PARAGRAPHE DEUXIEME
Application des principes exposés dans le paragraphe précédent, à l'amélioration des systèmes bastionnés.
Les observations dÉ^'eloppées dans le paragraphe précédent peuvent, jusqu’à certain point , s’appliquer à l’amélioration des systèmes bastionnés ; tel est l’objet de ce second paragraphe.
Pour cela , je l^ep^endrai htr p lan qu e j'a i' pitipos ë dans mon Traité de la défense des Places, en y faisant des modilicatioiis propres à rendre plus sensibles les avantages qu’on peut tirer de l’emploi des feux courbes combinés avec les retours offensifs.
La fig. T, planche II , représente le plan d’un des fronts du système' proposé ; je suppose que ce front appartienne à un octogone régulier.
Je trace la ligne magistrale du corps de place comme dans le système ordinaire de M. ée Vauban , c’est-à-<Ure que le côté eitqçienr est supposé de 180 toises, les faces des bastions d’environ 5 a toises , les flancs à peu près perpendiculaires aux lignes^ de de'fense.
Derrière le revêtement 00 mur d’escarpe, que je suppose avoir
6 pieds d’épaissenr , et i!\ pieds de hauteur au-dessus du fond des fosses , est le rempart en terre, composé, i° d’un chemin des rondes large de 6 pieds , et aussi de 6 pieds plus bas que le dessus du mnr. La portion de ce mur , qui couvre le chemin des rondes , est crénelée j d’un parapet en terre élevé de la pieds audessüs de la muraille , et large de 6 toises ] savoir : 3 toises pour son terre-plein , et 3 toises pour son tains extérieur, qui se termine en bas au chemin des rondes ; 3° du terre-plein du rempart destiné à l'artillerie , dç 7 toises de largeur , .sans compter les rampes et le talus. On communique de l’intérieur de la place au chemin des rondes par des passages souterrains prati^^ qués sous le rempart.
Derrière ce rempart est une me de i o ou i a mètres de largeur , après laquelle vient le retranchement général faisant tout le lourde la place, et composé, 1 ° d’un revêtement de G pieds d’épaisseur , , et élevé jusqu’au niveau de la crête du parapet qui est en avant , c’est-à-dire de a4 pieds au-dessus du sol de la place. La portion de ce retranchement qui ré|)ond à la gorge du bastion , est perpendiculaire à la capitale j a® d’un terre-plein établi à a toises au-dessous du haut du revêtcm(jnt,.el. 4 p>^l 1 ^ largeur est de tG mètres, afin de pouvoir y construire des batteries blindées , dont nous donnerons l’explication plus bas j 3° d’un espace suffisant, derrière le terre-plein , pour les rampes et les talus.
En avant de la portion de ce retranchement , qui fait face à la gorge du bastion, est un épaulement en terre, pour couvrir le revêtement qui est derrière , contre les coups de ricochet qui peuvent venir dans le sens de la capitale , et pour servir de parapet à une batterie de mortiers et de pierriers , qui doit être dressée |iendaut le siège, et dont l’effet doit être d’empêcher le logement de l’ennemi sur les faces des bastions.
Au-devant de la courtine est la tenaille avec son avant-corps , que je nommerai ensemble boulevart central ; le tout est revêtu :
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3ü SUH IJL FOnTiriCATION PniMITlVE.
mais l’escarpe a t8 pieds de hauteur au-dessus du fond du fossé^ e('Ia jgorge 12 seulement, ccst-à-dire que celle-ci est de niveau*' avec le terrain naturel. L<;s ailes sont dans le prolongement des faces des bastions. Les faces de l’avant-corps sont alignées aux angles de flanc du corps de place, et le sommet de son angle saillant est le jjoint-railieu du coté extéi ieur du pol3 gonc ; de sorte que. les trois angles flanqués des deux bastions et dti bouler vgrt central sont en ligne droite. Les flancs de ce boulevart sont ]>erpundiculaircs aux bgncs de défci^ , et leur longueur est de t6 à 18 mètixis. La crête du parapet de ce même boulevart est de G pieds ati-deasous de celle du corps de place, ou 18 pieds audessus du terrain naturel; il est séparé de la courtine et des flancs des bastions par un fossé de 6à 8 mètres.
Eu avant du boulevart central est la demi-lune qui a le même ^relief que lui; ses branches ont 28 mèti-es de largeur, savoir :
8 mètres pour le terre -plein, y compris la banquette, et 10 ntèlt'es jM).ur chacun des talus, qui sont à terres roulantes : le bas de son talus cxtérieiu: est aligné à l’angle d’épaule du bastion. (,!ette, demi-luuc étant de même relief que le boulevart centrai , empêche qu’on ne pnisw pvtndiv de lu Lami«guetnîcun' ricochet sur celui-ci . dont les faces et les llauc's vont couper les branches de cette, demi-lune.
Au-devant de chacun des bastions et de la demi - lune est une coutro-gardo ou cou vre-face, dont le relief est de 12 pieds audessus du teiTaiii naturel, ou a4 pieds au-dessus du fond des fossé^;xle sorte qu’ils couvrent exactement les maçonneries des oq,vraggs qui sont derrière. Leur largeur est de 24 mètres , savoir, s 8 mètres {H>ur le terre-plein , y compris la banquette , et 8 mètres pour chacuu des talus, qui sont à terres- roulantes.
Les couvre-facc*s des bastions n’en sont séjxirés, au fond des fossés , «jue de 6, uièü;es , afin que du chemin des rondes, qui est «lerrière l’escarpe de , ces iMisGons , ou poisse jeter à la main des
SUH Là. fortification PRIMITIVE. 3l
grenades sur le terre-pleiu , et Jusque sur le talus extérieur de ces pièces. Ces couvre-faces se trouvent ainsi sépares à leurs éjtaules , dont je suppose les proiils en maçonnerie, par un fossé d’environ 12 mètres du boulevart central , et par un fossé de 10 mètres, des épaules de la demi-lune et de son couvre-face.
U ne traverse appuyée à la branche du couvre-facc du bastion, et parallèle à celle de la demi-lune, couvre le débouché qui existe entre l’une et l’autre : le relief de cette traverse est le même que celui du couvre-face. Le côté opposé est terminé par un mur qui , prolongé de part et d’autre , joint la demi - lune avec son couvre-face, ce qui forme entre elles un large fossé sci^ vant de place d’armes. Le mur dont nous venons de parler est crénelé à droite et à gauche de la traverse, pour défendre la place d’armes, d’une part, et de l’autre pour sauver L’angle mort formé j»ar la jonction de cette traverse avec le couvre-facc du bastion. Dans ce mur doivent être ménagées des portes pour les couimuuications et les sorties. La demi-lune est revêtue extérieurement d’un mur crénelé , derrière lequel règne un chemin des rondes. La placçd’aifnejj dont nous venons {lu pai'ler, fournit un vaste emplacement pour les feiuc verticaux.
A l’angle flanqué de chacune des trois contre - gardes dont nous venons de parler, est établi un fortin à redoute pentagonale, tel que celui qui est indiqué ( planche I, lig. 3), poiy- donner des feux rasans siu' la campagne, et défendre les fossés.
Enfin , tout le système de cette fortification est envelopjié par un glacis à contre-pente , qui vient finir 4ans le fossé à i a mèties des couvre-faces , et s’étend du coté de la campagne autant qu'il en est besoin , pour fournir les terres nécessaires à tous les remblais.
11 me reste à expliquer, comme je l’ai annoncé plus haut , la construction des batteries blindées, qui doivent être établies sur
3 J SüK LA. FORTIFICATION PRIMITIVE.
terre -plein du retranchement general , vis-à-vis de la gorge des bastions.
Le sol de ces batteries ( planche II , fig. 2) est , comme je ^ai plus haut, à la pieds au-dessous du cordon du revêtement : dans ce revêtement sont percées les embrasures à 3 pieds au-dessus du sol 5 ces embrasures sont éloignées de i 5 pieds de milieu en milieu. Chaque pièce de canoii occupe sa case particulière, de g 10 pieds de largeur dans œuvre, 8 pieds de hauteur et 10 mètres de profondeur. Les murs de refend sont donc de 5 à G ])ieds d'épaisseur , 8 pieds de hauteur et 10 mètres de longueur; ils sont perpendiculaires au mur de revêtement , avec lequel ils sont liés par la construction des maçonneries. Sur ces murs de refend sont posées , de 1 un à l’autre , des poutres ou de simples corps dàrbres en grume formant au-dessus de chaque case un blindage dé 4 pieds d’épaisseur, le(^uel, par consé<[ucnt, arasera le dessus du revêtement. Enüii , on chargera encore ce blindage de 6 ou 8 pieds de terre ou de fascines , jK)ur le mettre entièrement à l’épi'euve de la bombe. La batterie est ouverte par demère puui' l’évacuation de la fumée, "et il y règne un terre -plein de 6 niètres , pdm- la thêililê flWi tnuitvt’HtPlis-.'"^ —
Si l’on manquait de bois ou de temps pour 1 exécution dun j>areil blindage , on j)Ourrait se borner à une espèce de demiblindage; c'est-à-dire qu’au lieu de l’étendre depuis, le revêtemeut jusqu'à l’extrémité intérieure des murs de refend , qui ont 10 mètres de longueur, on ne l’étendrait que jus<]u’à 3 ou 4 mètres de revêtement ; ce qui servirait toujours à couvrir les canonniers. .
C'est avec ces batteries blindées, qui ne peuvent d’ailleurs être aperçues du dehors , et qn’on i>eut , par conséquent , regarder comme indestructibles , que 1 assiégé accueillera l ennemi , lorsque celui-ci commencera à paraître sur le haut du bastion , y former son logement ou nid de pie. A l'effet de ces bat-
teries de canon blindées se joindra celui de 30 à sS pierriers rangés derrière 1 epaulement de la gorge du bastion , comme il a été dit ci-devant.
Lorsque l’ennemi entreprendra le siège de cette place , il pourra se projwser d’y pénétrer, ou par un seul bastion , ou par les deux bastions d’un même front , comme on le fait ordinairement.
Autrefois on attaquait par un seul bastion , mais on a reconnu les inconvéniens de ce procédé. En effet, ou ces bastions sont retranchés d’avance , ou ils ne le sont pas. S’ils ne le sont pas et qu’on attaque par un seul bastion , l’assiégé pourra s’y retrancher pendant le siège ; mais s’il est attaqué par deux bastions à la fois, il ne le pourra pas; car il faudrait alors qu’il fît un retranchement à chacun des deux bastions attaqués , ce qui ne se peut , puisqu’il a déjà bien de la peine à en retrancher un tant bien que mal. L’assiégé, dans ce cas, n’aura donc pas besoin de se loger sur les bastions pour y établir ses batteries , et la place sera obligée de se rendre dés que les brèches y feront faites.
Supposons maintenant que les deux bastions soient retranchés d’avance. Si l’ennemi attaque par l’un des deux seulement , il faudra qu’il s’établisse au-dessus pour faire brèche au retranchement ; mais alors son logement sera battu des deux bastions collatéraux , qui , n’étant pas eux-mêmes attaqués , n’ont point à s’occuper de leur propre défense , et rendront ce logement très difficile à établir. Si , au contraire , l’ennemi attaque tout-à-lafois les deux bastions d’un même front , les défenseurs de chacun d’eux ayant à pourvoir à leur propre sûreté, concentreront leurs moyens autour d’eux , et ne s’occuperont point de l’autre bastion attaqué : c’est ce que démontre l’expérience; car, ainsi que le dit le général d’Arçon , « On voit dans chacun des ouvrages M qui , de près ou de loin , participent à la crise d’une attaque , » qu’il existe une sorte d’égoïsme , duquel il résulte qu’on s’iuté-
sua LA FOaTIFICATlON PRIMITIVE.
» resse iniiniment moins à la sùruté de ses voisins qu’à la sienne » propre. A peine, dit pareillement M. de Bousmard, s’aper- » çoit-on du feu de flanc pendant le passage du fossé ; on est >1 bien plus occupé des grenades qu’on reçoit du haut de la » brèche , et des parties de la face encore debout de part et » d’autre. »
11 est donc évident que , .soit qu’il y ait des retranchemens préparés d’avance dans les bastions, soit qu’il n’y en ait pas , il est , en général , plus avantageux pour l’assiégeant d’attaquer tout-4-la-fois les deux bastions d’un même front qu’un seul.
Cependant on doit aussi considérer le nombre des pièces à prendre; car, dit M. de Vauban , il faut s’attendre à autant d’affaires. Si , par exemple , les demi - lunes n’ont point de réduits , il y aura également trois pièces à prendre , soit qu’on attaque par les deux bastions à la fois , soit qu’on attaque par un seul. Dans le premier cas, il faudra forcer une demi -lune et deux bastions , et dans le second un bastion et deux demi-lunes. Si les deux demi-lunes ont des réduits , ut qu’on attaque par un seul bastion , il y aura cinq pièces à prendre , savoir , les deux demi-lunes^ les^de ux rédu its et le bastion ; tandis qu’il n’y en aurait que quatre en attaquant les deux l>astîüus à la fois, savoir, la demi-lune, son réduit et les deux bastions. Ainsi , dans ce second cas, on aura un motif de plus jxmr attaquer les deux bastions à la fois. Si , au contraire , il n’y avait point de réduits aux demi-lunes , mais qu’il y eût des contre-gardes aux bastions , en attaquant deux d’entre eux , il y aurait cinq pièces à prendre , savoir , la demi-lune du front , les deux contre-gardes et les deux bastions; tandis qu’eu attaquant par un seul bastion , il n’y aurait que quatre pièces à prendre , savoir , les deux demi-lunes , la contre-garde et le bastion. Cette considération pourrait donc déterminer à n’attaquer , dans ce cas , que par un seul l>astion.
Dans le système proposé , il y a neuf pièces à prendre avant
d’arriver au retranchement général , soit qu’on attaque deux bastions à la fois , soit qu’on en attaque un seul ; savoir , pour le premier cas , les deux bastions attaqués , leurs deux couvrefaces et leurs deux fortins, la demi-lune, sou couvre-face et son fortin : en tout 9 pièces. Pour le second cas , il y a le bastion d’attaque, son couvre-face et son fortin, les deux demi -lunes, leui’S deux couvrefaces et leurs deux fortins : en tout pareillement 9 pilles. Ainsi , dans ce cas, par les considérations développées ci-dessus , il y aurait avantage pour l’assiégeant à attaquer deux bastions à la fois.
Mais si nous comparons ainsi , sous le rapport du nombre des pièces à prendre , le nouveau système proposé au système actuellement pratiqué , nous voyons un avantage immense en faveur du premier , pui.squ’il s'y trouve 9 pièces .à prendre avant d’arriver au retranchement général ; tandis que dans le système actuel il n’y en a que quatre, en supposant qu’il existe un pareil retranchement , et pas une seule lorsque le retranchement n’existe pas , ce qui est le cas ordinaire (^).
Que si maintenant nous considérons la difficulté de prendre chacune de ces pièces particullèrcincut , nous trouverons que l’avantage est encore beaucoup plus grand du même cdtéj car si nous comparons , [>ar exemple , la défense du bastion dans les
(*) Il c&t (le fait qu’une place qui n’a ]>oint de retranchement, ainsi que le sont presque toutc.s celles qui existent aujourd’hui, est mise en brèche dès le quatrirme jour, de ce qu’on peut appeler proprement la défense rapprochée , c’esUà-dirc, depuis le oouronoement du chemin couvert , et, per conséquent, obligée de se rendre le sixième jour au |dus tard, si l’on ne veut pas qu’elle soit exposée è élre emportée d’assaut } et œla sane que l’ennemi ait une seule pièce à prendre. Se pourrais ajouter que même un retraudie* ment ne garantirait point la pince de cet évènement arec des parapets, que la brioche entraîne dan.v le fossé, comme ceux qui existent. Le système appelé moderm ne remédie point à ce défiut majeur*, mais ses partisans prétendent qu’il est impossible de faire mieiii., et que le peu de résistance dont il est susceptible tient è la nature même des armes en-
deux cas , nous voyons que , dans le système aujourd’hui pratiqué , la brèche s’ouvre à la face de ce bastion dès cpie l’assiégeant est logé sur la pointe du glacis de la demi-lune ( défant radical de ce système); que son parapet tombe dans le fossé avec l’escarpe , et laisse à découvert tout le terre-plein du rempart qui est derrière J et même le retranchement , s’il y en a un ; que la chute de ces terres applanit la brèche et la rend d’un accès facile ; qu’enlin , la trouée qui existe entre le bastion et la tenaille donne à l’assiégeant la faculté de faire brèche à la courtine , et de tourner le retranchement qui p>ourrait être fait à la gorge du bastion. Or tontes ces défectuosités disparaissent dans le nouveau système. Pour faire brèche au bastion , il faut d’abord s’être établi sur la contre-garde ou l’avoir fait sauter par une mine ; et le peu de largeur de celle-ci ne permet ni l’un ni l’autre sans les plus grandes diillcultés. L’assiégé conserve jusqu’à la lin le parapet de son bastion , la brèche demeure haute et escarpée ; et si l’ennemi ne vient pas à bout de détruire à peu près tout le mur d’escarpe qui couvre le chemin des rondes, l’assiégé viendra par ce même chemin des rondes l’attaquer sur ses deux flancs lorsqu’il don ue r n l’ui ie utt * , « m l» b ai w al T dajBaaea têtes de sape, s’il procède pied à pied. Ensuite , loi-squ’il voudra s’établir sur la brèche, il y sera pris de flanc et de revers, à bout touchant , pr le boulevart du centre , qu’il ne pent battre en ricochet , et
plorie* p*r l’attiégeaDt ; m«û puisqu’il est prouvé pur l'expérience que le mode des attaques contribue à la reddition plus ou moins prompte de la place , pourquoi le mode de défense ne contribuerait-il pas i retarder ou à empêcher cette reddition ? Pourquoi ne pas convenir d’un fait notoire? Cest que , depuis l’emploi de l’artillerie dans la guerre des sièges , les procédés de l'attaque se sont infiniment ^fectionnés , tandis que ceux de la défense et de la construction sont restés les mêmes, à très peu de chose près? 11 est cependant difficile de croire que la défense qui, par sa nature , est subordonnée au mode d’attaque, soit parvenue, avant celle-ci , é son plus haut degré de perfection.
- Digitued by
par tout le flanc de l’autre bastion , par-dessus ce boulevart (*) ; lorsqu’enfin il sera parvenu tout en haut pour former son nidde-pte , il s’y trouvera sous le feu direct du canon du retranchement , et sous la grêle de projectiles lancés par les mortiers et pierriers qui sont rangés à la gorge du bastion.
La prise de la contre-garde de ce bastion n’oft’re pas moins de difficultés, car elle est battue de flanc et de revers par les feux plongeans du boulevart du centre et du bastion opj>osé. Elle est sous le feu direct à bout touchant de la mousqueterie des créneaux du bastion qu’elle couvre, et sous celui des grenades jetées à la main du chemin (fes rondes du même bastion, qui n’est éloigné du terre-plein de cette contre-garde que de 1 8 à 30 mètres. Le talus intérieur de cette pièce étant à terres roulantes, elle peut être prise et reprise maintes fois, avant que l’assiégeant puisse s’en assurer la possession définitive. Les sorties pour foire ces coups de main ne peuvent être empêchées que des logemens qui seraient établis sur la pointe même de cet ouvrage ; logemens qu’il est comme impossible de maintenir sous la multitude des feux auxquels ils seraient exposés de toutes parts , sans pouvoir se couvrir par le peu d'espace qu'ils occupent. Prétendre se frayer un passage sous cette pièce , à la sape , malgré le contre-mineur, les sorties , le feu direct des créneaux , et la pluie des grenades lancées du haut de la pièce elle-même , de la traverse qui s’appuie sur elle et du chemin des rondes , est encore pins absurde.
Avant de prendre cet ouvrage , il faut s’être emparé du fortin
('} On peut , i chacun det angles d’épaule perpendiculairement h la lace , établir, pendant le siège, deux pièces de canon blindées , pour enfiler le chemin des rondes. Ces pièces seront courertes, contre le ricochet , par des pièces de bois inclinées, jusqu’au moment de Passant; alors elles seront tout à coup démasquées, et l’ennemi ne pourra plus tirer sur elles, parce qu’il ae tronrera, sar la brèche, interposé entre elles et ses propres batteries.
SUB LA FOBTlFICATIO^ PRIMITIVE.
qui est à son angle flanque. Or ce fortin est non -seulement défendu par les demi-lunes collatérales et leurs couvre-faces , mais il est par lui-méme , et sans le secours d’aucune autre pièce , capable d'une résistance opiniâtre.
De plus , il est évident que l’ennemi ne peut s’établir sur ce fortin, situé dans un angle rentrant, sans s’étrc préalablement emparé de la demi-lune ; et que pour être maître de celle-ci , il faut d’abord être maître de son couvre-face et de son fortin : or ceux-ci sont flanqués et défendus par une immense quantité de feux , tant d’artillerie que de mousquetcrie. 11 ne faut donc pas croire qu’il fût facile à l’assiégeant , ni même qu’il pût lui être fort utile de se faire, sur la pointe de ce couvre-face, un logement pour observer les raouvemens intérieurs de l’assiégé; car celui-ci l’aurait bientût débusqué d’un poste si mal soutenu. En effet, cette |>üinte est battue par toute l’artillerie des faces des bastions , par une grande partie de celles de la courtine et du boulevart central , et |)ar tout le développement de mousqueterie des deux couvre-faces des deux bastions. 11 n’existe jias un seul point, dans toute., la fortilication , sur lequel on puisse concentrer une si grande quantité 3ê feu.l fle luiis geuics. S»-, néanmoins , l’assiégeant veut à tout prix se maintenir sur cette pointe , il sera indispensable , ainsi que le prescrit M. de Vauban |iour tous les cas analogues , qu’il [Kmsse son logement de droite et de gauche jusqu’aux extrémités des branches , autrement l’assiégé reviendrait , |>ar ces mêmes branches , l'attaquer par ses deux flancs, en montant à l’improviste sur ces deux branches , soit par les ranqies , soit par les talus intérieurs, qui sont à terres roulantes, et qu’on peut adoucir autant qu’on le veut.
En voilà, je pense, assez pour convaincre les personnes de bonne foi : c’est pour elles seulement que j’écris. D’autres jiourront afflriner,si cela est entré dans leurs vues , qu’une seule enceinte, (|ui est mi.s»- en brèche dès le premier moment de la défense rap-
SUR LA FORTIFICATION PRIMITIVE. 3g
prochée, vant mieux que cinq Lien couvertes , et qu’il faut enlever suçcessivement à la sape ou de vive force. Il n’y a point de paradoxe qu’on ne puisse soutenir; point de vérité qiî’on ne puisse obscurcir.
En prenant , comme je l’ai fait dans mon Traité de la défense des Places , l’alternative des retours ofTensifs et de l’emploi des armes à feu , pour base de cette défense , j’ai supposé que les attaques étaient dirigées suivant la méthode de M. de Vauban , qui consiste à s’avancer graduellement par des opérations toujours bien liées , à couvert par de bons parapets , les flancs bien appuyés ; et c’est contre de semblables attaques que j’ai soutenu , et que je soutiens plus que jamais , qu’il faut principalement employer les feux verticaux , comme pouvant seuls atteindre l’ennemi au fond de ses tranchées [*). Mais si l’on juge à propos
(*) Les demi*mesurcs perdent toat , comme je Tai dt^jà dit aÜleura. Bien des pcraomiefi croiraient peut-être avoir fait beaucoup» en mettant dans une place assiégée autant de mortiers ou de pierriers que de pièces de canon, ainsi que le propose M. de Vauban. Qu'arriverail-il alors? C<*at que la place serait censée avoir été défendue par de« feux verticaux , et que , cependant , n*ayant pas *fait une résistance beaucoup plus grande que les autres, on en conclurait que la défoiMo pnr !«• fawit. ne vaut pas luiaux que par
les feux directs, et le préjugé ne ferait que s'enraciner de plus en plus. Mais M. de Vauban, non plus que tous ceux qui ont, jusqu’ici, le plus recommandé Tusage des feux courbes , ne les a jamais considérés que comme un mojen purement secondaire; et» dans c«Ue b)rpotbèêe, c’est beaucoup, en effet, d’armer la place d’autant de mortiers ou de pierriers que de canons. 11 n’en est point ainsi lorsque l’on sc propose , comme je l’ai fait , de considérer les feux courbes comme moyen principal dans la défense rapprochée. .Ce ne sont pas alors autant de piarriers que de canons qu’il faut employer» mais dix fois plus ; il faut au moins deux cents de ces pierriers » dont la moitié soit toujours en action : telle est l’idée fondamentale de mon système de défense; et c’est là qu’est la nouveauté. Ces pierriers pouvant éfre de fer couIé*et de peu d’épaisseur» coûteraient peu ; et comme ils ne jettent que des pavés avec de petites chaînes de poudre » la dépense qu’ils oocasionDcraient serait , en'résultat , beauconp moindre que celle qu’exige le mode actuel. De plus» je suis persuadé qu’on pourrait » en très grande pertle» suppléer è oes feux verticaux par des arcs » des arbalètes et la fronde ; mais il faudrait» pour cela » le vouloir » et avoir dans chaque place » suivant ion importance , un bataillon franc on nne
d’abandonner les principes de M. de Vauban 5 si , au lieu d’approcher pied à pied , on multiplie les attaques en l’air et de vive force , comme an seizième siècle , je me défendrai aussi comme on le faisait au seizième siècle , lorsque les sièges duraient plusieurs années, et échouaient le plus souvent. Il n’y a point de pacte fait entre l’assiégeant et l’assiégé pour la manière d’attaquer et de défendre; et il faut croire que l’un n’est pas moins attentif que l’autre à profiter de tous les avantages que les circonstances peuvent lui offrir.
En résumé , quel doit être raisonnablement le but de nos recherches ? Il me semble que c’est de ramener , s’il est possible , l’état des choses à ce qu’il était avant les méthodes imaginées par M. de Vauban. Or toutes les découvertes essentielles de M. de Vauban , dans l’art d’attaquer les places , se réduisent à deux points : i" l’invention du ricochet ; 3° la substitution des attaques régulières et faites pied à pied aux attaques décousues et de vive force , qui étaient autrefois usitées. C’est donc essentiellement à neutraliser les effets de ces deux procédés qu’il faut s'appliquer dans l’art de construire et de défendre les jilaces.
^ Oi^, quant au ricochet, les meilleurs expédions qu’on ait imaginés jusqu’lcî s o n t , i *' h i sc ience du défil e m cnr, qui consiste à faire passer les plans qui contiennent les branches des ouvrages au-dessus des positions on l’ennemi peut établir ses batteries ; a” à couvrir ces branches par des bonnettes , des cavaliers ou des traverses suffisamment élevées ; 3 ° à diriger ces mêmes branches dans des marais ou autres points inaccessibles, afin de les soustraire aux enfilades ; 4° ^ étendre la fortification en ligne
compagnie franche , inamovibles et rompus à ces divers exercices , ainsi qu’au tir de l’arquebuse. Mais, je le répète , œs moyens ne sont point exclusifs , et ne doivent diminuer en rien l’action des feux directs. Cest de 1a combinaison des uns et des autres employés judicieusement avec les retours oflensifs, que résultera la bonne défense.
Digilized liy (^.ooglc
SUR LA FORTinCATIOK PRIMITIVE. 4^
droite , afin que les prolongemens des faces tombent si près des autres parties de la fortification, que l’ennemi ne puisse s'y établir , sans se trouver à la grande proximité de l’artillerie de la place; 5 " à donner aux ouvrages un grand relief, aûn que les boulets de l’ennemi passent par-dessus sans y retomber, ou qu’en y remontant , ce soit sous un angle trop grand pour se relever et faire des ricochets ; G* à donner aux brandies des ou — vrages très peu de longueur en ligne droite , et même à les rendre absolument courbes, s’il est possible; 7* à leur donner très peu de largeur, afin quelles offrent moins de prise aux batteries d’enfilade de l’ennemi ; 8’ à blinder ou casemater les em-r placcmens destinés à l’artillerie de la place et à ses défenseurs ; 9® à dérober entièrement les ouvrages aux vues du dehors , en ne leur donnant pas plus de relief qu'à ceux qui sont en avant ; 10’ à n'employer sur les remparts qu’une artillerie tr«e, légère et très mobile , afin de pouvoir la déplacer aisément et la soustraire promptement aux batteries préparées de l’ennemi.
La combinaison de tous ces moyens fait une partie essentielle de la science des officiers du génie ; et en les employant b.ibilemcnt ils peuveul parvenir , aiuuu ti doiruire eutiè<wuicnt les effets du ricochet , du moins à les atténuer infiniment.
A ces moyens j’en ajouterai ici un autre , qui me paraît mériter d’autant plus de considération qu’il est très simple , et également applicable aux places anciennes et aux places à construire.
Ce moyen consisterait à planter irrégulièrement sur tous les glacis un grand nombre d’arbrisseaux de 5 à 6 mètres de hauteur; de manière qu’ils déroberaient à l’ennemi, pendant les premiers jours du siège , l’ensemble des ouvrages de la place , l’empêcheraient d’en faire la reconnaissance et de prendre les alignemens nécessaires pour l’emplacement des batteries de ricochet. Il serait toujours facile à l’assiégé, en étudiant le terrain
4a SUR LA FORTIFICATION PRIMITIVE.
et en élaguant à propos ces arbrisseaux, de se ménager entre eux des échappées pour découvrir de la place tous les points de la campagne ; tandis qu’ils n’offrLraient à l’ennemi qu’un labyrinthe , dont l’aspect changerait au gré de l’assiégé , qui abattrait ou élaguerait à volonté, tantôt l’un, tantôt l’autre de ces arbrisseaux. Toute cette plantation peut et doit se faire sans nuire à celle des grands arbres , qui ont été proposés par M. de Saint - Paul pour un autre objet , et dont l’utilité est reconnue.
Le second objet de l’assiégé doit être d’empécher l’ennemi de suivre, au moins dans la défense rapprochée , la marche méthodique des sapes , afin de le contraindre à n’attaquer jamais que de vive force. Voyons, s’il est possible, comment on remplira ce second «Ajet, encore plus important que le premier.
Ce qui s’offre d’abord, comme noos l’avons déjà dit plusieurs fois, est de se loger toujours au plus près de l’ennemi , de manière à ce qu’il se trouve continuellement sous le jet de la grenade, et exposé , dans ses tranchées , aux coups de main brusques, aux4>ctites sorties , sans qu’il puisse user de représailles; car, se trouvant STllSl si mu uw» 1 »— ml i i J«u u n » > <t p u J e sapa U sera obligé de les discontinuer et d’attaquer de vive force. Il s’agit donc de savoir comment l’assiégé peut se procurer de semblables logemeiis pendant tout le cours de la défense rapprochée : or c’est M. de Vaubaii lui-méme qui va nous l’indiquer.
« Toutes les fois, dit ce grand ingénieur, qu’on peut se rendre « maître du chemin couvert , par industrie, sans être obligé d’en » venir aux mains, c’est, sans contredit, le meilleur moyen » qu’on puisse employer.
« Mais si ce chemin couvert n’est point battu des ricochets ,
« ou si les glacis , élevés par leur situation, sont si roides qu’on » ne 2>eut plonger dans le chemin couvert par les logemens * élevés en cavaliers qu’on peut faire vers le milieu du glacis ,
» on pourra être oblige d’attaquer le chemin couvert de vive Il force. » ,
Voilà donc un cas où M. de Vauban reconnaît que l’assiégeant peut se trouver obligé d’attaquer de vive force : c’est lorsque l’assiégé est couvert dans sa position par un obstacle , ne fût-ce qu’une palissade , que le ricochet ne saurait détruire , et qu’on ne peut d’ailleurs parvenir à le dominer et plonger dans cette position, pour l’en chasser préalablement.
De là je conclus que pour réduire l’ennemi à ne pouvoir attaquer le chemin couvert , ou toute autre position semblable, que de vive force, il n’y a qu’à, i* substituer à la palissade un obstacle que ne saurait rompre le ricochet , tel , par exemple , qu’un bon mur crénelé ; a* substituer au glacis bas à pente douce , comme les glacis ordinaires , un glacis très haut à pente roide , comme les glacis coupés.
Donc , pour réduire l’ennemi à ne pouvoir jamais attaqomque de vive force pendant tout le cours du siège , il faut lui pr^ senter une série d’obstacles de ce genre; c’est-à-dire, toujours des glacis coupés à l’épreuve du canon direct , avec un mur crénelé derrière à l’ôprenve du ranon à ricochet. ,
Telles sont , en effet , les conditions que j’ai tâche de remplir dans les deux systèmes exposés ci-dessus , et principalement dans celui de la fortification primitive.
D’après ces principes , qui me paraissent incontestables , je pense qu’il serait possible , sans beaucoup de dépenses , d’augmenter considérablement la force des places actuellement existantes, en transformant aux angles saillans les glacis ordinaires en glacis coupés , et en substituant à la palissade un mur crénelé qui régnerait, vers le milieu de la largeur du chemin couvert, tout le long de ses branches.
Je remarque d’abord que , par cette construction , tout demeure flanqué sur les glacis, et qu’elle ne donne lien à aucun
angle mort j car, pour cela , il n’y a qu’à prolonger les pans de glacis de places 4’armes rentrantes , jusqu’au terrain naturel , et enlever tout le massif des terres comprises entre ces plans, ainsi prolongés , et les talus des glacis cou{>és vis-à-vis des angles flanqués des liastions et de la demi-lune. Ces massifs de terres enlevées pourront être employés très utilement ,• soit à relever les glacis en général , soit à faire des traverses , des bonnettes , des barbettes, des cavaliers; car il ne faut pas oublier que le relief de la fortification ne saurait être trop grand, ainsi que l’observe , avec raison , M. de Cormontaingne , et qu’on n’a jamais autant de terres qu’il serait à désirer.
Je sujiposc d’abord qu’on en emploie une partie à former, dans le terre-plein de chacune des places d’armes saillantes , tant des demi-lunes que des bastions , dans le sens de sa capitale, une traverse élevée de 2 mètres au moins au-dessus de la crête du glacis coupé. Cette traverse arrêtera la plupart des coups de ricochet ; et très peu de ceux qui passeront par-dessus , pourront retomber dans le chemin couvert. De plus , cette même traverse annullerait également l’effet des cavaliers de tranchée, s’il y en aVtrTrpmaiii ces cavaliers ne sauraient m ê me avoir— beu , p arce que, le glacis n’cxislaut plus, il faudrait leur donner trop de hauteur pour qu’ils pussent plonger par-dessus la traverse.
En général, malgré le préjugé contraire, il est certain que les glacis coupés sont beaucoup plus avantageux que les glacis à pente douce. Ceux - ci sont aux autres ce qu’une brèche très aplauie est à une brèche escarpée, et qui demeure telle malgré les coups de canon qu’on peut tirer dedans. De plus , leur jieu de largeur ne permet point à l’assiégeant de se loger au-dessus pour y élahlir ses batteries; et , s’il veut les attaquer par la guerre souterraine, elle est toute en faveur de l’assiégé , auquel il est toujours fiicile de prévenir l’ennemi, et de l’empêcher d’établir ses fourneaux, sans qu’il ait besoin d’en faire lui-même. Les glacis
à longue pente favorisent d’ailleurs singulièrement l’attaque méthodique, tandis que les glacis coupés ou à pente roide, nécessitent l’attaque de vive force, comme l’observe M. de Vauban ; et enfin les premiers absorbent une immense quantité de terres , qui pourraient être employées d’une manière infiniment plus utile.
Tels sont les moyens par lesquels on peut neutraliser, en très grande partie , les deux découvertes principales de M. de Vauban, et ramener l’état des choses à ce qu’il était autrefois , en réduisant celui qui assiège à n’attaquer jamais que de vive force (*). Les
(”) J’ai dit, dans une de mes noies précédentes , que )c rcriendrais sur la roatiièie de te défendre contre les attaques de tîtc force, et d^ inconvénîcns de ce qu’on nomme défense de pied ferme : cela est d’autant plus nécessaire, que Mm des perKinncs me semMcnt être enxx)re dans l’erreur à cet égard, cl qucM. de Vauban lui- même ne pesait pas aroir en des idées entlcrchicnt Gxes sur ce point essentiel. Tantôt il approuve, par exemple, et tantôt il Llémc la défense det chemins couTcrts de Ka^ser'ncrt, qui fut faite de pied ferme. Cesl qu’en effet la défense de ces chemins couverts fut adrairahic ccinmc trait de bravoure, mais très roauTaisc sous le rapport de l’industrie. « L’assiégé, dit M. de a Vauban, y perdit 35oà <îoo hommes en deux heures de temps, oc que dix jours de » aiége de pi»* »»’ auraient peut-être nas fait , si le délai! de 1» ijU éiépIV.s mé-
a nagé, n Mais commenl laüail-il ménager ? C’est crquelW. de Vnul anne
dit pas. Puisque l’ennemi attaquait de vive force, il fallait nécessairement ou lui tenir létc , comme on Va fait , eu abandonner le chemin couvert peur ne plus y rentrer , puisque toute communication sc trouvait à l’instant coupée, au mo)m du mur de contrescarpe. La garnison s’est bravement défendue de pied ferme, mats elle a perdu 35o à 4oo hommes sans fruit, sans faire autre chose qu’aceclércr la prise de la place par la perte de ses défenseurs.
Lorsque l’ennemi entreprend de couronner le chemin couvert de vive force, ce n’est ni de pic<l ferme , ni par des sorties prématurées, qu’il faut le comlatlrc; mais uniquement par la mou.’fqucteric et Vartillcric des remparts, auxquelles il faut se hdter de faire jour, pour leur laisser produire librement tout leur cfletj ce qui dure ordinairement deut ou trois heures, u. Apres quoi, dit M, de Vauban, on peut revenir par la droite et par la » gauche par de bons détachemtns , et attaquer Vennerai, pour lors aO'aibli , et encore B mal établi dans scs nouveaux logcmens.»
On peut donc être sqrpris de lire dans un ouvrage mederne, réputé classique, que dans le cas du couronnement entrepris de vive force , l'assiégé doit , aussitét que les co-
46 ■ SUR L\ FOIITIFICATION PRIMITIVE.
àutrcs moyens d’amëliorer la défense ont été suffisamment développés dans le cours de cet ouvrage , et sont fondés principalement sur la comLinaison des retours offimsifs et de l’emploi des armes à feu; mais surtout sur celui d’une immense quantité de feux verticaux. Il ne me reste rien à dire à ce sujet. C’est à l’expérience seule qu’il appartient de confirmer, de détruire ou de perfectionner les aperçus que j’ai proposés. Je reviens, en finissant, au principal objet de ce Mémoire , qui est la fortification primitive.
De ce que j’ai dit sur le peu d’efficacité des feux de flanc dans le système bastionné , faut-il en conclure que je regarde le flanquement en général comme une chose absolument inutile ? Non, sans doute ; je dis seulement qu’on ne doit pas en faire un principe exclusif; et les plus habiles ingénieurs ont pensé de même, puisque tous leurs systèmes sont remplis d’angles morts ou de parties non flanquées. La fortification est assujettie à- plusieurs ma.ximes dont aucune n’est absolue, mais qu’il faut combiner
tonnes assaillanic»; gagïl fflU il j » g,*»- » - > ■mcii* le ftiA J
«ortlr (le scs places d’arme» et marcticr à rennemi pour le combattre.
C’est le rcnvcrscmctil de tous les principes: il s’agit ici de Topération la pins décisive , comme l’observe très bien l’auteur; cl cc»‘tcs c’est mal choisir son moment pour aller combattre un cunemi supérieur ^ pour défiler en sa prt^cncc par des barrières , pour faire taire le feu de ses propres remparts, que d’attendre que cet (Uinemi arrive avec l’élite de ses troupes eu ordre de bataille ; tandis que cette seule fois , pendant tout le cours du si^e, il est obligé de sc montrer, en masse et très long' temps, entièrement è décou» vert Ce u’est point, ainsi qu’on le voit par les paroles citi^s plus haut de M; de Vauljan , aussitôt que les colonnes assaillantes gagnent le haut du glacis, qu’il faut sortir de ses places d’armes pour le combattre ; mais deux ou trois heures après , lorsqu’il est affaildi par des décharges multipliées d’artillerie et de mûusquetcric , et encore mal établi dans scs nouveaux logemens.
J’ai cru devoir signaler une erreur aussi grave échappée , sans doute, è un auteur estimable, parce que le passage qui la contient a été déjà cité inconsidérément par d’autres écrivains, non comme un coatre^^os, mais comme autorité, pour étajer de fausses doctrines. •
su» LA FOBTIFICATION PRIMITIVE. * 4?
et modilicr suivant les circonstances, de manière que renscmble, ou le résultat seul de cette combinaison , aille le mieux possible au but qu’on se propose.
On prend pour axiome que tout point doit être flanqué et défendu. Le mot flanqué est ici de trop j il suflit que ce point soit défendu, n’importe comment, pourvu qu’il le soit bien. 11 peut être défendu par des feux de flanc; mais il peut l’ètre aussi , et souvent beaucoup mieux, par des feux directs, par des. feux courbes , par des feux souterrains, par des sorties , par des maneenvres d’eau. En admettant tontes ces défenses comme propres à se suppléer les unes aux autres , ainsi que la raison l’indique , on se donne une grande latitude ponr varier la disposition des ouvrages , et pour sortir enfin d’une routine dont les effets sont si bornés , d’après tant de journaux de siège , tant réels que fictifs : un vaste champ s’ouvre dès lors à l’imagination, ^
Prenons pour exemple un hexagone régulier baslionnc. Sa tenue, suivant le journal fictif, doit être de ao jours seulement : savoir, i4 jours jusqu’au couronnement du glacis, et 6 autres jours pour forcer le corps de place, desquels 2 pour rétablissement. des bniU'ri/'s , 1 pmir faire brèche, ot a p 9 ux le dispositif de l’assaut.
Maintenant, au lieu de cette place bastionnée, supposons-eo une autre de même capacité intérieure, mais dont la magistrale soit entièrement circulaire , entourée d’un fossé concentrique de 5 ou 6 toises seulement de largeur, enveloppé d’un glacis de même relief et de même pente que celui du polygone baslionné, dopt nous venons do parler , mais avec un chemin couvert ou simple lianquettc de G pieds seulement de largeur. Je suppose de plus que l’escarpe soit un mur vertical de 4 pieds d’épaisseur , peroé de créneaux , avec un chemin des rondes par-derrière. Je dis que cette dernière place doit tenir autant que l’autre , d’après le journal fictif; mais qu’en réalité, elle aura sur elle de grands avantages.
48 SUR LA fortification primitive.
Je dis d’abord qu’elle tiendra ao jours, de même que la première; car il faudra évidemment les mêmes tranchées, les mêmes places d’armes et demi-places d’armes , la même somme enün de travaux matériels, pour arriver au couronnement du glacis; puis le même temps pour construire les batteries, le mémo temps pour faire brèche , le même temps pour le dispositif de l’assaut : mais, comme on va le voir, la fortification bastionncc est d’ailleurs, sous tous les rapports, très inférieure à cellcqui est purement circulaire.
1 °. Celle-ci coûtera beaucoup moins, parce que le mur d’escarpe aura moins de développement, et que l’épaisseur sera moindre, n’ayant point de poussée à soutenir. Sa dégradation, par l’intempérie des saisons -, sera aussi beaucoup moindre, à cause des paremens verticaux de son revêtement. Le rempart circulaire ne donne aucune prise au ricochet, non plus que son chemin couvert , tandis qu’en peu de jours toute l’artillerie de la place bastionnée, sera hors de service, le palissadement des chemins couverts ruiné , et les défenseurs en très grande partie tués ou Klnacêg. 3°. La brèche sera très difficile à faire et à rendre prati-
ne permet pas au canon de l’assiégeant de plonger jusqu’au pied de l’escarpe , dont une partie restera debout et non recouverte de terres , comme aux autres brèches ; que le chemin des rondes empêche le parapet de tomber dans le fossé et de le combler; et qa’éhün le talus extérieur étant à terres roulantes, conserve la roideur de sa montée, malgré l’effet des batteries de brèche. 4”. Le chemin des rondes procure une ligne de mousqueterie couverte, qui tire à bout touchant sur l’ennemi, lorsque celui-ci veut établir son logement sur le haut du glacis et le chemin couvert. De plus, le chemin des rondes n’étant qu’à la distance d’environ 8 toises de la crête du glacis, le couronnement de ce glacis se trouve sous le jet des grenades lancées à la main , de ce che-
Stm LA FORTIFICATION PRIMITIVE. 49
mia des rondes. 5”. Si l’ennemi n’a pas prodigieusement élargi la Lrèche, lorsqu’il voudra donner l’assaut , l’assiégé pourra venir de droite et de gauche par le chemin des rondes, attaquer la colonne assaillante sur ses deux flancs. 6 °. L’assiégeant ne saurait attacher le mineur au corps de place, parce que celui-ci est couvert par le mur d’escarjie qui est détaché des terres , et qu’on ne peut l’attaquer d’un côté sans être entendu de l’autre. 7 ’. Les communications sont beaucoup plus faciles dans le rempart circulaire, parce qu’elles se font par des (lassages souterrains qui servent en même temps d’abri aux défenseurs.
Je ne glousserai pas plus loin ce parallèle entre la fortification bastionnëe et la fortification purement circulaire. II est évident que ce parallèle est tout à l’avantage de la dernière. Le flanquement est donc une défense peu importante, et M.dcBousmard, que j’ai déjà cité, dit avec raison que l’on s’en aperçoit à peine. Cependant cette fortification circulaire n’est que l’ébauche du système qui a été proposé au commencement de ce Mémoire.
Concluons encore de ce même parallèle, qu’il ne faut pas juger «lu mérifo /l’une fnrtf>ressc uniquement par la somme des travaux matériels que doit faire l’assiégeant pour s’en emparer, mais aussi et surtout par la difficulté de ces travaux , et par les moyens que savent se procurer les défenseurs , suivant les localités, pour s’opposer à leur exécution.
L’un des plus grands avantages de la fortification circulaire est de pouvoir fournir des feux directs dans tous les sens , snr les avenues de la place , tandis que dans la fortification bastionnée ou angulaire , il y a au-devant de chaque angle flanqué , à droite et à gauche de la capitale , un grand espace qui en est entièrement dépourvu; et c’est ce qui fait que l’assiégeant choisit les capitales pour y faire cheminer ses tranchées. Par exemple, si l’angle flanqué d’un bastion est droit , il y a un quart entier de l’horizon dont le sommet de cet angle est le centre , qui ne
SDK LA FORTIFICATION PRIUITIVE.
reçoit aucun feu direct : si l’angle est de 6o°, comme aux demilunes ordinaires , il y aura deux tiers. Â la vérité , l’on peut diriger de loin , comme de la courtine , quelques pièces d’artillerie sur ces espaces, en biaisant les embrasures*, mais outre que l’on affaiblit ainsi beauoonp les parapets , comme le fusilier tire naturellement devant lui , ces mêmes espaces n’en demeurent pas moins dénués du feu de mousqueterie , qui est le plus important. Ceux de ce genre qui se croisent sur les capitales , partent de trop loin pour être fort dangereux. Déplus, lorsque l’assiégeant vient établir ses batteries sur les saillans du glacis , vis-àvis des angles flanqués, la pièce de fortification qui est derrière, et qui, si elle était arrondie sur le devant, pourrait faire feu sur ces batteries , en plongeant et à bout touchant, se trouve n’avoir abscdirment aucune action sur elles.
On dira peut-être que si l’enceinte était sans flanquement, reiincmi pourrait y attacher sur-le-champ le mineur ou des sapeurs, {K)iir y faire brèche sans canons; mais indépendamment dc cc que cela ne peut avoir lieu parce que le mur est détaché des terres m <ywlivttUL> c’est ici , s ous tous le s rapports, une grande erreur qu’il est important de relever. Ces sapeurs ou mineurs ne viendront pas seuls ou faiblement soutenus, car alors l’assiégé n’aurait qu’une sortie à faire pour les tuer. 11 faut donc qu’ils soient appuyés par une force capable de tenir tête à la garnison. Or ; cette force ne peut venir à découvert , puisqu’elle serait évidemment foudioyée {Mir l’artillerie de la jdace. Elle ne |)eut donc arriver que par des tranchées bien liées et bien soutenues les unes par les autres , c’est-à-dire, en suivant les mêmes procé<lés qne ceux qu’on emploie aujourd’hui.
C’est en cela que les sièges actuels di fièrent essentiellement de ceux qui étaient en usage avant l’invention de la poudre. Les Anciens venaient au pied des murs pour les saper ou pour les battre avec le bélier, et comme nous ils étaient obligés de sou-
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tenir leurs travailleurs contre les sorties de l’assiégé; mais les .soldats qui soutenaient les travailleurs n’avaient pas, comme nous, besoin de se couvrir de parapets, et de venir en louvoyant par des boyaux de tranchée, parce que les projectiles lancés par les assiégés, ne pouvaient les aller chercher bien loin, et que les ca.sques, les cuirasses et les boucliers des assiégeans sullisaient pour les garantir contre la plupart de ces projectiles. Ainsi , ils |Ktraissaient avec sécurité en force autour des murs de la place , tandis qu’aujourd’hui nous ne pouvons en approcher que jiar des tranchées profondes et bien couvertes.
Les tours dont les anciens flanquaient leurs murailles leur étaient necessaires , parce que c’était de là seulement qu’ils pouvaient combattre avec quelque avantage leur ennemi , attaché au pied de ces murailles pour’ les saper ou pour les battre avec le bélier; mais le canon, qui tient aujourd’hui lieu du bélier, ne saurait se placer comme lui au pied de la muraille à laquelle on veut faire brèche : ce canon est établi sur la crête du glacis , et pourrait être battu directement du haut du rempart qui est visà-vis , si celui-ci était approprié pour cela beaucoup plus eflicacemenT qu’il ne peut l’être itrim ttanc très éTôigué, contre lequel il est aisé de se couvrir par un simple épaulement. C’est donc une fausse analogie <jiii a fait penser qu’on pouvait remplacer les tours anciennes par des bastions, lors de l’invention de la poudre , et la découverte des armes à feu aurait dû ramener à la fortification primitive , au lieu d’en écarter de plus en plus.
11 serait à souhaiter que l’on voulût peser ces réflexions mûrement, dans le seul intérêt «les progrès de l’art, sans passion et sans préjugés.
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