Le tableau suivant permet d'apprécier d'un même coup d'œil les résultats obtenus en se plaçant, pour préparer le soluté des principes de la digitale, dans des conditions diverses.
ail subi une plus grande alléralion, et qu'il faille allribuer à celle circonslance une partie de l'abaissement du chillre de ramcrlume ici trouvée.
Pour ces expériences, on a employé les mêmes feuilles de digitale, dont une portion avait été pulvérisée, tandis que les autres avaient été conservées entières.
Ces dernières, comme la poudre, avaient été exposées à une température de 50», pour bien les dessécher au même point avant de les peser.
Tableau récapitulatif sur les différents modes d'infusion de la digitale.
(On a employé pour chaque expérience I lit. eau distillée, et les luiuides, d'abord passés à travers un linge, ont ensuite été liltrés au papier.)
ETAT de
LA DIGITÀLK.
Feuilles eut
Id ,
Poudre. . .
Id
Id
Id
Id
MODE D'AIIRAISGEMENT.
Libres dans le li<i.
nenrennéesdnnsun nouet dfi gaze. . .
Itenfermée dans un nouet de gaze. . .
Libre
MODE OPERATOIIIE.
Infusion de I h. de durée, agilée4fois àintcrv. «'g. ■
Infusion, Repos absolu . .
Id
Infusion de \ h. de durée,
.sans agitation
Infusion de \ h. de durée,
agitée Uois à interv. ég. .
Infusion de t/2h. dedurée,
agitée deux fois
Macération de 4h.dedurée,
asiléeS foisàinterv. ég. ,
pour
2 gr.
pond.
NOTA. — Tous ces extraits ont été amenés , par rexposition à rétuve , à l'élat sec et cassant.
Les feuill(;s nos \ et 2, et surtout la poudre n* 3, conservaient, après l'expérience, une saveur ainère plus ou moins maninée, tanilis (|He les poudres qui avaient servi aux expériences suivantes en étaient dépourvues.
L'amertume de» extraits no» t, 3 et 7 seulement a été tiélermini'e; elle a été trouvée, dans les trois, de 2 décilitres, c'est-à-dire sensiblement égale à celle de l'extrait acpieux olitenu dans le premier exemple rapporté au commencement de ce paragraphe. (Voyezaussi les extraits no» 1 , 2 et 5 du tableau de la lin de ce paragraphe.)
Principaux faits qui ressorienf de ce tableau.
1* Dans l'expérience numéro 3, la disposition de la poudre sèche dans un nouet a été évidemment très défavorable pour l'infusion , cette poudre aura été mal péné-
\ .MÉMOIRE SC1\ LA. DIGITALINE. —1" PART., i; m. 79
trée par l'eau, et le libre renouvellement de la portion de liquide environnante ne se sera pas fait assez facilement.
2° Les feuilles entières , soit à l'état de liberté dans le liquide, soit renfermées dans un nouet (expér. n"' 1 et 2), ont fourni par infusion une quantité d'extrait sensiblement égale, et inférieure d'environ 1/9 à ce qui a été obtenu par infusion de la poudre, en se plaçant dans des conditions favorables comme nous allons le voir.
3° Dans l'expérience numéro 5, comparée à numéro 4 (poudre et infusion), on voit que l'on a retiré un petit avantage de la précaution d'agiter la poudre tous les quarts d'heure.
k" L'expérience numéro 6, comparée à numéro 5, prouve qu'une infusion de demi-heure de durée est suffisante, et qu'on ne gagne rien en la portant à une heure.
5' Enfin l'expérience numéro 7 fait voir que la macération prolongée pendant quatre heures dissout presque aussi bien ce principe que l'infusion.
D'après cela :
Il est préférable d'employer la poudre de digitale, plutôt que les feuilles entières, pour préparer l'infusion ;
Il faut agiter au moins deux fois pendant la durée de celle-ci, qui doit être de demi-heure.
Il va sans dire que l'on doit avoir soin de se débarrasser complètement, à la fin de l'opération, de la poudre restée en suspension, soit qu'on laisse suffisamment reposer, soit, ce qui est plus sûr, que l'on recoure à lafiltration.
Traitement de la digitale par l'alcool à divers degrés.
Alcool à 56° c: (I).
30 grain, de poudre de digitale (même que pour le deuxième exemple d'extrait aqueux précédent.
i lit. alcool à 56* ex.
On traite par déplacement, et les produits fractionnés,
(1) Degré de l'alcool employé par le Codei pour la préparation de Textrait.
au fur et à mesure de leur écoulement, sont évaporés, d'abord au bain-marie, puis à l'éluve, jusqu'à consistance sèche et cassante.
Qnnnlilé d'extrait obtenue.
Pour 100.
Degré cVaniertume.
liquide écoulé = 278 gr.
h7,'oo
2 flécil. (1)
Ces résultats montrent que la digitale a été ici bien plus promptement et plus complètement épuisée que par l'eau, puisque les premiers 278 grammes de liquide écoulésavaient entraîné à peu près tout ce que cette poudre renfermait de soluble et d'amer. Les deuxième et troisième extraits différaient non seulement par leur faible degré d'amertume, mais aussi par leur aspect ; en effet , tandis que la première portion d'extrait (14,20) consistait en une masse brun verdâtre, très amère, d'une odeur rappelant la digitale, les dernières n'étaient formées que par une couche verdâtre à odeur de digitale bien plus prononcée, mais pour ainsi dire sans amertume.
Alcool à 50" c^.
Si au lieu d'alcool à 56" on emploie ce liquide à 50° seulement, les résultats s(mt à peu près les mêmes; cependant l'extrait tire un peu moins au verdâtre, il offre, vu en couche mince, une teinte caramel.
Dans une expérience sur 50 grammes de poudre de digitale de qualité supérieure (échantillon qui servira à plusieurs expériences dans le cours de notre travail et sera désigné (§ IV) sous le nom de digitale A), nous avons obtenu 23,94 (soit 47,88 pour 100) d'extrait d'une consistance sèche et pouvant se réduire en poudre, dont 0,05 cen-
(1) Pour dissoudre les 0,05 d'extrait nécessaires pour ces essais on a employé 2 granl. d'alcool à 56".
tigrammes exigeaient pareillement 2 décilitres d'eau pour éteindre l'amertume.
Alcool à 80° Cx-
Première expérience. — Extrait de digitale.
30 gr. de poudre de digitale (la même que pour l'alcool à 56"). 1 lit. alcool à 80" c".
On épuise par déplacement , et l'on obtient lu, 25 (i7,50 pour 100) d'un extrait de consistance pilulaire très ferme, d'un vert noirâtre vu en masse, et d'un vert ciguë vu en couche mince ; à odeur prononcée de digitale. La poudre restante est dénuée d'amertume. Comme pour les extraits par l'alcool à 50 et 56°, il a fallu 2 décilitres d'eau pour éteindre l'amertume de 0,05 de cet extrait.
Deuxième expérience. — Teinture de digitale du Codex (1); quantité de principes qu'elle renferme.
De la teinture de digitale avait été préparée suivant les recommandations du Codex, avec la poudre A, déjà indiquée à l'article Alcool à 50°.
20 grammes de cette teinture ont fourni par évaporation aubain-marie 1,50 d'extrait de consistance pilulaire ferme, d'un vert moins intense que celui obtenu ci-dessus, et dont le degré d'amertume est pareillement représenté par 2 décilitres. Ces 1,50 d'extrait rapportés à ^tOO grammes de teinture, lesquels équivalent à 100 grammes de poudre, donnent la proportion deSO pour 100, au lieu de 47,50 obtenus avec l'alcool au même degré, mais par déplacement. Il y avait donc eu environ 1/3 en moins de principes dissous.
Si cet extrait est d'un vert moins intense que le premier, cela tient à ce qu'on avait employé la macération, tandis qu'en prolongeant les traitements alcooliques par déplacement, ce liquide, après s'être chargé des principes les pi us solubles, continue encore à enlever à la poudre de
'1) 1 partie de digitale, 4 d'alcool à 80, 15 joars de macération.
Quantité d'extrait obtenue.
Pour 100,
Degré d'amertume.
0,Zi7
petites quantités de chlorophylle, dont la proportion se tro.uve ainsi finalement augmentée dans l'extrait.
Alcool à %'.
30 gr. même poudre de digitale que pour les extraits par ralcool à 56" et à 80°.
1 lit. alcool à 96° c\
On épuise par déplacement et l'on fractionne les produits en trois, à mesure de l'écoulement ; chaque portion est distillée jusqu'à 30 grammes de résidu environ, et l'évaporation achevée à l'étuve jusqu'à consistance sèche. Voici les produits obtenus :
1*' liquide écoulé = 330 gr.
Totaux ... 770 7,83 26,08 3,50
Le premier extrait était d'un noir olivâtre vu en masse, jaunâtre avec stries verdâtres vu en couche mince sur les parois. Le deuxième et le troisième avaient un aspect jaune caramel légèrement verdâtre. Les uns et les autres offraient une odeur prononcée de digitale, surtout le premier.
La poudre ainsi traitée par l'alcool à 96° est moins complètement décolorée que par réther{voy. plus loin p. 88). Séchée, elle pèse 23,50.
Elle a été reprise dans un appareil à déplacement par 250 grammes alcool à 50° c'^, ou environ 10 fois son poids. Le liquide évaporé, d'abord au bain-marie, puis à l'étuve, on a obtenu 7,15 d'un extrait sec, caramel foncé, se réduisant par la pulvérisation en une poudre couleur aloès, d'une saveur amère âpre, laissant de l'astriction dans le gosier. Son degré d'amertume est représenté par 70 grammes ou environ 2/3 de décilitre.
MÉMOinE SUR LA DIGITALINE. —1" PART., § III.
En le réunissant au premier extrait on a donc :
770 gr, traitement par l'alcool à 96".
Quantité d'extrait ol)-
tenue. Pour 100.
Degré d'amertume.
14,98 Zt9,9i
Ainsi nous voyons que l'alcool à 96° avait dissous à peu près tout le principe amer contenu dans la plante, en même temps que la plus grande partie de la matière verte, mais en laissant beaucoup de parties extractives âpres ou acres.
Gomme pour l'alcool à 56°, nous voyons les premières portions de celui à 96° se charger de la plus grande partie du principe amer, et les suivantes ne plus fournir qu'une très faible proportion d'extrait moins amer. Dans cet extrait le principe amer était d'ailleurs plus concentré que dans ceux obtenus par l'alcool à 80, à 56 ou à 50°, en raison de l'élimination des parties extractives laissées dans la plante.
Action âe l'éther sur la digitale.
Lorsqu'on traite la poudre de digitale par l'éther, celuici fournit à la suite de l'évaporation un résidu vert noirâtre, offrant une réaction acide, attirant l'humidité de l'air, renfermant en faible quantité une partie jaunâtre amère, séparable par l'alcool, et d'autant moins abondante que l'éther employé était plus concentré ; ce dernier fait avait déjà été signalé par l'un de nousantécédemment (1). Toutefois nous devons dire qu'on n'avait pas remarqué alors une circonstance dont il est tout à fait nécessaire de tenir compte, c'est la proportion assez élevée de digitaline qui se trouve dans cette petite quantité d'extrait jaunâtre.
(1) Journ, des conn, méd.t !'• série, t. V, p. 87 ({lécembre, 1837).
Première expérience, — Grande quantité d'éther très concentré ; déplacement.
50 gr. poudre de digitale A (voy. § IV, pour la qualilé de celle poudre).
1700 éther à 61" Bé, temp. 15 (densité 0,732).
On a obtenu 3,32 ou 6,6i pour 100 d'extrait vert noirâtre, dont le degré d'amertume est exprimé par U décilitres pour 0,05 de produit.
On a continué de faire passer de l'étlier au même degré sur cette poudre, et l'on a ainsi retiré 16^ grammes d'un liquide jaune-paille qui, évaporé, a fourni 0,15 ou 0,30 pour 100 d'un extrait jaunâtre ayant une amertume de 8 décilitres. ^
Deuxième expérience. — Ether au même degré, mais en moindre quantité.
125 gr. même poudre de digitale.
500 éllier au même degré.
On a fait passer lentement l'étlier sur la poudre dans un appareil à déplacement. .
Produit Zi,50 extrait (3,68 pour 100), d'une amertume de 3 décilitres.
Troisième expérience. — Ether au même degré et en même quantité., mais par macération.
125 gr. même poudre.
500 mêmeélher.
On met en contact pendant cinq jours en agitant souvent, et l'on filtre en vases fermés. La quantité de liquide passée est de 387 grammes, qui donnent par évaporation 1,67 ' d'extrait de consistance ferme ; ce qui correspond, en supputant la quantité contenue dans les H 3 grammes de liquide restés dans la poudre, à 2, il ou 1,92 pour 100.
Son degré d'amertume est pareillement de 3 décilitres.
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — V PART., § IlL 85
Quatrième expérience. — Traitement par l'éther faible,
125 gr. même poudre.
500 élliei- à 55" B^, tcmp. 15" (densité 0,760\
On épuise par déplacement comme dans la deuxième expérience. La quantité d'extrait obtenue est de 8,38 '6,71 pour 100), et le degré d'amertume de 6 décilitres.
Malgré cette proportion d'extrait bien plus forte et le degré d'amertume plus élevé, toute la digitaline contenue dans la plante n'avait cependant pas été dissoute et la poudre conservait une saveur amère acre marquée. Dans les première, deuxième et troisième expériences, la poudre de digitale offrait aussi après le traitement une saveur amère, et même celle-ci était encore plus marquée.
On savait par avance que l'éther, employé par déplacement, devait enlever plus de principes solubles à la digitale, que par macération ; les traitements numéros 2 et 3 indiquent quelle peut être l'étendue de cette différence.
La quatrième expérience fait voir, comparativement avec les deuxième et troisième, qu'en employant de l'éther affaibli on enlève bien plus de matières solubles et une plus forte proportion de digitaline à la plante qu'avec de l'éther plus concentré.
La première expérience montre qu'en faisant passer de grandes quantités d'éther concentré sur la poudre de digitale, on finit par lui enlever une assez forte proportion de principes solubles. Les premières portions passées sont surtout riches en chlorophylle ; les dernières, d'une couleur jaune -paille, contiennent une quantité de digitahne proportionnellement plus forte.
Cinquième expérience. • — Éther faible; produits fractionnés.
30 ^T. même poudre de digitale que pour les extraits précédents
par l'alcool à 56, 80 et 96°.
•I lit. étlier à 54°, 5 B'', temp. 15 (densité 0,762).
86 ARCHIVES DE PHYSIOtOGJE , ETC.
On traite par déplacement et en ne laissant l'éther s'écouler que lentement. On fractionne les produits en deux et on les évapore séparément. Voici les résultats :
Quantité il extrait ob- ix-'ré
1" liquide écoulé --= 300 gi-. o^gg 9 gg "Linimc.
Les deux extraits sont très fermes. Le premier consiste en une masse noirâtre, tirant au vert dans les couches minces, avec quelques stries caramel surtout visibles sur les parois du vase, d'une odeur nauséeuse de digitale ex> tremement forte.
Le deuxième est caramel roux jaunâtre, et s'enlève en écailles limpides.
La poudre de digitale, séchée après ce traitement, n'offre plus qu une saveur d'abord douceâtre un peu sucrée, puis légèrement acre à la gorge après quelques instants, sans amertume sensible. *
Contrairement à ce que nous avions observé dans la première expérience, nous trouvons ici l'amertume moins prononcée dans le deuxième extrait que dans le premier 1 est probable que cette différence tient à ce que l'éther' lorsqu il est affaibli par de lalcool comme celui de la der-^ mère expérience, se rapproche, par le fait même, desconditions d action dissolvante de celui-ci sur les éléments de la digitale. Or nous savons (art. Alcool à 56° et à 96") que ce liquide enlève de prime abord le principe amer de cette plante, et que les derniers traitements sont de moins en moins amers.
Sixième expérience. - reinture êthêréc de digitale.
Le Lodex n'mdique pas le degré de l'éther à employer pour la préparation de la teinture de digitale, mais on doit considérer SG» Baume comme étant implicitement prescrit, puisque c'est là le degré de l'éther officinal
MÉMOIRE SUR Lh. DIGITALINE.— '1'' PART., § III. 87
Dans le but de nous éclairer sur la valeur thérapeutique de cette teinture, dont l'action médicale est très controversée, nous avons préparé ce médicament en nous conformant aux recommandations du Codex, de la manière suivante :
30 gv, poudre de digitale.
120 éther à 56° Bé, tenip. 15" c. (densité 0,755}.
On tasse fortement la poudre dans un petit appareil à déplacement au-dessus d'un tampon de ouate préalablement lavé à l'éther. On verse le liquide par petites portions sur la poudre et en rendant l'écoulement intermittent, de manière à ne laisser passer tout l'éther qu'en vingtquatre heures. Les dernières portions sont encore vertes, bien que la poudre soit fortement décolorée. Cette poudre séchée conserve encore une odeur prononcée de digitale et une amertume très marquée.
La teinture ainsi obtenue est distillée, puis évaporée à l'étuve. Le résidu, de consistance pilulaire ferme, d'un noir verdâtre intense, à odeur forte de digitale, pèse 1,27, ce qui correspond à ^t,23 pour 100. Degré d'amertume, 6 décilitres.
Si l'on multiplie \û quantité d'extrait ici trouvée par le degré d'amertume, on a : ^,23 X ^ =25,38 ; ce qui correspond à 6 gram. pour 100 d'extrait d'une amertume de U décilitres 1/2 ; c'est-à-dire à la moitié du poids de celui de la cinquième expérience, où la digitale avait été complètement épuisée.
En d'autres termes plus précis, cette teinture contenait la moitié environ de la digitaline renfermée dans la plante.
(Nous avons vu que la teinture alcoolique en renferme les 2/3.)
Septième expérience [extraits analytiques). Mettant à profit les actions dissolvante et éliminatrice de l'éther et de l'alcool faible constatées par les expériences
précédentes, nous avons eu la pensée d'obtenir, réunis en trois parts de nature différente, tous les principes renfermés dans la digitale. Tel a été l'objet de l'expérience suivante, dont les produits devaient surtout nous servir pour des essais physiologiques (voy. 2" partie , § II, fin de la div. B, art. Extraits analytiques) .
50 gr. de poudre de digitale A.
On tasse fortement dans un appareil à déplacement, et l'on traite par l'éther à 61" B", terap. 15% en s'arrangeantde manière à rendre l'écoulement très lent, jusqu'à ce que la poudre soit parfaitement privée de couleur verte, même dans les parties inférieures. Sa teinte est alors rousse rouillée. On a ainsi employé 1550 gram. d'éther. Les dernières parties de liquide écoulées étaient jaunepaille.
Sur la poudre ainsi privée de matière verte on a continué de verser de l'éther , mais d'une densité moindre (52° B% temp. 15° C, dens. 0,773) ; le liquide qui s'écoule alors est d'un beau jaune-paille doré. On a ainsi fait passer de cet éther sur la poudre jusqu'à ce que le dernier liquide écoulé n'offrît plus qu'une faible nuance jaunâtre, et que 100 grammes évaporés ne laissassent plus qu'une très petite quantité d'extrait d'une amertume peu prononcée, et plutôt acre. On a consommé 1500 grammes de ce nouvel éther, ce qui fait un total de 3,050.
Partie verte. — Les liquides provenant des traitements par l'éther à 61° sont distillés jusqu'à environ 100 grammes de résidu. On ajoute à celui-ci suffisante quantité d'alcool à 50** pour précipiter la partie verte ; on fait bouillir quelques instants, puis on laisse refroidir et déposer, et l'on filtre le liquide surnageant, qui est jaune-paille. Le résidu vert resté dans la fiole ou sur le filtre a été redissous dans l'éther, puis la solution, distillée en partie, a été précipitée comme la première fois par l'alcool à 50° et filtrée. La matière verte, ainsi précipitée à deux reprises, a encore été
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — F'' PART. , i? III. 89
redissoute une troisième fois par l'éther , alors la solution est évaporée à siccité. Le résidu, séché à l'étuve, pèse 1,40.
Ce produit est noirâtre vu en masse, de consistance pilulaire, d'une odeur désagréable rappelant incomplètement la digitale; saveur nauséeuse, sans amertume sensible. Insoluble dans l'eau ainsi que dans l'alcool à 85" , qu'il colore cependant en jaunâtre ; l'alcool à 96° en dissout une petite quantité et se colore en jaune verdâtre enfumé. La solution de carbonate de soude au 1/10 le désagrège et le dissout imparfaitement. Avec l'eau chargée de potasse caustique, il donne lieu à une solution roussâtre trouble ; l'acide acétique faible ou concentré ne l'attaque pas du tout.
Cette matière, qui devrait, il semble, représenter la couleur verte de la digitale, n'offre plus, lorsqu'on la redissout dans l'éther, qu'une solution brun verdâtre, au lieu de la belle couleur vert-ciguë primitive. Ce changement de couleur n'est point le résultat d'une modification opérée sous l'influence de la chaleur, il s'accomplit brusquement lorsqu'on précipite par l'alcool le résidu de la distillation de la solution éthérique , et nous n'avons pu reproduire la couleur verte en mélangeant une solution d'extrait jaune amer avec celle de la matière noirâtre dont il s'agit.
Partie jaunâtre arnère séparée de la matière verte. — Les traitements de la digitale par l'éther à 52° ont été distillés comme ceux avec l'éther à 61°. On a réuni au résidu les lavages par l'alcool à 50° de l'extrait vert obtenu par l'éther à ce dernier degré (61) et dont nous venons de parler ; le tout a été évaporé à l'étuve à une température entretenue entre iO et 50°. Le produit final a consisté en une masse sèche du poids de 4,65.
Propriétés de cette matière. — Teinte caramel roussâtre, vue en masse ; s'enlève à la pointe du couteau en fragments écailleux. Peut être pulvérisée'et présente alors un aspect analogue à la poudre d'aloès ; attire l'humidité de l'air à la
90 ARCHIVES DE PHYSIOLOGli: , ETC.
longue. Odeur sui gencris^ rappelant un peu celle de la croûte de pain, se développant par la pulvérisation et devenant alors forte, pénétrante et désagréable. Son degré d'amertume est très élevé : il est représenté par 13 décilitres, toujours pour 0,05 de matière, ce qui indique dans le produit environ 4/8 de digitaline. Exposée à la chaleur, cette matière commence à se ramollir à ^5°; de 60 à 80o elle devient très molle, et de 80 à 90° elle éprouve une sorte de demi-fusion.
L'alcool à 99" la dissout incomplètement, en laissant en suspension un partie pulvérulente inattaquée.
— à 96°, comme celui à 99, pas mieux.
— à 90° la dissout entièrement.
— à 85" la dissout entièrement et assez vite.
— à 70° la dissout entièrement et très vite.
— à 60° la dissout encore assez Lien, mais moins
facilement que celui à 70.
— à 50° forme une solution incomplète, restant
légèrement trouble.
Chloroforme, — n'en dissout qu'une petite portion, en se colorant en jaune-paille. Le principe amer se trouve plus concentré dans la partie dissoute.
Eau, — n'en dissout que peu, et le liquide reste fort trouble. La solution offre une réaction très acide.
La solution de 0,05 de cette matière dans 2 grammes d'alcool étendus de 10 gram. d'eau, et offrant par suite de cette addition un aspect opalin , présente les propriétés suivantes :
Perciilorure de fer, — produit une teinte verdàtre sans troubler le liquide.
Solution de tannin, — nébulosité blanchâtre sans flacons distincts.
Acétate de plomb, — flocons fins jaune-serin.
Cyanure ferroso-potassique, — la nébulosité naturelle du liquide est fortement augmentée. ^
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. ~ i" PART-, § IH. 91
Ammoniaque, — y développe une couleur jaune dorée intense.
M. P. Morin a retiré de la digitale un produit qu'il a désigné sous le nom de principe amer. Cette matière paraît très analogue à celle dont nous parlons ici, autant du moins qu'on peut en juger d'après le peu de mots que l'auteur en a dit dans le Journal de pharmacie (t. VII, 18^5, p. 295).
Cette matière est curieuse à plus d'un titre, et surtout en ce qu'elle semble représenter, ou à peu près, l'état dans lequel la digitaline se trouve dans la plante.
D'après ce que nous venons de voir ses caractères essentiels sont les suivants :
Aspect jaune-caramel roussâtre ;
Saveur amère intense ;
Réaction franchement acide ;
Coloration en verdâtre par le perclilorure de fer ;
Trouble peu prononcé par le tannin ;
Léger précipité jaune-serin par l'acétate de plomb ;
Incomplètement soluble dans l'alcool très concentré ou dans l'eau ;
Légèrement soluble dans l'éther, et d'autant plus que celui-ci est moins concentré ;
Son dissolvant par excellence est l'alcool compris entre 60 et 85° c^
Les faits analytiques rapportés § II, ainsi que les réactions qui viennent d'être exposées, nous autorisent à considérer théoriquement cette matière comme formée surtout de digitaline à l'état de mélange ou de combinaison avec delà digitalose, du tannin, tout ou partie des acides digitalique et antirrhinique , de la digitalide, de l'huile essentielle.
Traitement par V alcool à 50° de la digitale préalablement épuisée par iéther. — La poudre de digitale , épuisée comme nous venons de le dire, par l'éther, et privée par
ce moyen de ses matières verte et amère, a été séchée et remise dans l'appareil à déplacement.
On fait passer dessus très lentement (6 à 8 gouttes par minute) 500 grammes d'alcool à 50", ou environ dix fois son poids. Le liquide écoulé offre une belle nuance carariiel, qui va de plus en plus en s'affaiblissant à mesure que les principes solubles sont enlevés.
Les liquides évaporés, d'abord au bain-marie, puis à i'étuve, on obtient 15,50 d'un extrait ferme, cassant à la surface, de couleur caramel , à odeur légèrement extractive.
Insoluble ou très peu soluble dans l'alcool à 85° ;
Promptement et complètement soluble dans celui à 50°;
L'eau le dissout presque aussi bien que ce dernier.
La solution offre les propriétés suivantes :
Saveur âpre astringente avec arrière- goût acre , sans amertume ;
Action nulle sur les deux papiers de tournesol ;
Perchlorure de fer ; teinte jaune virant au vert ;
Solution de tannin : nébulosité prononcée ;
Acétate de plomb : flocons jaune terne ;
Cyanure ferrosopotassique : — rien ;
Ammoniaque : fonce la couleur en jaune doré enfumé.
On voit que cet extrait offre les propriétés fondamentales du produit complexe et variable, plus ou moins abondamment répandu dans les végétaux, et désigné sous le nom à'extractif.
Résumé de la septième expérience par l'éther.
50 sv. de poudre. Quaniiiê
d extrait ob- Degré
ûjOoO ether. tenue. Pour 100. d'amertume.
Maiière verte 1,^0 2,80 «
rMalière jaunâtre amère,]
I ou extrait éthérique [ Zi,65 9,30 13 (1)
( privé de maiière verte. )
Extrait par l'alcool à 50°,
ou matière exlractive. . 15,71 31,'!i2 «
21,76 Zi3,52
Ce qui distingue les résultats de ce traitement, c'est l'état de grande concentration dans lequel on a obtenu la matière amère.
Mais à l'article suivant nous allons voir celle-ci bien plus concentrée encore.
Traitement de la digitale par le chloroforme.
30 gr. de poudre de digitale A.
300 chloroforme.
On tasse fortement la poudre dans un appareil à déplacement et l'on verse dessus le chloroforme, qui la pénètre peu à peu et la traverse lentement. Les premières portions écoulées sont d'un vert intense, et les dernières d'un jaune légèrement verdâtre. Après l'entier écoulement du liquide, on déplace avec un peu d'eau ce qu'il en reste dans la poudre, qui a complètement perdu sa couleur verte pour, en prendre une caramel foncé brunâtre.
Le traitement chloroforraique distillé laisse un résidu vert noirâtre, vu en masse.
On reprend cet extrait, à chaud , dans un petit appareil distillatoire, par 20 grammes d'alcool à 86", qui le dissout presque entièrement, et l'on précipite par une addition de
(1) C'est'à-dire 13 décilitres, ou 1 litre cl 3 décilitres.
15 grammes d'eau distillée chaude ; on fait bouillir quelques instants, on laisse refroidir et déposer, et l'on décante sur un filtre le liquide, qui passe jaune doré enfumé.
La partie verte restée sur le fdtre ou dans la fiole, est reprise par la même quantité d'alcool, puis précipitée par l'eau comme dans le premier cas.
On répète une troisième fois ce traitement ; après quoi la matière verte restante, complètement privée de principe amer, est reprise par le chloroforme et évaporée à siccité. Son poids est de 0,89.
Cela fait, les traitements hydro-alcooliques de cette matière sont évaporés à l'étuve jusqu'à siccité.
Le produit consiste en une couche peu sèche, caramel brunâtre vue au jour, et de couleur améthyste enfumée, vue à la lumière artificielle, parfaitement limpide ; s'enlevant en écailles qui adhèrent au papier, et ne peuvent se réduire en poudre. Odeur forte, pénétrante, sui generis, ne rappelant que peu la digitale. Pèse 0,93.
Son degré d'amertume est encore bien plus élevé que pour le produit correspondant obtenu par l'éther : il est de ù5 décilitres ou h litres 1/2, ce qui indiquerait que cette matière renferme près de moitié de son poids de digitaline. Mais peut-être y a-t-il un peu d'exagération dans cette appréciation , exagération qui dépend de ce que le produit ayant une odeur forte, on aura été conduit par cette circonstance à trop étendre la solution, les deux propriétés organoleptiques, odeur et saveur, se confondant et se fortifiant l'une l'autre. Nous ne pensons pas qu'il faille estimer à plus de 1/3 la quantité de digitaline que coproduit renfermait.
Le degré d'amertume rapporté à la partie verte et à la matière jaune , supposées mélangées en une seule masse, serait de 23 décilitres.
Propriétés de cette matière ou extrait jaunâtre amer. Alcool. — Parfaitement soluble dans ce liquide à tous
les degrés, depuis 99 jusqu'à 60° c\ Une addition d'eau dans ces solutions les rend fortement nébuleuses sans rien laisser précipiter cependant. L'alcool à 50" dissout encore cette matière : toutefois la solution n'est plus aussi limpide qu'avec celui à 60° et au-dessus.
Etlier à 57° Baume, temp. 15° (0,751), — la dissout partiellement en prenant une belle couleur jaune-paille, et laissant indissoute une partie rousse terne. La solution évaporée laisse un extrait jaune roux enfumé.
Eau, — ne dissout pas le produit ; elle prend cependant une teinte paille et rougit le tournesol franchement, mais avec peu d'énergie.
Une solution de 0,05 de cette matière dans 2 grammes d'alcool, étendue de 10 grammes d'eau et rendue par cette dernière fortement opaline, offre les propriétés suivantes :
Perclilorure de fer, — la solution devient plus trouble , prend une teinte sale, mais sans se colorer sensiblement en vert, ce qui indique l'absence presque complète de tannin.
Le tannin, l'acétatede plomb, le cyanure jaune de potasse et de fer, l'ammoniaque, agissent ici comme sur la matière correspondante obtenue par l'éther.
Comparée à celle-ci, elle en diffère en ce que la digitaline y est plus concentrée : elle paraît en renfermer environ le tiers de son poids. Elle s'en distingue encore en ce qu'elle semble presque exempte de tannin, et aussi par sa facile et prompte solubilité dans l'alcool le plus concentré, ainsi que par une réaction moins acide.
Traitement par l'alcool à 50° de la digitale épuisée par le chloroforme. — La poudre de digitaleépuisée parle chloroforme et privée ainsi des principes vert et amer, a été ensuite traitée, dans le même appareil à déplacement, par 300 grammes d'alcool à 50° (après avoir déplacé le chloroforme par l'eau) Les premières gouttes deliquide qui s'écoulent ont un bel aspect caramel, et sont très acides au papier. Le produit de l'évaporation du liquide consiste en un extrait par-
faitement sec et cassant, de couleur rousse opaque, vu au jour ordinaire, et caramel limpide vu en couche mince à la lumière artificielle ; odeur mixte extractive et de croûte de pain ; saveur astringente âpre un peu amère. Son degré de dilution ou d'amertume est de 20 gram. seulement.
Ses propriétés sont tout à fait analogues à celles décrites pour le produit correspondant du traitement éthérique (septième expérience); il n'y a de différence marquée qu'en ce que l'extrait obtenu par l'alcool à la suite du chloroforme offre une réaction acide : circonstance dont on se rend parfaitement compte, puisqu'on a vu que ce dernier liquide avait enlevé à la digitale moins de principes acides que l'éther.
Résumé du traitement par le chloroforme.
oO gr. de pondre. onantité
oftrt 111 e d'extrait ob- Degré
dOO de cnlorolornie. tenue. Pour 100. d'amertume.
1° Matière verte 0,89 2,73 »
/'Matièrejaunàtreamèreou ] 2° ! extrait cliloroformique > 0,93 3,10 hb (1)
\ privé de matière verte. } 3" Extrait par l'alcool à 50° 12,00 Ù0,00 0,20
13,82 Zi5,83
Les deux circonstances importantes de ce traitement par le chloroforme sont :
r La dissolution à peu près complète de toute la digitaline renfermée dans la plante par une petite quantité de liquide ;
(1) C'est-à-dire k litres et 5 décilitres.
Ce degré de dilution, joint à celui très faible du troisième produit, donnerait, en le réparlissaut sur la masse des trois, une amertume moyenne de 3 décilitres. Mais il ne faut compter que 2 1/2 environ, ù cause d'un peu d'exagération probable dans l'appréciation du degré d'amertume de la matière jaune, comme nous l'avons dit.
MÉMOIRE SU 11 LA. DIGITALINE. — T' PAUT. , § 111. 97
2" L'ctcitde faraude concentration dans lequel la partie jaunâtre de l'extrait ( mat. n" 2) olîre le principe actif,
Récapitulation. — Considérations générales.
Eau. — Elle enlève tout d'abord les principes les plus solubles delà digitale, tels que différents sels, le sucre, des matières extractives et en même temps de la digitaline ; vers la lin du traitement, qu'il faut prolonger si l'on veut dissoudre tout ce qu'elle renferme de ce principe, celui-ci devient plus abondant par rapport aux autres substances. lin employant assez de liquide et en le faisant passer très lentement, on peut obtenir Zi5 pour 100 d'extrait.
Alcool à 56". — Se charge de prime abord de toute la matière amère, conjointement avec les autres principes de la plante, et de telle manière que les premières portions sont les plus riches en digitaline ; bientôt le liquide écoulé ne renferme plus, pour ainsi dire, que des traces de matière verdâtre (chlorophylle), aromatique, sans amertume. On obtient par ce véhicule environ 50 pour 100 d'extrait de couleur caramel foncé.
L'alcool à 50° agit sur la digitale d'une manière tout à fait analogue ; l'extrait que l'on obtient a un plus bel aspect caramel limpide. On en a ainsi retiré Zi8 pour 100.
U alcool à 80°, comme celui à 56 et à 50, épuise prompteraent la digitale de son principe amer, mais il dissout en même temps une grande partie de la chlorophylle. L'extrait obtenu est vert foncé, noirâtre vu en masse, aromatique nauséeux; la digitale en a fourni hl pour 100. Son degré d'amertume est analogue à celui des extraits obtenus par l'alcool à 56 et à 50".
Teinture par l'alcool à 80°. — La teinture alcoolique de digitale , préparée par macération suivant les indications du Codex, ne fournit que 30 pour 100 d'extrait, paraissant d'ailleurs aussi amer que le précédent.
\J alcool à 96° enlève assez facilement toute la digitaline
à la plante, et proportionnellement moins des autres principes, de sorte que l'extrait obtenu est plus actif pour un poids donné.
Nota. — Pour épuiser complètement la digitale, dans la vue d'en obtenir un extrait, il suffit, lorsqu'il s'agit d'alcool d'un degré compris entre 50 et 85, d'en employer dix fois le poids de la plante. La quantité absolue d'extrait variera avec le degré de l'alcool employé ; mais la totaliié de la digitaline, passant toujours dans l'exlrait, il en résulte que l'activité du produit s'accroît en raison directe de la diminution de poids.
Ether. — Dans les premiers temps du déplacement, l'éther enlève à la digitale de la chlorophylle, et simultanément une petite quantité de matière jaune rousse amère, et laisse intactes dans la plante les matières extractives. Les proportions dissoutes de ces substances varient suivant diverses circonstances, telles que la quantité d'éther employée, ladensitédecelui-ci, le mode de traitement. — Avec de l'éther très concentré, et par la méthode de déplacement [première expérience), on enlève peu de principe amer et beaucoup de chlorophylle dans les premiers moments ; le liquide qui s'écoiile ensuite, quoique toujours peu chargé, renferme proportionnellement plus de matière amère que l'extrait par l'eau et par l'alcool, et même en faisant passer sur la poudre des masses d'éther, on finit par lui enlever tout ce qu'elle en renfei^me, et avec d'autant moins de difficulté que le liquide est plus affaibli [cinquième expérience).
Avec l'éther concentré [première expérience) les portions de liquide d'abord écoulées sont moins riches en digitaline que les dernières. Sous ce rapport, c'est comme dans le traitement par l'eau. — Au contraire, l'éther affaibli [cinquième expérience) se rapproche, quant à la circonstance dont nous parlons, de la manière d'agir de l'alcool ; les premières parties écoulées sont plus riches en digitaline que les dernières (1).
(1) Une circonstance, légèfe en apparence, induit souvent en erreur
Il ressortdes faits précédemment exposés quelateintiireet l'extrait éthériques de digitale doivent être envisagés à un point devue essentiellement différent quant au degré d'énergie. En effet, le pouvoir dissolvant de l'éther sur le principe amer de la digitale étant fort limité, il en résulte qu'une quantité déterminée de liquide ne pourra jamais se charger que d'une partie du premier. Par exemple, la teinture éthérée du Codex renfermant environ la moitié de ce qui s'en trouve dans la plante, ce médicament, comparé à la poudre de digitale, représentera, pour l'énergie, la moitié de celle-ci.
Si, au contraire, il s'agissait d'extrait, comme toute la matière amère peut être enlevée par l'éther en employant une assez grande quantité de celui-ci, et que, en même temps, on ne dissout que peu'des matières inertes contenues dans la plante, il s'ensuit que l'on peut avoir un produit bien plus actif que par l'alcool ou par l'eau, et dont un poids donné représenterait, par exemple, près de dix fois celui de la plante [septième expéinence par VétheVi produit n" 2) ; tandis que les extraits par V^lcool (de 50 à 80 degrés) n'équivalent qu'au double de leur poids de la plante environ. (Voy. expériences ù, 5 et 6 du tableau placé à la fin de ce paragraphe.)
Ces faits ressortiront, du reste, naturellement de la Table des équivcdents des diverses préparations de digitale que nous placerons à la fin du mémoire.
Chloroforme. — L'action du chloroforme sur la digitale est remarquable en ce sens qu'il n'en faut qu'une petite
sur le degré réel du véhicule employé, je veux parler des pèse-éthers. En effet, ces instruments offrant des difficultés particulières de construction, sont, de tous les aréomètres, les plus inexacts que Ton trouve dans le commerce. Pour mon compte, j'en possède deux, dont l'un est fautif de 6 degrés en plus, et l'autre de 2 1/2 en moins, — total de la différence 8 1/2, comparé à la densité prise à la balance. Avec de pareils instruments, si on ne les avait pas corrigés, On ne serait guère plus avancé que si l'on n'en avait pas du toute (Q.)
quantité .paiu' dissoudre la Oigitaline, laquelle se trouve
enlevée avec la chlorophylle dans un grand état de conceii'
tration, c'est-à-dire ne retenant qu'uiije faibje quantUéiCks
autres principes de la plante^ loggibiioviroq &l ,m^a3 .oi§
Oi\i' ; ' ' ' c . .: ,-'-î^;;:U 'y"'L 'i'i;"' •!''•;::!'■ l^! '•■h '\';Uïir; i,. Observations, sur „la méthode- de déplacement amlimee
r\,i.. . .,,,^,.- ^ ajameparation dès teintii7?es.-, ,,
' Le 'Codex recommande de faire les teintures êthéréés par déplacement. Nous doutons que ce soit là un moyeu qui dbive être employé quand lil s'agit de préparer de& teintures en général. En effet, selon que le liquide, dans ces sortes d'opérations, traverse la poudre plus ou moins vite, et il li'est pas toujours facile de bieui régulariser son écoulement* il doit se charger de quantités très différentes des principes solubles. Les deux exemples d'extraits par l'eau ici rapportés viennent à l'appui de ce que nous disons. En effet, nous voyons que , dans le premier, un demi-litre d'eau avait enlevé seulement environ les deux tiers des principe^ de 50 grammes de poudre; tandis que, dans le deuxième» un demi -litre ayait suffi pour dissoudre presque toutceqite renfermaient de soluble 30 grammes de poudre. Nous pensons,! id'après cela, que lorsqu'il s'agit.ide teinturQSj;la simple macération, avec agitation fréquente, dôitêîre prër férée, quoique fournissant un produit bien moins chaj-gé •de principes solubles (voy.c?Tj:«me expérience dû, gTàild tableau de la fin de ce paragraphe, comparée à la o^is/è^ti^j*^ comme présentant plus de chances d'uniformité dans la composition de ces médicaments, soit qu'il faille préparer des teintures avec l'éther ou l'alcool. Telle est l'opinion émise par M. Soubeiran au sujet des teintures alcooliques (1) ; toutefois, cet auteur emploie le déplaceraeii.tg.j^ i'exemple du Codex, pour les teintures éthérées (2). :,:r:j Mais lorsqu'il s'agit de préparer des extraits, la méthode
■■.la!, i;i jU i(.iui — .•..-.iuojîi av ii\J; ;: jU 'j)ji;r/i ij ,,;,j;»j n:> i.'ji^iU'Q tib,
zVvïvwi -{> rn-ik .-micAnK ci é iîfti| '^irvrnh ci ,o à-r/iqinon .ÊVl 8 soBCHî I , ..,ll) Soubeiran, Truite de pharmacie, t. T., S* édUiop,.n..l2^X. ^ - 1
■ ' (2)' Vo^. ibid,, p. l/i2, lus inotils à raji^uiv' .',, ^ij^^V^ .' mÎoT.Ioh}* 1
MÉMOIRE SUIl LA DIGITALINE. — 1"= FAUT,, § IH. 101
(le déplacement a une supériorité immense sur les autres modes d'épuisement.
Au point de vue de la constitution chimique de la digitale et de ra}^t pharmaceutique.
La matière jaunâtre ainère^ obtenue par Tétlier [septième expérience, produit n" 2) ou par le chloroforme, nous offre un grand intérêt en ce qu'elle nous montre la digitaline séparée de la plus grande partie des autres principes de la plante par le seul fait de l'action dissolvante de liquides appropriés.
Cette curieuse matière existe-t-elle à cet état dans la plante renfermée dans des réservoirs particuliers; ou bien s'y rencontre-t-elle mêlée avec les autres principes, dont l'élimination aurait lieu par l'éther ou le chloroforme? Là se trouve une question de physiologie végétale fort intéressante, mais qui n'entrait pas dans le cadre de nos recherches.
Les propriétés de cette matière permettent de se rendre facilement compte de l'action différemment dissolvante exercée sur la digitale par les divers liquides ordinairement employés. Ainsi, on conçoit que ce produit étant peu soluble dans l'eau, la digitale soit difficile et longue à priver d'amertume par ce véhicule, qui enlève, au contraire, facilement et tout d'abord les matières extractives solubles dans l'eau et dans l'alcool. (Voy. Résumé de la septième expérience avec l'éther, troisième produit.)
La même matière étant pareillement fort peu soluble dans l'éther, surtout si ce liquide offre un degré plus élevé que 56 ou 57 B«, on comprend qu'il faille en faire passer des masses pour lui enlever tout ce qu'elle renferme de ce principe.
On conçoit de même qu'en faisant agir l'alcool concentré (96° c^) sur la poudre de digitale {septième expérience du grand tableau de la fin du paragraphe), on aura des résultats se rapprochant de ceux obtenus par l'éther; toutefois
les matières extraclives non amères seront moins complètement éliminées.
Enfin on voit que, si l'on emploie l'alcool à un degré intermédiaire, marquant, par exemple, de CO à 85 es comme c'est le dissolvant par excellence de la matière jaune rousse amère, celle-ci sera facilement et promptement enlevée ; de telle sorte que, même en employant peu de liquide (à peu près dix parties, en poids), la plante serait bientôt privée d'amertume.
Nous avons indiqué tliéoriquement la composition de ce produit à l'article: Propriétés de cette matière^ p. 91.
Au point de vue de la pratique du médecin et du pharmacien.
Ces expériences nous montrent combien la nature des produits pharmaceutiques en général, et des extraits en particulier, peut varier suivant le clioix du liquide employé à les préparer, sa densité, sa quantité, le mode de traitement, l'art de mettre celui-ci en pratique ; et combien il est nécessaire de s'aider pour juger de la valeurdes produits obtenus, du secours de la chimie et de l'expérimentation physiologique et thérapeutique, sciences sans lesquelles la pharmacie marcherait en aveugle dans ses applications ultimes.
Par exemple, en fait de variations suivant la quantité et la nature du liquide employé, nous voyons que, si dans la préparation de l'extrait aqueux, on n'épuise pas fortement la digitale au moyen d'un traitement prolongé par déplacement et lentement conduit, on obtiendra, non .seulement moins d'extrait, mais celui-ci sera proportionnellement un peu moins actif.
Tout au contraire, lorsqu'on emploie l'alcool, l'extrait sera plus actif si l'on s'est contenté de ne recueillir que les pi'emières portions de liquide écoulées.
Quant aux variations dépendant de la qualité du liquide, il suffit de nommer ici l'éther. Suivant la densité
MÉMOIRE SDR LK DIGITALINE. — 1" PART., § III. 103
de celui-ci, ce seront tantôt les premiers produits qui seront le moins amers [première expérience ; — éther très concentré] ; d'autres Ibis, au contraire, les derniers [cinquième exemple; —éllicr faible). Une teinture de digitale préparée avec de l'étlier très concentré sera peu active ; une autre, pour laquelle ou aura employé un éther très faible sera plus énergique.
Ces diverses expériences prouvent une fois de plus que, lorsqu'il s'agit de préparations pharmaceutiques, dépourvues qu'elles sont la plupart du temps de signes caractéristiques certains auxquels on puisse reconnaître leur nature et leur qualité, comme on le fait en général pour les produits chimiques, on reste dans un vague peu en rapport avec les itlées de précision cjuc l'on cherche plus que jamais, et avec raisoii, à introduire dans les sciences miédicales.
Elles nous rappellent qu'il ne faut pas juger de la qualité d'une plante ou de la valeur d'un procédé d'extraction seulement d'après la qnantitéde produit obtenue. Les expériences 5 et 13 du tableau do la fin du paragraphe en offrent un exemple. Dans le premier cas, en effet, on a ohtenu la moitié du poids de la plante en extrait, dont le degré d'amertume est représenté par 2 ; dans le second, on n'a retiré que 12 pour 100, mais l'amertume du produit est représentée par h '\/'2 ^ ce qui doit le faire considérer comme étant plus de moitié plus actif.
Une autre remarque se place naturellement ici, elle est relative à l'extrait alcoolique.
Généralement, dans les ouvrages de médecine, l'extrait alcoolique de cette plante est classé au-dessus de l'extrait aqueux pour le degré d'activité. Or, en jetant les yeux sur le tableau placé h la fin de ce paragraphe, il semblerait au prem.ier abord que ce doive être une erreur, puisque nous voyons que pour un même poids de digitale, on obtient une quantité d'extrait un peu plus forte par l'alcool que par l'eau, l'un et l'autre paraissant contenir la totalité de
la digitaline de la plante, et la proportion des matières étrangères inertes faire seule varier les poids obtenus.
Cependant nous pensons que les observations thérapeutiques ou les essais physiologiques (1) sur lesquels repose l'affirmation dont il s'agit sont exacts, et que la contradiction n'est qu'apparente.
D'abord il est possible que l'extrait aqueux de digitale mis à la disposition des expérimentateurs ait été préparé sans épuiser entièrement la plante, c'est-à-dire en se plaçant dans les conditions où il se dissout proportionnellement moins de principe actif (voy. premier et deuxième exemple d'extrait aqueux). Mais la principale cause qui a pu rendre les extraits aqueux inférieurs en qualité, consiste dans les chances plus grandes d'altérations qu'ils subissent pendant l'évaporation.
Or, on ne saurait trop avoir présente à l'esprit, dans tout ce qui se rapporte aux extraits de plantes énergiques, cette facile altération de leurs principes sous l'influence de la chaleur. Les observations médicales fourmillent d'exemples à ce sujet. En voici un entre "mille. M. Maldan prescrit à des malades de l'extrait d'aconit paraissant de bonne qualité; on en élève la dose progressivement jusqu'à 3 gram. sans obtenir d'effets marqués. Ensuite on administre aux mêmes malades un autre extrait de la même plante, préparé par la méthode de M. Grandval, c'est-à-dire un extrait dans lequel les principes organiques n'avaient point été décomposés. Alors, dès la dose de 0,25 à 0,30, les malades accusent des vertiges, des étourdissements, et l'on ne peut dépasser la dose de 1 gramme (2).
Applications pharmaceutiques et thérapeutiques. — Questions de prééminence entre les diverses préparations de digitale.
1° S'il s'agit d'obtenir une teinture, le dissolvant par
(1) Voy. entre autres, Orfila, Trailc de toxicologie, 5<= édit., t. II. expériences /i« et 5*, 10' et 11», p. 553 à 555, et p. 566, art. 2.
(2) Maldan, Journ, des conn, mcd., 2* série, t. V, p. OA.
excellence à employer est l'alcool, depuis 60 jusqu'à 85 c^, comme enlevant parfaitement le composé jaunâtre amer qui renferme la digitaline dans la plante. (Voy. septième expérience avec l'éther et celle avec le chloroforme .)-
La teinture alcoolique, de même que celle avec l'éther, est d'ailleurs, de toutes les préparations de digitale, celle qui offre le plus de chances de bonne conservation (1).
2'' L'action dissolvante que l'éther exerce sur la digitale varie avec la densité du liquide, et par cette raison la teinture éthérée a bien certainement manqué de fixité jusqu'ici. Il y a donc nécessité de préciser la densité de l'éther qui doit servir à préparer cette teinture, soit qu'on adopte le degré de l'éther officinal (56° Bé), soit, ce qui nous semblerait préférable, que l'on en choisisse un moins élevé, 50" E'', t. 15, par exemple.
S"» L'alcooîature aurait pour avantage de présenter des conditions de bonne conservation ; mais cette préparation a contre elle de ne point offrir de garantie de dosage proportionnel certain entre l'alcool et la plante, celle-ci renfermant des quantités inégales d'eau de végétation (2).
k" S'il s'agit de préparer des extraits de digitale, l'alcool est un bon véhicule à employer comme dissolvant bien le
(1) C'est par cette raison que quelques auteurs ont donné la préférence à la teinture alcoolique sur les autres préparations de digitale. (Debreyne, J3u//c/m de thérapeutique, t. XXIII, p. /il2. — Voyez aussi une citation de Bidault de Villiers, Essai sur la digit., p. 3A.)
(2) Mac-Lean, médecin écossais, qui s'est beaucoup occupé de digitale, et qui desséchait lui-même celle qu'il employait, a trouvé qu'elle perdait par la dessiccation de 3/à à Zi/5 de son poids. {Dibliotlièque thérapeutique de Bayle, t. III, p. 277.)
De notre côté, nous avons desséché de belles feuilles de digitale, mondées de leurs pétioles, nullement humides k l'extérieur ; après exposition à l'air, au sortir de Tétuve, pour leur redonner de la flexibilité, nous nions trouvé qu'elles avaient. perdu près dos 5/G de leur poids.
Il faudrait donc, dans la préparation de l'alcooîature, établir le dosage proportionnel entre la digitale verte et l'alcool d'une manière indirecte et d'après un poids déterminé de la même plante séchée.
principe actif. Celui à 80, ou mieux à 90, nous semble préférable à celui à 56 recommandé par le Codex, par la double raison que, dissolvant aussi bieii la matière amère, il se cliaj-ge d'une quantité un peu moindre de principes inertes : et, chose bien plus importante, la vaporisation du liquide est alors bien plus facile : elle a lieu plus promptement et nécessite une température moins élevée. Il suffit de dix fois le poids de la poudre pour épuiser celle-ci par la méthode de déplacement ; et môme si l'on en emploie moins, l'extrait ne peut qu'y gagner, les premières portions écoulées étant, à l'inverse du traitement par l'eau, proportionnellement plus riches en digitaline que les dernières.
5" En fait de préparation d'extrait, l'éther, surtout s'il est faible en degré, comme 50 B'^', constituerait un bon véhicule à employer, mais à la condition d'en faire passer de grandes masses et très lentement sur la poudre, 50 à 60 fois le poids par exemple. On finirait ainsi par enlèvera celle-ci tout ce qu'elle renferme do matière amère, conjointement avec la chlorophylle, que l'on pourrait à volonté éliminer ensuite au moyen de l'alcool à 50, de manière à ne conserver que la matièi^e jaunâtre amère, laquelle, 'obtenue dans ces conditions, constituerait un extrait de digitale des plus énergiques.
6° On pourrait, au moyen du chloroforme, mais avec une bien moindre quantité (10 fois le poids), et en suivant la même marche que pour l'éther, obtenir un produit encore plus actif.
Ces deux extraits ou matières jaunâtres amères (obtenues par l'éther ou le chloroforme) auraient assurément offert un très grand intérêt thérapeutique, et constitueraient une heureuse innovation s'ils ne se trouvaient en présence de la digitaline.
7° L'eau constitue, après l'alcool et îe c'iloroforme, un facile dissolvantdu principe actif de la digitale. Cependant il en faut beaucoup plus pour épuiser cette plante de toute la
MÉMOIRE SUR LA DIGITALINE. — l" FAUT. , § III. 107
digitaline qu'elle renferme, et l'on ne peut guère compter y parvenir à moins de 30 ou AO fois le poids de la poudre ; l'opération est plus difficile à conduire par déplacement; mais ce qui constitue surtout l'infériorité de ce véhicule, comparé aux précédents, lorsqu'il s'agit d'obtenir un extrait, c'est la température plus élevée que nécessite son évaporisation.Or, la chaleur est au nombre des choses que redoutent le pi us les préparations pharmaceutiques de digitale.
Si l'on doit préparer une infusion de digitale, pour tisane, potion, lavement, etc. , on devra employer la plante en poudre et faire infuser celle-ci pendant une demi-heure en agitant deux ou trois fois.
Choix entre les préparations pharmaceutiques de digitale.
En résumé, nous rejetons l'extrait aqueux, et même celui par l'alcool, comme offrant trop de chances d'altération pendant leur évaporation.
La teinture élhérée étant toujours, quoiqu'on fasse, et indépendamment de ses chances de variations décomposition suivant le degré de l'éther, proportionnellement assez peu chargée de principe actif, nous ne voyons pas de raisons pour l'admettre.
Restent alors la teinture, l'alcoolature et la poudre. A l'exemple de la plupart des auteurs, nous croyons qu'on doit donner la préférence à la dernière, bien qu'elle n'offre pas les chances de bonne conservation des teintures ou des alcoclatures ; mais elle a pour elle un avantage très grand lorsqu'on se place au point de vue de la pratique générale, c'est que chacun est sans cesse à même d'en vérifier la qualité, dans la limite des moyens que l'on possède pour apprécier celle-ci ; tandis qu'avec la teinture on n'a de garantie qu'autant que le préparateur est vigilant et soigneux; et l'on n'en a aucune si elle provient d'une source inconnue.
La poudre de digitale étant ainsi considérée, noi) seule-
ment par nous, mais par la grande majorité des thérapeutistes et des pliarmacologistes comme la meilleure des préparations pharmaceutiques de cette plante, il nous reste à la mettre en comparaison avec la digitaline, au point de vue de la fixité comme agent thérapeutique: ce sera l'objet du § IV.
CJ - S3 00
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