‹ Mémoire sur la pousse des chevauxChapitre 1 sur 2 · Mémoire sur la pousse des chevaux · texte numérisé non relu

Mémoire sur la pousse des chevaux

La pousse est une des maladies qui affectent le plus fréquemment le cheval, et cependant cette altération particulière des organes thoraciques , sur laquelle nous possédons un assez grand nombre de dissertations, n’est pas encore parfaitement connue. Presque tous les hippiatres qui se sont occupés de cette affection morbide lui ont assigné une foule de causes qui, exerçant constamment la meme influence sur tous les chevaux qui y sont soumis, devraient produire les memes résultats : nous voyons cependant que cette action successive des memes causes ne donne pas lieu au développement de cette maladie dans tous les individus, et qu’il est nécessaire de se livrera de nouvelles recherches pour bien assigner celle qui, invariable (*)

(*) Extrait des Mémoires de la Société royale et centrale d’ agriculture , année 1824.

dans ses effets, amène toujours indubitablement la lésion qui constitue la pousse.

Il semble que les praticiens ne devraient pas errer sur le siège positif d’une maladie, puisque l’autopsie cadavérique leur offre les moyens d’explorer les organes dont la lésion a produit l’affection qu’ils veulent reconnaître ; cependant la même incertitude règne dans leurs écrits, et nous attendons encore un traité qui puisse fixer nos idées et nous faire connaître la nature et le véritable siège de la pousse.

Il est des maladies qui laissent de si faibles traces de leurs ravages après la mort, qu’il est bien difficile d’en suivre les vestiges dans les organes offensés; et lorsque ces maladies ont été compliquées avec d’autres affections qui laissent à leur suite des altérations très-prononcées, on n’est que trop enclin à les confondre avec ces dernières.

La pousse doit être placée dans cette catégorie. On a trouvé des brides membraneuses qui liaient les poumons aux plèvres costales; des épanchemens d’une liqueur blanche et floconneuse dans les cavités de la poitrine; des tubercules , des concrétions calcaires dans la substance des poumons; des engorgemens des glandes bronchiques ; des ulcérations à la

bifurcation de la trachée-artère, l’adhérence d’une humeur visqueuse et gluante à la surface interne des voies aériennes ; on en a accusé l’opilation des vaisseaux pulmonaires, l’épaississement des liqueurs animales, le relâchement des vésicules bronchiques, l’épanchement du sang et de l’air dans le parenchyme pulmonaire : quelques auteurs ont attribué la pousse à l’ossification des cartilages des côtes et du larynx , à la rupture du nerf diaphragmatique, au déchirement des vésicules aériennes. Quelques hippialres modernes ont regardé la névrose du diaphragme comme la cause positive de cette maladie ; d’autres , méconnaissant l’influence directe des poumons sur le cœur, ont cru , au contraire, que c’était la dilatation anévrysmatique de cet organe central de la circulation qui donnait naissance à cette maladie.

Dans ce conflit d’opinions, il est bien difficile de fixer le véritable siège de cette affection morbide, ou, pour mieux dire, de l’altération spéciale de l’organe qui constitue l’irrégularité des mouvemens respiratoires ; car il est bien important pour le vétérinaire de ne pas voir des maladies, mais des organes malades. La création de ces entités pathologiques a jeté trop de vague dans l’étude de la médecine, pour

que les esprits j listes et zélateurs de la vérité ne se hâtent pas d’abandonner les routes battues par leurs devanciers, et ne se rallient pas sous l’étendard de l’expérience et de l’observation.

Il y a bien peu de vérités en médecine qui n’aient été entrevues par ceux qui nous ont précédés dans la carrière. Cette réflexion s’applique parfaitement à la pousse. Le Gentilhomme maréchal , traduit de l’anglais de Barthelet par Dupuj Demportes (un volume in-12, Paris, 1756, page 76), regarde la pousse comme le produit nécessaire de l’exubérance du poumon et du cœur, sans qu’il y existe aucune autre lésion appréciable. Gibson partage cette opinion , et affirme également que cette maladie n’est occasionnée que par l’accroissement considérable du poumon et du cœur, qui n’offrent, dans le plus grand nombre des autopsies cadavériques, aucun autre désordre remarquable.

Je viens me réunir à ces auteurs, en modifiant cependant leur opinion, et en regardant la dilatation de l’organe pulmonaire comme primitive et celle du cœur comme secondaire et consécutive.

Il n’y a pas de vétérinaire qui n’ait été frappé , dans l’ouverture des chevaux poussifs , de l’a tiré tion du poumon. Lorsque ranimai a succombé

sous l’influence d’une maladie étrangère à la poitrine, il y a un grand intervalle entre la surface de l’organe pulmonaire et la face interne des côtes; le tissu du poumon est affaissé, et les vaisseaux qui entrent dans sa composition n’ont acquis aucune amplitude remarquable. Dans le cheval poussif, au contraire, son parenchyme est gonflé, spongieux;!es vésicules aériennes , les tuyaux bronchiques paraissent avoir perdu de leur diamètre, parce que la multitude infinie des vaisseaux artériels et veineux qui leur servent d’enveloppe ont augmenté de calibre et ont rapproché , par la pression continuelle qu’ils ont exercée sur les canaux aériens, les parois membraneuses qui forment leurs dernières ramifications. Les diverses sections du poumon, pratiquées dans tous les sens, dans 1 épaisseur du parenchyme pulmonaire, le prouvent d’une manière indubitable.

Cette observation est constante : il n’y a point de cheval poussif qui ne présente ce développement morbide du système vasculaire. Quelles que soient les autres lésions , elles accompagnent toujours cette dilatation variqueuse et anévrysmatique des vaisseaux pulmonaires, et souvent cette dilatation existe sans qu’il y ait aucune autre altération remarquable. Que conclure de

ces faits, qui se vérifient à chaque autopsie cadavérique? C’est que l’anévrysme du poumon constitue réellement la pousse, tandis que les autres lésions tiennent aux irritations diverses des parties constituantes de l’organe pulmonaire; irritations qui se sont développées, soit avant la pousse , soit pendant le cours de cette affection morbide, et qui ont acquis ultérieurement d’autant plus d’intensité que leur formation a été favorisée, pendant son existence, par la phlogose générale du parenchyme.

Les brides membraneuses, qui lient le poumon à la plèvre côstale; les fausses membranes, qui dépendent de l’excavation trop abondante des fluides sécrétés, et dont l’organisation n’a pu être consommée; les épanchemens d’une matière blanche, lactescente, floconneuse dans les cavités de la poitrine; l’épaississement de la membrane séreuse, son infiltration, sa désorganisation lardacée, la formation des tubercules, ne sont-ils pas le résultat de la pleurésie?

L’inflammation de la membrane muqueuse, qui tapisse l’intérieur de la trachée-artère, des bronches et de leurs innombrables divisions, ne détermine-t-elle pas le catarrhe, qui amène à sa suite, lorsque l’animal a succombé, l’épaississement de cette membrane , sa couleur variée

de rouge, de jaune, de noir, suivant sa marche aiguë ou chronique , l épanchement d’un liquide gélatinoso - albumineux dans l’intérieur des tuyaux aériens, et l’adhérence de cette humeur à leurs parois, lorsque ses parties les plus fluides ont été absorbées, et que le rapprochement plus intime de ses molécules a été opéré ?

Si la phlogose a son siège dans le parenchyme du poumon, et que la résolution n’ait pu être effectuée par les moyens que l’art indique dans cette occurrence, n’en résulte-t-il pas des abcès dans l’épaisseur de sa substance ( que l’on connaît sous le nom de vomiques) , la congestion sanguine de ses vaisseaux , leur opilation, pour me servir de l’expression de Bourgelat , l’induration de cet organe ou son hépatisation, la tendance de toutes les liqueurs animales à l’épaississement et à la coagulation, épaississement qui se montre d’une manière constante dans toutes les inflammations des organes renfermés dans les cavités splanchniques? Dans certains cas , la coagulation du sang est si rapide, que ce liquide ne peut plus sortir du vase où il a été reçu immédiatement après la saignée.

Enfin, l’inflammation des vaisseaux lymphatiques du poumon , qui donne naissance à la phthisie, marchant sous le type chronique, ne

produit-elle pas les tubercules, les concrétions calcaires, l’induration et la suppuration des glandes accumulées autour des bronches et dans l’intervalle de leur bifurcation, la dégénération jaunâtre et lardacée de la substance du poumon, son déchirement, sa perforation et sa disposition ulcéreuse?

INe confondons donc pas les désordres que je viens d’énumérer avec les lésions que produit la pousse. L’anévrysme seul du poumon constitue cette maladie; son tissu, gonflé de sang par la dilatation successive de ses vaisseaux veineux et artériels, amène cette difficulté chronique de respirer, l’agitation irrégulière des flancs, la dilatation des naseaux, les éclats de toux qui sont plus fréquens dans l’exercice, enfin tous les signes pathognomoniques de cette affection morbide.

Si les désordres que j’ai signalés se rencontrent dans les chevaux poussifs conjointement avec la tuméfaction de la substance, l’observateur ne doit-il pas en conclure que la disposition varieoso-anévrysmatique des vaisseaux pulmonaires a favorisé le développement de la pleurésie, du catarrhe, de la pneumonie, de la phthisie, par la facile propagation de l’irritation qui a envahi la plèvre , la membrane bronchi-

que, le parenchyme et le système lymphatique du poumon , et que cette propagation s’est faite d’une manière d’autant plus rapide, que l’état variqueux et anévrysmatique des vaisseaux était accompagné d’une inflammation plus considérable ?

Ne peut-on pas assurer encore que ces lésions, fruit de maladies antécédentes* existaient avant la pousse qui s’est développée postérieurement, et qui a été occasionnée par l’engorgement successif du poumon ? Le point d’irritation, qui devient permanent dans les maladies chroniques, provoque un appel continuel des fluides, qui distendent peu-à-peu les parois des vaisseaux. Ce point d’irritation est bien plus actif dans les maladies aiguës, et détermine bien plus promptement la tuméfaction du parenchyme pulmonaire : alors la pousse est consécutive, tandis qu’elle est primitive dans le premier cas que j’ai indiqué.

La lésion constante qui existe dans les chevaux poussifs, etqui, seule, produit cette maladie, est la disposition varicoso -anévrysmatique de ses vaisseaux : l’autopsie cadavérique le démontre d’une manière évidente. Le doute ne peut subsister lorsque le seul volume des lobes pulmonaires a donné naissance à cette maladie , et

Page 1