‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 3 sur 28 · ESQUISSE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ESQUISSE HISTORIQUE

SOB. lA PERFORATION DtT TTMPAN.

Dans les ouvrages les plus modernes, on rapporte que Cooper a le premier pratiqué la perforation simple de la memtrane du tympan ; cependant l’auteur des Annales de Médecine d’Altenbourg, pour le mois de novembre 1816, revendique cet honneur pour uu Frauçais, et cite le passage suivant :

{Epistolœ ad Hallerum scriptce).

« Est Lutitiæ homo quidam Eli dictas^ qui » surditatem curare audet, dùmmodb malum

non aparalysi nervi septimi paris oriatur. En » 'vero ejus methodum ; Tympanum exscindit y> et suhpositumimmittit. Fecivero expérimenta » quœdam quæ satis hene ipsi cessârunU »

Eli était maître en chirurgie : il mourut jeune à Paris.

Cooper a rapporté quatre exemples du succès obtenu par son procédé simple, mais il est étonnant qu’il n’ait pas multiplié ses observations : il aurait été convenable aussi qu’il suivît plus longtemps ses opérés, surtout le jeune sourd-muet de naissance qui fait le sujet de la observation.

Hymly a pratiqué plusieurs fois la même opération sans en obtenir de suites heureuses j il a même employé à cet effet une canule simple, très-tranchante, destinée à emporter la pièce; mais comment un tel instrument peut-il enlever un lambeau à une membrane très-mince, tendue , et n’ayant aucun point d’appui ? Aussi la conséquence qu’il tire de ses expériences est, qu’il est probable que les personnes qui ont recouvré l’ouïe par le procédé de la perforation simple, l’ont ensuite perdue par l’occlusion de l’ouverture. Quatre fois il a eu le désagrément de voir se refermer cette ouverture chez le même individu.

Mon expérience me porte à croire que cette réflexion est très-juste; et c’est là, je pense, la cause qui a fait renoncer à cette opération ceux qui en étaient, pour ainsi dire, les inventeurs; ils auraient cependant dû faire connaître l’état de la membrane du tympan un mois et plus après l’avoir perforée, afin d’éviter à leurs confrères le désagrément de la non réussite par ce procédé défectueux.

Je m’abstiens de nommer plusieurs médecins qui ont aussi quelquefois employé le trois quarts de Cooper; leur silence indique assez leur peu de succès. MM. Saissy et Itard ne sont pas de ce nombre ; je rends hommage à la franchise avec laquelle ils ont rapporté leurs observations ;

elles ont été pour moi une source de lumières où je puise encore journellement. Si mon opinion n’est pas toujours la même que la leur sur la perforation du tympan, c’est que ma manière d’opérer est différente. Qu’on ne croie pas cependant que ces deux médec^s proscrivent cette opération ; loin de là, on va voir, par les passages suivans, les avantages qu’ils lui ont reconnus.

« La perforation de la membrane du tympan, (dit M. Saissy), est la seule opération qui convienne dans le cas où cette cloison est cartilagineuse ou ossifiée, et que le reste de l’organe est sain; elle sera employée avec quelque succès dans l’imperforation de la trompe d’Eustache, lorsqu’il est impossible de surmonter cet obstacle par d’autres moyens. »

Je ne doute pas que M. Saissy n’étendît encore le domaine de cette opéra^n, s’il n’était pas convaincu de la difficulté de conserver l’ouverture faite à la membrane du tympan.

Voyons maintenant quelle est l’opinion de M. Iterd.

On peut conclure de tout ce que nous avons dit sur cette opération, ( Zfl perforation du tympan ) ;

ce 1.0 Qu ’elle est véritablement indiquée dans » toutes les espèces de surdités qui reconnaissent » pour cause de l’oblitération de la trompe par

quelque obstacle inamovible ;

ec 2 .® Que cependant il ne faut pas, même dans >5 ce dernier cas, en regarder le succès comme 33 infaillible, par la raison que la cause qui a en- 33 traîné cette lésion peut en avoir déterminé de 33 plus profondes ou d’irréparables j

» 3-° Que la facilité avec laquelle se referme 33 la membrane est un point important qu^il ne 33 faut pas perdre de 'vue ;

33 4-° Que, quant au mode opératoire, il faut 33 préférer celui qui simplifie le plus l’opération » etlarend en quelque sorte instantanée, comme 33 le plus propre à prévenir les mouvemens invo- 33 lontaires de la tête, sî M. Itard dit encore :

«Je suis loin de vouloir contribuer à l’espèce » d’oubli dont cette opération me paraît menacéej 33 je pense qu’elle n’a contre elle que l’inconvénient attaché à presque tous les remèdes em- 33 plojés dans les maladies de Voreiïle, l’iucer- » tiiude du succès ; incertitude qui n’est point » suffisante pour la faire proscrire comme inutile. » De semblables opinions jointes à ma faible expérience, me donnent lieu de croire que mes tentatives ne sont pas infructueuses, puisque le perfectionnement que j’ai donnétàvl’instrument, ainsi qu’au mode opératoire, doit en assurer le succès J je continuerai donc mes opérations avec la même ardeur, en y apportant néanmoins toute

la prudence dont je suis capable. Je publierai mes observations, et par elfes on jugera que du moins, dans les cas où la perforation ne peut rien , non-seulement elle n’est pas nuisible, elle^ne produit aucun accident, mais encore elle n’empêche pas d’employer d’autres traitemens; souvent au contraire elle en facilite l’application. Quelle est l’opération chirurgicale qui jouisse d’une aussi grande innocuité? Désormais les contre-temps apportés dans mes observations, par des personnes auxquelles je n’avais rien promis > et envers lesquelle^j’avais montré le plus grand désintéressement, ne pourront plus affaiblir les faits authentiques que je rapporterai : ces faits, j’ose le croire, contribueront au perfectionnement de la perforation du tympan, et placeront cette opération au rang des premiers moyens employés contre la caphose.

Les inco^éniens qu’on lui attribue ne pourront plus être opposés à ses bienfaits, parce qu’avec le temps on saura affaiblir les premiers, et peut-être les faire disparaître. Par exemple, on lui reproche de donner un libre accès dans la caisse du tympan à l’air froid et à des corps étrangers, tels que la poussière et les insectes. Pour remédier à ce léger inconvénient, je place dans lé conduit auditif une membrane arl^cielle faite avec uUé aponévrose très-fine qui peut se dé-

raonler à volonté par la personne même qui la porte : cette cloison est surtout utile aux individus qui étaient sourds pâr épaisissement de la membrane du tympan; elle empêche le courant, d’air qui s’étabiit toujours par la trompe d’Eus^ tache à la suite de l’opéràtion. Les personnes qui ont le tympan perforé, soit par une ancienne suppuration ou par toute autre chose, en retirent aussi de grands avantages.

Surdités dont les causes peuvent être détruites en tout ou en partie par la perforation de la membrane du tympan.

Les surdités que l’on peut espérer de détruire en tout ou en partie par la perforation, sont celles qui tiennent à quelques lésions de la membrane du tympan, de la ca^e du tambour et de la trompe d’Eustache; il y a aussi des surdités nerveuses qui peuvent en éprouver quelques changemens avantageux, quand on fait suivre l’opération d’un traitement continué avec soin et bien dirigé; les médicamens alors peuvent pénétrer au-delà de la membrane du tympan, et agir sur les parties Les plus rapprochées des nerfs auditifs. Mais quand on reconnaît une surdité nerveuse, et qu’on présume pouvoir en diminuer l’intensité par des médications appropriées, qui

doivent agir daûs l'intérieur même de l’organe, il faut, avant d’en venir à l’opération, que tous les autres moyens aient écliq||[^, et que les injections par la trompe d’Eustache soient impraticables. En se conduisant de la sorte on n’a jamais rien à se reprocher, parce que si ce moyen n’apporte ancun changement dans la ccÇhose, du moins il n’en résulte rien de fâcheux ni pour le patient ni pour le médecin.

Personne, jusqu’à ce jour, n’a révoqué en doute l’absolue nécessité de perforer la membrane du tympan pour rétablir l’ouïe, quand cette cloison est épaissie, cartilagineuse ou osseuse. Ces dégénérescences, qui peuvent être apportées en naissant, comme j’ai déjà eu occasion de l’observer , ou provenir d’une irritation long-temps entretenue, réclament absolument l’opération; rien ne peut y suppléer.

Cette indication thérapentique doit encore être remplie toutes les fois que la trompe d’Eustache est oblitér^, soit par l’occlusion de son ouverture par un corps charnu apporté en naissant, soit par l’épaississement de ses parois, soit enfin par tout autre obsta^e que ne peuvent détrnire des injestions portées par l^ez.

Il en est de même de l^ngorgement de la caisse du tambour, aucun moyen ne peut la débarrasser dans beaucoup de cas, et il faut recourir à

une opération; les sétons, les cautères, les irritans purgatifs et vomitifs, etc., ne peuvent rien contre des matières sanguines , purulentes , gueuses épanchées ou formées dans cette cavité. Il faut de toute nécessité mettre ces corps en contact avec des liquides propres à les ramollir et à les entraîner au-dehors.

Qu’on ne croie pas cependant que toutes les surdités qui se présentent avec ces lésions, puissent être guéries pa^la perforation du tympan et les moyens qu’on peut lui annexer. Il n’y a rien de plus trompeur, de plus variable et de plus rebelle à nos moyens thérapeutiques que les maladies du sens de l’ouïe. Tel individu porte un épaississement du tympan dont vous croyez pouvoir anéantir l’effet, et rendre en partie l’audition ; pas du tout, vous trouvez en même temps une seconde lésion incurable : par exemple, un épaississement des membranes des fenêtres rondes et ovales, ou une paralysie; tel autre réunira une oblitération de la trompe d’Eustache à une déformation du labyrinthe. Pouvons-nous détruire toutes ces causes de surdité réunies, quand bien même nous parviendrions à les reconnaître?

J’ajouterai que la perforation du tympan ne peut rien contre les cophoses nerveuses, la destruction partielle du labyrinthe et de ses parois, etc.; qu’elle ne contribuera jamais à former ce

que l’on nomme une oreille musicale : mais ’» qu’importe ? ce n’est pas à rendre les sourds-muets aptes à la musique que doit prétendre le médecin : leur faciliter les moyens de communiquer avec leurs semblables, les mettre en état d’étendre leurs connaissances, d’éviter les dangers auxquels les expose le vice de leur organisation , tel est le but que l’on se propose en traitant ces infortunés. On peut procurer à un grand nombre d’entre eux ces bienfaits inappréciables j mon expérience me le prouve ; mais, pour y parvenir, il faut de la persévérance dans l’emploi des moyens thérapeutiques et dans l’art de perfectionner les organes ^gourdis par le repos.

Dans le court exposé que je viens de faire des cas de surdité qui réçlameut la perforation du tympan, on a dù .s’apercevoir que je n’étends pas le domaine de cette opération aü-delà des bornes qui lui sont assignées par les médecins les plus instruits sur les maladies de l’oreille.

L’emploi fréquent et les modifications que j’ai fait subir au mode opératoire, ne me conduisent pas, comme on pourrait le croire, à empiéter sur les cas qui sont du ressort d’un autre moyen de traitement.

Je veux parler de l’injection de l’oreille interne par la ^ompe d’Eustache : je ne conteste point à cette dernière opération les avantages

qu’elle présente, je l’ai employée avec succès dans plu4,“urs casj mais je ne dois pas dissimuler qu’elle entrés-douloureuse : je puis en parler d’après ma propre expérience, car c’est en supportant moi-même les douleurs vives qu’elle occasione, que, faute de cacÊvres, je me suis exercé à la pratiquer.

Je suis persuadé que toute personne raisonnable pourrait, comme moi, avec un peu d’habitude et quelques conseils, s’introduire l’extrémité de la sonde dans l’orifice de la trompe bien mieux qu’une main éd-angère, qt^i est obligée de tâtonner quelque temps. La sensation qu’on éprouve vers l’orifice de ce conduit est si distincte , qu’on sait de suite si la sonde s’y engage j on en est convaincu quand on ressent dans l’oreille un tiraillement presque insupportable.

Les médicamens qu’on peut introduire dans l’oreille interne, par son orifice guttural, sont sans doute indiqués toutes les fois qu’il y a un engorgement peu considérable dans la caisse du tambour î mais les manœuvres qu’exige cette introduction sont-elles toujours praticables, quand bien même les narines, les fosses nazales et la partie supérieure du pharynx seraient entièrement • libres? comment y soumettre un enfant en bas âge, et surtout un sourd-muet r on n’y est pas encore parvenu jusqu’à présent, et je doute même

que l’on rencontre des adolescens de dix à douze ans qui soient disposés à se laisser introduire dans le nez des tuyaux longs de quatre à cinq pouces. J’en ai fait l’essai sur une jeune fille de neuf ans, et malgré sa bonne volontéf sitôt qu’elle ressentait un léger chatouillement elle se retirait précipitamment.

Si l’on attend que la raison soit développée chez les enlans, on perdra entièrement l’occasion de les instruire, et surtout de développër diez eux l’art de la parole, fe ne vois donc d’autre moyen que de recourir à la perforation de la membrane du tympan et aux injections. Je souhaite ardemment que l’on invente un procédé plus doux et plus fecilej Je serai le premier à l’adopter J mais en attendant cette précieuse découverte , servons-nous des moyens qui sont en notre pouvoir pour secourir une partie de ces ^infortunés qui réclament nos soins. Je suppose qu’il se présente un de ces jeunes sourds-muets qui n’a besoin, pour entendre, que de la présence de l’air dans la caisse du tambour, que devons-nous faire dans ce cas? faut-il laisser cet organe dans l’inertie ? Il n’y a pas à temporiser ; puisqu’on ne peut injecter l’oreille interne par son conduit guttural,. il faut se décider à perforer le ij'mparif sans quoi le malade est condamné à rester sourd-muet toute sa vie.

Mais, dira-t-on, cette opération n’a pas en de succès, ou du moins n’en a eu que de très-incertains j Himly l’a recommencée quatre fois sur le même ind^idu sans pouvoir conserver l’ouverture j M. Itard l’a aussi répétée plusieurs fois : je répondrai que je n’ai pas été plus beureux que ces deux médecins : chaque fois que je me suis borné à faire une simple perforation au tympan, j’ai vu l’ouverture se refermer en peu de temps. Pour obvier à cet incon^nient, j’ai fait construire un instrument qui, étant employé suivant toutes les règles que j’indiquerai, rend l’oblitération^ impossible j mais il a besoin d’être conduit par une main exercée, autrement il ne présenterait pas plus d’avantages que le trois-quarts de Cooper : les jeunes enfans surtout en rendent l’usage très-difficile. Depuis que j’èmploie cet instrument, j’ai été plusieurs fois oMigé de lui faire subir quelques modifications, à cause du peu de ressemblance des conduits auditifs externes des individus qui se soi*^résentés à moi ; j’ai aussi fait usage de plusieurs moyens-accessoires fort utiles; par exemple, je fixe la tête à l’aide d’une machine; un^etit instrument me sert à donner la direction la plus favorable au conduit auditif. Tous ces ol^ets seront décrits dans un second mémoire qui servira aussi à compléter les observations que je rapporterai dan celui-ci—

Je ne terminerai pas ce paragraphe sans faire quelques réflexions sur la surdité de naissance , qui conduit toujours à la mutité. Les causes prochaines qui la produisent varient beaucoup; mais elles ne diffèrent pas de celles qui engendrent une c^hose après que l’enfant a vu le jour. Pour prouver cette assertion, je ne me servirai pas des cas de surdité que des parens disent être ou ne pas être de naissance, parce qu’il est trèsdifficile de constater ^te infirmité chez les nouveaux-nés. Une mère qui a un enfant né sourdmuet, est le plus souvent trompée par ce petit cri qu’il fait entendre comme tous les autres enfans jusqu’à l’âge de neuf mois : ce sont ces premiers cris que Buisson a désignés sous le nom de njoix native. Ce qui me fait aussi rejeter l’avis des parens, c’est que nous voulons tous naître avec des organes parfaits, et que, bien entendu, nous exigeons aussi que nos enfans soient de même. Ce que j’ai émis sur les causes de la surdité de naissance, et qui tend à prouver que beaucoup de ces maladies peuvent être guéries par les secours de l’art, devient incontestable par les faits suivans détaillés dans mes observations. Je connais deux familles dans chacune desquelles il y a trois enfans sourds par épaississement plus ou moins considérable de la membrane du tympan. Une mère a eu neuf enfans, dont le troisième, le sixième et le neu-

vième étaient sourds-muets; l’aîné devait cette infirmité à l’olalitération de la trompe d’Eustache( Oè^e/v. n.° 2 ).Une autre personne a une fille et un garçon sourds-muets; la filles l’était par obstruction de la caisse du tambour ( Observ. n.‘>4).

Il reste sûrement beaucoup à dire sur les objets que je viens de parcourir; mais le peu de temps que j’ai mis à les traiter, et peut-être la faiblesse de mes moyens, ont empêché de m’étendre davantage.

Je passe à mes observations ; si elles participent aux défauts des préliminaires, du moins j’ose me flatter qu’elles seront l’exposé de la vérité ; et si par hasard elles renferment quelques méprises, je recevrai avec plaisir et reconnaissance les éclaircissemens qui me seront adressés. Pour mettre dans les faits toute l’authenticité possible, j’aurai soin de rapporter à la fin de chaque observation l’extrait des lettres qui m’ont été écrites à la suite de l’opération.

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