AVANTAGE UES EXTRAITS SECS SUR LES EXTRAITS MOUS
En offrant tous les extraits à l’état sec, mon but est de proposer qu’ils soient dorénavant tous préparés et employés de cette manière. Car a l’état sec les extraits ne laissent rien a désirer. En effet , dans cet état ils auront constamment le même degré d’action; ils ne se trouveront pas modifiés, comme ceux qui , étant en consistance pilulaire , ne peuvent être conservés que dans des pots où l’air, tantôt sec, tantôt humide, ne tarde pas a les altérer ; car un grand nombre de ces extraits se ramollissent et se décuisent en attirant l’humidité au point de devenir liquides : exemples , les extraits de ciguë , de jusquiame, de fumeterre, de chicorée, etc. D’autres au contraire se dessèchent plus que ne le comporte l’état pilulaire, après avoir subi une fermentation qui en change nécessairement la nature et les propriétés.
A l’état sec les extraits ne sont point exposés a ces graves inconvénients ; car , comme on peut les renfermer dans des vases transparens et faciles a boucher, il est toujours aisé de les surveiller et de les mettre a l’abri des variations de l’atmosphère, et des conséquences de ces variations.
On me dira sans doute que cette innovation présente plusieurs inconvénients : i 0 de changer les habitudes des médecins, en leur offrant des médicaments qui ont dû acquérir des propriétés plus énergiques ; 2° que ces extraits secs attirent l’humidité de l’air, si on ouvre trop souvent les vases qui les contiennent , aux parois desquels ils s'attachent , et d’où il est plus difficile de les détacher que lorsqu’ils sont dans des pots.
A la première objection je répondrai qu’excepté un petit nombre d’extraits qui s’administrent d’abord a la dose d’un demi-grain, ou d’un grain , tous les autres offrent une latitude
qui met le médecin à l’abri de toute inquiétude. La différence n’est pas d’ailleurs si grande ; car en général elle est entre et 6me, comme il sera facile de s’en convaincre parle tableau ci-joint , où j’ai établi aussi exactement que possible les rapports des extraits doués d’une certaine énergie à l’état pilulaire et a l'état sec.
Quant a la seconde objection , il ne me sera pas plus difficile d’y répondre qu’a la première. En effet , pour éviter qu’un extrait sec attire l’humidité , il suffira de diviser la quantité préparée , dans plusieurs petits bocaux que l’on fermera hermétiquement, et que l’on goudronnera bien. Le pharmacien les entamera l’un après l’autre pour le service journalier, ayant soin de bien reboucher le flacon aussitôt qu’il aura puisé la quantité d’extrait dont il avait besoin. Il sera impossible dans ces courts intervalles , que l’extrait ait le temps de puiser assez d’humidité pour s’altérer, avant que le flacon soit vide. Il faudra d’ailleurs choisir l’endroit le plus sec de l’officine pour le caser. (J’ai remarqué aussi que l’extrait entamé se conservait mieux quand on fermait le flacon avec un bouchon non garni de papier.)
Si on prend en considération la proposition que j’ai l’honneur de faire, de donner la préférence aux extraits secs, on ne verra plus les dissemblances qui s’observent tous les jours, quand plusieurs pharmaciens ont à exécuter la même ordonnance prescrivant, par exemple , des pilules avec un extrait. Si elle est exécutée par un pharmacien venant de préparer l’extrait en question , les pilules seront du poids voulu : si au contraire l’extrait est préparé depuis longtemps, et si c’est un de ceux qui attirent l’humidité , les pilules seront plus volumineuses, car l’extrait étant liquide ou trop mou pour être roulé, on est obligé d’y ajouter une quantité considérable de poudre inerte , pour lui redonner sa consistance , sans compter qu’en ne mettant que le poids juste, prescrit par l’ordonnance, le médicament n’aura pas la même valeur d’action.
De là cette différence de préparation , qui frappe le médecin et le malade.
Un autre avantage qu’ont les extraits secs sur les extraits mous, c’est qu’ils se prêtent plus facilement aux mélanges et aux dissolutions, parce qu’ils se réduisent facilement en poudre. S’il s’agit, par exemple, de préparer des pilules avec les extraits mous de chicorée, de rhubarbe , de séné et de jalap , croyezvous que cette piéparation sera aussi facile que si ces extraits étaient à l’état sec ? Non sans doute. Car l’extrait de jalap est plus souvent dur que mou, celui de chicorée, presque toujours liquide, ceux de séné et de rhubarbe , fermes et élastiques , différence de consistance qui exige beaucoup de temps et de peine, pour arriver au point d’avoir une masse homogène ; tandis qu’à l’état sec ces mêmes extraits , aisés à réduire en poudre, forment un mélange intime qu’on amène facilement à l’état pilulaire, au moyen de quelques gouttes d’eau ou de sirop.
Faut-il les dissoudre dans une potion, etc. En un instant un extrait sec est réduit en poudre, et dans cet état présentant toutes les faces au liquide il est bientôt dissous. Un extrait pilulaire au contraire s’attache avec force au pilon et au mortier, et ce n’est qu’à force de le détacher souvent a vec une spatule et après l avoir trituré longtemps , qu’on parvient à le dissoudre.
Je crois en avoir dit assez pour faire sentir les avantages que présenteraient les extraits en les établissant toujours à l’état sec. Egalité d’action, conservation et surveillance plus faciles, caractères plus tranchés ; car, dans cet état, beaucoup ont une couleur distinctive, tels sont les principaux avantages qui doivent faire préférer les extraits secs aux extraits mous.
Qu’il me soit encore permis de présenter une dernière considération qui m’a toujours frappé. Tous les pharmaciens savent très-bien qu’il est fort difficile, pour ne pas dire im-
possible de faire des extraits pilulaires parfaitement identiques. En effet, les moyens a employer pour reconnaître l’état de cuisson d’un extrait pilulaire consistent, 1° à frapper le dos de la main avec une spatule chargée d’extrait encore chaud, jusqu’à ce qu’il ne s’attache pas à la peau ; 2° à mettre de l’extrait chaud sur un morceau de papier brouillard et de regarder le côté opposé pour voir si l’humidité l’a traversé. Or, la valeur du premier moyen est subordonnée à la tem pérature des saisons ainsi qu’à la sécheresse de la peau de l’opérateur, et doit nécessairement varier. Quant à valeur du second moyen , elle est également subordonnée à la température des saisons, de plus, à la qualité du papier employé, et doit aussi être sujette à des variations. Donc dans la préparation des extraits pilulaires, les produits ne peuvent pas être toujours les mêmes.
Il est très-facile au contraire d’obtenir des extraits à l’état sec toujours identiques; car pour arriver à ce résultat, il suffit que les extraits que l’on prépare étant refroidis puissent être pulvérisés, temps de l’opération toujours facile à saisir.
Je ne pense pas que les extraits que je présente , ayant tous été évaporés au bain marie, aient pu subir quelque altération. Et s’il en est quelques-uns qui soient altérés, il ne faudrait point attribuer cette modification au passage de l’état pilulaire à l’état sec, car elle avait déjà lieu longtemps avant que l’extrait eût atteint le degré pilulaire , comme je le fais remarquer dans la description des extraits mucososucrés.
Au reste, ce que je propose n’est pas chose nouvelle. Plusieurs extraits sont employés à l’état sec , tels que l’extrait de quinquina, de ratanhia, de cachou, etc. , etc. J’ai même remarqué que lorsque les médecins faisaient usage d’un nouvel extrait, ils le faisaient établir à l’état sec; exemple : la thridace, l’extrait de grenadier, de racine de cahinça, etc., etc.
Ces messieurs étaient sans doute guidés par les considérations que j’ai développées.
Si, ayant égard à ces considérations, on daigne reconnaître que les extraits secs, préparés par la méthode de déplacement et évaporés au bain-marie, ont acquis une amélioration notable , et ont un avantage bien marqué sur les extraits pilulaires préparés par les anciennes méthodes, ces médicaments cesseront d’être en défaveur, et messieurs les médecins, forts de leur propre conviction , leur donneront la préférence. Désormais bien préparés, ces médicaments rendront entre leurs mains les plus importants services à la thérapeutique.
Les extraits aqueux j, a cause de leur grande solubilité , leur serviront pour une multitude de préparations, telles que tisanes extemporanées a froid, poudres composées, pastilles, pilules, potions, sirops, etc., etc.
Les extraits hydro-alcooliques conviendront mieux pour composer des pilules et des pastilles , parce qu’ils ne sont pas entièrement solubles dans l’eau. Si cependant on veut les employer en dissolution dans des potions , etc., etc. , ils auront soin de prescrire d’agiter la fiole chaque fois qu’on s’en servira.
Observations sur plusieurs nouveaux extraits dont je propose i adoption j et particularités qu ont présentées dans leur préparation quelques-uns de ceux déjà employés.