PREMIÈRE PARTIE
Etat actuel de nos comiaissances sur les (affections syphilitiques en général.
1° Les maladies primitives des parties génitales, re'pnte'es syphilitiques, e'taient- elles connues des anciens?
Les affections des organes génitaux des deux sexes, désignées sous le nom de vénériennes ou syphilitiques, étaient connues des anciens. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à consulter les écrits d’HippocRATE , Galien , Paracelse , Dioscoride , CelsEjFracastor, ceux des médecins arabes, etc. Les livres religieux des Juifs oii ces maladies se trouvent désignées d’une manière non équivoque en font fol ; et l’exactitude des descriptions qu’en donnent Guy de Chauliac et Saltcet ne peut laisser le moindre doute sur l’identité de
ces maladies des organes sexuels avec celles qu’on désigne sous le nom collectif de syphilitiques.
Parmi les écrivains plus modernes qui se sont le plus occupés de recherches sur l’origine de la syphilis, quelques-uns soupçonnent et d’autres assurent cja’elle était connue long-lems avant la découverte du nouveau monde. Haller, Spren- GELL, Forster, Bell , Hensler , Becket, Sanchez, Bosquillon , Grunner d’Iéna , Lagneau , Jourdan , Richond , etc. , se sont prononcés pour son antiquité.
Si Pon admet que la syphilis était connue des anciens, il devient inutile de discuter la question de son importation d’Amérique. Ce sujet plus curieux qu’utile, n’intéresse guère que l’histoire de l’art et ne peut recevoir ici que très-peu de développemens.
Vers la fin du xv™^ siècle , à-peu-près à l’époque du premier retour de Cristophe Colomb du continent américain, une épidémie affreuse se manifesta presqu’en même tems dans plusieurs contrées de l’Europe. Elle sévit avec violence pendant plusieurs années, produisit de grands désastres, s’adoucit peu-à-peu et finit par disparaître.
M. Jourdan pense qu’elle fut une suite de la maladie marranique , sorte de typhus dont fut atteinte la population juive que dans l'année 1492, Ferdinand, roi d’Espagne, expulsa de ses états. Ces malheureux marranes, comme on les
appelait , transportés en France, en Italie , et en Afrique, dépourvus de tout moyen d’existence, plongés dans la misère la plus profonde, se trouvèrent dans les circonstances les plus favorables pour le développement d’une épidémie. L’émigration de ces familles dans ces diverses contrées, devint, suivant le médecin que nous venons de citer, la causera plus active du développement de l’épidémie affreuse qui régna à cette époque.
M. Richond pense que le grand nombre de maladies des organes génitaux , observés vers l’an 149^ et i494 5 doit être attribué à l’influence sympa lbic[ue exercée sur ces parties par les éruptions cutanées développées par l’épidémie.
Selon SwEDiAUR, la syphilis fut originellement transportée d’un climat chaud en Europe où elle a exercé, suivant le témoignage de tous les auteurs contemporains, des ravages terribles, de même que de nos jours transportée au Canada , elle y produisit les symptômes les plus affreux et semblables à ceux c[ui se sont manifestés à son apparition en Europe.
Je considère l’épidémie du xv^^'^ siècle comme étrangère à la syphilis. Je ne serais pas éloigné de croire qu’elle se combina avec les maladies des parties génitales C£ul existaient déjà, et qu’elle leur imprima des modifications qui en ont fait une affection telle à-peu-près qu’elle existe aujourd’hui. Cette maladie nouvelle fixa l’attention des médecins contemporains j et comme son ap-
parition coïncida avec la découverte du nouveau monde, ils en tirèrent cette conséquence que la vérole était originaire du nouvel hémisphère découvert par Colomb. Cette maladie caractérisée dans son principe par des symptômes très-graves, diminua insensiblement d’intensité ; et peut-être par la succession des teins s’affaiblira-t-elle encore da vantage, et finira si non par disparaître du moins par devenir très-légère. Si cette opinion, déjà émise par Swediaur, n’est qu’une conjecture, •• elle est au moins consolante pour l’avenir.
Quoiqu’il en soit/il paraît que de tems immé-A morial les affections des parties génitales furent I connues; que l’épidémie du xv™® siècle leur a | imprimé des modifications remarquables; que leurs phénomènes les plus graves ont diminué d’intensité et que quelques-uns ont tout-à-fait disparu. ^ — — ^
2° Quelles sont les diverses lhe'ories par lesquelles on cherche à expliquer le de'veloppemeut et la propagation des aftections syphilitiques.
Sans parler des causes diverses auxquelles les anciens médecins attribuaient les affections vénériennes , nous allons examiner rapidement les principales théories par lesquelles on explique aujourd’hui leur formation et leur propagation.
La ])lus ancienne qui est aussi la plus généralement admise par la plupart des praticiens, re-
connaît l'existence d’un principe particulier et spëcificjue qu’on nomme virus syphilitique dont l’action spéciale sur les liquides et les solides de l’économie détermine tous les accidens qui signalent la présence de ces maladies. Ainsi , si après des rapports intimes avec une femme suspecte il se développe cliez un individu une urétrite, des ulcères ou un bubon, il reste exposé, si ces symptômes ne sont pas efficacement combattus par le mercui’e , il reste exposé , dis-je , à une série de phénomènes divers dont l’ensemble constitue la vérole confirmée, phénomènes qui sont alors le produit de l’absorption du virus et de son transport dans la masse des humeurs. Cette proposition forme la base de la théorie admise encore par un très-grand nombre de médecins. Parmi ceux qui professent cette opinion, il en est qui regardent l’absorption du virus comme succédant immédiatement à l’infection , et admettent la nécessité, dans tous les cas, de recourir à un traitement général pour neutraliser l’action de ce prin" cipe inconnu sans reconnaître l’utilité d’un traitement local qu’ils négligent la plupart du tems. D’autres praticiens, quoique partisans d’un virus, persuadés qu’il reste plus ou moins de tems stationnaire dans la partie primitivement affectée, et que ce n’est que secondairement que le reste • de l’économie se ressent de son impression, attachent plus d’importance au traitement local des symptômes de la- maladie, mais prescrivent par
précaution l’emploi des mercuriaiix à titre de spécifiques pour prévenir l’infection générale.
Hcnter rapporte les phénomènes morbides à l’irritation des tissus vivaces, en admettant toutefois un virus. Il pense que les sympathies mises en jeu par l’action purement locale de ce principe inconnu, sont de nature à provoquer dans les parties irritées d’une manière secondaire des mouvemens semblables à ceux que le virus avait produits dans les parties primitivement affectées, des imitations plus ou moins parfaites de l’excitation primordiale. Ainsi Hünter, tout en admettant l’action de ce principe, refuse de reconnaître une infection générale de l’économie chez un individu affecté d’un ou de plusieurs symptômes consécutifs. Il pense que les phénomènes divers C]ui sont alors pi’oduits sont locaux, peuvent être guéris par des moyens directs , et que le pus qu’ils forment n’est pas virulent.
L’opinion du médecin anglais se rapproche beaucoup de celle de M.JBRoussAi^^elui-cÿaclopte f\di théorie de la sympathie, mais sans renoncer à I l’idée que les effets secondaires de la syphilis I constituent'Une maladie distincte,ayant son cours ^
! nécessaire. Suivant lui , les premiers symptômes i\ irritatifs se répètent sympathiquement sur les ' tissus analogues de l’économie, d’où ils passent à d’autres ; car plus ils se répètent, yjlus ils tendent à se répéter, tendance qui est une loi de l’économie.
11 résulte de là qu’au bout d’un certain teins, la i
T^ypliil is forme une diathèse, c’est-à-dire, une aptitude particulière de divers tissus à répéter les y
diverses irritations qui les affectent. ^ ^
Quelques médecins modernes, parmi lesquels ou distingue M*"® Jourdan, Richond, Dübled, etc., nient l’existence du virus. Ils appellent vénériens tous les symptômes qui se manifestent aux parties génitales des deux sexes à la suite de l’acte qui résulte de leur union, dans lequel acte une surface saine s’est trouvée en contact avec une surface ulcérée ou enflammée; tous ces symptômes sont pour eux de même nature et ne diffèrent que par le degré d’intensité. Ils rangent dans le même ordre les symptômes qui éclatent dans des parties plus ou moins éloignées du point qui a été primitivement affecté, ce qui établit la distinction des maladies vénériennes en primitives et consécutives. ( Jourdan, j
Des causes étrangères a l’acte vénérien donnent lieu fréquemment au développement ^ dans les mêmes pai'ties, de phénomènes semblables h ceux que cet acte peut produii'e. Ces pJdegmasies ces ulcérations sont-elles susceptibles de déterminer les mêmes accidensl sont-elles contagieuses dans certaines circonstances ? Les médecins, dont nous exposons la théorie, admettent une similitude parfaite entre les symptômes qui se développent aux organes génitaux à la suite de l’infection vénérienne et ceux qui se manifestent après toute autre cause. Les affections de ces par-
lies, qu’elles soient ou non le résultat du contact vénérien , revêtent, en effet, souvent les mêmes formes ; mais si dans le premier cas elles ont pour caractère spécial de se transmettre par contact immédiat, on ne peut que très-rarement admettre la possibilité de cette transmission pour les phlegmasies ou les ulcérations dont l’origine n’est pas vénérienne. Il est bon de faire remarquer cependant qu’il arrive souvent que des femmes très-saines, d’ailleurs, mais qui sont affectées de fleurs blanches ou qui négligent les soins de propreté, occasionent chez les hommes c[ui ont des rapports intimes avec elles des phlegmasies , ( urétrites ) qui n’ont aucun caractère spécial cj[ui les distingue de celles qui résultent de la contagion syphilitique; on rencontre aussi des sujets privilégiés qui peuvent impunément communiquer avec des femmes infectées de vérole.
Les mêmes médecins considèrent les symptômes syphilitiques primitifs comme le résultat de l’irritation causée sur les surfaces vivantes par le pus secrété par les membranes muqueuses en flammées ou ulcérées. Les symptômes secondaires tiennent, selon eu.\ , à la sympathie qui existe euti’e toutes les parties de l’économie : ils objectent que le virus vénérien ne produit pas d’effets identiques; que pendant le cours d’un traitement de ses effets immédiats, on peut, en s’exposant de nouveauàla contagion, donner lieu à de nouveaux effets; qu’on n’est point affranchi par une première
infection, d’infections subséquentes; que certains qu’on attribue à son action peuvent se développer sans qu’on puisse prouver que cette action ait été mise en jeu; enfin, que des effets semblables |>euvent avoir lieu pour des causes toutà-fait étrangères à lui.
Ces objections sont spécieuses et non sans réplique. Elles ne prouvent pas contre l’existence d’un principe inconnu comme première cause des symptômes syphilitiques; parce que dans la discussion de cette question on prend pour terme de comparaison ce qui arrive dans l’inoculation de la variole ou du vaccin. Comme on ne connaît pas l’essence des virus et la manière dont ils se comportent dans l’économie, il n’y a pas lieu à établir de comparaison dans leur action. La sympathie n’explique pas la série des phénomènes qui dérivent de l’impression du virus; par ce mot, on exprime seulement l’enchaînement et la coordination des faits sans rien préjuger sur leur cause prochaine. Il résulte de là que ces médecins laissent la question insoluble , ne s’en occupent pas et se bornent à exposer la marche de la maladie telle qu’ils l’entendent, sans s’embarrasser de la cause la plus puissante.
Après avoir rapporté les diverses opinions des auteurs modernes sur l’existence du virus syphilitique , est-il possible , dans l’état actuel de nos connaissances, de répondre à la question desavoir si les symptômes de la syphilis se manifestent
parce qu’il y a eu absorption d’un virus, ou si leur développement doit être considéré comme un phénomène de l’irritation ? Je dirai avec franchise que dans mon opinion les faits manquent encore pour résoudre d’une manière absolue cette question importante. Mais alors même que je serais porté à admettre un virus comme principe des affections syphilitiques, je ne croirais pas à l’existence d’un moyen unique et spécifique pour
les combattre.
Le virus vénérien, cause probable de la plupart des symptômes vénériens, est pour moi un principe de nature inconnue , inaccessible aux sens , I propre à l’espèce humaine quoique des expériences aient prouvé qu’il pouvait être inoculé à certains animaux domestiques j ne se transmettant dans la plupart des cas que par contact immédiat ou par les voies de la génération, et s développant une inflammation de nature spéciale I dans les parties avec lesquelles il a été mis en |i’apport;^Mais la sy^iîis peut-eTle"se développer spontanément, comme quelques faits sembleraient le prouver? Les symptômes secondaires dont l’ensemble constitue ce que les auteurs appellent vérole conllrmée ou constitutionnelle dépendent-ils toujours de l’absorption du virus ? Celui-ci est-i! susceptible d’être inoculé artificiellement ? Enfin, en admettant l’existence de ce principe comme cause unique de la syphilis, fautil renoncer à guérir les accidens qui résultent de
5011 impression autrement que par un moyen spéciûque ?... Nous aurons occasion de répondre à ces divers questions dans cette première partie de ce mémoire.
\ La contagion que jusqu’ici personne n’a contestée, est pour moi la preuve la plus positive de l’existence du virus vénérien; sans son secours je ne saurais me rendre raison des phénomènes anomaux et si reraai'quables qui résultent de son impi'ession. S’il n’a pas la faculté de reproduire toujours une maladie identique, il résulte presque toujours de son inoculation un ou plusieurs symptômes spéciaux ayant le privilège de développer si non le même au moins un phénomène qui a pour caractère fondamental la contagion. Mais, repondra-t-on, des expériences ont proiïvé qu’on ne parvenait pas à inoculer ce virus. Le fait rapporté par M. Dübled n’est rien moins que concluant , puisqu’il est reconnu que pour qu’il y ait contagion, il faut que les organes mis en rapport avec ceux qui sont infectés soient dans un état d’orgasme, et que la disposition physique ou morale du sujet influe sur l’intensité et la manifestation de son action.
Relativement à la possibilité d’inoculer artificiellement la syjjhilis, il y a beaucoup de dissidence dans les auteurs. Bru, Evans , Dubled, etc., n’ont pu réussir dans leurs essais, tandis que MM. CuLLERiER neveu, Ribes, Percy, etc., prétendent avoir réussi.
Percy croyait si bien à la possibilité de cette inoculation, qu’il l’a proposée, dès l’année 1778, comme un moyen capable de rendre une vét ole ancienne qui a long-tems résisté au mercure plus susceptible d’être guérie par ce métal. Ce chirurgien célèbre a eu depuis occasion de faire quelques expériences qui ne laissent, dit-il, aucun doute, non seulement sur la possibilité de l’inoculation artificielle du virus vénérien , mais encore sur les changemens qu’éprouvent par ce \moyen les syphilis chroniques.
I M. CuLLERiER neveu croit aussi à la possibilité de communiquer la syphilis au moyen de l’inoculation. Son opinion est basée sur des expériences qu’il a faites et qui sont consignées dans les Archives generales de médecine, tom. xii, pag. 63.
Dans le même ouvrage se trouve insérée une observation de M. Rires, où l’inoculation de la matière d’une urétrite a réussi chez un militaire I invalide à produire un ulcère qui a modifié avan- I tageusement une ophthalmie chronique dont il pétait atteint.
En 1820, j’ai été témoin à l’hôpital militaire d’instruction de Metz, de plusieurs tentatives faites par M. Charmeil pour inoculer la matière fournie par l’urétrite, sans qu’on y soit parvenu une seule fois malgré un grand nombre d’essais.
M, le docteur Dubled alu à l’académie royale de médecine une notice sur finoculation syphilitique oii il cherche à ilémonlrer lu non-existence
du virus parce cpje l’inoculation du pus recueilli sur la surface d’un ulcère vénérien n’a pas donné lieu à la contagion. Mais M. Dubled n’a pas pratiqué cette expérience dans les circonstances propres à en favoriser le succès , puisque le pénis n’était pas en érection ; ainsi , c’est mal-à-propos que ce médecin conclut de son observation qu’il n’y a pas de virus.
Hunter ' l’un des médecins qui ont émis les idées les plus claires sur les maladies qui nous occupent, rapporte dans son ouvrage diverses expériences relatives à l’inoculation syphilitique qui ont eu les résultats snivans ; lorsqu’il a inoculé la matière d’un écoulement ou d’un ulcère récent, il a donné lieu presque toujours à un symptôme syphilitique, phlegmasieou ulcération; mais l’inoculation du produit d’un ulcère secondaire ou d’une urétrite chronique est toujours restée sans résultats. Belc avait déjà fait à-peuprès les mêmes l’emarques.
Les médecins qui n’admettent pas de virus syphilitique sont conséquens en rejetant l’hérédité des affections vénériennes. En reconnaissant celle-ci, ils ne pourraient plus nier l’influence d’un principe dont l’impression sur le fœtus renfermé dans le sein de sa mère démontrerait l’activité. Aussi, pour éviter la difficulté ils ne craignent pas de récuser les observations les plus authentiques,
* Traite des maux vénériens.
en disant que si , dans quelques circonstances, les enfans après leur naissance présentent des symptômes syphilitiques, ils les contractent au passage à travers un vagin et une vulve ulcérés. Les faits les mieux observés viennent en foule démentir une pareille assertion. Les auteurs et Rosen entrautres, citent des observations d’enfans venus au monde avec des symptômes de syphilis, quoique leur mère n’offrît aucune trace de cette maladie. Un horloger que nous avons connu à Paris , après avoir eu plusieurs maladies vénériennes dont il était incomplètement guéri quoiqu’il n’eût actuellement aucun symptôme local aux parties génitales, se maria avec une personne jouissant de la meilleure santé. Au bout d’un an, son épouse mit au monde un enfant mâle qui était couvert de pustules sur le cuir chevelu et d’ulcérations à la bouche et à l’anus. Il mourut trois mois après , et cependant l’examen le plus attentif des ])arties génitales de la mère ne put faire apercevoir la moindre trace d’affection vénérienne.
Je conviendrai avec M. Bertin qu’on a trop multiplié les symptômes caractéristiques de la syphilis des nouveau-nés. Il estcertaines éruptions, ulcérations de la bouche et des écoulemens des parties génitales tenant à d’autres causes qu’on a rangé mal-à-|propos parmi les 'symptômes vénériens. Les signes équivoques assignés par les auteurs à ces symptômes et le vague qui a régné
trop long-tems sur cette question, ont fait révoquer en cloute par quelc|ues praticiens modernes la possibilité de la transmission de la syphilis dans la fécondation. Le contraire est hors de doute, fjuoique nous ne prétendions pas nier que l’enfant ne puisse quelcjuefois contracter cette maladie au moment de son passage à travers les parties génitales de sa mère attacpiée de syphilis. Pourcjuoi répugnerait - il à la raison d’admettre la transmission de cette maladie à l’embryon au moment de la féc:ondation du germe par le père ou la mère affectés actuellement, lorsque l’observation journalière prouve c]ue la cécité, la phthisie, les scrofules, etc., sont sou- Tent héréditaires. Les maladies ne peuvent-elles se transmettre comme les traits du visage, le son de la voix, les habitudes, le caractère, etc. D’ailleurs, les faits prouvent mieux cpie les plus brillantes théories; et la thèse c[ue nous soutenons est prouvée jusqu’à l’évidence par l’observation.
Tout en admettant l’hérédité de la syphilis, je ne pense pas Cjue le virus laisse des traces c[ui puissent rester cachées ]>endant plusieurs années et c[iu ne se développent cfue vers l’âge de la puberté ou le déclin de la vie, comme on le trouve écrit dans quelcpies ouvrages. Lorscjue l’enfant a puisé avec la vie ou en venant au monde le germe de cette maladie, elle se manifeste au moment de la naissance ou très-peu de tems après.
La syphilis est-elle susceptible de se développer spontanément dans quelques circonstances sans infection préalable ? M. Cullerier oncle le pense ' et l’opinion de ce praticien est pour nous d’un très-grand poids.
En 1821, M. Stock, officier de santé, à Si^- Avold, département de la Mozeile, adressa à la société de médecine de Metz , un mémoire où il i
fait l’exposé d’une maladie contagieuse de nature \ syphilitique analogue à celle qui a été observée en 1800 à Scherlievo. Celle maladie, qui existe depuis 1816 dans les communes de Carling et < de L’hôpital , canton de S^-Avold, et qui date précisément de l’occupation de ce pays par les Bavarois, est caractérisée par des pustules à la peau et surtout aux parties génitales , des végétations , etc. M. Stock l’ayant observée sur plus de 5o personnes, s’est assuré que la transmission s’opérait indépendamment du coït, parle toucher, les vêtemens , les ustensiles de cuisine et le coucher surtout avec une personne infectée. Les formes qu’elle affecte sont .tantôt des pustules ou ^ des végétations, d autres Ibis, des ulcérations aux ' ies génitale^ ou à la bouche, V/'
Tout en rapportant les succès qu’il a dus a l’emploi du mercure et des sudorifiques, M. Stock fait remarquer que plusieurs de ces maladies ont été guéries sans remède. H fait aussi observer
’ Journal général de médecine, tom. XLII , pag. 19.
que la clifficiilté d’en obtenir la guérison peut être attribuée à la misère des deux communes et à la malpro|)reté de leurs liabifans.
Cette affection offre quelques points de ressemblance avec celle dont M. Willaume , chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Metz , a donné l’observation dans le 5’"® volume du Recueil des mémoires de médecine , de chirurgie et de pharmacie miliiaires. Il résulte du fait rapporté par ce médecin que dans quelques circonstances qui modifient la maladie, le contact médiat suffit pour donner lieu à la contagion. ^ La niala^ie de Scherlievo justifie jusqu’à un certain point cette opinion. En effet, éclaii'és par les observations des docteurs Cambieri et Ba- GNERiSjles commissaires nommés par la société de médecine de Paris restèrent d’accord que cette affection s’était déclarée spontanément par le concours de beaucoup de causes à l’influence desquelles sont exposés les habilans, telles ([ne la malpropreté du corps et des vètemens , l'humidité du sol , la petitesse d(^s habitations et la mauvaise (jiialité des aliinens.
-Les mêmes causes d’insalubrité ont eu sans doute la même influence sur le développement de la syphilis observée au Canada dont nous devons la description à Bowman. l^e. vaws endémique dans plusieurs parties de l’Afrique, le sibbsns des Ecossais particulièrement endémï([ue à Galoway si bien décrit jiar Giechrisï semblent
encore confirmer l’existence des mêmes causes de génération. La maladie qui s’est développée, il y a quelques années, à Chavannes (Haute-Saône) n’a pas eu non plus d’autre origine.
Si la syphilis a eu les mêmes caractères à l’époque où on rapporte sa première apparition en Europe, les mêmes causes qui lui ont donné naissance dans les circonstances que nous venons d’énumérer n^auraient-elles pas pu alors favoriser sa manifestation ?
Je pense d’ailleurs, comme la plupart des médecins qui ont eu occasion d’observer cette modification de la syphilis, que les moyens les plus efficaces pour la combattre et lui faire perdre le caractère épidémique doivent consister surtout dans l’observation la plus rigoureuse des préceptes de l’hygiène.
5°L(.*s plilegiüasies ou ulcérations primitives des parties génitales ont-elles des caractères invariablesL qui puissent toujours les faire distinguer de ces symptômes provenant d’une autre cause?
Les affections vénériennes primitives sont presque toujours, à part quelques circonstances rares, le résultttt d’un contact immédiat et s’observent le plus souvent dans la région du corps dont la situation permet d’y appliquer , soit une surface atteinte d’inllammation ou d’ulcération syphilitique , soit le liquide exhalé par ces sur-
faces enflammées ou ulcérées. Je range dans la même catégorie les symptômes sympathiques, qui se manifestent dans des parties plus ou moins éloignées de celles qui sont le siège des accidens vénériens primitifs. Ainsi les bubons ( adénites) qui compliquent si souvent les pblegmasies et surtout les ulcérations des membranes , sont encore des symptômes primitifs sympathiques. Ces inflammations ganglionnaires tiennent à la sympathie qui existe entre les membranes et les ganglions auxquels aboutissent leurs vaisseaux sympathiques. Après les adénites viennent les pblegmasies, les ulcérations et les végétations dfs membranes muqueuses autres que celles c|ui ont été primitivement affectées, mais qui ne diffèrent point des mêmes maladies provoquées par une cause directe. Tous ces symptômes sympathiques et d’autres, que j’indiquerai dans la deuxième partie de ce mémoire, doivent être rangés parmi les accidens primitifs.
jCS symptômes primitifs de la syphilis se manifestent donc sous cinq formes différentes :
i» De pblegmasies des membranes muqueuses dans lesquelles les follicules sont spécialement affectés, comme cela arrive dans la blennorragie chez les deux sexes ( urétrite , lœétro-vaginite ) ; la phlegmasie de la plupart des muqueuses qui communiquent au dehors , telles sont celles du rectum, des yeux, des oreilles, etc. Toutes ces j maladies présentent les caractères de l’inflamma- '
tlon , chaleur, rongeur, douleur, tuméfaction, suspension de lu secrétion dans la membrane muqueuse qui en est le siège, puis écoulement muqueux très-abondant et par suite épaississement du tissu enüaininé.
2° La seconde forme des symptômes primitifs se rapporte aux pblegmasies idcératives et porte le nom de chancres. Ce sont dé* petits ulcères de forme et d’aspect variables selon leur siège et l’intensité de l’inflammation ; on les observe à la peau et aux portions des membranes muqueuses voisines de l’extérieur.
3" La troisième espèce des symptômes primitifs se manifeste sur la peau sous forme de pustules ; espèces de boutons, d’éminences, s’élevant très-peu au-dessus du niveau de la peau , vaut et foi.rnissant une exsudation plus ou moins, sèche et plus ou mqins adhérente. Ce symptômi est plus souvent consécutif que primitif.
4“ La quatrième forme des symptômes primi-^ tifs ( adénites ) consiste dans l’inflammation des ganglions sympathiques les plus voisins du lieu qui est le siège de la maladie. Ce n’est pas précisément dans le lieu contagié que ces ganglions se développent : lorscjue l’infection a jioi té sur le pénis, c’est aux aînés; au cou lorsqu’elle a été transmise par la bouche ; enfin , aux ganglions axillaires lorsque les doigts écorchés ont reçu l’impression du virus.
5“ Une cinquième forme que peuvent pren-
tire les symptômes primitifs coiisiste dans le développement de productions anormales qui s’observent sur les membranes muqueuses et quelquefois sur la peau. On les comprend sous le nom générique d’excroissances ou de végétations qui reçoivent différens noms bizarres, suivant la forme qu’elles affectent.
Mais si , comme l’observation le prouve , il peut se développer aux parties génitales d’un individu sain des phlegmasies ou des ulcérations non syphilitiques, comment parviendra-t-on à les distinguer de celles qui sont le produit de la contagion ? Ces symptômes ont-ils des particularités propres à les faire reconnaître? La plupart des médecins conviennent que le diagnostic offre, dans quelques circonstances, beaucoup de difficultés.
Les auteurs assignent aux phlegmasies du canal de l’urètre ( urétrites ) pour caractères distinctifs : ï® la couleur jaune verdâtre de l’écoulement; 2® les douleurs sympathiques du testicule; 3® l’engorgement des ganglions inguinaux ; 4^ l’inflammation delà prostate, etc. Malheureusement tous ces prétendus signes sont illusoires, puisque une plilegmasie artificielle du canal de l’urètre, comme Swediaur l’a expérimenté sur lui-même, peut développer tous ces phénomènes. Cependant la courte durée de l’écoulement dans quelques cas , la légèreté des symptômes , les circonstances accessoires, peuvent aider à for-
mer le diagnostic. D’ailleurs , la connaissance de l’origine de la maladie n’a pas une très-grande importance, puisque le catarrhe urétral dépendant de la contagion syphilitique ne réclame pas Tusage d’autres moyens que celui qui provient de toute autre cause.
Les caractères assignés aux ulcères vénériens ne sont guères plus certains , quoiqu’il soit vrai de dire que l’erreur n’est pas ici aussi facile. Ces ulcères ont généralement une surface blanchâtre ou grisâtre, souvent couenneuse, leurs bords sont irréguliers , coupés perpendiculairement ; leur base est souvent dure et engorgée. Au reste, leur aspect et leur forme sont subordonnés, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, à l’intensité de l'inllammation qui les accompagne et aussi à la partie où ils ont leur siège. La difficulté d’obtenir leur guérison par les seuls topiques est un signe infidèle, puisque l’expérience prouve qu’il a suffi souvent d’un simple traitement local pour procurer la guérison d’ulcérations dont l’origine syphilitique ne pouvait être douteuse. Les ulcères des parties génitales, qui proviennent de toute autre cause et qui sont d’ailleurs assez rares, n’ont jamais à leur début les caractères que j’ai signalés; on en obtient la cicatrisation, à quelques exceptions près, en très-peu de jours. Si l’on admettait sans restriction la thèse soutenue jiar MM. Richond et Jourdan, la plus légère excoriation du prépuce ou du gland pour-
rait être confondue avec un chancre , et le traitement, dans ces deux cas, ne devrait jamais différer. Je conviendrai, d’ailleurs, avec ces deux médecins , que le diagnostic n’est pas toujours sans difficultés et que le mercure ne peut servir de pierre de puisque avec les memes appa¬
rences extérieures on les voit céder ou résister également à ce métal.
Ce que je viens de dire, relativement aux ulcères des surfaces muqueuses, s’applique à ceux qui ont leur siège sur les tégumens. C’est mal-àpropos, je crois, qu’on a considéré leur forme ronde comme un signe distinctif: il est trèséquivoque, ainsi que j’en ai fait l’expérience. Cette forme est peut-être due, comme le prétendent MM. Jourdan et Richond, à l’organisation de la peau.
Ce qui pourrait faire distinguer les éphélides syphilitiques de celles qui dépendent d’une autre cause c’est que les premières affectent de préférence certaines parties du corps, comme le front, la figure, la face interne des cuisses. Elles se développent bien rarement de prime abord, presque toujours elles succèdent à un ou plusieurs symptômes primitifs. Elles sont d’un aspect varié, ordinairement d’un jaune cuivreux, formant un léger relief sur la peau, et affectant la forme ronde.
Les pustules qui leur succèdent souvent affectent les mêmes parties et offrent un aspect à-peu-
près semblable quoiqu’un peu plus foncé. Elles sont aussi le |)lus souvent le résultat secondaire (le la syphilis, quoiqu’elles puissent se manifester de prime abord. Quand on a l’occasion d’examiner anatomiquement les téguinens affectés de pustules, on trouve le corps réticulaire gorgé de sang, ce qui justifie jusqu’à un certain point l’opinion de ceux qui considèrent cet état comme une pblegmasie du derme et du tissu aréolaire de la peau.
On a remarqué que lorsque ce symptôme était secondaire, rirrilation du tube digestif avait l’influence la plus marquée sur sa manifestation., En admettant cette influence, qui s’explique encore par l’étroite sympathie qui unit la peau à la membrane muqueuse gastro-intestinale, je suis loin de méconnaître une cause tout aussi puissante; le virus syphilitique.
Parmi les causes externes qui donnent lieu à des pustules qui simulent celles qui sont le résultat de la syphilis, l’exercice du cheval et des marches forcées pendant les chaleurs de l’été tiennent le premier rang. Cette éruption se manifeste particulièrement à l’intérieur des cuisses et à la marge de l’anus , et s’observe chez les jeunes soldats peu faits à l’exercice de l’équitation , surtout lorsqu’ils négligent les soins de propreté : elle paraît sous forme de boutons d’un rouge foncé, aplatis et entourés d’une auréole inflammatoire. Elle cède, pour l’ordinaire, à l’usage
des bains tièdes, des lotions émollientes et du repos; tandis que ces moyens sont insuffisans pour remédier à celles qui se manifestent à l’occasion de la syphilis. Il m’est arrivé d’observer des éruptions à-peii-près semblables, développées par la même cause, mais qui résistaient aux bains, aux lotions, etc. Des renseignemens ultérieurs que j’obtenais de ces militaires me faisaient alors reconnaître que si ces phénomènes s’étaient manifestés sous l’influence de la chaleur, de la malpropreté et des frottemens exercés par l’équitation , ils trouvaient leur source dans une afiection. syphilitique encore existante ou incomplètement guérie.
Souvent il se développe aux parties génitales des excroissances qui dépendent d’une sorte de supernulrition de tissu, et qui sont tout-à-fait étrangères à la syphilis. Les courtisanes, dont les organes génitaux sont exposés à des excitations si réitérées, offrent des exemples fréquens de ces sortes de végétations. Quoique celles qui proviennent de la syphilis soient ordinairement inégales, grénues, rouges, saignantes et douloureuses, eu blanchâtres à leur sommet et flétries suivant le degré d’inflammation qui les accompagne, il est souvent assez difficile de les distinguer, ce qui du reste n’a pas une grande importance , puisque un traitement local suffit , dans la plupart des . cas, pour en p En résumé,
rocurer la guérison.
pDn éprouve souvent de
difficultés pour juger du caractère des symptômes qui se manifestent aux j)arties génitales; «Cependant, l’état de la santé de la personne «dont le malade croit avoir reçu la maladie: j « l’examen physique et moral des malades et des « circonstances qui ont précédé, qui accompai « gnent et qui suivent la maladie, peuvent aider 1 « le médecin à porter un jugement sûr dans la
|(t plupart des cas. Le diagnostic offre encore plus « de difficultés chez la femme, parce qu’elle met I « ordinairement peu de franchise dans ses aveux, • 1 « et qu’il est ti’ès-facile de confondre les écoule- I (( mens vénériens avec les fleurs blanches, ei vice V « versâ )•
4“ Les afTcctions primitives des parties ge'nitaîes , lorsqu’elles sont abandonne'es à elles-mêmes, ou qu’elles ont e'te' traite'es par les seuls moyens locaux, sont-elles suivies pUis souvent de syin])t6mes secondaires que lorsqu’on leur a oppose' le traitement mercuriel ! Toutes les affections de cette dernière espèce, reconnues par les auteurs, ont-elles réellement droit à ce nom?
C’est mal-à-propos qu’on a cru pendant longtems que les maladies vénériennes primitives en entraînaient toujours de secondaires à leur suite. Il résulte des observations de MM. Güthrie, Thompsox, Rose, Thomas Harris, Fergüsson, etc. , que ces affections se guérissent, chez beaucoup de
^ SWEDIAUR.
sujets, par un traitement purement local, ou même sans le secours d’aucun moyen thérapeutique, sans être suivies de symptômes consécutifs. Il est bien reconnu aujourd’hui que le nombre de celles à la suite desquelles il survient de ces derniers est infiniment moins considérable que le nombre de celles après lesquelles on n’en voit pas se manifester.
L’époque à laquelle ces symptômes apparaissent, a été un grand sujet de controverse. U y a encore des médecins qui considèrent comme tels ceux qui se déclarent pendant la durée actuelle ou immédiatement après la disparition brusque d’un symptôme primitif. Nous avons reconnu précédemment que les affections qui résultaient du transport sympathique d’une irritation morbide d’une partie sur une autre de structure analogue ou en relation avec elle, soit par suite de la propagation ou du déplacement métastatique de cette irritation lorsqu’elle était récente, devaient être rangées dans la classe des phénomènes primitifs et être traitées comme tels.
Hünter avait cru remarquer que les symptômes vénériens consécutifs suivaient presque toujours une marche régulière et constante dans leur succession ; et qu’ainsi , ils éclataient successivement dans le système lymphatique, les membranes muqueuses, le tissu cutané, les systèmes fibreux , osseux , etc. Cependant il n’y a rien de régulier à cet égard. Cet ordre de succès-
sion vSe trouve fréquemment interverti, la lésion de tel ou tel système étant toujours subordonnée au tempérament de l’individu, au climat, à la saison et à d’autres circonstances.
La préférence que certains de ces symptômes offient dans leur manifestation sur telle ou telle partie, n’a rien qui doive étonner celui qui connaît les liens sympathiques qui existent entre les organes génitaux et diverses autres parties. Ainsi, qu’un ulcère à la gorge ou des pustules à la peau se développent, en même tems que les organes génitaux offrent une phlegmasie ou des ulcérations vénériennes, cette succession des symptômes vénériens, qui a été signalée par Monter, sera conforme aux lois physiologiques. Mais cette explication ne peut faire repousser l’influence d’un principe syphilitique, comme cause première de la manifestation de ce phénomène.
Le nombre des affections secondaires qui ont réellement droit à ce nom, est plus limité que ne le pensaient les auteurs qui ont écrit sur cette matière. Un grand nombre de celles auxquelles 011 l’applique dépend souvent, ou de causes accidentelles, ou de la manière dont on a administré le traitement mercuriel.
Déjà depuis long-tems, plusieurs médecins tels que Fallope, Monter, Peyriliie, Cüllerier, etc., avaient signalé les accidens qui étaient résulté» de l’administration peu méthodique des préparations mercurielles. T.es médecins et chirurgiens
anglais et portugais, cités au commencement de cet article, ont surtout fait ressortir les inconvéniens de ce traitement par une série d’observations cpi’ils ont recueillies et desquelles il résulte que les accidens secondaires sont fort rares chez les individus traités sans mercure.
L’action de ce métal sur l’économie peut seule déterminer la plupart des symptômes secondaires, comme l’a fait remarquer Swediaur qui appelle maladie mercurielle les phénomènes qui résultent de son emploi peu méthodique ou intempes
^ ^-''fîiirest^fait observer M. Broussais, dans son « cours, une chose très-fréquente que les irrita- {( tions organiques développées par le traitement <( mercuriel peu méthodique; cette surirritation <( mercurielle consiste dans une phlegmasie chro- « nique des voies digestives, quia beaucoup de «disposition à se communiquer aux poumons. «Souvent alors la sensibilité de la peau s’exalte «et devient vulnérable par la moindre cause; «elle rougit et présente une espèce de disposi- « tion scorbutique. Il faut alors opposer à cet « état la diète , l’usage des adoucissans , du lait ,
« des sucs d’herbes fraîches et dépourvues de «principes irritans. Ordinairement , observe-t- il « encore , il est très-difficile de revenir aux mer- « curiaux parce que les symptômes d’irritation « se reproduisent avec la plus grande facilité. » v-
TSI. Jourdan attribue aussi certaines'afïectioi^
secondaires à rinfliience du traitement excitant , du mercuriel principalement.
« Cest toujours, dit M. Richond , à la cause « déterminante, l’irritation, qu’on doit attribuer «le développement des maladies des os. C’est, «ajoute-t-il, une irritation développée soit par «des causes qui agissent localement, soit par « des causes éloignées qui agissent sympalbique- <( ment, laquelle donne lieu, dans tous les cas, « au boursouflement du périoste ou de la sub- « stance osseuse. »
Le fait suivant confirme cette opinion. Un jeune homme, de 24 ans , me consulta , en 1822 , pour plusieurs exostoses qui s’étaient développées à la face interne des deux tibia. Les douleurs atroces qu’il y ressentait toutes les nuits et qui le privaient de repos lui en faisaient attribuer le développement à la vérole. En 1817, il avait eu des chancres au pénis qui avaient cédé au bout de deux mois à un ti^aitement composé de 3o frictions mercurielles d’un à deux gros. Dejmis plusieurs mois, ce jeune homme éprouvait des douleurs obtuses dans les membres, lorsqu’on voulant franchir au spectacle une banquette il se fit une forte contusion sur le lieu même oOi il ressentait ces douleurs. Dès ce moment, celles-ci augmentèrent; le tissu osseux se tuméfia progressivement et les exostoses acquirent en quatre mois la grosseur d’un oeuf de pigeon. Je prescrivis un régime tempérant, le repos absolu, des
bains, des applications de sangsues autour des tumeurs, des cataplasmes, etc. Ce traitement qui fut suivi , par le malade, avec beaucoup de persévérance, dura trois mois et fut coui'onné de succès, j)uisque les tumeurs osseuses diminuèrent notablement et que les douleurs se dissipèrent.
Je conviendrai avec les médecins qui nient l’existence du virus que maintefois, nonobstant toutes les précautions que l’on employé dans l’administration du mercure, celui-ci donne lieu à des douleurs dans les membres, qu’on aggrave en insistant sur l’usage de ce métal. Le mercure, comme la plupart des moyens qu’on employé pour combattre la syphilis, a une action puissamment stimulante sur tous les organes et principalement sur la membrane muqueuse gastrointestinale, son administration quoique bien ménagée donnant souvent lieu à une gastro-entérite, cet accident sera d’autant plus fréquent que le médicament sera administré sans ])récaution ou qu’on aura à faire à un individu très-impressionable ou actuellement en proie à une phlegmasie viscérale. L’influence de ces pblegmasies sur les systèmes cutané, musculaire et fibreux étant connue, on ne sera plus étonné des douleurs sympathiques qui se manifestent alors dans ces appareils. En comparant ces résultats avec ceux que procure le traitement local combiné, dans quelques circonstances favorables, avec les stimulans à titre de révulsifs, je ne puis me refuser à
reconnaître qu’nn certain nombre de symptômes consécutifs, dont le développement avait été attribué jusqu’ici à l’influence du virus sur l’économie, ne soit le résultat plus ordinaire de l’usage du mercure. Telles sont des douleurs occupant la profondeur des membres ou la surface du tborax, des éruptions cutanées, etc. il y a aussi des ulcérations de la bouche qu’on considère trop souvent comme vénériennes et c[ui sont déterminées ou entretenues par le mercure. M. CullelUER a parlé depuis long-tems des ulcères mercuriels de la bouche; malheureusement, il n’a pu en assigner les caractères distinctifs.
Mais à quel signe distinguera-t-on les douleurs qui dépendent de la syphilis de celles qui lui sont étrangères ? On convient que l’exacerbation nocturne, cjui est le caractère le plus constant des premières , ne leur est pas uniquement attribué, puisque dans quelques cas les douleurs rhumatismales acquièrent par la chaleur du lit une nouvelle intensité. Mais ces dernières affectent principalement les muscles ou les articulations , tandis que les douleurs syphilitiques occupent le plus souvent la profondeur des membres, suivent le trajet des os longs , se fixent quelquefois sur d’autres, tels que la clavicule, le sternum , les os du crâne , etc. , y développent à la longue une supernutrition de tissu, connue sous le nom de périostose et d’exostose.
En opposition avec les accidens qui ri^sultent
de l’iisaae des excitans dans le traitement des af-
fections Tenériennes, on possède un grand nombre de faits proj)res à démontrer l’efficacité des antiphlogistiques dans les symptômes consécutifs de la syphilis.
Un régime frugal, la diète, un changement total dans la manière de vi%re n’ont-ils ])as suffi souvent pour guérir des affections vénériennes qui avaient résisté aux diverses méthodes de traitement consacrées par l’usage? Falcoppe ’ rapporte que des forçats atteints de divers symptômes de cette maladie ont trouvé leur guérison dans les pénibles travaux des galères. Tous les médecins connaissent l’observation curieuse recueillie par Van Swieten \ Un jeune homme avait le corps couvert de pustules vénériennes ; il portait sur le sternum , les clavicules et le front des tumeurs osseuses ; des douleurs affreuses le tourmentaient durant la nuit. Quatre fois il avait subi le traitement mercuriel jusqu’à la salivation, et trois fois il avait essayé la décoction de gayac. Enfin lassé de toujours attaquer un mal toujours renaissant, devenu à charge à sa famille et à lui-même, il se réfugie, par le conseil de Van Swieten , cliez un fermier cpii le consacre aux travaux des champs. Un pain grossier et des alimeas végétaux composent uniquement sa nourriture. Après six mois de cette vie péni-
' De niorbo gallico , pag. 790.
* Comnieat. in aphor. BOERRil., torn. V, pag. 56o.
ble il revient bien guéri dans sa famille; peu après il se marie, et des enfans vigoureux, et sains attestent la brillante santé de leur père.
Les succès cfu’on obtient journellement du traitement de Laffecteür ne sont pas moins étonnans et tiennent sans doute au régime sévère auquel les malades sont obligés de se soumettre. Si les limites de ce mémoire me le permettaient, je pourrais rapporter plusieurs observations où l’emploi de ce moyen et des autres antiphlogistiques m’a procuré la guérison de maladies vénériennes primitives et secondaires qui avaient résisté aux mercuriaux. Je me bornerai aux deux suivantes.
M. P . , officier au -y escadron du train
d’artillerie, a eu trois fois divers symptômes vénériens aux parties génitales ( urétrites ou ulcérés ) qui ont été combattus par les frictions mercurielles ou la liqueur de Yan Swieten. La dernière syphilis , contractée à Madrid, en iSaJ , fut traitée par les mêmes moyens; il se manifesta peu de teins après un ulcère consécutif sur la membrane muqueuse nazale. Pour remédier à ce nouveau syiuplôme on combina les sudorifiques aux mercuriaux. Cependant l’ulcère s’amaiidit de plus eu plus et détruisit une partie de
la cloison du inz. M. P . resta dans cet
étal jusqu’en iSaS , époque à laquelle son escadron arriva à Metz. Un médecin de cette ville (M. Lacreïelle, chirurgien major de l’hôpital
militaire ) cjiîM consulta, lui fait subir un nouveau traitement mercuriel c|ui n’eut aucune influence sur sa maladie, je fus alors appelé. Eu examinant au gi'and jour les fosses nazales, on découvrait facilement l’ouverture de communication établie entre les deux narines par la destruction d’une partie de la cloison. Les bords de cette ouverture irrégulièrement arrondie, étaient ulcérés et fournissaient un mucus purulent qui se concrétait et formait ainsi de larges croûtes que le malade rendait incessamment en se mouchant. L’odeur exhalée par les fosses nazales était repoussante; d’ailleurs l’odorat était perdu et la phonation sensilfiement altérée. Ce fut dans cet état que cet officier se confia à mes soins au mois de mai 1826. Dégoûté, déses[)éré de tant de traitemens inutiles et éprouvant une répugnance invincible ])Our le mercure qu’il regardait comme la cause de l’état où il se trouvait, résigné à supporter toutes les privations que je voudrais lui imposer pour obtenir sa guérison , il s’abandonna entièrement à moi.
Je débutai par une application de 25 sangsues à la marge de l’anus, qui me parut indiquée par l’état de ])létliore du malade. H fut soumis à un régime uniquement composé de végétaux , à l’usage de fumigations aqueuses dirigées vers la partie malade, de lotions adoucissantes fréquemrnent réitérées, de bains généraux, etc. Au bout de quinze jours, on put remarquer un notable
cliangement dans l’etatcle sa maladie: les croûtes étaient plus lares , lodeur exhalée par les narines élait afi’aiblie. J’augmentai graduellement la sévérité du régime qui fut j)Oussé presque aussi loin que dans le traitement de Valsalva. Sur les instances réitérées de IM. P . je lui admi¬
nistrai le rob de Laifecteur dont il prit douze bouteilles en se conformant rigoureusement aux règles prescrites par l’inventeur de ce lemède. Je continuai, d’ailleurs, le traitement local cidessus indiqué. L’ulcération du nez diminua progressivement et se cicatrisa sous l’influence de ces moyens; enfln, après quatre mois ou
environ, M. P . . était complettement
guéri.
Je fus consulté l’année dernière par un jeune homme, de trente ans environ , en proie à une fièvre hectique qui trouvait sa source dans une phlegmasie chronique des viscères ahdominaux due évidemment à l’influence de plusieurs traiternens mercuriels qui avaient été administrés sans succès à diverses épocjues pour combattre une affection vénérienne caractérisée par des pustules répandues sur le cuir chevelu , le front , etc. , des douleurs ostéocopes , des exostoses sur les tibia, le sternum et les cubitus. Lorsque ce jeune homme se présenta à moi , il était dans l’état le plus déplorable. Je lui conseillai d’aller habiter la campagne , de s’occuper de jardinage, et de se soumettre à un régime composé
de lait, de fruits. et de prendre de tems-en-tems des bains. Je l’avais totalement perdu de vueeC ne comptais que très-peu sur l’efficacité de ces moyens hygiéniques que je ne lui avais conseille qu’en désespoir de cause, lorsque j’appris sept à huit mois après que sa santé n’avait pas tardé à se rétablir graduellement et qu’il jouissait actuellement de la plénitude de toutes ses fonctions.
L’ouvrage de Peyrilhe contient plusieurs faits du même genre, encore plus remarquables.
Ainsi , pour me l’ésum^', je suis disposé à admettre :
1“ Que vent leur
sur la membrane muqueuse buccale \ que certaines pustules imitant plus ou moins celles que fait éclore la syphilis, peuvent être la suite de l’irritation de la peau, développée sous l’influence de la malpropreté ou de toute autre cause directe ou sympathique ; 3® que l’excitation réitérée de la membrane muqueuse des parties génitales donne lieu quelquefois aux productions anormales connues sous les noms d’excroissances ou végétations; 4" l^s affections des systèmes musculaire, fibreux et osseux, que l’on observe à la suite des symptômes primitifs de la syphilis, reconnaissent souvent pour cause l’abus des préparations mercurielles qui ont été l’occasion des phénomènes morbides sous l’influence desquels se sont manifestés ces accidens;
certaines ulcérations de la bouche doi^ développement à l’action du mercure
5*’ que la plupart des signes au moyen desquels on peut distinguer ces symptômes de ceux qui sont d’origine syphilitique, sont souvent équivoques ; 6“ enfin , que dans cette circonstance le mercure ne peut servir de pierre de touche , et que loin d’être toujours un remède efficace, il
aggrave le plus souvent la maladie.
6® Quels sont les divers moyens lhe'rapeuliques qui ont ële' employés pour combattre la syphilis ! Dans l’ëtat actuel de nos connaissances, peut -on admettre un remède spécifique de celte ollecliou?
1. Mercure. Quoique les affections des organes génitaux fussent connues avant l’épidémie du xv*"® siècle, ce ne fut que ^ers celte époque que le mercure fut employéduns leur traitement. Berangerde CARPiest , suivant l’opinion commune, le premier médecin qui le mit en usage contre les maladies vénériennes. S’il eut dès ce moment quelque efficacité , il donna lieu à un si grand nombre d’accidens graves, au rapport des médecins contemporains, qu’il fut momentanément banni du traitement de ces maladies
Cependant on revint à l’emploi de ce puissant excitant, qui procura des succès. Depuis, l’usage en est devenu général ; il a été employé par la plupart des médecins jqsqu’à ces derniers tems et a joui, dans l’opinion du plus grand nombre,
‘ Ulrich de IIu'lïE^.
de la réputation d’iin anti-vénérien par excellence. Quelques anciens médecins ' se sont bien élevés contre l’usage abusif C|u’on en faisait, mais ce n’est que depuis peu de tems qu’on a osé lui contester le titre de spécifique de la syphilis , et aujourd’hui encore il a plus de partisans que d’adversaires.
Quel est le véritable mode d’action du mercure? Sa propriété stimulante est incontestable; mais s’il ne réunit pas d’auti’e vertu à celle-là, on peut répondreque la matière médicale possède un certain nombre de substances aussi actives et dont l’efficacité n’est pourtant pas aussi bien démontrée dans les affections syphilitiques. D’où peut provenir cette différence? Est-on autorisé à reconnaître au mercure une propriété spécifique? Non sans doute, puisqu’il échoue souvent dans le traitement de ces maladies, et qu’il les aggrave quelquefois. Mais on ne peut cependant se refuser à reconnaître que cette substance a une action spéciale qui, dans beaucoup de circonstances , modifie avantageusement les symptômes de la syphilis.
Le mercure est- il absorbé et porté dans uo?^ organes ? M. hAaoBicR et d’autres praticiens le ! pensent. Cependant, malgré toutes les expérien- j ces qui ont été faites pour le prouver, celle ques- j
v^ion est restée jusqu’ici indécise
‘ Van Swieten. "
“ Mtfïioire de 31. COLSON. Arch, gén. de nud.^ vol. VU, ji. T>o.
Le mercure administré à faible dose, tous les organes étant dans l’état physiologique, se borne à augmenter leur activité. Si cette substance est portée à de plus fortes doses, si surtout quelque viscère se trouve actuellement en proie à une plilegmasie aiguë ou chronique, il résulte de son administration une série de phénomènes caractéristiques de l’exaltation de leurs propriétés vitales; enfin, dérangement de l’état normal de leurs fonctions, si cet état se prolonge.
Ces phlegmasies, si elles occupent les organes digestifs , pervertissent le travail de l’assimilation et de la nutrition, d’où résulte un amaigrissement progressif et une sorte de diathèse scorbutique qui peut être suivie de la mort des malades.
Le plus ordinairement l’usage abusif ou prolongé des préparations mercurielles développe des phlegmasies des viscères abdominaux et thoraciques dont les sympathies sont souvent le sujet de méprises toujours funestes aux malades,
La plilegmasie du canal alimentaire est un des résultats les plus fréquens de l’administration du mercure. L’inflammation débute ordinairement par le commencement de ce conduit membraneux; ainsi la surface buccale, la langue, le pharynx sont les parties qui éprouvent les premières l’impression de son action stimulante. Ce premier degré est caractérisé par un sentiment de chaleurjet de sécheresse vers ces parties;
bientôt la secrétion de la membrane mnqnense qui les tapisse se trouve augmentée, et celte irritation se propageant aux glandes voisines, il en résulte une excrétion des plus copieuses. L’inflammation continuant, il se forme de petites ulcérations aphteuses qui acquièrent, dans ([uelques circonstances, une grande étendue. Enfin la phlegmasie, s’étendant aux autres parties du tube digestif, développe les symptômes de la gastrite, de l’entérite et de la colite
Le mercure porte souvent son influence sur le système pulmonaire ou sur le système cérébral : dans ces cas , c’est presque toujours comme sympathiques de l’inflammation gastro- intestinale que se manifestent ces accidens.
La nature de ce mémoire ne pouvant comporter beaucoup de détails thérapeutiques, nous allons indiquer rapidement les principales préparations mercurielles qui sont aujourd’hui employées.
Malgré le nombre infini de ces préparations qui ont été tour-à-tour préconisées, il n’y a véritablement que deux méthodes; i” le mercure sous forme métallique; 2® le mercure sous forme saline. Le choix à faire entr’elles dépend de la disposition du sujet, de la nature de la maladie, de son siège et de quelcpies autres motifs de cir- . constance qui seront développés plus bas.
1° La méthode par les frictions mercurielles est
* J0Uf.D2]V.
la plus généralement employée. Après avoir, comme on iWt, préparé le malade, il se frotte avec l’onguent mercuriel double, la partie interne de l’une des deux jambes. Le jour suivant, il pratique une seconde friction à la partie interne de l’un des deux bras ] deux jours après sur l’autre jambe et le lendemain sur le bras correspondant. De combien de frictions doit se composer le traitement d’une affection récente, ou en d’autres termes, quelle est la quantité d’onguent mercuriel nécessaire pour en obtenir la guérison? On sent qu’il est impossible d’établir des règles précises à cet égard. On s’accorde généralement à penser que 3o à 4^ gros suffisent alors dans le plus grand nombre de cas. D’ailleurs la quantité d’onguent mercuriel pour cbaque friction , les époques où elles doivent être faites, la longueur du traitement sont subordonnées à l’impressionabilité de l’individu, à l’état de la maladie et à d’autres circonstances. On prescrit, pendant la durée du traitement, un régime adoucissant, des bains réitérés, des saignées locales ou générales. S’il est convenable que le malade garde la chambre pendant l’hiver, l’exercice en plein air, quand le teins le permet, ne peut nuire «à sa guérison.
Ces préceptes généraux ne s’ajipîiquent pas à toutes les circonstances. Mais il en est un qui est de rigueur, et dont l’inobservance peut avoir les plus graves inconvéniens: e’est de toujours liiire
précéder l’administration des préparations mercurielles, des moyens propres à combattre l’inflammation qui accom]iagne , le plus souvent, les symptômes vénériens ; C’est le moyen le plus efficace d’assurer le succès du traitement mercuriel.
Quelques avantages que l’on se plaise à reconnaître à la méthode des frictions , on ne peut disconvenir quelle n’ait de grands inconvéniens, tels que la malpropreté qui en est inséparable, la longueur du traitement, les précautions infin ies qu’elle exige , la salivation qu’elle détermine si souvent, enfin la difficulté d’apprécier exactement la quantité de mercure qui est absorbé.
MM. Terras et Sédillot donnent l’onguent mercuriel à l’intérieur sous forme pilulaire. Cette méthode , commode pour l’usage , a le grand inconvénient de provoquer facilement la salivation ; néanmoins, elle a quelques avantages réels qui ont été appréciés par M. Cullerier.
2° La méthode parle deuto-cblorure de mercure en dissolution dans l’eau distillés ou liqueur de Van Swieten a été, pour la première fois, soumise à des règles fixes par ce médecin , quoique ce composé fût connu avant lui. Cette liqueur se compose aujourd’hui de huit gi'ains de deuto-chlorure de mercure pour deux livres d’eau distillée. On en administre une cuillerée , matin et soir, ou seulement une fois par jour, dans trois ou quatre onces de décoction émolliente.
On est dans l’usage de faire précéder l’admi-
nistralionde la liqueur, cl’un traitement préparatoire pendant lequel le malade est quelquefois saigné et purgé; il doit observer, pendant quelques jours , un régime sévère, prendre des bains , des boissons délayantes. On administre ensuite la liqueur à la dose d’un huitième de grain qu’on porte progressivement à un quart de grain s’il ne développe aucun symptôme inflammatoire. Dans le cas contraire, on suspend ou on continue à plus faible dose. Chez quelques sujets peu impressionnables la dose de la liqueur a pu être portée jusqu’à un demi-grain par jour, mais trop souvent l’usage de ce sel donne lieu à des accidens qui obligent à le suspendre.
La dose du deuto-chlorure, nécessaii’e pour pi’ocnrer la guérison d’une affection syphilitique primitive, varie depuis 20 jusqu’à 3o et même 40 grains.
Cette méthode , qui est celle qu’avait presque exclusivement adoptée feu M. Cullerier , possède des avantages incontestables: elle guérit en peu de tems , est très-commode pour le malade qui peut continuer à vaquer à ses affaires, elle donne lieu, plus rarement que la précédente , à la salivation. Mais ces avantages sont compensés par quelques inconvéniens : elle détei’inine, plus souvent que la précédente, des gastrites, des entérites , des pneumonites , etc. ; elle expose les malades à des rechutes plus fréquentes. Entre les mains d’un médecin habile et prudent elle offre
des ressources précieuses , mais elle peut devenir dangereuse lorsqu’elle est employée par des charlatans ou des guérisseurs.
On a eu recours aussi au deulo-chlorure en pilules; mais outre que, sous cette forme, ce sel est très-infidelle en raison de la décomposition qui peut alors avoir lieu', son administration , lorsqu’il ne subit pas de changement, n’est pas sans danger pour le malade.
Je n’examinerai pas ici si le mercure guérit la syphilis par une sorte d’affinité cju’il a avec le virus, ou s’il l’atténue en le divisant: ces hypothèses chimico-physiques ne sont güère plus admises aujourd’hui.
Le mercure pour agir efficacement doit-il être poussé jusqu’à la salivation, comme le prescrivaient beaucoup de médecins du dernier siècle et comme le veulent encore quelques praticiens anglais et allemands? En vain MM. Simon et Brachet voudraient-ils remettre cette pratique en honneur; il est bien reconnu maintenant que la salivation est toujours un accident qu’on doit éviter soigneusement en suspendant de tems en teins le traitement, parce que loin d’assurer la guérison elle ne peut que l’entraver par les accidens auxquels elle expose les malades qui l’éprouvent.
Beaucoup de médecins sont d’accord avec Hunter pour considérer le mercure comme un puissant stimulant dont l’action sur les organes
a pour résultat de produire un stimulus qui détruit l’irritation morbide.
L’opinion de M. Lagneau, exprimée dans le paragraphe suivant, prouve que ce médecin n’est pas éloigné de penser comme eux : « l’excitation , «dit-il, que les mercnriaux occasionent, dans « chaque organe en particulier et sur toute l’é- « conomie en général, a pour lésultat une fébri- « cille dont la crise, ])resque insensible le plus «souvent, est caractérisée par la sortie de la « matière contagieuse. »
MM. Jourdan et Richond expriment le même fait en d’autres termes, lorsqu’ils considèrent le mercure comme produisant la révulsion sur les tissus et les appareils d’organes.
Il partage, d’ailleurs, ce privilège avec un grand nombre d’autres substances excitantes, comme nous l’avons déjà fait remarquer; en effet, l’expérience prouve que tous ces agens peuvent guérir les symptômes syphilitiques. Cependant ce métal en raison de son énergie et peut-être aussi à cause de quelque autre pro)>riété inconnue, offre souvent des ressources qu’on ne trouve pas toujours dans la plupart des substances qu’on a proposé de lui substituer.
La membrane muqueuse digestive ayant la plus grande disposition à s’enflammer pendant l’administration des préparations mercurielles, il est convenable de s’abstenir de ce médicament, chez les individus impressionables, ou qui
sont actuellement en proie à une plilegmasie gastro-intestinale ou trachéo-bronchique. Lorsque dans ces circonstances l’emploi du mercure est jugé indispensable pour obtenir la guérison d’une affection vénérienne, son administration doit être précédée des moyens propres à modifier la susceptibilité de l’organisme et à ai^aiser les irritations viscérales. Quelle que soit la substance employée d’ailleurs, on doit toujours commencer le traitement par les plus faibles doses, surveiller attentivement l’action du remède , en suspendre l’usage, s’il se manifeste le plus petit accident, ou l’abandonner si malgré ces précautions il cause des troubles circulatoires. Si la membrane buccale commence à se phlogoser, on combat ce petit accident par les moyens appropriés, sans attendre que la salivation se soit établie: le traitement devrait être suspendu si le ptyalisme s’était déclaré.
--^e mercure, comme tout autre stimulant, ne doit être employé, dans le traitement des symptômes vénériens, que lorsque l’inflammation qui accompagne ceux-ci a été efficacement combattue par les antiphlogistiques , la diète, etc. Si , malgré l’emploi de ces moyens, l’irritation persiste , on ne doit pas se décourager, mais insister sur leur usage, et n’avoir recours au mercure qu’après avoir fait cesser l’éréthisme et l’inflammation locale. Une conduite opposée, loin de procurer des avantages, ne serait propre qu’à
augmenter les symptômes inflammatoires et donner lieu à des accidens. ^
Dans le choix des deux méthodes de traitement que j’ai exposées, on doit tenir compte du siège de la maladie qu’on veut combattre. Ainsi , l’expérience ayant prouvé que les frictions mercurielles exerçaient une action plus forte sur le commencement de la membrane muqueuse digestive que la liqueur de Van Swxeten , celle-ci devra mériter la préférence lorsqu’il s’agira de combattre des ulcérations situées dans la bouche ou dans le pharynx.
IL Sudorifiques. Les médicamens connus sous le nom de bois sudorifi([ues sont : le gayac ( guaiacwn ofjiciîiale ), la salse|)areille ( Ami/ax salsaparilla ), le sassafras ( laurus sassafras ) et la squine (^smilax chiîta). Les deux dernières ne sont guères plus employées aujourd’hui ; les deux antres ont joui et jouissent encore d’une grande vogue. Le gayac est doué d’une action stimulante qui s’explique par ses principes constitutifs , tandis qu’on n’a pas la même ressource pour se rendre raison de la préférence accordée assez généralement à la salsejiarellle dont l’eflicacité est cependant mise hors de doute par la plupart des praticiens.
On donne ces végétaux seuls en décoction rapprochée, en rob , sirop, etc. , ou bien , on les associe au traitement mercuriel. Ils font la base de plusieurs composés pharmaceutiques, tels que
le sirop sudorifique, celui de Cüisinier , etc. , dont on fait encore un fréquent usage.
Comme ces substances ne sont guères employées que dans les symptômes secondaires de la syphilis, nous ne nous étendrons pas beaucoup sur leur histoire. ■ •
Ou ne peut leur refuser une action stimulante assez active, et c’est vraisemblablement en raison de cette propriété qu’ils ont réussi dans le traitement des affections syphilitiques. Mais ce qui a dû contrihuer à leur succès , c’est surtout le régime sévère auquel on soumet les malades pendant leur administration. IjCS observations de M. CuLLERiER ont démonti'é quec^était surtout dans les symptômes qui avaient résisté au mercure que leur succès était le plus certain; ce qui confirme les observations consignées dans les ouvrages de Ulrich de Hutten et de Nicolas Pôle.
Ces végétaux administrés sous une forme ti’èsrapprochée en décoction, sirops, électuaires , extraits, conviennent encore dans quelques cas où le mercure serait nuisible. Ils deviennent utiles en donnant de l’activité au système sanguin , et en produisant une sorte de révulsion sur un appareil d’organes sains, qui tend à détruire lu stimulation morbide fixée sur d’autres parties. C’est suriout lorsque le système des vaisseaux blancs a été surexcité parles préparations mercurielles qu’ils trouvent une heureuse application.
Indépendamment de ces sudorifiques, on a
employé beaucoup d’antres substances végétales qui ont eu plus ou moins de vogue. Les principales sont: i” le bois de buis (buxus sempervirens'), 2® le bois de génevrier ( juniperus sabina) , 3" la saponaire {saponaria ojficinalis') ^ 4” la gratioie (gratiola qfficinalis), 5° la douceamère (solarium dulca amara')^ 6° le bois joli (dapJine mezereum) , etc. Tous ces végétaux sont plus ou moins excitans, et rentrent, par consé- Cjuent, dans la classe des moyens que nous avons
examinés. —
111. Or. [Les préparations d’or, employées
très-anciennement pour combattre la syphilis, étaient depuis long-tems abandonnées, lorsque M. Chrestien, de Montpellier, publia un ouvi'age yrofesso sur leur eldcacité dans cette maladie. PI usieurs composés ont été successivement employés; l’ouvrage que je viens de citer fournit à ce sujet beaucoup de détails. Aujourd’hui on donne la préférence au chlorure d’or et de sodium. M. Cfirestien l’emploie surtout en frictions sur la latigue, depuis un dixième de grain jusqu’à un quart pour chaque fois. Ce sel est encore administré sous forme pilulaire incorpoi'é dans un extrait; enfin , on fait encore avec le chorure une pommade et une li([ueur qui sont administrées en frictions et eu lotions.
Ce médicament est un puissant stimulant du système circulatoire. M. CiiaEsriEN assure en avoir obtenu de très-grands avantages, et beaucoup de
praticiens tant nationaux qu’étrangers ont répété ses. expériences ; les uns lui ont reconnu une grande efficacité, surtout dans les affections secondaires, tandis que d’autres lui ont contesté la propriété anti - vénérienne. Cette différence d’opinion provient sans doute de ce cf ne les préparations d’or ne réussissent pas aussi bien dans les pays froids que dans les pays chauds. En effet
Vil est remarquable qu^ Paris, ce médicament^ administre sous les yeux de M. Cullerier, avec î toutes les pi’écautions indiquées par le médecin ! de Montpellier, n’a eu presque aucun succès dans le plus grand nombre de cas ; le même résultat a été obtenu dans d’autres villes du nord de la
j France. A Metz , où je l’ai vu employer par M. Charmeil , il n’a eu que fort peu d’avantages. Ce- * pendant, M. Palhasse et mon père, qui exerçaient la médecine dans un de nos déparlemens méridionaux , en ont retiré de très-bons effets dans un très-grand nombre d’affections syphilitiques primitives et secondaires.
— Iode. Les préparations d’iode utilisées avec succès dans le goitre et les engorgemens ganglionaires, ont été depuis préconisées par MM. Richond et Henry, dans la syphilis.
Ces deux médecins emploient l’iode dans les pblegmasies du canal de l’urètre et dans les adénites, après avoir, par les antiphlogistiques, combattu l’inflammation locale, et ramené l’affection vénérienne dans les conditions favorables à la.
révulsion. Dans les urétrites, M. Richond prescrit la teinture à l’intérieur, à la dose de 25, 3o ou 35 gouttes ; dans les adénites, il conseille la teinture pure en frictions, depuis un gros jusqu’à un gros et demi, tous les jours, pour deux frictions.
J’ai vu quelquefois employer et j’ai employé moi-même la pommade iodurée avec avantage, en frictions, sur des engorgemens indolens de l’aine; mais je ferai remarquer qu’il faut a' oir alors la précaution de les suspendre, dès que la tumeur s’échauffe et que le malade y éprouve des picotemens^ éviter la suppuration de l’adénite. y On ne doit pas perdre de vue qu’il résulte des 1 recherches deM. Orfila, que l’iodeest un puissant | 1 excitant, que son usage intérieur peut non-seu-| lement développer des gastro-entérites très-inten- f I ses, mais même donner lieu à un véritable em-lj ^foisonnement, à la dose de quelques grains.
11 existe encore un grand nombre d’autres moyens qu’on a mis en usage, à diverses époques, pour combattre les affections syphilitiques, mais tombés, pour la plupart , dans le plus profond oubli; cependant je rappellerai les suivans:
I. Le Sous-carbonate d’ammoniaque. Peyrilhe % qui a constaté les bons effets de l’ammoniaque dans les affections vénériennes, le prescrivait à l’état concret , à la dose de 3o à 36 grains, dans un sirop purgatif. Il faisait prendre, danslecou-
‘ Etsai sur la verlii aiill-vénériciiiie des alcalis volatils. Mont- ]ielli«r, lySl).
rant de la journée, à ses malades, une infusion de mélisse. Cette médication déterminait d’ordiliaire un accès de fièvre éphémère, suivie de sueurs ou de selles cojiieuses. 11 prétend avoir guéri, par son remede, la plupart des symptômes primitifs et des accidens secondaires, tels que douleurs musculaires ou osseuses , éruptions, etc. Suivant lui, iS ou 20 jours suflisent pour
prociu’er une guérison radicale. .
nP^oÎTnaîTquê^ir CHARMOL^qlTi ait répété les expériences de PEYRiLHE,et quoiqu’il se soit conformé, la plupart du tems, aux préceptes que celui-ci a laissés sur l’emploi de son remède, il a été obligé de pousser le sous-carbonate d’ammoniaque à de très-fortes doses; le traitement s’est prolongé depuis 4o jusqu’à 100 jours, et plus, sans résultats bien avantageux, puisque non seulement il a échoué souvent, mais encore il a donné lieu à des accidens, tels que des gas- Jtrites, et a laissé à la suite beaucoup de rechutes^^ II. L’Opicm L’opium, aussi propose comme un remède souverain , agit souvent comme excitant. Dans les symptômes primitifs, employé à l’intérieur ou à l’extérieur, il exalte ordinairement la sensibilité. Il ne convient que dans certains symptômes secondaires développés sous l’irdluence du traitement mercuriel. Lorsque les viscèi’cs peuvent le supporter, il agit comme calmant. M. Nüoth , médecin anglais, en a retiré, en Amérique, des avantages marqués, surtout
lorsqu’il s’agissait de calmer la sensibilité de malades très - irritables ou d’atténuer l’action du mercure. Dans ces cas, son utilité a été constatée ])ar Brion et Valentin.
Je ne jiarlerai pas de beaucoup d’autres substances, les acides citrique^ nitrique , la limonade d'^Jlyon ,etc. , et d’autres formules à-peu-près oubli ées aujourd’hui. En récapitulant les résultats ]iratiques qui découlent de l’examen des substances que nous venons de passer en l eviie, on est conduit à établir les corollaires suivans.
Toutes les substances proposées pour combattre les affections syphilitiques sont des excitans plus ou moins énergiques c[ui , lorsqu’ils procurent la guérison, agissent à la manière des révulsifs, en exerçant sur un organe éloigné de celui qui est le siège des symptômes vénériens, une irritation c]ui, par son intensité ou son étendue, peut suspendre celle qui était fixée ailleurs
2° Tous ces moyens peuvent échouer dans cjuelques cas; quelques-uns exaspèrent, dans certaines circonstances, la maladie; aucun ne met absolument à l’abri des accidens secondaires quciquerexpérience ait démon tréque tels avaient plus souvent ce résultat dans telle circonstance.
3° Aucun de ces moyens ne jouit d’une propriété spécificpie générale.
La méthode empirique suivie par le plus grand nombre des médecins, dans le traitement des
* Jourdan.
iTialacHes ■vénériennes, était donc une méthode révulsive, suivant la remarque du docteur Jourdan. Elle a fait trop négliger le traitement local qui procure aujourd’hui de si grands succès.^ ^
Ïell et (jiRTANNER avaient obscrvé depuis long^ temsque les ulcères vénériens guérissaient soii-^s vent sous l’influence des simples topiques. Mais! en faisant cette observation , ils ne croyaient pas \ être dispensés de recourir par précaution à un | vtraitement interne.
MM. Rose et Fergusson , attachés à l’armée anglaise de l’expédition du Portugal , ayant appris des médecins de ce pays, que depuis long-tems ils combattaient efficacement les affections vénériennes primitives par de simples applications locales et que fort rarement ce traitement était suivi de symptômes consécutifs, entreprirent une série d’expériences qui vinrent confirmer la bonne opinion qu’ils avaient déjà courue de ces faits. Par suite des avantages fju’ils retirèrent dti traitement local , ils crurent pouvoir renoncer désormais au mercure pour combattre les affections tant primitives que secondaires cfue leur offrirent les militaires dont la guérison leur fut confiée; et ils n’eurent qu’à se féliciter d’avoir osé abandonner une méthode cpie l’usage et la routine avaient si long-teras consacrée.
Quelque tems après, ces expériences furent répétées, avec les mêmes succès , en Angleterre, par MM. Gütiirje, Gordon et Arthur; en Ecosse,
par MM. Thomson, Bartlet, IIennen; et en Amérique , par M. Thomas Harris, et beaucoup d’autres chirurgiens civils et militaires de ces contrées.
En France, cette méthode a été employée pour la première fois, dans les hôpitaux militaires de Strasbourg, par M. Richond, et dans ceux de Paris, par M. Desruelles. Depuis six ou sept ans, et antérieurement à ces médecins, M. Charmeil , 2tne professeur de l’hôpital militaire d’instruction de Metz , a fait de nombreux essais sur les diverses méthodes thérapeutiques des affections vénériennes. Sans vouloir préjuger les conséquences pratiques c[ue ce chirurgien tire de ses expériences, je dois noter qu’il a observé des récidives par toutes les méthodes, et que le3 préparations mercurielles ont laissé à leur suite beaucoup d’accidens secondaires.
Mais existe-t-il un travail où l’on ait évalué avec précision la raéthodethérapeutiquequi laisse à sa suite le moins d’accidens secondaires? Bru, dans son ouvrage, a donné le tableau de Si malades, traités par de simples topiques mercuriels, parmi lesquels il ne s’en trouva cju’un quart chez cjui l’on vit reparaître les mêmes accidens ou s’en développer de nouveaux. Celui qu’on trouve, dans un travail sur la même matière, fourni par le docteurThomas Harris présente des résultats non moins avantageux. Ce médecin , ayant remarqué, à l’hôpital naval de Philadelphie, cpie
’ Norlh American medical and surgirai journal. Jauiiary jSiG.
le mercure, employé contre la syphilis, ne mettait pas à l’abri des accidens consécutifs-, avait cherché, dès l’année i8i5, à lui substituer une autre méthode thérapeutique. Dans 164 cas de mai. dies vénériennes, sous toutes les formes que peu', eut re\êtir les symptômes primitifs, il assure avoii' ol'tenu les plus grands succès d’un traitement ’ocal qui consistait à bassiner les ulcères avec l’eau de Goclard et une dissolution de sulfate de cuivre. Sur ce nombre de malades, il n’a prescrit le mercure qu’à trois. Le traitement local était d’ailleurs varié suivant les circonstances : les ulcères ou bubons étaient-ils enflammés? il prescrivait des lotions émollientes ou des cataplasmes; l’inflammation calmée, il pansait les ulcères avec le calomel , ou les faisait bassiner avec î’eau de Goulard ou la dissolution de sulfate de cuivre. Il proscrivait, comme nuisibles , les applications de corps gras sur les ulcères. Sur les 164 malades, deux seulement éprouvèrent des symptômes .secondaires, qui cédèrent à Pem[)loi alternatif de la décoction des bois sudorifjcjues, de l’acide nitro-muriatique et des bains généraux. Aucun malade dont les ulcères primitifs furent traités sans mercure, n’eut par la suite ni ulcères à la gorge, ni affections du système osseux.
Les observations de MM. Gregor et Franki.in offren t des résvdtats aussi avantageux.
On tj’ouve, dans l’ouvragedeM. PitciiOND, plusieurs tableaux d’observations qui tendent à prou-
ver : i” que le traitement antiplilogistiqae et local nécessite moins de lems que le mercuriel dans la plus grande majorité des cas.
2" Que le ti aitement sans mercure a déterminé la résolution d’un plus grand nombre de bubons comparativement que le traitement mercuriel; et que le nombi e de bubons qui ont paru pendant le traitement mercuriel est plus considérable que le nombre de ceux qui se sont manifestés pendant la durée du traitement sans mercure.
3® Que les bubons traités sans mercure arrivent plus rarement à la suppuration.
Ce médecin pense cjue le traitement mercuriel laisse à sa suite plus de symptômes secondaires que les autres méthodes thérapeuticjues ou lorsqu'ils sont abandonnés à eux-mêmes; en pieuve , il dit, que sur 1142 malades sortis de ses salles après avoir reçu un traitement mercuriel ,63 ont été atteints de divers phénomènes secondaires tandis que sur 923 sortis guéris sans mercure, il n’en est revenu que 24*
Ne pourrait-on pas objecter à M. Richond que dans le nombre des individus guéris sans mercure, il a pu se développer, chez plusieurs , à une épof[ue plus ou moins éloignée de leur sortie de i’hô|)ital, des accidens consécutifs dont il a pu ignorer l’apparition et (ju’ainsi ses observations perdent une partie de leur valeur ? En effet, j’ai eu souvent occasion d’observer (jue les militaires qui avaient subi un ou plusieurs trailemens dans
un liôpîtal, éprouvaient oncles récifJiveson des symptômes secondaires pour lescjuels les officiers des corps auxquels ces militaires appartenaient, négligeaient de les envoyer aux hôpitaux.
Il faut convenir cjue si l’on a entrepris, plusieurs fois et surtout depuis quelcpies années, d’établir un parallèle entre les diverses méthodes thérapeutic|ues delà syphilis, ce travail n’a point encore, juscju’à ce jour, été exécuté d’une manière satisfaisante; qu’il réclame de nouvelles observations recueillies dans un esprit dépourvu de prévention et de toute opinion préconçue.
En attendant que l’expérience ait répondu d’une manière satisfaisante à cette cjuestion , si importante pour la thérapentic|ue, je vais présenter des tableaux cjui offrent le résultat de la pratique de mon père à une épocjne où le traitement de la syphilis^ était presc|ue généralement livré à l’empirisme. lEn 1792, mon père, chirur- '^gien mâ]or d’un régiment de grenadiei’S en gariifson à Piixheira , départemen t du Haut-Rhin , fut chargé du service chirurgical de l’hôpital temporaire établi dans cette ville. Dans ses salles furent reçus, en dix mois, 83 militaires vénériens, la plupart de son régiment, C{ui furent tous soumis au traitement mercuriel. Le tableau suivant expose le résultat de cette méthode, et comme mon père n’a presque pas perdu de vue les militaires qui font le sujet de ces observations, elles auront toute la certitude désirable.
PREMIER TAbEEAU.
Sym[) tomes»
syphilitiques
primitifs.
Durée
du
traitement.
Méthode
de traitement.
Urétrites
de 20 à
Boissons diurétiques, bains,
.aiçii-s ou
loo jours .
re iine, copa'.n , purija-
chroniques.
tils, m'u rurp eti (nciious
ou en liqueur.
Ulcères au
Diurét qiîës , sudorifiques,
pénis et
bains , mercure en trie-
urétrites.
lions d’un à ■leux gros
depuis 24 Jusqu'à Jü.
Ulcères au
Bains, régime, Irictions mer-
pénis ,
curiclles tie a5 à 4‘>, ii-
adc'/tea et
queurileV ri Svvieten de*
urétrites.
jiuis 20 grains jusqu'a43.
bubons
Bains, régime, frictions lo*
(adénites.^
cales avec les linimens.
eraplâtredeV igo, frictions
mercurielles de 8 à 20.
Adénites
Diurétiques, bains, frictions
et urétrites.
locales et générulc« av«c
le mercure de 10 à 20.
!L’ani)ée suivante, mon ])ère ayant été chargé, pendant le siège de Mayence, du service en clief d’une division de vénériens à l’hôpital militaire de cette ville , eut à soigner un plus grand nombre de militaires affectés de maladies vénériennes. Il ne fut pas aussi exclusif dans son traitement, se borna , dans beaucoup de circonstances , à ]>rescrire des moyens locaux, tels que cataplasmes, lomenlations, pommades faites avec l axonge et le calomel , etc. , et tint une note exacte des résulluis des diverses médications J’ai extrait de ses ])a[)iers les trois tableaux suivans, dont les observations ont été adressées, dans le teins, sous forme (le rajiport, au conseil de santé des armées.