‹ Memoire sur la position faite à la presse catholique du CanadaChapitre 3 sur 3 · J. P. TARDIVEL · texte numérisé non relu

J. P. TARDIVEL

Mgr l’Archevêque ne repondit pas par écrit. Il me fit mander chez lui. Je m'y rendis aussitôt, et dans une longue conversation, il refusa de revenir sur sa décision, mais il ne voulut pas formuler son refus par écrit, quoique prié plusieurs fois de bien vouloir le faire.

Sa Grandeur me dit que tout en pouvant défendre d’une manière générale le repos du dimanche, je ne devais plus parler contre la circulation des trains de marchandises sur la voie ferrée, que c'était une question qui échappait

du nord et

‘ce que je incidents 1estion de Jéculogue, chrétiens.

discipline que tout e droit de

prise par ée par un êtres que irrités de tholiques

it rapide-

soi-disant dernièret, c'est le dre réso-

le vouloir Elle m'a à par les ) promets

eV. G.

Ïse DIVEL.

Il me lans une décision, quoique

défendre e devais handises chappait

à la compétence des laïques. Je fis remarquer à Mgr que dans mon humble opinion c'était, au contraire, une question où les laïques pouvaient et devaient intervenir pour appuyer l'autorité religieuse, que celle-ci ne pouvait pas répondre à toutes les raisons spécieuses invoquées par la presse pour approuver le travail du dimanche, et qu'il ne convenait pas que l'évêque fût continuellement en discussion avec les autorités civiles, et leurs Organes ; que c'était à l’évêque d'indiquer ce qui devait être fait, et aux journalistes de voir à ce que le désir de l’Ordinaire fût exécuté, Mgr ne crut pas devoir revenir sur ce qu'il avait décidé, et par suite de sa décision je me vais dans l’impossibilité de combattre efficacement la profanation du dimanche qui menace de prendre racine dans notre jeune pays.

Dans le cours de cette conversation Mer parla du rôle de la presse catholique, rôle qu'il réduit à des proportions insignifiantes. La presse catholique, me dit-il, a fait un mal énorme à la religion, en voulant conduire l'Eglise, Je lui fis remarquer respectueusement que la presse catholique n’avait certainement pas la mission de conduire l’Eglise, mais seulement de combattre la mauvaise presse et de l'empêcher de répandre les fausses doctrines. A quoi Mgr répondit en substance que la presse ne devait traiter que les questions purement matérielles, et devait éviter les sujets qui intéressent la religion. Si la presse libérale, répondis-je, ne touchait pas à ces questions, il ne serait peutêtre pas nécessaire d’en parler, Mais toutes les feuilles protestantes, maçonniques ou catholiques libérales cherchent à répandre l'erreur de différentes manières, de battre en brèche l'autorité du clergé, et de détourner le peuple des saines doctrines romaines. Il est donc du devoir de tout journaliste qui aime l'Eglise de leur répondre sans cesse et de les combattre avec prudence et fermet. Mgr répondit par la comparaison suivante : “ Lorsqu'un homme grossier

AA qe injurie un gentilhomme dans la rue, celui-ci ne s'arrête pas pour discuter avec lui. Eh bien, faites de même à l'égard de la mauvaise presse.” Je fis remarquer aussi respectueusement que possible à Mgr que cette comparaison n'avait pas d'application dans l'espèce, attendu que la mauvaise presse pervertit l'esprit de milliers de lecteurs, et qu'il faut de toute nécessité repousser ses attaques pour protéger les faibles. Monseigneur ne voulut pas se rendre à mes explications, et persista à dire que la presse n'avait pas à traiter les questions importantes où la religion et le clergé sont intéressés. Il alla jusqu’à me reprocher d’avoir combattu un journaliste libéral de cette ville qui n'avait pas craint de traiter de rebelle et de scandaleux tout le | clergé du diocèse de Montréal, pour la seule raison que ces prêtres ont porté l'affaire de Université Laval aux pieds de Sa Sainteté. En un mot, Mgr me laissa sous la pénible impression que, tandis que toute liberté était laissée aux journaux anti-catholiques ou libéraux, les journalistes catholiques devaient être baillonnés sous prétexte qu'ils compromettent l'autorité ecclésiastique.

Mgr l'Archevêque, qui ne veut pas que les catholiques aient recours à la presse pour défendre la religion, recourt lui-même aux journaux à temps et à contre-temps. C'est ainsi qu’il a fait publier dans la presse les documents émanés récemment de la S. Congrégation de la Propagande, concernant l'influence prétendue indue dont le clergé catholique du Canada se serait rendue coupable, et l’'amendement de la loi électorale. Ces documents n'étaient évidemment pas destinés au public, et leur publication était de nature à causer un grand scandale en faisant croire aux fidèles que le clergé avait été sévèrement blâmé par Rome et que la division entre les évêques était la cause de toutes nos quérelles. Cependant Mgr nous a fait publier cer documents, et nous a déclaré que c'était le désir du Saint- Siége qu’ils ne fussent ni commentés, ni discutés, donnant

arrête pas à l'égard si respecnparaison 1 que la cteurs, et jues pour se rendre e n'avait ion et le er d’avoir i n'avait tout le | que ces ax pieds 18 la péit laissée unalistes te qu'ils

s cathoreligion, e-temps.

cuments a Propale clergé l’'amenlent évion était oire aux ar Rome le toutes lier cer 1 Saintdonnant

ainsi à entendre que c'était le désir du $, Siè

ge que ces do- Cuments fussent publiés,

Mer YArchevêque fait un étrange abus du nom du Saint-Siége, linvoquant à chaque instant et de manière à compromettre gravement le plus auguste tribunal sur la terre. C’est ainsi qu’il m'a affirmé trés positivement que le Saint-Siége ayant défendu aux Evêques d’ tion de l’amendement de Ja loi éle cerne l'influence dite indue exer seulement les laïques ne pouvaient plus demander lamendement de cette loi, mais que la législature ne pourrait pas la modifier sans le consentement du Saint-Siége, C'est-à-dire que la même

agiter la quesctorale, en ce qui concée par le clergé, non

assemblée législative qui a voté une loi devenue oppressive pour l'Eglise, par suite de l'in. terprétation qu’en ont faite les tribunaux, ne peut pas déclarer que son intention n’était pas de porter atteinte aux droits de l’Eglise ! C'est ainsi que Mgr l’Archevé Québec invoque le nom du Saint- Jurisprudence qui fait gémir lique !

que de Siége pour consacrer une tous les véritables catho-

Autre fait qui prouve que Mgr s'expose à compromettre gravement l'autorité du Saint-Siége et sa propre dignité. La question de l’Université Laval, qui se discute actuellement À Rome, excite naturellement la curiosité publique et les lecteurs des journaux aiment à connaître les dernières nouvelles Concernant cette grave affaire. La publication de ces nouvelles ne pourrait en aucune facon porter préjudice à la cause de La al, et cependant M gr à fait adresser la lettre suivante aux journaux de Québec,

Québec, 17 octobre 1881.

M. le rédacteur,

Dans sa lettre dn 10 octobre Courant aux jonrnanx catholiques de Pairchidiocèse, Sa Grandeur Mgr l'archevêque vous a fait connaître que le Saint-Siése désire que Pon s’abstieune

ONE RE 280 ARR LD à on po den de

de tout commentaire et de toute discussion sur les décrets récemment arrivés de Rome.

Comme il importe à la pacification des esprits que l’on s’abstienne aussi de publier des nouvelles qui tendraient à infivmer ces décisions, Sa Grandeur désire que vous ne reproduisiez sur ce sujet, dans vos colonnes, que les documents authentiques dont Elle vous donnera communication et que vous évitiez soigneusement tout ce qui pourrait entretenir la divi- Sion,

Vous êtes prié de vouloir bieu publier la présente.

J'ai l'honneur d’être, M. le rédacteur, Votre humble et dévoué serviteur, C. A. Maxuors, ptre, Assistant-Secrétaire,

Voilà les faits que j'ai cru devoir soumettre humblement à l'attention de qui de droit, n'étant mu ni par haine ni par passion, mais par un ardent amour pour l'Eglise catholique et par un sentiment de profonde vénération pour la personne de $. Sainteté et le Saint Siége Apostolique. Je crois sincèrement devant Dieu, que Mgr l'Archevêque de Québec cause un grand tort à la religion,

d'abord en laissant toute liberté à la presse catholique libérale, tandis qu’il met sans cesse des entraves à l’œuvre de la presse catholique ; en invoquant très à la légère et sans justification l’auguste autorité du Saint-Siége pour imposer sa manière de voir; et troisièmement, en compromettant sa propre dignité par la défense qu’il fait aux journaux de publier de simples nouvelles.

Page 1