RÉSUMÉ
La folie est toujours une affection exclusivement cérébrale, mais elle peut reconnaître pour cause des affections organiques ou des troubles fonctionnels dans les différentes parties du corps. L’innervation est tantôt affectée directement dans sa partie centrale; tantôt la partie périphérique, lésée la première, détermine médialement dans l’encéphale, par une transmission mystérieuse, des troubles fonctionnels plus ou moins intenses.
La folie sympathique est moins rare que ne l’admettent beaucoup d’auteurs, en France et à notre époque ; elle a pour origine des malad ies chroniques locales plus ou moins graves. Si quelques auteurs ont à peine entrevu cette cause , c’est faute de s’être entourés de renseignements suffisants, d’avoir convenablement exploré l’état
des organes et des fonctions , et d’avoir su démêler, au milieu des conceptions délirantes des malades, ce qui était l’effet d’une souffrance réelle.
De nouvelles recherches , faites en dehors de toute opinion préconçue, sont nécessaires pour établir la fréquence de la folie sympathique et la proportion relative des causes morales et des causes physiques en général.
La folie sympathique affecte particulièrement la forme du délire partiel mélancolique, plus rarement celle de la manie.
Il n’est pas encore bien démontré aujourd’hui que les troubles intellectuels présentent des caractères particuliers, selon l’affection organique que la maladie cérébrale reconnaît pour origine.
L’observation prouve que les névroses intellectuelles sympathiques peuvent avoir pour point de départ : des lésions ou des troubles fonctionnels de l’estomac, des intestins grêles, du gros intestin, du foie, de l’utérus, des organes génito-urinaires, beaucoup plus rarement du cœur et des poumons. On ne sait rien de bien précis sur l’influence de la rate et du pancréas. Des corps étrangers, des larves ou insectes développés au milieu des tissus ou des cavités naturelles, deviennent aussi des causes productrices de la folie sympathique.
Le traitement doit être dirigé à la fois contre le point de départ du centre d’irradiation morbide et contre la névrose cérébrale ellemême.
Il peut arriver que la folie par consensus ne disparaisse pas avec la cause organique qui l’a produite , surtout si la maladie est déjà ancienne. C’est qu’alors la modification sympathiquement déterminée dans les centres nerveux est devenue trop habituelle, trop profonde; elle domine l’organisme et ne subit plus l’influence de l’affection éloignée dont elle était d’abord le retentissement.
Le pronostic est plus favorable dans la folie sympathique que dans la folie idiopathique, à moins que la lésion organique extra-cérébrale ne soit elle-même au-dessus des ressources de l’art.
OBSERVATION lre (1).
Gastro-entérite chronique {manie intermittente')', guérison (2).
Frédéric M..., sellier carrossier, âgé de 48 aDS, d’une famille saine, d’uue santé délicate , sujel à la constipation , toussant souvent le matin , surtout en hiver, se plaignait fréquemment du bas-ventre, et y éprouvait un sentiment de gène et d’embarras. Naturellement doux, modeste et très-sobre, il vivait en bonne harmonie avec sa femme, et n’avait d’ailleurs aucun sujet qui pût lui donner du chagrin. Depuis longtemps il suivait un régime irrégulier, et ne mangeait qu’une fois par jour, à six heures du soir. Un mois avant sa maladie, il avait perdu l’appétit, mangeait très-peu , buvait peu de vin , et se plaignait souvent de douleurs dans l’estomac. Trois jours avant de tomber malade , saignement de nez qui se renouvelle une fois chacun de ces jours.
Vers le commencement d’août, il fut un jour très-effrayé en voyant une rixe violente et sanglante qui eut lieu entre des ouvriers.
Au commencement du mois de septembre 1822, langue blanche, épaisse; mauvaise bouche ; nausées; malaise général , courbature, pouls fréquent. (Boisson délayante.) La nuit, sueur abondante, fièvre forte.
Le 9, ou lui donne 5 pilules drastiques de Clérambourg , qui ne provoquent point de selles, mais le jettent dans un étal déplorable; il semble qu’il soit sur le point d’expirer. Chaleur brûlante; soif ardente. (6 pintes de tisane , plusieurs lavements.) Trois jours après, il mange une soupe et de la chicorée , boit de l’eau rougie, aromatisée avec l’eau de fleurs d’oranger. Il tombe ensuite dans un état très-alarmant, devient pâle et défait, a des selles bilieuses et glaireuses, et un redoublement à midi. Lorsque ces symptômes diminuent d’intensité, il est très-exigeant, et appelle sans cesse sa femme.
Le 20 , à six heures du malin , vin de quinquina. Le soir, à six heures, sueur abondante; impossibilité de garder aucun vêtement sur lui; agitation. Plus tard,
(1) Thèses de Paris, J. Bayle, 1822.
(2) .l’avais réuni un grand nombre d’observations de folie sympathique développée sous l’influeuce des causes les plus diverses, .le me proposais de présenter à la fin de mon travail un résumé succinct de chacune d’elles. Le temps m’a fait défaut , et je me suis borné à prendre un peu au hasard quelques-unes des observations que j’avais choisies, et à les ajouter à la fin de ce mémoire , à titre de démonstration.
assoupissement qui dure trois heures , au bout desquelles il se lève en fureur, crie qu’ou l’assassine , qu’on veut l’empoisouner, le tuer; agitation violente; incohérence dans les propos.
Le 21, il est conduit à l’hôpital de la Charité, d’où il est renvoyé comme aliéné. Depuis ce jour, accès très-fréquents de manie, qui durent une demi-heure, trois quarts d’heure; refus des aliments; intervalles de calme, pendant lesquels il est assoupi ou abattu, et à moitié raisonnable. — 24 sangsues.
Le 23, il entre à la Maison royale de Charenton. Pendant la nuit suivante , il crie, vocifère, frappe à la porte.
Le 24. Calme; refus de répondre et de montrer sa langue; mais un momeut après il parle; langue très-rouge sur les bords et à la pointe, blanchâtre à sa face supérieure; chaleur intense à l’épigastre; douleur lorsqu’on comprime celte région; dévoiement; pouls très-fréquent. La nuit d'après, accès de manie, loquacité; incohérence dans les idées; agitation. Il sort de son lit, renverse et culbute tout ce qui se trouve dans sa chambre. (Camisole) Vers la fin de la nuit, sueur très-abondante qui mouille entièrement sa chemise, et est accompagnée de la diminution progressive du délirç. — 15 sangsues à l’épigastre; tisane d’orge; diète.
Le 25 au matin, il jouit de toute sa raison, reconnaît son état, et demande par* don de ce qu’il a fait; il dit qu’il n’est pas maître de son transport; que, lorsqu’il est sur le point de vomir, il a un goût désagréable daus la bouche, éprouve de fortes nausées, et sent quelque chose qui part de son estomac, remonte à la gorge, et s’empare ensuite de la tête. Langue moins rouge, blanchâtre; goût de bile dans la bouche; envies de vomir par moments ; dévoiement très-abondant accompagué de douleurs dans l’abdomen; pouls très-fréquent; peau chaude; continuation de la sueur. — 12 sangsues à l’épigastre.
La nuit suivante, accès de manie semblable aux précédents.
Le 26. Deux accès précédés et accompagués des mêmes symptômes gastriques. Après la cessation du dernier, il sent la fièvre diminuer peu à peu , et sortir en quelque sorte parle bout des doigts; bouche mauvaise; pouls fréquent; dévoiement.
Le 27. Accès de courte durée; continuation des symptômes fébriles.
Le 28. Il parle beaucoup, pousse par moments des vociférations; se met à genoux; veut courir tout nu, et se livre à mille extravagances. La nuit d’après , état de calme et de raison. — Orge gommée ; diète.
Les 29 et 30. Même état.
Le Ier octobre. Agitation par moments.
Le 2. Calme; langue rouge; pouls fréquent; dévoiement.
Le 3. Même état; pouls moins fréquent.
Le 4. Amélioration de tous les symptômes; dévoiement moins fréquent.
Le 5. Même état.
Le 6. Mieux sensible; même état jusqu’au 9.
Le 10. Agitation dans la nuit. Il se remet dans son lit ; parle beaucoup; se plaint de nausées; craint d’être sur le point de mourir; continuation du dévoiement; pouls naturel; langue blanchâtre.
Le M.Cessalion du dévoiement; pouls un peu fréquent; sentiment de faiblesse; nulle altération des facultés; désir très-vif de retourner dans sa famille.