‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 18 sur 28 · VINGTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGTIÈME OBSERVATION

Surdité et mutisme , suite d^une maladie-

Xardel, âgé de onze ans, appartenant à des parens pauvres , me fut envoyé et recommandé par M. le curé de son village. Après avoir examiné cet enfant, je le trouvai dans le cas d’être opéré avantageusement; maisjene voulus le faire qu’après avoir, obtenu du père la promesse qu’il laisserait son enfant près de moi jusqu’à ce que les grands froids fussent un peu calmés.

L’opération fut faite, et les oreilles furent ouvertes aux sons, mais faiblement, surtout la gauche. Les trompes d’Eustacbe étaient oblité-

rées, et sûrement aussi une partie des caisses du .|^ml)our ; car le lendemain de l’opération , il en sortit, au moyen des injections, des matières semblables à de la craie : celte circonstance me fit observer au père que l’enfant avait besoin de subir un traitement suivi; cet avertissement fut inutile ; le père et le fils partirent tous deux le lendemain, c’étaitle 27 janvier; depuis celte époque je n’ai plus entendu parler de cet individu, malgré les lettres que j’ai adressées à son pasteur ^Bfqai me l’avait recommandé. Tel est souvent le fruit des peines que l’on se donne pour soulager l’humanité.

VINGT-ÜN lÈME OBSERVATION.

Surdité causée par l’oblitération des trompes d’Eustache.

Lecomte, âgé de huit ans, sourd-muet de naissance, fils d’un homme qui n’a d’autres moyens d’existence que son travail journalier, fut opéré avec succès dans le mois de décembre 1820 ; après l’opération, cet eufant répéta plusieurs mots qu’on lui dit à l’oreille ; j’avais beaucoup ,g&’espoir; mais le peu de soins qu’il reçut de ses parens, incapables de le surveiller et de le faire traiter, le firent retomber dans la surdité; je ne sais si, par une inflammation prolongée, la

membrane <Ju tympan &’est oblitérée-, ou si l’oreille s’est engoi^ée par l’augmentation de la secrétion du cérumen, qui se fait tonpours après l’opération. Je me propose de demander cet enfant à son père, pour lui donner les soins qu’exigfe son état.

On peut juger par les opérations dont j’ai fait l’histoire jusqu’à présent, qu’il existe beaucoup de cas de surdité de naissance et autres qui peuvent être traités avantageusement par les médecins qui se livrent à l’étude des maladies de l’oreille. Mais pour parvenir à de grands résultats, il faudrait que les individus nous fussent livrés sitôt qu’on s’aperçoit de l’existence de la maladie j car si on attend que celle-ci ait -jeté de profondes racines, nos moyens deviennent souvent impuissans, et ne produisent qu’un mieux être incomplet.

Les observations dixième et treizième sont dés exemples frappans de ce que j’avance. On ne peut nier que si M.™® Ksse et M. Séefeld eussent été traités ratioBnellement un an ou deux après l’invasion de leur maladie, il eût été facile de leur rendre l’ouïe, et de borner les .progrès du mal. Il en est de même des surdités qui reconnaissent pour cause prochaine un épanchement de glaires, de sang ou de toffte autre matière dans la caisse du tambour ou dans la trompe d’Eustachej avec

le temps, ces corps étrangers se darcissent, s’agglutinent, je dirais presque même s’incrustent dans les membranes muqueuses; et alors il de- ■vient souvent impossible de les délacber pour les entraîner au dehors, tandis que si on agissait quelques mois après qu’on a reconnu la maladie, on ne trouverait pas ces matières si réfractaires à nos moyens thérapeutiques.

Excepté quelques individus que j’ai eus sous les yeux un certain temps, tous les autres ont été enlevés à mon observation peu de jours après l’opération. Je n’ai presque jamais eu le loisir de varier mes moyens et d’en noter les effets. Est-ce donc en quatre, dix ou vingt jours, que l’on guérit des surdités de naissance ou accidentelles, qui datent de douze, et souvent de vingt ans? Voilà encore une de ces grandes causes qui mettent obstacle aux progrès de la médecine de l’organe auditif, et qui font que beaucoup d’individus restent pou rieur vie à charge à la société, souvent importuns à eux-mêmes.

Les parens de quelques enfans ont pensé qu’une simple perforation devait suffire pour rendre Vouie et la parole en quelques jours.

D’autres ont cru que quelques injections suffiraient pour enlever des corps étrangers durcis au centre de l’organe de l’ouïe ; enfin plusieurs n’ont pu se soumettre à des traitemens de quelques

mois. Si l’on veut des miracles, ce n’est pas aux médecins qu’il faut s’adresser.

Ces observations, que je crois très-instructives, doivent non-seulement être utiles à fixer l’attention des médecins, et servir de conseils aux personnes qui ont des parens affectés de surdité, mais encore elles prouvent d’une manière péremptoire aux uns et aux autres que c’est uu préjugé que de croire incurables les surdités de naissance. On a vu que les causes prochaines de ces vices congénitaux ne diffèrent en rien de celles qui surviennent après la naissance j ainsi donc elles peuvent être traitées de la même manière.

Je vais maintenant faire l’histoire de plusieurs sourds-muets que j’ai opérés sans aucun succès.

Sur quelques-uns de ces individus je prévoyais la non réussite, parce que je jugeais que la cause de la maladie avait son siège dans les nerfs ou le labyrinthe; chez les autres, j’ai été induit en erreur par eux-mêmes, parce qu’ils m’ont donné par signes des renseignemens faux sur leurs propres sensations; enfin quelques enfans trop jeunes ne m’ont en général fourni aucune donnée certaine, avant, pendant et après l’opération: c’est pourquoi j’ai négligé de recueillir leure observations dénuées d’intérêt.

VINGT-DEÜXIÈMB OBSERVATION.

Victor Bon, âgé de trente-huit ans, doué d’une bonne constitution, né sourd-muet, entendait tous les bruits que l’on faisait dans une chambre, mais il ne pouvait apprécier les sons. L’oreille externe était en très-bon état. En faisant une forte expiration, le nez et la bouche étant fermés, M. Bon disait ne pas ressentir l’air expiré pénétrer dans la caisse du tambour j il s’était trompé, puisque immédiatement après l’opération, en répétant la meme expérience, le vent est sorti par le conduit auditif externe j l’eau qui servait aux injections a aussi passé facilement à travers la trompe d’Eustache.

L’opération n’a été pratiquée que d’un côté : il est évident que, dans ce cas de surdité, la perforation du tympan ne pouvait en rien changer l’état de la maladie : voilà une de ces cophoses appelées nerveuses qui seront sûrement toujours incurables. Ce monsieur est marié j il a deux enfans qui ont l’ouïe bonne (i).

(j) Le lait suivant me paraît digne d’être rapporté, puisqu’il est relatif à M. Bon. La mère était enceinte de loi ; un jour allant promener à la campagne, elle rencontra un jeune enfant sourd-muet, qui, par ses signes, lui indiqua que

VINGT-TROISliME OBSERVAT JOIÎ.

M. EE MAIRE de la ville de Toul m’envoya un jeune homme pour être opéré si je le jugeais à propos : cet individu était sourd-muet depuis l’àge d’un an, époque où il fut affecté d’une maladie grave, à laquelle succéda, pendant quelque temps, un écoulement purulent par le nez, les yeux et les oreilles. Au mois de mai dernier, après avoir examiné le jeune homme, je reconnus que les membranes du tympan étaient intactes, les conduits auditifs un peu rouges et doués d’une sensibilité extrême; la gorge était bien conformée ; l’oreille était sensible aux battemens d’une montre placée entre les dents, et appliquée sur la pophyse masloïde.

J’étais incertain si l’air pénétrait dans la caisse du tambour ; pour m’en assurer, je fis une simple perforation aux membranes du tympan ; bientôt

si elle ne retournait promptement chez elle, un de ses en- Ikns courrait risque de perdre la rie. Depuis cette époque cette dame prit tellement ce sourd-muet en affection, qu’elle ne cessa de l’avoir sous les yeux : elle le prit à la maison, ^eUe plaça même son lit à côté du sien : ce petit malheureux avait les cheveux roux, ainsi que M. Bon.

Je ne fais aucune réflexion sur ce lait; on en tirera les conséquences que l’on voudra.

je sus que l’opération ne pouvait rien contre cette surdité. Comme la cause me parut avoir son siège dans les nerfs, je conseillai les fumigations éthérées.

J’ai été peiné de ne pouvoir répondre par mes soins aux libéralités de M. de Lamarche, maire de la'ville de Toul, qui avait prévu à tous les besoins de ce malheureux, en cas qu’il fût resté près de moi pour recevoir les premiers principes de la prononciation.

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