‹ Mémoire sur la langue de JoinvilleChapitre 32 sur 55 · T SONS DIVERS DE L' Z · texte numérisé non relu

T SONS DIVERS DE L' Z

J'ai' rencontré un seul exemple de la forme ^i^ substituée kje, et c'est aussi le seul monosyllabe où la voyeUe u semble avoir servi à représenter le son de Ve sourd. Elle paraît à la syllabe finale de plusieurs participes passés, tels ({\\q perdu, et dans le substantif ri«, où elle devait se prononcer de même qu'aujourd'hui. Dans une seule charte les pronoms lui et celui sont écrits lueicelu; mais comme ils s'écrivaient aussi li et celi il faut admettre que dans ce cas Vu représentait un son voisin du son de ^^, d'autant plus que cette dernière voyelle alternait avec lautre dans la première syllabe diisuaire et dans la troisième d' escuminiez . Dans la seconde syllabe de ce même mot, Vu alternait avec Vo simple ou la diphtongue ou; c'est ce qui arrivait encore pour le mot Urbain, qu'on trouve écrit Orbain et Ourbain, sans compter la forme exceptionnelle Ouirbain

dont la prononciation devait être la même. Les variantes dous^ deus et dus, proiiz, preus eiprus, proudome, preudome et priidomcy ne permettent pas de savoir si Vu représentait dans ces mots un son voisin de la diphtongue ou plutôt que de la diphtongue eu; mais c'est un rapprochement avec cette dernière diphtongue que paraît autoriser la comparaison des variantes nuf et neitf, a côté desquelles les formes nof et nouf ne se rencontrent pas dans les chartes de Joinville.

Telles sont les principales nuances de son qui pouvaient être représentées par Vu simple. Quant à celles qui répondaient aux difîerentes combinaisons par lesquelles Vu s'unissait à une autre voyelle pour en renforcer le son plutôt que pour y apporter un changement essentiel, j'ai déjà eu occasion de les signaler en parlant de la voyelle qui conservait le son dominant. C'est ainsi que j'ai rattaché à Vi l'emploi de la diphthongue ui dans les mots tels que lui, celui et autrui; mais j'ai averti que la même diphthongue s'employait dans d'autres mots où le son de Vi devait être effacé par celui de Vu . Il ne paraît pas probable en effet que Vi pût servir à autre chose qu'à renforcer Vu du mot entrepresuires, qu'on trouve écrit entrepresures et antrepresui^es dans trois chartes différentes. Ce devait être aussi à titre de voyelle muette qu'il figurait par exception dans la première syllabe des mots cuireiz et duire, dont la véritable prononciation semble indiquée par plusieurs exemples des variantes cureis et dure. La forme dui, qui se présente dans cinq chartes différentes, ne contenait d'autre son que celui de Vu puisqu'elle alterne avec la variante duiu qui devait se prononcer comme la première, mais à la condition que Vi final de l'une ne se fit pas plus entendre que Vi intermédiaire de l'autre. C'est par une combinaison analogue qu'un clerc a écrit deux fois piduset, quoiqu'il s'agît uniquement de figurer le son prolongé et renforcé de Vu, sans aucun mélange de Vi, dans un mot que trois autres chartes présentent sous l'une des formes èqm.\alenies peussent etpuessent. Je citerai enfin, à titre de variantes tout à fait exceptionnelles, les formes fui, fuist et fuissent, dont la véritable prononciation est déterminée par les nombreux exem.ples des variantes fu, fussent, fut et fussent, variantes d'où la voyeUe i n'aurait pas été exclue neuf fois sur dix, si elle eût été autre chose qu'un souvenir étymologique et un moyen de figurer le renforcement de la voyelle principale.

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