‹ Mémoire sur la question de l'Immaculée Conception de la très sainte ViergeChapitre 4 sur 12 · SI · texte numérisé non relu

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fusé d’admettre,, dans leurs Bréviaires particuliers, cet Office dont l'apparente simplicité insinuait si clairement que la sainteté de la Conception de Marie a égalé la sainteté de sa Nativité. Bellarmin regardait le simple emploi de cet Office rendu obligatoire dans toute l’Eglise, comme équivalent à une définition. Voici ses paroles dans un Vote qu’il rendit, en présence de Paul V, à la Congrégation du Saint-Office : a Si, « dit-il, on ne juge pas à propos de donner pour le pré- « sent une définition formelle, on devrait au moins faire un a précepte à tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers, « de réciter l’Office de la Conception, tel que le récite l’Eglise; « car, de cette manière, on atteindrait le but, sans défini- « lion (4). »

Ce que le pieux et savant Cardinal désirait s’est accompli successivement. Grégoire XV abolit, comme on l’a vu, la Fêle et l’Office de la Sanctification de la sainte Vierge, et on dut leur substituer la Fête de la Conception, avec son Office calqué sur celui de la Nativité. Les Bréviaires de tout l'Occident, au XVII* siècle, en font foi. Quant à l’Ordre de saint Dominique, il reçut dans son Bréviaire la plus grande partie de cet Office, et entre autres les mots : Conceptionem dignissimam, et s’il n’admit encore ces autres paroles : Quicumque célébrant tuam sanclam Conceptionem qu’en retranchant le mol sanclam , il témoignait assez clairement que, dans son sentiment, proclamer sainte la Conception de Marie, c’était la même chose que la proclamer immaculée. Nous avons ra-

(1) Si non placet nunc ulla formalis deflnitio, saltem fleri deberet præceptum omnibus Ecclesiasticis sæcutaribus et regularibus, ut recitiirent Officium de Conceptione, quo modo récitât Ecclesia; sic enim sine dcflnitione baberetur intentura. Votunt Roberti Card. Bellarmini, 31 Augusti 1617.

Conté plus haut le grand exemple de respect pour la croyance universelle que ce saint Ordre vient de donner à l’Eglise. Il est donc permis de dire, puisque les exceptions sont à peine perceptibles, que le jour où le Pontife Romain a adressé à tous le3 Evêques du monde ses Lettres Apostoliques, comme préliminaires d’un Décret explicite et solennel en faveur de la Conception immaculée de Marie, toutes les Eglises, moralement parlant, confessaient déjà, dans ce témoignage liturgique reconnu par Bellarmin comme équivalent à une définition implicite, que cette Conception a été sainte et très digne.

Ainsi l’Eglise professe directement la doctrine favorable au privilège de Marie, par la voie de la Liturgie; nous ajouterons encore un fait qui, pour être moins éclatant, n’en est pas moins très significatif, dans sa nature toute officielle, en faveur de la pieuse doctrine.

Tout le monde sait que le grand Bellarmin, tout couvert des lauriers que lui avait mérités sa magnifique défense de la foi catholique dans les célèbres Controverses, ne dédaigna pas, à la prièrede Clément VIH, de composer un simple Catéchisme pour les enfants, sous le litre de Doctrine chrétienne . Ce précieux opuscule trop peu connu en France aujourd'hui, bien qu’il ait eu au moins deux éditions dans notre langue, fut approuvé par un Bref de Clément VIII, du 1 5 juillet 1598, « dans l’intention, dit le Pontife, que désormais une seule et « même méthode fût employée par tous, dans l’étude et l’on- « seignement de la Doctrine Chrétienne(l). » Le même Calé-

(1) üi postliac uuus idemque modus in doccndo ut discendo Doctriuam Christiauaw «b omnibus teaeretur. Bref de Clémeut VIII, Pastoralis Romani Pontifias.

chisrae recommandé encore dans un Bref d'Urbain VIU, du %î février 4 633, a été l'objet d'une Constitution spéciale de Benoît XIV, adressées tous les Patriarches, Primats, Archevêques et Evêques, sous la date du 7 février 4742, et dans laquelle le Pontife, rappelant les paroles de Clément VIII, exhorte avec les plus vives instances ses Frères dans l’Episcopat, à l'adopter pour l’enseignement de leurs peuples On ne saurait donc refuser à ce Catéchisme, publiéofficiellement dans toute l'Eglise, et répandu, moralement parlant, dans le monde catholique tout entier, comme le prouvent ses éditions italiennes, françaises (4), espagnoles, allemandes, suisses, fia-" mandes, anglaises, slavonnes, grecques modernes, arméniennes, arabes, etc., on ne saurait lui refuser, disons-nous, la valeur d’un document incontestable de la croyance de l’Eglise.

Or, voici ce qu’enseigne ce Catéchisme pour les enfants, le plus universel et le plus approuvé de tous. Sur cette question : « Que signifient ces paroles adressées à Marie : Pleine « de grâce? » — il répond : « Notre-Dame est pleine de grâce,

« parce quelle n’a jamais eu la tache d’aucun péché* ni ori- « ginel, ni actuel, ni mortel, ni véniel (2). »

Assurément, il ne se peut rien de plus explicite; or, ce livre étant un des moyens les plus approuvés et les plus efficaces

(I) Paris. Martin Duraml, 16Î9. Lyon, Crampon, 1630. Un des Statuts du Synode d’Avranches, tenu par l'Evêque François Péricard, enjoint à tous les curés, maîtres d’école et pères de famille, d'avoir ce Catéchisme que le prélat déclare avoir fait traduire en français. Dom Guill. Bessin. Concilia Normanniœ. part, n, pag. Î96.

(î) Che vuol dire piena di grazia ? — La Madonna è piena di grazia, perche essa non a mai avuto macchia di peccato veruno, ne originale, nè attuale, nè mortale, nè veniale. Dottrina Cristiana. Cap. V. Dichiarazione dell'Ave Maria.

de répandre renseignement de la doctrine chétienne dans la société oatholique, on pourrait donc soutenir, d'après ce seul fait, que l’Eglise, comme Eglise, professe la doctrine de l’Immaculée Conception.

Nous venons de voir, à l'instant, que la Liturgie universelle témoigne à sa manière de la croyance affirmative de toutes les Eglises sur ce point, tant par l'institution et la célébration d’une Fêle en l'honneur de la Conception de Marie, que par les propres paroles de l'Office en usage dans cette fêle. Interrogeant l’Eglise entière dans les diverses parties qui constituent son unité, le Siège Apostolique, I Episcopat, le Clergé du second Ordre et le peuple fidèle, auxquels nousavons adjoint les Docteurs et les Saints, il nousaété facile de constater non seulement l’unanimité morale sur la croyance à l’immaculée Conception, mais encore le plus imposant accord à parler et à agir d’après celte croyance. Nous pouvons dono conclure en toute sûreté, et avec la plus haute évidence, que l’Eglise professe de fait la doctrine de l’Immaoulée Conception de Marie.

Si cette croyance est fausse, dirons-nous pour la troisième fois, l’Eglise a professé et professe l’erreur; or, elle ne peut même pas la favoriser, elle ne peut même pas la tolérer, sans cesser d’être l’Eglise Tout catholique doit donc, par le seul fait d’une si évidente profession, considérer l'exemption du péché originel dans Marie comme une vérité irréfragable, et même ainsique nous l’avons fait voir comme une vérité révélée.

Conséquences pratiques des trois faits qui viennent d'être établis.

Le lecteur catholique doit maintenant conclure de tout ce que nous avons exposé que si, dans le passé, il a pu être libre aux enfants de l’Eglise de refuser leur assentiment intérieur à la doctrine de l'immaculée Conception, celte liberté n'est plus aussi complète aujourd’hui. Saint Bernard pouvait, au xu‘ siècle, en reprenant les chanoines de Lyon sur l’institution plus ou moins opportune de la Fête dans leur Eglise, exprimer un sentiment opposé au privilège de Marie; aujourd’hui, ce grand Docteur n'aurait plus le courage de soutenir les assertions que, dans son zèle pour l'intégrité du dogme du péché originel, il crut devoir énoncer. Non seulement les Constitutions Apostoliques, de Sixte IV à Alexandre VII, enchaîneraient sa plume; mais il verrait clairement que, s’élever aujourd'hui, ne fût-ce que dans le plus intime de la pensée, contre l'immaculée Conception, c’est déjà protester contre l'Eglise elle-même, l'accuser d’avoir trahi la cause de la foi.

Nous n’avons garde d’oublier que les décrets pontificaux dont nous parlons, frappent d’anathème quiconque se permettrait d’appliquer la note d'hérésie à la doctrine contraire; mais qu'il nous soit permis de faire observer que, depuis la Constitution d’Alexandre VII, l’assentiment de l'Eglise en faveur de l’immaculée Conception, s'est déclaré d'une manière bien autrement expresse qu’il n’avait paru jusqu’au temps de ce Pontife, et que la pratique de l'Eglise pourrait déjà suffire sur ce point, comme elle a suffi sur d’autres, à consa-

crer en dogme ce qui n’a pas été l'objet d’une définition juridique. Nous avons vu le sentiment de Bellarmin dans la Congrégation du Saint- Office en 1617, et celui de celle Congrégation elle même en 1Gî5, se réunir pour proclamer que, moyennant certains faits, il serait possible d’arriver insensiblement à une définition équivalente.

Notre intention n’est pas de préciser à quel degré cette définition pratique a conduit la question, jusqu’aux jours où nous sommes; il est clair pour tout le monde que le Siège Apostolique pose en ce moment les préliminaires d'une définition juridique; mais en attendant, nous maintenons que la liberté des fidèles n'est plus la même sur cette question qu’elle était au xu* siècle. Nous admettons assurément qu’il n’est pas permis d’infliger aux opposants la note d 'hérétique; mais en même temps, nous soutenons que leur sentiment ne pourrait plus être énoncé aujourd'hui sans mériter, outre la note de désobéissance au premier chef, celle de témérité.

On sait que la proposition téméi'aire est celle qui contredit le sentimentmoralementunanime des théologiens catholiques; or, nous avons vu que l'Ecole tout entière s’accorde à admettre le privilège de Marie; la doctrine opposée est donctéméraire. Il ne mènerait à rien de dire que le sentiment des Docteurs n’a pas toujours présenté cette unanimité; les Pères eux-mêmes dont le témoignage ne peut non plus être méprisé dans les questions de doctrine, sans que le contempteur n’encoure la note que nous venons de produire, sont loin de présenter toujours un accord absolu, particulièrement si on interroge ceux d'entre eux qui ont écrit avant que le sentiment de l’Eglise, sur tel ou tel point, se fût plus formellement déclaré.

Mais si le théologien est en droit d’appliquer aux adver-»

saires de l'immaculée Conception la note de témérité, par cela seul qu'ilss’opposenl à la doctrine générale de l'Ecole catholique; ces derniers n’en méritent- ils pas déjà une plus sévère (au dessous néanmoins de celle d'hérésie), en ce qu’ils accusent indirectement d’erreur l'Eglise elle-même qui, comme nous l’avons montré, ne se contente pas de tolérer et de favoriser la croyance au privilège de Marie, mais la professe expressément de toutes les manières. Il ne nous appartient pas de discuter ici quelle pourrait être cette note; il nous suffira d’avoir montré que l’immaculée Conception ne peut plus être innocemment l’objet d’une négation. Au reste, les auteurs qui, de nos jours, l’auraient combattue, sont rares, et il serait peut-être difficile de citer, parmi les contemporains, un autre nom que celui d’Hermès, auteur assez connu par les dangereuses erreurs de son système théologique, et par la condamnation solennelle qu’en a fait Grégoire XVI.

Ajoutons encore, pour rentrer dans les principes incontestables que nous avons posés en tête de ce Mémoire, que les ménagements observés parle Saint-Siège à l’égard des opposants, avant que l’Ecole de Saint-Thomas se fût rendue au sentiment commun, ménagements qui consistent à interdire l’application de la note d 'hérésie à la doctrine des adversaires de la pieuse croyance, pourraient être levés par la même autorité qui les a imposés aux théologiens. Dans l’état où est arrivée la cause, cette simple mesure, jointe à la profession patente et moralement unanime de l’Eglise, terminerait à elle seule toutes les questions. Il en serait alors du dogme de l’immaculée Conception comme il en est du dogme de la perpétuelle Virginité de Marie, lequel est arrivé au rang de Vérité

Catholique par la simple profession que l'Eglise en fait, depuis un grand nombre de siècles, dans la Liturgie.

Mais il y a tout lieu d'espérer que l’Eglise ne se bornera point à cette définition équipollente; mais quelle proclamera un jour, et peut-être bientôt, le privilège de la Reine des Anges, avec ces solennelles formalités qui n'ajoutent rien, sans doute, à la vérité révélée, mais n'en sont pas moins le plus imposant hommage que l'Eglise puisse rendre à celle Parole de Dieu qui est pour elle le principe de la lumière et de la vie.

S vi.

Sources de la doctrine de l'immaculée Conception de la très sainte Vierge.

Cette suprême sentence qui placera au rang des Vérités révélées l'immaculée Conception de la très sainte Vierge, devra, comme toute autre sentence, être appuyée sur des motifs juridiques L'Eglise aura-t elle beaucoup à faire pour rassembler ces motifs? La cause en offre-t-ello de suffisants pour légitimer un arrêt de cette nature? De semblables ques lions peuvent paraître oiseuses, après l'exposé que nous venons de faire; néanmoins, l'importance de la matière exige que nous y répondions catégoriquement.

Nous convenons d’abord que les saintes Ecritures ne présentent pas de textes dont on puisse dire qu'ils expriment clairement et directement l’exemption du péché originel en Marie. Les adversaires de cette doctrine ont même cherché des armes contre elle dans les livres sacrés; mais il est évident pour quiconque a pris la peine d’étudier sérieusement la question dans les auteurs qui l’ont traitée avec solidité,

que des réponses péremptoires ont été fournies à chacun de ces textes, et que la doclrine de l'ImmaculéeConception, loin de les contredire, se concilie parfaitement avec eux.

Les défenseurs de la pieuse croyance ont allégué à leur tour plusieurs passages des saintes Ecritures en faveur de leur Ihèse. Nous conviendrons volontiers que ces divers textes ne forment pas une démonstration évidente; mais il faut bien reconnaître aussi que si une définition favorable intervenait, le sens de ces textes serait désormais fixé, et ils acquerraient une valeur de preuve positive qui leur manque jusqu’à présent. 11 n'est pas besoin, sans doute, de démontrer que la succession des décisions de l'Eglise est le principal moyen de l'interprétation des Saintes Ecritures.

Si la Parole écrite n’appuie pas avec une entière évidence la réalité de l'immaculée Conception de Marie, nous accorderons encore que la Raison Théologique, dont l'office est de faire sortir par voie de déduction un dogme d'un autre dogme, n’arrive pas non plus à cette plénitude de démonstration qui, par une équation rigoureuse, équivaut pour le catholique à une décision de l'Eglise. Ainsi, avant la définition solennelle contre les Apollinaristes qui niaient l'âme de Jésus-Christ, tout catholique sensé devait faire un acte de foi sur la conclusion de ce raisonnement : « Dans le « Christ, la nature humaine a été complète et entière; or, « l'âme est essentielle à toute nature humaine entière et « complète; donc, le Christ, dans son humanité, a non seulea ment un corps, mais aussi une âme. »

Nous confessons, sans détour, que l’ImmaculéeConception ne se déduit pas dos dogmes révélés, avec celte évidence; au- Iremenlclleappartiendrait déjà directement à la foi catholique.

Nous irons même plus loin, nous conviendrons que, dans l’ordre rationel, celte doctrine n'est pas même l’objet d'une de ces conclusions qui, sans être juridiquement proclamées par l’Eglise, sont rangées au nombre des vérités Ihéologiques. Les arguments que l’Ecole nous fournit en faveur de la pieuse croyance sont nombreux et d’une grande beauté; ils renversent sans peine toutes les objections des adversaires; mais ils appartiennent à l'ordre de simple convenance; on ne saurait donc en déduire avec évidence la réalité d’un fait positif, d’une dérogation consentie par Dieu lui -même à une loi générale qu’il a posée, et que la révélation nous intime dans les termes les plus absolus.

Nous dirons néanmoins, au sujet des arguments théologiques en faveur de l’Immaoulée Conception , ce que nous avons dit à propos des textes de l’Ecriture allégués pour soutenir cette croyance : que leur valeur simplement relative aujourd’hui, s’élèvera jusqu’à la démonstration, lorsque la décision de l’Eglise sera venue projeter sa lumière sur l’objet de ces mêmes arguments. Le fait révélé étant devenu l’objet de la foi explicite de l'Eglise , la raison théologique se sentira ferme et assurée dans la voie des explications du fait lui-même. En vertu du même principe qui est applicable à toutes les thèses définies par l'Eglise, nous ajouterons que déjà les développements dont la doctrine de l'immaculée Conception a été l'objet jusqu’aujourd'hui, développements qui, comme nous l’avons vu, intéressent au plus haut degré l’infaillibilité môme de l'Eglise, en mettant cette vérité hors de tout doute pour le catholique, ont proportionnellement accru la valeur des arguments à l'aide desquels la thèse est démontrable en elle même.

Ces principes posés, nous avouons encore une fois que ni l’Ecriture, ni la Raison Théologique ne seront la source directe de la future décision. Où donc l’Eglise puisera-t-elle ses motifs de définir? Là même où elle a puisé les motifs d’un grand nombre de ses définitions antérieures : dans la Tradition qui, aussi bien que l’Ecriture, renferme la Parole révélée de Dieu; dans la Tradition de qui nous avons reçu l’Ecriture elle-même, et qui seule nous eu donne la clef.

Mais cette Tradition qui, au fond, n'est autre chose que l’Eglise elle-même croyanlet professant telle et telle doctrine, peut être considérée par le théologien en deux états différents. Ou l’on s’attache à la suivre depuis l’origine de l’Eglise à l’aide d’une chaîne de témoignages qui se succèdent de *

siècle en siècle; ou elle résulte du sentiment actuel de l’Eglise qui s’accorde tout entière dans la croyance et la profession d’une doctrine. Or, le sentiment favorable à l’immaculée Conception réunit en sa faveur le témoignage delà Tradition de l’Eglise considéré sous l’un et l’autre de ces deux rapports.

Quant au premier mode de constater la Tradition relativement à cette pieuse croyance, nous ne craignons pas d’affirmer qu'il lui est favorable dans une proportion égale à celle qui a été requise pour la définition d’un grand nombre de dogmes, et supérieure à celle qui a suffi pour la décision de plusieurs Vérités Catholiques. Mais, préalablement, il est nécessaire de poser ici quelques principes incontestables.

4°. Onnedoilpas se figurer les monuments qui constituent la Tradition successive comme un ensemble tellement complet, qu’il n’y ait pas une des Vérités professées par l’Eglise qui n’y rencontre, siècle par siècle, son expression évidente.

11 faudrait pour cela que chaque époque nous eût légué un

exposé officiel et complet de la foi qu'on y professait; or, la divine Providence n’a pas jugé à propos qu’il en fût ainsi. Elle a fait assez en nous donnant pour guide la sainte Eglise qui traverse les siècles, comme une colonne lumineuse, et qui, forte des promesses de Jésus-Christ, enseigne à chaque génération la vérité dont il l'a faite dépositaire; maiscette même Providence de Dieu a laissé périr un grand nombre de Traités et de Confessions de foi, appartenant surtout aux trois premiers siècles, et dont nous découvrons encore la trace, sans pouvoir absolument nous rendre compte de leur teneur.

C’est principalement à partir du iv' siècle, que les monuments deviennent plus abondants; mais le plus souvent les ouvrages des Pères sont des écrits polémiques contre les hérésies du temps. Les dogmes qu’ils ont à défendre s’y montrent, il est vrai, environnés d’une vive lumière ; mais pour l’ordinaire, il n’est parlé des autres points de la croyance que d’une manière succinle et en passant. Les six premiers siècles, si féconds en oeuvres palristiques, ne nous ont pas légué un seul exposé du dogme catholique que l’on puisse mettre en regard, non seulement du Catéchisme du Concile de Trente, mais même du traité De Fide orthodoxâ, que saint Jean Damascène résumait au viii' siècle. Si donc la théologie catholique est néanmoins parvenue à recueillir une assez belle série de témoignages de tous les siècles sur la plupart de nos dogmes, en rassemblant les sentences échappées çà et là aux saints Docteurs, dans leurs savantes discussions, homélies ou épîtres, on doit en conclure deux choses : la première, quecetle moisson serait bien autrement abondante si nous n’eussions perdu un nombre d’écrits de l’antiquité égal à celui qui nous est parvenu, et si les

Pères eussent, comme nous, senti le besoin de formuler des traités didactiques sur l’ensemble de la doctrine chrétienne; la seconde, que l'absence ou la rareté des témoignages de l’antiquité sur un point appuyé d’ailleurs par l'assentiment de l'Eglise, ne saurait autorisera dire que la doctrine qu’il a pour objet est nouvelle.

2°. Dans la recherche des témoignages de la Tradition sur un point de la doctrine catholique, il ne faut pas s'étonner de rencontrer dans les auteurs de divers siècles des passages contraires au sentiment qui a prévalu depuis, et est même devenu plus tard l’objet d’une définition de l'Eglise. La question n’étant pa3 suffisamment éclaircie, et pouvant être agitée contradictoirement, sans blesser les droits de la foi, ces divergences n’ont rien de surprenanten elles-mêmes, et ne sauraient faire aucun tort à la doctrine que l’Eglise a définie plus tard, lorsque peu à peu les contradictions ayant cessé, cette doctrine parut environnée de l'assentiment général.

3*. 11 importe de bien saisir le sens du célèbre axiôrae de saint Vincent de Lérins : Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus. Cette sentence exprime une vérité profonde, en ce qu'elle affirme que le dogme catholique se réduit à ce qui a été cru toujours, en tous lieux et par tous; mais pour quelle ail une acception complète, et pleinement orthodoxe, il faut l'entendre en ce sens, que le dogme catholique consiste en ce qui a été cru toujours, en tous lieux et par tous, soit explicitement, soit implicitement. Il faut de toute nécessité diviser les dogmes en deux classes; les premiers qui n’ont jamais pu être l'objet d’une discussion dans lasociélé chrétienne, la divinité de Jésus-Christ par exemple; les seconds sur lesquels il

a élé permis dedisculer, jusqu’à la sentencedéfiniloire, comme le Canon des livres sacrés, le nombre des Sacrements, etc. Les docteurs qui, antérieurement à la définition, ont soutenu le sentiment contraire à celui qui, plus tard, a été reconnu et proclamé comme faisant partie de la révélation divine, ont cru implicitement ce que nous croyons aujourd’hui; car leur intention était, avant tout, de s’en rapporter au jugement de l’Eglise qui n'était pas encore intervenu; leur volonté expresse était de recevoir comme inspirés tous les Livres qu’elle proclamerait pour tels, et de reconnaître comme véritables Sacrements ceux auxquels elle assignerait par une définition expresse, celte qualité.

Des trois observations qui précèdent nous conclurons d’abord :

1°. Que l’absence de témoignages favorables à l’immaculée Conception de la très sainte Vierge, dans les écrits qui nous restent des six premiers siècles, n’impliquerait pas, à elle seule, que cette doctrine eût élé inconnue dans l’Eglise, durant celte première période du christianisme.

2°. Que les témoignages contraires à la croyance de l’immaculée Conception qui se rencontreraient dans les écrits des six premiers siècles, ne pourraient en aucune manière être allégués comme fin de non recevoir, à l’égard de celte doctrine, s’il est évident d’ailleurs que l’Église, dans les âges suivants, a jugé celle même doctrine compatible avec l’ensemble de la révélation, et encore si au milieu de ces témoignages contraires, il est possible d’en produire une succession d’autres qui lui sont favorables.

3°. Que la foi à l’immaculée Conception, si elle est exigée plus tard de tous les fidèles par l’Église, aura été professée

implicitement, dans tous les siècles antérieurs, par la disposition générale où ont été, sans interruption, tous les catholiques, de croire sur la Mère de Dieu tout ce que l'Église infaillible a enseigné et enseignera jusqu'à la consommation des siècles.

Jetons maintenant un fcoùp-d’œil rapide Sur leS monuments de la Tradition antérieurs aux réclamations de saint Bernard contre les chanoines de Lyon, et voyons si la doctrine de l’immaculée Conception était inouïe dans l'Église, à l’époque où ce saint Docteur écrivit la fameuse Lettre ( H 40 ). Nous serions en droit de le compter déjà parmi * les partisans de la pieuse croyance, puisque nousavons constaté, sur ses propres aveux, que le seul fait de l'institution d’une fête en l’honneur de la Conception do la sainte Vierge, par l’autorité de l’Eglise Romaine, eût suffi pour le convaincre que la Conception de Marie a été aussi pure et aussi sainte que sa Nativité; mais nous voulons, pour le moment, le considérer, comme un adversaire dont il nous faut repousser les coups avec le bouclier de la Tradition des siècles qui l’ont précédé.

D’abord, en commençant par le douzième, lé siècle mérité de saint Bernard, on doit convenir que déjà la Péte dé la Conception de la sainte Vierge se célébrait dans plusieurs Églises de l’occident, avant que l’Église de Lyon eût songé à en enrichir son calendrier. En Angleterre, cette Fête avait commencé dès la fin du xp siècle qui l'avait vu instituer par saint Anselme ; les Églises de Normandie la célébraient déjà, par la même influence, et les plaintes de saint Bernard servent du moins à prouver qu'én solennisant une Fête en l'honneur dè l’immaculée Conception, on entendait exprimer

que la sainle Vierge avait été conçue sans le péché originel. Ce sentiment se trouve rendu, en propres termes, dans les écrits de Hervé, moine de Dol, qui écrivait vers H 30 son commentaire sur les Epllrcs de saint Paul, où on lit ces paroles : « Tous les hommes, si l’on en excepte la Mcre de DieUf a sont morts après avoir contracté lo péché, soit originel, « soit volontaire (t). » Et ailleurs : « Marie, issue d'Adam, « a subi la mort, à cause du péché, bien qu’elle en ait été di- « vinement exemptée; mais le Seigneur issu de Marie, selon « la chair, a subi la mort pour effacer le péché (i). »

Le pieux Adam de Saint-Victor composait, pour l’Eglise de Paris, ses admirables proses, dans le temps même où saint Bernard écrivait sa lettre, et il chantait ainsi le privilège de Marie. S’adressant à la Vierge immaculée, il disait : « Salut, < Mère auguste du Verbe; fleur qui sors des épines, mais qui « ne connais pas d'épines; fleur, la gloire du buisson. Le « buisson, c'csl nous; nous que l’épine du péché a ensano glantés; toi, ô Marie, lu ignores cette épine (3). » Descendant ensuite au xi* siècle, nous rencontrons saint

(1) Omncs itaque mortui sunt in peccatis, ncminc prorsus excepto, dempta Matre Dei, sivc originalibus sivc etiam voluntatc ailditis. In //. Bpist. ad Cor. cap. V, 14.

(1) Maria ex Adam, mortua propter peccatum, nisi divinitus exempta fuisset ; et caro Domini ex Maria, raortua propter delenda peccata. In Epist i ad Rom. cap. VIII, 1.

(8) Salve Verbi sacra Parens,

Ftos de spinis, spiua carcus,

Flos, spincti gtoria.

Nos spinetum, nos pcccati,

Spiua sunius cruentati,

Sed tu spinse nescia.

In Asiumptiont B. Mariai Virgims, apud Clichtoveum, et dans les Missels romains-français du XIV* au xvi* siècles.

Anselme qui pose, snr la sainteté de la Mère de Dieu, ce fâmeux axiôme que nul catholique ne saurait contester, et qui contient implicitement toute la doctrine de l'immaculée Conception : « Il était juste quelle fût ornée d’une pureté aà- « dessus de laquelle on n'en pût concevoir de plhs grande que « celle de Dieu même , cette Vierge à qui Dieu le Père devait « donner son Fils d’une manière si particulière, que ce Fils « deviendrait par nature le Fils commun et unique de Dieu le « Père eide la Vierge; celte Vierge que le Fils devait élire pour b en faire substantiellement sa Mère, et du sein de laquelle l’Es- « prit-Saint voulait opérer la conception et la naissance de « celui dont il procédait lui-même (t). » Il est vrai que l’on peut citer deux passages du même saint Docteur dans lesquels il affirme que Marie a été conçue avec le péché originel; mais l’axiôme n'en demeure pas moins dans toute sa force, au point que saint Thomas lui- même, dans son Commentaire sur les Sentences, est amené, en vertu de cet aphorisme qu’il admet comme fondamental, à conclure l’exemption du péché originel, aussi bien que du péché actuel dans la Vierge (î).

Le vénérable Hildebert, Evêque du Mans, puis Archevêque de Tours, contemporain de saint Anselme, professe clairement l’exemption du péché originel en Marie, dans ces paroles de son troisième sermon sur l’Assomption de la Vierge.

(1) Decenserat nt ea puritatc qua major sut» Dco fiequil intelligi, Virgn itta niterct, cui Dcus Pater unicum Filiutn suum quem île corde suo æqualem sibi genitum tamquam seipsum diligebat, ita darc disponebat, ut natnralitcr esset unus idemque communis Dci Patris et Yirginis filius; et quam ipse Filius substantiaiiter faccrc sibi Matrcm eligebat; et de qua Spiritus sanctus volcbat, et operattis crat, ut cnnciperctur et nascerctur Illud de qun ipse procedebat. 7)e Coneeptu Virginn/i, cap. XVIII.

(2) In Sentent. lib. I. dist. XLIV, quæst. i, art. 3.

Sur ce texte du cantique : Videte Regem Salomonem in diode mule quo coronavit eum Mater sua, il dit : « C’est avec rai- « son quo l’on dit que Marie a couronné son Fils; car elle ne « l’a pas conçu de l'arbre de la concupiscence, elle ne l’a pas a déshonoré par le péché originel, comme font, pour leurs « enfants, les autres femmes; mais immaculée, et intacte,

« exemple de tout péché , elle a mis au jour le Saint des « saints (t). »

Saint Bruno d’Asti, Evêque de Segni, dans son commentaire sur les Psaumes, que l'on attribue aussi à saint Bruno, fondateur des Chartreux, qui florissait comme ce saint Prélat, vers la fin du xi* siècle, s’exprime ainsi : « Du haut du « ciel, le Seigneur a abaissé ses regards sur la torre, lorsqu’il « est descendu de sa royale demeure dans le sein de la « Vierge. Marie est cette terre non souillée que le Seigneur a « bénie; sa bénédiction l'a affranchie de la contagion du pènché[î). » Celle comparaison de Marie avec la terre, avant que celle ci eût reçu la malédiction de Dieu, est le type le plus ancien delà Conception Immaculée; nous le rencontrerons plus d’une fois, en remontant le cours des âges

Au milieu du xi* siècle, saint Pierre Damien édifiait et éclairait l’Eglise par sa doctrine. Voici comment il s'exprimait sur la prérogative de la Mère de Dieu : « La chair de la

(1) Et licnc (licitur coronassc, quia non de arbore libidinit, nec peccato originali, sicut aliæ soient, deturpavit eum, eut deshouestavit. sed inunaculata et intacta, et iinmunis ab oinui peccato Sanctum Sanctoruni edidit. Hildeberti Ol/p. pag. 537.

(2) Dominus de cœlo in terram aspexit, dum de rcgalibns sedibus in uterum Virginia venit. Ilæc est cnim incorrupta terra ilia, cui bonedisit Dominus, ab onnii propterea peccati contngioue libéra. In Psahn., cap. I.

# Vierge, issue d’Adam, n’a cependant pas conl raclé les la- « ches d’Adam (4). » Ailleurs, il dit : « La branche deJessé « sort du tronc tortueux du genre humain; elle s’élance, a haute et droite, de l’arbre des palriarches; mais il n'y a pas « de nœud en elle, les ténèbres de sa race lui sonL inconnues, « il n’y a rien en elle qui ne porte son fruit (2). »

Quarante ans avant saint Pierre Damien, le pieux Fulbert de Chartres, célébrant l’instant où Marie fut conçue, épanchait ainsi son admiration : « Quelle a dû être la vigilance « des saints Anges sur les parents de Marie si agréables à b Dieu, dans ce moment où elle commençait d'être ! Comme b ils ont dû veiller sur un si auguste rejeton 1 Pourrait-on a croire que l’Esprit saint n’eût pas protégé cette auguste b enfant, lui qui devait, plus tard, la couvrir de l’ombre de a sa poissante vertu (3) ? »

Le x' siècle est, comme l’on sait, peu fécond en docteurs et en écrivains ecclésiastiques; mais nous n’en sommes pas moins en mesure de prouver qu’il a connu et estimé la pieuse croyance que les siècles précédents lui avaient transmise. En effet, la fête de la Conception de la Sainte-Vierge se célébrait, par continuation, non seulement dans l’Eglise Grecque, au sein de laquelle elle était reconnue depuis long-temps, mais

(1) Caro Virginia ex Adam aasumpta maculas Adæ non admisit. Serino in Assumplione B. Virginis, opp., tom. II, pag. 205.

(2) Germinal igitur virga Jessc de tortuosa radiée gcncris ltumnni, et de patriarcharum arbore in altitudinem et rectitudincm erumpens, omncin ignorai nodositatcin, tilinrum tenebras nescit, infructuoaa quoique non habet. Sermo de Annuntialione B. M. V. Ibid. pag. 51.

(3) Quanta putainus provisio fuerit sanctorum Angelorum circa tam Deo gratissimos parentes ab initio suæ procrcntionis, et cxcubatio super tain insignem sobolem? Numquid abfuisse credendus est Spiritus Sanctus ab ista eximia puella, qunm sua obumbrare dispouebut virtute? Sermo in ortu nlmæ Virginis Mariai. Biblioth. Ma.r. Patrum, t. XVIU, p. 40.

encore dans une illustre église d'Italie, oomme nous le ferons voir au siècle précédent.

Toutefois, pour ne pas laisser celle période sans fournirau moins un texte précis qui retrace la doctrine de l’immaculée Conception, nous citerons un passage d'une hymne de la Liturgie Melchite, composée, vers 980, par Jean le-Géomêtre, l’un des principaux bymnographes de l’Eglise de Constantinople. Ayant à célébrer l’Assomption du corps de Marie dans le8cieux,il parle ainsi : a O Vierge exempte de notre commun « péché, réjouissez-vous; votre corps est enlevé au plus haut « des deux. Vous qui, affranchie de la tache du premier a père, avez donné au Christ un corps mortel, réjouissez- « vous (4). »

Parvenus au ix» siècle, nous rencontrons pour témoin de la pieuse croyance, lecélèbre Calendrier de l’Eglise de Naples, gravé sur le marbre à cette époque, et présentant la fête de la Conception de la Sainte-Vierge, CONCEPTIO SANCTÆ MARIÆ V1RG1N1S, fixée au 9 déoembre, selon l’usage de l’EgliseGrecquea laquelleelle parait avoir été empruntée(i).

George, Evêque de Nicomédie, écrivait vers la fin de ce siècle, en 880, son sermon sur la Conception de la Sainte- Vierge. Il y parle ainsi : « La fête d’aujourd’hui précède toutes « les autres solennités, même les plus illustres, par la nature

(1) Gaude concrcluin sublimi corpus Olympo,

Et vitii nostri criminc, Virgo carcns.

Garnie, quæ Cliristo corpus mortale dedisti;

Gaude primævi libéra labr patris.

Hymn. III. In Ii. Dei Genitricem. liiblioth. Maxima Patrum, tonie XXVII, page 472.

(i) Voir les savants commentaires de ce précieux monument, par Mazzoebi et par Sabbatini.

a des prodiges qu'elle a vu s'opérer; elle est pour (ouïes les « autres le fondement et la base des mystères qui s’y sont « accomplis; il e3t donc juste que nous la célébrions avec « une joie particulière, comme le principe et la cause de tous « les biens (l ). »

Vers 844, saint Paschase Ratbcrt, abbé de Corbie, avait dit, dans son traité de la Virginité et de l’Enfantement de la Vierge : a Si Marie n'a pas été rendue sainte et pure par l’Es- « prit-Saint, comment sa chair ne serait-elle pas une chair de « péché? Et si sa chair procède de la masse infectée par la « première prévarication, comment le Christ, Verbe fait chair, « a-t-il été sans péché, lui qui aurait pris sa chair dans une « chair de péché (ï) ?

On rapporte à ce même siècle le sermon d'un certain Docteur, désigné sous le nom de Sophrone, et môme sous celui de Jérôme, ce qui a fait long-temps attribuer cet opuscule au saint Docteur de Bethtléem. Il a pour objet de célébrer l’Assomption de Marie, et on y lit ces paroles : « La Vierge était « éclatante de blancheur par ses mérites et ses vertus, plus

(1) Cum itaquc liodierna festivitas illustrioribus omnibus solcmuitatibus, miraculorum in ipsa consummatorum rationc, pnrcat; iisquc cou fundnmcntum quoddam, accrepido suppnsita, quidquid in illis sacramentorum dispensatum est, pro fuudamenti rationc in sccolligat; paromniuo est, ut tamquam principio et causæ univcrsorum bnnorum, vcncrationem ei adhibcainus, iinpeusiorique cam gaudio celcbrcmus. IUblioth. Mox. Patrum, tome XII, page 695.

(?) Si non eodcm Spiritu sanctificata est et emundata (Maria), quomodo non cjus caro, non caro peccati fuit? Et si caro cjus de massa primæ prævaricationis vcnit, quomodo Christus Vcrbum caro sine peccato fuit, qui de carne peccati carncm nssumpsit. Bibl. Max. Patrum, tome XII, page 566, sous le nom de saint Ildcfonse, auquel cet ouvrage a pté long-temps attribué.

« pure que la neige par l'éclat des dons de l’Esprit saint, « enfin immaculée, parce qu'ellene connut en rien la souil- « lure (4). a

Le vin* siècle, à lui seul plus abondant en écrivains que les deux suivants, présente aussi un plus grand nombre de témoignages. Nous y trouvons d'abord la lettre synodale de Théodore, patriarche de Jérusalem, qui fut approuvée, d'un consentement unanime, par le septième Concile Général, deuxième de Nicée, et dans laquelle ce prélat enseigne formellement que Marie est sortie des mains de Dieu dans un étal de perfection supérieure. a Elle est véritablement la Mère « de Dieu, dit-il, vierge avant et après l’enfantemeut, et elle a a été créée dans un état plus sublime de gloire et de splen- « deur que toutes les natures intelligibles et sensibles (2). »

Douze ans plus tard, en 794, le Concile de Francfort exprimait, sous une autre forme, la môme doctrine, et comparait à son tour la future Mère de Dieu, à la terre exempte de malédiction. Réfutant l’hérésie de Félix d’Urgel, qui no voyait dans le Christ qu'un homme, simple fils adoptif de Dieu, les Pères du Concile s’exprimaient ainsi : «Dites-nous: Adam, le « premier porc du genre humain, qui a été formé de la terre « encore vierge, a-t-il été créé libre, ou esclave? Esclave ;

« comment serait-il l’image de Dieu ? Libre : pourquoi le «Christ, formé de la Vierge, ne serait-il pas libre aussi ?

(4} Erat cnim candidats multis meritorum virtutibus et dcalbata, nivc candidior Spiritus Saucti rauueribus, et idco immaculata, quia in nullo corrupta. Inter opéra S. Uieronymi , tome XI, page 100.

(î) Quæ verc Dei Mater est, ante partum et post partum Virgo, atque ornais intelligibitis ac sensibilis naturæ gloria et elaritate crcata sublituior. Labi, Concil., tome VII, page 182,

« Meilleure fut la terre, terre animée et immaculée, de lait quelle il s'est fait homme, par l’opération de l’Esprit a saint (<}. »

Le savant Paul Diacre, moine du Monl-Cassin, qui (tarissait en 774, célébra dans une hymne élégante le privilège de Marie : « Ayant aspiré les poisons du serpent ennemi, « le père des humains tomba dans la mort; le virus qui l’a- « vait atteint a infecté sa race tout entière et l’a frappée d’une « plaie profonde. Mais le Créateur, ému de compassion et « contemplant du haut du ciel le sein de la Vierge, exempt « de cette souillure, veut s’en servir pour donner au monde « languissant sous le poids du péché, lesjoies du salut (2). »

Le même auteur composa, comme l’on sait, à la prière de Charlemagne dont il avait été le secrétaire, un Homiliaire, recueil de sermons des saints Pères ou auteurs ecclésiastiques destinés à être lus dans les Offices divins. Parmi ces discours, s’en trouvait un que quelques critiques ont attribué à Alcuin, contemporain de Paul Diacre, et que, dans

(t) Sed et hoc volumus a vobis audire, an Adam primus liumani gcueris paler, qui de terra Virgine creatus est, liber esset conditus, sive servus? Si servus, quomodo tune imago Dei ? Si liber, quare et Christus quoque non ingenuus de Virgine? Meliore quidem terra, etiam animata et immaculata, Spiritu sancto opérante factus est hoino. Labb. Concil. tora. VII, page 1041.

(1) Hausto maligni primus ut occidit Virus Chelydri terrigenum parens Hinc Iapsa pestis per genus irrepens Cunctum profundo vulnere percutit.

Rerum miserons sed Sator, inscia Cernons piacli viscera Yirginis,

His ferre raortis crimina languido Mandat salutis gaudia sæculo.

Cité d’après le manuscrit, par Don J. B. Federici, dans son ouvrage intitulé : La InunaculataConcezione délia B. Virgine Maria. Naples, 1792.

lous les cas, on ne saurait reculer au delà du vin* siècle. Dans ce sermon sur la Nativité de la Sainte Vierge, on lit ces paroles : « Vous avez été l'aurore, ô Marie ! Le Soleil de justice « qui devait procéder de vous, voulant annoncer son lever « par une splendeur matinale, a versé en vous avec abon- « dance les rayons de sa lumière, qui ont mis en fuite les « puissances de ténèbres que la faute d’Eve avait déchaînées, a Vous êtes belle comme la lune, plus belle même que cet « astre; car vous ôtes toute belle, et il n'y a en vous ni tache, « ni ombre de changement (t). »

Dans la première moitié du siècle, vers 730, saint Jean Damascène professait aussi la pieuse croyance sur la Conception de la Vierge. Ayant à expliquer les raisons pour lesquelles Marie naquit d’une mère jusqu’alors stérile, il dit entre autres choses : « Je puis encore donner une nouvelle raison, a plus profonde et plus divine. C’est que la nature y a cédé « la place à la grâce; elle était là tremblante et incapable d’ac- « complir un tel œuvre. C’était une Vierge Mère d’un Dieu o qui devait naître d’Anne; la nature n’osa prendre les dea vanls sur l'opération de la grâce; elle attendit dans le repos a que la grâce eût produit son fruit (2). »

(1) Et rectc quidem auront! implesti officium : ipso enim sol justitiæ de to processurus, ortum suum quadam matutina irradiationc præveniens, in te liicis suæ radios copiose transfudit, quibus potestates tenebrarum

quas Eva induxerat, in fugam convertit Tu pulchra es, et macula

non est in te, neque vicissitudinis obuffibratio. Serin, de B. Virginie Nativitate.

(2) Cæterum alia quoque altior diviniorque ratio a me alTerri potest. Natura enim gratiæ codit, statquc tremula, pergerc non sustinens. Quoniam itaque futurum erat, ut Dei Gcnitrix Virgo ex Anna nasccrelur, natura gratiæ germon antevertere non ausa est; sctl mansit fructus expers, dum gratia fructum ederet. In Nativit. B. Marice Virginie, homil. 1, Opp., tom. II, pag. 84Î.

Ailleurs, le pieux el éloquent auleur s’exprimait ainsi : « Ce paradis, dit-il, en parlant de la Vierge, a été conslam- « ment fermé au serpent qui, allumant en nous le désir trom- « peur d’être comme des dieux, nous a rendus semblables à « des animaux saus raison. Le Fils unique de Dieu, étant « Dieu et de la même substance que son Père, s’est formé « lui-même, comme homme, de cette terre vierge et pure (t). » Les comparaisons que saint Jean Damascéne emprunte à 1 Ancien Testament pour les appliquer à Marie, ne sont pas moins significatives. « Salut, lui dit-il , vous qui êtes ce « buisson qu'un prodige maintenait en même temps que le « feu ; vous avez été inaccessible au péché, qui n'a pu vous a atteindre, de même qu’un mortel n’eût pu toucher cet ar- « buste (3). Salut, bois incorruptible, car le ver corrupteur « du péché ne vous a pas atteinte; en vous, a été érigé à Dieu « un autel spirituel, non à l'aide d'un bois incorruptible, « mais dans votre sein très pur (3). »

Avant saint Jean Damascéne, dans les premières années du même siècle, saint Germain, patriarche de Constantinople, saluait Marie comme l’œuvre directe des mains du Très- Haut, isolée, quant à la faute, de la succession humaine : « Salut, disait-il, ô tabernacle, qui n’as pas été fait de main

(1) Ad hune enim Paradisum serpeuti aditus non patuit, cujus folsæ divinitatis cupiditatc flagrantes juracnlis sumus comparati. Ipse enim Unigenitus Dei Filius, cum Deus esset, cjusdemque ac Pater substantiæ, ci hac Virgine ac pura terra seipsum in hominem formavit. In Dormifions B. Maries V. Homilia II, ibid., pag. 869.

(2) Ave rubus, igni complicatum miraculum, ipsa pcccato inaccessa; nam et arbuscutum istud tangi ncquit. In Nativ. B. Mariœ, Homil. II. Ibid., pag. 854.

(3) Ave lignmn non putrcsccns, quæ corruptionis peocati vermem non admis isti : ex qua spirituale altare, non ex lignis imputribilibus, sed ex intemerato utero fuit extructum Deo. Ibid. pag. 856,

« d'homme, mais créé par Dieu lui-même; toi, dans lequel a est entré une fois le seul Dieu et souverain Pontife, quand « les siècles furent accomplis (4). »

Dans un autre endroit, le même saint Evôqne disait de la Vierge : « Elle est vraiment élue et supérieure à tout, non « par la grandeur des palais et des édifices superbes, mais « par l'élévation de ses divines et sublimes prérogatives. « Marie surpasse en pureté tous les êtres, elle qui n'a eu de « rapport avec aucun péché, quel qu'il soit (2). »

Le vu* siècle vit déjà la fêle de la Conception de la sainte Vierge établie dans l’Eglise Grecque. Plusieurs auteurs graves la font même remonter jusqu’au v*; mais comme leurs arguments ne nous paraissent pas absolument démonstratifs, nous préférons nous en tenir à celle date sur un fait d'une si haute portée, au risque de nous priver, pour la carrière qui nous reste à parcourir, d'un argument traditionnel important. Le fait est que saint André de Crète, qui florissail au vu* siècle, et dont nous parlerons tout à l’heure, est auteur d’une des hymnes en usage dans l’Office de cette fêle (3).

Parmi les diverses pièces liturgiques donlcel office secompose, on en trouve plusieurs dans lesquelles la Conception Immaculée est reconnue etproclamée. Ainsi, on y lit ces paroles : « Joachim, embelli de la beauté même de Dieu, et vous, Anne, a toute éclatante d'une splendeur divine, vous êtes les deux

(1) Salve non manufactura tabcrnaculum, atquc a Dco couditum in quo semel in consiimmatione sæculi soins Deus ne sununus Pontifes introivit. Biblioth. Palrum Grœco-Latin., loinc II, page 457.

(2) Vcra est electa et omnibus superior, non domorum excellentia, et altitudinc excitatorum ædiQciorum; sed divinarum et subliminal virtutum magniludine, et puritatc omnibus antccelleutem Mariant, nulli penitus eulpæ affinent. Marracci. In S. Germant Mariait, page 133.

(3) Ode I.

( ri )

« flambeaux d’où procède celte lampo dont la lumière ne con- « mil aucune ombre { i). » Ailleurs, l’Eglise Grecque s’adressant è Marie dans sa Conception : « La faute du premier père « s’arrête à votre sspect; il ne lui est pas donné d’avdncer « contre vous (2). » Et encore : « En vouS je mets toute mon « espérance, en vous qui n'avez eu de rapport avec aucun « pcchê. Nul n’a été comme vous, ô Reine, exempt de toute « faute; nul n’a été comme vous sans souillure, ô vous qili « n’avez été soumise à aucun défaut (3). o

Saint André, Evêque de Crète, dans un de ses discours composé vers 635, célèbre ainsi la naissance de Marie : « Au- « jourd’hui, Adam offre à Dieu, de notre substance et en « notre place, Marie pour prémices. Tous, nous sommes le « levain, elle seule n’est pas fermentée, et d'elle est formé le « pain qui doit régénérer le genre humain. » Peu après, il ajoute : « Le Rédempteur de notre race, voulant inaugurer j pour nous une nouvelle naissance qui succédât à la prête mière, de même que, pour former Adam, il avait pris du « limon de la terre encore vierge et intacte; ainsi, opérant « lui-même son incarnation, il choisit, dans toute la nature, « cette autre terre, si je puis parler ainsi, la Vierge pure et « très immaculée, et par un nouvel art, il nous donna forma- « tion en elle (4). »

(1) Joachim afflatc dit i no décoré ! tu quoque Anna dlvinitus clarn ! vos gemini estis lychni, a quiltus ortu est lampas circa quant nuilum timbra: vestigium ccrninuis.

(î) In te primi parcnlis substitit lapsus, ultra progredi facuttatc sublata.

(S) In te (plie nulli unquam cutpæ admis fuisti spem omncin incam repono. Nom», ut tu Domina, inculpatus est atque, ncc prætcr te incontaininnlus quisquam, o nævo nulli suhjccta.

(4) Hodiccx uobis, nostri loco, Adam us primilias DcoolTcrcns Mariant primitios facit; et ex toto ferment», ea non fcrnientala, per ipsam fornta-

Le même siècle nous offre, dans se3 premières années, Hesychius, prêtre de l’Eglise de Jérusalem, qui rend ainsi témoignage au privilège de Marie : « Elle est, dit-il, la plus a excellente des femmes, élue entre les vierges, le glorieux « ornement de notre nature, la gloire de notre limon; elle a « délivré Eve de sa honte et Adam de sa malédiction; elle a « anéanti l’audace du serpent; les fumées de la concupiscence « De l'ont point atteinte, et le ver des voluptés ne l’a point « attaquée (t). »

Arrivés au vr siècle, nous aurions à produire un texte de saint Colomban, le célèbre abbé de Luxeuil, auquel Vallarsi attribue le commentaire sur les Psaumes que l'on a longtemps donné 6 saint Jérôme, et qui est reconnu pour nôtre pas de ce saint Docteur; mais cette sentence, émise par l’auteur sur un verset du psaume 77, peut s’interpréter de la virginité de Marie; son rapport avec la Conception Immaculée n’est pas assez clair pour qu'il puisse être invoqué dans la question.

Il en est de même d'un passage de saint Fulgence (î), qui, comme le précédent, a élé souvent allégué dans la cuntro-

turpanisad humani generis ieformationem...Cum Redcmptor genCris nostri, novam priori sum'daneam nativitntem ac formationem exhibera volnisset, quemadmodum illic prias accepte limo ex Virgine ac illiha ta terra pri* mum Adam ctfiniit : sic et hic modo, suie ipso iiirarnationis auctor, altcrius, utsiedicam, ricc terne, inundamhanc iinmaculatissimamquc Virgincm c tota naturu eligens, nostrumque ex nobis iu ca tigmcutuiii mua ratione componcns. DeNativitatcB. M. K.,orat. I, Bibl. ,Va.r. Patrum, loin. X, png. 618-GiO.

(1) Quænam mulicrum egregia, e virginibus clocta, prædarum natur.e ostrie ornamentum, gloria luti nostri, quæ Evam pudorc et Adamum commiiiatione libcraTit, audaciam draconis abscidit : quam roncupiscciitiai fu mus non altigit, neque vçrmis voluptatis cam læsit. De Virgine Maria, homil. II, Biblioth. Patrum Græcor. tom. Il, page tî3.

Ci) Serm. de dupliei fr'ativitate Christi.

verse; nous l'omettrons donc pareillement, et nous descendrons au v siècle, beaucoup plus riche en témoignages sur le privilège de Marie, en môme temps qu'il est plus rapproché des temps apostoliques.

Nous trouvons d’abord, vers 434, saint Proclus, Patriarche de Constantinople, qui célèbre avec enthousiasme le soin que Dieu a pris de créer Marie dans un état de pureté qui fut en rapport avec ses destinées: «Ce n’est pas, dit-il, un déshon- « ncur pour l'architecte d’habiter la maison qu'il a bâtie; « l'artiste ue souille pas l’argile qu'il avait d'abord façonnée, « lorsqu’il s’en sert pour en former un vase nouveau; de « même, le Dieu très pur n’éprouve aucune souillure de pas- « ser par le sein de la Vierge. Il l'avait formée, sans en con- « tracteraucunetache;ilsorld’elleexempldesouillure(1). » Saint Proclus met ensuite ces paroles dons la bouche du Christ : « Je n’inflige à mon incréée majesté aucun déshon- « neur, en habilanlune demeure que j'ai moi-méme créée (2); » et pour montrer la sainteté de celte création, le pieux Evêque avait dit plus haut, en parlant de saint Joseph : « il avait « oublié qu’elle était propre à devenir le temple de Dieu, celle « qui avait été formée d’une terre pure (3). » Ailleurs, le même auteur dit en parlant de Marie : « Elle est le céleste

(1) Haudquaquam archilecto dcdccort est, ut caiu incolat dumum quain ipsemet extraient, nequelutum ligulum inlicit, riiiu ille v&sculum quod limerai retingit : ita ncc quidquam Dcum purissiniuin polluit,quod fcx virginali utero prodiit. Quant cnim eitra omnem sui lahem formate rat, ex ea imita contracta macula processit. In S. Dei (ienitrieem, oral. I. Biblioth. Pntram Gallandii, pag. 6)5.

(2) N (i lia injuria increatam majestalem sum aflecturus, ut iu habitaculo, quod a me creatum fuit, habilaverim. Ibid. pag. 642.

(3 Non meminerat potuisse eain cftici Dei templum, quæ ex mundo erat formata luto. Ch at. VI Ibid. pig. 637.

« globe de la nouvelle création; leSoleil dé justice ne lui a juin mais caché ses rayons , ce soleil qui a dissipé dans loules les « âmes la nuit du péché (4). »

Le grâcieux poète Sedulius dont l’Eglise a plus d’une fois etnprunlé les paroles pour en former ses prières lilurgiquès, cbanlail ainsi, vers l'an 434, le triomphe de Marie sur les périls auxquels a succombé la postérité d’Eve tout entière : « Comme la tendre rose s'élève dû sein des épines, n ayant a rien en elle qui puisse blesser, effaçant par sa gloire le tronc « qui l'a portée; ainsi l’auguste Marie, issue de la race d’Eve, « est celle Vierge nouvelle qui efface le crime de la prête mière (2). »

Dans le même temps, sur le siège de Ravennc, saint Pierre Chrysologuc prononçait ses célèbres Sermons, dans l’un desquels on trouve le passage suivant: « L’Ange, interprète du « décret divin, vole en toute hâte vers celle qui doit être « l'épouse. Il vient pour écarter d’elle tout ce qui ressent « une union à la manière des hommes. Il n’enlève point la « Vierge à Joseph, mais il la rend au Christ à qui elle fut fian- « cée dès le sein de sa mère, dès l'instant où elle était créée. « C’est donc sa propre épouse que le Christ vient réclamer, « et non celle d'autrui (3). »

(1) Ipsa novæ ercaturæ radestis globus, in <|uo sol justitiæ nunquam occidcns èmncm ab anima muni peccatonun uoctem fugavit. Ibid. pag. 616.

(2) Et velut e spinis mollis rosa surgit acutis,

Nil quod lædat habens, matremque obscurat honore;

Sic Evæ de stirpe sacra venientc Marin,

Virginia antiquæ facinus nova Yirgo piarct.

Carmen Paschnte, lib. II, vers. 28-31.

(S) Pcrvolat ad sponsain festin us interpres, ut n Dei >ponsà litmniiice

Dans le Concile général d’Ephèse, tenu en 431 , et qui garantit à Marie son litre incommunicable de Mère de Dieu, la perpétuelle comparaison de la Vierge avec la terre bénie du Paradis terrestre fut proclamée, devant les Pères assemblés, par Théodote d’Ancyre, dans l’homélie qu’il prononça le jour de Noël. «O Vierge, s’écria-t-il, Vierge qui surpasse en « gloire le jardin même des délices! Ce Paradis produisit, de « sa terre vierge, les arbres et les plantes; mais la Vierge est « encore au-dessus de cette terre. Elle n’a pas produit desar- « bres chargés de fruits, mais elle a donné la branche de s Jessé qui apporte aux hommes le fruit du salut, (l). »

Le même Evêque, dans une autre occasion, énumérant les titres de gloire qui sont propres à Marie, la salue comme « la « Vierge pleine d’innocence, sans tache, franche de tout « péché, lys entre les épines, ignorant les malheurs provenus « d’Eve, digne du Créateur qui nous l’a donnée dans sa di- « vine prévoyance (2). »

Déjà le pieux et savant Théodoret, qui se rendait célèbre dans toute l'Eglise dès l’an 423, avait exalté la sainteté de Marie au-dessus de celle des hiérarchies Angéliques les plus

desponsationis arccal et suspeudat aflectuni, neque auferat ab Joseph Yirginem, sed reddat Christo, oui est in utero oppignorala cuin fierct. Cbristus ergo suam sponsam rccipit, non præripit aliénant. De Annuntialiutione B. M. V. Strmo CXL.

(1) O Yirginem, quie ipsum vint deliciarum paradisuni ! Ille uamquc genus sativarum stirpium protulit, ex Virgine terra exortis plantis : hæc autem Yirgo melior est ilia terra. Non enim pomorum protulit arbores, sed Virgam Jesse fructuin salutarem hominibus alTerenteni. Coneil; Labb tom. III, pag. 989.

(!) Yirginem innoccntcm, sine macula, muni culpa vacantem, inte-* ineratain, sanctam anima et corporc, sicut lilium inter médias spinas germinans; non doctain Evæ mala, quam nobis Crcatorc dignam donavi( divina providentia. Ornt. In sanctam Dei Genitricem. Bibl. Patrum Gallandi, tom. IX, pag. 478

élevées, lesquelles n'out jamais connu la faute d'origine qui fait le déshonneur de notre nature : « Entre toutes les âmes « des hommes qui sont sauvés, avait-il dit, il en est une, « comme la colombe choisie, une seule quia enfanté le Christ; « c’est la Vierge Mère, la jeune Marie, qui surpasse en pureté « les chérubins et les séraphins (4). »

Contemporain de tous ces grands Evêques, saint Maxime de Titrin a célébré la prédestination de Marie à la Maternité divine par un seul mol qui renferme, dés le v* siècle, la formule complète de la doctrine de l'immaculée Conception. Dans son Homélie cinquième, Ante Natule Domini, on lit ces paroles remarquables : a Marie fut pour le Christ une de- « meure digne de lui, non sous le rapport du corps, mais à « cause de la grâce originelle qui était en elle (2). »

Nous terminerons la série des auteurs du v* siècle par ces beaux vers du poète Prudence : « La cause de l’antique et « irrémédiable haine du serpent et de l’homme, c’est que la « vipère est maintenant écrasée sous les pieds de la femme, a La Vierge, digne d’enfanter un Dieu, triomphe de tous les « poisons. Repliant sur lui-mème sa croupe tortueuse, le serti pent désarmé revomü son virus impuissatit sur le gazon « verdâtre comme ses anneaux (3). »

(1) Inter tôt animas omnium hominum qui salvanlur, ut otecta columba, est una ilia sola quæ Christian renuit, Virgo Mater, puella Maria, quæ puritatc profecto Cherubim et Seraphim antecellit. In Cantica Cnnticorum , sur ces paroles : Sexaginta nmt regince.

(i) Idoncum plane Maria Christo hubitaculum, non pro Iiabitu corporis, sed pro gratia originali. Opp. S. Maximi Taurinensis, idlt. flomana , 1784, pag. 18.

(3) Hoc odium vêtus illud erat,

Hoc erat aspidis, atquc hominis Digladiabile discidium,

Nous voici maintenant au iv° siècle. Avant d’aborder saint Augustin, écoulons d’abord son inilialeur, saint Ambroise. S’adressant au Sauveur des hommes, à propos de ces paroles du psaume Il 8, Erravi sicut ovis quœperiit, quœre servum luum, le grand Evêque de Milan s’exprime ainsi : « Cherchez « votre brebis, non plus par le moyen des serviteurs et des « mercenaires, mais par vous-même. Recevez moi dans celle « chair qui est tombée dans Adam; recevez moi, non pas de » Sara, mais de Marie, afin que celle qui m'offre à vous soit « une Vierge sans souillure, une Vierge exemple, par grâce, « de toule tache de péché (1). »

Dans le même temps, vers 370, l'éloquent diacre de l’Église d’Edesse, saint Ephræm, si connu par son zèle pour le culte de la Mère de Dieu, lui décernait les éloges que nous transcrivons ici : « Immaculée, très immaculée, nouveau don « de Dieu, sans aucune tache, divin trône de Dieu, reiDe « toujours bénie, prix de la rançon d’Eve, source de grâce, « fontaine scellée de l’Esprit saint, très divin temple, siège « de pureté pour la majesté divine; elle a écrasé la tête du

Quod modo ccruua lemincis Vipera protcritur pedibus.

Edcrc nainquc Deum mérita Omnia Virgo vencna domat :

Tractibus anguis incxplicitis Virus inorme piger revomit,

Gramme concolor in viridl.

Cathemerinon. Hymnus ante ciium, vers. 146-155.

(1) Qnserc nvem tuain, jam non per servulos, non per mcrcenarios, sed per temetipsum. Suscipe me, in carne qute in Adam lapsaest; suscipe inc, non ex Sara, sed ex Maria; ut incomipta sit Virgo, sed Virgo per gratiam ub omui integra labe peccati Senno XXII, in Psal. 118, n® 30:

« perfide dragon; toujours elle a été intégré et immaculée, « tant du corps que de l'âme (K). »

Mais venons, sans tarder davantage, au grand Evêque d'Hippone. Dans son livre de Satura et gralia, ayant à réfuter l'hérétique Pelage, qui prétendait qu'un grand nombre d'hommes sur la terre avait été absolument sans péché, et faisait de ces justes une longue énumération, à partir d'Abel jusqu’à la Vierge Marie, saint Augustin soutient que tous ces justes ont véritablement connu le péché, « excepté, dit-il, « la sainte Vierge Marie que, pour l'honneur du Seigneur, je a ne veux pas comprendre dans ces sortes de questions où il « s’agit de péchés. Comment, en effet, pourrions-nous savoir a la mesure de la grâce qui lui a été donnée pour vaincre, en « toute manière, le péché, elle qui a mérité de concevoir et « d'enfanter celui qui, certainement, n’a jamais eu aucun « péché (i)? »

La portée de ces paroles d’un si grand Docteur est évidente par elle-même. Sans doute, il ne s’agit ici que des péchés acluelsdont Marie, selon la croyance de l'Eglise, n’a jamais connu la souillure; mais le principe de solution proposé par saint Augustin proclame en même temps l’exemption du péché

(lj Iinmaculalani, inimaculatissimani, nnvain maxime ac divinam largitioncm, omnino iimnaculatam, Dei divinam sedent, Dominant scmper boncdictain, Evæ pretium redemptionis, fontem gralia-, Sancti Spiritus routent signatum, templnm divinissiinunt, sedem Dei ptirnin, qua- draconis nequissimi caput contrivit, quæ semper fuit tum corporc, tum anima integra et immaculata. Oratio ad S. Dei Genitricem. Opp. loin. lit, pag. 545.

(S; Excepta itaque saucta Yirgine Maria, de qua, propter houoi-ein Dotnini, uullain prorsus, cunt de peccalis agitur, haberi volo quæstioncm. U mie cnim sciants quod ci plus gratiæ coliatum fucrit ad vineendutu Otnni es parte pcccatuu, quæ conciperc ac parère meruil quem constat tiuUum habuisse peccatum? De natura et gralia, cap. XXXVI, n» 4.

originel en la Vierge. L'honneur même du Seigneur interdit de parler du péché, dès qu'il s’agit de sa Mère, et la grâce qui a été donnée à celle-ci pour vaincre en toute munière le péché, a été en proportion avec la dignité de celte Maternité divine à laquelle Marie était appelée. Peut- on ne pas reconnaître dans ces deux assertions spontanées du saint Docteur le principe formel des arguments que fait valoir l’Ecole pour expliquer rationnellement le mystère de la Conception Immaculée?

Nous reconnaissons volontiers que la haute intelligence de saint Augustin ne paraît pas s’être exercée h préciser clairement lo privilège de Marie; il suffit que les principes qu’il pose conduisent directement à celte conclusion. Nous en trouvons un nouvel exemple dans son Traité contre Julien. Ce disciple de Pélage, qui niait le péché originel, prétendait que la doctrine du saint Docteur sur ce dogme fondamental, tendait à conclure que le Christ lui-même, issu d'Adam selon la chair, aurait aussi contracté celte tache, et il affectait de poursuivre l’évêque d’Hippone, en alléguant celte sentence de saint Pierre : Le Christ n'a pas commis le péché (<).

Saint Augustin lui répond : « Vous avez dit une parole a grande et pleine de vérité, en produisant ce témoignage de « l'Apôtre saint Pierre, et en inférant d’une telle parole que « cet Apôtre a cru dire suffisamment qu’i7 n’y a eu dans « le Christ aucun péché, par là même qu’il affirmait que le a Christ n a commis aucun péché. L’Apôtre, dites- vous, en- « seigne dans ce passage que celui qui n'a pas fait le péché, « n'apas pu avoir en lui le péché. En cela, vous énoncez une « doctrine très véritable; car, assurément, le Christ étant

(t) I Pet. II. 22.

« devenu homme, eût commis le péché, si, dans l'enfance, il « l'eût eu en lui. Et c'est pour cela qu'il n'est aucun homme, « excepté le Christ, qui, étant arrivé à un âge plus avancé, « n'ait commis le péché, parce qu’il n’est aucun homme « qui, dans le principo de son existence d’enfant, n’uil eu « en soi le péché (t). »

Si donc, devons- nous conclure de la doctrine de saint Augustin, Marie n’a pas connu le péché durant sa vie, il s’ensuit que Marie a été exempte du péché d'origine. Or, que la Mère de Dieu ait été exempte de tout péché actuel, c'est la croyance de l'Eglise, c'est même, ainsi que nous venons de le voir, la doctrine de l'Evêque d’Hippone, qui, pour l’honneur du Seigneur, interdit de parler du péché, dès qu’il est question de Marie, et enseigne que la grâce lui a été conférée dans la mesure nécessaire pour vaincre en toute manière le péché. 11 est vrai que, dans le passage que nous venons de citer, il ne parle que du Christ, comme ayant été complètement exempt du péché actuel; mais quand bien même le saint Docteur n'eût pas écrit ailleurs les paroles que nous avons rappelées, il n’en demeure pus moins évident d’un côté que, selon lui, l'exemption du péché actuel suppose essentiellement l'exemption du péché d’origine, et de l’autre que l’Eglise enseigne,

(I) Illud sane magnum verumque dixisti, cum posuisscs testimonium apostoli Pétri diccntis : Qui peccatum non fecit; notandum esse quod judicavcrit apostolus sufficere ad ostendendum in Ghristo nullum fuisse peccatum, quiadixit nullum eum fecisse peccatum : « Ut doceret, inquis, « quia qui non fecit, habere non potuit. » Omnino verissimum est.Profecto enim peccatum ctiam major fecisset, si, parvus, habuisset. Nam propteren nullus est hominum praeter ipsum qui peccatum non fecerit grandioris ætatis accessu, quia nullus est hominum pratter ipsum qui peccatum noq tiabuerit infantilis ætatis exortu. Contra Julianum , lib, V, n° 57,

comme Eglise, à ses enfants, l'exemption totale du péché actuel dans Marie.

Mais ce n'est pas tout encore. Julien argumentant contre saint Augustin, dans une autre circonstance, sur la même question, va jusqu’à lui reprocher de faire Marie esclave du démon, s’il persiste à soutenir le dogme du péché originel. Voici les paroles de ce sectaire, rapportées par saint Augustin lui-même : « Jovinien est l’adversaire d’Ambroise; mais si « on le met en comparaison avec vous, il faut tout lui par- « donner. Il détruit la virginité de Marie, en la soumettant « aux conditions ordinaires de l’enfantement; vous, vous li- « vrez Marie elle-même au démon, en la soumettant aux « conditions de la naissance humaine (J). »

On doit d'abord reconnaître que si, au iv siècle, le sentiment des fidèles eût été de croire que Marie avait été conçue dans le péché originel, Julien n'eût pas songé à reprocher celte pensée à saint Augustin, comme une impiété. Il est même naturel de penser que la pieuse doctrine était déjà assez répandue pour que l’adversaire du saint Docteur se crut en droit de le poursuivre, comme établissant sur cette matière des principes opposés au sentiment religieux des chrétiens envers la Mère de Dieu.

Que répond saint Augustin à celte objection qui l'oblige d'expliquer sa pensée sur la Conception de Marie? Sa réplique est formelle, et entièrement favorable au privilège de la Vierge : « Nous ne livrons point Mûrie au démon par la con-

(1) Verum ut illi (Ambrosio) infensus Jovininmis at-ptuitur, ita Tobis

comparatif absolvitur ille Virginitatcm Mariæ parlus comlitionc dis-

solvit; tu ipsam Mariant diabolo nascendi conditions transcribis. Oput imperfection contra Jutianum, lib. IV, cap. CXXII.

« dition de sa naissance; celle condition pour elle est abrogée « par la grâce de la renaissance (l). »

Que signifient ces paroles du saint Docteur, si elles n'expriment pas que la Conception de Marie a été exempte du péché d’origine ? Sans doute, et nous n’avons garde de le contester, un tel privilège dans la Vierge est le résultat de celle grâce de renaissance que le Sauveur a méritée à sa Mère comme à tous les hommes, et qui a été appliquée à celle-ci comme préservation, et à nous comme remède; mais il est clair que si saint Augustin, répondant à l'objection de Julien, qui lui reprochait de livrer Mark au démon, se fût contenté de dire qu elle ne lui avait été livrée que pour être ensuite délivrée de cette servitude, une telle réponse eût été toute à l’avantage de l'adversaire. En effet, nous tous qui, par le péché originel, avons été placés sous le joug de Satan, au commencement de notre existence, nous en avons été également affranchis; il ne resterait donc rien à Marie au-dessus de nous, si ce n’est d’avoir été libérée plus tôt, ce qui n’enlève pas le déshonneur de la servitude.

Ainsi, nous trouvons dans saint Augustin tous les éléments nécessaires pour la démonstration de la thèse de l’Immaculée Conception, et il est permis de le considérer comme étant, par sa propre doctrine, l’une des plus solides colonnes de cette croyance, quoiqu'il n’ait pas jugé à proj)os de l'enseigner d'une façon plus expresse.

Nous interrogerons maintenant, eu les réunissant dans une même catégorie, les auteurs des trois premiers siècles;

(1) Non transcribimus diabolo Mariam conditiouc nascendi; sed ideo, quia ipsa conditio solvitur grafia rcnascendi. Ibid.

et, malgré le petit nombre de ceux dont les écrits se sont conservés, il nous sera encore possible de recueillir, à cette époque primitive, quelques rayons do la doctrine à laquelle l’Eglise dessièclcs postérieurs s’csl plu à rendre un si éclatant témoignage.

Saint Denys, Evêque d'Alexandrie, l'un des plus grands Docteurs du ni' siècle, exprime ainsi les rapports de la Mère de Dieu avec son Fils divin : « Il est plusieurs mères, mais il a n’est qu’une seulo et unique Vierge, fille de là vie, qui a « enfanté le Verbe vivant, celui qui subsiste par lui -même, « incrééel créateur (t). »

Ailleurs, montrant la puissance divine occupée directement à former Marie pour sa sublime destination, il dit : « Ce a n’est pas dans un serviteur à soi que le Christ a habité, « c’est dans son saint tabernacle, qui n’a pas été fait de main a d’Iiomme, Marie, Mère de Dieu . En elle notre Roi, le Roi de « gloire a été fait Pontife, pour demeurer tel à jamais (2). » Plus loin, le même saint Evêque dit encore : « Notre souve- « rain Prêtre n’a pas été ordonné de main d’homme, ni son a tabernacle fabriqué de main d'homme, mais affermi par « l'Esprit- Saint (3). »

(1) Multse reperientur maires : una autom et sola Virgo (ilia vitæ genuit Yerbum vivens et per se subsistons inrreatum et creutorcm. Epist. advet-s. Paulum Samosate nnm. S. Dionvsii op. pag. 212.

(2) Non in servo inhabitavit (Chrislus), sed in saneto suo tabcrnacuio non manufacto, quod est De i para Maria. Itlic cnim in ipsa Rei noster, Rex gloriae, factus est Pontifes et inanet in perpetuum. Respons. ad quœst. Vil Pauli Samosateni. Ibid. pag. 261.

(3) Nequc summus noster sacerdos manu hominis est ordinatus, neque tabernaculum ejus ab hominibus Fabricatum, sed Spiritu Saneto flrmatum est, et virtute Altissimi protegitur illud semper laudatissimum Dei tabernaculiun Maria Deipara et Virgo. Resp. ad qwest. X. Ibid. pag. 240,

La comparaison de Marie avec le jardin des délices, est aussi employée par saint Denvs d'Alexandrie : « Le Verbe « Fils de Dieu, dit-il, descendu du ciel, a été porté dans le « sein d’une mère; il est sorti de ce Paradis virginal qui « possédait toutes choses (l). »

Le célèbre Evêque et Martyr saint Hippolyte, qui brilla dans l'Eglise à la première moitié du tu* siècle, applique à Marie une autre similitude de l’Ancien-Testament, non moins significative que la précédente, celle du bois incorruptible dont fut formée l’Arche d’alliance. « Celle arche, dit-il, for- « mée de bois inaccessibles «à la corruption, était le Sauveur. « Elle signifiait son tabernacle exempt de pourriture et de « corruption, qui n'a engendré aucune souillure. Or, leSei- « gneur était exempt du péché, étant formé de bois non su~ « jets à la corruption humaine; savoir, de la Vierge et de « /’ Esprit-Saint (î). »

Nous terminerons celto laborieuse excursion par un document qui appartient au premier siècle, et où nous découvrons enfin la source originaire de la célèbre comparaison du Paradis terrestre avec la Vierge destinée à enfanter un Dieu. C’est la fameuse Lettre des Prêtres de Palras sur le martyre de l'Apôtre saint André. Celle pièce, dont l'authenticité a été reconnue dans ces derniers temps par des critiques de la

(1) Qui enim e cœlo descendit Unigenitus Deus Yerbiun, gestation est in utero, et genitum ex paradiso Yirginali babcnte omnia. Ibid. pag. 277.

(2) Area ex lignis quæ putrescere non poterant, crat ipse Salvator. Per hanc enim, putredinis et corruptionis expers ejus tahemaculum signiflcabatur, quod nullani peccati putredincm gonuit Dominus autem peccali expers erat, ex lignis putréfaction! non obnoxiis secundum homincm, hoc est ex Virgine et ex Spiritu Sancto, intus et foris lamquam purissimo Yerbi Dci auro circunitcctus. Omtio in illud Dominus pascit me. Bibl Palrut» tial/andi, tom. Il, pag. 498.

plus imposante autorité, tels que Lumper, Gailand, Morcelli, el le Protestant Woog, est vengée aujourd'hui des dédains dont elle fut l'objet do la part de plusieurs savants Luthériens et Calvinistes, intéressés à repousser un document favorable au dogme de la présence réelle, et qui avaient vu avec joie s'associer à leurs efforts l'école desTillemont et des Baiilel, toujours empressée à poursuivre de ses sarcasmes les monuments chers à la piété catholique. Néanmoins, les uns et les autres étaient obligés de convenir que la Lettre des Prêtres de Patras, si elle n’était pas du premier siècle de 1ère chrétienne, n'en appartenait pas moins pour cela à la plus haute antiquité. Celle pièce vaudrait donc encore, même dans cette hypothèse défavorable, comme un témoignage précieux du sentiment de l’Eglise primitive sur Marie Immaculée.

Or, voici les célèbres paroles que, selon la Lettre, saint André prononça à Patras, lorsqu'il confessa la foi devant le Proconsul Egée : « Le premier homme a amené la mort par « le bois de la prévarication ; il fallait que, par le bois de la « passion, la mort fut expulsée du séjour qu’elle avait usurpé. « Le premier homme ayant donc été créé de la terre encore « immaculée, il fallait que, d'une Vierge immaculée, naquit «l’homme parfait, au moyen duquel le Fils de Dieu, qui « d’abord avait créé l’homme, réparerait celte vie éternelle a que les hommes avaient perdue par Adam (4). »

(!) Primus enim homo per liguum pncvaricationis mortem iuduxit: liine necesse erat, ut per lignum passionis, mors quae ingressa fuerat pelleretur; et propterea quod ex immaculata terra crcatus fuerat primus homo, necesse erat ut ex immaculata Virgino nasecrelur pcrfcctus homo, quo filius Dci, qui ante condiderat hominem, vitam æternum quam perdideraot hommes per Adumum repararet. Martyrium S. Andrea: Apostoli, apud Morcelli, Kalendarium Ecclesiœ C P., tome 1, pag. 249,

On saisit aisément, et les siècles suivants l'ont répété, le rapport qui unit cette (erre du Paradis terrestre de laquelle fut formé le premier homme, avec la personne de la Vierge au sein de laquelle devait être formé l'homme nouveau. Il est évident qu’il ne s'agit pas ici uniquement do la virginité de Marie, mais d’une pureté originelle dans cette incomparable créature, que l'Apôtre considère comme matière première de l'humanité du Sauveur, lu comparant à la terre du jardin d’Eden, avant la malédiction. On l'a vu plus haut, cette pensée se retrouve dans toute la tradition, et il est impossible de n'y pas reconnaître un objet digne de toute l'attention du théologien.

Ce serait donc une grave erreur de croire que les monuments de l'antiquité ecclésiastique sont alrsolumenl muets sur la Conception Immaculée de Marie. Tous ces textes que nous avons présentés, è partir de la Lettre des Prêtres de Patras, jusqu’à la Lettre de saint Bernard aux Chanoines de Lyon, forment un ensemble auquel nous pensons qu’il est difficile de résister; encore n'avons-nous fait qu'un choix; car il nous eût été possible d'offrir un bien plus grand nombre de passages. 11 n'entrait pas non plus dans notre plan de. développer chacun de ces textes par un argument spécial; mais nous nous flattons que tout lecteur au fait de la science théologique reconnaîtra dans chacun d'eux, soit l’expression directe de la doctrine de l’immaculée Conception, soit l'emploi évident des principes sur lesquels repose cette doctrine.

Sans doute, il existe un certain nombre de passages des écrits des Pères et des auteurs ecclésiastiques qui expriment ou semblent exprimer une doctrine opposée; mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, il en est de cette question comme de

toutes celles que l'Eglise n'a pas tranchées encore : de part et d’autre, on a soutenu le sentiment que l’on croyait fondé, sans rien préjuger contre celui que l'Eglise fixerait plus tard, soit par sa pratique, soit par une décision juridique. Encore, si l’on voulait réunir siècle par siècle les autorités contraires au privilège de Marie, peut-être serait-il aisé de démontrer que les témoignages favorables l’emportent en nombre. Au reste, le désaccord sur cette matière dans les divers témoins de la Tradition successive, s’explique naturellement par les principes que nous avons établis au commencement de cé Mémoire. Les Pères qui ont examiné la Conception de Marié dans ses rapports avec le décret absolu qui soumet toute la race d’Adam à contracter la souillure originelle, ont été amenés à conclureque cette Conception u’avait pas échappé à la loi commune. Ceux, au contraire, qui ont considéré avant tout la souveraine pureté dont devait être revêtue l’indispensable coopératrice au mystère d’un Dieu fait chair, ont compris qu’une telle Mère avait dû être conçue dans des con*ditions exceptionnelles. Il faut, de toute nécessité, que l’un des deux sentiments appartienne à l’ordre révélé; l’Eglise, en sc prononçant pour l’un ou pour l’autre, pouvait seule éclairer les siècles suivants.

Il faut observer encoreque la plupart des textes contraires à la pieuse croyance, sont susceptibles d’une interprétation favorable. En effet, il en est à peine quelques-uns dans lesquels l’auteurait eu l'intention directe de soutenir ex professo que Marie a été conçue dans le péché originel. L’assertion que l’on regrette de rencontrer dans les textes objectés par les adversaires, n’est le plus souvent émise qu’en passant, et semble, pour l’ordinaire, n’avoir pas été sérieusement ap-

profondie. On n’y distingue pas non plus la Conception active de la Conception passive ; or, c’est uniquement sur celleci que les plus solides défenseurs du privilège de Marie font usage de leur sentiment. En reconnaissant que la Vierge, comme tous les autres enfants d’Adam, avait contracté en naissant de celte source infectée, la nécessité de subir la tache du péché d'origine, si un secours gratuit et exceptionnel ne l'en eût préservée, les théologiens expliquent ce qu'on lit d'absolu dans plusieurs de ces textes. Si certains auteurs de l'antiquité ont appelé la chair de Marie une chair de péché, il est facile encore de rendre raison de cette expression; en effet, |a chair transmise à Marie par ses parents, bien qu'elle n'ait pas contracté en elle la souillure commune, n'en est pas moins originairement la chair de péché que le Médiateur venait sanctifier. C'est dans le même sens que plusieurs Pères, entre autres saint Hilaire de Poitiers , saint Grégoire deNazianze, saint Proclus de Constantinople, ne font aucune difficulté d’appeller la chair de Jésus Christ lui-même une chair de péché-

Nous avons donc établi, au moyen des citations qui ont été produites plus haut, que la Tradition successive est favorable à la doctrine de l’immaculée Conception, et nous ne craignons pasd’affirmer que parmi lesdogmesdéfinis dans le Saint Concile de Trente comme appartenant à la foi catholique, il en est plus d’un en faveur desquels les monuments de la Tradition ne nous fournissent pas, à beaucoup près, un aussi grand nombre de témoignages Supposons maintenant que la doctrine de l'immaculée Conception se trouvât dans dans la même situation que les dogmes auxquels nous faisons allusion, c’est-à-dire que par la destruction des monuments

qui en conservaient la notion, elle fut dépourvue de cet ensemble de témoignages qui constatent sa marche et ses développements à travers les siècles; serait-il donc impossible à l’Eglise de passer à une définition sur ce sujet? La Tradition dont la trace se serait perdue, ne pourrait-elle donc se retrouver nulle part, afin de servir de base au jugement définitoire? En un mot, quand les évènements humains dont Dieu ne s'est pas engagé à arrêter le cours, ont fait périr tels livres, tels monuments, l’Eglise est-elle dans l’impuissance de retrouver en elle -même ce qui a été révélé au commencement? Nul catholique, sans doute, ne pourrait se prononcer pour la négative : autrement, ce serait faire dépendre la permanence de la vérité divine dans l'Eglise, de la conservation tout-à-fait accidentelle de tels ou tels écrits humains.

Il importe donc de bien comprendre que l’inerrance absolue de l’Eglise, quant aux dogmes qu’elle professe, n’est après tout que le résultat de l’opération incessante de l'Esprit - Saint en elle. Nulle société purement humaine, si vénérable quelle fût, ne peut prétendre au privilège de l’infaillibilité, et si nous le reconnaissons dans l’Eglise, c’e3t uniquement parce que le Sauveur a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles (t), et parce qu’t! lui a envoyé son Esprit, pour demeure t avec elle à jamais (2). 11 suit de là deux choses; la première, que les témoignages de la Tradition successive ne sont aptes à former la base d’une définition de la foi, que parce qu’ils sont l’expression de la croyance de l’Eglise infaillible, durant les siècles auxquels ils se rattachent; la se-

(1) Matth. XXVIII, 20.

(2) Jouit, xiv, 16.

conde, qu'une croyauce professée à tel siècle par l'Eglise, en tant qu’Eglise, si celte croyance a rapport aux dogmes révélés, doit être considérée par ce seul fait comme appartenant à la doctrine que Dieu a fait connaître surnaturellement aux hommes, soit par la révélation de son Fils, soit par l'inspiration de l’Esprit-Saint.

Si l’on pouvait assigner une période, si courte qu elle fût, durant laquelle l'Eglise cesserait d’ètrc sous l’influence do son divin auteur, durant laquelle elle serait dépourvue de la direction du divin Esprit qu'il a répandu sur elle, c’en serait fait des promesses de Jésus-Christ; tout l'édifice de la foi chrétienne croulerait par la base. On comprend aisément qu'il ne doit pas être nécessaire au simple fidèle dont l’existence personnelle n’atteindra pas même un siècle entier, d’interroger tous les âges qui l’ont précédé, pour connaître ce qu’enseigne l’Eglise. L’Eglise de son temps, lui répond de la doctrine des siècles passés et de la doctrine des siècles à venir. Autrement, comment parviendra it- il à se former par lui -même une appréciation suffisante de l'enseignement, à travers tant de générations? 11 croit l'Eglise, (credo Ecelesiam], cl avec cette foi, il est en rapport intime avec le Verbe divin, avec l’Esprit Saint qui n’abandonnent pas un seul jour celte Église dont ils ont daigné faire leur instrument nécessaire pour le salut du genre humain.

C’est donc une méthode dangereuse que de scinder la durée de l’Eglise par périodes, lorsqu'il s'agit de son enseignement. L’Eglise est toujours la même, en quelque période qu’on la considère La Tradition, comme nous l’avons dit tout à l’heure, c’est l'Eglise même croyant et professant telle et telle doctrine, et les témoignages que l'on recueille dans les monuments de sa

durée ne valent que parce qu'ils représentent la pensée et l’enseignement de cette société invariable dans sa croyance. Si dans tel siècle, les symboles se présentent plus développés quo dans tel autre, cela veut dire seulement que cette Eglise, par le mouvement de l’Esprit qui la dirige, a jugé à propos de préciser davantage, pour l’utilité de ses enfants, ce qui était en elle dès le principe, et nous savons quelle est divinement assistée dans l’œuvre de ce développement.

Qu’importe que, par suite delà destruction des monuments des siècles antiques, nous ne puissions assigner toujours la marche précise de tel dogme à travers les âges? Noire zcle à recueillir les précieux témoignages des Pères ne doit pas se ralentir pour cela; mais quand ces flambeaux viennent à nous manquer, l’Eglise n’est-elle pas là pour y suppléer avec sa ferme et éblouissante lumièro dont les Pères ne sont que quelques rayons épars, qui n’ont de valeur que parce qu’elle est leur centre; l’Eglise, toujours divinement assistée, toujours vigilante, toujours pure, toujours sans tache ni rides (4), croyant aujourd’hui ce quelle croyait hier, et ce quelle croira demain, mais le percevant et l'enseignant avec une clarté et uneprécision toujours plus grandes.

Gela posé, reste à examiner si, en considérant la Tradition dans le fait de l’enseignement actuel de l’Eglise, nous y trouverons l’immaculée Conception de la très sainte Vierge. 11 né peut y avoir de doute pour quiconque nous a suivi jusqu’ici. Après les articles de doctrine déjà définis, s’il est un point qui soit l’objet d’une profession expresse et universelle, c'est assurément celui-là. La doctrine de l'immaculée Conception

(t) Eph v. Î7.

réunit donc en sa faveur le suffrage de la Tradition, considérée dans les deux modes sous lesquels l’élément traditionnel peut être étudié par le théologien.

Que si maintenant on veut s'expliquer comment l’Eglise est en possession de celte vérité qui n’est pas expressément dans l’Ecriture et qui ne se déduit pas avec évidence des dogmes déjà définis, on se trouve amené à conclure que le décret de Dieu qui excluait Marie de la nécessité de contracter la tache du péché originel, ou, pour parler avec une portion respectable de l’Ecole, que l'intention expresse de Dieu de ne pas comprendre Marie dans ce décret universel, n’ont pu être connus de l’Eglise que par une révélation expresse faite par Jésus-Christ lui-même, et confirmée par l'Esprit-Saint qui, selon l’oracle du Sauveur, devait enseigner aux Apôtres, avec lesquels il faut entendre l’Eglise, tout ce qu'il leur avait dit lui-même (t).

il s’agit ici d’un fait contingent, d’une exception formelle à un arrêt divin qui regarde toute la postérité d'Adam; Dieu seul, comme nous l'avons fait voir plus haut, a pu le manifester. La connaissance de ce fait, les Apôtres l'ont reçue de la bouche de leur maître, l'Esprit-Saint l’a scellée dans leur mémoire; l’Eglise l’a reçue des Apôtres; elle l’a gardée en elle même comme un germe divin qui devait croître et se développer en son temps. Les premiers siècles du christianisme étaient moins préparés à voir ce développement; trop de périls obligeaient l’Eglise d’être circonspecte en proclamant les privilèges de la Mère de Dieu. N’était-il pas à craindre que des fidèles, par un reste des habitudes païennes, ne songeâssent

( 1 ) Joan. iiv. 26 .

bientôt à lui déférer les honneurs divins? N’avait-on pas, dès le iv* siècle, la secte des Collyridieüs qui déjà lui sacrifiait comme à une déesse? et quant à reconnaître officiellement dans Marie cette merveilleuse exemption de la tache originelle qui exemptait sa chair du joug de la concupiscence, et la constituait dans cet étal de parfaite obéissance à l'âme dans lequel fut créé le premier homme, n’était- il pas à redouter que les sectes Gnosliques qui déjà prétendaient que le Christ n’avait eu qu’un corps pbanlaslique, n’abusâssenl de celte supériorité accordée à Marie sur toute la race tombée, pour enseigner qu’elle aussi, n’avait point eu une chair véritable? Toutefois, nous avons vu que les trois premiers siècles eux-mêmes avaient le sentiment de cette vérité qui reposait dans la conscience de l'Eglise, que Marie avait été formée de la main de Dieu, de la plus pure essence humaine, et uniquement pour servir au sublime ministère qui lui était réservé. Est-il même possible de ne pas voir un témoignage de la répugnance qu'éprouvaient les premiers chrétiens à considérer la Mère de Dieu soumise au joug du péché d’origine, dans celle doctrine de l’hérésie Collyridienne qui soutenait que la pieuse Anne avait conçu son auguste fille sans le concours de son époux Joachim (t)? Celte erreur serait-elle explicable, si déjà dans la société chrétienne, on n’eût senti que la future Mère d’un Dieil n’avait pli un Seul instant encourir la honte qui s'attache à la génération de chacun des enfants d’Eve ?

Mais la prudence de l'Eglise qui veille à réserver en son temps l’épanouissement complet de chacune des vérités con-

tenues en elle, devait amener, comme il est arrivé sur tant d'autres points, une certaine hésitation dans les esprits, jusqu’au jour où la croyance primitive se dégagerait enfin des nuages qui l'avaient momentanément enveloppée. De là vient que plusieurs Docteurs, par le cours des siècles, ont semblé comprendre le dogme du péché originel de manière à ne pas laisser place à une exception en faveur de Marie . D'autres sc sont rencontrés qui, dans leur incertitude, ont soutenu tour à tour l’affirmative ou la négative, selon que l’immutabilité des décrets divins ou la dignité essentielle d’une Mère de Dieu préoccupait leur peusée.

Cependant, aucun siècle ne s'écoulait sans laisser des traces certaines de la permanence de celte doctrine, rarement résumée, mais toujours plus précise à mesure que s’étendait, en commençant par l'Orient, la Fête destinée à honorer la Conception de Marie. On arriva au xii* siècle : saint Bernard sembla vouloir protester; mais, comme on l’a vu, il laissait aux âges suivants le soin de compléter sa pensée. Toutefois, l’autorité de ses répugnances n’arrèla pas l'élan des peuples de l'Occident vers cette Fête dont la notion même portail avec elle la croyance en la sainteté de la Conception de la Vierge. Au siècle suivant, les trois grands maîtres, Alexandre de Halès, saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin, suivant les traces du Maître des Sentences, purent à peine parvenir à enrayer quelque temps la marche du sentiment catholique, en réclamant avec toute l'énergie de leur puissante scholastique, l’hommage au décret absolu qui soumet tout homme à la culpabilité originelle. Encore, doit ou reconualtre que saint Thomas n'a pas été sans varier sur l’exemption personnelle à Marie, et que saint Bonaventure,

étant Général des Frères Mineurs, établit dans son Ordre la Fètc de la Conception de la sainte Vierge.

Mais, pendant que les Docteurs s'abandonnaient au cours de la dialectique, le sentiment des âmes pieuses pénétrait plus avant, à l'aide des traditions et du sentiment des grandeurs de Marie, et enfin les premières années du xiv* siècle virent s’élever la chaire glorieuse de Duns Scot, auquel était réservé d’assigner à son tour, par la méthode scholastique, la place que doit occuper le privilège unique de Marie, dans l’ensemble du dogme catholique. Dès lors, la ferveur des fidèles prit un nouvel essor, et l’Ordre Séraphique, fidèle aux. prédilections de son saint Patriarche, se posa pour jamais comme le défenseur officiel de la Conception Immaculée. A partir de ce jour, ce n’est plus qu’un concert qui tend à devenir unanime, des Saints, des Docteurs, des Pontifes et des Fidèles, jusqu’à ce que Sixte IV, aussi enfant de saint François, inaugure la fête de la Conception dans l’Eglise Romaine.

Mais qu’était-ce donc que celte voix, faible d’abord, mais constante, mais prenant de siècle en siècle une force nouvelle , jusqu’à ce que, de nos jours, elle retentisse aux extrémités de la terre, sinon la voix de l'Eglise, celte voix qui proclame toujours le même fond de vérités, mais devient plus claire, plus accentuée, à mesure que les temps se déroulent et que l'éternité s'avance? II fallait de nombreuses générations pour que les trésors de lumière déposés par le Christ dans la mémoire intime de son Epouse fussent mis au jour, de même que les trésors de charité qu’il lui a confiés ont eu besoin des siècles pour s’épancher sur le monde, à mesure que de nouvelles nécessités appelaient de nouveaux secours et de nouvelles ressources que l’âge précédent n’avait pas même

soupçonnés. Dieu seul connaît la mesure des développe* ments de doctrine et de charité qu'il a préparés pour son Église, parce que lui seul a le secret de la durée de ce monde qu’il n’a créé que pour elle.

Thomassin a parlé admirablement de oe progrès intérieur et normal que saint Vincent de Lérins avait, dès le v siècle, si merveilleusement signalé dans l'Eglise. Voici les paroles du savant et profond Oraloricn que nous aimons tant à citer, toutes les fois que des préjugés malheureux ne viennent pas éteindre les éclairs de son génie : « Il faut juger, dit- il, du «corps mystique de Jésus-Christ, comme nous jugeons de « son corps naturel. L’Ecriture dit qu’à mesure qu’il s’avan- « çait en âge, il croissait aussi en sagesse et en grâoe. Ce n'é- « lait pas que la Sagesse éternelle de Dieu, lors même quelle « se fût revêtue de notre chair, pût augmenter en science ou « en saiuteté: mais se proportionnant aux lois de notre na- « ture, elle faisait éclater de jour eu jour plus de sagesse et « plus de piété, selon le progrès de l'âge, quoique dès le pre- « mier moment de sa conception il eût été la sagesse et la « sainteté consommées. Il en est, en quelque façon, de même « dans l’Eglise. Elle éclairait, en déployant de temps en « temps les trésors do la Tradition, des points de doctrine et « des usages do piété qui n’avaient point encore paru, parce « qu’il n'avait pas été temps de les faire paraître ni d'en dé- « velopper les Traditions anciennes. La plénitude du Sainl- « Esprit réside et a résidé dès le commencement dans le « cœur de l’Eglise; mais elle ne se montre et ne se répand au « dehors, que selon les conseils de la Providence éternelle, « qui conduit tout le genre humain comme un homme partiel culier, et chaque particulier comme tout le genre humain,

« par les degrés de divers âges, el par des progrès qui aient « rapport à ces âges divers (4). »

On sent aisément que les principes que nous avons touchés en terminant ce paragraphe, ne sauraient être suffisamment développés dans un Mémoire du genre de celui-ci; mais il nous semble que nous sommes en droit de conclure avec l’évidence des faits, que si l’on cherche les sources de la doctrine de l’immaculée Conception, on les trouvera dans la Révélation elle-même, transmise par la Tradition à l'Eglise, et éclaircie de plus en plus, dans le cours des siècles, par l'assistance continuelle de l’Esprit- Saint, sous la garde duquel est placé, avec l’honneur de l'Epouse de Jésus- Christ, le dépôt inviolable des vérités divines dont elle est la dispensatrice.

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