OBSERVATION XV
aliénation mentale sympathique de la présence des vers intestinaux ; autopsie.
Un jeune homme de 17 ans, au milieu d’un état d’affaiblissement profond, fut pris tout à coup d’un violent accès de délire avec convulsions cloniques générales. Deux jours après son admission à l’hospice des Aliénés, il évacua trois vers ascarides lombricoïdes. M. Vermeulen saisit l’indication et recourut immédiatement aux anthelminlhiques. Le premier jour, six vers ascarides sont expulsés, le deuxième jour, huit helminthes de la même espèce. Depuis ce moment le malade, de furieux qu’il était, devient doux , calme, docile, l’appétit reparaît, et l’amélioration est telle, qu’on le croil en convalescence. Le bien-être continue pendant deux mois, puis tout à coup le malade est pris d’un violent accès épileptiforme suivi de délire furieux. 2 lavements à l’asa fœtida calmèrent le malade, puis on revint à l’emploi des vermifuges; nouvelle amélioration, puis accès de fièvre intermittente, déliré, troubles de la digestion. Une potion anthelminthique provoque l’expulsion de douze vers lombricoïdes; le malade est soumis pendant quelque temps à un régime tonique et à l’usage des médicaments vermifuges. On le croyait dans un état satisfaisant, lorsqu’il succomba à une hémorrhagie intestinale.
A l’autopsie, on trouva du sang coagulé dans l’estomac et de plus une vingtaine de vers dans la cavité de cet organe dont la muqueuse était ramollie, et offrait des plaques d’un rouge brun, ulcérées, mais sans perforation.
L’intestin grêle et surtout le jéjunum contenaient un grand nombre devers. La muqueuse était ramollie sur plusieurs points, le cerveau et ses enveloppes n’offraient pas la moindre altération pathologique. ( Annales de la Société de médecine de Garni , 1855.)
OBSERVATION XVI l).
Lypémanie suicide ; troubles dans l’appareil digestif.
M. X..., âgé de 50 ans environ, avait été pris, pendant sa jeunesse, d’un accès de manie, dont il avait été guéri par M. Esquirol après plusieurs mois de traitement.
(1) Communiquée par M. le Dr Archambault.
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ii avait pu alors reprendre ses relations sociales, et en (830, il occupait une position élevée dans la magistrature. Une certaine exaltation s’était emparée de M. X... sous l’influence des événemens politiques , lorsque bientôt après se manifestèrent des symptômes de mélancolie avec penchant au suicide. M. X... n’avait rienàenvier aux heureux du monde, il avait de la fortune, une femme et des eufauts qu’il aimait, et lorsqu’il cherchait à se rendre compte de ses impulsions maladives, il ne comprenait pas comment il pouvait se laisser dominer par elles. II jouissait à peu près delà plénitude de ses facultés intellectuelles; seulement il avait perdu le sommeil, les digestions étaient pénibles et lentes. Dans cet état, le malade vint de nouveau se confier aux soins deM. Esquirol. Malgré les instances de M. X... , M. Esquirol , prenant d’ailleurs en considération la position sociale du malade, ne voulut pas le prendre chez lui , le trouvant mieux au sein de sa famille. On prit une maison de campague aux environs de Paris, et le malade reçut les soins du savant maître et deM. le Dr Archambault.
M. X... rendait parfaitement compte de son état à ses médecins. D’un esprit élevé, il s’entretenait avec eux de questions politiques, scientifiques ou littéraires qu’il abordait avec la plus grande nette lé. Si l’on faisait allusion à son délire impulsif : «Oui, disait-il, je suis bien eu ce moment ; je m’entretiens avec vous avec la plus grande liberté d’esprit, mais qu’un gaz se déplace dans mon abdomen, et me cause une sensation pénible, aussitôt l’idée du suicide survient, je cherche en vain à m’y soustraire, elle me domine aussi longtemps que je souffre dans l’abdomen. Je suis comme un oiseau blessé qui fatalement doit tomber aune certaine distance.» 11 n’y avait chez ce malade ni conceptions délirantes ni hallucinations; ce qu’il éprouvait, c’était un irrésistible besoin de se détruire se renouvelant aussi souvent qu’une sensation particulière se développait dans le tube digestif.
Ce malheureux parvint à tromper un jour la surveillance des siens; sous l’empire de son idée, il se coupa les veines jugulaires avec de petits ciseaux de femme.
L’autopsie, faite avec le plus grand soin par MM. les Drs Archambault et Leuret, ne révéla aucune lésion appréciable soit dans le cerveau et ses membranes, soit dans les organes de la digestion. M. le Dr Leuret a cité ce fait daus l’article 0 Suicide du Dict. en 15 vol.
La maladie mentale de M. X..., se renouvelant toutes les fois qu’une sensation pénible se développait dans l’abdomen, ne peut s’expliquer que par l’influence purement sympathique exercée sur l’encéphale, par un trouble momentané dans l’appareil digestif.