IV
L'Église professe la doctrine de l'immaculée Conception de la très sainte Vierge.
De tous les faits que nous avons rassemblés dans les deux paragraphes précédents, on serait donc en droit de conclure que l'immaculée Conception est une croyance de l'Eglise, comme Eglise, puisque celle-ci la tolère et la favorise d'une manière aussi expresse ; mais nous irons plus loin , et nous dirons que l’Eglise professe publiquement cette croyance. Or, selon l'axiôme de saint Augustin, que nous citerons ici pour la troisième fois, quœ sunt contra fidem non facit Ecclesia ; l’Eglise ne peut agir selon l’erreur; en d’autres termes, l’Église ne peut professer l’erreur.
Maintenant, l'Eglise professe-t-elle réellement la croyance à l’immaculée Conception? Pour ne pas le voir, il faudrait être aveugle; pour ne pas l’entendre, il faudrait être sourd. Sans doute, l’Eglise n’a pas, jusqu’ici, enregistré celtedoctrine dans le symbole positif de sa foi, puisqu'il s'agit précisémenlde savoir si le moment est venu de l’y inscrire; mais on sait que les vérités révélées, avant d’y être insérées, ont besoin d’être d’abord professées, crues et appliquées. Elles doivent avoir paru dans la pratique de l’Eglise pour pouvoir passer eq-
suite, s'il est à propos, dans les symboles de la foi. Examinons si l’immaculée Conception de Marie a obtenu ce premier degré qui prépare la voie à une décision doctrinale, et qui, pour un grand nombre de dogmes, en a tenu lieu pendant des siècles.
On peut étudier le sentiment de l’Eglise sur une doctrine, en deux manières : en interrogeant successivement les diffétentes parties qui composent cette grande société ; en recueillant, pour en peser la portée, les actes publics dans lesquels elle expose sa croyance intime. Suivons d’abord la première méthode : nous viendrons ensuite à la seconde.
La plus noble et la principale partie de la Catholicité est l’Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres Eglises, l'Eglise Romaine qui ne peut errer dans la foi. Elle s’explique par le Pontife Romain, qui ne fait avec elle qu'une seule et même chose; mais la prérogative de celte Eglise est permanente. Lors même que le Siège Apostolique est vacant, elle ne cesse pas pour cela de présider à toutes les Eglises, et de les enseigner dans la lumière de l’Esprit divin.
Or, l’Eglise Romaine, non seulement a professé directement et solennellement la doctrine de la Conception Immaculée, par la voix de la Liturgie, depuis l’année 1 476, sous le Pontificat de Sixte IV, jusqu’à l'année 4 568, sous le Pontifical de saint Pie V, qui ôta du Bréviaire Romain l'Office composé par Léonard de Nogarolis; mais, de nouveau, par commandement du Souverain Pontife Pie IX, la même Eglise Romaine, à partir du 8 Décembre 4 847, a recommencé à professer directement et solennellement, par la voix de la Liturgie, la même doctrine, et ce renouvellement d’un usage qui avait régné déjà durant près d’un siècle, est désormais
irrévocable, puisque le Pontife Romain, après l'avoir décrété molu proprio, vient d'engager toutes les Eglises à suivre l’exemple de leur Mère et Maîtresse. f<)
Tirons maintenant une conclusion. La Liturgie étant la règle de ce qu’on doit croire, selon l'axiôme, legem credendi statuai lex supplicandi, la valeur du témoignage liturgique dans l’Eglise de Rome est en proportion de l’autorité de l’Eglise de Rome elle-même en matière de doctrine; or, c’est un point de la croyance catholique que l’Eglise de Rome ne peut errer, puisque cette proposition de Pierre d'Osma , Ecclesia urbis Bomœ errare potest, a été condamnée, il y a quatre siècles, par Sixte IV. Donc, on est en droit de conclure du fait évident de la profession actuelle de la doctrine de l'immaculée Conception par l'Eglise de Rome dans la Liturgie, que cette doctrine ne pourrait aujourd’hui être niée sans péril.
Si maintenant, après avoir constaté la profession du privilège de Marie dans l’Eglise Principale, qui est la Pierre fondamentale de tout ledifice, nous considérons l’Épiscopat catholique, dans toutes les parties du inonde, est-il un fait plus éclatant que l’unanimité morale des Evêques sur celte même doctrine, des Evêques qui, unis au Chef suprême, forment
(t) En 1846, nous écrivions ces lignes : « Do nos jours, plusieurs Eglises « de Franco ont sollicité la permission de se joindre à un grand nombre o d’autres qui, dans les deux mondes, sont autorisées & confesser à l’autel « la Conception sans tache de la Vierge Immaculée. Rome accorde avec «joie ces faveurs; mais quel que soit le zèle de la Mère et Maîtresse des « Eglises pour l'honneur de lu Vierge immaculée, elle larde encore à faire a usage du privilège qu’elle accorde à ses filles; car elle sait que le jour où a elle se joindra à elles dans la proclamation liturgique du privilège de « Marie, la couse sera finie, et la décision souveraine suivra de près. » l Nouvelle Défense des Institutions liturgiques, i’ Lettre à Mgr l’e'véque d'Orléans, page 69.) Nous étions loin de penser alors que le dénouement attendu depuis tant de siècles eût été réservé pour nos temps.
le corps enseignant? A peine en pourrail-on compter quelques-uns qui ne lui rendent un solennel hommage, soit du haut de la chaire de vérité, soit dans leurs lettres pastorales ou mandements, soit dans l'enseignement donné en leur nom et par leur autorité aux élèves du Sanctuaire, soit dans l'approbation et l’encouragement donné par eux aux Confréries et autres pieuses Associations, qui ont pour objet d’honorer Marie Immaculée, soit enfin dans leur langage et dans leurs habitudes publiques de piété. Que l’on suppose la tenue d'un conseil oecuménique en nos jours, si la question venait à se présenter, comme elle se présenta à Trente, n'est- il pas à croire qu’au lieu d'être réservée avec toutes les marques du respect, ainsi quelle le fut alors, le témoignage moralement unanime des Pontifes amènerait aussitôt la décision affirmative, sur une question mûrie par trois siècles et forte de l’adhésion du monde entier, dans le sens du privilège de la Mère de Dieu?
De l’Eglise enseignante, passons maintenant à l'Eglise enseignée, qui se compose du Clergé du second Ordre et du peuple fidèle. Pour le Clergé d'abord, il suffit d'écouter, du pied des chaires, l'instruction qu'il dispense aux fidèles, pour se convaincre que, de toutes parts, il ne cesse de célébrer la faveur qu’a reçue Marie dans sa Conception , et d'encourager par tous les moyens la piété chrétienne envers ce mystère. Quant au peuple fidèle, rien n'est plus évident que son zèle pour la croyance la plus honorable à la Mère de Dieu. Il aime de prédilection tout ce qui la rappelle, il se presse dans les associations au sein desquelles on l’honore, il solennise avec une dévotion toute spéciale la Fête qui a pour objet de la célébrer. Sa possession sur ce point est si ferme et si com-
plète, qu'il no pourrait aujourd'hui l’entendre attaquer du haut de la chaire qu’avec dégoût et indignation. C'est ce qu'exprimait tout dernièrement un de nos Evêques, dans son Mandement sur le mystère de l'immaculée Conception : « Si « de nos jours, a-t-il dit, un homme audacieux, fût-il même « constitué en dignité, renommé par ses talents, sa science, a son éloquence, s’avisait de parler publiquement dans une « des chaires de nos églises, contre l’immaculée Conception « de la Sainte Vierge, comme le patriarche Nestorius parla à « Constantinople contre sa divine Maternité, la surprise et le a scandale seraient ils moins grands? Nous affirmons, sans « hésiter, qu’il y aurait réprobation unanime dans le Clergé o et les fidèles , douleur vive , affliction profonde de voir « ainsi abaisser cl dégrader celle que nous sommes accoutu- « més à honorer comme ayant toujours été pure et sans « tache, (t) »
N’est-ce pas là cette voix du peuple fidèle, si souvent invoquée en témoignage dans les jugements de la foi, cette acclamation toujours décisive qui renversa Nestorius de son trône patriarchal, cette foi de la communauté catholique qui ne pourrait défaillir sans que les promesses de Jésus-Christ ne fussent renversées? Car, qui ne sait que si le Sauveur a garanti infaillible l’enseignement du Corps des Pasteurs uni à son Chef, il s’est engagé à maintenir, par un privilège corrélatif, la permanence de la foi orthodoxe dans le corps des fidèles, puisque l'Eglise serait anéantie le jour où les seuls Pasteurs seraient en possession de la vérité, où le corps des fidèles qui doivent recevoir et accepter d’eux l’enseignement aurait cessé d’exister ou d'être visible?
(1) Mandement de Mgr l’Evêque du Man>, du 8 avril 1819, pag. 8.
Ainsi, les deux grandes parties de la société catholique, l’Eglise enseignante, c’est-à-dire le Siège de Pierre et l’Episcopat; l’Eglise enseignée, c’est-à-dire le Clergé du second Ordre et les Fidèles, s'accordent pour proclamer Immaculée la Conception de Marie. Veut-on constater d’une autre manière le sentiment de l'Eglise? On peut interroger ces deux forces imposantes sur lesquelles repose aussi la Catholicité, nous voulons dire la Doctrine et la Sainteté; on y trouvera encore la profession expresse de l’immaculée Conception.
L’Eglise qui enseigne par ses Pasteurs, 3’explique en même temps par ses Théologiens. Les Docteurs qui, de siècle en siècle, publient leurs écrits, avec son approbation, forment un corps d’une importance doctrinale si considérable, qu’il n’est pas permis de contester une proposition sur laquelle leur accord est moralement unanime. Le témoignage de l’Ecole devient, dans ce cas, une des formes du témoignage de l’Eglise elle -même, de l’Eglise qui accepte et autorise l’enseignement des Docteurs dans son sein.
Or, le sentiment de l’Ecole sur le privilège de Marie, divisé d’abord, est devenu moralement unanime à le soutenir et à le professer, par l’accession successive des plus grands noms de la théologie, les Duns Scot, lesGerson, lcsTrithème, les Surius, les Lipomao, les Catharin, les Laynés, les Salmeron, lesClichtouë, lesBelIarmin, lesTolet, les Pierre Canisius, les Vasquez, les Valenlia, les Suarez, lesBonacina, les André Duval, les Théophile Raynaud, les Louis Bail, les Sfondrale, les Marracci, les Ptazza, etc. Nous plaçons ici ces noms, sans choisir; car, pour être tant soit peu complet, il faudrait couvrir des pages entières. Cet accord n’a pas lieu de surprendre, lorsqu’on se rappelle que dans les divers pays du monde catholique, grand nombre d’Universilés, entre autres l’ancienne
Sorbonne de Paris, firent de bonne heure profession de là doctrine favorable à l’immaculée Conception, etexigèreutdes gradués l’engagement, et souvent même le serment de la défendre.
11 serait inutile d’objecter que l’école Dominicaine fait opposition au sentiment commun, et empêche celte unanimité des Docteurs sur laquelle nous nous appuyons comme sur un argument du témoignage de l’Eglise. D'abord, nous ferons observer que, dans tous les temps, celte École elle-même a fourni des docteurs favorables à l’immaculée Conception; on en pourrait citer au delà de cinquante, à la tête desquels brille le nom du premier docteur mystique de l’Ordre des Frères Prêcheurs, l’immortel Thaulère.
En second lieu, comme nous envisageons dans ce Mémoire l’état présent de la question, et par conséquent la situation actuelle de I Ecole Catholique, on ne doit plus compter l’Ordre de Saint-Dominique dans les rangs des adversaires du Privilège de Marie, puisque ce saint Ordre, tout entier, vient de s’unir à l’Eglise entière, par la profession publique et officielle de ce mystère.
Le 10 Décembre 1843, sur la demande expresse du Maître Général des Frères Prêcheurs, le Pape Grégoire XVI a autorisé les Dominicains à célébrer désormais la Fête de la Conception avec l’Octave à laquelle, par dérogation spéciale, ils n’avaient pas été obligés jusqu’alors, et à proclamer la Conception Immaculée dans la Préface de la Messe. On peut donc dire que, de nos jours, l’Ecole catholique, sans exception, est unanime a reconnaître que Marie a été conçue sans la tache du Péché originel.
Si maintenant nous voulons interroger le sentiment des
Saints que l'Eglise a placé sur les autels dans ces derniers siècles, nous ne les trouverons pas moins unanimes que les Docteurs à confesser le privilège de Marie. Il n’est personne qui ne sente la valeur de ce témoignage; car les Saints ont pratiqué dans une entière plénitude, toutes les vertus dont la foi est la première. Unis intimement à Jésus Christ, illuminés sans cesse des rayons de l'Espril-Sainl, ils ont entrevu dés ce monde la lumière dont la contemplation parfaite et sans nUage fait maintenant leur bonheur; enfin l’Eglise, en les canonisant, a assumé la responsabilité de leurs mérites.
Entre les Saints qui ont rendu à la Conception Immaculée de Marie un témoignage que l'on a recueilli de leurs écrits ou de leurs paroles, nous citerons saint Bernardin de Sienne, saint Jean de Capislran, saint Laurent Justinien, saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, saint François de Borgia, saint Charles Borromée, saint Thomas de Villeneuve, saint Torribio, saint Pierre d’Alcantara, saint Jean de la Croix, saint Paschal Baylon, saint François de Sales, saint Joseph de Coperlino, saint Alphonse de Liguori, etc., sainte Brigitte, sainte Thérèse, sainte Jeanne-Françoise de Chantal, etc Nous ne donnons ici que quelques noms, et nous passons sous silence les Bienheureux , ainsi que les nombreux personnages simplement décorés du litre de Vénérables depuis trois siècles; mais nous affirmons, sans crainte, qu’il serait impossible d'en produire un seul qui ail été contraire à la pieuse croyance, un seul même qui ne l’ait pas professée.
Après avoir exposé ainsi, par le détail, la pensée générale de l'Eglise sur l’immaculée Conception, de manière à constater quelle professe , à tous les degrés, le sentiment favorable à cette doctrine, il nous reste à présenter les actes pu-
blics au moyen desquels elle proclame hautement, et en tant qu’Eglise de Jésus-Christ, sa foi dans le privilège de Marie.
Nous remarquerons d’abord que l’Eglise célèbre solennellement la fête de la Conception de la Sainte-Vierge, et nous conclurons de ce fait incontestable que l’Eglise reconnaît par là même publiquement que la Conception de Marie a été pure et sans tache.
Saint Bernard et saint Thomas vont nous préparer euxmêmes l'argument que nous prétendons tirer de ce fait; quant à la conclusion, il n’est aucun logicien au monde qui puisée se dispenser de la déduire avec nous.
« L’Eglise ne célèbre de fête qu’en l'honneur de ce qui est « saint;
« Or, l'Eglise célèbre la fête de la nativité de Marie;
« Donc la nativité de Marie a été sainte, ou, en d’autres « termes, Marie a été sanctifiée avant de naître, (t) »
Appliquant maintenant le raisonnement des deux saints Docteurs à la Conception de la très sainte Vierge , nous disons :
L’Eglise ne célèbre de fête qu’en l’honneur de ce qui est saint;
Or, personne ne peut nier que l'Eglise ne célèbre la fête de la Conception de Marie. En Orient, elle la célébrait plu-
(1) Fuit procul dubio et Mater Domini ante sancta, quam nata; nec Callitur omnino sancta Ecclesia, sanctum reputans ipsum Nativitatis diem, et omni anno cum cxsultatione unirersæ terne rôtira celebritate suscipiens... quo pacte sanctus asseretur Conceptus, qui de Spiritu sancto non est, ne dicam de pcccato est : aul festus habebitur, qui minime sanctus est? S. Bernard. Epist. 174 ad canonicos Lugdunensts.
Ecclesia célébrât Natiritatem B. Mariæ Virginia; non autem celebratur Césium in Ecclesia nisi pro aliquo sancto: ergo Bcata Virgo in ipsa sua nativitatc Cuit sancta. S. Thom. IIU quœst. 27, art. 1.
sieurs siècles avant le schisme; en Occident, les décrets du Siège Apostolique l'ont rendue obligatoire, l’ont honorée d’une Octave, l'ont, en un mot, placée sur le môme rang que la Nativité, et au-dessus de la Purification et de l’Annonciation, solennités dont assurément l’objet est saint;
Donc, selon saint Bernard et saint Thomas qui n’ont pas vu celte fêle établie dans l’Eglise de leur temps, la Conception de Marie a été sainte.
Si la conclusion n’est pas légitime pour la Conception, elle ne l’est pas non plus pour la Nativité. La fête de la Conception n’a pas toujours été célébrée dans l'Eglise; mais celle de la Nativité ne l’a pas non plus été toujours. L’une et l’autre ont été instituées par la môme autorité; l’institution de l'une et de l'autre nous révèle, au môme litre, la sainteté de l’objet qu’elles ont pour but de célébrer.
Il est donc évident que l’Eglise professe, par le fait même de la Fête delà Conception, la doctrine qui reconnaît celte Conception Immaculée. C’est ce qu’avait parfaitement compris l'Ordre de saint Dominique, et les Eglises qui protestaient contre la pieuse croyance, lorsqu’elles voulaient célébrer le 8 Décembre, la Sanctification et non la Conception de la sainte Vierge, et Grégoire XV, en leur retirant cette liberté, Alexandre VII, en insistant sur le titre de la Fêle, comme exprimant une intention favorable au mystère lui-même, faisaient assez voir qu’il y avait dans celte seule circonstance une définition implicite sur la matière.
Mais la profession publique et officielle de la croyance à l’immaculée Conception ne se manifeste pas seulement, de la part de l’Eglise, dans le titre et dans l’intention de la Fête du 8 Décembre; les paroles mêmes de la Liturgie expriment
plus positivement encore la profession irréfragable de celle croyance.
II ne s’agil pas ici de l'Office de la Conception récemment inauguré à Rome, ni de celui que récitent les nombreuses Eglises de l’Espagne, du Portugal et de l’Amérique méridionale, ainsi que tout l'Ordre de saint François; on sait que ces Offices ont pour but direct de proclamer Immaculée la Conception de Marie; seulement, nous ferons observer que l’étendue géographique des contrées dans lesquelles ils régnent, avec l’agrément du Siège Apostolique, représentent une partie notable de l'Eglise catholique : il s'agit de l'Office introduit dans le Bréviaire universel par saint Pie V, en 1.668, lequel Office est chanté et récité dans toute l'Eglise Latine, à l’exception des diocèses de France qui ne suivent pas la Liturgie Romaine, et qui, d'ailleurs, ont récité et chanté cet Office jusqu’au xvur siècle, comme il est aisé de le voir par les Bréviaires antérieurs à l'innovation (f).
Ainsi que nous l'avons vu, cet Office universel n’est autre que celui de la Nativité de la Sainte Vierge, dans lequel on a substitué le mot Conception dans l’Oraison, les Antiennes, Répons et Versets aux mots qui exprimaient la Nativitë. 11 devait donc arriver, par suite de cette substitution, usitée
(1) La Liturgie Ambrosicnne qui est en usage dans le diocèse de Milan et dans un certain nombre d’Eglises de cette Métropole, ne contient pas l’office du Bréviaire de saint Pie V; mais elle ne s’unit pas moins au reste de l’Eglise dans la confession solennelle du privilège de Marie. A la Messe du 8 Décembre, VIngressa est ainsi conçu : « Lætemur omnes in Domino, « dicm festum célébrantes, ob lionorcm B. Maria: Virginia, de cujus im- « maculatA Conceptione gaudeul Angeli, et collaudant Filium Dci. » Dans la Préface, on Ut ces paroles: « Reccnsemus cnim prœciarissimœ Con- « ceptionis diem quo gloriosissima Dei Ucnitrix, intemerata Virgo Maria, a stelia corus ca et admirabilis, mundo concept» est. »
déjà, ainsi que nous l'avons dit, dans plusieurs Eglises, avant le Bréviaire de saint Pie V, que lesélogesdécernéspar l'Eglise catholique à la Nativité de Marie, laquelle Nativité, selon l'enseignement catholique a été pure et sainte, s’appliqueraient directement à sa Conception.
Or, c’est ce qui a eu lieu, et de la manière la plus significative en faveur du privilège de Marie. L’Antienne de Magnificat des premières Vêpres de la Nativité portail ces paroles : Gloriosœ Virginis Mariœ ortum digmissimum recolamus. Depuis près de trois siècles, toute l’Eglise a dû chanter, et a chanté en effet, sauf les diocèses de France qui ont cessé de le faire depuis le xviii* siècle : Gloriosœ Virginis Mariœ Conceptionem dignissimam recolamus.
Le huitième Répons des Matines de la Nativité portail encore ces paroles : Sentianl omnes tuum juvamen, quicumque célébrant tuam sasctam Nath itatem; depuis près de trois siècles, toute l'Eglise a dû chanter et a chanté en effet, sauf les diocèses dont nous parlons : Sentianl omnes tuum juvamen quicumque célébrant tuam sasctam Conceptionem.
11 est évident qu’une Conception très digne et très sainte ne saurait être une Conception entachée du péché originel; elle ne peut donc être qu’une Conception Immaculée. L’Eglise confesse donc publiquement et officiellement le privilège de Marie dans l'Office ordinaire de la Fêle du 8 Décembre. Or, la Liturgie, principal instrument de la Tradition, représente dans ses formules la règle de ce que l'on doit croire; nous laisserons le lecteur tirer la conséquence de cette profession patente de l'Eglise.
On doit comprendre de plus en plus pourquoi les opposants à la doctrine de l’immaculée Conception avaient re-