PARTIE CHIMIQUE ET PHARIttiSiCELTlQUE
§ I. — DIGITALINE.
Extraction. — Purification. — Propriétés. —Essai. — Forme sous laquelle il convient de l'administrer.
A. — iExtraction de la digitaline.
L'an de nous a fait connaître antérieurement (1) le procédé qui nous a permis d'isoler la digitaline; nous le rappellerons ici en quelques lignes.
On traite par l'eau et par déplacement la poudre de feuilles de digitale pourprée [Digitalispurpurea, L.) . On précipite le liquide par le sous-acétate de plomb, qui entraîne une grande quantité des corps étrangers à la digitaline. L'excès de plomb resté en solution dans le liquide est séparé par un mélange de carbonate et de pbospiiate de soude; la cliaux est éliminée par l'oxalale d'ammoniaque. On ajoute dans le liquide filtré une solution de tannin. Le précipité étant recueilli sur un filtre, on y mêle de la litliarge, destinée à absorber le tannin, et l'on porteàl'étuve.
(1) Journ, de -pharm. et de cliim., t. VII, p. 57 (18/i5); Rdpert. de Tpliarm., 1. 1, p. 193; Ann. de thérap. de M. Bouchardat, 18Zi5, p. 69.
Le produit, bien séché, est pulvérisé et traité par l'alcool à 90" c^, qui dissout la digitaline, et en même temps quelques autres principes. On distille, puis on dessèche le résidu. On le traite par l'éther ù^cs concentré^ qui ne dissout presque pas de digitaline, et enlève des matières étrangères au nombre desquelles se trouve la digitalose {voy. § II). La partie non dissoute constitue la digitaline.
Au lieu de se servir de litharge, comme nous venons de le dire, pour décomposer le tannate de digitaline et absorber le tannin, on peut employer au même usage diverses autres substances, telles que l'oxyde noir de fer, le protocarbonate de ce métal, le carbonate de zinc, le fer réduit par l'hydrogène, le noir animal, etc. Tous ces procédés, plus ou moins curieux ou importants au point de vue scientifique et analytique , nous ont paru jusqu'ici sans utilité pour la pratique: ils nous ont fourni des produits incomparablement moins beaux que celui obtenu en suivant la méthode que nous venons d'indiquer.
Racine et semences de digitale ; plante fraîche ; extrait aqueux ; essai d'extraction de la digitaline.
Nous citerons succinctement quelques essais tentés pour extraire la digitaline :
1° De l'extrait aqueux de digitale ;
2° Du suc de la plante fraîche ;
3° De la racine ;
h" Des semences.
1° Extrait aqueux. — \]ne. opération faite sur 250 grammes d'extrait aqueux de feuilles de digitale pourprée, préparé avec soin , repris successivement par l'alcool et par l'eau, puis traité par le procédé que nous venons d'indiquer, ne fournit qu'une très petite proportion de principe amer, coloré, incomplètement sec.
Un deuxième essai sur plusieurs kilogrammes d'extrait îîous permit d'en retirer la digitaline , mais avec une perte considérable sur la quantité relative obtenue.
2° Suc de digitale fraîche. — Une opération faite en 1842, sur deux litres de suc de digitale fraîche , en suivant de point en point le procédé opératoire indiqué, nous donna un beau produit, mais dont la quantité n'atteignait pas 0,50.
3° Racine de digitale. — 600 grammes de racine de digitale sèche et concassée ayant été épuisés par l'alcool à 80° c , la teinture obtenue , décolorée par le charbon , évaporée aux deux tiers, puis agitée avec 20 grammes de chloroforme, lui abandonna le principe amer sous forme d'un extrait jaunâtre résinoïde, non déhquescent, mais restant mou, du poids de 0,60, et n'offrant qu'une amertume de 5 (voy. plus loin, pour la signification de ce dernier chiffre, l'art, intitulé : Essai de la digitaline).
h" Semences de digitale. — 100 grammes de semences de digitale bien sèches, et séparées avec soin de toutes substances étrangères, ont été traités par l'éthersulfurique.
Le liquide, abandonné à l'évaporation spontanée, a laissé surnager une huile ûxe], que l'on a séparée des eaux mères.
Cette huile, da poids de 5 ou 6 grammes , est jaune citron clair, sans amertume.
Les semences ont ensuite été traitées par 300 grammes d'alcool à 90" c^, employé en trois fois.
On a réuni à ce liquide les eaux mères laissées par l'étlier, et l'on a abandonné le tout à l'air pour évaporer. Il s'est séparé un peu de matière grasse résinoïde , surnageante, que l'on a isolée.
Le résidu de l'évaporation, agité avec du chloroforme, lui a abandonné une matière amère qui, par l'évaporation de celui-ci, s'est présentée sous l'apparence d'une substance légèrement jaunâtre, de la consistance d'une résine molle, douée d'une amertume de 5 ; son poids était de 0,60.
"Voici ce qui ressort de ces expériences :
1° L'extrait aqueux de digitale, le suc de cette plante fraîche, n'offrent aucun avantage pour l'extraction de la
digitaline ; au contraire, ces produits sont inférieurs, sous œ rapport, aux feuilles de la plante sèche.
2" Les racines n'ont donné qu'une faible proportion de digitaline.
S° Semences. Celles-ci n'ont pas fourni une proportion de digitaline telle, que pour cette raison, on doive leur accorder la préférence dans les usages thérapeutiques.
II ne saurait y avoir avantage à les utiliser pour l'extraction de la digitaline, à cause de leur faible proportion, de leur volume exigu, et de la difticulté de les récolter.
Analyse des semences, du calice et des capsules de digitale, par M. Buchner (1).
Les faits qui ressortent du travail de ce chimiste scrnt :
Que les semences de digitale contiennent plus de digitaline que les feuilles.
Ce principe s'y trouve conjointement avec une huile et une résine : le tout est soluble dans l'éther et peut être extrait au moyen de ce liquide. On obtient ainsi environ 40 pour 100 du poids de la graine, du produit complexe huileux.
Les capsulas et le calice sont bien moins riches en digitaliite.
Diffitale jaune [D. lutea, Linné ; D. parviflora, Lamarck).
La digitaline a aussi été extraite, d'une autre espèce, la digitale jaune, par M. Kosmann (2), en suivant le procédé que nous avons indiqué au commencement de ce paragraphe. D'après l'auteur, cette digitale ne renfermerait pas de digitalin (principe dont il sera parlé au § II).
(1) Buchner, Journ. de pharm. ci de chim., t. XXI (1852), p. Zi32.
(2) KosMANîC, Journ. des conn. méd., 1" série, t. XIII, p. 67 (18i5), cl Revue scientifique, 2' série, t. IX, p. 123 (1846).
MÉMOIRE SUR LA DfGITALlNE. — - T* PART., § I. 21
13, — Purisicaticia de la digitaline.
La digitaline, avons-nous vu, est peu solubJe dans l'éther concentré; mais si ce liquide contient de l'alcool, même en faible quantité , son action dissolvante augmente dans une proportion très grande. Cette circonstance, mise à profit, nous a permis d'obtenir ce principe dans un plus grand état de pureté, et de mieux en connaître les propriétés. Voici comment nous opérons :
La digitaline ayant été obtenue suivant le procédé que nous avons décrit, au lieu d'être mise en contact avec l'éther concentré, est traitée parlemêmeliquide ramené au moyen d'un peu d'alcool (1/10^ environ) à une densité de 0,780(50° B^ t. 15). Cet élher affaibli dissout non seulement la digitalose , mais , en outre , une forte proportion de digitaline, et laisse indissoute une autre matière (le digitalin).
On répèle plusieurs fois ce traitement, de manière à laisser le moins possible de digitaline dans le résidu indissous.
Les solutions éthériques réunies sont distillées ; le résidu, réduit en bouillie, est repris par l'alcool à 60°, bouillant, qui dissout avec facilité la digitaline, n'enlève que de petites quantités de digitalose, et laisse un résidu composé surtout de cette dernière. La solution alcoolique , abandonnée à une douce évaporation , se trouble et laisse peu à peu former un dépôt pulvérulent , qui ne tarde pas à se convertir en une masse d'aspect résinoïde : c'est la digitaline.
Ces traitements par l'éther alcoolisé, et ensuite par l'alcool à 60", ont donc pour effet : 1° de séparer le digitalin mêlé à quelques matières extractives, primitivement retenues par la masse ; 2" d'éliminer la digitalose qui reste pareillement sans se dissoudre.
Si l'on soumet une seconde fois la digitaline au double traitement que nous venons de décrire, on élimine encore
une petite quantité des deux principes ci-dessus; mais il est difficile qu'elle en soit bien complètement exempte, tant est grande l'opiniâtreté avec laquelle elle retient les dernières traces de ces deux corps. Nous devons avertir, d'ailleurs, que cette purification ne se fait pas sans entraîner une assez grande perte de produit.
La digitaline, ainsi débarrassée du digitalin et de la digitalose, diffère sensiblement par l'aspect de celle que l'un de nous avait décrite antérieurement (travail cité) , différence qui provient surtout de l'élimination plus parfaite du digitalin, principe blanc et pulvérulent qui communiquait en partie ses propriétés physiques à la digitaline primitivement obtenue, et la rendait blanchâtre; tandis que, mieux purifiée , elle offre une teinte jaunâtre pâle.
Nous avons fait de nombreuses tentatives pour faire cristalliser cette digitaline plus pure; et, cependant, nous n'avons pu arriver à une conclusion bien précise à ce sujet. Par exemple, lorsqu'on dissout ce produit dans l'alcool à 90° , et qu'on place la solution dans les conditions les plus favorables à la cristallisation, on observe souvent dons le résidu des rudiments de cristaux au microscope ; mais ces cristaux imparfaits appartiennent-ils bien réellement à la digitaline elle-même, ou bien sont-ils dus à une dernière trace de digitalose? Nous ne pouvons nous prononcer sur la question ; seulement nous ferons remarquer que la digitaline perd d'autant plus de sa tendance à cristalliser qu'elle est mieux purifiée, et cela en apportant le plus grand soin à éviter toute altération du produit.
La forme que revêt de prédilection la digitaline pure, et que l'on retrouve le plus constamment dans les solutés alcooliques ou éthériques , est celle de globules. L'une de ces solutions, en effet , est-elle exposée à l'air, bientôt le liquide devenant pliis aqueux , par suite de l'évaporation spontanée, on le voit se troubler. Si on l'examine alors au microscope , on aper^it une multitude de globules , de diamètre variable , et qui ont souvent une grande resspm-
MÉMOIUE SUR LA DIGITALINE. — I" PART., § I. 23
blance pour l'aspect et le volume avec ceux du lait. Ces globules ne tardent pas à se réunir et à s'attacher au fond du vase , sous forme de grains ou de masses d'aspect résineux.