‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 2 sur 28 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

DE

L’homme, dès le berceau, est assiégé de mille infirmités. L’une des plus graves, dès plus affligeantes, est, sans contredit, la surdité accompagnée de mutisme : elle prive l’individu qui en est affecté, du commerce réciproque d’idées qui s’établit par la parole j elle apporte un obstacle insurmontable au développement et surtout à la perfectibilité des facultés intellectuelles, cette noble prérogative de l’espèce Humaine.

Ayant eu l’occasion de traiter plusieurs sourdsmuets , je m’étais proposé de rassembler un grand nombre de faits, de réunir les remarques auxquelles ils auraient donné lieu, d’en déduire les procédés qui m’auraient paru propres à combattre la surdité, et de soumettre enfin l’ensemble de ces résultats à la méditation des gens de l’art, dans l’espoir de faire tourner au soulagement de l’humanité le fruit de mes expériences, de mes réflexions et de mes erreurs

mêmes. Mon but était surtout de faire revivre, mais avec des modifications, la pratique de la perforation du tympan, presque toojbée en désuétude , et trop dépréciée par des médecins d’ailleurs instruits.

Les circonstances me forcent de bâter la publication de ce mémoire. On semble douter de ma franchise J on dénature les faits pour attaquer mes opérations J oit.ose calomnier mes intentions.

Toutes ces basses intrigues ne m’étonnent point. C’est à quoi doivent s’attendre et le jeune homme qui débute dans la carrière médicale , et même le praticien consommé qui cherche à reculer les limites de l’art de guérir. Erophile, qui le premier, dit-on, disséqua des cadavres, ne fut-il pas accusé par ses contemporains d’écorcher des hommes vivans f et le célèbre Vésal ne se vit-il pas, pour une méprise , déféré à l’inquisition , forcé de se soumettre à une expiation ridicule, et de mourir de faim sur une terre étrangère?... N’entendons-nous pas encore tons les jours la malignité attaquer, déchirer nos plus grands hommes, malgré les services continuels que l’humanité doit à leur philanthropie? Mais l’homme qui n’aspire qu’a être utile, marche d’un pas ferme vers ce but, méprise les envieux et brave la calomnie.

Sur la fin de' 1820, je pratiquai la perforation simple de la membrane du tympan sur deux

souixls-muets de naissance. J’employai un troisquarts pour celte opération, comme l’avaient fait Cooper en iBop, et plusieurs autres médecins après lui. Les jeunes gens opérés jouirent sur-lechamp du bienfait de l’ouïe j on put facilement s’en convaincre. Le Narrateur de la Meuse rendit compte de ces faits j le rédacteur de ce journal reçut, à cette occasion, nombre de lettres de parens qui avaient des enfans sourds-muets. Avant d’y répondre, il me demanda des renseignemens plus détaillés sur mes premiers essais. La lettre que je lui adressai fut, sans ma participation, insérée dans le même journal. {Vojr. les n®® 1255 et 12 . 56 ). Je parlais dans ma réponse d’un instrument de mon invention, que je faisais fabriquer pour hâter la guérison et en assurer le succès. 11 n’était pas encore sorti des mains de l’ouvrier, quand on vit paraître dans le Constitutionnel du 3 o oct. i8ao, une réclamation de quelques médecins qui m’accusaient de m’être approprié l’instrument de Cooper. J’eus tout lieu d’être surpris d’une imputation aussi légère que précipitée. Comment, en effet, aurais-je cherché à m’attribuer l’invention d^un trois-quarts simple 3 que l’on trouve décrit dans les ouvrages élémentaires de chirurgie ? Mais tout élève m’aurait sans peine convaincu de mauvaise foi. ( Voyez ma réponse dans le Ctmsûtutionnel du i4 novembre 1820. )

Ces premières agressions insérées dans divers journaux, l’espoir peu réfléchi sans doute, mais bien excusable, qu’avaient conçu plusieurs personnes de voir leurs enfans jouir sur-le-champ des avantages de l’ouïe et de la parole, attirèrent à Saint-Mihiel, où j’habile,^es sourds-muets dont quelques-uns se trouvèrent dans le cas favorable d’étre opérés avec l’instrument de mon invention ; mais les parens de ces derniers croyant avoir obtenu ce qu’ils desiraient, emmenèrent leurs enfans sans m’en prévenir, les uns presqu’immédiatement après l’opération j les autres cinq, dix ou quinze jours après, malgré toutes mes instances pour les engager à rester plus long-temps. Après leur départ, on parut bientôt oubber ces premiers succès. On répandit dans la ville même qui en avait été le théâtre, que tous ces individus étaient retombés dans la surdité. La malveillance fit circuler des histoires mensongères , que l’on eut soin d’appuyer des faits consignés dans les deux premières observations qu’on lira dans la cours de ce mémoire; on fit plus, on déguisa la vérité aux personnes qui prenaient des renseignemens sur mes opérations et leurs résultats; on insinua à ces personnes que je pratiquais au hasard la perforation du tympan : on citait à l’appui de ces calomnies les individus que j’avaisopérés sans résultat avantageux, comme

si toutes les surdités pouvaient être guéries par la meme voie ; enfin des parens auxquels je n’avais fait rien espérer, sinon de ne pas empirer l’état de leurs enfans, ne répondirent à mes soins, à mon désintéressement, que par le mensonge et l’ingratitude.

J’avais formé d’abord la résolution de ne chercher à confondre la malignité qu’en continuant de soulager l’humanité j mais, dans la crainte que l’on ne donnât à mon silence une interprétation nuisible aux progrès de la science médicale, je me suis déterminé à prendre le public pour juge entre mes détracteurs et moi. Les hommes instruits et de bonne foi qui, sachant que l’on doit tout attendre du temps, prendront connaissance de mes observations, sauront les apprécier, et rendre justice à mon zèle, quand bien même mes efforts ne seraient pas couronnés de tout le succès désirable.

Ce mémoire, écrit à la hâte, présente quelques lacunes dans des observations qui n’ont point été suivies jusqu’à leur terme; on pourra même en trouver la diction peu correcte, le style négligé, y rencontrer des redites, etc. ; mais j’espère que le public indulgent pardonnera les défauts de cet écrit en faveur de la pureté des intentions de son auteur.

Mon but en-le publiant, est, i®. De mettre au

( lo )

jour mes premières observations sur les sourdsmuets, afin de faire connaître au juste ce que l’on peut espérer de mon procédé opératoire; 2°. De préciser les cas de surdité où il peut avoir des succès, et ceux contre lesquels il est absolument impuissant; 3 °. De comparer l’opération de la perforation du tympan à quelques autres moyens mis jusqu’à présent en usage pour guérir ou du moins diminuer la surdité; De prouver que beaucoup de surdités de naissance sont guérissables quand elles sont piises à temps, traitées raj^ tionneUement et avec toute la patience qu’exigé une pareille infirmité; 5 .® De démontrer que si l’on veut secourir un grand nombre de ces infortunés, il faut avoir recours à l’opération faite sur le tympan ; 6 .° D’exposer enfin pourquoi on semble dédaigner, je dirais presque rejeter cette opération, quoiqu’on ne puisse en méconnaître l’absolue nécessité dans beaucoup de cas.

Il me semble que de telles propositions sont très-importantes; je ne sais s’il en est qui touchent de plus près l’intérêt de l’humanité.

Afin de mettre mes lecteurs à même de juger mes observations, je commence ce mémoire par des propositions générales sur l’organe de l’ouïe; elles serviront en même temps à faire connaître à-peu-près l’état de la science relativement aux maladies de l’oreille, et ce que doivent espérer

( Il )

d’elle les individus affectés de surdité plus ou moins complète.

PROPOSITIONS GÉNÉRALES SUR l’oRGANE DE l’ouïe.

I. Les difficultés que l’on rencontre pour mettre à découvert toutes les parties de l’oreille, rendent l’étude de cet organe souvent très-difficile j et si l’on n’a recours aux belles préparations que l’on rencontre dans les cabinets anatomiques, on court risque d’oublier bientôt tous ces petits canaux, ces ouvertures et ces membranes d’une contexture admirable. L’anatomie de l’oreille est bien connue de ceux qui ont étudié avec soin notre organisation j mais il faut le dire, nous sommes très-peu avancés sur la théorie de l’audition.

II. Si nous avions des connaissances plus exactes sur le mécanisme de l’audition, nous parviendrions sûrement à construire des instrumens propres à corriger les aberrations de ce sens, comme on le fait pour la vue au moyen de verres de différentes fbrmes j l’observation que je rapporte ici en note (i) en est la preuve j elle con tribue à prou-

(i) Richalet, âgé de trente-quatre ans, fit une maladie

ver qu’une ample moisson est réservée aux esprits observateurs qui mettront tout en œuvre pour se procurer des faits.

III. Il est certain que les maladies de l’oreille, bien observées, jettent quelque lumière sur l’usage des diverses parties qui constituent ce merveilleux organe : par exemple, nous savons que la membrane du tympan, rongée dans une portion de son étendue par un ulcère cicatrisé ensuite,

grave à l’âge de dix ans, qui lui occasîona un écoulement purulent par les deux oreilles, et une surdité telle que de l’oreille droite il ne comprend pas la parole; la gauche seule lui sert pour converser de près si on lui parle à voix très-élevée ; malgré tous les remèdes qu’U a employés, il est toujours resté dans le même état : le séton, les fumigations et les médicamens conseillés par le curé de Vauchassis ont été impuissans pour tarir même l’écoulement.

Un jour, ayant un cataplasme sur chaque oreille, il alla à sa cave tirer du vin ; étant baissé, ü entendit le bruit que ce liquide fait en coulant, et, sitôt qu’il fut relevé, il n’entendit plus rien; il renouvela plusieurs fois,cette expérience. Dans la journée, étant près de son feu, il se baissa encore ; une personne qui était présente lui parla à voix ordinaire , il comprit très-bien ; le lendemain, il eut beau prendre toutes sortes de positions», ce bien-être ne revint plus.

influe peu sur l’audition (i), ce qui nous a engagés à en détruire une partie pour corriger d’autres dérangeniens plus graves; de même que l’on déchire l’iris quand les rayons lumineux ne peuvent plus pénétrer sur la rétine par le centre

Quelques années après, Riclialet introduisit machinalement un petit morceau de bois dans l’oreille gauche; aussitôt, quelle fut sa surprise! tous les bruits que l’on faisait dans la rue vinrent frapper son ouïe. Mais aussi quel fut son déplaisir une fois que ce précieux morceau fut retiré du conduit auditif! Aujourd’hui, à force de tâtonner, il parvient à entendre assez bien à voix ordinaire, quand il ; porte dans l’oreille gauche un germe d’oignon qu’il remplace par un autre chaque cinq ou six jours, ou quand il se dévie du lieu qu’il doit atteindre pour donner de la sensibilité à l’ouïe. Cet homme a répété souvent ces mêmes essais sur l’oreille droite, mais il n’est parvenu à aucun résultat.

J’ai été fâché de ne pouvoir conserver quelque temps près de moi cet individu pour observer son oreille. Le temps était couvert, je n’ai pu voir dans l’intérieur de cet organe, parce qu’à cette époque je ne possédais pas encore un instrument propre à remplacer les rayons solaires.

Le nez et la bouche étant fermés, et faisant une forte expiration, l’air ne sortait par aucune oreille : le fond des conduits auditifs étaient très-sensibles à l’impression de la sonde.

(i)M. Sessy rapporte qu’une demoiselle âgée de dix-huit

de la cornée transparente , c’est ce qti’on appelle pratiquer une pupille artificielle : l’œil est alors très-difforme J mais en compensation, la vue est en partie rétablie :de deux maux, il faut choisir le moindre.

IV. C’est peu de chose que la perforation de la membrane du tympan, quand cette opération est utile. Quelle est la personne affligée de la perte de l’ouïe, qui ne sera pas au comble de ses vœux en apprenant qu’elle peut recouvrer la faculté d’entendre par un si léger sacrifice ? Dans beaucoup de cas de surdité, si on rejette cette opération il faudra se résigner à rester privé du sens de l’ouïe (i) jusqu’à ce qu’on ait trouvé des

ans, complètement sonrde, récupéra l’ouïe à la suite d’un traitement qui dura soixante jours, et dont les injections faisaient la base : la membrane du tympan était intacte du côté gauche, la droite, au contraire, était détruite en partie, ce qui permit de faire des injections par le conduit auditif externe.

cc Une singularité digne de remarque, dit M. Sessy, » c’est que cette personne entend mieux de l’oreille droite » que de la gauche, quoique la membrane du tympan » manque en partie à la première. Ceci tendrait à prouver » ce que plusieurs auteurs ont avancé, que l’intégrité de » cette membrane n’est pas indispensablement nécessaire à » l’organe de l’ouïe. »

( 1 ) Foyez mes observations n. «s IX, XI, XIII et antres.

moyens à-la-fois plus efficaces et plus doux; mais en trouvera-l-on ? Sera-t-il jamais possible de diminuer une menabrane trop épaisse, et de lui donner une élasticité convenable ? Portera-t-on des corps dilatoires dans la trompe d’Eustache, jusque dans la caisse du tambour? etc. Je le desire ardemment, mais je ne l’espère pas.

V. La membrane du tympan est utile sans doute, mais elle n’est pas nécessaire à l’audition; les poissons et les reptiles en sont privés; il y a mille exemples d’individus qui l’ont perdue en partie, sans que pour cela la faculté auditive s’en ressente notablement; au contraire, cette faculté est souvent plus dételoppée.

On conçoit cependant, et l’expérience le prouve, que, si une personne qui a l’ouïe fine vient à perdre une partie de la membrane du tympan, elle entendra moins juste durant les premiers jours, parce que les sons traversant des milieux différens de ce qu’ils étaient avant la lésion du tympan, ils éprouveront une modification qui ne sera pas en rapport avec la faculté perceptive habituelle ; mais bientôt l’exercice de l’organe ramène l’harmonie entre celui-ci et la vibration du corps (i). C’est ainsi que la parole se

(i)Elisabeth Kève, âgée de vingt-six ans, portait depuis long-temps un-écoulement purulent qui avait son siège dans

trouve modifieej nous éprouvons meme une certaine difficulté pour l’émettre, au moment où nous venons de perdre une ou plusieurs dents incisives j ensuite , par quelques efforts et un'peu d’habitude , nous oublions ce que nous avons perdu, et les sons vocaux reprennent le timbre qu’ils avaient avant.

VI. Si l’ouïe est plus développée d’un côté que de l’autre, on ne se sert pour écouter que de la meilleure oreille : la mauvaise n’exerçant alors que des fonctions passives, perd tous les jours de son énergie, et devient de plus en plus impropre à la perception des sons j mais elle peut recouvrer, par un exercice soutenu et une longue habitude, la sensibilité qu’elle a perdue.

l’oreiUe gauche ; elle avait employé toutes sortes de moyens pour le faire passer, quand elle vint me consulter dans le courant de l’hiver de 1820 : je reconnus que ce suintement provenait d’une ulcération qui avait rongé en partie la membrane du tympan ; cette cloison était perforée, et l’air poussé des poumons sortait facilement par le conduit auditif externe.

Cette jeune personne entendait très-dur de ce côté, tandis que l’oreille droite était très-fine. Après avoir fait guérir l’écoulement purulent au moyen des révulsifs appliqués au bras et sur les intestins, j’ai engagé la personne à ne se servir que de la mauvaise oreille pour écouter : elle a suivi mes conseils, et aujourd’hui l’une et l’autre oreilles sont à-peu-près dans le même état.

VU. La caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes servent à augmenter la force des sons introduits par le conduit auditif externe ; dans ces canaux sinueux, les ondes sonores éprouvent une multitude de réflections formant autant d’écbos qui pénètrent ensuite dans le labyrinthe, nous pouvons nous convaincre de cette vérité en examinant les organes auditifs de la plupart des oiseaux nocturnes, obligés d’atteindre leur proie dans l’obscurité î le moindre bruit que font les victimes arrive à leurs oreilles, parce que ces organes sont pourvus de grandes cavités qui s’ouvrent dans la caisse du tambour.

Si les cellules mastoïdiennes sont obstruées , l’audition est seulement affaiblie (1)5 mais si

(i>Nous n’avons pas OTCore découvert de moyens sûrs pour reconnaître l’obstruction des cellules mastoïdiennes^. Je rapporte l’observation suivante comme un cas qui peut fournir quelques renseigneraens sur cette lésion de l’oreille, sans cependant affirmer qu’il n’y a chez ce sujet que les cellules d’obstruées : cbacun en pourra tirer les conséquences qu’il voudra.

Marguerite Gadel, âgée de cinquante ans, douée d’un tempérament lymphatique et sanguin, d’une forte constitution, n’ayant jamais été malade, devint sourde incomplètement des deux oreilles à la suite de la suppression de

c’est la caisse du tambour, cette fonction est en même temps pervertie s’il n’y a qu’obstruction ^ partielle (i), et anéantie si cette obstruction est complète (2).

Vni. Les individus qui n’ont qu’un affaiblissement de l’ouïe par défaut de réflections des ondes sonores ou par leur r£^té, peuvent toujours avantageusement se servir d’un cornet acoustique ,

beaucoup de boulons qu’elle portait sur le cuir chevelu depuis quelque temps ; l’oreille droite, moins dure que la gauche, le devint bien davantage huit jours après l’application d’un vésicatoire sur l’apophyse mastoïde ; depuis cette époque l’audition n’a plus varié , et aucun traitement n’a pu la faire changer. Cette fille, malgré des bourdonnemens, distingue tous les bruits et les sons, pourvu qu’ils soient intenses, au moyen d’un faible cornet acoustique; elle ne perd pas un seul mot de la parole ; elle distingue même le timbre et les diverses inflexions de la voix. En faisant des injections par la trompe d’Eustache, on entend le jet d’eau frapper contre la membrane du tympan ; en soufflant, le nez et la bouche fermés, le vent fait aussi craquer cette closîon. Ces injections, continuées pendant huit jours, n’ont rien changé à l’état de cette fille : dans le temps, le séton à la nuque et différens autres movens n’ont pas eu plus de succès.

(1) Voyez l’observation XIV.'

(2) Voyez les observations IV et V.'

parce qu’au moyen de cet instrument ils peuvent saisir tous les tons et leiltfe- diverses nuances s’ils sont sourds-muets 5 on peut même facilement leur apprendre à parler, si on apporte beaucoup de soin pour les instruire. ( Voy. l’observation XXV.®). Le début est difficile, mais bientôt l’organe de l’ouïe se perfectionne par l’effet de l’habitude , et les difficultés diminuent de jour en jour.

Les personnes, au contraire, qui ont l’ouïe pervertie tirent peu d’avantage (surtout si elles sont sourdés depuis leur enfance) d’un instrument destiné à renforcer les sons , parce que les articulations sont dénaturées quand elles parviennent aux nerfs auditifs; de là la fausseté du jugement occasionée par des perceptions qui n’ont aucun rapport avec les sons (i).

IX. Les organes auditifs profondément situés, entourés de parties solides qui les dérobent à nos regards , construits avec une délicatesse extrême , sont difficiles à explorer par des moyens directs; et quand nous voulons reconnaître leurs maladies, nos sens externes nous servent à peine.

(i) Claude IVIajeau, âgé de xingt ans, entend tous les bruits que l’on fait dans une chambre ; il entend même la parole à voix basse ; mais quand il veut l’imiter, il ne fait que rendre des sons toul-à-fait contraires à ceux qu’on a articulés ; le cornet acoustique ne lui est d’aucun secours.

La vue et le toucher nous donnent seuls quelques notions sur l'état de la membrane du tympan et du canal qui y.conduit j mais si nous voulons pénétrer plus profondément, il faut nous en rapporter à quelques symptômes vagues, irréguliers, qui le plus souvent ne peuvent être transformés en signes, parce qu’ils sont communs à diverses lésions.

On a indiqué depuis peu, il est vrai, quelques expériences qui deviendraient concluantes, si le médecin pouvait les apprécier lui-même j mais le patient qui est chargé de nous en rendre compte, se trompe souvent sur ses propres sensations (t), et si nous avons à faire à un individu en bas âge, il ne veut s’y soumettre. Que l’on ne s’étonue donc pas des difficultés que l’on éprouve à traiter les diverses espèces de surdités, et du petit nombre de guérisons que l’on opère. Si l’on considère ces entraves, ce que j’ai dit dans mes propositions et 2™^, et plus encore ce que j’ai à dire ci-après, on peut expliquer pourquoi si peu de médecins s’appliquent aux maladies de l’oreille.

X. Les personnes affectées de surdité veulent deschangemensprompts dans leur état, sans s’inquiéter si les organes de l’audition sont difficiles à

(i) Voyez les observations X et XXIY.‘

obseryer, si les maladies sont longues à traiter et plus encore à guérir; elles s’impatientent, vont consulter en même temps dans divers lieux jusqu’à ce que par leurs imprudences le mal ait empiré y puis finissent par en rester là. Elles deviennent ainsi victimes de deür peu de persévérance» et elles nuisent en même temps aux progrès de la science.

Si une surdité se dissipe par l’exacte exécution de nos prescriptions, il est rare qu’on prenne la peine de nous ?n donner connaissance. Il en est bien autrement pour les autres infirmités ! nous avons nos malades sous les yeux, et nous notons jour par jour les phénomènes qui se développent.

XI. On lit partout des exemples de guérisons de surdité obtenues par divers moyens, tels que l’électricité, le galvanisme, voire même le mesmérisme ou magnétisme animal; mais nulle part ( je ne parle pas de quelques bons ouvrages modernes ) » on ne voit le détail précis de la maladie; on ne dit rien sur son siège, sa nature , etc.; on rapporte seulement un symptôme qui n’est absolument d’aucune valeur quand il est isolé. Est-ce en disant qu’un individu n’entendait qu’à telle ou telle distance et qu’il a été guéri par tel moyen, que l’on avancera nos connaissances ? Je sais bien que l’empirisme ne peut

être mis de côté dans le traitement de beaucoup de maladies. C’est souvent par le hasard qu’on est parvenu à de grandes découvertes, mais il faut au moins faire connaître les raisons qui nous portent à employer un traitement plutôt qu’un autre.

XII. On cite peu de guérisons de surdité avec mutisme, obtenues par les médecins; le plus souvent encore elles ont été incomplètes; et l’on ne sait ce que sont devenus les malades : il serait cependant d’une grande utilité de conserver de telles observations, afin que chacun pût comparer les succès dus aux principaux moyens de traitement^noncés ci-après; savoir : les irritans les plus actifs, qui parfois ont été avantageux; les cautères, les moxas, le fer rouge, qui ont aussi obtenu des succès; mais que de douleurs ne causent pas ces moyens pourtant si incertains !... de plus doux sont employés maintenant; je veux parler de la perforation du tympan et de l’injection des trompes d’Eustache : ces deux petites opérations ont cela d’avantageux, que l’une n’exclut pas l’emploi de l’autre; elles s’aident, au contraire, mutuellement.

Xin. J’ai écrit ces propositions dans la vue d’éclairer sur leur état les personnes affectées de

surdité } j’ose croire que ceux qui sauront les apprécier, n’ajouteront pas foi à ces guérisons promptes obtenues par des remèdes presque miraculeux; ils comprendront que si, par des traitemens empiriques mal dirigés, on soulage un individu, on nuit à beaucoup d’autres; ils auront confiance aux médecins qui savent mettre à profit leurs observations et employer judicieusement les médicamens et les opérations. Tels sont les souhaits que je forme , tant pour l’intérét de l’humanité que pour le bien de la science.

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