IP. PARTICIPES
Que les clercs de la chancellerie de Joinville aient généralement appliqué aux participes les règles qu'ils suivaient pour les adjectifs ordinaires, c'est ce que prouvent un grand nombre d'exemples, qu'il serait inutile d'énumérer. J'avertis seulement que ces exemples cessent d'être concordants en ce qui concerne le participe passé se combinant avec l'auxiliaire avoir pour former les temps composés des verbes. Mais si l'on fait abstraction de cet emploi particulier du participe passé, dont je m'occuperai plus tard, on reconnaît qu'à l'état isolé ou joint à l'auxiliaire être, il se comportait exactement comme un adjectif, ce qui est également vrai du participe présent, dont je parlerai d'abord.
La désinence des sujets singuliers masculins aidanz et demoranSy s'accorde avec celle des accusatifs pluriels masculins appartenans, demoranSy demourans, me /faisans ei s erimns pour prouver que dans les chartes les participes présents n'étaient pas, comme aujourd'hui, invariables, mais qu'ils suivaient en tout la règle des adjectifs. Si donc l'on trouve à l'accusatif féminin vaillant et non vaillante (W 15), c'est parce que ce mot se rattache à la classe des adjectifs qui n'avaient en latin qu'une forme pour les deux genres. C'est par la même raison que l'on voit au féminin pluriel séans et non séantes (Z 21), c'est-à-dire le signe du pluriel et la forme masculine servant pour le féminin. Une mauvaise lecture m'avait fait croire d'abord que la charte de juillet 1302 contenait la forme féminine tenante, employée dans la désignation d'un moulin; mais la véritable leçon est molin de Siimme Tenance (K. bis 31) ^ Quelques chartes offrent
1. Ce nom désigne un moulin situé sur un cours d'eau appelé alors Tenance, non loin de la localité de Thonnance-les-Moulins, canton de Poissons (Haute- Marne). Ce cours d'eau est appelé Rongeant sur la carte de Cassini; mais
des exemples de certains mots qui ont l'apparence des participes présents, et qui prennent comme eux le signe du pluriel dans les locutions suivantes, en deniers contanz ou contans (G 6, I 7, 0 6, Q 27, W 49) et paryni dons deniers paians à nous (W 181). Je les signale en passant, me réservant de revenir sur ces mots pour montrer que ce sont des participes passifs en forme de gérondifs.
Pour le participe passé de la première conjugaison, il n'y a au sujet singulier masculin que la désinence ez ou l'équivalent es. Mais au cas indirect la désinence è n'est constante que pour les participes dont les verbes ont l'infinitif en ier. Pour les autres verbes, le régime se termine tantôt en e, tantôt en ei ou en ey^ de même qu'à l'infinitif on voit tantôt er, tantôt eir; mais tandis qu'à l'infinitif c'est la désinence er qui domine, ce serait plutôt la finale ei qui dominerait au participe dans la proportion de six contre cinq ou environ. Le sujet pluriel masculin se comporte comme le régime singulier, et le régime pluriel comme le sujet singulier. Au féminin, les verbes dont l'infinitif est en ier ont au participe la désinence ie pour le singulier et ies pour le pluriel : octroie (E 13), paie (N 18), prissie (I 70), avignies (W 133), ottroïes (R 9), prisies (G 8), prissies (I 71). Pour les autres verbes, le participe féminin se termine ordinairement en ée au singulier et en èes au pluriel ; mais on rencontre quelquefois les finales eie et eies : termineie (K 19), acordeies (K 15), diviseies (H 153), jiireies (H 160), saaleies (H 149), termineies (K 15).
Les participes des autres conjugaisons suivent les règles ordinaires. On trouve, par exemple, au sujet singulier ou au régime pluriel masculin, anientis, estahliZy a7nortiZy esleuz^ tenuz ou tenus; puis au régime singulier ou au sujet pluriel, amortiy establi, rendu, tenu, vendu. Dans d'autres participes tels que diz et faizy le t du radical latin reparaît au cas indirect du singulier ou au sujet pluriel {dit, fait). Il en est qui sont invariables tels que mis, pris requis, et probablement aussi rescouz
l'expression de Summe ou Somme, venant de l'adjectif latin summa, entre dans la composition de plusieurs noms de lieux voisins de la source d'un cours d'eau tels que Somme-Suippe, Somme-Vesle, Somme-Yèvre ; il faut donc reconnaître dans Somme Tenance le nom ancien du cours d'eau qui passe à Thonnanceles-MouUns.
(X 44) h cause du radical reeœcussus. Je citerai en finissant le participe couvent (E his 18) ou covant (E qiiater 17), qui se retrouve dans l'Histoire (p. 192, 256, etc.) et qui s'est depuis longtemps transformé en convenu.