V. ci-dessus, p. 10-11 avec les notes
2. Cf. pareillement le rapport de rhydro^rraphe envoyé par Richelieu : on ne peut songer à aménager ce port « à cause des difficultés et des risques qu'il y a d'entrer •• (Bibl. Serv. hydrogr., ms. 970, n" 21).
3. Un état détaillé du port à la date du 28 mars 1665 se trouve dans un rapport du lieutenant de l'amirauté, Laurent Amelyne, qu'un arrêt du conseil du 23 janvier précédent avait chargé d'enquêter sur le délestage des navires dans la rade : « De tout temps le canal ou ruel pour entrer dans ce dit port passoit le long des quays et murailles de ce fauxbourg, lequel canal estoit entretenu avec des facinnes de brieres et longs pieux de bois des deniers provenans des dons et octrois des quatriesmes que S. M. avoit concédez et accordez aux habitans de ceste ville; mais comme depuis quelques années Sadite -Majesté en reuny en sa main une moitié, l'autre moitié n'estant pas suffisante pour les effectz ausquels ils sont destinez et pour subvenir a l'entretient du dit canal et des jettées de ce port et havre, lesdits habitans [ont] cessé l'entretenement du di
que
estoit en son premier estât, il y en montoit bien trente pieds » ; les navires entrent dans le bassin, pilotés par les lomaneurs, sans rompre charge (Bibl. du Serv. hydrogr. marine, ms. 271, fol. 72-73). Une tempête accroîtra encore la ruine du port, en décembre 1665 (Bréard, Les archives de la v. de Honfleur, p. 119-120).
198 GENEHALITÉ DE ROUEN.
nage que le gouverneur de cette place prétend sur un grand nombre de villages qui en dépendent, soient employés à leur destination naturelle, qui est le curement des ports, que non pas d'estre convertis en argent comme l'on asseûrc qu'ils sont, nonobstant ce que Ton a dict au contraire pour la descharge dudict sieur gouverneur, dans la contestation qu'il y a cù là dessus avec M. lamiral depuis deux ou trois ans '.
« Quoy qu'il en soit, il importe fort au service du Roy et au négoce de son royaume de faire prompiemcnt curer ses ports et de faire l'eparer ce qu'il y a a reparer présentement ou qui menace de prompte ruine : car outre les avantages icy dessus mentionnés par lesquels il est considérable, c'est qu'il y a des gens tout a faicl bien intentionnés pour les voyages de long cours et pour les commerces estrangers, parmi lesquelz il y a plusieurs bons pilotes du nombre de ceux de cette ville-là qui se sont signalés dans les grandes navigations par-dessus tous les autres pilotes de ce royaume.
« La navigation y est toutesfois extrêmement anéantie : car comme la pesche en est la principale escole, et que la pesche est traversée par les supercheries que les commis des gabelles font aux habitants de Honfleur qui vont à la pesche des moriies en Terre-^seufve, il arrive que de 40 ou 50 vaisseaux qu'il y avoit autresfois dans les ports de cette place, il n'y en a plus que 9 ou 10". Or l'une des principales supercheries que ces commis leur font est que, quand ils vont quérir du sel a Broiiage dans Tespéi^ance d'une pesche abondante, et que le succès ne répondant pas à leurs désirs ils sont forcés d'en rapporter une partie, on les oblige pour lors a consigner, de peur des abus qui en pourroient naistre, cette partie restante, dans le grenier à sel, après quoy l'on exige d'eux tant de droictz quand ils le veulent ravoir, qu'il leur tourne plus a compte d'en aller rechercher d'autre à Broiiage, que de redemander le leur; et du reste s'ils ne vont point à la pesche du harang, comme les autres habitans des costes de Picardie et de Normandie, c'est qu'ils n'ont pas comme eux leur franc-salé, qui leur a esté osté depuis vingt et cinq ans ^. »
1. Cf. une lettre du roi au gouverneur de Honfleur, 10 août 1671, dans Clément, Lettres... de Colbert, IV, p. 156.
2. Comi>arer avec les chiffres donnés pour 167'^' et 1G81 dans Decharme. Le comptoir d'un marchand an W II" siècle, p. 216 et 124; voir .Tussi, du niêunauteur : La nlU- et /es ifens de Honfleur au XVIP siècle, p. 28-34, et le rapport de M. de Moiitmort en 1687, Bibl. du Serv. hydrog-r., ms. 971, fol. 118.
3. En février 1668, Colbert envoya encore Du Quesne jiour ('tudier If^s travaux nécessaires à l'aménagement de Honfleur (V. son instruction dans Clément, Lettres... de Co/hrrt, t. III, V part., p. V>6 ; cf. Bré;ird, Les arcli. de la c. de Honfleur. \^. (V.\). Le rapport de Du Quesne, du l.S avril suivant, est conservé aux Archives du Service hydrographique de la marine (carton 18, section 6), avec un devis par Régnier Jansse et Le Hocage-Boissaye. Les travaux furent entrepris à la suite de ce rapport (Depping, Corresp.' admin.. IV, j). 6.">-66; Bréard, ouvr. cité, p. 64 et suiv.). En 1681, Seigiielay et Vaiiban viennent encore à Honfleur j)our avisera de nouveaux aménagements, dont les habitants et le Koi doivent payer les Irais par moitié (Clément, III, 2" part., p. 515). On y travaillait activement encore en 1685 iDe Boislisle, Cnrresp. des Contr. ^é raux, t. I, n° 182). Cf. Dccharme, Le comptoir d'un marchand... p. 123.
Nous avons également, du chevalier de Clerville, une carte des côtes de Haute-Normandie : elle se trouve aux Archives du Sei^vice hydrographique de la Marine (portef. 36, div. I, pièce 3)'. C'est une feuille de i m. 30 X 2 m. 35, collée sur toile. Elle est intitulée : « Carte topographique des costes maritimes de Normandie et partie de Picardie depuis Etretat jusqu'à Cayeux, le tout représenté comme il paroist de mer basse avec les laisses tant de sable que de vase qui y demeurent, par le chevalier de Clerville , commissaire général des fortifications de France ». L'échelle est environ de 1 : 45 000. Le dessin, rehaussé de couleur, est très soigné; les profondeurs sont marquées en brasses, les bons et mauvais mouillages signalés ^. C'est la première carte détaillée de ces côtes que nous connaissions, et elle marque un progrès considérable sur les précédentes. Elle peut être rapprochée de celle de Beauplan, étudiée plus haut^.
Elle n'est pas datée; mais les détails qu'elle consigne permettent de la placer aux environs de 1668 : on y voit figurer, en effet, le canal d'Harfleur au Havre, creusé de 1667 à 1669 ' ; en outre, le chenal qui, dans l'estuaire de la Seine, s'étend entre la côte et le banc d'Anfart, et qui s'ensabla à partir de 1668, y est marqué avec une profondeur minima de 4 bipasses. Enfin, nous avons un placet de Clerville au Roi qui fait probablement allusion à cette carte ; « Si Votre Majesté, y est-il dit, veult que je continue à faire faire pour sa gloire ou pour l'ornement de ses cabinets les plans de relief et les cartes maritimes que j'ay commancé à faire faire par ses ordres, je la supplie de vouloir, s'il luy plaist, faire donner ceux qui sont nécessaires pour en pouvoir faire la despense ^... ». Ce placet, il est vrai, n'est pas daté, mais il fut réuni, du temps même de Colbert, avec la correspondance du mois de janvier 1668, et Clex'ville y rappelle qu'il a voyagé pendant cinq ans à travers le royaume pour inspecter les ports : or cette inspection a commencé en 1663, comme on l'a vu plus haut. Enfin, comme nous savons que Clerville séjourna sur les côtes de Normandie en 1666 et 1667, et qu'il rédigea un autre mémoire sur les côtes de la province en 1668 ", on ne peut guère hésitera dater cette carte comme nous l'avons fait.
L'expression « faire faire », employée dans le placet, prouve que le dessin n'est pas l'œuvre de Clerville lui-même, mais d'employés qu'il avait à son service.
1. Voir la carte des côtes de Picardie, ibid. Portef. 35, div. I, et celle des côtes de Basse-ÎS'ormandie, portef. 37, div. I, pièce 1.
-. Il ne faudrait pas, toutefois, se laisser duper par la perfection du dessin, et attendre de cette carte une grande exactitude dans la position des lieux, les distances, la direction des côtes. Un croquis expédié, qui accompagne la carte, pourrait bien être la minute originale dressée par Clerville ou par ses aides, et remise au dessinateur : en ce cas, il faudrait reconnaître qu'on ne soigna pas beaucoup les levés. Mais la carte n'en est pas moins précieuse pour les indications hydrographiques qu'elle donne. Cf. Lennier, Etudes... sur l'embouchure de la Seine, Le Havre, 1870. 2 vol. et atlas, in-fol.