‹ Mémoire sur la pousse des chevauxChapitre 2 sur 2 · IO · texte numérisé non relu

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que l’exploration la plus scrupuleuse ne fait apercevoir aucune autre lésion. La conviction devient entière quand les autres altérations que j’ai énumérées se trouvent constamment accompagnées de cette tuméfaction du parenchyme pulmonaire.

En comparant le poumon d’un cheval poussif avec celui d’un animal dont la poitrine a été respectée par cette maladie, on remarque facilement, comme je l’ai déjà dit, que son volume s’est accru ; que le calibre de ses vaisseaux est augmenté , et que les fragmens de l’organe que la section a séparés laissent exsuder par la pression une quantité de sang plus considérable. Le parenchyme est plus rouge , plus spongieux , moins perméable.

On remarque encore que le système veineux du poumon a plus souffert de cette dilatation que les rameaux artériels, dont les tuniques, plus épaisses, plus élastiques, n’ont pas autant cédé à l’impulsion de la colonne sanguine, qui tendait à augmenter leur diamètre.

Je me suis appesanti sur ces détails d’anatomie pathologique, parce qu’il est de la plus grande importance en médecine de fixer le siège spécial des maladies, ou, pour mieux dire, de bien apprécier l’altération des tissus qui leur

donne naissance : ce n’est qu’après avoir recueilli ces notions indispensables que l’on parvient à asseoir ses indications curatives d’une manière méthodique et rationnelle.

Il me reste à combattre l’opinion de ceux qui ont placé le siège de la pousse dans le diaphragme, ou qui l’ont regardée comme le résultat nécessaire de l’anévrysme du cœur.

Des vétérinaires, après avoir ouvert la poitrine entre la huitième et la neuvième côte sternale d’un cheval poussif, ont introduit le doigt dans l’incision qu’ils avaient pratiquée , et ont cru remarquer que le diaphragme était refoulé vers le poumon lorsque l’air pénétrait dans les vésicules bronchiques par l’inspiration, et que cette cloison se portait vers le bassin dans le mouvement expiratoire. Cette anomalie des fonctions qui lui sont assignées s’opérait en sens inverse de l’ordre naturel : on avait cru devoir en conclure que la pousse était une névrose du muscle diaphragmatique.

Il est des lois fixes et immuables que la nature ne transgresse jamais. Quelles que soient les aberrations auxquelles elle est condamnée, quelles que soient les perturbations qu’elle éprouve, jamais les fonctions des organes ne sont assez perverties pour qu’ils exécutent long-

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temps des mouvemens diamétralement opposés à ceux qui leur ont été départis. Dans i’économie animale , la composition intime des organes, leur position, leurs connexions, leurs sympathies, sont fixées de manière que leurs mouvemens, leurs sécrétions, leurs filtrations, leur balancement réciproque , peuvent bien être suspendus, dépravés, accélérés ou retardés; mais il faudrait qu’il y eût un renversement total des lois qui régissent l’organisme, pour qu’ils pussent accomplir les actes qui ne peuvent être en analogie avec leur structure, leur position et leur influence sur les parties avec lesquelles ils correspondent. Un muscle extenseur peut-il jamais opérer la flexion du membre à rallongement duquel il doit coopérer? Pour que cette flexion eût lieu, il faudrait que la disposition des abouts articulaires fût complètement changée. Il en est de même du diaphragme : l’inspiration et l’expiration pourraient-elles s’effectuer, si la cloison musculaire, qui doit favoriser les mouvemens respiratoires, formait un obstacle à leur accomplissement ?

L’anévrysme du coeur existe dans tous les chevaux qui sont depuis long-temps affectés de la pousse. Cette dilatation de ses parois musculeuses n’a lieu que d’une manière graduelle et

successive : elle n’existe pas clans les chevaux que la mort a frappés peu de temps après l’invasion de la pousse. Il est facile de s’en convaincre clans les lieux où l’on sacrifie , chaque année, un grand nombre de chevaux. On verra que l’anévrysme de l’organe central de la circulation est toujours en rapport avec la durée de l’affection pulmonaire, et que la dilatation du cœur est d’autant plus grande que la pousse a été plus prolongée. C’est sur-tout clans la dernière période de cette maladie que l’anévrysme fait des progrès sensibles, parce que le poumon devient, chaque jour, moins perméable au sang, qui doit le traverser pour se rendre dans les cavités gauches du cœur. On remarque aussi que le sang des chevaux poussifs devient moins rutilant, moins vermeil, moins rouge, moins léger et moins chaud, à mesure que l’affection du poumon est plus avancée : ce liquide reste plus chargé d’hydrogène et de carbone, parce que son aération devient de plus en plus imparfaite.

Dès que le poumon contracte une disposition varicoso-anévrysmatique, son parenchyme se gonfle de sang, se tuméfie; ses vaisseaux veineux et artériels augmentent insensiblement de diamètre ; ils forment autour de chaque ramification bronchique une enveloppe qui acquiert

une densité toujours croissante, et qui s’oppose, à mesure qu’elle fait des progrès, à la libre expansion des tuyaux et des vésicules que l’air dilate à chaque mouvement d’inspiration. Le cœur redouble alors d’énergie pour vaincre l’obstacle naissant qui embarrasse la circulation pulmonaire; le pouls devient plus vif, plus fréquent, plus dur et plus précipité, comme il est facile de s’en assurer en interrogeant le tronc des carotides et le cœur lui-mème.

Le développement progressif de l’état variqueux etanévrysmatique des capillairesdu poumon oblige le sang à séjourner en plus grande quantité dans le ventricule et dans l’oreillette droite du cœur. La pression latérale de ce liquide, qui devient, chaque jour, plus puissante, force les parois musculeuses de ces cavités à céder peu-à-peu à sa masse et à son impulsion constamment répétée; elles se dilatent à mesure qu’elles perdent leur ressort, et forment enfin l’anévrysme consécutif de l’organe central de la circulation, anévrysme qui n’existe que dans les cavités droites de cet organe , car le diamètre des cavités gauches se rétrécit, au contraire , à mesure que la membrane interne qui les tapisse acquiert plus d’épaisseur et plus de consistance. Il n’en est pas de meme des cavités droites, dont

les sacs s’amincissent à proportion que leur capacité prend de l’extension : lorsque le parenchyme du poumon a été subjugué parle sang qui inonde sa substance, le pouls change de nature ; il augmente de vitesse, mais il perd de sa force, parce que le sang n’est plus dardé avec la même énergie.

Après avoir fixé le siège de la pousse d’après l’autopsie cadavérique; après avoir démontré que l’état variqueux et anévrysmatique des capillaires du poumon précède toujours l’anévrysme de l’organe central de la circulation , je dois indiquer les signes qui annoncent ce mode de lésion des viscères thoraciques : je signalerai ensuite les causes qui le déterminent, en les soumettant à la même marche analytique, et je terminerai ce mémoire par l’exposé des moyens hygiététiques et médicinaux qui peuvent pallier et guérir cette maladie.

Le cheval dont le poumon a de la tendance à la dilatation de ses capillaires veineux et artériels est plus essoufflé en marchant; la gêne de la respiration est plus prononcée lorsque ses mouvemens sont rapides et lorsqu’il a une montagne à gravir. Quelques éclats de toux se font entendre par intervalles ; il s’ébroue, et rend de temps en temps par les naseaux une matière

blanche et tamponnée, que sécrète la membrane bronchique, qui a reçu l’influence de l’irritation du parenchyme pulmonaire. Ses flancs sont plus agités dans l’exercice, ses naseaux plus dilatés ; l’aile interne des narines est écartée de manière à agrandir leur ouverture , et il en résulte une sorte de froncement du bout du nez, qui paraît être dans une contraction permanente.

Le mouvement des flancs n’offre plus la même régularité ; l’élévation des côtes dans l’inspiration et l’abaissement de ce cercle osseux , lorsque l’air est expulsé de la poitrine , sont coupés par un contre-temps, par une sorte de soubresaut qui détruit l’uniformité de l’action respiratoire. Dès que les côtes sont parvenues au degré d’élévation qu’elles doivent atteindre, il y a une commotion subite et précipitée de ces courbes osseuses, dont la déclinaison est ensuite retardée, et suit un rhythme analogue à celui de l’inspiration.

A mesure que l’anévrysme du poumon fait des progrès, ces symptômes augmentent d’intensité. Le contre-temps ou le soubresaut des côtés, qui forme le signe caractéristique de la pousse, devient plus prononcé ; les côtes s’élèvent davantage 5 les espaces intercostaux s’agrandissent ; les naseaux sont plus ouverts, l’aile

inîerne des narines plus écartée, l’oppression de la poitrine plus considérable.

Malgré la gravité des symptômes , l’animal conserve son appétit. Il dépérit cependant lorsque la pousse est avancée, et sa maigreur va en croissant, jusqu’à ce que le poumon, se refusant à toute action respiratoire, en raison de son défaut de perméabilité, produit la stagnation du sang dans les cavités droites du cœur, et amène la cessation de la vie.

En général, on a l’habitude de faire courir le cheval que l’on soupçonne poussif, et de lui faire manger une ration d’avoine pour mieux apprécier l’irrégularité des mouvemens respiratoires. Cette méthode est repoussée par le plus grand nombre des vétérinaires. C’est le matin , lorsque l’animal est à jeun et après un repos prolongé, que l’on juge le mieux du rhythme de la respiration, et que l’on peut le mieux observer le balancement qui existe entre l’élévation et l’abaissement des côtes; l’œil suit l’ascension de cescourbesosseuses en fixant l’hypochondre, et voit, lorsqu’elles sont parvenues à leur degré le plus élevé, si leur déclinaison s’effectue d’une manière uniforme , ou s’il y a un léger contretemps, un faible soubresaut qui dénote l’anévrysme commençant du poumon. Un long exa~

men est souvent nécessaire pour le constater. Dans les premiers développemens de la pousse , ce double battement des côtes est si peu prononcé, quil faut être très-attentif pour le reconnaître.

Dans l’état le plus parfait de la santé et de la complète intégrité de la poitrine , la respiration n’offre pas toujours la même régularité dans les mouvemens alternatifs de l’élévation et de l’abaissement des côtes. Cette observation a lieu sur-tout au printemps, parce que la chaleur vivifiante du soleil, pénétrant l’économie longtemps condensée par le froid de l’hiver, accélère la circulation et la respiration. Les jeunes chevaux qui sont soumis à des courses fatigantes et qui sont nourris avec des alimens échauffans maigrissent beaucoup et ont les mouvemens des flancs vifs, précipités, et peu égaux dans leur ascension et leur abaissement. Il en est de même dans toutes les saisons de l’année, lorsque la digestion est pénible , ou lorsque les sucs qui affluent au poumon, après un repas copieux et substantiel , surchargent cet organe et rendent la sanguification trop abondante. Tels sont les motifs qui portent les vétérinaires à examiner le cheval poussif, le matin, lorsqu’il est à jeun

et qu’il est dans le calme de tous les mouvemens organiques après le repos de la nuit.

Dans les chevaux dont les poumons sont remplis de concrétions tuberculeuses, dans ceux chez lesquels il y a induration rouge ou blanche de ces organes, atrophie, vomique, le mouvement des flancs pèche aussi par irrégularité; mais ce défaut d’équilibre dans l’action respiratoire ne se fait pas remarquer par ce soubresaut, par ce contre-temps qui appartient exclusivement à la pousse. Dans les chevaux phthisiques, que l’on confond trop souvent avec les chevaux poussifs, l’élévation et rabaissement des côtes n’ont pas autant d’étendue que dans l’état d’intégrité de la poitrine. Les mouvemens des flancs sont plus courts, plus fréquens; les côtes s’élèvent moins, il y en a un plus grand nombre dont l’action ascendante et descendante est plus sensible à l’œil : il y a, par intervalles, de fortes inspirations, qui portent les côtes à un degré d’élévation plus considérable. Cette ascension plus prononcée est suivie d’une sorte d’affaissement, subit de ces courbes osseuses; mais la respiration reprend de suite son rhythme habituel (i).

(i) Il y a des chevaux chez lesquels les désordres de la

Les auteurs qui ont écrit sur la pousse n'ont pas été plus d’accord sur les causes qui déterminent cette affection des organes thoraciques

poitrine s’effectuent d’une manière si occulte, que le praticien observateur a peine à se rendre compte de la profonde désorganisation du poumon , en comparant les lésions qu’il remarque avec les signes qu’il a recueillis pendant la vie de l’animal : j’en citerai un exemple frappant.

JaQ Difficile^ étalon dépuré race limousine, né en 1809, entré au haras à l’âge de deux ans, éprouva, en 1817, une affection catarrhale très-intense , qui étendit son influence jusqu’au parenchyme pulmonaire. Il échappa à cette redoutable maladie, après avoir été dans un danger imminent pendant une vingtaine de jours. Sa guérison ne fut pas radicale 5 l’irritation de la membrane bronchique et des capillaires du poumon devint chronique, et se manifesta par une toux sèche , râpeuse , profonde , qui perdit peu -à-peu de sa fréquence par l’usage continué d’un régime humectant. Sa santé s’améliora sensible-

ment en 1818 et 18195 mais, en 1820, une monte assez fatigante développa avec plus de force cette toux , qui fut encore regardée comme le produit d’une légère affection catarrhale 5 elle n’était accompagnée d’aucun autre signe maladif. Les forces se soutenaient , l’appétit n’éprouvait aucune diminution , et tout faisait espérer que l’irritation de la poitrine , qui lui donnait naissance, céderait à un régime adoucissant 5 l’embonpoint du cheval se conserva jusqu’à la fin de novembre. Il commença à dépérir à cette époque 5 sa peau devint plus rude et plus

qu’ils ne l’ont été sur le véritable siège de cette maladie. Je vais tâcher de réunir ces opinions diverses en les livrant à une discussion analy-

sèche 5 son poil se hérissa, et sa toux chronique devint un peu plus fréquente, quoiqu’il continuât à manger sa ration avec le même appétit : cet état de dépérissement se prolongea jusqu’au mois de février ; il reprit alors une robe soyeuse , ses formes s’arrondirent , et son rétablissement aurait paru cojnplet si sa toux n’avait pas continué à se faire entendre.

Il était en si bon état au printemps , qu’il fut désigné pour aller faire la monte dans une de nos stations. Il s’acquitta très-bien de son service, et revint au haras sans paraître fatigué, mais toussant toujours. L’hiver suivant, il maigrit encore , mais moins que l’hiver précédent $ il se rétablit avec la meme facilite , et la douce influence du printemps de 1822 fut si puissante sur lui, qu’il fut encore détaché de l’établissement. Sa santé parut s’améliorer, sa toux devint plus rare après la monte , et il franchit l’hiver suivant avec le même bonheur, jouissant du plus brillant embonpoint \ il a supporté les fatigues de la monte de 1823, comme un étalon dans toute la vigueur de l’âge. Le bon état dans lequel il se trouvait subsista jusqu au 2 3 août. Il avait mange y la veille , son avoine et le mélange de foin et de paille de froment qui lui avaient été donnés pour son repas du soir.

Le lendemain, a cinq heures du matin, le palefrenier qui le pansait s’aperçut qu’il était triste et souffrant j que sa tete était lourde , pesante , embarrassée , il voulut le

tique, et de reconnaître la cause qui, invariable dans ses effets, produit constamment l’anévrysme du poumon*

faire déplacer pour enlever sa litière ; l’animal s’agita quelcjue temps dans sa loge, et fît entendre un éclat bruyant de toux , qui fut immédiatement suivi d’une expectoration abondante, par les deux naseaux, d’une matière d’un blanc bleuâtre striée de noir ; un demi-seau aurait à peine contenu cette humeur purulente. Pendant les deux jours qui s’écoulèrent jusqu’à sa mort, il rendit, par intervalles, plus d’un seau de cette matière. Chaque expectoration était précédée d’une quinte de toux; pendant leur intervalle, les lèvres éprouvaient un frémissement continuel , et elles étaient baignées , ainsi que les naseaux, d’un mucus clair et écume ux, qui moussait par son incorporation avec l’air atmosphérique. Les mouvemens des flancs étaient petits , vifs et rapides ; le pouls était précipité et comme effacé ; la percussion de la poitrine ne faisait entendre qu’un son sourd et obtus ; les membres étaient roideset froids , la dyspnée considérable, et menaçant à chaque instant de suffocation. Son agonie fut très-douce ; il cessa de vivre le i5 août, après avoir poussé un gémissement plaintif et prolongé.

L’autopsie cadavérique fît voir que le foie était plus volumineux que dans l’état naturel , il était en partie squirrheux; le lobe droit était le plus endurci; la couleur du viscère était d’un jaune verdâtre ; le diaphragme offrait des traces d’inflammation dans sa surface postérieure.

On accuse, comme cause de la poussse, les efforts violens, le travail excessil auquel les chevaux sont soumis, les chaleurs long-temps

Une sérosité d’un bleu noirâtre était épanchée en grande quantité entre le poumon et les côtes. La plèvre costale , pulmonaire et diaphragmatique , le médiastin , réfléchissaient la même couleur. Le poumon était volumineux , et adhérait au diaphragme par des brides fortement organisées. Il était dans un tel état de décomposition , que son parenchyme et la matière épanchée dans ses aréoles ne formaient qu’une bouillie semblable à du cambouis. La trachée-artère , les bronches et leurs innombrables tuyaux étaient remplis d’une liqueur noirâtre. A la partie postérieure de chaque lobe et dans le bord externe, il y avait une petite portion du poumon de quatre à cinq pouces d’étendue , qui ne participait point à la désorganisation $ elle avait suffi à l’entretien de la respiration et de la sanguification. Les glandes bronchiques étaient les unes squirrheuses, les autres détruites par la suppuration.

Le cœur paraissait n’avoir éprouvé aucune lésion organique 5 son volume était plutôt diminué qu’accru, ainsi que le calibre des trous artériels et veineux qui émanent de cet organe.

Tous les viscères de l’abdomen et de la cavité encéphalique n’ont offert aucune lésion remarquable.

Nous voyons que le Difficile , après avoir été atteint^ en 1817, d’un catarrhe bronchique qui s’était uni à la pneumonie ? avait conservé dans sa poitrine un foyer

prolongées, une nourriture trop abondante, la funeste habitude d’exercer fortement les chevaux après la réplétion de l’estomac , des ali—

d’irritation chronique , qui se manifestait par une toux fréquente , et que cette irritation , en faisant un appel continu aux fluides qui baignent le poumon , éprouvait des rémissions pendant lesquelles la santé de l’étalon paraissait s’améliorer, quoiqu’il recelât toujours le germe de sa destruction. Cette irritation permanente, qui a subsisté p>endant cinq années consécutives , s’est étendue des capillaires sanguins aux capillaires lymphatiques, et leur affection, devenue simultanée, a produit insensiblement la profonde altération du poumon, dont le parenchyme s’est réduit peu-à-peu enputrilage. La matière, d’un blanc bleuâtre, qui fluait par les naseaux , la sérosité épanchée dans les cavités coniques de la poitrine, la couleur de la plèvre , la réduction du tissu pulmonaire en une sorte de bouillie semblable au cambouis , prouvent, d’une manière indubitable, la double lésion du système sanguin et de l’appareil lymphatique.

Nous ne saurions trop admirer les ressources immenses de la nature, qui, malgré ce vaste moyen de destruction, dont les progrès allaient toujours en croissant, a su conserver si long-temps les forces, l’embonpoint de i’animaï, et fournir tous les matériaux de la nutrition, quoique l’étendue de la surface respiratoire fût réduite, dans chaque lobe pulmonaire , à une étendue de quatre à cinq pouces. L’épanchement de la matière purulente dans les bronches ne s’est opéré que le 2J août , et deux jours après l’ani-

mens trop substantiels et trop stimulans, les foins vasés, la transmission héréditaire, l’épuisement des étalons pendant la monte, l’emploi trop prolongé du fourrage que donnent les

mal a succombé, après avoir rejeté toute espèce de nourriture pendant ce laps de temps , parce que l’affaissement du poumon a été la suite nécessaire de celte émission abondante de pus, et que les tuyaux bronchiques, inondés par cette liqueur , ne laissaient parvenir l’air atmosphérique qu’avec la plus grande difficulté jusqu’à la portion saine du poumon qui pouvait encore opérer l’oxigénation du sang et le rendre propre à l’animalisation.

J’ai vu périr un grand nombre de chevaux phthisiques. Avant de succomber, i Is ont tous éprouvé un dépérissement successif, une perte graduelle de leurs forces et de leur embonpoint. Le hérissement du poil, l’adhérence et la sécheresse de la peau, le terne des yeux, l’enfoncement du globe dans la cavité orbitaire, l’oppression croissante de la poitrine, étaient les symptômes les plus frappans de leur destruction prochaine : comment le Difficile a-t-il échappé à cette loi générale , et pourquoi a-t-il conservé les signes de la santé jusqu’au moment de l’éruption de l’humeur purulente dans les bronches , à l’exception d’une toux rare et sèche , quoique sa poitrine fût dans un si grand état de décomposition? J’avoue que j’ai peine à me rendre compte de ce phénomène, et c’cst pour appeler l’attention des vétérinaires sur ce fait important, qui s’est passé sous les yeux de tous les officiers et employés du haras, que je me suis livré à cette digression.

prairies artificiel ies , tel que la luzerne, le sain foin, le trèfle, etc.

L’esprit sévère qui doit présider à la recherche des causes qui amènent d’une manière plus ou moins rapide les diverses altérations des organes, altérations qui engendrent les maladies loin d’en être le résultat, ne permet pas de ranger au nombre des causes de la pousse les lésions observées dans le poumon. Ainsi l’épaississement de l’humeur bronchique, le développement du cœur et du poumon, l’opilation de ses vaisseaux, le trop de consistance des humeurs animales , le relâchement des vésicules pulmonaires, la présence des tubercules et des concrétions calcaires, la rupture du nerf diaphragmatique , le déchirement des tuyaux aériens, la faiblesse de l’organe respiratoire, l’irritabilité du système nerveux , etc. , ne peuvent jamais être érigés en cause de la pousse, puisque ces diverses lésions sont elles-mêmes des effets qui ont été produits par des causes antécédentes.

Toutes les causes des maladies ne peuvent être puisées que parmi les agens qui exercent leur influence sur l’économie animale, et qui lui impriment des modifications variées suivant leur nature et leur degré d’activité. Elles doivent être

partagées en deux séries : les unes existent hors de l’individu; les autres se trouvent dans l’individu même.

C’est ce vaste champ que le vétérinaire doit explorer pour découvrir les causes des affections morbides qu'il a à combattre. Il ne doit pas outre-passer ses limites, et confondant les effets avec les causes, regarder les lésions qu’il observe dans les cadavres des animaux qui ont succombé, comme le produit de la maladie qui a résisté à ses efforts, tandis que ce sont ces organes offensés qui, d’après leur mode d’irritation et leurs liaisons sympathiques , ont formé la succession des signes qui se sont développés à ses regards. Il ne doit donc pas transformer ces lésions en causes , mais les considérer comme des effets de quelques-uns des agens modificateurs de l’économie.

Il est aussi des causes efficientes des altérations des organes, et dont Faction est plus ou moins immédiate ou plus ou moins éloignée ; il est encore des causes prédisposantes : celles-ci tiennent à un vice de conformation originelle; lorsqu’elles existent, l’organe qui en est le siège a bien plus d’aptitude à être lésé par les agens qui tendent à exercer une impression funeste sur ses parties constituantes. Dans la pousse, par

exemple , une constitution pléthorique, un tempérament sanguin, une irritabilité extraordinaire, une dilatation naturelle des vaisseaux artériels et veineux du poumon, la faiblesse particulière des rameaux qui émanent des veines pulmonaires, le peu de capacité de la poitrine, dont le cerceau n’a pas assez de convexité ; le défaut de longueur des côtes, qui est annoncé par le peu d’intervalle qui se trouve entre le garrot et le passage des sangles, sont autant de causes prédisposantes de cette maladie: ce sont ces vices de conformation originelle qui, légués par les pères et mères à leurs enfans , donnent lieu à l’hérédité de la pousse. Certes, le cheval qui a reçu de la jument et de l’étalon qui l’ont procréé des côtes basses, un ventre pendant, une poitrine sans profondeur, une disposition pléthorique, un poumon facile à s’engorger, a bien plus de tendance à l’anévrysme et à l’état variqueux de cet organe, que celui dont le thorax a les dimensions nécessaires pour accomplir parfaitement l’acte de la respiration, et chez ' lequel le poumon jouit de la plénitude de sa vitalité.

Après avoir distrait des causes de la pousse les lésions organiques du poumon, examinons celles qui sont comprises parmi les agens ino~

dificateurs de l’économie , et tâchons de découvrir la cause dont l’action prolongée détermine invariablement cette maladie.

Les efforts violens, les travaux excessifs, la détestable habitude d’exercer fortement les chevaux immédiatement après la réplétion de l’estomac, ont été rangés au nombre des causes de la pousse. Ces causes existent dans tous les pays où l’on emploie des chevaux pour les différens besoins de la société, et cependant nous voyons que les chevaux espagnols, portugais, barbes, persans, arabes, ne deviennent jamais poussifs tant qu’ils restent dans leur terre natale. Ce n’est que long-temps après leur transplantation en France, et par la mutation de leur régime alimentaire, que leur poitrine s’affecte insensiblement et que la pousse se manifeste. Nous devons donc éliminer ces causes, puisque la plus légère réflexion nous fait voir qu’en Espagne, en Portugal, en Afrique et en Asie, les chevaux travaillent aussi fortement qu’en Italie, en France et en Allemagne, et que leur poitrine, qui est souvent le siège du catarrhe, de la pleurésie et de la pneumonie, est toujours à l’abri de la pousse.

Il en est de même des chaleurs brûlantes long-temps prolongées. Si la vivacité des rayons

solaires ; si la chaleur d’une atmosphère embrasée donnaient naissance à la pousse, ce serait dans le midi de l’Europe, et à plus forte raison en Asie et en Afrique, qu’il y aurait une multitude infinie de chevaux poussifs; et c’est en France et en Allemagne qu’ils fourmillent : nous devons donc encore rejeter cette cause, qui ne peut supporter le plus léger examen.

C’est donc sur le régime alimentaire que nous devons fixer notre attention, et voir quelles sont les modifications qu’il éprouve suivant le système d’agriculture et suivant l’abondance des plantes fourrageuses et céréales dans les diverses régions que j’ai citées.

Les chevaux arabes , qui supportent les plus grandes fatigues , passent des journées entières sans nourriture; ils reçoivent, le soir, cinq à six livres d’orge et un peu de paille hachée.

Il en est de meme des chevaux barbes : ils voyagent tout le jour sans que leurs conducteurs leur fassent prendre le moindre aliment. Lorsqu’ils sont arrivés dans le lieu où ils se proposent de passer la nuit, ils fichent un pi*eu en terre , y attachent une jambe de devant, et donnent à chaque cheval six à sept livres d’orge sans y ajouter de paille.

En Espagne, en Portugal, les chevaux de ca-

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valerie, comme ceux des propriétaires, ne sont nourris qu’avec les pailles d’orge et de froment, qu’on leur distribue par petite mesure. Le dépiquage des grains, qui se fait dans la Castille et dans la Manche par l’intermédiaire des mulets, qui sont attelés à des traîneaux armés en dessous de lames de fer ou de cailloux tranchans, et dans toute l’Andalousie par les jumens poulinières, que l’on fait trotter en cercle, réduit ces pailles à une telle ténuité, qu’on les mesure comme le grain pour les faire manger.

Les habitans, comme les militaires, donnent la préférence à la paille d’orge, quoique celle de froment ne soit pas fistuleuse comme la paille de France, et que son tuyau soit rempli, dans toute sa longueur , par une substance médullaire qui est éminemment nutritive. Us regardent la paille d’orge comme plus rafraîchissante, et ils affirment que les chevaux qui en sont nourris ont plus de nerf et sur tout plus d’haleine que ceux qui sont alimentés avec la paille de froment.

Quatre à cinq fois par jour, ils ajoutent à la mesure de paille qu’ils ont versée dans la mangeoire une petite mesure d’orge, à laquelle ils donnent le nom de quartillo. Elle contient une livre et demie de grain , de manière que le cheval en mange à-peu-près de six à huit livres par

jour. La ration de paille s’élève de douze à vingtcinq livres, suivant la taille et la corpulence des chevaux qu’ils ont à nourrir. La ration des chevaux des gardes-du-corps est fixée à douze livres de paille et à cinq quartillos d’orge ; les chevaux de dragons n’ont que quatre quartillos et douze livres de paille ; les gros chevaux de voiture mangent, par jour , une arrobe de paille (vingtcinq livres ) , et de sept à huit quartillos de grain.

Les Espagnols ne manquent jamais, au printemps, de donner forge en vert à leurs chevaux; cette habitude est meme observée pour tous les étalons disséminés chez les propriétaires de l’Andalousie auxquels ils appartiennent. Ils affirment que cette nourriture les dispose à la monte, les rend plus prolifiques, et les préserve des maladies inflammatoires, qui sont si communes dans ce climat brûlant.

Les jumens sont constamment au vert; elles ne mangent du grain et de la paille qu elles broient sous leurs pieds qu’à l’époque du dépiquage; tout le reste de l’année, elles parcourent de vastes pâtures nommées de hesas , qui sont divisées en pâturages d’été et en pâturages d’hiver elles éprouvent une alternative continuelle de disette et d’abondance, selon la chute

des pluies, qui reverdissent de suite les campagnes, ou les chaleurs brûlantes, qui les torréfient. Aussi les jumens poulinières et les poulains sont-ils tantôt dans le plus brillant embonpoint, tantôt clans un état de maigreur qui touche au marasme.

Le poumon devrait éprouver une atteinte notable de cette transition continuelle de la disette à l’abondance et de l’abondance à la disette, puisque les sucs qui y affluent pour être soumis au travail de la sanguification pèchent tantôt par excès et tantôt par pénurie; cependant la poitrine de tous ces animaux se conserve dans toute son intégrité, et la pousse la respecte constamment.

Rodriguez, vétérinaire en chef des écuries de sa majesté catholique, m’a affirmé que la pousse avait été inconnue en Espagne jusqu’à l’époque où l’on avait établi des prairies artificielles. Aux environs d’Aranjuez, on consacra le produit de ces prairies à la nourriture des chevaux , et on s’aperçut , quelque temps après la consommation de ces fourrages, qu’ils avaient moins de nerf et sur- tout moins d’haleine. On revint au régime ordinaire, et la pousse, qui avait déjà fait réformer plusieurs chevaux, cessa avec l’em-ç ploi de la luzerne, du trèfle et du sainfoin. De-

puis cette époque, on s’est borné à donner ces plantes fourrageuses en vert aux chevaux maigres et convalescens,qui ont besoin d’une nourriture substantielle : on les mêle par degrés avec la paille et Forge ; on en augmente successivement la quantité , et quand le cheval est rétabli, on suit la marche inverse pour le ramener à la nourriture sèche, exclusivement composée de paille et d’orge.

En Andalousie, le comte Cardenas voulut donner à ses chevaux du foin ordinaire, qu’il fitcouper dans ses riches pâturages ( de hesas ). Il remarqua également que ses chevaux prenaient plus d’embonpoint avec cette espèce d’aliment, mais que leur respiration était plus courte, plus fréquente, entrecoupée de quelques éclats de toux, et que les mouvemens des flancs étaient loin d’avoir la même régularité. J’ai vu, en 1 807, le foin que ce propriétaire leur faisait manger; il était gros et long , et ressemblait plutôt à des branchages d’arbustes qu’aux plantes alimentaires de nos prairies. Il était décidé à renoncer à l’innovation qu’il avait voulu introduire , et à retourner au régime qu’il avait abandonné.

Si la longue expérience de plusieurs peuples doit être de quelque poids dans la balance de l’observation, nous serons portés à croire que

la pousse reconnaît pour cause l’emploi du foin et des fourrages secs , puisque cette lésion de la poitrine ne se développe jamais dans les chevaux dont le régime alimentaire est basé sur la paille des céréales et sur l’orge en grain.

INous ferons la meme observation en France. Dans le Rouergue, où la nature du terrain est si variée, les aspects si différens, le mouvement du sol si entrecoupé, les montagnes si escarpées, les vallées si étroites et si profondes, s’élargissant par intervalles, et formant sur les bords de l’Aveyron des prairies si verdoyantes et des langues de terre si fécondes, que ce département est, en quelque sorte, l’abrégé de la France, comme l’a dit un des membres de la Société d’agriculture, on a remarqué que les chevaux poussifs abondaient dans 1 e Ségala, où la base de la nourriture est le foin, tandis qu’il n’y en avait point dans le Causse y où les chevaux , comme tous les autres bestiaux, ne sont alimentés, pendant tout l’hiver, qu’avec la paille de froment, qui est également réduite en parcelles sous les pieds des jumens chargées du dépiquage.

Dans le Causse ou Caussergue , les chevaux et les bestiaux, pendant la belle saison, divaguent dans les terres en friche, qui , malgré leur

peu de profondeur et leur perméabilité aux eaux pluviales , se couvrent spontanément d’un grand nombre de plantes du genre des luzernes et des méliiots.

Ces plan tes mangées en vert, ainsi que toutes celles qui couvrent les prairies, ne produisent jamais la pousse, c’est-à-dire la dilatation variqueuse et anévrysmatique des capillaires du poumon, quelle que soitlaquantité consommée par les animaux, parce que la liberté du ventre qu’elles entretiennent dans leur état de verdeur, rendant les excrétions alvines plus copieuses, s’oppose à la surcharge sanguine de l’organe pulmonaire; desséchées sur pied, elles ne déterminent point également la pousse, parce que la perte de leurs grains, qui se sèment sur le sol, la réduction successive de leurs tiges à l’état ligneux, diminuent graduellement la masse de leurs vertus nutritives et préviennent une chyli» fication et une sanguification trop abondantes»

Les jumens qui sont consacrées à la reproduction, malgré leurs gestations répétées et la quantité de foin qui leur est donnée pendant l’hiver, ne deviennent que très-rarement poussives, quoique l’amplitude extraordinaire de l’abdomen, la dilatation excessive du tube intestinal et le développement presque annuel de Futé-

rus, doivent borner les limites de la poitrine et restreindre l’expansion du poumon par le refoulement du diaphragme vers la cavité thoracique.

Il en est de meme des chevaux des petits propriétaires qui habitent la campagne. La nourriture de ces animaux se réduit à l’herbe qu’ils consomment dans les pâturages, où ils sont mis depuis le i5 mai jusqu’à la fin du mois de novembre. Montés plusieurs fois par semaine, ils mangent, par intervalles, quelques bottes de foin et presque jamais d avoine. Dès que les rigueurs de l’hiver les condamnent à rester à l’écurie, leur râtelier est toujours plein de foin. Il y en a qui en consomment quinze kilogrammes par vingt-quatre heures. Ils toussent pendant l’hiver, leur haleine diminue, leurs flancs perdent la régularité ne leurs mouvemens, et ce régime vicieux les rendrait promptement poussifs si les pi emières herbes du printemps ne provoquaient pas des évacuations alvines très-abondantes , qui opèrent la déplétion du système sanguin et de 1 appareil pul monaire , et si la seconde pousse des herbes qu ils pâturent pendant l’automne ne les disposait point , par l’effet des mêmes exci étions, à résister à la funeste influence du fourrage sec, qui doit former leur nourriture

exclusive pendant l’hiver. A mesure qu’ils avancent en âge, le poumon perd graduellement sa vitalité, et la tendance qu’il a contractée à l’état variqueux et anévrysmatique de ses capillaires se fortifie, chaque année, de manière que cette lésion progressive change enfin le rhythme de la respiration, et développe le double battement, qui est l’indice le plus assuré de la pousse.

Les chevaux qui sont constamment au sec deviennent promptement poussifs lorsque le foin leur est indiscrètement prodigué. Il n’y a plus d’évacuations alvines abondantes qui puissent contre-balancer l’influence nuisible qu’il exerce sur la poitrine. Le poumon, constamment surchargé par les sucs qui affluent dans son parenchyme, se dilate; ses vaisseaux veineux et artériels augmentent de calibre, et la pousse en est la suite inévitable.

Attaché, depuis vingt-cinq ans, au haras de Pompadour, j’ai été à portée de varier le régime des chevaux confiés à mes soins, et je me suis attaché à bien observer les changemens que chaque espèce d’aliment opérait dans l’économie. J’ai toujours remarqué que la poitrine de nos étalons s’affectait en raison directe de l’abondance du foin qui leur était donné, et que la tendance à la pousse une fois établie , on

pouvait facilement lui faire parcourir toutes ses phases par l’augmentation journalière de la ration de foin, comme on pouvait en diminuer successivement les progrès en substituant peuà-peu la paille de froment au fourrage. C’est par ce régime alimentaire, composé uniquement depadlede froment, d’avoine et, par intervalles, de farine d’orge, que nous parvenons à conserver long-temps nos étalons dont la poitrine menace de la pousse, lis en contractent le germe pendant la durée de la monte, parce que les propriétaires à qui ils sont confiés et les palefreniers qui les soignent, jaloux de les ramener au haras en bon état, outre-passent toujours la ration de foin qui a été fixée à l’époque de leur départ

Les chevaux grands mangeurs sont plus exposés à la pousse que ceux dont l’appétit est moins prononcé: ce que je viens de dire suffit pour en donner la solution. Il en est de même des chevaux des villes. Leur poitrine se détériore bien plus facilement que celle des chevaux qui vivent à la campagne, parce que leur régime est sujet à plus d’écarts, et que leur nourriture, basée sur le foin, est plus rarement entrecoupée d’herbe verte et de racines tuberculeuses, comme la pomme de terre , que les petits propriétaires

du canton que j’habite commencent à faire manger aux bestiaux qu’ils veulent engraisser et à leurs chevaux, sans l’avoir préparée par la cuisson : il y a économie de combustible, et tout annonce qu’elle est aussi nourrissante que si elle était cuite. Cette amélioration se soutiendra, parce que l’intérêt des propriétaires se trouve lié à cette innovation.

D’après les expériences comparatives que j’ai tentées, le foin nuit moins à la poitrine par ses qualités stimulantes que par ses vertus nutritives : celui qui abonde en plantes aromatiques et qui est récolté sur les sols élevés qui ne reçoivent d’autre eau que celle qui est versée par les pluies et les orages altère moins le flanc que le fourrage récolté dans les terrains frais, profonds, substantiels et composés de plantes qui contiennent beaucoup de parties extractives , muqueuses, sucrées et huileuses. C’est par cette raison que le produit des prairies artificielles porte une atteinte bien plus notable au poumon que le foin des prés naturels. La luzerne, le sainfoin, le trèfle, le fromentaî, réduits en fourrage, hâtent bien plus rapidement les progrès de la pousse que la foule des plantes de toute nature qui entrent dans la composition du foin , des prés naturels ; il suffit , pour s’en convaincre ,

de nourrir des chevaux grands mangeurs d’une manière comparative avec l’un et l’autre fourrage, et l’on verra bientôt le flanc des chevaux nourris avec ces plantes éminemment nutritives, données à quantité égale, battre plus rapidement que celui des chevaux alimentés par le foin ordinaire.

Le foin des prairies marécageuses, en général

dédaigné par les animaux , met plus de temps à agir sur la poitrine, parce que les plantes qui le composent sont plus nutritives et peu appétissantes, et que les chevaux en laissent toujours une grande quantité dans le râtelier. En général , le foin de cette nature exerce une action plus prompte et plus puissante sur la peau que sur le poumon. Les animaux qui sont forcés de s’en nourrir éprouvent , tous , des dépilations étendues et des affections cutanées de nature psorique et herpétique, qui ne cèdent qu’aux évacuations alvines, que provoquent les premières pousses des herbes au printemps. Ces purgations répétées arrêtent les démangeaisons , ouvrent les couloirs de la peau , assouplissent son tissu et détruisent le mode d’irritation qui avait donné naissance à ces affections cutanées.

S’il y a un axiome en médecine qui puisse s’appliquer à la pousse, c’est, sans contredit,

celui qui porte que sublatâ causât tollitur ejfec ~ tus. Nous avons vu que les chevaux arabes , barbes, portugais, espagnols, qui sont constamment alimentés avec la paille de froment ou d’orge et avecle grain de cette dernière céréale, se trouvent à l’abri de la pousse. L’expérience nous prouve, à chaque instant, que les chevaux dont le flanc s’altère éprouvent un soulagement marqué lorsque le foin qui leur est donné est remplacé graduellement par la paille de froment, tandis que les symptômes de l’oppression de la poitrine s’aggravent si le fourrage sec leur est prodigué, et que les progrès de l’anévrysme du poumon sont encore plus rapides lorsque les plantes qui entrent dans sa composition sont éminemment nutritives.

Nous observons encore que les chevaux poussifs, mis au vert, après les évacuations copieuses que les herbes nouvelles ont provoquées, ont la respiration plus libre, l’haleine plus étendue, les mouvemens des flancs plus réguliers et offrant à peine, dans ceux dont la maladie est commençante, le contre-temps qui caractérise la pousse. Nous devons donc inférer de toutes ces observations que les véritables moyens préservatifs à employer pour prévenir la tendance

à la dilatation varicoso-anévrysmatique des capillaires du poumon, dilatation qui s’étend successivement à tous les rameaux de l’arbre circulatoire de l’appareil pulmonaire, doivent être puisés dans le régime alimentaire auquel sont soumis les animaux.

Ces observations sont encore fortifiées par l’exemple des Anglais, qui amalgament la nourriture verte et la nourriture sèche. Ils donnent, l’été, comme l’a dit M. Huzard fils, une ration de fourrage vert, et l’hiver, une ration de na- , vêts: aussi trouve-t-on rarement, en Angleterre, chez les fermiers des chevaux poussifs.

Nous ne pouvons, en France, nourrir constamment nos chevaux à l’instar des Espagnols, nos pailles ne sont pas assez abondantes et assez nutritives. Plusieurs de nos départemens ne récoltent que du seigle, dont les tiges sont trop dures, trop sèches, trop peu nourrissantes pour alimenter nos chevaux. Il faut, en outre, faire consommer la masse de fourrages secs que nous fournissent nos prairies, bien plus nombreuses, bien plus étendues que celles de la Péninsule. Nous devons donc imiter l’exemple des Anglais, et marier , toute l’année , les alimens verts et les alimens secs, pour entretenir toujours la

liberté du ventre et prémunir nos chevaux contre l’invasion de la pousse.

Il est bien facile aux propriétaires de se procurer de l’herbe fraîche depuis la fin de mai jusqu’au mois d’octobre, en établissant des coupes successives, qui fournissent de l’herbe nouvelle à mesure que les premières sont consommées. On peut suppléer, pendant l’hiver, à la disette du fourrage vert par les racines tuberculeuses et pivotantes. Les navets, les carottes, les pommes de terre, les betteraves, fourniront un supplément de nourriture qui corrigera les effets nuisibles du fourrage sec. Si les chevaux soumis à un travail continuel et fatigant ne peuvent être alimentés de cette manière, on réduit la ration quotidienne du foin à deux ou trois kilogrammes , suivant la corpulence de l’animal , et on augmente dans la même proportion la ration d’avoine, de farine d’orge et celle de paille de froment. Telle est la méthode que nous suivons au haras de Pompadour, où nos étalons sont constamment au sec.

L’avoine a un principe stimulant qui agit spécialement sur le canal alimentaire; il l’irrite , il agace ses membranes et provoque son inflammation lorsque ce grain est donné en très» grande quantité. On prévient cette stimulation

trop active de l’estomac et de l’intestin en donnant, par intervalles, quelques repas de son mouillé, et encore mieux de farine d’orge hu-

mectée d’eau. Cette précaution e^t sur -tout nécessaire en été , où les chaleurs brûlantes disposent l’économie à l’exaltation inflammatoire.

Nous avons renoncé, au haras, à faire consommer la paille d’avoine par nos chevaux : ils la mangent avec plaisir, ils la recherchent meme avec avidité ; mais nous avons été obligés d’en cesser l’emploi, parce quelle exerce une influence puissante sur les organes urinaires. Elle les irrite tellement, qu’elle provoque des néphrites et des cystites, des rétentions d’urine qui ne peuvent céder qu’aux saignées et à tous les moyens antiphlogistiques que l’art indique en pareil cas. Ce n’est qu’après avoir répété sept a huit fois ces essais que nous avons été contraints de la proscrire comme aliment; et pour la faire consommer en litière, nous avons fait faire des béguins en cuir, que l’on plaçait à la tcte de chaque cheval aussitôt qu il avait mangé sa ration, parce qu’il dévorait sa litière toute la nuit, et qu il ne tardait pas à éprouver les funestes effets que j’ai signalés.

La pousse ne peut être curable que dans son

premier degré, c’est-à-dire lorsque la dilatation varicoso-anévrysmatique des vaisseaux veineux et artériels du poumon est bornée à ses capillaires; elle cesse de l’être à mesure que cette distension progressive se propage à ses rameaux plus considérables, et s’étend jusqu’aux troncs qui émanent du cœur ou qui se rendent à cet organe central de la circulation. L’anévrysme de cet organe musculeux oppose encore plus d’obstacles à la guérison : il en est de même lorsqu’il existe des lésions antécédentes ou consécutives, qui diminuent l’étendire delà surface respiratoire, et qui ont été produites par l’inflammation de la membrane bronchique , de la plèvre, du parenchyme pulmonaire ou des vaisseaux blancs du poumon.

Quels moyens l’art peut-il posséder pour restituer à un organe hépatisé, tuberculeux, ulcéré, baigné d’une sérosité floconneuse, réduit en putrilage , rempli d’une matière adhérente et concrète; dont les glandes placées entre la subdivision des bronches sont épaissies, squirrheuses, suppurées, et totalement désorganisées; dont la plèvre est injectée, compacte, infiltrée , lardacée , les principes de vie qui lui ont été enlevés d’une manière progressive par le catarrhe, la pleurésie, la pneumonie, la phthi-

sie pulmonaire, qui se sont développés avant la pousse ou qui ont envahi le poumon sous l’influence de cette maladie? Dans cette occurrence, le vétérinaire ne peut que prescrire un régime qui retarde le dernier instant.

Il est plus heureux lorsque l’anévrysme commençant du poumon existe seul , et que le léger soubresaut des flancs indique que cette lésion a fait peu de progrès. Il ne peut cependant se flatter d’une prompte guérison : ce n’est que par des soins bien calculés et par des moyens hygiététiques bien dirigés qu’il parvient à restreindre le calibre augmenté des capillaires du poumon. Il atteint le but qu’il se propose en opérant la déplétion des vaisseaux par de petites saignées répétées, et en entretenant la liberté du ventre par un régime humectant et peu substantiel.

Le cheval poussif au premier degré doit être mis au vert si la saison le permet; quatre ou cinq jours après, on lui pratique une saignée de deux à quatre livres, suivant sa taille, son volume, son tempérament sanguin etpléthorique, et on attend que les évacuations alvines, provoquées par les herbes nouvelles, soient devenues plus copieuses et plus liquides. On ne trouble point leur cours tant qu’elles sont abondantes; mais aussitôt qu’elles ont repris de la cousis

tance et qu’elles sont devenues assez rares pour se rapprocher du type ordinaire de la santé , on ouvre une seconde fois la jugulaire, et on tire à-peu-près la même quantité de sang. Huit jours après , on répète la saignée en bornant toujours l’évacuation sanguine à la même quantité; et ce laps de temps écoulé, on peut encore se permettre une quatrième effusion de sang qui n’outre-passe pas la mesure qui a été fixée.

Il faut remettre graduellement le cheval à la nourriture sèche, et conduire son régime de manière qu’il soit peu nutritif. Le foin ne doit être donné qu’avec la plus grande réserve; on en porte peu-à-peu la ration de deux à cinq livres , et on supplée à sa quantité par la paille de froment, qui, autant que possible, doit être fine, peu ligneuse et nullement altérée. On accorde au cheval trois livres de farine d’orge, qui sont divisées en trois repas, et que l’on délaie dans un tiers de seau d’eau. A mesure que le mouvement des flancs devient plus régulier, que le contre - temps s’efface , et que la poitrine récupère la plénitude de ses facultés, on ajoute une petite ration d’avoine au régime déjà fixé, et on en augmente graduellement la quantité en supprimant peu-à-peu la farine

d’orge, suivant le travail auquel l’animal est destiné.

Si le cheval travaille beaucoup, et que sa poitrine n’offre plus de signes d’oppression , on augmente la quantité de foin qui lui est accordée chaque jour, en portant insensiblement sa ration à dix livres, que l’on divise en deux repas; le reste de la journée, il est alimenté avec la paille de froment, dont la quantité varie suivant la corpulence du cheval, depuis dix jusqu’à quinze livres. La ration d’avoine doit être également proportionnée à son volume et au service plus ou moins fatigant dont il est chargé. Il ne faut pas oublier de donner, au moins deux fois par semaine, un repas de son mouillé, et encore mieux de farine d’orbe.

Lorsque le propriétaire ne peut se procurer de paille de froment, ce qui n’arrive que trop fréquemment , il y supplée par le mélange du vert et du fourrage sec pendant la belle saison , et il accorde, pendant l’hivei1, une certaine quantité de racines tuberculeuses ou pivotantes, pour corriger 1 influence nuisible que le foin exerce sur l’organe .pulmonaire.

Quand le cheval poussif au premier degré, et qui offre par conséquent l’espoir de guérison

ne peut pas être mis au vert, le vétérinaire doit alors apprécier la quantité de foin qui lui est accordée chaque jour, pour en diminuer la ration , et pour la réduire successivement à cinq ou six livres : il la fait remplacer par la paille de froment, comme il substitue peu-à-peu la farine d’orge à l’avoine. Quelques jours après , il pratique une première saignée de deux à quatre livres , et il cherche à rendre les évacuations alvines plus copieuses , en faisant manger au cheval du son cuit avec du miel , qu’il donne à la dose d’une livre par jour, et mêlé avec le double de son. Il fait donner cette masche à jeun ; il suit la marche que j’ai indiquée pour le cheval qui peut être mis au vert, en opérant les émissions sanguines à intervalles plus ou moins rapprochés, suivant la plénitude de l’artère et la force du pouls qu’il doit souvent interroger, et suivant le plus ou moins de régularité des mouvemens respiratoires. Quand il a atteint le but qu’il s’est proposé , il supprime les évacuations sanguines, il renonce à l’emploi du son cuit avec le miel , et il ramène graduellement le cheval au régime qu’il doit suivre pour suffire au travail qui lui est imposé, et pour que sa poitrine n’éprouve pas une seconde turgescence de ses capillaires sanguins.

Les vétérinaires ennemis de la polypharmacie, qui rejettent toutes ces formules monstrueuses et indigestes où s’allient des médicamens dont les vertus opposées se détruisent mutuellement, et qui repoussent toutes les subtilités scolastiques qui graduent à l’infini les nuances des maladies, ne seront pas surpris que j’aie réduit la pousse à sa véritable étiologie, et que j’aie autant simplifié son traitement. L’indication n’était-elle pas de désemplir les vaisseaux. du poumon et de favoriser la liberté du ventre, pour diminuer l’abondance des sucs, qui constitue l’état pléthorique ? Les saignées répétées, et le régime qui peut être varié suivant les localités, produisent des effets bien plus heureux que cette foule de remèdes contradictoires prescrits, jusqu’à ce jour, pour combattre cette lésion de l’organe pulmonaire.

Lorsque l'anévrysme du poumon a fait des progrès considérables, et que la pousse est parvenue à un tel degré, qu il n’y a plus de probabilité de guérison, le traitement que j’ai près» crit est infructueux : il faut se borner au régime basé sur la paille de froment, la farine d’orge, le son, l’avoine, et peu ou point de fourrage sec , ou sur l’amalgame de la nourriture verte et de la nourriture sèche, pour con-

server le cheval le plus long-temps possible»

Quoique la pousse ne soit plus curable , le vétérinaire doit cependant recourir à la saignée lorsque, par un travail forcé , une écurie trop chaude , une atmosphère brûlante et trop chargée d’électricité, la respiration devient si pénible, que la suffocation est à redouter. La saignée n’est alors que palliative ; mais elle est indispensable pour arrêter l’engorgement du poumon.

Il en est de la pousse comme des autres maladies qui tiennent à une lésion organique congénitale ou acquise : les vices de conformation naturelle et les lésions accidentelles des organes peuvent être légués par les étalons et les jumens à quelques-uns de leurs descendant : ils ont alors bien plus de tendance à contracter la maladie lorsqu’ils se trouvent dans des circonstances propres à aggraver la lésion originelle dont ils sont entachés, et à développer les symptômes que font naître les progrès successifs de cette altération organique, que ceux dont les organes sont sains et intacts.

Le cheval poussif, dont le poumon est variqueux et anévrysmatique, ne peut-il pas transmettre à ses enfans ce calibre augmenté du système vasculaire de cet organe , Je tempéra-

ment sanguin dont il est doué, le défaut de profondeur et de largeur du thorax par l’effet de la brièveté et du défaut de convexité des côtes, etc.? Les poulains qui ont reçu ce triste héritage n ont-ils pas une tendance plus directe à la pousse, que ceux dont la poitrine bien conformée et les poumons robustes sont plus longtemps en état de résister à faction des causes qui produisent la dilatation de leurs capillaires veineux et artériels?

Il faut éloigner des haras les étalons et les j umens poulinières qui sont atteints de la pousse, parce que le but de leur institution est de créer des chevaux robustes, et qu’il y a assez d’accidens qui viennent arrêter leur évolution, sans les causes prédisposantes que j’ai signalées.

On croit généralement , en Limousin, que les étalons poussifs donnent plus de poulains fluxionnaires que ceux dont la poitrine est intacte : cette opinion a besoin, pour être admise, d’être confirmée par beaucoup d’autres faits. Depuis vingt-cinq ans , j’ai vu que la fluxion périodique frappait indistinctement les chevaux issus de nos étalons, et qu’il y avait des années où cette maladie était très-rare, tandis que, dans d autres années, où la constitution atmosphérique présentait des variations Irès-remarqua-

bies, comme celle de 1822, où les chaleurs brûlantes ont été de si longue durée , la fluxion périodique avait exercé bien plus de ravages.

Quoique la pousse, en s’appuyant sur les principes qui président au classement des maladies rédhibitoires , ne doive pas être rangée dans cette catégorie, puisque ses symptômes sont assez apparens pour être saisis par l’œil de l’observateur, je crois cependant qu’elle ne doit pas en être distraite , parce qu’il vaut mieux fausser un principe que de laisser commettre de longues et de nombreuses injustices. Le vendeur, qui connaît depuis long-temps son cheval , et qui a un intérêt direct à dissimuler ses défauts, a trop d’avantage sur l’acheteur, pour que la loi, qui est rendue dans l’intérêt général de la société, ne fasse pas pencher la balance en faveur de ce dernier. Il est obligé, dans un examen rapide, de remarquer tous les défauts

du cheval qu’il veut acheter, pour ne pas être trompé dans son attente ; tandis que celui qui l’expose en vente emploie toutes les ressources de son esprit , toutes les ruses du métier pour distraire l’attention de l’acheteur, et diriger ses regards sur les parties saines et intactes , afin qu’il ne les fixe pas sur celles qui sont mal conformées ou altérées. En outre, il est certain

que la mise au vert diminue tellement le soubresaut qui coupe les mouvemens d’inspiration et d’expiration dans le cheval poussif, que ce contre-temps est très-difficilement apercevable, et que cette irrégularité de la respiration reparaît quelques jours après que l’animal est remis à l’usage du foin.

Il est certain encore que l’huile douce, combinée avec le miel ou le sucre et unie à une petite quantité de soufre sublimé , donnée à la dose d’une demi-bouteille , apaise l’agitation des flancs pendant quelques heures, et diminue beaucoup le double battement qui constitue la pousse, lorsque cette maladie n’a pas fait trop de progrès.

Il faut donc prémunir l’acheteur contre tous les moyens qui peuvent l’induire en erreur, et conserver la pousse parmi les maladies qm donnent lieu à la rescision de la vente, en fixant le délai qui doit être accordé pour que le vendeur ne soit pas dupe également de la mauvaise foi de l’acheteur. Je crois que le terme de neuf jours, qui a été fixé pour que l’action rédhibitoire puisse être intentée, est un délai suffisant pour la pousse, et qu’il ne doit pas outrepasser ce laps de temps.

En me livrant à tous ces développemens sur

ia pousse, je ne sais si je porterai dans l’esprit de mes lecteurs la conviction dont je suis imbu ; je me flatte, au moins, démériter, par mon zèle à concourir aux progrès de la médecine vétérinaire, l’approbation si flatteuse de la Société savante dont j’ai l’honneur d’être un des associés correspondans.

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