‹ Mémoire sur la langue de JoinvilleChapitre 19 sur 55 · NOMS DE NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMS DE NOMBRE

Pour signaler toutes les traces de déclinaison que l'on observe dans les chartes de Joinville, j'ai encore à parler des noms de nombre. Comme en latin, ils étaient presque tous invariables; mais le nombre <^et^^, en particulier, avait une déclinaison parfaitement caractérisée quand il était joint à des substantifs masculins. Il faisait alors au sujet dui ou, par exception, duin, et au régime, dous ou douz, deus, deux ou deiiz et, par exception, dou, dus, duœ, deœ. Les formes dous et deus, avec 1'^ finale, sont les plus fréquentes et se présentent en nombre à peu près égal. Il y a un motif de préférer pour le texte de l'Histoire la forme dous, c'est qu'elle a été conservée dans un passage du manuscrit A où le copiste l'a confondue avec l'adjectif doux, quoique le sens ne s'y prête nullement. En parlant des deux croisades de saint Louis, Joinville rappelle qu'elles coûtèrent la vie à bien des gens « qui moururent » en ces dous croisemens, » et trois lignes plus bas, « qui » en ces dons pèlerinages moururent. » C'est là que le copiste le plus ancien a écrit ce douz croisement, ce douz pèlerinage ; j'avais corrigé cette mauvaise leçon à l'aide du manuscrit de Lucques, qui porte ces deux croiseries, ces deux pèlerinages. Mais, du moment où l'emploi fréquent de la forme dous est constaté par les chartes, on ne doit point hésiter à reconnaître que la faute de l'ancien manuscrit consiste uniquement dans la substitution du singulier au pluriel, et qu'en écrivant ces dous croisemens, ces dous pèlerinages, on rétablit avec toute certitude la leçon originale. Cette forme dous s'emploj^ait au régime féminin (R 52), ainsi que deux (E ter 8, I, 17), deus (H 22) et dues (H 21); il en faut conclure que ce nom de nombre n'admettait la distinction des genres qu'au sujet masculin. Comme trois ne se présente qu'au régime dans

les chartes, on ne peut pas savoir s'il aurait perdu 1'^ finale au sujet comme dans certains textes du temps ^ Les autres nombres restaient invariables, sauf vingt et cent, qui prenaient comme aujourd'hui le signe du pluriel quand ils étaient employés comme multiples.

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