IX
En quelle forme peut être portée la décision ?
De tout ce que nous avons établi jusqu’ici résulte celte conclusion que l’immaculée Conception de la très sainte Vierge fait partie de la doctrine de l’Eglise catholique, en d’autres termes que l’Eglise catholique, en tant qu’Eglise catholique, . professe publiquement et solennellement la croyance à l’immaculée Conception; d’où il suit, ainsi que nous l’avons pareillement fait voir, que toute attaque à cette croyance serait Un outrage à l’Epouse de Jésus Christ, et mériterait, dès 5 présent, d’ètre notée d’une censure positive, au-dessous ^ néanmoins, de la note d 'hérésie.
Une décision qui consisterait simplement à déclarer que la Conception Immaculée de Marie fait partie de la doctrine de l’Eglise catholique serait sans doute accueillie avec joie dans touto la chrétienté, parce qu’elle serait un acte spécial et solennel de la croyance de l’Eglise sur ce point; mais celte décision ne ferait pas avancer la question, et ne répondrait pas aux instances qui ont été adressées au Siège Apostolique depuis plus de deux siècles. Elle n’aurait d’autre portée que de constater officiellement un fait dont personne ne peut plus douter aujourd’hui.
Ce que désire, ce qu’implore la société catholique tout entière, c’est de voir inscrite parmi les Vérités de la foi cette doctrine que l’Eglise a longuement pesée et reconnue, et en faveur de laquelle elle s’est déclarée, non seulement par voie de tolérance et de faveur, mais par la plus éclatante profession.
Nous l’avons élabli dès le commencement de ce Mémoire, l’immaculée Conception de Marie formant exception à un décret divin dont la généralité même est un point révélé, ne peut être affirmée par l’Eglise qu’aulant que cette seconde vérité appartient à l’ordre des faits, et un tel fait ne peut avoir été connu que par la révélation. Or, toute croyance révélée est susceptible d’être élevée à la classe des Vérités de foi. Ainsi donc, un décret divin manifesté aux hommes dans sa notion absolue; une exception, ou si l’on veut une dérogation à ce décret, reconnue admise et prêchée par l’Eglise; il faut de toute nécessité que cette exception, celte dérogation, repose sur un fondement erroné ou au moins gravement téméraire, ce qui est incompatible avec l’infaillibilité de l’Eglise; ou il faut convenir, que l’exception, la dérogation, est un fait divin. On doit comprendre qu’il ne peut plus être question de ménagements, aujourd’hui que l’Eglise en mille manières atteste sa croyance au Privilège de Marie.
Or, si l’exception, la dérogation au décret divin, existe, si, par là même, elle procède de l’autorité même qui a porté la loi, c’est-à-dire de l’autorité de Dieu, souverain maître de ses décrets, comment n’y aurait-il pas lieu d’y reconnaître l’élément nécessaire d’une décision en matière de foi catholique? Celui qui oserait le contester serait réduit à dire qu’il ne reconnaît
dans la croyance de l’Eglise sur ce point qu’un fait simplement
humain, un alliage sans garantie mêlé à la pure doctrine, une hardiesse pieuse, incompatible non seulement avec la gravité de cette Eglise, mais avec la réalité des promesses de Jésus- Christ. Tout cela eût pu se soutenir plus ou moins au xm* et au xiv* siècle, lorsque l’Eglise catholique n’avait pas encore adopté, comme Eglise, cette croyance; aujourd’hui, de telles
assertions ne sont plus possibles do la part d’un catholique.
■ Dire que l'immaculée Conception de Marie fait partie de ta doctrine de l’Église; c’est confesser tout au moins que celle croyance est une Venté ; mais de quel ordre peut être celte Vérité, si elle n’est pas de l’ordre divin? Qui a le droit, sur la terre, de donner comme une Vérité le fait d’une exception ou d’une dérogation à une loi divine, intimée comme absolue et universelle, si Dieu n’a parlé lui-même? Et si Dieu a parlé, comment peut-il se faire que le décret du péché originel soit une Vérité de foi, et que l’exception ne soit pas de nature à le devenir ?
Il ne nous parait pas possible d’échapper à celte conclusion ; C’est pourquoi nous pensons, à la suite de tant de théologiens qui ont examiné la définibililé 'de l’immaculée Conception, que la décision qui interviendra tôt ou tard aura pour but d’ihscrire la Conception Immaculée entre les Vérités de la Foi. L’Église a dû attendre le temps convenable pour se recueillir en elle-même, pour constater cet universel
accord qui est aujourd’hui la preuve que telle est la doctrine
de l'Eylise catholique ; le jugement, s’il a lieu, semble ne plus avoir d’autre but que de déclarer avec solennité que l’exception ou la dérogation faite en faveur de Mario au décret du péché originel doit-être crue et coofessée de la même foi avec laquelle on a toujours cru et confessé le décret lui-même* Les docteurs ont plus d’une fois examiné en quels termes il conviendrait que la définition fut portée. Elle pourrait être conçue sous la forme directe, sous la forme indirecte , ou sous la forme implicite. Les monuments ecclésiastiques offrent l’exemple des unes et des autres Sans prétendre blâmer la
liberté respectueuse dont de nombreux théologiens ont usé sur ce point, nous ne croyons pas devoir nous permettre d'entrer dans une discussion raisonnée sur une matière aussi délicate, persuadé à l’avance que l’Esprit-Saint assistera son Eglise d’une façon toute spéciale dans l’accomplissement d’une œuvre aussi importante. Nous nous bornerons donc à dire qu’il nous semble que, dans l’état présent des choses, la définition ne saurait être trop claire, trop directe, ni trop explicite, puisqu’elle serait rendue sur les demandes réitérées de la catholicité, et que d’ailleurs il s’agit d’expliquer par un acte solennel le fait éclatant de 1 adhésion que l’Eglise a expressément donnée à la doctrine de l’immaculée Conception.
Cesl maintenant aux enfants de l’Eglise de hûler, par leurs Vtieux et par leurs prières au ciel, lejour où cet oracle attendu depuis si long- temps viendra enfin consoler la chrétienté. Mais il est permis d’espérer que la terre n’aUendjra plus longtemps le jour du triomphe de la Mère de Dieu, triomphe glorieux à Marie, salutaire au genre humain, pacifique entre tous les triomphes ;
glorieux à Marie; car la foi divine nous enseignera alors que la nouvelle Eve n eut pas a envier à l ancienue celte pureté originelle dans laquelle furent créés nos premiers parents; car nous offrirons à notre grande Reine un trophée magnifique de tous les radieux symboles qui figuraient sa Conception Immaculée; « l’Arche de salut qui surnage toute « seule sur les eaux du déluge universel ; la blanche loison « rafraîchie par la rosée du ciel, tandis que la terre entière « demeure dans la sécheresse.; la Flamme que les grandes « eaux n’ont pu éteindre; le Lys qui fleurit entre les épines;
« le Jardin ferme au serpent infernal; la Fonlaine scellée, dont « rien ne troubla jamais la limpidité; la Maison du Seigneur, « sur laquelle ses yeux furent sans cesse ouverts, et dans « laquelle rien de souillé ne put jamais entrer (t); d
salutaire au genre humain; car il ne se peut que la terre envoie la louange à Marie, sans que celte Mère de miséricorde ne reconnaisse par de nouveaux bienfaits l’élan du cœur de ses enfants vers elle; surtout quand cette louange a pour but de glorifier en elle le don quelle estime le plus, l'Intégrité de l’âme, l’exemption de toute tache, la sainteté en un mot, par laquelle elle est le très pur Miroir de la Justice même de Dieu, spéculum justitiæ;
pacifique entre tous les triomphes; car l’erreur opposée au Privilège de Marie peut être frappée aujourd’hui, sans que personne se lève pour la défendre. Les Pasteurs des Eglises, leurs troupeaux tout entiers n’ont qu’un cri vers le Siège Apostolique pour solliciter la sentence; et ce n’est plus le temps d'employer celte maxime de saint Augustin : a Contre « tant de milliers d’Evêques auxquels, dans le monde entier, « celle erreur a déplu, on ne doit pas se mettre en peine de « l’autorité de cinquante ou soixante-dix ($). » Jamais aucun jugement apostolique ne fut plus assuré de la soumission universelle que celui qui, en promulguant la pureté de la Conception de Marie, proscrira parmi les erreurs contraires à la foi le sentiment qui livrait à l’ennemi de Dieu, ne fut ce que
pour un instant, celle qui devait être le Trône de la Sagesse mcrèée, sedes
(1) L’Avent Liturgique, pag. 368. ' 1 2 -
(2) Contra tôt millium Episcoporum quibus Hic crrdr in toto orbe dispiieuit, curanda non est auctoritas quiuquaginla vel septuaginta aliotcuu. Contra Cresconiùm , lib. ni, cap: ut.