Mémoire sur la généralité de Rouen (1665) Analyse et extraits, avec notes et appendices
Le document publié dans ce volume est un mémoire sur l'état de la généralité de Rouen, dressé en 1665 par Tintendant Voysin de la Noiraye. Il fut rédigé à la suite d'une circulaire de Colbert aux intendants, qui leur prescrivait une enquête générale sur l'état de leurs circonscriptions.
On écrit souvent que la plus ancienne de ces enquêtes est celle qui fut ordonnée en 1697 pour l'instruction du duc de Bourgogne. En réalité, c'est Colbert qui, sur ce point comme sur tant d'autres, fut l'initiateur*. Encore faut-il reconnaître que, même au temps de Colbert, une pareille idée n'était pas exceptionnelle. Depuis le début du XVII® siècle surtout, les descriptions géographiques, les cartes, les essais de statistiques se multipliaient. Les pouillés de bénéfices, publiés par le clergé^ les traités sur les différentes branches de l'administration, comme celui de Ducrot sur les impôts ^ les éditions périodiques
1. L'enquête de 1697 était à ce point semblable à celle de 1664, que Boulainvilliers a placé en tête de son Etat de la France la circulaire de 1664 au lieu de celle qui fut envoyée aux intendants par Pontchartrain, et c'est seulement de nos jours que l'erreur a été découverte. 11 ne faut pas oublier, du reste, que le duc de Beauvilliers, précepteur du duc de Bourgogne, et l'un des promoteurs de l'enquête, était le gendre de Colbert. L'entreprise de 1664 fut très probablement connue des organisateurs de celle de 1697.
2. En voir la liste dans le P. Leiong, Bibl. kist., t. I, n°' 1199 et suiv. Le principal pouillé publié avant 1665 est celui du P. Labbe, Paris, 1648, in-4°.
3. Traité des Aydes, Tailles et Gabelles..., par L. Du Grot, Paris, 1627, in-S", réédité en 1633 et 1636, et suivi, en 1643, d'un supplément « contenant l'état des généralités, élections, doyennés, prévostés, justices, seigneuries, collectes, diocèses et paroisses de France. »
VI ÎNTRODUCTION.
de l'État de la France, qui commence à paraître en 1648', témoignent de l'intérêt que le public portait à ces travaux. Dans l'administration même, nombre d'enquêtes avaient été déjà faites pour connaître l'état exact de telle ou telle institution : dès le temps de Philippe le Bel, on avait songé à dresser un état des feux du royaume^; la circulaire de Richelieu aux intendants, du 25 mai 1634 \ peut être comparée à celle de Golbert sur bien des points. Mais personne avant 1661 n'avait conçu et entrepris une enquête générale, portant sur l'ensemble des institutions de la France*.
Golbert avait un dessein bien arrêté : la réforme économique et sociale du royaume; suivant sa méthode, l'enquête en était le préambule nécessaire. Dès son arrivée au ministère, il proposait au roi une « instruction aux maistres des requestes » pour s'instruire des abus à réformer ^ En avril 1663, écrivant à son frère Charles, intendant d'Alsace, il lui recommandait d'informer exactement le roi sur toutes les affaires de son département, (( ce qui ne se doit pas entendre seulement, dit-il, de ce qui regarde la justice, police, finances, administration des revenus du roy et fortifications des places, mais particulièrement de Testât et situation « du pays : comment la Lorraine était administrée sous ses ducs, quels étaient
1. Voir la bibliographie dans le P. Lelong, Bibl. Iiist., t. II, n" 27 266-27 296.