OBSERVATION II
si f fiction chronique des voies digestives ; mélancolie , excitation maniaque ;
autopsie (1).
M'ne J..., âgée de 49 ans, a eu une de ses cousines germaines aliénée; vers le milieu de 1817, elle cessa d’être réglée; dans le mois d’octobre de la même année, sa tète se dérangea; elle fut prise d’un délire maniaque, accompagné d'une agitation violente qui la portait à détruire ce qui tombait sous sa main , à effiler • son linge, à se décoiffer, se déshabiller, sortir nue dans la rue : le plus souvent elle était calme, tranquille, morose et dominée par des idées tristes qui naissaient du dérangement de ses digestions, et des douleurs qu’elle éprouvait depuis longtemps dans l’abdomen.
Depuis le milieu de 1818 environ, elle est dans un état de mélancolie accompagnée de légers paroxysmes d’agitation, et d’un affaiblissement considérable des facultés ; elle attribue l’état de malaise général , dans lequel elle a toujours été depuis le commencement de sa maladie , aux aliments qu’on lui fait prendre, et qu’elle regarde comme jouissant de qualités malfaisantes, ou comme empoisonnés. Cette idée la domine habituellement, et ne lui laisse aucun repos; elle se plaint de douleurs très-vives dans la région épigastrique, refuse les aliments, est presque toujours constipée , et ne dort pas ; elle a par moments la conscience de son état ; il y a cinq jours, on lui a donné 15 grains d’ipéca, qui ont produit des vomissements copieux sans améliorer sou état.
Le 4 février 1819, entrée à la Maison royale deCbarenton. Pendant les quinze premiers jours, face jaunâtre, altérée et pâle; mélancolie profonde, avec un état d’affaiblissement de l’intelligence et des idées incohérentes; souffrances géué-
(1) Thèses de Paris, .1. Bayle, 1822.
raies, craintes continuelles d’ètre empoisonnée, d’avoir une indigestion; refus des aliments ; plaintes d’éprouver une lassitude universelle ; des douleurs violentes dans l'épigastre, sur lequel elle tient souvent la main pour montrer le siège de son mal; langue rouge, constipation, pouls fréquent; en même temps, incohérence dans les idées, agitation par moments, insomnie.
Vers la fin de ce mois , et pendant celui de mai s , désordre plus considérable des facultés, délire général, agitation violente, surtout la nuit; elle parle sans cesse, sort de son lit ; pleurs , cris et délire; on éprouve la plu* grande difficulté à la contenir; en même temps, incohérence complète des idées comme des mouvements, sans aucune idée dominante.
Vers le commencement d’avril, diminution et bientôt cessation entière de l’agitation ; traits de la face profondément altérés et grippés; nulle réponse aux questions qu’on lui fait, ou réponses incohérentes ; langue très-rouge; diarrhée abondante ; pouls petit et fréquent, amaigrissement rapide ; au bout de quelques jours, chute complète des forces; mort le 17.
A l’autopsie, on trouve de la sérosité dans les ventricules du cerveau ; le parenchyme cérébral est résistant et injecté. L’estomac retiré sur lui-même, offrant une couleur d’un rouge brun, très-intense et uniforme dans toute son étendue, excepté le long de sa petite courbure, et autour du pylore ; l’intestin très-rélréci, contenant des mucosités sanguinolentes, sous lesquelles la membrane muqueuse est rouge, et offre un petit nombre d’ulcérations ; glan les mésentériques engorgées, ayant acquis environ le volume d’un pois à la moitié d’une amande.