Le mémoire
Il existe deux manuscrits du mémoire de Voysin.
Le premier, ffue je désigne par A, est conservé au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, collection des Cinq-Cents Colbert, vol. 274. C'est un registre de 260 feuillets en papier, de 345 x 230 millimètres, relié en maroquin rouge. En tête est placé le portrait de Colbert gravé par Nanteuil en 1660; entre les folios 8 et 12 sont intercalés les plans des ports de Dieppe, Saint- Valery-en-Caux, la vallée de Palluel, Fécamp, Etretat, Le Havre, Ronfleur et Quillebeuf, et de la partie Nord de l'estuaire de la Seine. Il se termine par une table des matières développée. 11 est intitulé : « Estât et description de la généralité de Rouen faict par Monsieur Voysin de la Noiraye, conseiller du Roy en se$ conseils, maistre des requestes ordinaire de son hostel, et commissaire departy pour l'exécution des ordres de Sa Majesté en ladite généralité de Rouen, suivant les instructions dressées par ordre de Sa Majesté. » Il est écrit avec soin, sans ratures ni- surcharges, de la main d'un copiste : on n'y trouve pas trace de l'écriture, très caractéristique, de Voysin, sauf aux folios 183 et 254, où il a lui-même mis la date et apposé sa signature.
Le second manuscrit, que je désigne par B, est au département des Estampes de la môme bibliothèque',
1. On ne voit pas pourquoi ce manuscrit, ne contenant ni dessins, ni gravures, ni plans a été classé au département des Estampes, où personne ne songerait à l'aller chercher : c'est le hasard d'une recherche tout à fait étrangère au sujet qui me l'a fait rencontrer. Je signale de même la dispersion fâcheuse pour les travailleurs, des procès-verbaux de la réformation des forets entre le département des Estampes et celui des Manuscrits; celle des cartes des forêts par Delavigne, lesquelles furent jadis reliées en un seul volume, entre les départements des Estampes, des Cartes géographiques et des Manuscrits; celle des cartes de La Motte entre les départements des Manuscrits et des Cartes géographiques.
INTRODUCTION. XIX
SOUS la cote Ve 109. C'est un registre composé de 257 feuillets en papier, et relié en maroquin rouge aux armes du roi. On n'y trouve ni le portrait de Colbert, ni les plans*^, mais il est pour le reste tout à fait semblable au précédent. Il est également bien calligraphié, a le même titre, et porte aussi la signature autographe de VoYsin à deux endroits. Il n'est pas de la main du même copiste : non seulement les écritures dijETèrent, mais les habitudes orthographiques sont tout autres : dans A on a toujours les formes : haute, velours, ils, ecdict, envoyé, tandis que dans B, on a : haulte, veloux, ilz, edict, envoie. A porte toujours, devant le nom d'un personnage vivant, le mot : Monsieur; B emploie plus volontiers « le sieur ».
L'existence de deux copies portant la signature autographe de Voysin, et par conséquent toutes deux authentiques, est facile à expliquer. Deux personnages étaient intéressés à l'enquête : Colbert et Séguier; chacun d'eux reçut donc un exemplaire des mémoires. Croissy écrit à son frère le 2 août 1664 : « J'avois laissé ordre au sieur Faille... de faire transcrire incessamment mon procèsverbal du Poittou et d'en présenter une coppie à Monseigneur le chancelier, et vous remettre l'autre^ ». De Pomereu, intendant de Moulins et de Riom, présente également son mémoire à Colbert et à Séguier ^ Nous avons encore en double les mémoires sur l'Alsace ^, la Touraine% le Poitou*', la Bretagne \ De nos deux exemplaires, celui qui est demeuré dans la collection des Cinq-Cents Colbert est celui du ministre; l'autre, relié aux armes du roi, est celui du chancelier. Nous devons les considérer tous deux comme originaux; ils n'ont pas été copiés l'un sur l'autre, mais dérivent d'une même minute, que nous n'avons plus.
Toutefois, leurs textes ne sont pas identiques. D'abord les inadvertances des copistes ont introduit quelques
1. La table des matières (qui est placée en tète, et non à la fin comme dans le ms. A) mentionne ces plans ; aux endroits indiqués, on ne trouve que des onglets.