‹ Mémoire sur la digitaline et la digitaleChapitre 8 sur 41 · HH 5 2 5 'S · texte numérisé non relu

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§ IV. — COMPARAISON ENTRE LA DIGITALE ET LA DIGITALINE AU POINT DE VUE DE LA FIXITÉ DE COMPOSITION.

La question capitale, celle qui domine tout dans l'histoire de la digitaline, est celle-ci :

Ce principe offre~t-il sur la digitale un avantage marqué? Doit-il lui être préféré pour l'usage médical?

La solution de cette double question comporte deux ordres de recherches :

Il raut comparer, d'une part, les deux agents au point de vue de l'identité et de la durée de conservation, c'està-dire de la fixité de composition : ce sont des notions du ressort delà pharmacie et de la chimie.

D'autre part, il faut les envisager quant à leur action sur l'économie à l'état normal et dans les cas de maladie, c'est-à-dire au point de vue physiologique et thérapeutique. Nous examinerons l'action de ces agents dans ces deux circonstances, '2" partie, § II, § II bis et VL

Actuellement, nous nous occuperons seulement du premier ordre de notions, savoir :

La digitaline, envisagée au point de vue de la fixité de composition, offre-t-elle plus de garantie que la meilleure des préparations de digitale, la poudre?

Nous avons exposé (§ P'] les moyens d'obtenir la digitaline dans un état d'identité approprié aux besoins de la thérapeutique. Voyons ce qui est relatif à la digitale sous ce rapport.

Les personnes appelées à apprécier journellement les qualités des plantes médicinales savent combien de circonstances peuvent faire varier ces qualités : climat, sol, saison, âge de la plante, mode de dessiccation, de conservation, etc. On préfère celle qui croît sous un climat chaud, dans des terrains sablonneux, élevés, découverts, et par conséquent exposés au soleil, à celle qui provient des pays froids, des lieux bas, humides et ombragés. Les feuilles produites par

MÉMOIUE SUR LA DIGITALINE. — 1" PART. , § IV. 111

la plante la seconde année de son existence (elle est bisannuelle) sont préférables ^ celle de la première (Houlton, Hépert. de pliarmacie^ t. I, p. 111; Soubeiran, Traité de pharmacie, 3» édit., t. I, p. 603). La variété à tleurs pourpres l'emporterait sur celle à fleurs blanches; les feuilles du haut de la tige sur celles du bas (Mérat et Delens, Dict. de mat. méd., t. II, p. 6i0). Les uns disent qu'il faut récolter ces feuilles au moment de lu iloraison (les mêmes, ib.; Bidauldt de Villiers, p. 32) ; d'autres préfèrent les couper à l'époque où la tige commence à s'élever (Soubeiran, ib.). Presque tous les auteurs s'accordent à proscrire la digitale cultivée; quelques uns cependant l'ont trouvée aussi efficace (voy l'alinéa ci-après). Que d'éléments d'incertitude quand il s'agit d'une plante aussi active que la digitale !

Parmi les observateurs qui ont reconnu et signalé ces inconvénients, nous citerons Mac-Lean, médecin à Sudbury, qui a longuement expérimenté la digitale, et a présenté deux cents cas d'observations thérapeutiques à ce sujet. Voici comment il s'exprime : « îl est de la plus grande importance d'avoir une préparation uniforme, qui possède toutes les vertus de la digitale sans s'altérer en aucun temps, et de pouvoir se la procurer en toutes saisons ; car alors les praticiens feront leurs expériences sur un seul et même remède, ce qui ne se fait pas maintenant. »

L'auteur, pour remédier, autant qu'il était en lui, à cet inconvénient, prend le parti de cultiver la plante dans son jardin (1) ; il récolte lui-même et fait sécher les feuilles, les

(1) Ce fait (l'une digitale cultivée, et qui était cepeiulant très active, prouve que la culture, si elle diminue les propriétés de la plante, est loin de les lui faire perdre entièrement. Hamilton dit même qu'il n'a pas vu de différence d'action entre les feuilles cultivées et non cultivées (Mf.rat etDELE.xs, Dict. de mal. viéd., t. II, p. 640). C'est peut-être aller trop loin, et nous pensons, pour notre compte, que la digitale de ccrluines coulrées est préférable à celle qu'eu cultive.

conserve aux environs du feu delà cuisine, dans des sacs de papier gris, et les renouvelle chaque année.

Ailleurs il dit : « Lorsque je veux m'en servir (de la digitale ainsi récoltée), je n'en fais pulvériser que ce qui m'est nécessaire pour le besoin du moment, parce que la poudre trop longtemps exposée à l'air devient inerte. J'insiste particulièrement sur ces précautions, dit-il encore, parce que peu de végétaux demandent plus de soins pour les préparer, et parce que je sais que le remède a souvent échoué faute, de ces attentions, et c'est ce qui a empêché jusqu'ici que son usage ne devînt général. J'avais déjà abandonné cette plante mal préparée comme inutile ; mais aujourd'hui je n'hésite pas à dire que c'est un des articles les plus précieux de la matière médicale (1). »

Une remarque qui nous paraît se rapporter aux variations de qualité de la poudre de digitale est celle-ci: M. Sandras, l'un des observateurs qui ait étudié avec le plus de soin l'action delà digitale et plus tard celle de la digitaline, a publié sur la première un travail dont les observations avaient été prises par lui dans le service de M. Bally en 1827, 1828 et 1830. L'auteur, après avoir fait observer que les malades ont pu supporter des doses très diverses de poudre de digitale, fait cette remarque : « Les fortes doses ont été données en 1827 seulement; en 1828 et surtout en 1830, nous voyons survenir des accidents à des doses très faibles (2). » Or, nous nous sommes enquis auprès de M. Sandras de la source de la digitale qu'il avait employée. Elle lui avait été fournie par les hôpitaux, lesquels avaient immanquablement renouvelé plusieurs fois leur provision de poudre pendant la période des quatre années dont il s'agit. Nous regardons dès lors comme probable que cette particularité des observations de M. Sandras doit être attribuée à ce que la poudre de digitale mise à sa disposition

(i) MacLein, citation de Biiyle, Bibl. ihcrap., t. III, p. 274 et 276. (2) Bibl. iliérap. de Eajle, t. III, p. 337, et Bull, de tlxérajj., t, V, p. 171, (Voyez une analyse de ce travail, 2" partie, § I, div. A.)

en 1827, était de qualité médiocre, tandis que celle de 1828 et surtout celle de 1830 se seront trouvées de qualité supérieure. Du moins nôtre expérience nous fait regarder comme très rationnelle cette explication de l'anomalie observée.

Ces considérations seraient certes bien suffisantes pour faire donner la préférence à la digitaline, qui peut offrir de tout autres garanties d'identité et de bonne conservation que la poudre de digitale, même en supposant celle-ci préparée avec les soins minutieux qu'y apportait Mac-Lean. Toutefois, nous n'avons pas cru inutile de fournir de nouvelles preuves à l'appui de cette allégation. D'ailleurs des expériences valent toujours mieux que des inductions, et celles qui vont suivre viennent confirmer les résultats déjà observés.

Voulant donc essayer d'apprécier les variations de qualité que peuvent offrir les différentes digitales, nous avons cru devoir remonter à la principale source d'approvisionnement, et nous nous sommes adressés au commerce de l'herboristerie en gros appelé à la fourniture de Paris et d'une grande partie de la France. Nous avons prélevé sur la digitale qui s'y trouvait sept échantillons représentant à peu près toute la digitale existant alors sur la place de Paris (18Zi7).

Les plus beaux de ces échantillons ont été mondés avec soin non seulement des plantes étrangères qui s'y trouvaient mêlées accidentellement, mais aussi des feuilles ternies et des pétioles. Les plus vilaines ont été laissées telles quelles, de manière à représenter les meilleures comme les plus mauvaises digitales possibles.

Ces divers échantillons, parfaitement desséchés, ont été pulvérisés et passés à un tamis de soie fin, de manière à retirer de 1/3 à Zi/5" de poudre. Pour la plus belle seulement (qui avait été mondée avec beaucoup de soin), on a retiré 6/7" de première poudre; le 1/7* restant a continué d'être pulvérisé et tamisé pour être conservé à part.

lU ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.

Ces échantillons de poudre ont été distingués par les premières lettres de l'alphabet :

A désignant les 6/7''' de première poudre ci-dessus.

B, le l/7« de dernière poudre de la même digitale.

C, D, E, F, G, H, représentant les autres poudres obtenues chacune d'une digitale différente.

Ces poudres ainsi disposées, nous les avons d'abord soumises aux moyens proposés jusqu'ici pour apprécier la qualité de la digitale.

1° Classement d'après Vintensité de la couleur verte.

Les différences de coloration, ne portant que sur des nuances, n'étaient bien tranchées que pour les extrêmes, et nous avons dû, dans le classement de nos échantillons, nous borner à en faire quatre classes, rangeant cependant dans chacune de celles-ci ceux qui nous semblaient les plus verts les premiers.

1" classe. — Digitale A. — Bien supérieure aux autres par sa belle nuance verte et son odeur.

2« classe. — H, G, F, E.

3* classe. — B (résidu de la digitale A) et G.

h^ classe. — D.

2° Classement d'après le procédé Falken.

Ce moyen consiste à verser dans un infusé de digitale de la solution de cyanure ferroso-potassique, et à juger d'après le trouble qui se produit dans le liquide de la qualité de la digitale (1).

3 gr. de chacun des huit échantillons de poudre ayant été infusés pendant une heure dans 30 gr. d'eau bouillante, le liquide a été passé et filtré. A 5 gr. de chacune de ces infusions, on a ajouté 30 gouttes de solution de cyanure ferroso-potassique au 1/10".

(d) Falken, Ann. de tltérop, de M, Bouchardat, 18/i3, p. lOi.

Le classement a été opéré au bout de viugt-quatre heures, d'après l'abondance du précipité et la promptitude plus ou moins grande avec laquelle celui-ci s'était formé. Mais ici encore il a été impossible de faire ce classement par unités, les différences entre plusieurs échantillons étant à peine appréciables ; et nous avons dfi établir des catégories dès lors séparées par des différences marquées.

l'« classe. — A, B, E, F, G, H, ex œquo.

2« classe. — G.

3* classe. — D,

S" Classement d'après le dépôt formé spontanément dans Vinfusé aqueux de digitale.

Mode opératoire suivi. — 6 gr. de chacune des poudres de digitale ont été infusés dans 30 gr. d'eau bouillante, l'infusion exprimée et versée sur des filtres.

On a opéré le classement quatre heures après, en prenant en considération la promptitude avec laquelle le liquide s'est troublé et l'abondance du dépôt, et l'on a formé ainsi trois classes.

1" classe. — A, B.

2' classe.— G, E, F, G.

3' classe. — H, D.

Si nous comparons maintenant les résultats fournis par chacun de ces trois modes d'appréciation de la digitale, nous trouvons que :

Les trois essais concordent parfaitement sur deux points. Une des digitales est toujours placée en première ligne : c'est la digitale A. Une autre se trouve toujours la dernière : c'est la digitale D.

Quant aux six échantillons intermédiaires, il n'y a plus la moindre concordance entre les résultats fournis par chaque procédé. Ainsi, par exemple, nous trouvons l'échantillon H classé le deuxième d'après la couleur, tandis

116 i 'A'ROlftVES DK ÏTfVâlOLOfiflî''^' 'BtmiOîMV

qu'il est le sixième et le sqîtièrae fixrh i^i\ï(céàéVé\kù,n cL par raboiidance du dépôt spoiilauév ' 'mj.!».! nli; I -«Vi(i.,'l. ^' 'On \o\î que ces différents raodes d'essai, perraotUint à la rigueur de distinguer une très bonne digitale d'une très mauvaise, ne sont nullement propres à luire apprécier comparativement les digitales de qualité moyenne, mais variable, que fournit habituellement le commerce, et pèchent d'ailleurs toutes par un jncme point, le défaut de caractère absolu auquel on puisse reconnaître une ^ bonne digitale. Ainsi, quelle sera la quantité de dépôt que devra fournir une digitale parle procédé Falken ou par !e simple repos, pour être réputée bonne? Dans les expériences précédentes, il y adé grandes différences de qualité entre les digitales examinées; mais auCun des modes d'essai ne permet de mesurer l'étendue de cette différence.

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Essai d'appréciation de la qualité db la digitale, d'aphès ! "," 'l'action pliy&iologiqueL^ ;>i i/i kju j. n.j ,'i;l oùv/i ;/iiiiJij<pii()-!(j lil iu)\Ui'ihin?.aO!i nu iiiHr-

■-"On sait que l'uïi des éffelë les plus msirqtié^ delà digitale administrée à haute dose est le vomissement ; ônsàit, d'autre part, avec quelle facilité les chiens vomissent dès qu'une cause quelconque vient sollicite'^ leur estomac h se débarrasser de son contenu. Or ne pouv'iiit-il pas arriver (tfiie Cet effet se produisît sous l'influencé de la plante avec q\iëlque régularité, et que nous trouvassions dans cette propriété une sorte de réactif physiologique qui permît d'apprécier les différentes qualités dé digitale ? • ■ Conformément à ces vues, nous nous sommes procuré iiii' chien de moyenne taille, bieii portant, du poids de 7 Idlogr. 500 gr. Après l'avoir habitué à un régime alitàetttaire très régulier (un repas lé matin à huit heures, un ëèoond à cinq heures, composés chacun de la même nature et du thème poids d'alinients), nous avons 'Comm,encé par îiiî'afeinis{t'ëi*lWdi^italine'p9lrt*ttô\iSiiburùii'itini «terme de

MÉMOIRE ISUII LA; DI61TlfcINl5%({-r'.;m îPAaT. , § IV. ît?

comparaison. (Il s'agit du chien appelé Digitalin, âoTHlàh sera plus longuement parlé 2* partie, § II. ) . ; n ■ ■>

1" Expérience. — Administration de la digitaline. — - €hacun des trois premiers jours, vers midi, on l'ait ava- Leb au; cliién deux granules de digitalihe'lde '1 imilligfjj^ le quatrième et le cinquième jour, on a élevé la dose à 3 miliigr.; le sixième et le septième à ^i. milligr.; et enfin le huitième jour on a donné 5 milligr. Ce même jour, une heure et demie après l'ingestion des cinq granules, un vomissement eut lieu. Le chien avait pris en tout vingtcinq granules. Pour ne pas le fatiguer,. on cessa l'emploi du médicament. Dès le lendemain, l'animal mangeait- avec son appétit ordinaire et ne paraissait pas du tout malade.

2* Expérience {Digitcde D). — ' Après trois jours ide repos, on procède à l'expérimentation d'une des poudres de digitalev,réchantillon D. ii

On administre au chien, çjiacun des. trois premiers jours, deux pilules de 10 ccntigr.; les quatrième et. cinquième jeurs, troi^ pilules ;,leis, sixième et septième jours, quatre pilules; et le huitième, cinq pilules. Le même jour, deux heures après l'ingestion de ces cinq pilules, survient un vomissement blanchâtre visqueux. L'animal avaitpris,2 gr.. 50 centigr, de, digitale, ,i,.j

Z° Expérience [Digitale F). — Après sept; jours, de repos, on commence la troisième expérimentation avec cette digitale, en procédant exactement de la même manière. Le vomissement â .heu le septième jour, c'est-à-dire le deuxième jour que l'animal prenait quatre pilules, Il avait donc pris en tout 2 grammes de digitale.

• h^ Expérience [Digitale A).— Après cinq jours de rejD^o^, on administre cette digitale. Le vomissement a lieu le cinquième! jour, e'est-à-dire lorsque le chien n'avait pris

en tout que 1 gr. 20 centigr. de digitale. On lui laisse cinq jours de repos, et l'on procède à l'expérimentation suivante.

5' Expérience [Digitale B ou rendu de la digitale A.) — Même mode d'administration. Vomissement le soir du septième jour, exactement comme avec l'échantillon de la digitale F, c'est-à-dire après avoir pris 2 gr. de poudre.

Résultat des cinq expériences.

Quanlilô de produit employée

pour urriver

aux. vomissements.

Digitaline i25 milligr.

Digitale A Igr. 20 centigr.

Digitale F, B 2 00

Digilale D 2 50

Il ressort de cette série d'expérimentations :

1° Que la digitale D, classée la dernière par les autres procédés, s'est montrée cent fois moins active que la digitaline;

i; 2° Que la digitale A (de qualité supérieure et exceptionnelle) a paru moitié plus active que la précédente, et par conséquent cinquante fois moins que le principe pur.

o° Enfin, que les digitales B et F, comparées à la digitale A, sont pour l'énergie comme 6 est à 10 , ou, en d'autres termes, que 6 gr. de digitale A représentent 10 gr. de l'une des deux autres.

Doit-on accorder une valeur absolue aux chiffres fournis par ces expérimentations, qui donneraient ainsi la mesure du degré d'activité de chaque digitale? Il faut assurément tenir compte des causes de variation inhérentes à l'organisation vivante; toutefois nous ne croyons pas ces résultats très éloignés de la vérité.

Deux choses nous ont cependant surpris : c'est d'abord que la digitale A ne se soit montrée que cinquante fois moins active que la digitaline; en second lieu, que la digi-

taie D, c'est-à-dire la qualité la plus inférieure, n'ait pas paru plus de cent fois moins énergique.

L'expérimentation thérapeutique dénote, en effet, dans la digitaline une énergie centuple de celle delà digitaleen poudre de qualité moyenne, tandis que les expériences précédentes ne signaleraient qu'une proportion moyenne de 75 à 1 .

Quant à l'action sur les battements du cœur, une observation préalable longtemps continuée nous'avait fait constater dételles variations sous ce rapport dans l'état normal chez notre chien, que nous ne devions attendre à cet égard aucun renseignement certain, et elles n'ont pas été notées pendant notre expérimentation. Du reste, par des raisons qu'il serait trop long de développer ici, ce mode d'action (sur la circulation) ne pourrait, dans aucun cas, servir à mesurer expérimentalement la qualité d'une digitale (1).

Pour ce qui est de l'action diurétique, n'ayant pas de moyen de recueillir la totalité des urines de ce chien, nous ne pouvions apprécier au juste la quantité rendue ;et, d'un autre côté, le nombre d'émissions, d'ailleurs impossible à constater sûrement, ne pouvait servir seul de base à mie expérimentation. Nous ne nous sommes donc pas non plus préoccupés de ce mode d'action de la digitaline. Rien d'ailleurs n'a été de nature à nous faire soupçonner qu'il y eût augmentation de sécrétion rénale pendant l'administration de la plante ou de son principe actif.

(1) Il eût élé très utile de doser par l'analyse chimique la quantité de digitaline contenue dans les divers échantillons de digitale dont il s'agit; mais si l'on se rappelle (v. § L que l'extraction de ce principe actif est fort difficile en petit, et ne réussit bien qu'en grand, et que même alors elle ne se fait pas sans une grande perte de produits, on comprendra pourquoi nous n'avons pas eu recours ici à ce moyen d'apprécier la qualité de la plante, moyen qui n'aurait pu nous conduire qu'à des résultats tout à fait incertains.

Influence du mode de pulvérisation sur la qualité de la poudre de digitale ^ extraits de première et dernière poudre.

Le mode de préparation de la poudre de digitale peutil faire varier la qualité de celle-ci?

On sait que pour un certain nombre de substances, on recommande en pbarmacie de rejeter, tantôt la première, et plus souvent la dernière poudre. Doit-il en être ainsi pour la digitale ; ou bien faut-il pulvériser ces feuilles sans résidu ?

M. Bidauldt deVilliers dit de rejeter les parties fibreuses de la poudre {pnv. nif., p. 34).

M. Soubeiran se prononce pour la pulvérisation sans résidu (1). Nous avons répété l'expérience sur laquelle il se fonde, mais en la poussant plus loin.

Nous avons pris les échantillons de poudre A et B, lesquels provenaient, avons-nous dit, d'une même digitale de belle qualité, mondée avec soin de ses pétioles et des feuilles ternies, et dont on avait recueilli à part pour constituer la première poudre, les 6/7 (échantillon A) ; ne réservant pour la dernière que le 1/7 restant (échantillon B). Nous avions ainsi formé deux fractions très inégales, afin que la différence, s'il devait y en avoir, fût plus tranchée, et par là même plus facile à constater.

On a épuisé 50 grammes de chacune de ces poudres par l'alcool à 50" c'^. L'évaporation des liquides a été commencée au B.-M., et achevée à l'étuve. Les deux extraits desséchés jusqu'au point de pouvoir se réduire en poudre pesaient :

Celui de première poudre (A). .... 23,94 Celui de dernière poudre (B) 24,22

C'est-à-dire que le poids était sensiblement le même

(1) Soubeiran, Traité de pharm., t. II, p. 3, 2' édition, et t. I, p. 606, delà ."■•édir.

dans les deux cas. Mais dous avons voulu aller plus loin, et apprécier la qualité des produits.

Cinq centigrammes d'extrait A ont été dissous dans 2 grammes d'alcool à 50 et la solution étendue d'eau jusqu'à ce que le liquide ne présentât plus qu'une saveur à peine amère; nous avons employé pour cela 2 décilitres d'eau.

L'expérience comparative , disposée exactement de même avec 5 centigrammes d'extrait de la poudre B, n'a exigé pour arriver au même degré d'amertume que wi décilitre d'eau. On a remarqué de plus que la solution était moins aromatique.

Ainsi le degré d'amertume, apprécié par la méthode de dilution, et d'une manière aussi juste que le permettait la complication des saveurs aromatique et extractive, indique entre les deux extraits une différence de moitié pour la qualité ou l'activité : résultat qui concorde avec les expériences physiologiques exposées plus haut. Faisons de plus remarquer que tous les modes d'essai ont indiqué une différence entre lesjpoudres A et B.

Ces deux portions de poudre d'une même digitale différaient aussi par la quantité de sels qu'elles renfermaient. En effet, par l'incinération on a obtenu une quantité de sels fixes qui, rapportée à 100 grammes de poudre, était :

Pour récliantillon A, de 8,24

Pour réchantiJlon 15, de 9,30 (1)

Récapitulation des différences entre la 'première et la dernière poudre.

Ces deux poudres, tout en fournissant un même poids d'extrait, différaient donc par leur nature ; ces différences consistaient dans :

V La nuance de la poudre ;

2° Les résultats des essais par le procédé Falken, et celui des solutions concentrées.

(1) Nous avons indiqué {§ II, p. 70) la nature des sels fournis par l'incinération de la digitale.

3° Le degré d'amertume des extraits;

4° L'intensité de l'action physiologique ;

5° La quantité de sels fixes laissés par l'incinération.

Bien que ces différences aient en quelque sorte été portées ici à leur maximum, par suite de la faible proportion de la dernière poudre mise à part (1/7), il n'en reste pas moins établi que la poudre de cette plante n'est pas identique pendant la durée de la pulvérisation. D'où il suit que la manière dont on opère celle-ci influe sur la qualité du produit obtenu, et peut encore venir ajouter une cause d'incertitude à toutes celles qui sont déjà inhérentes à la plante elle-même, considérée comme agent thérapeutique ; et que si, pour une digitale donnée, on veut obtenir le maximum de qualité de poudre, il faut fractionner les produits et rejeter le dernier.

Quantité de résidu à rejeter, — Nous somtnes portés à admettre avec le Codex, qu'elle doit être du dernier tiers du poids de la plante, nous fondant sur cette observation qu'en fractionnant la poudre par petites portions à mesure qu'on la prépare, on remarque habituellement une augmentation dans l'intensité de la nuance verte jusqu'aux 2/3 environ ; puis qu'à partir de ce moment, il y a au contraire dégradation de teinte ; de telle sorte que la dernière poudre obtenue est la plus pâle de toutes.

Ces changements successifs dans la teinte de la poudre de digitale pendant les différentes phases de la pulvérisation indiquent une variation correspondante dans la constitution de cette poudre ; or, en admettant (chose contestable sans doute) que l'intensité de la couleur verte soit toujours en rapport direct avec la qualité, on voit par ce qui précède que si l'on fractionnait en trois la poudre retirée d'une quantité donnée de digitale, la dernière obtenue serait la plus inférieure ; viendrait ensuite la première, puis enfin la fraction du milieu offrirait le maximum de qualité.

Cette difféi'ehce entre les fractions de la poudre d'une

même digitale s'explique parfaitement, si l'on réfléchit que pendant la pulvérisation, il s'opère une sorte de départ entre les diverses parties organiques de la feuille (duvet, parenchyme, nervures) suivant leur degré de dureté : de telle sorte qu'il y a plus de duvet au commencement de l'opération, beaucoup de parenchyme au milieu, tandis que les nervures prédominent vers la fin. On s'étonnera moins que des parties organiques aussi distinctes d'un même végétal renferment des proportions dilférentes de principe actif, si l'on se rappelle que les deux moitiés d'une betterave séparée horizontalement n'offrent pas une constitution identique; la portion inférieure est plus riche en sucre que la partie supérieure (1).

Que conclure de ces diverses observations sur la variation de qualité de la digitale quant au choix à faire de cette plante? La digitale A doit-elle être prise pour type de la qualité que le pharmacien doit avoir dans son officine, ou bien, comme semblerait l'indiquer l'expérimentation physiologique, constituerait-elle une qualité exceptionnelle ?

Dans tous les cas, sera-t-il possible de se procurer plusieurs années de suite une digitale de la même énergie? A quels signes reconnaîlra-t-on son identité?

Pour nous, nous nous croyons autorisés à dire que le pharmacien ne pourra jamais répondre de l'identité de sa poudre de digitale, faute d'un type certain qui puisse lui servir de point de comparaison et de moyen sûr d'apprécier la qualité de celle-là.

Qualité de la digitale qui se trouvait sur la place de Paris eniSkl, ou observation sur la qualité de digitale consom^ ruée pour Vusoge de la médecine.

Nous avons pu, lorsque nous nous sommes procuré nos échantillons de digitale, apprécier d'une manière approximative que, sur la quantité qui existait à cette époque

(1) Gaudichaud, BoiCHAiiDAT, Répcrt. de p/iarm., t. IV, p. 16i.

124 ARCHIVES DE PHYSIOLOGIIi , ETC.

(18^1 7) sur la place de Paris, il y en avait un quart de bien desséchée, un quart do qualité moyenne, et moiliô quj était mal desséchée et manifestement mauvaise. Il est évi-s dent que cette dernière et considérable fraction n'a pas été jetée, et la digitale n'ayant qu'un usage exclusivement médical, force est bien d'admettre qu'elle a été finalement consommée par les malades.

Conservation de la digitale.

Tous les auteurs qui ont écrit sur la digitale s'accordent à dire que les feuilles de cette plante, et surtout la poudre, s'altèrent avec le temps, et recommandent de la renouveler souvent ; aussi trouve-t-on dans tous les ouvrages classiques la recommandation spéciale de préparer fréquemment cette poudre fl). • •.■

Nous pensons qu'on peut retarder beaucoup les progrès de l'altération de la digitale par le soin de soustraire celte substance h l'influence de la lumière et des variations atmosphériques et hygrométriques; toutefois il est certain qu'elle s'altérera à la longue, et que le pharmacien le plus consciencieux et le plus vigilant arrivera forcémei^t à cet inconvénient de remplacer, à un moment donné, un médicament dont l'efficacité est affaiblie par un médicament nouvellement récolté et jouissant du maximum de sespro-^ priétés. '

On voit donc que, outre les causes d'incertitude provenant du choix de la digitale et de son mode de pulvérisation, la conservation peut encore amener de nouvelles variations dans sa qualité (2).

(1) Voyez enU'C autres : Mérat et Delens, Dict. de mat. méd., l. II, p. 640; BAUBiEii, Traité de mal. méd., 1820, t. III, p. 354; Rich4,iio, Dict. de méd., en 21 vol., t. VII, p. 56 à 04 ; Bouillaiid, Dict. de méd. et da chir. -prat., t. VI, p. 302; Soubeiran, Traité de jiharm., ?)' érfit., t. I, p. 606 ; BoncHARDAT, Manuel de mat, méd, et de thévap., 2*édil., p. 338.

(2) €e que nous (lisons ici des mille voriations qu'éprouve la digilbie

MÉMOlKEiSUR LA DIGITALINE. — F* PART., § IV. 125

1 j; Essayons maintenant, pour mieux juger qui doit remporter de la poudre de digitale ou de la digitaline, quant .«U'.idegré'detixité, à la i'acilité du dosage et de l'adminis-

dans sa con^èîtùlioh, est sans doute applicable, à des degrés divers, à tous les végétaux, et conslilue une loi générale de la nature. Seulement l'esprit n'a roccasiou de se fixer sur ces causes d'incertitude qu'autant que les produits qui en sont l'objet revêtent de l'iraporlance par l'étendue de leur 'trâagé, et que les moyens d'investigation fournis par la science se per- ■'fèfctîàritîiéiit.'"^

'*'' Âibéiysàïi's pirl^er des variations de qualité bien connues des substances alimentaires, de celles qui servent à des exploitations industrielles (garances, semences oléagineuses, etc.), et pour prendre nos exemples dans le domaine de la matière médicale, on ?ait qu'il y a tel quinquina ^ui, malgré une belle apparence, ne renferme que peu de quinine, et que ces productions végétales offrent une si perpétuelle variation dans leur Yîchesse (1), que les commerçants en gros, et surtout les fabricants de Calfate de quinine, en sont venus à ne plus acheter ces écorccs qu'après en avoir fait analyser un échantillon, et le prix est alors établi proportionnellement à la quantité d'alcaloïde constatée. Il est des quinquinas si pauvres en alcaloïdes, qu'ils ne valent pas la peine d'être traités pour l'extraction de la quinine (2).

L'opium oflre un autre exemple remarquable de variations de qualité, 'tu effet, là Quantité d'alcaloïde qu'il renferme a été estimée comme va- 'Vîaijt dt! 2-à 6 [iôur 100, par M. Chevallier (3) ; de 2 à 15 pour 100, par M^;Grandvati(a)'; de 1 à 10 pour 100, par M. de Vry (5) ; enfin M. Huraut-Moutillard, ayant eu à examiner un opium qui présentait les caractères d'un produit de belle et bonne qualité, n'y trouva cependant que 3 pour 100 de morphine (6) (le bon opium doit en fournir environ 10. pour 100). ,11 est vrai que le mode de préparation, les falsifications, ^ntreut quelquefois pour beaucoup dans les causes de variation de qualité de l'opium ; mais il est incontestable que le climat, le terrain, le moment de la récolte , etc., apportent des différences très grandes dans la composition de ce produit.

''• '(4)' Voyez, éliirc autres, le mémoire sur les Quint/uinns, de MM. Dclondre et .BQUcliardiit, Bépert. de phiirm., t. IX, p. 189 et suiv. "'' (-2) CotoQCEï et SciIAEUFÈLE, Recherches- sur In quinidine, p. 2i. g Vovez aussi QssiAN IIekry fils, Joarn. de pharni. et de chini., t. XXIV, p. 404,

.„-lô) CHEVAtLiER, Joum. des cnnn. tne'd., deuxième série, l. IIJ, p. 103, et Joiirn. (le plinrin. et de chirn^ t. XVII, p. 25. tl'('i,) GbAtîDA'AL, Journ. des conn. i.iéd.. deuxième se'rie, t. V, p. 07.

(iJj De \ry, Jouni. de pharm. et de chim., t. VII, p. 439.

{yipViVîi:i^È\iJoiirn, des conn. me'd., douxiùmc série, t. V, p. 355,

Iration, de l'appréciation de la qualité, etc., de résumer sous forme de tableau, et de mettre ainsi en regard les raisons qui militent pour ou contre chacune de ces substances.

Parallèle entre la digitaline et la digitale.

DIGITALINE. DIGITALE.

Type inaltérable auquel on Impossibilité de conserver un pourra toujours rapporter toutes éclianiillon-type qui puisse inles digitalines. définiment servir de point de

comparaison.

Appréciaiion possible de la Absence de caractère positif qualité d'une digitaline donnée sur lequel on puisse compter par la mesure de l'intensité de pour apprécier les différences de son amertume, qui doit être telle qualité entre les diverses digiqu'il faille 10 litres d'eau pour taies. faire disparaître la saveur amère de 5 centigrammes de digitaline.

Énergie constante de Tagent Incertitude inévitable sur la médicamenteux. qualité, et par suite sur le degré

Dosage sûr pouvant servir de d'activité de la plante employée, base à des notions thérapeutiques positives.

Grande facilité d'administra- Administration beaucoup moins tion, en raison du très petit vo- facile, à cause de la saveur et lume. de l'odeur.

Remarque. — Sans doute si l'on prend, pour les comparer, d'une part, un pharmacien soigneux qui veillera par tous les moyens en son pouvoir à ce que sa poudre de digitale soit toujours dans les meilleures conditions possibles, et, d'autre part, un homme négligent, qui n'aura que de mauvaise digitaline (mal préparée ou falsifiée), on arrivera à conclure, avec raison, que l'avantage est en

MÉMOIRE SUR LA DIGlTALliNE. — 1" PART., § V. 127

avcur de la première. Mais on n'a jamais soutenu que de mauvaise quinine soit préférable à de bon quinquina. On a seulement dit que le pharmacien désireux de bien faire, et il y en a beaucoup, pouvait mieux répondre de la qualité de son sulfate de quinine que de celle de la poudre de quinquina.

Nous n'aurions pas songé à faire cette remarque, si plusieurs fois on ne nous avait fait des objections basées sur les ternies de comparaison fautifs que nous venons d'indiquer.

§ V. — RECHERCHE DE LA DIGITALINE MÊLÉE A DES SUBSTANCES VÉGÉTALES ET ANIMALES.

A, — B,echerche de !a digitaline znêlée aux aliments.

Lorsque les matières sur lesquelles on doit opérer sont solides, on les dessèche directement, si elles ne le sont déjà.

Lorsqu'elles sont complètement liquides, on les précipite par le tannin, comme on va le voir un peu plus bas.

Si elles sont constituées par un mélange de parties solides et liquides, on sépare, au moyen de l'expression dans un linge, les premières des dernières.

Quand les liquides sont alcalins ou acides, on les amène à l'état de neutralité avec un peu de carbonate de soude ou d'acide sulfurique, en observant de les laisser plutôt légèrement acides qu'avec excès d'alcali. Alors on ajoute de la solution concentrée de tannin, jusqu'à ce que le liquide ne se trouble plus ou à peine par une nouvelle addition. Le dépôt rassemblé au fond du vase est recueilU sur un iiltre, comprimé dans du papier non collé, et réuni aux parties solides déjà séparées, et le tout est placé à l'étuve.

Le produit, très sec, est finement pulvérisé et mis dans un ballon avec de l'alcool à 90 ; on fait un premier traitement à froid, puis un à la température de l'ébuUition.

Les traitements réunis sont évaporés au bain-marie, jusqu'en consistance sirupeuse.

Le résidu est repris dans un ballon, à cliaud, par l'alcool à 30 c'^, qui enlève la digitaline, s'il en existe, et laisse indissoutes la plus grande partie des matières grasses, ainsi que la chlorophylle, qui peuvent s'y trouver. On évapore de nouveau, toujours au bain-marieou à i'étuve, en consistance de miel.

On ajoute un excès de litharge en poudre fine ; on mêle bien pour faire une pâte ou bouillie que l'on met à I'étuve. Le produit, sec et grossièrement divisé, est réhumecté avec de l'alcool, à une ou deux reprises, pour bien opérer l'absorption du tannin par la litharge. On est sûr qu'il ne reste plus d'acide tannique libre lorsque, en faisant bouillir un peu du précipité dans un tube avec de l'alcool, le liquide filtré ne bleuit plus par l'addition d'un perselde fer.

On pulvérise alors finement la masse de précipité, et l'on fait bouillir dans un ballon avec de l'alcool à 96''. Le liquide filtré est évaporé en consistance de miel.

On met le produit dans un très petit ballon ou un tube avec un excès d'éther concentré (60° B*^ au moins, temp. 15, densité 0,737). On laisse en contact pendant vingt-quatre heures en agitant souvent. Alors on décante et l'on filtre le liquide surnageant, que l'on abandonne à l'évaporation spontanée; on dessèche le résidu à I'étuve.

Celui-ci, humecté avec très peu d'eau, est versé sur un filtre, où on le laisse égoutter ; comprimé dans du papier non collé, séché de nouveau à I'étuve, il est ensuite repris par un peu d'alcool à 96°, que l'on évapore à I'étuve.

Pour savoir si le produit renferme de la digitaline, il ne s'agit plus que de le soumettre à l'essai par l'acide chlorhydrique.

Ncta. — Si le résultat était négatif, il faudrait, avautde se prononcer, évaporer l'eau de lavage de l'extrait étliérique, et soumettre pareillement le résidu à l'essai par l'acide chlorhydrique.

Dans ce procédé, le traitement par l'élher peut bien laisser une partie

de kl tljgilaline indissoule, si le mélange analysé en renferme beaucoup, mais il a l'avantage d'éliminer sûrement le principe de la bile qui colore l'acide chlorbydrique en vert.

Le procédé que nous venons de décrire et qui est basé sur des essais préalables, a été soumis au contrôle des trois expériences comparatives suivantes.

Première expérience. — Digitaline et pâtée sans plantes ni bile.

100 gi'. bouilli maigre coupe menu.

ko paia coupé menu.

160 bouillon.

iO granules de digitaline (soit AO milligr. de celle-ci).

Ces granules sont dissous dans le bouillon, et la solution ajoutée au mélange de pain et de viande.

Après sept heures de contact, on exprime. On ajoute au liquide 1 gramme de tannin dissous dans 5 grammes d'eau. Il se forme un précipité blanc cailleboté abondant, que Ton recueille sur un filtre ; on comprime dans du papier non collé ; on ajoute au résidu alimentaire ci-dessus, et l'on étend le tout sur des assiettes à l'étuve.

Le résidu parfaitement sec est réduit en poudre fine et mis dans un ballon avec 1/2 litre alcool à 90° C\ Après vingt-quatre heures de macération on décante et l'on filtre. On fait un deuxième traitement à chaud, avec 25 centilitres alcool au même degré. Les deux traitements alcooliques, réunis dans une capsule, sont évaporés au bainmarie jusqu'en consistance de sirop.

Le produit est repris dans un petit ballon par 30 gr. d'alcool à 30° C'' bouillant; on laisse refroidir du jour au lendemain , et l'on filtre. Le liquide , de couleur paille tendre, est évaporé en consistance de miel.

On ajoute à ce résidu 10 gr. de litharge en poudre fine. Le mélange est mis à l'étuve, desséché, puis divisé en fragments que l'on réhumecte avec un peu d'alcool, et que Ton dessèche de nouveau.

On pulvérise alors , puis après s'être assuré, au moyen d'un petit essai préalable , qu'il ne reste plus de tannin libre, on met le tout dans un ballon et l'on traite par 30 gr. d'alcool à 96° C'^" bouillant. On filtre et l'on évapore en consistance de miel.

On remet dans un très petit ballon, avec 20 gr. éther à 61" Baume, temp. 15 (densité 0,733). On laisse en contact pendant vingt-quatre heures, en agitant souvent, et l'on décante sur un petit filtre. Le liquide est abandonné à l'évaporation spontanée , et le résidu desséché à l'étuve. Celui-ci, cristallin extractif jaunâtre, pèse 0,05.

On le traite par une très petite quantité d'eau (1 gr. environ) dans le but de dissoudre les sels déliquescents étrangers, et l'on verse proinptement sur un filtre. Celuici, égoutté et comprimé dans du papier non collé, est desséché avec le résidu indissous.

On reprend enfin, dans la capsule même, par un peu d'alcool à 96" froid, on filtre, on évapore et l'on sèche.

Le résidu jaunâtre, sec, peu abondant, est mis dans un très petit tube avec 2 gouttes d'acide chlorhydrique ; on agite de temps à autre. Au bout d'une heure il y a une coloration vert pré ; le liquide se trouble psu à peu et passe au vert-ciguë prononcé.

On avait donc là le signe caractéristique de la présence de la digitaline.

Deuxième expérience. — Digitaline ^avec pâtée, plantes et bile.

Viande, pain et bouillon, comme dans la première expérience. De même, ZiO gianiiles.de digitaline; plus : 20 gr. feiiilles vertes de chicorée.

— d'oseille.

— de céleri.

— de cerfeuil.

— de persil.

— de laitue.

bile de bœuf évaporée et représentant 10 gr. de bile liquide.

Les quatre premières plantes hachées sont soumises à l'ébullition pendant un quart d'heure dans le bouillon. On laisse refroidir et l'on remplace l'eau évaporée.

Les granules et l'extrait de bile sont dissous dans le bouillon, et le tout, compris les plantes cuites, ajouté à la pâtée, ainsi que les deux dernières plantes, restées crues, et hachées.

On procède pour le reste comme il est dit à l'article précédent.

Le résidu du traitement par l'éther pèse aussi 0,05 et a un aspect analogue.

Lavé avec quelques gouttes d'eau, et repris ensuite par un peu d'alcool à 96% le produit final , mis en contact avec de l'acide chlorhydrique concentré , colore celui-ci en vert comme dans le premier cas.

Iroisième expérience. — Pâtée, plantes et bile, sans digitaline.

Même disposition que pour la deuxième expérience, excepté qu'il n'y a pas de digitaline.

Pour la manière d'opérer, on procède absolument comme dans les deux premières expériences, qui sont conduites parallèlement.

Le résidu du traitement par l'éther a encore un aspect et un poids analogues aux deux précédents.

Lavé de même avec très peu d'eau, repris par l'alcool à 96" et le liquide évaporé , on a aussi obtenu un léger résidu jaunâtre d'un aspect analogue.

Mais ce résidu, mis dans un petit tube avec de l'acide chlorhydrique concentré, l'a coloré en jaune-paille, et nullement en vert.

L'eau de lavage, évaporée par simple exposition à l'air, a fourni un résidu salin mêlé de quelques points ou amas jaunâtres extraclifs. Ceux-ci enlevés et mis, comme ci-dessus, en contact avec l'acide chlorhydrique, ne l'ont pas davantage coloré en vert.

Il n'y avait donc là aucun indice de digitaline.

Ces résultats prouvent de plus que dans la deuxième expérience, la coloration verte obtenue par le contact du produit ultime avec l'acide chlorhydrique, devait être entièrement rapportée à la digitaline, puisqu'il ne s'est trouvé ici (troisième expérience), dans le produit correspondant, aucune partie de la chlorophylle ou de la bile susceptible de colorer cet acide en vert.

Pour compléter cet ordre de notions , nous devons ajouter que nous avions déjà fait, antérieurement, deux autres séries d'expériences conduites comme celles-ci , mais en opérant sur un mélange qui ne contenait que 20 milligr. de digitaline au lieu de 40. Or, dans l'une de ces séries, nous avons pu constater, mais avec un caractère peu tranché, la présence de la digitaline; tandis que dans l'autre série nous n'en avons retrouvé aucun indice.

C'est-à-dire que lorsqu'il s'agit de mélanges très complexes et abondants, dans lesquels se trouvent des sels divers, nécessitant des traitements multipliés et l'emploi de la chaleur, la digitaline se détruit facilement, et l'on n'a chance dg la retrouver qu'autant qu'elle y existe en certaine proportion.

Mais si la digitaline n'a été mêlée qu'à des substances incapables d'exercer sur elle une action destructive et pouvant en être séparées par une manipulation simple, au moyen d'un liquide très volatil, qui n'exige l'intervention que d'une température peu élevée, alors on peut retrouver de très petites quantités de ce principe.

L'article suivant nous en offrira un exemple.

33 . — Séparaliioa de la digitaline unie au sucre ; dosage de oe principe dans les granules.

Ayant eu à apprécier la qualité de certains granules dits de digitaline, du commerce (ils ne renfermaient aucune trace de digitaline, et n'en avaient que le nom — voy. les journaux de médecine et de pharmacie de juin» 1852),

MÉMOIRli SUR LA DIGITALINE. ~ 1" PART., § V. 133

nous avons été conduits à rechercher les meilleurs moyens de séparer la digitaline du sucre, avec lequel elle est unie dans les granules.

Nous avons employé pour nos expériences trois espèces de liquide : l'alcool, l'éther et le chloroforme.

Sans entrer dans le détail des expériences nombreuses que nous avons faites à ce sujet, nous donnerons, à titre de spécimen, un exemple des résultats obtenus avec chaque liquide, ce qui permettra de saisir de suite les avantages ou les inconvénients attachés à chacun de ces procédés.

Première expérience. — Alcool.

100 granules de digitaline, pesant Ss'jlZiS = Os'jlOO de digitaline.

50 gr. Alcool à 96° 0^.

On pulvérise finement les granules dans un petit mortier, on introduit la poudre dans un ballon, puis l'alcool, avec lequel on a lavé le mortier pour enlever le peu de poudre restant. On laisse en contact vingt heures en agitant souvent. On décante sur un filtre, on reçoit dans une fiole, et l'on remet de nouvel alcool en même quantité sur le résidu. On opère comme la première fois. On fait encore un troisième traitement de la même manière. Le résidu indissous est alors versé sur le filtre où on le lave par affusion avec un peu d'alcool.

Les traitements alcooliques réunis sont distillés dans une fiole à fond plat mince et uni et à large ouverture (forme de vases très commodes pour ces sortes d'opéralions, mais dont on peut se passer; alors on emploie une capsule et l'on évapore à l'air).

Le résidu de la distillation est desséché à l'étuvejusqu'à poids constant ; il pèse alors 0,Zt65.

Ce produit constitue une couche jaunâtre . caramel , d'une saveur d'abord sucrée, puis d'une amertume intense, formant avec l'acide chlorhydrique une solution trouble, vert-ciguë foncé.

Le résidu de poudre de granules indissous, séché et repris une seconde fois par l'alcool à 96", ne laisse par évaporation qu'une légère couche, à peine ■nmère quand on la délaie dans l'alcool à 50".

Toute la digitaline avait donc été dissoute, ou du moins, il n'en restait que des traces dans le sucre; mais par contre, l'alcool avait enlevé, outre la digitaline, un peu de sucre, indiqué par la saveur du produit et l'excédant de poids (0,^465 au lieu de 0,100).

Deuxième expérience. — Ether.

iOO granules de digilaline, pesant 5»'',167 = 06', 100 de digitaline.

50 gr. élhei- à 58" Bé, temp. IS» (densilé, 0,7/i6).

On pulvérise finement les granules et l'on introduit la poudre dans un ballon, après avoir constaté par la pesée ce qui en était resté attaché au mortier, et l'on ajoute l'éther. On laisse en contact pendant vingt-quatre heures, en agitant souvent, on décante et l'on filtre. On fait ainsi deux autres traitements, comme pour l'expérience avec l'alcool.

Puis on procède à la distillation des différents traitements réunis, et l'on opère pour tout le reste absolument comme pour l'expérience avec l'alcool.

Le résidu, jaunâtre, rapporté au poids primitif des granules, pèse, séché à poids constant, 0,070.

Il est d'une amertume intense et franche, et possède les autres propriétés de la digitaline.

On s'est d'ailleurs assuré par une expérience comparative que l'éther, à ce degré et dans ces circonstances, n'enlevait pour ainsi dire pas de sucre. En effet, 5 grammes de poudre de sucre ayant été traités à trois reprises par 50 grammes d'éther à 58° B*^, chaque fois, comme ci-dessus, on n'a obtenu pour résidu de la distillation du liquide filtré qu'une trace jaunâtre (1 milligramme environ) exerçant à peine un pouvoir réducteur sur le réactif deBarreswil.

On s'est assuré par un traitement ultérieur avec l'alcool

MÉMOIRE sur. LA DIGITALINE. — V PART. , § V. 135

qu'il était resté dans la poudre de granules un peu de digitaline indissoute.

Troisième expérience. — Chloroforme.

100 granules de digitaline pesant 5g'',iZiZ| = OsrjlOO de digitaline.

50 gr. chloroforme.

On pulvérise les granules et l'on introduit la poudre dans un petit ballon, en tenant compte, comme dans la deuxième expérience , de ce qui en reste attaché au mortier. On ajoute le chloroforme et l'on agite de temps à autre, pendant vingt-quatre heures. On fait ainsi deux autres traitements.

On distille les liquides réunis et l'on dessèche à l'étuve jusqu'à poids constant. Le résidu, rapporté à 5,1^4, poids primitif des granules, est de 0,079.

La poudre de granules indissoute dans le chloroforme, séchée et traitée par l'alcool à 96°, comme dans les cas précédents, donne, de même que dans l'expérience avec l'éther, mais en moindre proportion, une couche amère, indice d'une certaine proportion de digitaline restée avec le sucre.

Dans une autre expérience où l'on avait employé un quatrième traitement par le chloroforme , on a obtenu, toujours pour 100 granules, 0,086 de digitaline.

Le chloroforme agit tout aussi peu sur le sucre que l'éther à 58 B'^ et dans une expérience où l'on avait employé 200 gr. de chloroforme en quatre fois, pour 5 gr. de poudre de sucre , on n'a obtenu pour résidu qu'une légère couche rousse pesant 03'',001.

Si l'on veut maintenant apprécier les trois procédés dont nous venons de parler, au point de vue de leur valeur comparative pour l'extraction de la digitaline, dans le cas dont il s'agit, on voit :

i" Que l'alcool à 95" enlève facilement toute la digitaline renfermée dans les gramdes ; mais il oifre l'inconvé-

ISfi ARCHIVES DE PHYSIOLOGIE, ETC.

nientde dissoudre en même temps une assez forte proportion de sucre ;

2° Que l'éther à 58° B'^ enlève bien moins complètement la digitaline; mais il offre l'avantage de ne dissoudre qu'une quantité de sucre insignifiante ;

3° Que le chloroforme est un peu plus apte que l'étlier à dissoudre la digitaline et qu'il n'enlève pas plus de sucre.

Le chloroforme doit donc être préféré dans la recherche de la digitaline unie au sucre.

Toutefois il est important d'observer ceci dans les reclierches de ce genre.

La digitaline supposée entièrement dissoute et séparée du sucre, ce à quoi l'on arriverait sans doute avec facilité en réitérant suffisamment les traitements par l'éther ou mieux parle chloroforme, on en aurait ainsi le poids; mais il resterait, pour que l'essai fût complet, à apprécier la qualité du produit obtenu. L'amertume, la coloration verte développée au contact de l'acide chlorhydrique indiquent bien que l'on a affaire à de la digitaline (réserve faite pour ce dernier caractère, le seul probant, des moyens d'élimination de la bile et de la chlorophylle, comme il a été dit dans la division A de ce paragraphe) ; mais il reste, en outre, à constater la qualité de celle-ci. Pour cela, nous ne connaissons d'autre moyen que l'appréciation du degré d'amertume par dilution , suivant le procédé décrit , § I, art. Essai de la digitaline.

Or, pour apprécier cette qualité, nous conseillons d'opérer directement sur les granules, de la manière suivante :

Essai de l'amertume des granules pour constater la qualité de la digitaline qu'ils renferment.

10 granules de digitaline = 08'',010 de digitaline. 5 gi\ alcool à 85° C^

On écrase les granules en poudre fine dans un mortier;

on introduit dans un petit ballon avec l'alcool, et l'on porte à l'ébullition, que l'on entretient pendant quelques minutes, puis on ajoute un peu d'eau pour dissoudre les flocons de sucre restés en suspension dans la solution alcoolique.

On procède ensuite peu à peu à la dilution, en opérant parallèlement avec un échantillon type.

Si la digitaline renfermée dans les granules est de bonne qualité et s'y trouve dans la proportion voulue , on doit arriver à employer deux litres d'eau pour faire disparaître complètement toute trace d'amertume. (Voyez pour les détails du mode opératoire et les précautions à prendre, § I, art. Essai de la digitaline. )

(On comprend que pour cet essai les quelques centigrammes de sucre unis à la digitaline, sont tout à fait insignifiants pour influencer la saveur amère de 2 litres d'eau. )

Ainsi, le modus faciendi pour l'essai analytique des gra nules de digitaline consiste :

1" A traiter ceux-ci par le chloroforme , pour isoler la digitaline, en constater la quantité et les propriétés chimiques ;

2" A faire directement une solution hydro-alcoolique des granules pour apprécier le degré d'amertume ou la qualité de la digitaline.

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