‹ Mémoire sur la famille des LoranthacéesChapitre 4 sur 11 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Si pour écrire une notice sur une famille de plantes il était nécessaire d'avoir résolu tous les problèmes qu'elle présente, et de ne conserver aucun doute sur son histoire ou sa classification, je devrais immédiatement abandonner l'écrit que je commence; mais les botanistes laborieux, dont on doit attendre plus d'indulgence que de ceux qui n'ont pas tenté de pareils travaux, penseront peut-être avec moi qu'il est utile de faire connaître quelque résultats d'un long travail, même quand on le croit incomplet; d'indiquer ce qu'on a observé sans dissimuler ce qui manque aux connaissances acquises ; d'appeler enfin l'attention des voyageurs et des observateurs sur certaines parties négligées. Us daigneront peut-être penser qu'engagé comme je le suis dans une entreprise de longue haleine, et à laquelle je m'estimerai heureux que ma vie puisse suffire, je ne dois pas m'arrêter trop long-temps aux difficultés de détail que peuvent présenter certaines familles. Mon rôle est de disposer dans un ordre logique les matériaux acquis par les travaux des autres et par les miens, et de signaler les lacunes qui peuvent s'y trouver encore; c'est dans ce but que je me propose de présenter ici comme complément du Prodromus un tableau succinct de l'état actuel des connaissances sur la famille des Loranthacées.

Cette famille mérite un intérêt particulier, vu qu'elle n'est pas moins remarquable par sa végétation que par sa structure, et que jusqu'à ces derniers temps son étude avait été fort négligée. Le nombre des espèces , qui n'était que de a i du temps de Linné, de 44 seulement à l'époque, bien

rapprochée de nous, où Willdenow a publié son Species , se trouve aujourd'hui de plus de 3oo. Cet immense accroissement est dû aux travaux remarquables de MM. Wallich et Blume dans l'Inde, Perrottet et Leprieur, en Afrique, Humboldt et Bonpland, Martius et Bertero en Amérique. Les genres qui composent cette famille ont été d'abord confondus avec les Caprifoliacées, puis séparés en 1808 seulement comme famille distincte; mais MM, de Jussieu et Richard en établissant celle-ci y réunirent plusieurs groupes tout-à-fait disparates. Dès-lors, M; Brown en a retranché ceux qui composent les familles des Rhizophorées, des Chloranthées; et parmi les genres restant après cette élimination, j'ai dû en écarter plusieurs. Ainsi, i°. le genre Au/cuba appartient évidemment à la famille des Cornées, comme je l'ai reconnu des 1804, et non à celle des Loranthées, à laquelle Richard a tenté de le réunir; 2 . le genre Symphisia de Presl, ou Tauschia de Preissler, ne peut, à raison de ses étamines en nombre double de celui des lobes de la corolle, appartenir aux Loranthacées , auxquelles Preissler a tenté de le réunir; 3°. le genre Aidia de Loureiro, quoique très mal connu , parait s'éloigner des Loranthacées par ses étamines situées devant les sinus de la corolle et non devant les lobes. C'est ainsi du moins que j'entends la phrase de Loureiro : incîst*r** corcllœ inserta ; 4°. le Dasus du même auteur s'écarte des Loranthacées par son stigmate à 5 lobes. 11 ne reste donc dans cette famille, réduite à ses vraies limites, que les genres Viscum, Loranthus, et probablement Schœpfia et Misodendron. Je reviendrai plus tard sur la discussion de ces genres, et je commencerai par exposer ce qui tient à la végétation et à la reproduction des Loranthacées en général.

§. I. Végétation des Loranthacées.

Depuis long-temps les physiologistes citent le Gui comme un végétal extraordinaire, qui fait exception à toutes les lois sur le développement des plantes; mais à mesure que l'histoire naturelle fait des progrès, les exceptions tendent ou à disparaître ou à s'élargir, et ce qu'on avait cru propre h un être isolé devient commun à un groupe plus ou moins étendu. Ainsi tous les phénomènes qu'on avait crus spéciaux au Gui d'Europe paraissent se retrouver dans presque toutes les Loranthacées.

LORANTHACEES. 3

Parmi les végétaux de cette famille , on doit distinguer deux et peut* être trois manières de vivre.

i°. La presque totalité des Loranthacées est parasite sur des arbres dicotylédones : leur base est dépourvue de vraies racines et soudée intimement avec le corps ligneux de l'arbre qui les porte.

a°. Il semble exister quelques Loranthacées aussi parasites, mais dont la base se prolonge en racines courtes et rameuses épanouies en pâte d'oie ou sur l'écorce ou entre l'écorce et le bois; c'est ce qui est représenté dans toutes les figures des Loranthus de la Flore du Pérou. Ne l'ayant jamais pu voir dans aucun des échantillons de Loranthus que j'ai trouvés dans les collections, et craignant que ces racines n'aient été ajoutées par l'imagination de peintres accoutumés à voir des Orchidées, j'aurais été tenté de croire k quelque erreur, si je ne trouvais d'ailleurs un observateur habile, M. de Chamisso, qui dit formellement en parlant du Loranthus buxifolius du Chili, qu'il a vu vivant : Radiées inier corticem et ligpum arboris in qud hospitantur latè longèque prorepunt (Linnœa, 1828, p. ao8) . Il parait donc certain qu'il y a des Loranthacées à racines rameuses rampant sous l'écorce : toutes les espèces sur lesquelles on a observé ce fait appartienne»* ^ la section ou genre des Notanlhères, c'est-a-dire aux Loranthus k étamines oscillantes. Ce point d'organisation mérite toute l'attention des voyageurs.

3°. Enfin le genre Schœpfia, et quelques Loranthus à anthères oscillantes et de la sous-division des Loranthi Tàguani, ont de véritables racines implantées en terre et ne sont point parasites.

Ce mélange de plantes parasites et non parasites ne doit point surprendre , car il se retrouve dans un grand nombre d'autres familles : ainsi les Cuscutes parmi les Convolvulacées, les Orobanches parmi les Personées, les Monotropa parmi les Monotropées, sont de vraies parasites, quoique le reste de la famille ne le soit pas. Les Loranthacées parasites sont cependant plus nombreuses, à proportion du nombre total, que dans toutes les autres familles , celle des Bhizanthées étant seule exceptée. En effet, sur 3^4 espèces plus on moins connues, on n'en compte que 10 qui se nourrissent ayant leurs propres racines fichées en terre.

Les Loranthacées parasites différent de toutes les autres Vasculaires parasites par leur structure et leur mode de végétation. En effet, après

avoir exclu avec soin les fausses parasites qui pompent l'humidité superficielle des troncs, on peut encore diviser en deux classes les plantes qui vivent aux dépens des autres : i°. les unes sont dépourvues des organes propres à l'élaboration de leurs propres sucs; telles sont les Cuscutes , les Orobanches, les Lathrées, les Monotropa, les Rhizanthées, etc. : elles ne sont pas de couleur verte , rue dégagent pas de gaz oxigène à la lumière solaire, et sont dépourvues de stomates. La deuxième classe, qui comprend les Loranthacées , seules probablement dans tout le règne, offre des plantes qui sont vertes, munies de stomates, et qui dégagent du gaz oxigène au soleil. On comprend très bien que les parasites de la première classe, étant dépourvues des organes de l'élaboration des sucs, ont besoin de recevoir de la sève tout élaborée; aussi toutes ces plantes sont implantées sur l'écorce des autres, et reçoivent des sucs déjà modifiés. Les Loranthacées, au contraire, ayant tous les organes élabora toires, sont implantées sur le corps ligneux, reçoivent de la sève ascendante ou lymphe non élaborée, et la préparent avec leurs propres organes. Pourquoi donc sont-elles parasites? C'est, comme je l'ai montré jadis (Mémoire des Savans étrangers de V Institut, vol. I w ), parce qu'elles sont dépourvues de racines et privées de la faculté d'absorber l'eau du sol. Les deux classes <!** parasites peuvent donc se distinguer par. ces termes, que les unes sont dépourvues de la faculté d'élaborer, et les autres de la faculté d'absorber les sucs aqueux. Poursuivons la comparaison de ces deux classes.

Les parasites par défaut d'élaboration absorbent des sucs déjà élaborés, et quand on plonge le végétal qui les porte dans de l'eau colorée, cette eau ne pénètre point en nature dans la Cuscute ou dans l'Orobancbe. Au contraire, j'ai prouvé jadis par l'expérience que l'eau colorée passe sans difficulté de la branche du Pommier dans celle du Gui , et l'analogie des Loranthus et des Guis est tellement intime , qu'il est impossible de douter qu'il en arriverait de même avec les Loranthus parasites.

La plupart des parasites par défaut d'élaboration obéissent à la loi générale de la perpendiculaire : on le voit dans les Orobanches , etc. ; les Cuscutes elles-mêmes s'élèvent verticalement dans leur jeunesse, et ne doivent peut-être qu'à leur faiblesse la facilité avec laquelle elles suivent ensuite toutes les directions : mais les Loranthacées parasites Croissent sans égard quelconque à la perpendicularité , et quoique fermes et li-

LORANTHACÉES. 5

gueuses, elles se dirigent en tous sens indifféremment. La cause de ce phénomène est totalement inconnue. Aucune des théories sur la cause de la perpendiculaire des plantes, même celle de M. Knight, qui me parait la plus vraie, ne peut, ce me semble, se prêter. à expliquer cette exception. Elle ramène à l'idée vague que l'étude du Gui m'avait jadis suggérée, que la direction en sens contraire des tiges et des racines est liée à l'existence de ces deux organes : là en effet où la racine manque la tige cesse de se diriger vers le zénith. C'est ce que la Cuscute montre d'une manière curieuse, car elle s'élève verticalement tant qu'elle a des racines, et croit indifférente à toutes les directions dès qu'elle n'en a plus. Mais comment l'existence d'une racine influe-t-elle sur la direction de la tige? C'est ce que nous ignorons, et le problème mérite d'être proposé aux physiologistes. Toutes celles des parasites par défaut d'élaboration, dont la germination a été étudiée, présentent le triple phénomène de paraître indifférentes k l'action de la lumière, puisqu'elles ne sont pas vertes; de diriger dès cette époque de leur vie leur racine en bas et leur tige en haut, et enfin de manquer de vrais cotylédons comme elles manquent de vraies feuilles. Les Loranthacées, au contraire, se rapprochent des plantes ordinaires, en ce qu'elles sont vertes et qu'elles ont des cotylédons; mais elles diffèrent de tous les végétaux, en ce que, suivant les observations de Duhamel et de Dutrochet, leur radicule ou l'extrémité inférieure de leur plumule, se dirige toujours du côté le plus obscur et semble fuir la lumière. Rien dans les théories relatives à l'action de la lumière sur la direction des plantes ne rend raison de cette singulière exception , et je dois la signaler encore comme un problème à résoudre.

Les Loranthacées parasites par défaut d'absorption se nourrissent de la lymphe ou sève ascendante non élaborée des arbres qui les portent. Cette lymphe est sensiblement homogène dans tous les végétaux, et on doit augurer de là que les mêmes espèces des Loranthacées pourront vivre sur des arbres d'espèces différentes. C'est ce qui est très évident pour le Gui blanc, que j'ai vu sur le Pommier, le Poirier, le Sorbier, les Aubépines, l'Amandier, le Peuplier noir, le Rubinia faux Acacia, les Tilleuls et les Sapins d'Europe, l'Ormeau, le Chêne (1) et le Saule blanc, et qui est cité

(i) Le Gui est très rare sur le Chêne, tandis que \eLomnthus y est commun j de là

par les auteurs; sur le Noyer, le Prunier/ le Pjrrus aria, le Néflier, le Mélèce, le Frêne, le Peuplier d'Italie (i)> le Pin sauvage (a), l'Érable (3), et même sur la Vigne (4). Je ne cite pas l'Olivier dans cette liste, quoique Selon dise Y y avoir vu dans l'Orient , parce que l'espèce citée par Belon est le V. orientale, qui a les fruits rouges. La diversité de la station de plusieurs Loranthacées est mentionnée par les voyageurs; mais il faut avouer que nous manquons à cet égard de documens suffisans , et il importe de recommander aux voyageurs de noter à l'avenir avec plus de soin les arbres sur lesquels ils recueillent des Loranthacées : quelques unes semblent affectées à certaines familles ou à certains genres. Ainsi, le Viscum Oxjcedri parait croître sur plusieurs conifères (5) , et le Loranthus Europœus sur plusieurs espèces de Chêne (6) , et , d'après le témoignage de MM. Pollini et Vaucher, sur le Châtaignier. Il n'y a encore que les arbres à suc laiteux 6ur lesquels on n'ait point trouvé de Loranthacées, peutêtre à cause de Tâcreté de ce genre de suc, mêlé habituellement avec la lymphe. Les Loranthacées sont aussi fort rares sur les végétaux charnus; je ne connais que le Loranthus aphjrllus de Miers qui croisse sur le Cierge du Pérou, comme je l'apprends par un échantillon que je reçois de

M. Bertero.

Les parasités par défaut d'élaboration paraissant se nourrir de matières

déjà plus ou moins élaborées par les végétaux qui les portent, sembleraient

j'avais cru , après avoir visité tous les pays où le culte des Druides a eu le plus d'empire , que le Gui des Druides était peut-être le Loranthus (Essai sur les propr. médic, éd. a, p. 167); mais dès-lors j'ai vu le Gui sur Chêne trouvé en Bourgogne et déposé au Musée d'Histoire naturelle de Paris, et j'en ai reçu des échantillons de M. Colladon, et provenant de la Savoie et du pays de Gex. M. Pollini remarque que le Fisco quercino des pharmacies italiennes n'est autre que le Loranthus. Je crois que dans celles du reste de l'Europe on a, sous le nom de Gui de Chêne y celui qui croît sur toutes sortes d'arbres; mais son emploi est aujourd'hui tellement abandonné, que l'erreur est fort indifférente, et il est même douteux que le Gui dû Chêne diffère des autres par ses propriétés.

(1) D'après M. Seringe.

(a) D'après M. Vaucher.

(3) D'après Yillars.

(4) D'après Brasavole, cité par Villars.

(5) Jumperus Oxycedrus, Cupressus drupacea.

(6) Quercns pedunculata 1 Q. tesiUiflora, Q.

LQRANTHACÉES. 7

dcnroir vivre plu* eaidusivemcnt sur certaines espèces oh certains genres* C'est ce que M. Vaucber a observé pour la plupart des Orobanches ; c'est ce qui parait avéré par toutes les Rhizanthées, qui vivent chacune sur un genre spécial de plantes : les Ha/lesia sur les Cissus ou les Vignes > l*C?ptinus sur les Cistes ; mais quelques Orobanches , de l'aveu même de t AL Vaucher, vivent sur des plantes de familles différentes, et les Cuscutes présentent ce phénomène au plus haut degré. Tout le monde sait, qu'on trouve les deux Cuscutes les plus communes en Europe sur un grand nombre de végétaux diflerens , et j'ai eu occasion de voir cette disposition sporadique des Cuscutes portée au plus au point par suite d'un accident. Un chariot de trèfle infesté de Cuscutes chuta il y a quelques années, à l'entrée dtf jardin botanique de M. d'Hautevilie, près Vevey. Les graines de Cuscutes s'y répandirent, et presque toutes Les espèces de végétaux dicotylédones furent infestées de Cuscutes, quoique appartenant à un grand nombre de familles différentes. U est encore cependant quelques espèces de Cuscutes qui n'ont été vues que sur un petit nombre de végétaux, mais cela peut tenir simplement à ce qu'étant exotiques elles ont été moins observées.

Au reste, toutes lca parasites de la classe des Dicotylédones ne paraissent pouvoir vivre que sur des végétaux dicotylédones. Gela est évident pour toutes les Loranthacées, les Rhizanthées, les Orobanches, etc.; s'il y a quelque doute sur cette loi, il serait relatif à la Cuscute. On la trouve quelquefois dans les prés adhérente aux Graminées, mais je n'en ai jamais vu que dans des prés où il y avait beaucoup de trèfle, et quand la Cuscute atteint les brins de Gramince, elle peut bien les étouffer en les enlaçant, mais ne parait pas se nourrir à leurs dépens par ses suçoirs. J'ajouterai que j'ai inutilement tenté d'entourer de Monocotylédones une plante chargée de Cuscutes : celle-ci ne s'y est point propagée; c'est cependant un point d'observation que je signale aux observateurs.

Il est douteux qu'il y ait des Monocotylédones vraiment parasites; toutes celles qui portent ce nom dans les livres, telles que les Tillandsia, sont de fausses parasites. Peut-être les Orchidées, qui ne sont pas vertes, et qui n'ont point de feuilles, telles que le Limodorum abortivum ou YOphrys Nidus avis, sont-elles de vraies parasites à la mode des Orobanches; c'est ce dont je n'ai point encore pu m'assurer avec exactitude, quoique j'en

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aie dans ce but déterré un grand nombre. Il reste à s'assurer de la vérité du fait, et, dans le cas où mon soupçon se vérifierait, à savoir si ces plantes sont parasites sur des Dicotylédones ou des Monocotylédones.

Quant aux Àcotylédones parasites , on en trouve vivant sur les deux autres classes, et quelques unes même sur d'autres Àcotylédones ; tel est YUredo peltigerœ, qui vit sur un Lichen, et le Puccinia rosœ sur un Uredo; mais on peut remarquer que les mêmes espèces ne croissent pas sur des végétaux de classes trop différentes.

Les Loranthacées ont présenté, quoique bien rarement, un phénomène analogue à celui de la Puccinia qui croit sur un Uredo, lequel est luimême déjà parasite; le Loranthus tetrandrus et le L. buxifolius ont été observés au Chili par M. de Chamisso, parasites sur divers arbres, et en outre parasites réciproquement l'an sur l'autre. M. Pollini (FI. Feron., 5, p. 176) dit de même que le Gui blanc est quelquefois parasite sur le Loranthus d'Europe, qui est lui-même parasite. Les exemples de ce double parasitisme méritent d'être recueillis avec soin.

Toutes les plantes parasites nuisent aux arbres qui les portent , mais par des procédés qui paraissent en rapport avec leur mode de vivre ; celles qui absorbent des sucs déjà élaborés enlèvent an végétal sa nourriture et Tépuisent en général d'une manière rapide et dangereuse ; telle est l'action des Orobanches et des Cuscutes sur la plupart des végétaux; celles, au contraire, qui, comme lés Loranthacées, se nourrissent de lymphe non encore élaborée , nuisent peu au végétal ; car si elles absorbent une partie de la lymphe , elles tendent probablement aussi par l'effet de leur feuillage à en faire élever du sol une quantité surabondante. Aussi voyons-nous des arbres chargés de Gui vivre assez long-temps, et n'offrir des signes de décadence que lorsque le Gui y est en quantité trop considérable. U est vraisemblable que la lymphe élaborée par le Gui forme un suc nourricier qui nourrit le Gui, mais qui ne redescend pas dans le support. Celui-ci souffre donc, mais plus lentement que dans le cas précédent. Il serait curieux de voir ce que deviendrait un Pommier chargé de Gui, où on ne laisserait développer que ce dernier; il faudrait aussi faire à un Pommier une incision annulaire sous une touffe de Gui , et voir s'il se formerait un bourrelet au côté supérieur de cette incision.

Les cQnsi4érations que je viens d'exposer sur la végétation des plantes

LORANTHACÉES. ^

pariuriftes'tendept'dmJc i* prouver que toute* les différences qû'ttti ofe& EVe 1 dans leur histoire tiennent à cette division fondamentale, que lésune&sorit parasites par dcfauVé élaboration, et les autres 1 par défaut ^absorption des sues. Elles prouve* t en: particulier combla la végé talion *dés LoraiMfatr cées diffère de celle des* vége tau* ordinaires et inertie des autres parasite!^ ; f maintenant ce qui' tient h leur reproduction . *

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5v'H;l Fructification desîLdranïhdcëes.

Jicuncmwn œs zooramnacees.

La fleur des Loranthacées se compose d'un calice adhérent k l'ovaire, et dont Je limbe se prolonge très peu auJ-délà de cet tiVaire-, d'où réstrite que ce lrmbe n'est quelquefois visible autrement qite 'comme 'Un petit rebord; il est d 'ordinaire entier, quelquefois denté, et reste souvent persistant au sommet du fruit. Les pétales varient' en nombre de 4 à 8; ils sont tantôt libres, tantôt plus ou moins soudés en corolle gamopétale ; leur consistance est coriace; leur estivation est toujours valvairef : caractère qui distingue asses bien les Loranthacées des Capri foliacées ', et les rapproche des Cornées.

Les étamines mmt très régulièrement situées devant le milieu de chacun des pétales, et en nombre égal à ceux-ci ; ce caractère est celui qui distingue le plus clairement les Loranthacées de toutes les familles voisines. Dans le Viscum les anthères sont sessiles sur le disque du pétale; dans le Loranthus et le Scheépfia les filets sont collés sur la base du pétale et libres à leur sommet, on ils portent une anthère k deux loges. L'ovaire est surmonté d'an style filiforme terminé par nn stigmate entier; dans le Viscum le stigmate est sessile sur l'ovaire; la base du style est souvent entourée par un petit godet analogue à celui des Rubiacées. L'ovaire , dans les Viscum et les Loranthus, n'a qu'une loge et une graine ; mais on trouve 3 loges dans le Schœpjia, et l'ovaire du Loranthus dodoneœfotius semble aussi avoir 3 loges dans sa jeunesse. H y aurait donc dans ce cas , comme dans une foule d'autres, quelque probabilité que l'unité de loge et de graine chez les Loranthacées tient k l'avortemetit de quelques parties de l'ovaire normal. Le fruit des Loranthacées bien connues est une baie à suc souvent visqueux. La graine^ est enveloppée par un tégument propre, dont le rôle carpologiqùë n'est pas bien éclarrei. Cette graine a un albumen charnu.

Vmbçym&l (cyliA^ique^ et asa radiculax)u>lWrwoâiC4jotenitient .lira tronquée , et dirigée: du côté supérieur.

Pans le Fiscum d'Europe on, trouve, S ou. 4 èmbryonadaiift la même gl3PW F Quelques >wlree Loranthacées ont présenté le même phénomène, c£aji$re£.n'oi*t qu'un embryon. Ce caractère est>variahlo dans toutes les familles on on l'a rencontré, telles que les Aurantiacées etiks Conifères»

Les fleurs des Loranthacées sont tantôt hermaphrodites, tantôt unisexuelles par avortèrent de, l'un des saxes; * leur, disposition est très variable , et sera plus utilement exposée en parlant des diflërens genres.

La place, des Loranthacées dans Tordre naturel répond assez exactement à celle que M. de Jussieu lui avait assignée dans le Gênera pktntarwnu&k famille des Caprifoliacées a du subir quelques modifications. Le genre Hedera est, comme M. Don l'a démontré * une vraie Àraliacée ; le gettire Rhizophora est devenu le type de la famille des Rhizophorées, voisine des Combretacées ; X Hortensia a été rejeté dans les Hydrangea* Quant aux quatre groupes restant après ces éliminations, les Cornées me paraissent former une petite famille bien caractérisée p*r sa corolle polypéule, som estivation valvaire et son fruit drupacé; les Capri foliacées, qui comprennent les Viburnées et les Lonicérées, se distinguent & IcurxoroUe monopétale à estivation imbriquée, et .à leur fruit en baie*

C'est entre ces. deux familles que je crois devoir placer les Loranthacées; elles diffèrent de. l'une et de l'autre par leurs étamimes opposées aux pétales et non alternes avec eux; elles s'approchent en particulier des Cornées par leurs espèces polype taies, et des (iprifoliacées par le^ espèces à corolle* gamopétales, quelquefois même un peu irréguljères« C'est dans cette fa* mille que s'établit la transition la plus naturelle des Caliciflores à pétales libres à celles à pétales soudés. Elle s approche cqçpre. des Cornées par. l'estivation valvaire de sa corolle, tandis, qup.lç- Schcçpjia, par son ovaire à 5 loges, la lie aux Caprifoliacées. . • > ,

Quant au rapport des Loranthjtcées avec les ^Pnotéacées , cité par M,, B. Brown , il me semble, je dois 1 ayo,uer, plus apparent que réel. Xies Protégées ont une seule enveloppe h Ja fïeur, et les Loranthacées en ont évidemment deux, quoique l'extérieure soit courte ; : le$ , sisp^le^ desî.Pnotéacées ressemblent, il est vrai, aux, pétries dçs Lor^ntb^pé^^ietla^poaition des étamines devant lesséipataSt&e^esjj)^^

LQRANTHACÉES. n

chertés .secondes., ajouter l'illusion tout en ajoutante la différence réelle ; il y a donc eiitre ces deux familles, en me servant des termes , que j'ai e*pHqués ajlWwnsj ÇJfë&n. *ur les Légum., p, ï5i),analogieiet w nou,afliflité. On pourrait commodément diviser les Loranthacées en ; deux tribus; savoir , t . i°+ les Visciuées, qui ont les; anthères à plusieurs por$& et «essilas fur les pétales,; .tf* ^ Loranthacées , qui les ont biloculairesi et portées sur des filets libres à leur sommet.. Cette division , qui pourra devenir utile si Ton se décide ? sépare^ les Loranlhits jen.j^uaieuff&igenres;, est superflu* tant qu'on cwwurve ,çe, genre intact. r

§. III. Z)w genre V*sauM.'

Le genre du Gui se reconnaît sans pçine Àses flqur$ unisexu elles, dont

le nombre des parties va de 3 à 5 seulement; à ses anthères absolument

sessiles.£ur? le; disque du pétale et.munies.de plusieurs petites cellules;

enfin à son stigpiate aessije sur r ovaire età 6ou fruit phamui, wonospeime

à .la. maturité, et plein d' un suc très visqueux* On peut ajouter à .ces car

ractères prp'çis que les pétales y sont courts, larges, épais et for t semblables

k des par tics do calice , . et que sa baie est généralement munie d'un soc visqueux*

On doit exclure de ce genre le Vùcum terrestre de Linné, qu'on sait maintenant être une. pousse de Ljsimachia stria a; les F. capiUare et ligulatwn de ,Blçune, <|ue lui-même a reconnus plus tard pour des Psi~ lotion y ,1e P^rubrvm de Burman, .qui f d'après son herbier, çst un irag* ment de quelque espèce de Lierre ; et peut-être le V* purpureumde Limé, qui pourrait bien être un Loranthuf.

Même après, ces éliminations le genre Viscum se compose encore 4e 70 espèces, dont la jnoitié paraîtront pour la première fois dans le Prodromus. .Si qu lçipe de c^té quelques espèces indiquées dans les,li*res par des descriptions ftop incomplètes, pn peut r^anger commodément tous les Guis connus sppst trois divisions claires. et naturelles : ,

1 °. Les Guis feqity&fle l'ancien Mopifc à .fleurs en petite . faisceaux ou en ombelles; ..:, ,,;.,

a°, I^Guis.feu^l^s d^^oavean^ûftde, qui o^te^i?. disposé* enépkax^uj^ , M :,

ia MÉMOIRE VI.

* H 3\ Lies Guis sans feuilles , dont il se trouve des espèces très analogues dans les deux continens.

On a proposé de séparer du genre le V. Oxjrcedri, dont Hoffmann avait £aiit son genre Razoumoskia , et Bieberstein son genre Arccuthobiwn ; mais, d'après la description même de ces auteurs, je ne puis encore admettre cette division générique. En effet, le caractère indiqué (si Ton fait exception de ceux qui ne tiennent qu'à des différences de termes) est, dît^on, capsulaire : mais Bieberstein dit capsula evafois; or, entre une baie et une capsule qui ne s'ouvre pas, il n'y a qu'une différence dans le degré de la consistance, et tant qu'un autre caractère plus précis ne viendra pas corroborer celui-ci, on ne pourra y attacher une grande importance.

§. IV. Du genre Misodendrum.

Commerson avait trouvé au détroit de Magellan une plante parasite, qu'il avait désignée dans son herbier sous le nom de Vîscum Jlavescens ; Banks, qui l'y a aussi cueillie, l'avait désignée dans le sien sous le nom générique de Misodendron. Ni l'un ni l'autre n'ont publié la description dé ce singulier végétal, et les échantillons que j'en possède sont malheureusement en trop mauvais élat pour pouvoir les décrire avec précision. La manière de vivre du Misodendrum parait tout-à-fait semblable à celle du Gui; mois il s'en distingue comme genre d'une manière évidente, en ce que son fruit est oblong triangulaire, s'ouvre par trois fentes longitudinales situées sur les trois angles, et renferfne trois écailles garnies eft dehors d'une houppe de poils blancs et scarieirx, et a ti centre une sorte dé columelle triangulaire, que je suis tenté de regarder comme la graine k cause de son apparence presque cornée, et de ce qu'elle n'est adhérente ni aux parois ni au moignon floral. Ce fruit parait /comme dans le Gui, formé par le tube du calice soudé avec l'ovaire, et il est couronné au sotnmet par un petit rebord qui parait le limbe du calice et par un moignon informe, qui peut être ou un stigmate bu un rndiriient de corolle : c'est là tout ce que* présente la fletJrtr femelle, et la fleur mâle est entièrement inconnue. Si l'on peut donc affirmer que ce genre est très distinct du Fïscutn et du Loranthus, il est encore difficile de dire aveé' quelque confiance s'il appartient réellement à la famille des Loranthacées, doftft &>ri apparence

LORANTHACÉES. i3

et sa manière de vivre semblent le rapprocher. On peut même douter peut-être si l'appareil que je viens de décrire est un fruit; on pourrait dire en effet que c'est une fleur femelle dont le calice est libre à trois pièces en estivation valvaire , que la corolle est à trois pétales garnis de barbes scarieuses, et que l'ovaire est une colonne triangulaire surmontée d'un style court a trois stigmates obtus. Si cette manière de voir était vraie,. ce genre serait complètement étranger aux Loranthacées. Son analogie avec les Guis sans feuilles est ce qui m'a surtout décidé à considérer l'appareil de ma plante comme formé par un calice soudé à l'ovaire. J'y suis de plus entraîné , i°. à raison de la Liberté du corps que je crois la graine ; a°. parce que je ne connais aucun pétale analogue aux corps en forme de pappus qu'on voudrait leur assimiler; 5°. parce que le moignon floral du sommet est inintelligible dans cette hypothèse.

Le M. punctulatum de Banks est un petit sous-arbrisseau qui ressemble aux Guis dépourvus de feuilles. Sa tige et ses branches sont cylindriques, un peu ridées et fortement ponctuées, ou comme un peu tuberculeuses sur le sec. Les branches sont munies vers leurs extrémités de bractées distinctes, demi -embrassantes, ovales, obtuses, un peu écartées de l'axe Vers leur sommet : à l'aisselle de chaque bractée, on trouve un ou deux fruits sessiles.

Je possède deux variétés de cette singulière plante; l'une est celle que Commerson a recueillie au détroit de Magellan : elle a les rameaux plus grêles , plus exactement dichotomes; c'est la seule dont j'ai vu le peu que • je sais sur la fructification. L'autre, originaire du même pays, est peut* être une espèce distincte ; mais je ne puis l'affirmer, n'en connaissant qu'un échantillon sans fleur ni fruit, que M. Sabine a bien voulu m'envoyer détaché d'un envoi reçu par la Société d'Horticulture de Londres. Ses rameaux sont plus courts, un peu plus épais, et mieux disposés en ombelles que ceux de la plante de Commerson. Je désigne ces deux plantes comme deux variétés du M. punctulatum, savoir : a Magellanicum > j8 subumbellatum. Ceux qui les verront en meilleur état décideront si te sont des espèces ou des variétés.

J'ai reçu , grâce àTobligeance de M. Bentham , deux autres fragmens de ce même envoi de la Terre de Feu (Statenland des Anglais), qui mér ritent encore une courte notice.

i4 MEMOIRE VI.

Ils ont de commun entre eux d'avoir des rameaux courts et alternes, qui portent les fleurs sur le côté antérieur, et se terminent par une feuille solitaire, ovale ou obovée, articulée sur le sommet du rameau. Le premier est un petit végétal parasite qui ne ressemble pas mal au Gui , ou surtout au Misodendrwn; ses rameaux latéraux, au lieu d'écaillés, ont de véritables feuilles terminales, obovées, obtuses au sommet, un peu rétrécies à la base , planes et sans nervures vers le haut de ses branches : au-dessous de la feuille on voit naître un petit épi portant trois à cinq fruits jaunes ovoïdes couronnés comme dans le Misodendrum. L'analogie de cette plante avec la précédente m'a engagé à la placer provisoirement, et avec doute, dans le Misodendrum, sous le nom de M. brackystachjrum.

La dernière plante que je mentionnerai ici provient aussi de Statenland, et est aussi, dit-on, parasite à la manière du Gui; mais sa structure est si bizarre , que je ne puis la démêler sur le petit fragment qui m'a été envoyé. Ce fragment offre un rameau grêle un peu anguleux, qui émet de chaque côté et sur le même plan de petites branches qui se terminent au sommet par une feuille ovale, oblongue, obtuse, sans nervure moyenne, et munie sur les bords de quelques dentelures en scie; sur le côté supérieur du ramuscule qui soutient cette feuille naissent quatre fleurs sessiles dépourvues de bractées. Chacune se compose d'un tube cylindrique strié ou un peu sillonné, tronqué ou à peine denté au sommet. Du fond de ce tube , qui a à peu près 2 lignes de longueur, naissent 3 filets grêles blancs, filiformes , trois ou quatre fois plus longs que le tube , hérissés dans tonte leur longueur par des espèces de poils scarieux, étalés ou recourbés; l'extrémité de ces filets se termine par un corps grêle allongé, presque linéaire, de couleur jaunâtre et d'une apparence calleuse. Ce tube est-il un calice, et ces filets des étamines stériles? Ce tube serait-il le péricarpe du fruit, et les filets représentent-ils ceux du Misodendrum punctulatum beaucoup plus allongés? Cette plante serait- elle l'individu mâle d'un Misodendrum? appartient - elle à une famille toute différente? Je l'ignore entièrement; mais l'analogie de nature de ces filets pappiformes avec ceux de la première espèce , et ceUe du feuillage avec la seconde , m'engagent à la placer à leur suite. Je ne la mentionne que pour attirer sur elle l'attention des voyageurs.

LO*À&<mÂGÉÊS.

■ Lé'geni* LoHtothuSj tel qu'il est encore àdrfck par te* âtrtetirs, s* distingue sans peine 4« Vtseum; les fleurs y sont presque totojburè hermaphrodites > k nombre des parties y Tarie de 4 à 8. Le^ anthères sont à dëu± lo^ toujours soutenues sur tics filets bien distincts; adtfés dû pétale* vettï^ base et fibres vers le Sommet; enfin le style y est' bien distinct, quelquefois même très long. À ces caractères exacts, on peut ajouter que les pétâtes; de la fleur sont plus colorés et plus développes 'que dans les 1 Guis, et'soUVetft' soudés à des degrés divers.

On doit exclure du genre Loranthus :

> r*. Les i. quadrangidnrisyviscifolius^ t&rulosusj piperitUs et angustir folius de Kunth, qui, d'après l'opinion de M. Sprengel et la mienne, appartiennent h la seconde section des Guis ;

a°. Le Lé nutans de Sprengel doit être exclu du genre d'après MMi de Chamisso et de Schlectendal ; mais sa place réelle n'est pas connue.

Après ces éliminations il reste dans le genre a5o espèces, dont 45 pèt- 1 rais&ent dans le Prodromus pour ta première fois.

On trouve dans le tome VII du Systema vegetabibum de M. SchulteS une monographie des Loranthus fort supérieure à tout ce qu'on possédait auparavant , soi t pour le nombre des espèces décrites, soit pour Tétendûè et l'exactitude des descriptions; Mais , malheureusement y M. ' Schukès n'ayant pas eu connaissance du travail inséré à peu près k la ïtrême époque dans l*rLinruea, par MM. de Chamisso et de Schlectendal, a négligé trop souvent dans ses descriptions d'indiquer Imposition des anthèrefe relativement au filet , et de râlrtrfe, trop imbu des principes et plu s^ en cote des 'habitudes de l'école Linnéenne sur le nombre absolu des parties, il a rangé ses Loranthus d'après ce principe, qui tend à fcéparet* defe 'espèces ; semblables et àr en rapprocher d'hétérogènes. Ces deux motifs éxpltquëhôùt ' powrqfcoi, tout en rendant pleine justice k cet utile thtvàil , je itfai pfci 1, me conformer à Tordre général et eut 1 divisions proposées' par ce bb- ' taniste. Quelques tentatives ont été Élites récemment pour diviser lés Loranthus en plusieurs genres /et il feut avouer qfte le n&tibre de» bars espèce* et» la dnpetàté de te^'formes' 1^ doit i 1» justifier *iïx

tf .MÉMOIRE VI;..-

yeux de ceux mêmes qui n'en admettent pas les résultats. Ainsi , M. Presl a sépare du Loranthus, sf^ gen^e Spir^tylis^io^é tyiv ce que le style s'y tortille en spirale dès sa base ; M. Blume a propose d'établir aux dépens du Loranthus les genres Eljtranthe , Lepeostegeresi et Lojcanthera.Xaxfme qu'à l'exception de ce dernier les trois autres genres proposés me paraissent reposer sur des caractères trop spéciaux pour pouvoir être çdmis au rang de caractères génériques; si on les admettait, il faudrait faire au moins trente} genres des Loranthus çopnus, ce qui serait embarrassant et prématuré* J'examinerai donc ici les diverses divisions et subdivisions qu'on peut établir dans le Loranthus, et jusqu'à quel degré il convient de les considérer, dans l'état actuel de la science , ou comme des sections ou comme des genres.

Les Loranthus diffèrent essentiellement des Guis par leurs anthères stipitées à deux loges; il est donc évident que les anthères méritent dans cette famille l'attention des observateurs. MM. de Chamisso et de Schlectendal ont en effet remarqué qu'elles se présentent sous trois états , ou adnées au filet, ou terminales dressées et attachées par la base , ou terminales oscillantes et attachées par le milieu du dos. Ces trois états des anthères sembleraient devoir former trois divisions fondamentales des Loranthus , et le feront peut-être un jour; mais dans l'état actuel des choses je n'ai pas osé séparer encore les Loranthus à anthères adnées de ceux à anthères dressées. En effet, cette différence pourrait bien ne tenir qu'à la largeur plus ou moins grande du connectif , et le petit nombre des espèces à anthères adnées que je connais ressemble tellement à d'autres dont les anthères sont dressées , que je n'ai pas osé les séparer trop complètement. Quant aux espèces à anthères attachées par le dos , j'en ai , dès l'origine de mon travail, fait une section sous le nom de Notanihera ; dès» lors M. Blume en a fait un genre sous le nom de Loxanihera, que j'ai conservé comme nom de division ; mais je continue à ne considérer encore les Loranthus, k anthères attachées par le dos que comme une section, à cause d'un certain nombre d'espèces du Brésil, qui, par la petitesse de leurs fleura et leurs anthères ovales , se rapprochent trop des Loranthus à anthères dressées. ,

Après les anthères, c'est dans les corolles que j'ai trouvé les meilleurs caractères, Pargii les Loranthus a anthères dressées ou adnées, je trouve

LORANTHACÉES. 17

trois sortes de corolle : i°. celles à pétales égaux entre eux et distincts jusqu'à la base; a°. celles à pétales égaux et soudés jusqu'au milieu ou audelà ; 3°. celles à pétales soudés au-delà du milieu , mais inégalement et de manière à ne pas laisser une fissure latérale dans le tube de la corolle, comme dans les Lobelia.

Ces caractères de la corolle , combinés avec ceux des anthères , me fournissent quatre sections ou sous-genres , savoir :

Eulorànthus. Anthères adnées ou dressées. Corolle à pétales libres.

Symphyakthus. Anthères dressées* Corolle à pétales soudés également en tube.

Scurruia. Anthères dressées. Corolles à pétales inégalement soudés en un tube fendu latéralement.

NoTAftTHERA. Anthères attachées par le dos. Corolle à pétales presque libres ou soudés également.

On pourrait, je le sais, ériger immédiatement en genres ces quatre divisions, et il y a bien des familles où les genres admis ne sont pas si bien caractérisés ; mais je pense qu'il est plus utile de conserver encore le genre intact, parce qu'il existe encore un assez grand nombre d'espèces dont les anthères ne sont pas décrites ; a°. parce que les espèces brésiliennes à anthères ovales un peu oscillantes semblent tenir le milieu entre la première et la quatrième division ; 3°. parce qu'il importe de s'assurer si les espèces à anthères adnées doivent être séparées de celles à anthères dressées; 4°. parce que chacune de ces grandes sections présente des sous-divisions dont les caractères sont tels qu'ils pourraient peut-être à aussi juste titre former des genres : c'est ce qui résultera de l'examen détaillé de ces quatre sections.

La première section , dont les deux premières figures de cette dissertation offrent des exemples , comprend 77 espèces distribuées en huit articles; les trois premiers, très nombreux en espèces, sont originaires d'Amérique; les cinq derniers appartiennent à l'ancien monde. Passonsles rapidement en revue.

§• I. L. clandestins.

Leurs fleurs sont très petites , à 4 parties ; leurs anthères sont ovales. Les auteurs ne désignent point leur mode d'adhérence. Je les rapporte ici par analogie, à cause de la petitesse de leurs fleurs; il n'y a que 3 espèces.

§. II. L. stachyanthes .

Corolles petites à 6 parties. Fleurs en épi sessile le long de Taxe, ou enfoncées dans des cavités de l'axe. Souvent 5 bractées libres ou soudées à la base de chaque fleur. Si le nombre des parties rapproche le premier paragraphe des Viscum 9 ce second se rapproche des Viscum d'Amérique par la position des fleurs. Les espèces qui le composent se ressemblent bien ensemble , mais pour quelques unes du Brésil les anthères ne sont pas décrites.

§. III. L. protostélides •

Différens de l'article précédent par leurs fleurs pédicelles en grappe ou

en panicule, presque toujours ternées, sessiles au sommet des rameaux

latéraux de la grappe et munies de trois bractées. C'est à cette division

nombreuse et tout américaine qu'appartient le Stelis de Lœfling, nom

que Linné a transporté à un genre d'Orchidées. Je dois rapporter ici, entre

plusieurs espèces bien connues, un grand nombre d'espèces du Brésil à

anthères non décrites.

§. IV. L. viscoïdes.

Je rapporte ici le seul X. Europœus, remarquable par ses fleurs dioïques et ses anthères évidemment adnées. On serait tenté d'en faire un genre , si son affinité avec l'article suivant pouvait le permettre.

§. V. L. odorans.

Cet article se compose du seul L. odoratus de l'Inde; ses fleurs ressemblent à celles du L. d'Europe , mais elles sont hermaphrodites et ont les anthères dressées. Ses corolles sont régulières k 6 pétales ; les fleurs en épi, enfoncées dans les cavités comme dans les Stachyanthes, avec lesquels cette espèce devra peut-être se confondre.

§. VI. Z. bréviflores.

Us sont originaires de l'Inde ; leurs corolles sont à 4 ou 5 pétales bancaires, leurs anthères adnées, leurs fleurs en grappe ou en panicule, munies à leur base d'une bractée unique en forme de capuchon. Si l'on se référait aux seules anthères, cet article se grouperait avec le L. Europœus; mais celui-ci me paraît en vérité plus voisin des Stachyanthes et des Odorans.

LORÀNTHÀCÉES. 19

§. VII. L. stylifëres.

Les espèces sont de l'hémisphère austral; les corolles à 4~ 5 pétales

allongés , linéaires; les anthères dressées; les styles longs , filiformes et

persistons; les fleurs en grappe ou en cime, munies chacune d'une

bractée concave. Ce groupe est très naturel* ( Voyez les PI. I et 77 de ce

Mémoire. )

§. VIII. L. onguiculés.

Cet article , composé de 3 espèces de l'Inde, se distingue à ses corolles à 4-5 pétales épais et triangulaires à leur base. D'ailleurs l'inflorescence est semblable à celle des trois articles précédens.

Toutes les «speces de cette première grande division se ressemblent par leurs fleurs assez petites, verdâtres et peu colorées. Les espèces a fleurs ternées, munies de 5 bractées libres ou soudées , qui sont presque toutes américaines , mériteraient peut-être de former une section distincte si ce caractère était bien uniforme.

La seconde série des Loranthes , ou la section des Symphyanthes, diffère de la précédente par ses pétales soudés également entre eux et par ses anthères dressées , mais jamais adnées : Les Planches III , IV, V et VI de ce Mémoire en offrent des exemples. Elle se compose de 33 espèces de l'ancien continent , plus disparates entre elles que celles de la première série, et que j'ai dû grouper sous six articles pour faire sentir leurs différences.

§. 1. L. anguUflores. (VojmJPl. III.)

Les corolles sont formées par six pétales soudés au-delà du milieu en

un tube relevé pairâc crêtes saillantes , et souvent renflés à la base. Il j a

3 bractées soudées sous chaque fleur. Cet article comprend 1 3 espèces de

l'Inde , qui m'ont été communiquées par MM. Blume et WalUch* Ce

groupe est très naturel, et fera peut-être un genre, si jamais on divise les

Loranthus.

§. IL L. rigidiflores. (Voyez PI. III.)

Les corolles sont à 5 pétales soudés en un tube un peu resserré k la base, et légèrement pentagone au sommet. U n'y a qu'une bractée sous chaque fleur.

*o MÉMOIRE VI.

§. III. L. à cupules.

Les corolles sont à 5 parties comme dans l'article précédent , mais très petites; le tube du bouton est cylindrique à sa base, un peu pentagone au sommet; l'anthère est dressée, tronquée k sa base et s'ouvrant de côté; k la base de chaque fleur se trouve une bractée en forme de cupule qui enveloppe l'ovaire. Cet article se réduit à une seule espèce découverte en Afrique par MM. Leprieur et Perrottet.

§. IV. L. lépéos légères.

Les corolles sont tubuleuses, k 5 ou 6 lobes; les fleurs réunies plusieurs ensemble , sessiles dans un involucre de plusieurs bractées. Toutes les espèces sont de l'Inde. M. Blume propose d'en faire un genre sous le nom adopté; mais ce genre serait uniquement fondé sur l'inflorescence, et si on l'admettait , il faudrait élever toutes mes sous-divisions au même rang.

§. V. L. éljtranthes.

Les fleurs sont tubuleuses et à 6 divisions linéaires; les fleurs sessiles et k deux paires croisées le long d'un axe très court, munies à leur base de 3 bractées caduques. M. Blume fait un genre de la seule espèce de cet article, dont la découverte lui est due. Les mêmes réflexions que celles relatives k l'article précédent m'empêchent encore de l'admettre.

§. VI. L. graciUJlores. (Voyez PI. VetVI.)

Les corolles sont grêles, cylindriques, tubuleuses, terminées par 4 lobes courts et oblongs; les fleurs sont en grappe, ayan^phacune une seule bractée à leur base. Cet article se compose d'espèces ae l'Inde très semblables entre elles, et qui feraient un genre naturel si on se décidait à diviser les Loranthes jusque dans leurs dernières ramifications. Je laisse encore à la suite de cette sous - division une espèce fort singulière, le Z. cuneatus de Wallich, et probablement de Heyne. Elle a une corolle en tube cylindrique non divisé en lobes, mais ouvert au sommet par un trou arrondi; les anthères sont réunies eçtre elles et avec le stigmate t par une espèce de gluten visqueux, de telle sorte que j'ai encore quelque incertitude sur leur nombre; elle a d'ailleurs le port du Z. graciliflore, mais

LORANTHACÉES. ai

devra probablement former une section distincte. Ainsi il serait aisé de faire six ou sept genres des six articles des Loranthes k pétales également soudés entre eux et à anthères dressées; mais je crois cette division inutile, ou tout au moins prématurée.

La troisième série, que je nomme Scurrula, d'après le L. Scurrula, qui en est comme le type, est, de toutes mes sections, la plus naturelle et la plus homogène : les Planches VII, VIII et IX de cette dissertation en présentent des exemples. Elle se compose de 4$ espèces, toutes originaires de l'ancien monde ; leur corolle est formée de 4 ou 5 (jamais 6) pétales soudés inégalement en un tube fendu sur le côté, comme dans les Lobelia : ce tube est souvent renflé de côté à la base ; les filets des étamines' sont soudés avec le tube de la corolle dans une grande partie de leur longueur; les anthères sont dressées et oblongues; les fleurs en général assez grandes et colorées. Les Scurrula se distinguent en deux articles , selon que la corolle est à 4 ou 5 parties ; mais les espèces se ressemblent tellement , qu'il n'y a aucune autre observation à faire sur ces articles. Les Scurrula forment, dans mon opinion , un vrai genre bien prononcé , et si je ne l'ai pas encore admis, c'est pour ne pas innover partiellement sur un objet aussi difficile.

La quatrième série comprend les Nonanthères ou Loranthes à anthères attachées par le dos (comme on le voit dans la Planche X). Le nombre des parties y varie de 4 à 8, mais est le plus souvent de 6 ; les fleurs sont généralement très grandes, quelquefois longues de plusieurs pouces. C'est à cette série que se rapportent les Loranthes à racines rampant sous l'écorce des arbres, et ceux qui ne sont pas parasites. Les espèces de cette série sont au nombre de 66, toutes originaires d'Amérique, excepté une qui est originaire de la Nouvelle- Hollande, et une autre (Loranthus Loxanthera) que M. Blume a découverte à Java, et dont il a fait le type de son genre Loxanthera. Il importe de remarquer que cette espèce asiatique diffère de toutes les Nonanthères américaines en ceci, que la sommité du filet est courbée, un peu épaisse, et semble se dilater au point d'attache sur le dos de l'anthère, de sorte que celle-ci , quoique attachée par le dos , n'est pas réellement oscillante, tandis que dans toutes les autres, pour lesquelles le nom d' Oscillanthera convient bien, le filet est droit, aminci en alêne à son extrémité, de telle sorte que l'anthère n'y adhère que par un point

et est entièrement mobile. Je forme donc du Loxanthera de Blume une sous-section rejetée à la fin du genre, et je divise les Oscillanthères, toutes américaines , comme suit :

§. I. Ose. tétramères,

Dont les corolles sont divisées jusque très près de la base, en 4 lobes. Il n'y a ici qu'une seule espèce, le L. tetrandrus.

§. II. Ose. pentamères; Dont les corolles sont plus ou moins profondément divisées en 5 lobes.

§. El. Ose. calanthées (voyez PI. X),

Dont les corolles sont à 6 parties et toutes très grandes, c'est-à-dire de

i à 6 pouces de longueur. Ce beau groupe se compose de 27 espèces très

remarquables.

§. IV. Ose. micranihées ,

Dont les corolles sont aussi à 6 parties, mais très petites, c'est-à-dire de 2 à 6 lignes de longueur. C'est ici que se rangent les espèces brésiliennes à anthères ovales, dont j'ai parlé plus haut, et qui se rapprochent si fort des ProtostéUdes . C'est ici encore que je rapporte le Spirostjrlis de Presl , uniquement distingué par son style roulé en spirale. Ce caractère n'a pas été admis pour séparer Ylngazjgia des autres Inga , quoiqu'il y soit très prononcé (voyez DC, Mém. Lég. 9 PI. LXV)j et dans la famille des Loranthées le style présente si peu de caractères, que ce n'est qu'avec doute qu'on doit admettre son importance dans les divisions

génériques.

§. V. Ose. taguanées.

Dont les fleurs ont de 6 à 8 parties , et qui ne sont point parasites , mais arborescentes. Une des espèces de cet article habite la Nouvelle- Hollande.

Après tant de divisions et de sous-divisions, je dois avouer qu'il reste encore dans les livres ou dans mon herbier a 8 espèces de Loranihus, que, faute de documens suffisans, je ne puis rapporter à aucune de ces sections. Dans cet état de choses , et avec les incertitudes que j'ai exposées en parlant des 22 groupes établis plus haut, j'ai cru plus convenable de con-

LORANTHACEES. *3

server le genre liiuiéen dans son intégrité , jusqu'à ce que du moins ces doutes soient le y es. C'est pour y parvenir que je présenterai h la fin de cette notice quelques considérations générales adressées surtout aux voyageurs.

§. VI* Du genre Schœpfia.

Les Loranthes et les Guis composent les vraies Loranthacées ; mais il est difficile de ne pas placer à leur suite le genre nommé Schœpfia par Schreber, Codonium par Vahl, et Hœnkea dans la Flore du Pérou. 11 se rapproche du Loranthus par ses fleurs hermaphrodites, munies à leur base de 3 bractées soudées entre elles ; par son calice adhérent et à limbe tronqué; par sa corolle tubuleuse à 4 ou 5 lobes, dont l'estivation est valvaire , et enfin par ses étamines placées devant les lobes de la corolle et soudées avec le tube par la partie inférieure des filets. 11 se rapproche en partie des Loranthes à anthères adnées , par la conformité de ce caractère, et des Loranthes en arbre, parce que ses espèces ne sont pas parasites. Mais le Schœpfia se distingue des autres Loranthacées par le stigmate à 3 lobes, Fovaire à 3 loges et le fruit drupacé à noyau triloculaire. Cette différence disparaîtrait, si l'ovaire des Loranthus, observé très jeune, paraissait à 3 loges , comme il semble que cela a lieu dans le L. dodoneœfolius. Ce genre se compose de 4 espèces : a américaines dont la corolle a le tube ové et la gorge nue, et 2 asiatiques où le tube est cylindrique et la gorge velue. L'excellente description que M. Wallich a donnée de Tune de ces dernières a beaucoup contribué à faire bien connaître ce genre.

§. VIL Généralités et Conclusions 4

La distribution géographique des 3i8 Loranthacées, dont la patrie est bien connue, peut s'exprimer par le tableau suivant:

Amérique Europe. Asie. Afrique. Anstralari* méridionale, septentrionale.

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