‹ Mémoire sur la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de laChapitre 13 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Professions antérieures ; État-civil ; Proportion des filles naturelles et des femmes mariées ; Instruction.

Je résume, dans le présent chapitre, des résultats dont les éléments détaillés sont compris dans le rapport administratif de M. le (Ihef du Bureau des mœurs.

§ I. — Professions.

Sur 298 prostituées inscrites à Bordeaux, en 1859 et en

1860, on compte :

Dmaestiques^ ou filles ayant vécu en domesticité plus ou

moins longtemps avant l'inscription 119

Soit, 40 pour 100.

Filles vivant du travail de l'aiguille (couturières,

lingères, modistes, giletières, culottières, etc.) 111

Soit, 37 pour 100.

Blanchisseuses ou lisseuses 18

Soit, 6 pour 100.

Professions diverses (horlogères, brunisseuses de

porcelaine, chapelières, dentelières, caissières, etc.). 33

Artistes dramatiques 3

Marchandes de denrées 3

Agriculteurs 2

Sans profession 9

Total 298

Conclusion. — Ainsi, on peut affirmer qu'à Bordeaux la

domesticité ûgure en première ligne parmi les professions qui prédisposent à la prostitution (a) , ensuite vient le travail de l'aiguille ; la couture occupe en effet la majorité des ouvrières dans une ville où il existe très-peu de manufactures donnant du travail aux femmes.

§ II. — Proportion des Filles naturelles.

Parmi les 554 prostituées figurant à Bordeaux sur le registre de la police, au 1" janvier 1860, M. Vivie comptait 58 filles naturelles; soit, 10,46 pour 100.

(a) Ce fait a été fréquemment observé. Quelques moralistes se sont empressés d'en conclure que la séduction et le renvoi des servantes devenues mères, par des maîtres égoïstes et brutaux, est une des causes les plus puissantes de la prostitution.

Je nie l'importance de cette cause pour plusieurs raisons :

t" Parce que les filles qui se vouent à la domesticité ont très-souvent été séduites avant d'entrer en condition ;

2" Parce qu'il est impossible de savoir si les servantes n'appartiennent pas à des familles plus ou moins démoralisées ;

30 Parce que les prostituées offrant une proportion relativement faible de filles qui aient accouché â terme une fois ou plusieurs fois (37 pour 100. V. 2 Part. Chap. Vlll.), l'argument tiré de la séduction suivie de gestation et de renvoi perd sa valeur presque entière. En effet, sur 100 prostituées 40 ont été servantes, mais sur ces 40 servantes devenues prostituées, 1 i seulement ont accouché une fois ou plusieurs fois.

Ainsi^ les servantes ont souvent été déflorées dans leur village, avant d'entrer en condition, et c'est alors leur inconduite qui les oblige à quitter leur pays natal ; elles appartiennent souvent à des familles d'une moralité douteuse; enfin, elles ne figurent que pour 40 pour 100 dans le chiffre total des prostituées , et sur ces 40 , il n'en est que 44 qui aient accouché une fois ou plusieurs fois dans le cours de leur vie.

Je conclus que la séduction des servantes par leurs maîtres et leur renvoi lorsqu'elles sont devenues mères, n'est pas une cause puissante do prostitution.

Sur 536 filles inscrites, M. de Moulins a trouvé, au l*''^ juin 1860, 75 filles naturelles; soit, 14,17 pour 100.

M. Strolh, à Strasbourg, avait trouvé en 1854 , la proportion de 10 pour 100.

Enfin, dans le vaste tableau donné par Parent-Duchatelet (Ouv. cit.; t. I, p. 69.), on trouve 385 filles naturelles sur 3,667 prostituées; soit, 10,49 pour 100.

Selon M. Mathieu (V. Ann. du Bur. des long. 1861, p. 187.) la proportion des enfants naturels est, en France, de 1 pour 12,91 ; soit, 7,80 pour 100.

D'après ces données, Tinfluence de Tillégitimité de Torigine peut être à peu près exactement mesurée. Si elle était nulle, on trouverait 7,80 filles naturelles sur 100 prostituées, tandis qu'on en trouve 10,46, selon M. Vivie; 14,17, selon M. de Moulins 10, selon M. Strolh, et 10,49, selon Parent- Duchatelet.

La moyenne de ces quatre grandes observations amène 11,28; la différence entre ce chiffre et 7,80; soit, 3,48, représenterait la part d'influence qu'il faut attribuer à l'illégitimité de l'origine sur l'inscription de 100 prostituées (a).

§ III. — Proportion des femmes mariées.

Sur 298 prostituées inscrites à Bordeaux, en 1859 et en 1860, il y avait 22 femmes mariées; soit, 7,38 pour 100.

§ IV. — Instruction.

Sur 298 prostituées inscrites à Bordeaux, en 1859 et en 1860, 111 savaient lire et écrire; soit, 37,24 pour 100.

(a) Cependant, au \*^ août i862, M. de Moulins, ayant dépouillé avec le plus grand soin les extraits de naissance de 479 prostiluées inscrites, a trouvé Sl5 enfants d'hospices et 66 enfants de filles-mères ; ce qui, en admettant que tous les enfants d'hospices soient des enfants naturels, donnerait la proportion de 19 enfants naturels pour 400 prostituées.

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