‹ Mémoire sur la fortification primitiveChapitre 1 sur 3 · TRAITÉ DE LA DÉFENSE DES PLACES FORTES · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE LA DÉFENSE DES PLACES FORTES

Quoique, dans tout le cours cI(*‘T!e-Trai44^ eu à cœur d’ôlrc compris par les personnes qui ont seulement les premières. notions de l’art militaire, j’ai pensé que la longueur seule de l'Ouvrage , et la nécessité où je me suis trouvé quelquefois d’entrer dans des discussions techniques , pourraient en interdire la lecture k un assez grand nombre ; et comme cependant , dans un sujet qui intéresse si fort la société tout entière , il importe que les connaissances ne soient pas concentrées dans un seul corps , je me suis attaché, ijans ce Discours préliminaire, k résumer, avec toute la précision possible, les principaux fioints de cette partie de 1 art , qui d ailleurs n’est point abstraite ; afin que tout le monde , même ceux qui n*cn

>j DISCOURS PRÉmilNAIRE. ‘

ont fait aucune étude , puissent en saisir l’esprit et en juger sainement. Je me propose donc, dans ce Discours , d’exposer en peu de pots l’état de la question qui fait le sujet de cet Ou\Tage, de faire connaître la situation actuelle des choses k cet égard , la nécessité reconnue d’y apporter des changemens , et ^ . enfin quels sont ceux de ces changemens qui paraissent les plus propres k l’améliorer.

C’est l’équilibre des forces militaires qui rend les états indépendans les uns des autres. Mais toutes les puissances ne pouvant mettre sur pied le même nombre d’hommes, cet équilibre ne saurait jamais subsister, que par des obstacles, soit naturels, soit artificiels, qui prêtent un point d’appui au plus faible, et retardent au moins linvasion de son pays, psqu’k ce que les autres puissances , intéressées au maintien de oet équilibre , aient réuni leurs efforts pour contro-balancer ceux de la puissance prépondérante. *

Si de grandes chaînes de montagnes, d’immenses forêts, des déserts arides, des marais impraticables, ou la mer, séparent les frontières de ces diflKrentes puissances, ces obstacles seront des fortifications naturelles , supérieures k tous les travaux de l’art ; mais si les lignes de démarcation sont établies au milieu de plaines fertiles, traversées par des communications

DISCOURS PRÉLIMIS AIRE. vij

Êiciles, il Êiudra- suppléer par des travaux d’industrie k ces défenses naturelles.

Des retranchemens continus, ou murûlles non interrompues, comme celle qui borne la Cliine au nord, seraient des ouvrages trop dispendieux, trop • difRciles.k garder dans toute leur étendue: et il suffirait • que l’ennemi les eût forcés en un point, pour qw d en fût le maître partout. Le besoin et la réflexion ont bientôt fait sentir, qu’il vaut mieux se borner k garder les points principaux par des places isolées, dans les* (|ucHes 011 rassemble tous les moyens nét^ssaires k une défense localte^ etqul^quuique séparées, n’en font pas moins l’elFet d’une ligne coninilTe t qia*«e que si l’ennemi voulait pénétrer dans les intei’vallcs, il se trouverait exposé k être harcelé sur ses derrières, et coupé par les garnisons de ces places, qui se répandraient dans ces intervalles, et rendraient la retraité impossible, ou du moins très périlleuse.

De semblables points d’appaii ne sont pas même inutiles au plus fort, parce que les autres puissances pourraient k son insu former des coalitions contre lui, l’attaquer k l’improvistc, ou proliter de quelques troubles intérieurs dans ses états, les susciter même, {X)ur y empêcher les levées, et l'organisation exacte (ju’exige toute force armée , quelque nomlireuse qu’elle soit. . a

viij DISCOUBS PRÉLEVflNAIRE.

L’expérience a prouvé qu’un cordon régulier de places fortes, distribuées convenablement sur les frontières, était le plus sûr moyen de prévenir ces crises, et de préserver les étals, de ces grandes et subites révolutions qui les bouleversèrent si souvent autrefois, et qui lx)ulevcrsent encore les pays qui sont entièrement dénués de fortifications ; que c’est par elles , qu’on est dispensé <l’avoir continuellement sur pied d’innombral>les armées, pour garder toutes les avenues du territoire j qu’elles empêchent les peuples civilisés de devenir la proie des bai'bares, et le sort des nations d’êli'e compromis par le mauvais succès d’une bataille; qu’elles maîtrisent jusqu’à un certain point les liasards, assurent la possession des passages importans , des ports , das entrepôts de su bsist ances, des gi’ands clablissentens de commerce; qu^îles^ préviëiïnënT une multitude de guerres, par la série des difficultés qu’elles laissent entrevoir aux conquérans, et les ressources qu’elles offrent à l’opprimé; qu’en un mot, suivant l’expression de Montécuculli, ce sont les ancres sacrées quisawent les étals.

G; n’est pas qu’on ne puisse abuser des places fortes, comme on almse des meilleures choses; mais leur institution n’en est pas moins Ixinne et utile , l’abus facile à éviter, et leurs inconvéniens généralement bien au-dessous des avantages qu’elles peuvent pro-^

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. ix

curer. Ce sont- les armes défensives des puissances,comme les boucliers le sont des individus : les lx)u-' cliers ne blessent point; ils ne font que parer les coups. Les places fortes sont de même essentiellement con-i servatrices, et seules sous ce rapport, paroii les grands instrumens de guerre , elles semblent être justifiées aux yeux de l’humanilé. • i>

Mais jx)ur que les places fortes puissent produire les heureux eÔets qu’on a le droit d’en attendre, il ,laut qu’elles soient inexpugnables k l’aide <le leur garnison, ou que du moins, elles puissent être assez longuemontrdéfendues,,pour. ôter aux ennemis l'envie de les attaquer. 11 faut aussi qu’eltüs'Tftrrapûsent point une fausse confiance , en laissant penser qu’elles ' peuvent SC défendre d’elles-mêmes. Il faut enfin , qu’elles n'aü'aiblisscnt point l’esprit militaire, qui doit toujours être puissamment maintenu dans chaque pays , pour que ce pays ne devienne pas le jouet des puissances étrangères , et pour qu’il soit dispensé du besoin d’être injuste ou astucieux envers elles.

Si les places n’étaient pas susceptibles d’une longue défense, elles ne rempliraient pas leur objet; car elles ne donneraient pas k celui qui serait attaqué, le temps de réunir ses propres forces ou celles de ses alliés contre l’agresseur. La place tomberait entre les mains

X DISCOURS PRÉLMCN'AJRE.

fie celui - ci , augmenterait encore sa force com- ])arative, et produirait , par conséquent, l’effet cliaméiralement opposé à l’équilibre qu’il s’agiÉ de maintenir.

Il faut savoir* maintenant, si les places telles qu’elles existent , telles que nous savons les défendre dans l’état actuel des choses , remplissent cette condi>tion Ibsidamentale. Or l’expérience prouve le contraire j car par le relevé des journaux de tous les sièges modernes, nous voyons que , sauf quelques exceptions rares> dues k des circonstances particulières,^ nos places médiocres ne peuvent tenir plusde ao jours, et les meilleures plus de 4o jours (*) : intervalle qui

(*) M. de Tanbii» I pg miinifim i» tant pour l’as-

ûegeant que pour rassi<%é , sur le pied Jo trente jours à peu près , de tranchée ouverte ; M. de Ckumontaingue , sur le pied de ao à 4<> jours , sui\ant la grandeur des places. Personne ne doute cependant que nos places du premier ordre , telles que Lille , MeU , Strasbourg , Luxembourg , Bergopaoom , no pussent tenir beaucoup plus long-temps , et l’expérience le prouve. Mais ces exceptions sont en très petit nombre , et viennent de ce que ces places ont des enceintes redoublées , ou des manœuvres d’eau , ou d’autres avantages tirés de la nature du site, ou enfin de ce qu’elles sont contreminÂes mais surV>ut de ce qu’en temps de wége cllc.s sont toujours pourvues d’une garnison, vigoureuse , et de tous les apprdvisionncmens dont elles ont besoin pour une longtic résbtance. II n’en est pas moins vrai de dire qu’en général , dans le mode actuel de défense , la durée movenne des sièges est de 3o jours an plus j et c’est M. de Cormontaingne lui-méme qui pose en princi[ie que le maximum est de .'(Or jours. >

DISCOURS PBÉUMlNAffiE. xj

ne suffit point pour ra8seml)ler des forces imposantes; surtout si les armées se trouvent employées à des expéditions lointaines.

11 n'cn était pas ainsi autrclois :les places fortes se défendaient pendant des années entières, et le plus souvent, api'ès de vains elidits, l'assiégeant se voyait obligé de lâcher prise, avec une armée totalement ruinée. Le siège d’une place était doue alors um* opération décisive, aussi bien pour celui qui l’entreprenait, que pour celui qui avait à le soutenir.

Tel était l’état des choses lorsque parut M. tlt* Vaulwn : elles <diangècent .bientôt de lace; \au- Ixin créa un nouvel art des attaques , atwajuae place ne put tenir contre scs procédés ; toutes succoml)èrent au terme à peu près dont nous avons parlé cidessus.

Mais cet illustre ingénieur, toujours occupé de l'attaque, ne fit rien d’important pour la défense: il construisit â la \éi’ité beaucoup de places neuves ; mais presque toutes avant que d’avoir fait ses grandes découvertes sur la science des attaques: elles ne furent tlonc pas disposées pour contre-balancer l’ascendant de son nouvel art, et ces nombreux monumens firent seulement connaître les ressources du génie de leur auteur, pour adapter la fortification au terrain, et profiter de ses avantages naturels; mais elles ne ré-

DISCOURS. PRÉLIMINAIRE

tablirenti point l’équilibre que M. de.Vaul)an avait rompu lui-même, et laissèrent, pour ainsi dire , regretter l'inexpérience où l’on avait été jusqu’alors.

Ses successeurs ont cherché k rét^lir cet équilibre sans -y avoir réussi; et de leur aveu, les changemens qu’ils ont faitâ;àisa manière de fortifier, . ne procurent pas aux places fortes une résistance sensi- ' bleinoit plus grande, que celle qui avait lieu aupiaravanu i. i., . . ,

(3ette brandie jde l’art, militaire est donc restée inférieure aux autres, et l’on sent chaque jour le be- -soin de ti’availler à la rétablir dans le rang qu’elle a perdu.

- ' Malheureusement, les talens supérieurs des hommes •qui s'en sont occupés sans succès remarquables, ont conduit k la persuasion commune que la chose est impossible. M. de \ auban lui-mème, obligé de changer de rôle sur la fin de sa vie, et de chercher de nouveaux moyens de défense, n’a laissé sur cela qu’un petit nombre d’idées éparses; et les travaux qu’il fit exécuter alors, portent le caractère d’imperfection de tous les arts iiaissans. Sa métliixle des attaques avait eu jiour objet et jx)uj‘ résultat, de ne pas laisser sur les remparts un seul pcMiit qui fût habitable pour les défenseui\s,et où l’on pût conserver une pièce d’artillerie. Il voulut alors rendre k l’assiégé ce qu’il lui avait ôté;

Diqitized by GooqK’

DISCOURS PRÉmUNAIRE. • xîij

il renouvela pour le mettre k couvert, l’emploi des casemates qu’on àvait abandonnées, il en fît établir d’une construction particulière k Landau et k Neufbrisach; mais elles n’atteignirent qu’imparfaltement le but qu’il s’était proposé, et laissèrent seulement voir quelles avaient été ses intentions.

Ses disciples, au nombre -desquels M. de CormOntaingne tint le premier rang^tont en affectant la plus scrupuleuse fidélité aux principes de leur maître, excluront néanmoins précisément celui de ces principes, que M. de Vauban avait regardé comme seul capable de rétablir l’équilibre- peïtluj les casemates fuient aliandonnées de nouveau, et décidément BSnfîle» des fortifications modernes. On imagina un uouveau système qui fut annoncé comme une simple modification de celui de Neuflirisacli , quoiqu’il en différât par ce point essentiel; on établit des formules pour calculer la durée probable des sièges , suivant la nature de leur tracé seulement, et sans y tenir aucun compte, ni des actes de vigueur que peut faire une garnison , ni des moyens que peut procurer la disposition des ouvi'ages, soit pour favoriser les coups de main , soit pour mettre l’artillerie k couvert; on décida, d’après ces formules, qu’on avait atteint le maximum de la perfection, et il fut en quelque sorte interdit d’autorité aux jeunes officiers du génie, de seli>Terk de nouvelles recherches

xiv- . DLSCOUÏIS PI^LEVIINAIRE.

sur la même question. Ç’esl ainsi que celle branche de la science inilitaii'e devint üne sorte de iransaciion tar.ite entre l’assiégeant et l’assiégé ; que des retirades métliodiques lixèrcfit répOt|ue précise de la eapilitlation poui’ cliaqae’ol’drc de forteresses; que ce ne fut plus l’art de défendis les places qui fut enseigné dans les- écoles, mais celui de les rendre honoraldement, après certaines formalités convenues.

Une réllexioit bien simple aurait dû ce]‘)cndani taire reconnaître tout de suite le peu de solidité des bases de ce calcul; c’est qu’il est établi en principe dans l’art militaire^ et pi-ouvé par nn grand nomln’e d’expériences, que toute place qui jxîut être ravitaillée k volonté , commç le sont ordinairement les ports de mer, est toujours très difllcile k prendre, quel que soit d’ailleurs le lîàcé'dîTSa Ibi'iillcaiîon. Il n’est donc pas NTai que ce l'pcé soit le seul ni même le principal élément de la défense. C’est au contraire un élément très secondaire; le principal, comme on le voit ]»ar le lait que nous venons de rapportei’, consiste dans la force de la garnison et le matériel des approvi-* sionnemens.

M. de Monlaleral^ert , qui n’était |X)int astreint k la discipline des ofliciers du génie , ressuscita le système des casemaU'S qu’avait voulu introduu'e ^L de \ aul>an, mais sur desjiases toutes dilfércntes et beaucoup plus

DiSGOtJRS PRÉLIMTNÀlïÆi xt

étendues; elles ne lurent plus dans sa l'ortiHcation une espèce d’accessoire, mais le principe •fondamental de toutes ses constructions; il prouva par des grîrtidqs expériences, que les défauts qui les avaien t fait proscrire pouvaient être corrigés, et que l’usage en était lacile. Cette découverte fit é|>oque, elle fut combattue avec d’autant moins d’urlianilé par les antagonistes de M. de Montalendjert , que la ‘raison n’était jias de leur côté.

Mais M. de Montalcmlx*rt , quoique d’un esprit inventif, ne tira de sa découverte aucun parti avantageux; et les applicariofre*qn'’il en iU. à k composition d’up grand nombre de systèmes , ne furent pôirîf'bén*euses. 11 se fia trop h la multitude de ses feux casematés jwur em-* pêcher les approches de l’ennemi; il neles.déroba point aux batteries de la camjiagne', ([u’il prétendit làire taire avec les siennes; sans préndre garde, que quand même il aurait eu la supériorilédu nombre des canons, les (defs de ses voûtes battues de plein-fouet, ne pouvaient manquer d’être bientôt détruites, sans cpi’il pût les rétablir, et que la quantité seule des munitions qu’il aurait fallu consommer pour arrêter les progrès de l’ennemi, était un obstacle învincible*k l’adoption de ses systèmes. Cependant la vérité fonda- #mentale a surnagé , et les casemates sont généralement

reconnues aujourtfliui par les ingénieurs eux-mêmes,

xvj DISCOURS PRÉLIMINAmE.

comme l’unique moyen de conserver rartilierie , et de sauver les défenseurs , sans lesquels une place , quelque parfaite qu’elle soit pai- elle - même , n’est plus qu’un corps sans ame, une machine sans moteur.

Mais, k quoi serviront ces casemates, si l’on ne parvient k les dérolier aux vues de l’ennemi ? Et si on ne les empêche d’êU'e vues par l’ennemi, comment le verrat-on soi-même, puisqu’il est évident qu’on ne peut voir sans être vu? Gomment fei’a - t - on lëu sur lui, sans recevoir ses coups réciproquement ? Comment enfin , |X)urra - 1 - on l’arrêter ou seulement ralentir sa marche ? Voilà le problème qui est maintenant k résoudre, et dont ^L de Montalembert ne s’est point occupé.

La solution de cè'problfcwc en vcepeiTdan t fort simple , et c’est l’un des deux points principaux qui servent de l)ase k ma nouvelle doctrine. Cette solution s’obtient tout simplement , en snbslituant des feux courl)es ou verticaux, tels que celui des mortiers et des pierriers, au feu direct des canons et de la mousquelerie. Car les premiers peuvent, étant casematés, tirer pai’-dessus les pârapets qui les dérobent aux vues de la campagne, se trouver ainsi k l’abri de tous les coups, et néanmoins aller chercher l’ennemi den ière ses épaulemens, tandis ^ ^ que des feux directs, tels que ceux qui font la base de

Dl-

by Go

DISœURSPRÉUMINAroE. xvij

]a défense acluelle, sont nécessairement aperçus de tous les points qu’ils peuvent découvrir eux-mêmes ; que le plus souvent ils sont l>attus par plongée, d’enfilade et de revers, et qu’enfm ils ont k lutter contre la force toujours supérieure de l’assiégeant , qui , masqué par des parapets contre ces feux directs , ne leur laisse presque aucune prise.

Mais la solution de celte première difficulté ne suffit point pour détruire l’effet des attaques de M. de V aulian ; car sa méthode consiste k marcher avec peu de momie, a s’avancer pied k pied, k cerner et envelopper peu k peu par ses lignes toujours bien liées entre elles, toujoui's bien soutenues les unes par les amres^ toutes les défenses de la place j sans jamais brusquer les attaques, tant qu’il peut s’en dispenser; sans jamais rassembler sur un même point une grande masse de forces ; sans jamais compromettre comme. on le faisait avant lui, par des coups de main hasardés, une portion considérable de son armée. Marchant toujours avec circonspection , toujours couvert par scs épaulemens, le feu de la place ne peut lui atteindre dans ses têtes de tranchée, que par hasard un petit nombre de travailleurs, qu’il fait remplacer aussitôt; et c’est avec cette marche compassée et lente en apparence, qu’il abrège pourtant d’une manière inimaginalile la durée des sièges; qu’il en atténue prodigieusement* le danger pour

xviij DISCOÜRS PRÉLIMINAroE.

l’assiégeant, et qu’il l’end le succès de ses oj)éfi*allons ihlàillîhle. , . '

Peu de {lei-soniftes paraissent avoir saisi le véritable esprit de c’e système des attaques de^M. de Vauban^ peu ont reinai*qné en quoi précisément) consiste lé caraetètxî qui le distingue de la méthode pratiquée avant lui, et c’est ce qui fait sans doute, qu’on n’a pas trouvé le véritable genre de défi?nse qu’il convient d’op pOsef k ce système d’attaques. M. de Vauban lui-mèmc semble croire que la place doit toujours (Inîr par être prise, et qub l’aæié^é ne peut se proïrietfre antre chose qdé de retarder plus où moiriS la mai'che de l’ennemi.'

préj ugé pouvait en qûelqiië sorté' “iSht^aitéc tîi*nè^ ché^.Min*bommfe^a'cc?H,nùmé k ne troiiver jamais d’obst'Aéle insimuQiit ablè ; mais fe ii ihfltieuéè ii’én a pas été mbid<^ nuisible , énëè qu’ellè 'adétbniTié lès idées dn iioble but qu’elles doivent se jiroposer, cpii est la lévée du sié^è, et leïi a' retenues dans cet esprit de chicanes et de retirades successives,' qui n’a été que trop bîéri suid depuis cette époljiïe. On’ s’ëst persuadé nalutellmneni que le modé'dè défêhse devait se cônlt)rttter a celui des attaques; qùé puisqiie Celles-ci pro-'" «’éàkiènl pied k pied, il fiillait qud l’autré fît de mètné.

peut àsSdrér que Cette méprise est la cause primitive' dé cette infériorité dùdst'aiité où ést lésié l’art défeiisif; il l^st cm’t'ain au' éotitraire tju’en prinèip'é

DISCOURS. PÏŒMWINAmE. x»x

général, il faut que Ta^jsiégé -opéré toujuuiii en st-ns iuveise de l’assiégeant) quei . ocjUrne . les attaques de vive-ldive, il doit se défendre |>iédà pied:,el,que eonire les aiüujues faites pied h pied ^ il i doit se détèmlre de vive-furce. Gu- , si l’eimeini sp trouve (mi Iw’ee sur les avenues de la place, il serait absurde d’aller lui -pré»senter le combat avec une garnison, qu’il faut inliniment ménager) mais c’est alors que,oonuuë il pfli'e unegi’andè prise aux projectiles, *d faut l’eh accablei’. Au contraire, s’il u’a que des travailleurs mal soutenus'daus les têtes dè sapes ,'c’est alors que la multitude des pi'ojeciilés touil>erail à-vide , tandis qu’ayejÇil.e légers délachemeos , il sera facile d’être pai’tout plus fort qufrlWueüii , de tuer ou disperser ses ti’availleurs, et de culbuter leurs travaux. t n- *

Mais mon objet dans ce Discours est simplement de faire voir commertt , dans le système des’attaques de M.de Vanl>an,on peutcantraiudrc l’assiégeant) malgré scs princif)es conti’aiix’s, à venir se présenter en masse) sur les avenues de la forteresse ,' sous le leu voisin’ de toutes les Casemates à feux verticaux dont nous avons parlé. vOi-rdessuB, et comment, par conséquent , il se trouve forcé d’éprouver toutes les pertes qu'a voulu lui: faire éviter JVI. de Vauban. C’est la solu4ion.de ce nouveau proldèmc, qui fait lesecond point Ibndamêntal de la nouvelle doqtrine que j’essaie ici d'établir.’ ** >•

XX DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Cette solution sol)tient en pratiquant sur toutes les avenues de la place, un grand nombre de délx)uchés faciles et d’une retraite assurée , afin de j>ouvoir se porierk volonté et subitement sur chacun de ces jx>ints environnans. Car alors , si l’ennemi se contente de mettre quelques travailleurs dans les têtes de sa|>e, on lera sur eux, comme on vient de le dire , des- sorties brusques d’un petit nombre d'hommes , pour tuer les travailleurs, et détruire lem* ouvrage; et su au contraire l’ennemi met lieaucoup de forces k proximité pour soutenir ces travailleurs, on aura rempli l'objet qu’on s’était proposé, celui d’attirer l’assiégeant en masse, sous l’immense quantité des feux verticaux couverts , dont j’ai parlé ci-dessus.

Le nouveau mode de défense consiste donc dans ce jeu alternatif des sôrtles-et-desleux verticaux; de manière que l’ennemi ne puisse éluder ceux-ci sans s’exposer k celles-lk , ni se mettre en mesure contre les premières, sans se faire accabler par les autres.

Je suis loin de prétendre cependant, qu’on doive exclure de la défense des places l’emploi des feux ilirects. Il en faut pour contrarier rétal)lissement des premières batteries ; il en faut pour surprendre l’ennemi , en les portant sans préparation , tantôt sur un point, tantôt sur un autre; il en faut encore, pour être mis sur-le-champ en batterie,, lorsque l’ennemi

DISCOURS PRÉLUVANAIRE. xxj

vient k masquer son propre feu par ses nouveaux logemens; il en faut enfin, pour balayer les tossés, lorsque l’ennemi veut surprendre la ville , ou tenter une escalade. Mais toutes ces choses n’ont lieu que par momens. Pour la marche régulière , il faut une autre espèce de tir , qui puisse aller chercher l’ennemi dans le fond de ses tranchées , c’est -h -dire , qu’habituellement alors, ce sont les feux verticaux qui doivent jouer le rôle principtal , et que les feux directs n’y sont que secondaires.

Il est vrai que nos fortifications aujourd’hui existantes, ne sont guère disposées pour remplir la double intention des feux verticaux casematés des coups de main 5 parce que d’une part , elles manquent entièrement d'abris pour rartillerie et pour les défenseurs , et que de l’autre , elles n’ofFrent pour communications et pour faire les coups de main dont nous venons de parler, que des défilés étroits, dont l’ennemi observe les débouchés , et qu'il détruit facilement. Mais on peut , par quelques travaux du moment, multiplier et agrandir ces débouchés suivant les localités , et suppléer aux casemates par des blindages. J’ai discuté au long dans l’ouvrage même , ces défauts et beaucoup d’autres qui sont inhérens k la fortification actuelle , et j’ai proposé les moyens d’y remédier, soit dans le cas de forteresses neuves

xxij DISCOURS PRÉLLMINAIRE.

à construire , soit dans le cas où il s’agit seulement de coiTCCtions ou de modifications k faire aux anciennes places. Dans ce Discours préliminaire je me lx®ne k ce qui regai’de l’acte même <ie la défense proprement dite , sans m’occujîer des constructions. J’obserrerai seulement que dans le système de fortifications appelé moderne, bien loin de remédier aux deux défauts majeiu’s dont nous venons de parler, on n’a fait que les aggrarvTrj i°. en en proscrivant absolument les feux couverts j a°. en multipliant les barricades qui séparent l’assiégé de son ennemi, de sorte que les retours offensifs sont devenus encore plus difficiles- qu’autrefois. On y est donc réduit pour toute défense, au feu direct, dont nous avons fait voir la presque nullité. Aussi on peut accorder k IVL de Cormontaingne , que scs calculs , ~feuidé3 sui ^eette hypothèse, sont réellement applicables k son propi’e système dont ils démontrent la faiblesse ; mais ils ne le sont nullement, au nouveau mode qu'il n'avait pu prévoir dans ses formules , absolument étrangères k l’alternative des deux moyens essentiels sur lesquels est fondé ce nouveau système de défense.

Ce sont les développemens de ce que nous venons de dire , les- preuves détaillées, les applications, les divei’ses conséquences qui en dérivent, qui font le sujet de rt)uvrage que j’ai entrepris j ainsi pour fixer les

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xxiij

idées sur le but précis de cet ou\Tage,ct afin qu’oii n’y cherche pas ce que je n’ai pas eu Ui préleniion d’y mettre, je dirai que c’est simplement, l’expom dex changernens qui me paraissent devoir être faits, aux méthodes actueilement pratiquées dans la construction et la défense des places. Tel est le cercle dans lequel je me suis renfermé; mon but n’étant pas d’enseigner ce qui se fait , mais ce que je crois qui doit sc faire (i). Ce que j’ai dit de plus n’est que pour la liaison des idées , ,et pour mettre de l’ensemble daiis les principes.

Quelque certaines , au surplus , quelque palpal)les que soient les vérités que je viens d’établii^,'cc serait méconnaître la marche ordinaire de l’esprit humain , que de penser qu’elles seront accueillies sans épi'ouver de longues contradictions ; elles auront le sort de toutes les autres vérités ; elles seront long-temps repoussées , elles le sont d’avance. La force' seule des choses en amènera un jour l’adoption plus ou moms tardive.

ff La coutume , dit le général Lloyd , est un tyran

(*) Ceux qui veulent connaître à fond ce qui te pratique rMlement aujourd’hui dans la construction , l’attaque et la défense des places , ne peuvent mieux faire que de constdter l’ouvrage de M. de Bousmard , en quatre volumes in~4 * , et un «lias in-folio de plandies.

xxiv DISœURS PRÉLIMINAIRE.

» plus impérieux que tous les despotes de l’Orient. D » n’y a point d’ai'gument direct , (|ui puisse arracher » des esprits une opinion bien ou mal fondée j c’est au » temps seul, aidé de quelques circonstances favoraldes, » à la sécher dans ses l'acines. On se donne bien de la » peine , pour ne gagner que de la haine , quand on » entreprend de démontrer h un homme , qu’il est » dans l’erreur , et que son opinion est absurde. »

Ces observations du général Lloyd, quoique faites avec un peu d’aigreur , n’en sont pas moins \Taies et de tous les pays.

Quelques objections m’ont été faites sur les premières éditions : j’ai répondu en peu de mots dans celle-ci k ces objections, qu’il m’eût suffi peut-être d’énoncer, pour en faire sentir la petitesse et le ri- • diculc.

Mais il en est une sur laquelle je me crois obligé d’enti'cr ici dans quelques dévcloppemens , parce qu’elle a séduit des personnes de bonne fol , et je rt> connais qu’en effet, je n’avais pas donné sur cela, dans les premières éditions , des explications sufllsantes. Il s'agit du sacrifice d'hommes qu’exige en apparence le nouveau mode de défense proposé. Ce sacrifice au contraire, comme on va le voir, n'est pas, k beaucoup près , aussi considérable que dans le mode actuel ; et c’est ici meme que vSe trouve le résultat le plus important

DISCOUBS PRÉLIMENAIRE. XXV

de la nouvelle doctrine. Pour s’en convaincre , il suffira d’analyser succinctement f et de compai'er les deux méthodes.

Dans le mode actuel , l’artillerie'et les défenseurs sont rangés tout h découvert sur les remparts, occupés k faire perpétuellement un feu très inutile , puisqu’ils ne font que tirer devant eux , sur un ennemi qu’ils ne voient pas, et qui leur est dérobé par des épaulemens, où vont s’enterrer les balles et les lx)ulets qu’on lui envoie. •

Mais si le feu de la place est insignifiant pour le succès de la défense, celui de l’assiégeant ne l’est pas contre elle. Il enfile toutes les branches des ouvrages par des ricochets, et si quelqu’obstacle s’oppose à l’établissement de ces ricochets , il écrase ces mêmes ouvrages par des pierres et des bombes , au point que deux ou trois jours lui suffisent pour démonter toute l’aitillerie des remparts, tuer ou estropier la plus grande partie des défenseurs , briser les palissades , et balayer en un moment tout ce qui ose encore se montrer. Alors n’ayant plus rien k craindre ^as même ce vain bruit qu’avait pu faire l’assiégé d wrord ; l’assié-. géant vient planter ses batteries sur le haut du glacis , fait brèche en 36 heures au mur le plus épais , et- la place est forcée de se rendre sur-le-champ j k moins que pai' une sorte de fanatisme de bravoure , la garni-

xxvj DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

son ne prenne le parti extrême de soutenir on assaut', dont le mauvais succès peut entraîner le massacre de la population tout entière. Telle est l’histoire de tous les sièges , depuis la méthode des attaques imaginées par M. le maréchal de Vauban. Voyons maintenant quels sont les procédés de la nouvelle défense proposée.

D’abord dans ce nouveau mode, du moment que l’assiégeant a établi ses batteries au milieu de la campagne , il ne doit plus paraître sur les remparts ni un seul homme ni une seule pièce de canon. Tout est retiré dans des casemates ou sous des blindages , d’où l'assiégé secoutente de tirer h ricochet stir les tranchées et le long des capitales, en attendant que l’ennemi s’approche assez pour se trouver sous la portée de ses pierriers caseraatéfe, c*csi-à-dtTT^ silFîe glacis même de la place. Alors si cet ennemi se présente en force, l’assiégé met en jeu tous les pierriers et l’acca})le de projectiles, sans que les coups de l’assiégeant puissent tomber sur qui que ce soit de la place, sinon par un hasard qu’oiyie saurait prévoir.

Siyai» oalBiire l’assi^eant se borne k pousser des têtes de lëpe , dans tesqueHes fly ait seulement quelques travailleurs; on forme une multitude de petits détachcmens,qui partanth l’improvistc, pendant qu’on suspend l’action xles pierriers, marchent rapidement

DISCOURS PRÉmUNAIRE. »xvij

sur les têtes de sape, tuent les travailleurs, culbutent leurs tranchées, et sont l'evenus avant que l’ennemi, dont le système supposé alors , est de se tenir hors de la portée des feux verticaux, ait pu venir au secours de ces travailleurs. Telle est la marche prescrite k l’assiégé , depuis le commencement du siège jusqu’à la fin.

Je demande maintenant , laquelle de ces deux méthodes est la plus sûre pour les défenseurs et la plus meurtrière pour l’assiégeant? Il ne faut pas être bien savant pour répondi'e k cette question.

Sans doute il faut de la valeur et de l’industrie ■ tout ensemlilc, pour conduire une défense 4clle que je viens de la proposer ; il faut de la valeur pour les coups de main multipliés qui doivent avoir Ueu.à l’attaque continuelle des têtes de sape j il faut de l’industrie pour saisir le moment convenable, prendre l’ennemi sur le temps, mettre l’artillerie et les hommes k couvert, lorsqu’ils nesontpas employés k ces attaques: mais n’est-il pas évident que ces deux élémens incontestables de toute bonne défense, la valeur et l’industrie, sont ici coml)inés de la manière la plus avantageuse ? tandis que dans les procédés ordinaires, ils le sont sans fruit ; que le second y manque absolument, et que le mauvais emploi du premier ne fait qu’aocélérer la perte totale de l’assiégé.

xxvilj DISCOURS PRÉLEVIINAIRE.

La méthode proposée est fondée sur les coups de inain;clle consiste essentiellement k convertir le système général de la défense en une série d’attaques partielles: mais remarquons que ces coups de main se font toujours en opposant le fort au faible, un détachement de gens armé» contre un groupe de travailleurs surpris et peu ou point soutenus ; remarquons que ces attaques partielles n’ont jamais lieu au loin, que la scène se passe toujours sur le glacis et sous le feu immédiat de la place; que si l’ennemi y vient, il &st accablé de feux verticaux, que s’il n’y vient pas, on n’a rien à en craindre, et qu’on reste alors maître du champ de bataille.

L’expérience prouve qu’on com’t bien moins de risque en faisant par intervalle des incursions momentanées pour hDVprciidi ' e l’eimen ri , qu’en demeurant toute une journée collé derrière un parapet, enfilé et plongé de toutes parts ; et cependant la première manœuvi'e produit un tout autre effet que la seconde, au moral aussi bien qu’au physique. Elle entretient le courage , elle soutient la confiance qui est le gage de la victoire. Le caractère national du Français est d’attaquer toujours ; il gagne de l’audace en allant a l’ennemi ; il en perd s’il attend ; un rôle passif ne lui convint jamais. Pourquoi ne ferait-on pas usage de ces données dans la défense des places , aussi bien

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xxix

que dans la guerre de campagne? C’est une grande erreur que de négliger, dans un calcul , ces résultats d’une longue suite de faits.

Dans le système actuel des retirades méthodiques , la perte de la place est inévitaWe j dans le nouveau système, au contraire,on n’est jamais forcé de la rendre, aussi long-temps qu’on a des hommes, des subsistances et des munitions ; parce qu’on ne perd pas un seul point du théâtre de la défense rapprochée , qu’on ne le reprenne aussitôt, et avec moinsde perte d’hommes, que s’il avait fallu le défendre quelques heures seulement de pied ferme. La valeur est donc mieux employée dans le nouveau mode, mieux secondée par l’industrie.

La valeur et l’industrie sont les deux élémens de la défense, et chacune fait le sujet cl’uiic des parties de mon ouvrage. C’est dans la première de ces deux |>arlies, que j’ai cité une multitude d’exemples de sièges anciens et modernes, pour faire connaître combien le premier de ces élémens influe sur la défense des places, conibicu il est fécond en ressources, combien il prête de secours h l’industrie elle-même.

Ce serait cependant prendre le change, que de considérer ces exemj)les comme des règles k suivre littéralement. Ils ne sont tels, ni sous le rapport de l’industrie, ni même Sous celui de la bravoure. Sous celui de

x3tx DISCOURS PRÉLDnNAIRE.

l’industrie , quoiqu’ils suggèiTUt une foule de stratagèmes toujours utiles, ils ollreut néanmoins en général des procédés ti*op inférieurs k l’état des connaissances actuelles : sous celui de la bravoure, ils n’olfi'cnt point une conduite suffisamment tem{)érée pour les mœurs de notre siècde ; ils se l'csscntent de la Ijarbaric que les cordons de places fortes ont eux -mêmes infiniment contnbué kbannii- de l’ai't imilitaire.L’opinion .générale se révolterait contre les fureuis (ju’ont souvent insprées dans la défense des places anciennes , raveuglemenl des prétentions et les haines personnelles. Ce n’est plus là du courage, car le courage est généreux ; il sait faire le sacrifice de ses ressentimens, et reconnaître les lois de la nécessité.

La ligne dedémai-cation qui existe entre la bravoure qui fait la gloir e de» h6po6 ,«t la.£é»wjké qui déshonore les faux braves, est tracée dans les cœurs. Lésais positives (pii doivent toujours être les interpi-ètes de l’opinion (les sages, la déterminent clairement ; elles assignent letermeauquel un gouverneur peut se rendre, et je dirai même (pi’alors il le doit; car elles ne l’autorisent point à faii*c égorger la population d’une ville confiée à sa sm’veillance. Elles ont mar(pié louverturc du dernier retranchement pour le terme de la capitulation, mais elles exigent de lui (pi’il se liâte de faire ce retranchement, et (pi’il défende tout ce cpii

. DISCOURS PRÉLIMUNAIRU. xxxj

est en avant jusqu’k son dernier soupir» loi des défenseurs tout ce f{ui est dans l’ordre des. choses possibles; exiger plus qu’elle, c’est vouloir qu’elle ne s’exécute pas.

Il n’ÿ a aucune contradiction, h poser en piincipe qu’une place ne doit jamais se rendre, tant qu’elle est pourvue d’hommes , de \ivres et de munitions , et à fixer néanmoins pour terme de la défense, l’ouverture de la brèche au dernier retranchemenl. C’est qu'en effet, cette brèche ne peut jamais avoir lieu, si la ^>lace est bien défendue. Car ptui’ faire brèche au retranchement , il faut que l’ennemi dresse sa iwltei’ie sur l’enceinte du corps de place ; or cette batteiie sei-a ou ne sera pas soutenue; sF elle n’est j>as soutenue, ellb doit êtreenlevéc sur-le-champ d’un coup de main par la garnison; et si elle l’est, elle sera écrasée ainsi que le détachement qui la smitient, par les feux verticaux sans itomhrc, qui doivent être blindés ou casemalés derrière leparapetduretranchemcnt. C’est la brèche au corps de placequi doit être défendue h toute cxtrémité,en la défendant ainsi, on empêcliera qu’il n’en soit fait une au retranchement ,.el le salut des halntans ne sera jmuais compromis. En posant donc en priwcijïe que la place ne doit point se rendre, on ne feit qu’imposer aux commandans l’obligation de la défendre avec toute la bravoure dont ils sont capables, et avec tous les moyens d’indus-

xxxij DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

tripflont ils ont pu acquérir la connaissance, par une constante application à des devoirs d’une si haute importance.

Il serait trop long de faire voir ici, combien sous divers autres rapports, le nouveau système de défense, épargne de rigueurs et de dévastations gratuites. J’observerai seulement, comme ce qu’il y a de plus remarquable k cet égard, que, comme il concentre toute la défense sur le glacis même, il n’exige plus ni le rasemenfc des maisons qui sont au-delà sous le canon de la place, ni l’incendie des&uboui^sj.que l’expulsion même des bouches appelées inutiles, n’est plus une chose qui doive pai'aîlre indispensable, d’après le mode d’approvisionneniens qui dérive des principes généraux établis.^

Ce ft’uwàjpiic ptiiiih lui 1.^1 >ii>' iiK -que je propose, mais au système que je comlxits, qu’il faut imputer de sacrifier inutilement les hommes et les choses. Suivant ce dernier, le mérite d’une forteresse doit se mesurer uniquement par la durée probable du siège, sans aucun égard aux |>ertcs respectives des deux parties belligérantes : il vaut mieux pour l’assiégé,' dans ce système, retarder d’un jour la marche des attaques,que d’anéantir la moitié de l’armée ennemie; il vaut mieux gagner une heure que de sauver la moitié de la garnison. On ne calcule que le temps : faut-il être étonné que les

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xxxüj

sectateurs U’uiie pareille tloctrinc se uiotteiit si |jeu en j)eine de procurer des abris à leurs défenseurs, et qu’ils n’iinaginent rien de mieux que d’entasser chicanes sur cliiéhnes ï

Mais malheureusement tous ces petits moyens ne remplissent point l’objet qu’on s’en était promis: ils ne retardent en aucurie manière la perte de la place, qui suit nécessairement toujoui’S celle de scs défenseurs. Le seul moyen de retarder cette perte, <le l’empêcher, lorsipfelle peut être empêchée,est donc de tournei’ ses vues sur la conservation de ces mêmes défenseurs, et la plus grande destruction des ennemis. Oi‘, c’est assurément ce qu'on n'obtiendra pas., en abandonnani c«s défenseiu’s à toute la fureur des batteries dont ils sont plongés et enveloppés par l’ennemi j pendant qu’au contraire, celui-ci demeure dans ses tranchées, inaccessible à tous les coups directs, les seuls qu’on ail résolu de lui portcr.Uest évident (pie c’est justement le contre-pied de ce procédé (ju’il faut prendre; (pi’il faut donner des abris aux défenseurs, aller chercher l’ennemi au fond de scs tranchées |iar des feux plongeans, et em|)êcher en même temps, (ju’il ne puisse en éluder les ellèts: cjue pour cela il faut le contraindre h s’accumuler dans ces mêmes tranchées, et k y demeurer constamment en force, par. la crainte de voir k chaque moment ses sapes surprises et ses ti'avaux détruits par des coups

xxxlv DISCOURS PRÉUMINAmE.

de main inopinés. Or telle est dans sdn ensemble la nouwlle marche proposée.

Ces moyens, dira-t-on, ne sont-ils pas employés; ne fkit-on pas des sorties; n’a-t-on pas des*pierriers pour la défense des places ?

Oui; on fait des sorties , et l’on^ a des pierriers; mais ces moyens sont infiniment secondaires dans la défense actuelle, tandis qu’ils doivent en faire le moyen principal. On fait des sorties grandes et rares; il fautcpi’elles soient au contraire petites et fréquentes ; et que pour en assurer l’eflfet, il y ait sur toutes les avenues de la place, une multitude de débouchés : or ces débouchés n’existent pas. On a quelques pierriers ; mais il en- fout un très grand nomljre, Il faut qu’ils soient rendus indestructibles, et pour cela il faut des abris blindés ou caseniaté»; n’y a point fin «»«>'mblablpj; abris. Ce sont les demi -moyens qui perdent tout, qui discréditent les meilleures choses, qui font échouer tous les projets, et qui ne font jamais qu’aggraver le mal en tous genres.

Les contre-mines, dira-t-on encore, sont depuis longtemps considérées comme méritant la préférence sur tous les autres moyens connus , pour rétablir autant que possible Féquililwe entre l’attaque et la défense; ne vaudrai t-il pas mieux employer ce moyen que ceux que vous proposez? Sur cela j’observe, i®. qu’un des moyens n’empêche pas l’autre, et qu’au contraire ces

XXKV

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

<ieux moyens se scconclenl très efficacement J’un l’autre'; a°. (jue malgré l’utilité biep reconnue des conti’e-mines, et les avantages réeJs qu’on en a tu’és dans quelques occasions, l’expérience n’a pas en général trépondu aux grands effets qu’on s’en étaitpromis ; 3°. qu’autcontraire depuis l’invention des mines surchargées et de la suj>pression possible du bourrage, la guerre souterraine paraît être un nouveau moyen d’abréger encore la prise des places, plutôt qu’un moyen de prolonger leur défense; 4°. que 'les grands systèmes de contre-mines n’existent presque nulle part et entraîrieraient à des dépenses énormes, s’il fallait les établir; S°. que les grands systèmes qui s’étendent au loin dans la campagne, en leur supposant tout le succès possible, 'ne font que gagner du temps, mais sans contribuer efficacement h la destruction bien plus importante de l’ennemi, qui est encore trop éloigné; 6®. que la guerre souterraine ne peut produire à la fois ces deux effets, savoir, le retard des progrès de l’assiégeant et sa destruction, lesquels ne peuvent avoir lieu que dans la dé- . fense rapprochée, en le retenant sous le feu voisin des remparts. Mais alors les simples fougasses produisent le même effet que des contre-mines préparées d’avance : et l'emploi de ces fougasses entre tout aussi bien dans notre nouveau plan de défense que dans le mode actuel.

XXXV) DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Tel psi le compte préliminaire que j’ai cru devoir rendre de mon Ouvrage, aux personnes dont on doit 1'esjX‘clcr l’opinion, et qui s’identifiant au Ixvnlieur de leur patrie, ne jveuvent cependant approfondir toutes les questions qui s’y rapportent.

LA

Page 1