‹ Mémoire sur la langue de JoinvilleChapitre 21 sur 55 · Notamment dans le Credo (p · texte numérisé non relu

Notamment dans le Credo (p

2. J'y comprends, outre une faute donnée par la copie moderne du siècle dernier, deux autres fautes qui peuvent s'expliquer facilement parce qu'elles portent sur le mot uns employé au pluriel {les uns, par opposition avec les aulres). On ne doit pas s'étonner que deux clercs aient écrit II uns au lieu de li un (H 157 et W 64), puisque l'idée d'unité, comprise dans ce mot, les disposait à le considérer comme un singulier.

3. En supposant (ce qui est l'hypothèse la plus probable) que ces incorrections n'existaient pas dans la charte originale, la proportion des fautes contre la règle du sujet singulier et du sujet pluriel serait un peu inférieure à un demi pour cent.

tat numérique il faut évidemment conclure, d'abord que Tune et l'autre règle étaient parfaitement connues et pratiquées à la chancellerie de Joinville, ensuite qu'on est autorisé à modifier le texte de l'Histoire partout où ces règles y sont violées ^ Jusqu'à ce jour on ne connaissait pas, je crois, de texte en langue vulgaire où l'observation de ces règles fût aussi constante; cela tient sans doute à ce que les copistes de manuscrits n'apportaient pas le même soin à leur travail que les clercs d'une chancellerie bien organisée. Le recueil des chartes de Joinville peut donc fournir d'utiles renseignements sur le degré de correction auquel pouvait atteindre la langue vulgaire.

La correction de ce texte une fois constatée, il était de bonne critique de ne pas considérer comme des fautes ce qui pouvait s'expliquer par une interprétation conforme aux règles que les clercs pratiquaient d'ailleurs si exactement. Ainsi je n'ai pas compté parmi les violations de la règle l'emploi du participe passé dis avec la forme du sujet singulier, lorsqu'il était précédé ou suivi de deux substantifs singuliers, qui auraient à la rigueur exigé le pluriel; j'ai supposé que le clerc ne l'avait mis en rapport qu'avec le substantif le plus voisin. En effet, de même qu'en latin on pouvait s'écarter de l'usage ordinaire en écrivant dictus ahhas et conveyitus au lieu de dicti ahhas et co7iventus, j'ai pensé qu'il était loisible d'écrire Vahhes et li coiivanz davant diz (E ter 23), li dis ahhes et li convens (H 46), li dis ahbes et convans (0 26), li diz Guillaumes et Adeline sa feme (M 10), li dis J offrais et Jehans (H 175), malgré les passages beaucoup plus nombreux où le participe, dans des cas analogues, a été écrit sous la forme du sujet pluriel. Si l'on réunissait tous les passages où les clercs se sont ainsi écartés de l'usage le plus ordinaire, et qu'on voulût les compter comme des violations de la règle, la proportion des fautes, malgré cette augmentation arbitraire, n'atteindrait pas tout à fait deux pour cent. On n'infirmerait donc pas la thèse que je soutiens sur la correction de ces chartes, mais on méconnaîtrait la

1. D'après un calcul approximatif, on peut croire que le copiste a violé ces règles plus de quatre mille fois, en les respectant peut-être une fois sur dix.

cause réelle de ces variations orthographiques qui ne doivent être attribuées ni à l'ignorance ni à l'inattention des clercs.

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