SUR
PAR J. A. BOGROS.
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Lu à l’Académie des sciences.
Principe de toute sensibilité, de toute contractilité, les nerfs ont fixé l’attention des anatomistes et des physiologistes de tous les temps. Pour expliquer les phénomènes aussi nombreux que singuliers qu’ils produisent dans l’économie animale, on a créé une foule d’hypothèses, qui, toutes basées sur quelques cas particuliers , s’éloignent plus ou moins de la vérité. Je n’ai pas l’intention de combattre ces diverses théories : mon but est de faire connaître quelques faits généraux relatifs à la
structure des nerfs.
Tout ce que l’on a fait jusqu’ici sur la structure des nerfs se réduit en général à ce que Reil nous a appris. Les expériences de cet habile anatomiste consistent : i°à soumettre les nerfs à l’action de l’acide nitrique étendu d’eau ; détruisant par ce procédé leur enveloppe névrilématique , Reil a démontré que chaque cordon nerveux était composé d’un assemblage de filets médullaires fréquemment anastomosés entre eux; 2° après avoir laissé séjourner d’autres nerfs pendant un certain temps dans une solution alkaline , afin d’enlever leur substance médullaire, il a réduit chaque filet nerveux à n’être plus qu’une réunion de canaux fibreux susceptibles d’être pénétrés par l’injection : c’est de cette manière que la plupart des anatomistes qui , après Reil, se sont occupés de la structure des nerfs, ont entendu leur disposition canaliculée.
Les recherches dont j’ai l’honneur de soumettre le résultat à l’Académie des sciences m’ont prouvé que chacun des filets qui composent un cordon nerveux , soit qu’il appartienne à la vie de relation, ou qu’il dépende du grand sympathique , est creusé à son centre d’un canal perméable à l’injection; le liquide qu’on y fait pénétrer parcourt avec une égale facilité l’intérieur du canal du tronc aux ramifications , et des ramifications au tronc. D’après mes expériences, cette propriété existe pendant la vie et persiste après la mort, sans qu’il soit nécessaire de faire subir aux
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nerfs aucune préparation préliminaire; les ganglions nerveux participent également à la structure canaliculée. Les racines de tous les nerfs qui naissent de la moelle de l'épine et de ses prolongemens cérébraux, ne sont pas perméables à l’injection. Quelques précautions que j’aie prises je n’ai jamais pu parvenir à les injecter.
Les canaux nerveux n’appartiennent pas exclusivement aux nerfs de l’homme. J’ai constaté leur existence dans les nerfs d’animaux pris dans les quatre classes des vertébrés ; et même l’injection m’a semblé parcourir avec beaucoup plus de facilité les canaux nerveux des oiseaux, des poissons et des reptiles que ceux des mammifères: cette circonstance me semble provenir d’une différence dans la densité des enveloppes névrilémaliques chez ces diverses classes d’animaux.
i Structure des racines des nerfs.
La substance médullaire de chaque radicule nerveuse , à l’endroit où elles abandonnent la partie de la moelle dans laquelle elles sont implantées, empruntent à la pie-mère et à l’arachnoïde une gaine qui les accompagne jusqu’à leur sortie du crâne ou de la cavité rachidienne ; souvent cette gaine forme une enveloppe particulière pour chaque radicule d’une même racine , et quelquefois elle est commune à toutes.
Plus ou moins près du lieu où les racines des nerfs vont pénétrer dans les trous qui leur livrent passage, elles empruntent une seconde enveloppe formée par la lame interne de la dure-mère. Cette nouvelle gaine est tapissée par l’arachnoïde, et ne contracte aucune adhérence avec la pie-mère, qui entoure ces racines : de cette disposition résulte, entre la pie-mère et la dure-mère, un espace libre qui communique avec les cavités crânienne et vertébrale.
Les gaines des racines postérieures des nerfs spinaux, et celle du nerf trifacial arrivées près des ganglions, les enveloppent et se transforment en un tissu spongieux et érectile qui constitue d’abord autour de chaque racine postérieure un bourrelet qui contracte de nombreuses adhérences avec la substance du ganglion.
Dans ce même point les gaines diverses des racines antérieures contractent des adhérences avec le névrilème des cordons nerveux qui partent du ganglion.
Les gaines des racines des nerfs crâniens ne s’unissent étroitement entre elles qu’après avoir franchi leurs ouvertures respectives : c’est là seulement que commencent les canaux nerveux. Les enveloppes du nerf optique sont distinctes l’une de l’autre, depuis sa sortie du crâne jusqu’à son entrée dans le globe de l’œil; et là encore on voit évidemment la gaine fibreuse que lui fournit la dure-mère s’unir à la lame externe de la sclérotique.
Les radicules postérieures des nerfs spinaux sont distinctes les unes des autres depuis leur origine jusqu’aux ganglions où elles se terminent. Celles des racines anté-
rieures peuvent être également séparées jusqua leur union avec les filets nerveux qui partent de ces mêmes ganglions. La plupart des radicules des nerfs cérébraux s’accollent en un seul et même tronc plus ou moins près de leur point d’implantation.
Quand on fait séjourner les racines des nerfs dans une liqueur alkaline, on peut par le lavage les dépouiller de toule la substance médullaire qu’elles contiennent; c’est à cette préparation qu’elles doivent d’être perméables à l’injection , surtout quand leurs gaines offrent assez de résistance pour soutenir le poids du liquide qu’on y introduit. On sait que le nerf optique se prête très bien à ce genre d’expériences , et, sous ce rapport, il doit être considéré comme ayant la même structure que les racines des nerfs. La dissection démontre que les racines des nerfs, qui ont été exposées à l’action de l’acide nitrique étendu d’eau, sont composées de fibres médullaires aussi distinctes que celles de la substance médullaire cérébrale ou spinale, d’où elles tirent leur origine; ainsi les racines des nerfs peuvent être considérées comme autant de prolongemens de la moelle cérébro-spinale : de même que cette substance , elles ont chacune une gaine fibreuse formée par la dure-mère et l’arachnoïde, immédiatement apposée sur elles.
Des ganglions intervertébraux.
Les ganglions intervertébraux, situés dans les trous de conjugaison, sont entourés d’un plexus veineux qui fait partie des sinus vertébraux, et plus immédiatement par un tissu spongieux développé dans les lames de la dure-mère. Les ganglions se composent d’une substance en apparence homogène , d’un gris légèrement rougeâtre; c’est dans cette substance , avec laquelle elles semblent s’identifier, que se terminent les racines postérieures des nerfs ; une multitude de canaux contournés, entrelacés, la parcourent en tous sens. Ces canaux communiquent avec ceux des nerfs, avec le tissu spongieux, avec le plexus veineux environnant, et enfin avec la cavité de la dure-mère, au moyen d’un plus ou moins grand nombre d’ouvertures placées entre les deux gaines que leur donnent les méninges. Cette triple anastomose peut être démontrée de trois manières différentes : i° si l’on introduit un tube chargé de mercure dans un des canaux nerveux qui partent d’un ganglion, le métal pénétre dans le ganglion, le gonfle, passe dans le tissu spongieux de la méninge, dans les plexus veineux des sinus vertébraux, et arrive enfin dans la cavité de la dure-mère, par des ouvertures placées près de l’endroit dans lequel les racines nerveuses pénétrent dans le ganglion; 2° on obtient des résultats encore plus évidens et plus généraux, en injectant par la cavité de la dure-mère ; pour cela on ouvre le canal vertébral près de son extrémité céphalique , et l’on coupe en travers la moelle de lepine et ses membranes. Après avoir détaché la dure-mère dans une étendue assez considérable , on la fixe au moyen d’une forte ligature circulaire sur un tube de verre de
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vingt-quatre à trente pouces de long. A mesure que le tube reçoit le mercure qu’on y verse, le métal passe dans le canal delà dure-mère, le remplit, s’introduit dans chaque prolongement qu’il fournit aux racines des nerfs , pénètre les ganglions, et, après avoir distendu les divers canaux de ces organes, s’introduit nonseulement dans les tubes nerveux qui en partent , dans les canaux qui établissent des communications avec les ganglions du grand sympathique, et dans quelques-unes de leurs ramifications, mais encore il remplit les plexus veineux qui entourent chaque ganglion, et, par cette même voie, s’insinue dans les sinus vertébraux, les veines intercostales , l’azygos, et arrive enfin jusque dans l’oreillette droite du cœur; 3° lorsqu’un tube chargé de mercure est plongé dans la substance propre des ganglions, ceux-ci s’injectent, comme par les moyens précédens, et le mercure s’échappe par les mêmes issues. Sous ce rapport, les ganglions des nerfs ont une identité de structure avec les ganglions lymphatiques : ces derniers peuvent être facilement injectés par un semblable procédé.
Les racines antérieures des nerfs spinaux , de même que les racines des nerfs qui proviennent des prolongemens cérébraux de la moelle allongée , si l’on en excepte le nerf trifacial, n’ont point de ganglion. Les racines antérieures des nerfs spinaux s’accollent aux ganglions des racines postérieures, et s’unissent intimement avec les nerfs qui en partent. Les racines des nerfs crâniens, en sortant par les trous delà base du crâne , contractent de nombreuses adhérences avec les enveloppes que leur fournissent les méninges. Les nerfs qui émanent de ces deux ordres de racines ont des canaux qui s’ouvrent dans la cavité de la dure-mère , de sorte que l’injection qui les parcourt pénètre aisément dans la cavité méningienne , et de cette dernière passe avec une égale facilité dans les canaux nerveux.
Structure des nerfs.
Tous les filets nerveux, à l’exception des nerfs optique, acoustique et olfactif, sont creusés à leur entrée d’un canal perméable à l’injection ; les parois de ce canal sont formées de deux tuniques de structure différente : l’une externe, fibreuse, dense , continue à la dure-mère , compose la gaine des racines des nerfs du côté de leur extrémité centrale, s’identifie avec le tissu fibreux des organes dans lesquels les canaux se ramifient; l’autre interne, molle, pulpeuse , ^compressible , cependant tenace , provient de la substance médullaire des racines des nerfs. La première , appelée nevrileme, se compose de diverses lames fibreuses : les plus externes forment une enveloppe commune à tous les filets d’un même cordon nerveux : d’autres plus profondes s’entrecroisent autour des filets, de manière à les unir les uns aux autres : des lames plus profondes, plus serrées, plus étroitement unies , fournissent à chaque filet de nerf une tunique distincte intimement appliquée sur la tunique
interne. Cette dernière, appelée pulpeuse, est particulière à chaque filet nerveux , et quoiqu’elle ait beaucoup de ressemblance avec la substance cérébrale, elle en diffère pourtant par une ténacité plus grande; ainsi, quand on coupe un cordon nerveux en travers, et qu’on cherche à exprimer la pulpe contenue dans les canaux névrilématiques , il n’en sort qu’une sérosité limpide. La même expérience faite sur une racine nerveuse, met en évidence la pulpe médullaire quelle contient : cette différence dans les résultats vient de ce que dans les nerfs la pulpe médullaire est contenue dans les aréoles d’un tissu à lames minces et très résistantes. La pulpe médullaire est tellement comprimée par son enveloppe névrilématique , que lorsqu’on examine les filets d’un cordon nerveux coupé en travers, on voit, sur la section de chaque filet nerveux, une éminence sphérique formée par la pulpe médullaire comprimée. L’injection prouve que c’est dans la substance médullaire que sont les canaux nerveux. On peut encore se convaincre de leur existence par l’inspection directe : si l’on examine à une vive lumière un cordon nerveux coupé en travers, on voit que la petite sphère qui surmonte la section de chaque filet offre à son centre un point d’une couleur plus terne; ce point est l’orifice du canal nerveux dont les parois sont fortement appliquées sur elles-mêmes. Si le cordon est injecté et qu’on le comprime , on voit évidemment l’injection sortir par les points que je viens de faire connaître.
Le séjour des nerfs dans une solution alkaline, en altérant la structure de leurs canaux, les rend moins perméables à l’injection. Lorsqu’à l’aide de l’acide nitrique ils ont été dépouillés de leur névrilème, et qu’après les avoir fait macérer dans l’eau pendant quelques jours pour les débarrasser de l’acide , on peut par la dissection démontrer que leur pulpe médullaire est composée de fibres parallèles , tout-à-fait semblables à la substance blanche du cerveau.
Injection des nerfs.
Pour injecter les nerfs il ne suffit pas de faire pénétrer l’extrémité d’un tube dans l’épaisseur d’un filet nerveux, comme cela se pratique pour les vaisseaux lymphatiques ; car les parois de ces derniers sont très minces , relativement à leur calibre : tandis qu’au contraire les tuniques des canaux nerveux sont fort épaisses par rapport à la petite capacité de leur canaux, dont les parois, à cause de leur structure, tendent constamment à s’appliquer à elles-mêmes. Si l’extrémité du tube ne pénètre qu’entre les lames du névrilème, l’injection s’épanche irrégulièrement, et alors même qu’il a pénétré dans le névrilème propre, ou même la pulpe médullaire, ces deux tuniques offrent assez de résistance pour empêcher l’écoulement du liquide ; mais à peine le tube est-il parvenu dans le canal nerveux, qu’on voit alors l’injection le parcourir avec la même rapidité qu’elle parcourt un vaisseau lymphatique. Cepen-
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dant après que le liquide injecté a cheminé dans une étendue de quelques pouces , par un ou plusieurs canaux, la force qui le meut n’est plus suffisante pour le faire pénétrer plus avant. Il est alors nécessaire d’exercer sur les parois des tubes nerveux de légères frictions, et de les comprimer modérément dans le sens vers lequel on cherche à faire avancer l’injection. A l’aide de ces légères frictions on peut faire parcourir à l’injection toute l’étendue des canaux nerveux, depuis leur extrémité centrale jusqu’à leur extrémité périphérique.
Le liquide, ainsi poussé dans un nerf, ne s’introduit pas dans tous les canaux nerveux d’un même cordon. Cependant les anastomoses fréquentes de ces canaux ne peuvent être révoquées en doute , surtout quand on examine tous ceux d’un même cordon nerveux , dont le névrilème a été détruit par l’acide nitrique. Cette circonstance tient à ce que ces canaux s’abouchant entre eux sous des angles très aigus, la pulpe médullaire remplit dans ces endroits l’office de valvules.
Le liquide qui distend les canaux nerveux forme des colonnes cylindriques d’autant plus volumineuses qu’elles sont plus rapprochées des plexus et des ganglions intervertébraux , et d’autant plus ténues et plus nombreuses qu’on les injecte près de leur fin.
Les canaux nerveux qui se rendent dans les ganglions intervertébraux s’y ramifient de la même manière que les vaisseaux lymphatiques dans les ganglions. L’injection qu’on fait parvenir vers les dernières ramifications nerveuses s’introduit dans un réseau capillaire dont les ramifications sont tellement ténues qu’elles échappent à l’œil le plus exercé ; cependant toutes celles qu’on y aperçoit ont une forme régulièrement cylindrique. Les derniers ramuscules que j’ai pu apercevoir dans les muscles affectent la même direction que leurs fibres charnues. On peut, à l’aide de l’injection des filets nerveux faire arriver le mercure à la superficie du derme , sur les membranes muqueuses, dans les follicules mucipares, etc.
L’injection démontre trois espèces d’anastomoses dans les nerfs : la première a lieu entre tous les filets qui partent d’un même ganglion, et se fait par l’intermédiaire des canaux creusés dans sa substance ; la seconde consiste dans l’abouchement d’un canal nerveux dans un autre : elle se remarque non-seulement entre tous les filets d’un même cordon nerveux , mais encore avec ceux d’un cordon voisin : telles sont les anastomoses qui se remarquent dans les plexus brachial et crural , etc. La troisième a lieu par l’accollement d’un ou plusieurs filets d’une paire de nerfs à un cordon nerveux d’une autre paire. Des filets appartenant à un autre nerf se ramifient sur un tronc nerveux en suivant une direction inverse à la distribution de ce dernier : telles sont, par exemple, les anastomoses du nerf facial avec le trifacial.
Nerfs du grand sympathique.
Les nerfs et les ganglions compris sous la dénomination de grand sympathique sont creusés de canaux dont le calibre est en général si ténu qu’on est obligé, pour les injecter, de se servir de tubes d’une extrême capillarité ; ils se ramifient fréquemment dans leur trajet, et forment un grand nombre de plexus très compliqués.
Ganglions du sympathique.
La structure des ganglions du grand sympathique diffère de celle des ganglions intervertébraux, en ce que les premiers ne sont point enveloppés par une membrane fibreuse dans les mailles de laquelle existe un tissu spongieux. La substance d’un gris-rougeâtre qui les constitue paraît avoir une grande analogie d’organisation avec celle des ganglions intervertébraux.
Les ganglions du grand sympathique sont enveloppés d’un tissu cellulaire lâche : ils sont creusés d’une multitude de petits canaux tortueux , contournés, entrelacés, communiquant avec ceux des filets qui en partent, et même avec les veines qui en sortent. Ces diverses communications se démontrent, soit par l’injection de la substance propre du ganglion en y plongeant un tube , comme il a été dit pour les ganglions intervertébraux, soit en les injectant par les nerfs. Cette description ne convient pas à tous les ganglions du grand sympathique : elle est plus spécialement applicable aux trois ganglions cervicaux, et au semi-lunaire. Les ganglions dorsaux, lombaires et sacrés, diffèrent des précédens, en ce que leurs filets d’origine, au lieu de s’identifier avec eux , les traversent , vont se distribuer aux organes auxquels ils sont destinés, après avoir formé un grand plexus, sans se dépouiller entièrement de leur enveloppe névrilématique. Par la seule inspection , Ton peut s’assurer de la disposition que je viens de faire connaître : l’injection la démontre d’une manière incontestable.
Nerfs du grand sympathique.
Les nerfs du grand sympathique ont en général une couleur gris-cendré, et quoique mous et pulpeux , ils soutiennent assez bien l’effort de la colonne de mercure qui pénétre leurs canaux. Ni par la dessiccation, ni par des moyens chimiques, on ne peut les diviser, de même que les nerfs de la vie de relation, en deux tuniques de substances différentes. La plupart semblent emprunter de leurs ganglions la substance grise dont leur tunique paraît composée. Les nerfs du grand sympathique sont tantôt arrondis, tantôt aplatis : leur intérieur est creusé de canaux nerveux très déliés qui , dans leur trajet , communiquent fréquemment entre eux. Le tissu
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fibreux ne leur est pas tout-à-fait étranger; le névrilème est très apparent dans la plupart des filets d’origine, ils ne s’en dépouillent pas en traversant les ganglions dorsaux, lombaires et sacrés; au contraire , la substance de ces ganglions semble les envelopper , s’identifier avec leurs névrilèmes , et les accompagner dans leurs distributions.
Les filets du grand sympathique des oiseaux , des poissons et des reptiles, sont très ténus; ils diffèrent de ceux de la vie de relation en ce qu’ils sont recouverts d’une matière colorante de nuance variable.
Injection des nerfs du grand sympathique.
Afin d’injecter ces nerfs il faut se servir de tubes d’une finesse extrême, à cause de la ténuité de leurs canaux, et ce n’est pas toujours sans beaucoup de difficulté qu’on fait pénétrer le mercure dans leur cavité. Il est indispensable d’exercer de légères frictions pour le faire cheminer. Il est très facile, au contraire, de les injecter par les ganglions: c’est ainsi que par les ganglions cervicaux j’ai pu aisément injecter les nerfs cardiaques, et les nerfs du plexus solaire par les ganglions semilunaires. Les canaux nerveux des nerfs du grand sympahtique se terminent comme ceux de la vie de relation, par des ramifications de plus en plus ténues. A l’aide de l’injection j’ai suivi les ramifications des nerfs cardiaques jusqu’à la pointe du cœur.
J’ai employé pour faire les injections des nerfs des substances de différentes natures : le mercure, l’eau, les huiles, la gélatine, etc. Les instrumens dont je me sers sont, pour injecter au mercure, un tube de vingt-quatre à trente pouces de long, foAmé de plusieurs pièces réunies; pour pousser toute espèce de liquide, j’ai imaginé un appareil qui , à l’aide de la pression exercée par une colonne de mercure, fait pénétrer l’injection. ( V oy . les planches.)
L’extrémité inférieure de chacun de ces instrumens est fixée à un petit appareil destiné à recevoir des tubes de verre, dont le calibre peu considérable permet de les filer à la flamme d’une bougie. L’aisance avec laquelle ces tubes s’adaptent à cet appareil procure l’avantage de les remplacer par d’autres, toutes les fois qu’ils se brisent , ou bien que l’injection ne marche pas convenablement. L’expérience m’a prouvé que plus les tubes sont capillaires plus ils sont propres à l’injection des nerfs : En effet, un tube très mince altère peu les parois du canal dans lequel il est introduit, et le liquide qui le pénétre, arrivant par une ouverture très étroite, parcourt ce canal par sa propre impulsion , avant que d’agir sur ses parois.
Les faits que je viens d’exposer prouvent évidemment l’existence de canaux dans l’intérieur de chaque filet nerveux; comment, sans cela, le mercure pourrait-il parcourir toute l’étendue d’un nerf, depuis son origine jusqu’à ses dernières ramifications, et par un cours rétrograde revenir à son point de départ?
L’existence des canaux, dans les ganglions, n’est pas moins certaine : le liquide que l’on y pousse, soit par les filets qui en proviennent, soit à laide d’un tube plongé dans leur substance , s’y distribue d’une manière si constante et si régulière qu’il n’est pas permis de supposer que cette pénétration soit le résultat d’un épanchement ; et je ne puis croire que cette objection puisse être raisonnablement admise par tous ceux qui ont l’habitude d’injecter les vaisseaux lymphatiques. Du reste, la communication de ces canaux avec ceux des filets qui en partent lève toute espèce de doute.
La pathologie, la physiologie expérimentale, sont d’accord avec l’anatomie pour démontrer l’existence des canaux nerveux. Ne sait-on pas que la ligature d’un nerf interrompt sa fonction? Dans quelques circonstances n’arrête-t-on pas Yaura-epileplica j en liant fortement le membre au-dessus du point où elle commence à se faire sentir?
Mais l’existence de ces canaux force nécessairement d’admettre qu’un fluide d’une nature quelconque parcourt les nerfs; et ce n’est certainement pas un fluide analogue au fluide électrique , parce que ce fluide n’a pas besoin de canaux pour être transmis. La compression n’en arrêterait point le cours : l’organisation des nerfs répugne d’ailleurs à cette hypothèse , car si les nerfs n’étaient que des conducteurs électriques , ils seraient nécessairement composés d’une substance très conductrice enveloppée d’une autre qui ne le serait pas; on sait au contraire que le névrilème est aussi bon conducteur que la pulpe médullaire.
De ce qui précède je crois pouvoir conclure qu’il entre dans la composition de la plupart des animaux quatre ordres de vaisseaux, dont trois, ayant un centre commun, forment un appareil circulatoire complet , qui a pour usage de faire parcourir toutes les parties de l’économie par les élémens de l’organisation; cette circulation se fait par un double courant ; l’un a lieu du centre à la périphérie , et l’autre de la périphérie au centre.
Pourvu également d’un centre particulier, le quatrième ordre constitue un appareil complet, dont le but est de transmettre à tous les organes le principe du sentiment et du mouvement.
Ces quatre ordres de vaisseaux ont pour caractère commun d’être perméables à un liquide autre que celui qu’ils recèlent pendant la vie, et de marcher de conserve et jusqu’à la fin des divers trajets qu’ils parcourent.
Tous les vaisseaux ont entre eux des communications susceptibles d’être démontrées par l’injection : ainsi, on sait que les artères et les veines ont entre elles , à leur distribution dans les organes , de fréquentes anastomoses ; c’est dans les veines que vont aboutir tous les troncs lymphatiques.
L’injection m’a également démontré de nombreuses communications entre les canaux des ganglions et les nombreuses ramifications du système veineux.