‹ Mémoire sur la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de laChapitre 6 sur 56 · PROP · texte numérisé non relu

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un prince, un banquier: c'est son rêve; un négocia«t, un bourgeois : c'est encore très heureux ; un ouvrier, un goujat : pourquoi pas, s'il paie bien? Elle prendra môme mi escroc, un forçat libéré, un assassin; le plus affreux scélérat, s'il lui paie son loyer, s'il pourvoit à ses besoins, à ses fantaisies, aura pour elle toutes les vertus du plus honnête citoyen (14). Mais un amant trouvé dans un bal public, ou rencontré par hasard au théâtre, ou dans la rue, à qui Ton a fait comprendre, dès les premières faveurs, qu'on a son terme échu et qu'on a mis des effets au mont-de-piété, n'a jamais une oonstance bien durable. Plus les besoins sont pressants, plus les appels de fonds sont directs, plus on s'accorde aisément, moins l'amant nouveau s'astreint à des égards de politesse , moins il réprime sa brutalité virile. En même temps, la fille a perdu toute pudeur, elle s'est dégradée; expulsée des maisons habitées par les honnêtes gens, elle ne trouve plus à s'abriter que dans les garnis suspects, hantés déjà par les prostituées dont elle a contracté les habitudes. Désormais l'inscription n'est plus pour elle qu'une formaUté qui va la mettre à Tabri des poursuites de la police; elle est réduite à l'accepter sans répugnance, à la désirer; elle vient la demander ellemême (15). Souvent aussi la roule de la prostitution publi-

(14) (S. — Âurum spectato, non quao manus adferat auram. » (Prop. IV, 5, 53.) « — Regarde l'or et non la main qui le l'apporte. »

(15) «r Primum ha.-c pudice vitam parce ac duriter « Agebat, lana ac tela victnm quxrilans.

« Sed poslquam amans accessit, preliiim pollicens, tt Unus ilem et aller; ita ut ingenium est omnium «r Hominum ab labore proclive ad libidinem, « Accepil conditionem ; dein quœstum occipit » (Terent. Andria ; 74.)

« Dans les premiers temps, économe et sobre, elle menait une conduite exemplaire et ç^a-

que lui est frayée par les entremetteuses qui prélèvent un impôt sur la débauche en la favorisant , ou qui se chargent de recruter les maisons publiques moyennant salaire.

Bien des auteurs estimables ont tracé avant moi le profil de cette pente sur laquelle glissent dans la fange la plus abjecte un si grand nombre de malheureuses filles; mais beaucoup d'entre eux veulent rendre la société responsable des ignominieuses douleurs de la prostitution. Je crois cette opinion éminemment dangereuse, comme toutes celles qui sul3stituent raction.de la société au libre îirbitre de chacun, à Tinitialive, à la responsabilité individuelle.

La prostitution, qui a existé chez tous les peuples civilisés, a toujours été punie par un stygmate infamant ( 16). Nous la

gnait sa vie en fîtanl el tissant la laine. Mais un amant se présenta, pais un autre, promettant de l'argent. Comme la nature humaine est généralement disposée à préférer le plaisir au travail, elle accepta leurs propositions, et bientôt elle se mit à trafiquer de ses charmes. »

( 16 ) Ce qui- a induit en erreur quant à Finfamie attachée à la prostitution chtiz tous les peuples, c'est qu'on a appelé prostitution le sacri- 6ce personnel que, dans Fantiquilé payenne la plus reculée, les femmes devaient faire dans le temple d'Astarté pour célébrer certaines fêtes obscènes. L'abandon du corps dans de telles circonstances était une dépravation du sentiment religieux; ce n'était pas la prostitution proprement dite : « queo alit corpus corpore, » ( Plaut. mil. 785.) qui nourrit le corps par le corps. Cependant il y avait dans la ville de Sicca, près de Carthage, un temple consacré à Vénus d'où les femmes sortaient pour aller gagner leur dot en se prostituant :

« SiccsQ enim fanam est Veneris in qood se matrona3 conferebant, atque inde procedentes ad quaestom, dotes corporis injuria contrahebant. » (Val. Max. II, 6, 15.)

Ce fait pourrait être considéré comme une objection : il faut pourtant remarquer qu'il était local el exceptionnel , et que l'acquisition d'une dot ne constitue pas une profession.

Simonide, rival de Pindare, compte neuf espèces de femmes qu'il

voyons donc reconnue et tolérée, mais comme une lèpre incurable et maudite.

suppose créées avec les éléments du pourceau^ du renard, du chiens du singe, de la jument, du chat et de l'âne; c'était dans ces diversea espèces qu'il faUait chercher les hétaires. (V. P. Dcjfour , Hist. de la Prost. t. I,p. 267.)

Les hétaires célèbres : Neœra, Nicareta, Lais de Corinthe, Aspasie d'Athènes, etc., étaient des prostituées d'une classe supérieure ou des proxénètes, que la police grecque surveillait au même titre que les pornés ou prostituées de bas étage. Si elles ont joui d'une immense renommée et d'une sorte de considération, elles le devaient à la meryeilleuse beauté qu'elles avaient reçue des Dieux et aux irrésistibles séductions de leur esprit. Il ne faudrait pas juger de la condition sociale des prostituées grecques d'après ces exceptions brillantes. Les prostituées grecques étaient esclave é, et les femmes libres qui vivaient de la prostitution subissaient une déchéance qui les ravalait au rang des esclaves. (Lysias orat. I, IN Theomn. Cité par J. Rosenbadm ; Hist. de la Syph.,p. 70 )

Un fait singulier suffit pour faire comprendre qu'au milieu même de l'effroyable dissolution de leurs mœurs, les Romains, du temps de Tibère, ne laissaient pas de considérer la prostitution comme honteuse et ignoble. Lorsque Tibère inaugura la délation pour les accusations de lèsemajesté, le sénat fit un crini^e capital d'avoir porté de la monnaie ou un anneau à l'effigie de l'empereur Auguste dans les latrines ou dans un lieu de prostitution :

« Ut h»c quoqoe capitalia essent nummo vel annula effigiefn

impressam latrinae aut lupanari inlulisse. y> (Suet. Tib. 58.)

(V. aussi Plin., XXXIII, 12.)

Les proxénètes et les prostituées étaient déclarés infâmes. C^était une espèce de mort civile. (Noi. de Dubois in Maktial Panc&odckb, t. II, p. 403.)

Cependant les proxénètes pouvaient tester :

<( Testandi cum sil leaonibus alque ianislis 4 Liberlas. » (Juv. VI, 317.)

La conscience unanime de l'hiioiaiiité est la source pure et rédivive de tout droit et de toute justice; si elle condamne la prostitution de la femme et la punit par un inexorable mépris, c'est que la femme ne saurait échapper à l'obligation du travail. In laboribuscomedesmncHsdicbusvitœtuœ, (Gen. lU, 17.) ne s'adresse pas seulement à l'Iiomme, et si le travail entretient la vie matérielle, il sème aussi l'affranchissement et recueille le respect.

L'encombrement des ateliers industriels entraine l'abaissement des salaires et de cruelles difficultés pour les filles pauvres qui vieimeot chercher leur subsistance dans les villes, cela est vrai, mais c'est que les travaux des champs sont abandonnés comme trop pénibles, et qu'on trouve à la ville des plaisirs et des chances de fortune qu'on ne rencontre pas dans les campagnes (17).

f.eux qui s'efforcent d'exonérer les prostituées de la responsabilité de leur dégradation pour en charger la société, aggravent le mal en fournissant des arguments à la paresse, k l'amour désordonné du luxe , à la gourmandise , à l'imprévoyance (18).

< Tandu rine Las praiduèttw el les maïUeB d'ctciinu ont lu liberté de

17) I In bac habilaFse pUtea, dicUmi'it. Cbifiiilem, I Qus use inhODesU optiilL parera bic dtvitlas. I Puliiu quant lumttU in patnn jKmptT vivtrel. >■ (Ter

Les prostituées elles-mêmes n'ignorent pas qu'elles peuvent se régénérer par le travail, et celles qui viennent demander que leur nom soit rayé du fatal registre , commencent toujours par dire : « Je travaille, je vais en journée, je n'ai besoin de personne. »

Ah! si les réformateurs qui ont prêché le droit au travail et le droit à l'assistance, avaient employé leur éloquence à prêcher le droit à ne pas chômer le lundi , le devoir de ne pas se livrer dans les bals publics à des danses obscènes (19) , le devoir de se priver du luxe lorsqu'on ne gagne que le nécessaire (20) , ils auraient assurément contribué à diminuer le mal moral et matériel dans la société, et ils auraient attaqué la prostitution dans ses sources véritables.

<( Prodigue , la femme ne sent pas périr ses revenus. Elle puise , elle puise toujours dans le coiTre-fort, comme si les e<pèces y pullulaient et qu'il fôt intarissable ; elle jouit sans compter. »

(19) <c Nota bons sécréta De», quum tibia lumbos a Incitât, et cornu pariter vinoque feruntur

« Attonilœ, crinemque rotant ululante Priapo

«( Maenades. qnantus tune illis mentibus ardor

« Conçu litus ! Qus vox saltante libidine ! Quanlus

« llle meri veteris per crura madentia torrens ! » "(Juv. VI, 316.)

(( On connait les mystères de la bonne déesse : lorsque la flûte éveille de lubriques fureurs, lorsqu'enivrées par le vin et le bruit du clairon , les femmes s'élancent frappées de vertige et font voler leurs cheveux en tourbillon, elles entendent hurler Priape. alors, quelles fiireurs ! Quels désirs lascifs I Quels cris et quels bonds délirants ! Quel torrent de vin vieux ruisselé et les inonde I »

(20) <i Nec, Poil profecto quisquam sine grandi malo,

(( Prseqnam res patitnr studuit elegantix. » ( Plaut Merc. 33.)

(( Non, par PoUux I jamais, sans un résultat funeste, on ne poussa plus loin que la fortune «c le comporte, le goût de l'élégance. >

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