CHAPITRE PREMIER GÉNÉRALITÉS- PORTS. — ÉTATS
Le mémoire débute par des considérations générales sur la richesse de la Normandie et son importance dans le royaume. Un tel préambule était de style dans les histoires et descriptions de la province à cette époque‘. Il n’a aucune originalité. Puis vient un très bref aperçu historique, également sans intérêt. L'auteur passe ensuite à la description des différentes « contrées » de la généralité :
Le Vexin Normand « n’est qu’une grande campagne abondante en toute sorte de grains, y a des vignobles le long du rivage de la riviere de Seyne... Les terres de ce pays sont affermées vingt, vingt-deux, jusques a vingt-quatre livres l’acre? en certains
1. Par exemple dans Du Moulin, Hist. générale de la Normandie, Rouen, 1631, in-fol.; Nagerel, Descr. du pays et du duché de Normandie, Rouen, 1578; De Bourgueville, Les recherches et antiquités de la province de Neustrie, Caen, 1588; D’Anneville, Inventaire de l’histoire de Normandie, Rouen, 1646, rééd. en 1665, sous le titre : Abrégé de l’histoire de Normandie; etc.
2, L’acre de Normandie contient 160 perches, ainsi que Voysin nous l’apprend quelques lignes plus bas. Elle vaut donc 54 ares 66, un peu plus d’un demi-hectare. Le mémoire de 1698 signale pareïllement cette richesse : l’acre de terre labourable, qui, dans le Caux et le Bray, ne vaut que 8 à 10 1. de revenu annuel, « vaut 16 ou 18 1. communément dans les plaines du Vexin
‘ normand » (B. N., ms. fr. 4 286, f° 11). La comparaison de ces chiffres avec ceux de Voysin ferait supposer une notable diminution du revenu foncier entre 1665 et 1698. Mais on connaît assez l’imprécision de telles estimations. Actuel-
cantons, comme le long d'Andely a aller jusques a Sainct-Clair audessous d'Escouys. Le bled! de ces cantons et du Vexin normand est estimé de quinze a vingt sols par mine plus que celuy du pays de Caux, d'Elbeuf et Du Cler; les terres communes sont de quinze a seize livres l’acre. »
Le Pays de Caux « est tres fertille en grains, et il y a grands nombres de troupeaux de moutons ?. Les playnes n’y sont pas si grandes comme au Vexin, mais elles sont mieux plantées, et s’y fait beaucoup de sidre pour l'usage des habittans, et aussy pour les estrangers. Dans ce pays de Caux est enfermée une autre petite contrée nommée le Pays de Bray compris depuis Gournay jusques a Dieppe, le long de cette vallée, qui faict de tres bon pasturage tant pour les nourritures que pour les bœurres et angelots ? qui s'y font fort exquis... Il y a des endroicts ou la terre est affermée jusques a seize ou dix-huict livres l’acre; communement elles se donnent a douze et quinze livres‘. Le pays est fort planté d'arbres fruictiers et produit toutes sortes de grains, de la rabette dont il se faict de l'huile. Il s’y faict grand nombre de thoille qui se porte a Rouen, et de la en Espagne f. La coste de la mer fournit tout le pays et la ville de Rouen et celle de Paris de poissons. »
Le Roumois’ « est fort fertil en bled, et tres bien planté, les
lement la région est encore extrêmement riche : une partie des terres sont en cultures fruitières et maraîchères et valent jusqu’à 5 000 fr. l’hectare (Ministère de l'Agriculture, La petite propriété rurale en France, 1909, p. 75-76; cf. Sion, Les paysans de la Normandie orientale, p. 369 et 414 et suiv.
1. 11 faut prendre garde que ce mot désigne ordinairement, au xvIi° et au xvir* siècles, à la fois le froment, le seigle et le méteil. V. par ex. De la Tournerie, Traité des fiefs à l'usage de la province de Normandie, 1763, p. 192, et Dumoulin, Hist. de Normandie, 1631, in-fol., Discours, p. 5.
2. Sur les variations du nombre des moutons aux différentes époques, y. Sion, Les paysans de la Normandie orientale, p. 212-3 et 375-82. — Le mémoire de 1698 caractérise singulièrement le pays : il est « fort élevé et très froid, incommode par l'extrême dizette des bonnes eaues, abondant en touttes sortes de grains » (B. N., ms. fr. 4 286, f° 11).
3. Sur la renommée des beurres du pays de Bray, v. Th. Corneille, Dictionnaire, art. Bray, et Gournay (d’après des mémoires dressés sur les lieux en 1704). Les angelots sont une « sorte de petit fromage très gras et très excellent, qui se fait au pays de Bray, d’où il est appelé angelot de Bray. Cette espèce de fromage se dresse ordinairement dans des éclisses, qui sont formées en cœur, ou de figure quarrée » (J. Savary, Dictionnaire universel du commerce, éd. 1741, art. Angelot). Voir également Th. Corneille, Dictionnaire, même art.
k. Cf. Th. Corneille, Dictionnaire, art. Caux, d’après des « mémoires dressés sur les lieux en 1702 ».
5. Cf. un mémoire de 1665 sur les terres nouvellement défrichées autour de la forêt de Roumare : « pareille terre s’afferme quinze livres l’acre, et le fonds de chacun acre se venderoit de particulier a particulier 300 1. » (B. N., ms. fr. 11 898, p. 6). Voir aussi le tracé du canal du Havre à Harfleur, en 1667, avec l'indication du prix des parcelles traversées; ce prix varie de 400 à 500 1. l’acre (Arch. du Serv. hydrogr. de la Marine, Portef. 36, I, pièce 1°"). Quelques indications sont données par A. Martin dans le ec. publ. Soc. havraise d’études diverses, 1895, p. 195 et suiv.
6. Voysin passe rapidement sur la question des tissages et filatures de la généralité, Il s’en occupa fort peu pendant son intendance; c’est surtout à partir de 1667 que Colbert fera des efforts pour développer cette industrie.
7. VNoysin mentionne auparavant la portion du comté d’'Evreux qui dépend de sa généralité; il signale sa fertilité et le « bon vin » de la vallée d’Eure;
terres y sont affermées dix-huit, vingt et vingt-deux livres l’acre ».…
Le Pays d'Auge « a peu de plaine et est fort planté, y a peu de campagne, et le plus grand champ ne contient pas cent acres; ce sont tous closages, et est beaucoup arousée de rivieres. Il y croit de tres bons grains et lins, et dans les vallées y a de tres bon pasturages. Il s'y faict d’excellens fromages, ceux de Pontlevesque sont en reputation !..….
« Le pays du Vexin françois qui est de la generalité de Rouen ne depend pourtant pas du gouvernement de la Normandie ny du parlement, mais bien de la cour des aydes de la province, a la reserve de la chastellenie de Ponthoise pour laquelle il y a un esleu particulier a Ponthoise, dont l'appel ressortit a la cour des aydes de Paris?; ce pays du Vexin françois est du gouvernement de l'Isle de France et du ressort du parlement de Paris; il est pourtant, quant au spirituel, de l’archevesché de Rouen... A ia tenue des estats de la province, lorsque l’on faict l’appel des deputez de chaque bailliage, entre les deputez du tiers estat du bailliage de Gisors on appelle tousjours le deputé du tiers estat de la ville et chastellenie de Ponthoise, et le deputé de la prevosté de Chaumont et Magny, lesquels de vérité y font tousjours deffaut, mais cela marque que la province pretend comprendre aussy ce pays. »
Les rivières de la généralité sont énumérées brièvement?, avec des indications sur leur navigabilité : l'Eure « est navigable jusqu a Dreux »“; la Rille « ne l’est que du Ponteaudue jusques a la mer; il vient des gribannes” jusques a Foulbec, à deux lieues de Ponteaudemer, mais faut qu'elles ne tirent que trois pieds d’eau ° ». La Touques porte, jusqu'à
cf. sur ce vin l'appréciation contraire du mémoire de 1698 : il est « foible et de pettite qualité » (B. N. ms., fr. 4 286, f° 12). Voysin ne fait aucune allusion à la crise de la vigne, qui sera signalée plus tard par Boisguilbert (voir De Boislisle, Mémoire de l’intendant de Paris, p. 562 et suiv. et Le Détail de la France, éd. 1707, I, p. 50-53). Th. Corneille mentionne également les « excellens vignobles » de la vallée de la Seine (Dictionnaire, art. Vexin; cf. l’art. Roumois). Cf. Cochet dans la Rev. de Normandie, 1866, p. 685.
1. Cf. l'abbé de Longuerue, Dictionnaire de la France, art. Auge : il mentionne les « angelots de Livarot »; de même Th. Corneille, Dictionnaire, art. Livarot.