‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 23 sur 28 · VINGT-SEPTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME OBSERVATION

Surdité incomplète due à Vinjlammation du tympan.

Mademoiseeee Nicolas, de Saint-Mihiel,

âgée de vingt-un ans, douée d*un tempérament lymphatique et sanguin, entendait très-dur de l’oreille droite depuis quelques années; quand elle me consulta, cette dysécie était accompagnée de bourdonnemens qui augmentaient pendant la sécheresse de l’atmosphère, ainsi qu’une douleur tensive insupportable : à l’approche des règles, à peine cette demoiselle entendait-elle de l’oreille gauche ; elle avait déjà employé beaucoup de médicamens, mais sans efFet avantageux ; au contraire , la surdité s’aggravait d’année en année.

Après avoir examiné l’oreille au moyen des rayons solaires, je reconnus que la membrane du tympan et le tiers interne du conduit auditif étaient le siège d’une inflammation qui variait d’intensité, selon l’état de l’atmosphère et le régime que la jeune personne avait suivi.

Des sangsues appliquées chaque semaine audessous de l’oreille, un vésicatoire au bras, un suintement de sérosité établi derrière l’oreille malade, des injections émollientes, des purgatifs laxatifs, et des précautions prises dans le régime, firent bientôt cesser cette inflammation, la surdité et les bourdonnemens.

Après la guérison du vésicatoire, la maladie sembla se reproduire ; mais heureusement il fut remplacé par un léger écoulement qui eut lieu à l’embouchure du conduit auditif ; l’audition n’en

souffre pas, et la jeune personne ne court pas les C dangers de voir sa maladie dégénérée en un épaississement de la membrane du tympan, comme nous allons en trouver des exemples dans les C observations n.° 29 et suivantes.

Ces inflammations idiopathiques qui ont leur *"Siége sur les membranes du tympan, finissent toujours, à la longue, par déterminer l’épaississement ou l’ulcération de ces cloisons. La personne

* qui fait le sujet de l’observation n.° 10, offre un exemple de ces deux terminaisons. L’épaissis-

< sement réclame toujours l’opération de la perforation, quand il est porté à un certain degré; il ( faut donc, le plus tôt possible, mettre fin à ces phlegmasies, qui finissent par changer la membrane du tympan en un cartilage plus ou moins

* épais. L’ulcération ne demande pas moins de f soins, car elle ronge en peu de temps le tympan,

et toutes les autres parties délicates de l’organe auditif ; souvent même elle porte ses ravages dans l’os pierreux, qu’elle détruit petit à petit.

Voici un exemple d’ulcération du tympan qui a été traitée à temps.

vingt-huitième observation.

Alexandre Lallemand, de Sermoise, près deSoissons, âgé de quatorze ans, doué d’un tem-

pérament lymphatique sanguin, était affecté de surdité depuis l’âge de huit ans.

Pendant le temps humide, ce ieune homme entendait difficilement la voix à une distance de huit à dix pieds , et avait des bourdonnemens qui se changeaient souvent en des battemens et en des claquemens insupportables. Après un examen attentif, je reconnus que les membranes du tympan étaient enflammées légèrement, et qu’elles portaient chacune une ulcération du diamètre d’une ligne et demie, d’où s’écoulait un bquide purulent d’une odeur désagréable.

Ce jeune hommé était en outre affecté d’un coryza continuel, et avait les membranes mu* queuses gutturales journellement couvertes de muscosités épaisses.

L’eau minérale de Baréges fut employée en injections 5 la racine de gingembre servit à faire évacuer les glaires qui s’amassaient dans la gorge j un vésicatoire au bras fut employé comme révulsif, ainsi que des pillules dites écossaises, destinées à agir sur les intestins. Quand l’ulcération du tympan fut guérie, afin de donner du ton au conduit auditif, je prescrivis des injections avec une décoction de quinquina rouge.

Un mois après l’emploi de ce traitement, le malade m’écrivit qu’il allait beaucoup mieux : enfin, au bout de trois mois, sa mère me fit dire

qu’il était parfaitement guéri de la surdité et de son écoulement d’oreilles.

Ce jeune homme a apporté un grand soin dans l’exécution de mes ordonnances, aussi a-t-il été récompensé par une guérison parfaite.

VINGT-NEUVIÈME OBSBHVATION.

Djsécie reconnaissant pour cause prochaine Vépaissis^nent des membranes du tympan.

Mademoiselle Ltbt, âgée de vingt-un ans, douée d’un tempérament nerveux et lymphatique, s’étant toujours bien portée, était sourde incomplètement depuis son bas âge. Les parens de cette demoiselle attribuent cette infirmité à la guérison trop prompte d’ime éruption pustulo-croùteuse qu’elle avait eue à la tête. Depuis cette époque la surdité n’a pas varié, malgré les nombreux remèdes qui ont été employés à différentes reprises. Quand mademoiselle Lyby vint me consulter, elle ne comprenait la parole que quand on lui parlait de très-près, et un peu haut. A dix pieds de distance elle ne tournait pas la tête quand on l’appelait, à moins que l’on ne criât fortement j ce qu’il y a de remarquable, c’est que dans un bal, dans une forge, et dans tout autre lieu où l’on faisait de grands bruits, on n’était pas obligé de parler plus haut pour se faire entendre de cette

demoiselle 5 au contraire, elle comprenait mieux que toute autre personne.

Voici quel était l’état l’organe de l’ouïe quand je l’examinai; les conduits auditifs externes, les trompes d’Eustache et les caisses du tambour étaientintacts; les membranes du tympan étaient d’un blanc grisâtre, et laissaient suinter sur toute leur surface un peu de sérosité, mais en si petite quantité, que la jeune personne ne s’en était jamais aperçue ; elles étaient presque insensibles au contact de la sonde, et je les trouvai peu flexibles; la gauche surtout était si éloignée de l’état naturel, que je n’espérais pas du tout voir l’ouïe se rétablir; j’ai été agréablement trompé; le traitement suivant a produit de bons effets au bout de quelques mois.

Afin de ne pas supprimer trop subitement la sécrétion qui avait lieu à la surface des membranes du tympan, je fis appliquer un vésicatoire au bras. Je prescrivis en même temps des fumigations faites avec une décoction de quinquina rouge et de racines debistorte, et des injections avec de l’eau minérale de Baréges.

J’avoue que j’avais peu de confiance dans ce traitement, et que je ne m’attendais pas à voir les membranes du tympan devenir assez minces et assez sèches pour ne nuire en rien à la transmission des ondes sonores dans la caisse du tambour.

Voici ce que celte demoiselle m’écrit :

cc A présent, monsieur, je vais suivre mon traitement avec beaucoup d’exactitude, attendu que je suis presque certaine de réussir. Avant de recevoir votre dernière lettre, j’étais tellement découragée, que j’avais cessé l’emploi de tout médicament^ je laissai seulement mon vésicatoire : n’espérant pas guérir de cette ancienne infirmité, je crus que vous pensiez comme moi, puisque vous aviez mis si long-temps à me répondre.

35 Un jour, le malin, après avoir nettoyé mes oreilles, j’entendis on ne peut pas mieux le plus peiit bruit que je faisais ; je croyais que ce mieux ne durerait pas, mais j’ai été agréablement trompée. Vous savez, monsieur, que l’oreille gauche était la plus mauvaise : c’est celle-là même qui m’a donné cette agréable surprise. Afin de m’assurer si ce n’éiait pas une illusion, j’ai pris la montre dont nous nous sommes servi à Saint- Mihiel, pour reconnaître le degré de ma surdité j vous vous rappelez que je ne l’entendais que quand elle était très-rapprochée de mon oreille, maintenant je l’entends à un piedj vous vous rappelez aussi que le temps humide m’était trèscontraire ; eh bien ! le jour que cette amélioration se déclara, il pleuvait fortement. »

Lougayen, 9 septembre <821.

Comme les éruptions du cuir chevelu, les

dartres, ont aussi pour fâcheux effet de se propager dans le conduit auditif, et d’aller aflfecter la membrane du tympan, quand on néglige de les traiter, elles semblent même porter leurs ravages dans l’oreille interne, puisque très-souvent, après leur guérison, l’ouïe ne se rétablit pas.

Je vais rapporter deux observations qui feront connaître les changemens qu’éprouve le tympan quand il a été long-temps le siège d’une dartre.

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