‹ Mémoire sur la production de l'or et de l'argentChapitre 3 sur 4 · TOTAL · texte numérisé non relu

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«Vous demandez combien l’on devrait ajouter à peu près annuellement, à cause de la contrebande, aux sommes que ce tableau produit. Une semblable évaluation serait difficile; mais je crois pouvoir vous dire , avec quelque assurance, qu’en aucune année la production de l’or ( l’exploitation ) n’a dépassé un million de dollars. La perte qu’occasionne la contrebande est d’autant plus faible que, d’après nos

* Né à Genève, mais établi aux États-Unis dès l’époque de la guerre de l’Indépendance, ministre des finances sous la brillante présidence de Jefiferson, puis ambassadeur à Paris, à Saint-Pétersbourg et à Londres.

- Ce tableau statistique se trouve également dans le livre éminemment instructif, intitulé : American Almanac and Hepository ofuseful Knowledge for 1838 (Boston, publ. by Ch. Bower), p. 131 ; ce petit ouvrage pourrait servir de modèle à baucoup de livres européens.

iols les |)liis récentes, l’or, dans son rapport à l’argent , est évalué à ‘2 pour 100 au-dessous de son prix ordinaire. D’après ces lois, ce rapport entre l’or et l’argent est comme 16 : 1. C’est pour cette raison que tout l’or produit par le pays rentre dans notre Hôtel des monnaies. En général les anciens lavoirs baissent, surtout dans la Caroline; néanmoins on découvre toujours de nouvelles veines riches en or, et l’exploitation des mines d’or proprement dites donne aussi de plus grandes espérances. »

A ces renseignements pleins d’intérêt, j’ajoute que les régions de l’Amérique se[)tenlrionale , qui renlerment de l’or, ont été visitées tout récemment par un Allemand très-expérimenté dans l’exploitation des mines, M. Charles Degenhardt (actuellement à Clausthal au Harz), et parM. Featherstonhaugh, qui a découvert de l’étain oxydé et du cinabre. Le gain et avec lui le goût que l’on avait pour l’extraction de l’or par le lavage et pour l’exploitation des mines d’or, ont baissé d’une manière rapide depuis 1835. Un pays qui, à côté d’une prospérité toujours croissante , jouit du bonheur de la plus grande liberté dans les relations, a des moyens plus sûrs pour rendre ses capitaux productifs; mais dans l’histoire du commerce monétaire, les masses métalliques arrachées au sein de la terre et mises en circulation, et le mouvement d’affluence et d’écoulement de ces masses en différentes directions, intéressent plus que l’avantage passager que procure l’exploitation des couches.

Les courants des métaux précieux ayant pour point de départ l’Asie et l’Amérique et venant s’écouler dans notre petit continent, et de ce dernier retournant en partie vers le pays où ils ont pris leurs sources, suivent, comme les liquides, les lois de l’équilibre. Les régions riches en or, mais peu connues des Européens, de l’intérieur de l’Asie et de l’Afrique, forment de petis bassins pour ainsi dire fermés, qui n’entrent que faiblement en relation avec les côtes et, par elles, avec le commerce général du monde. D’un autre côté, et sous l’inttuence de la civilisation occidentale, il y a un continuel mouvement de flux et de reflux depuis Nertschinsk, l’Altaï et l’Oural jusqu’en deçà de l’Océan atlantique sur les bords du Missouri. La valeur d’échange de ces métaux, qu’on les considère dans leur rapport l’un vis-à-vis de l’autre, ou comme mesure du prix des marchandises (prix des substances alimentaires et des objets fabriqués), n'est nullement déterminée uniquement et en général par l’accroissement ou la diminution de la production métallique : cette valeur d’échange, au milieu des institutions et des relations compliquées de la vie actuelle des peuples, est, je le répète, déterminée tout autant par l’accroissement ou la diminution de la population et ses progrès dans la civilisation, par le besoin d’un capital de circulation, besoin qui est dépendant de la population, par la nécessité fréquente d’envoyer des sommes considérables d’argent comptant et par la direction de ces envois, par l’inégalité du frai des deux métaux précieux, par la masse

de papier-monnaie faisant partie du capital en circulation. Une hausse de la valeur relative de l’or, vis-à-îvis de la valeur de l’argent, peut aussi bien avoir lieu pendant un accroissement général de la production de l’or, que l’abaissement passager du baromètre et une élévation croissante de température par un vent du nord-est. Dans les variations météorologiques de l’atmosphère, aussi bien que dans le commerce gé-^ aérai des métaux précieux, il y a beaucoup de causes de perturbation qui agissent simultanément. Le résultat de chaque cause prise isolément en tant qu’elle fait hausser ou baisser le prix, est susceptible d’être déterminé; mais ce qui ne l’est pas, au milieu de la quantité innombrable de perturbations qui s’ajoutent et s’accumulent, c’est la mesure des compensations partielles, c’est la nature et la mesure de l’elfet total.

Les augmentations de produit dont notre imagination est surprise disparaissent, pour ainsi dire, comme un infiniment petit dans la masse accumulée depuis des milliers d’années et que le commerce général entretient en circulation, soit qu’on la suppose réduite en monnaie ou convertie en objets d’orfèvrerie.

Chaque augmentation nouvelle agit, sans aucun doute, par une longue durée de temps ; mais, comme une population plus grande et d’une prospérité croissante a besoin aussi d’un capital en circulation plus considérable, il se peut que, malgré l’augmentation de la quantité du métal, il se produise, par suite de la division, une pénurie méallique sensible.

Avant les grandes découvertes des ftteé® d’or^u versant oriental de l’Oural, dont la véritable prospérité ne commença qu’en 1823 et 1824, la valeur d’échange de l’argent, par rapport à l’or, fut en moyenne, de 1818 à 1822, comme 1 : 15, 75; et pourtant, après la féconde exploitation de l’or de l’Oural, il ne tomba, pendant les cinq années 1830-1834, en moyenne, qu’à 1 : 15, 73 . Dans cet intervalle, comme je l’ai dit plus haut déjà, 1,294,000 marcs d’or avaient été monnayés en Angleterre pour rétablir l’échange au.moyen d’argent métallique. Quelle est maintenant la part qu’a eue à, cette variation de la valeur d’échange ‘ la diminution d’exportation des métaux précieux du nou-

* Je communique ici les résultats de soigneuses recherches que je dois à l’amilié d’un homme également expérimenté dans les questions de l’économie commerciale et politique. M. Joseph Mendelsohn a recueilli, à ma prière, les prix officiels de l’or et de l’or en barres (non monnayé) à Londres et à Hambourg de 1816 à 1837, et a calculé pour chaque année une moyenne. « A Londres, les rapports des métaux, troublés par une longue guerre, furent de 1816 à 1819 très-anormaux; en 1816, comme 1 : 15,800, et en, 1819, comme l : 14,975. Ce n’est qu’en l’an 1820 qu’une plus grande fermeté commence à se faire sentir à Londres dans ces rapports : les extrêmes furent 1825 et 1833, années pendant lesquelles les rapports furent !■ : 15,319 et 1 : 15,899. (Différence 7 et un demi-treizième). Il n’y eut pas de mouvement permanent de hausse ou de baisse. Sur le marché de Hambourg les fluctuations furent beaucoup plus faibles. Ce rapport y fut le plus élevé en 1821, le plus bas en 1817 : dans la première année comme 1 : 15,965 ; dans la seconde comme 1 ; 15,635. (Différence en vingt -un ans seulement 4 un tiers treizième). Mais le marche

veau continenl? H est à peine besoin de faire mention ici des lavoirs brésiliens, puisque dans ce temps ils fournirent à peine annuellement 1,700 marcs. Quand meme on accorderait que, dans les douze années qui sont les plus proclies de la première éruption de la révolution, la production en or de l’Amérique espagnole tomba au-dessous d’un tiers de ce qu’était à la dernière époque llorissante de l’exploitation (1800-1806) le rapport moyen; la perte pour l’importation, pendant les onze ans (1816-1827), ne s’élèverait pourtant qu’à 83,200 kilog. Mais , d’un autre côté, de 1823 àl827, l’Oural a déjà donné une compensation de 17,300 kilog. Pendant ces douze années donc, l’Europe n’a reçu que 286,000 marcs d’or, moins qu’ordinairement. J’ai choisi avec soin un exemple qui offrît des éléments numériques suffisamment sûrs. Le résultat trouvé, c’est qu’on a du se passer d’une masse d’or qui tient le milieu entre un quart et un cinquième de l’or monnayé pendant les douze ans à la 3Ionnaie de Londres. Si l’on considère la valeur d’échange des métaux précieux sans tenir compte des hasards purement locaux, par exemple, la valeur de l’or en barres à Hambourg, on n’y reconnaît, de 1816 à 1817, ni l’inlluence de l’exploitation asiatique, ni la diminution de production en or de l’Amérique espagnole.

Le maximum que la valeur d'échangede l’or atteignit en l’an 1827, s’est maintenu avec de faibles oscillations jusqu’en 1832. A cette époque, une baisse insensible, mais une baisse très-régulièrement progressive se fait remarquer. L’or russe sorti de la chaîne de l’Oural et de la Sibérie a produit une partie de cet effet, mais nous ne devons pas oublier que toute la production en or de la Russie, quelque impo.r-

de Hambourg est beaucoup plus propre à fournir une juste appréciation du rapport de la valeur d’échange des métaux.

A Londres, les prix de l’or non monnayé et de l’argent sont lotisdeux variables; l’un et l’autre sont négociés contre l’argent anglais monnayé ou contre le pa|)ier représentant cet argent. A Hambourg, au contraire, l’argent non monnayé n’a pas de prix variable; il est lui-même la mesure qui détermine tous les autres prix. Le marc Cn de Cologne à 27 3/; marc banko est la valeur dans laquelle toutes les marchandises, et par conséquent aussi l’argent monnayé, sont négociés et estimés. Les rapports des prix des deux métaux sont sujets à Londres à des influences fortuites doubles comparativement à Hambourg. Lorsqu’à Londres il faut acheter une quantité considérable d’argent contre de l’or , il faut que l’argent soit d’abord vendu, ce qui fait que ce prix de l’argent tombe un peu. Pour l’argent reçu, on achète de l’or, par suite l’or monte. Si une semblal)le opération est de quelque importance, le rapport de l’or vis-à-vis de l’argent est élevé doublement, l’or monte et l’argent baisse. Pour une opération toute semblable à Hambourg, il n’y a pas de vente d’argent : le prix de l’argent est invariable et la hausse de l’or |)roduite par la deniande, modifie seule le rapport. Voici quelques groupes particuliers d’années tirés du tableau des rapports de Hambourg, qui m’ont été communiqués par inoit ami:

tante qu’elle nous paraisse sous un autre point de vue, ne s’élève pourtant, de 1823 à 1837, qu’à 302,000 marcs, encore un dix-neuvième de moins que la plus faible exportation d’or de l’Amérique espagnole pendant l’intervalle qui s’écoule de 1816 à 1827.

Aujourd’hui même encore, dans la république du Mexique et de l’Amérique méridionale, l’exploitation minière de l’or s’est moins relevée que la production de l’argent. En outre, les États-Unis, à peine échappés à leurs grands embarras de finance et de banque, ont besoin de grandes quantités d’or qui leur sont envoyées d’Europe. C’est là un écoulement de l’or vers l’Occident qui, à côté de l’action continue de beaucoup d’autres causes, masque l’effet que nous sommes enclins à attribuer à l’accroissement de production de l’Asie. La cause principale du faible effet de l’exploitation de l’or de l’Oural et de l’Asie septentrionale se trouve, comme je l’ai déjà fait observer plusieurs fois, dans la faiblesse relative de l’importation, comparée à la masse déjà en circulation de métaux précieux. L’écoulement vers l’Asie, que j’ai eu occasion d’étudier ^ en autre lieu à différentes époques, est décidément en baisse. Pour l’année 1831, M. Jacob évaluait encore à deux millions de livres sterling la perte annuelle de la balance commerciale anglaise dans le commerce avec l’Asie, en passant autour du cap de Bonne-Espérance. Autant que je m’en souviens, c’était aussi là l’opinion du grand homme d’État, enlevé par une mort prématurée, M. Huskisson. Malgré le besoin si considérable de café, de thé, de sucre et de cacao, que le quinzième siècle ne connaissait pas, le commerce des épices est encore un objet très-considérable dans la balance passive du commerce de l’Europe. Dans les États composant l’Union douanière allemande, la consommation des épices est, d’après les recherches les plus récentes et tout à fait officielles , montée, pendant les années 1 834, 1835 et 1836, à une valeur de * :

2,426,000 thalers.

En France, la consommation n’a été, dans les mêmes années, que de :

* Sîir les quantités relatives de métaux précieux et réduits en objets d'orfèvrerie et sur les changements qu’éprouve l’accumulation des métaux précieux en Europe, clans la deuxième édition démon Essai polit. , t. III, p. 436-444- et p. 460-476. Une cUdense de mes Vîtes sur l’accumulation des métaux précieux , est contenue dans V Edimbourg Review, 1832, avril, p. 43-61.

^ PJeterici, Tableau statistique du commette dans V Association douanière, en 1838 , p. 187 à 194. Dans les trois premières années énoncées plus haut, la population des pays renfermés dans le Zollverein était de 23,478,000 habitants; mais, en l’an 1836 , elle fut de 25,148,000 habitants. La consommation des épices en France {Tableau décennal du commerce delà France, publié par radministralion des douanes, comprenant les années 1827-1836 ) est d’une infériorité frappante vis-à-vis de celle des Etats formant Zollverein. La consommation relative des deux nations [)rises isolément, que je mets sous les

, 5,4-76,000 (rancs.

Mais dans l’Europe entière, sur une population d’au moins 228 millions d’âmes, elle ne s’élève vraisemblablement pas à moins de 14 à 16 millions de thalers, somme dont la vanille, les noix muscades , les fleurs de muscadier, le poivre et la cannelle, absorbent presque les deux tiers. Quand on songe combien la somme de la valeur des épices,, par suite de la consommation actuelle de l’Europe, doit être grande comparativement à la somme autour de laquelle, à la fin du quinzième siècle, tournait pour ainsi dire la partie la plus importante du commerce international d’alors, on a ici un nouvel exemple remarquable de la puissance des métaux, quand ils exercent avec une force concentrée leur influence sur un étroit espace (alors les bords de la mer Méditerranée et l’Europe occidentale). Le commerce des épices donna lieu par hasard à la découverte du nouveau continent; il conduisit les Portugais autour de la pointe méridionale de l’Afrique vers l’Inde, comme il avait conduit jadis les Grecs et les Romains versTaprobane. Lorsque Christophe Colomb veut parvenir en orient par Voccident^ Paul Toscanelli, de Florence, lui écrit au 24 juin 1474 déjà : «Je me réjouis d’apprendre que vous nourrissez le grand et beau désir d’arriver par un chemin plus court au pays, onde nacen

yeux dans le tableau suivant, en francs et en kilogrammes pour la France, en thalers et en quintaux de Prusse pour les États allemands, jette quelque lumière sur la manière de vivre de deux peuples voisins.

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