SUR LE
CALCUL DES PROBABILITES
Iiu à l'Académie royale de Médécine dans sa séance du 25 avril
Profcssoiir de palliologic et de lliérnpeiitiqiie géiiérnles à In FaciiKé de niédecinc de Montpellier, membre correspondant de l'Académie ro3'ale de Médecine, des Aeniloniics de Cadix , Murcic; des Sociétés royales de Brnxclles, Marseille ^ chevalier de l'ordre d'Isabelle-la-Gatliolique d'Espagne.
PAR RISUENO D'AMADOR,
in 2015
https://archive.org/details/b21291962
L'Académie Royale de médecine venait de terminer la discussion sur les fièvres graves continues appelées aujourd'hui typhoïdes (i) La question sur la méthode numérique y fut indirectement agitée. Antérieurement la même question s'était accidentellement offerte lors des débals sur la lithotritie ; tant il est vrai que tout problème médical renferme une question de méthode , ou , si l'on veut, une question de logique. La discussion sur la méthode numérique était donc de la plus haute importance sous ce rapport.
La plus belle de nos illustrations philosophiques l'a dit avec cette hauteur de pensées et cette beauté d'expressions qui nous rappelle
(1) Foyez le rapport et la discussion sur cette importante question , Bulletin de l'Académie royale de mé' decine , 1837, pag. 482 et suiv.
souvent et Platon et Descartes: « Toute doctrine » qui a exercé quelqu'influence, dit M. Cousin, » ne l'a fait et n'a pu le faire que par la direc- » tion nouvelle qu'elle a imprimée aux esprits; » par le point de vue nouveau sous lequel elle » a fait considérer les choses , c'est-à-dire par » la méthode. »
L'examen du calcul des probabilités appliqué à la médecine (car la méthode statistique, numérique, n'est au fond et ne peut être autre chose) empruntait, et aux circonstances, et à la nature même de la question , le plus vif intérêt.
Dans cet état des esprits, M. le professeur Cruveilhier sentit l'à-propos d'une discussion, non plus incidente, mais directe, sur ce mode nouveau d'atteindre à la certitude. Il demanda expressément à l'Académie, quequclques séances fussent consacrées à cet objet. Par une coïncidence heureuse, quoique fortuite, préoccupé de la même pensée, j'avais écrit ce jourlà à l'Académie, pour la prier de m'accorder , avant de quitter Paris pour me rendre à Monipellier j la faveur de lui exposer quelques
doutes sur l'applicalion du calcul des probabilités à la médecine.
L'Académie accueillit favorablement et la proposition deM. Cruveilhier et mon projet de lecture ; et la séance du 2 5 avril fut désignée pour l'ouverture de ces débats scientifiques.
Je me rappellerai toujours, avec une émotion que le temps et les dislances ne sauraient effacer, l'accueil bienveillant que l'Académie a daigné faire à mon mémoire; je n'oublierai jamais que ce jour-là elle ajouta comme une troisième couronne à celles dont elle m'avait honoré à deux reprises ; et me permit de recueillir en personne le fruit de celte noble émulation , vertu des grandes âmes , qui ne dégénère en vice que dans les petites ; sentimens généreux que l'Académie ne saurait désapprouver, puisque c'est elle-même qui les inspire.
L'Académie daigna ordonner l'impression de mon mémoire dans son Bulletin officiel.
La discussion , soutenue pendant un mois et demi , dépassa les limites ordinaires des débats académiques. Conduite d'ailleurs avec
toute la prudence et les lumières de l'esprit scientifique , cette controverse a été généralement grave , élevée , sérieuse , digne , en un mot , de figurer avec honneur dans les annales de l'Art et dans celles de l'Académie (i). Chacun s'est dit , en effet , que le temps consaç;ré à ces débats n'était pas perdu , et qu'il devait en rester quelque chose : chacun s'est dit que la vérité finirait par se dégager de ces luttes, où les principes de la sçience ont été souipis de nouveaii à un rigoureux contrôle.
Sans doute l'Académie n'a pu ni dû prendre Ujne résolution pour ou contre le calcul des probabilités appliqué à la médecine, ni formuler un arrêt comme un tribunal ou une Sorbonne. Ce n'est pas là son rôle, ni celui d'aucune Académie. Mais des solutions nouvelles de problèmes toujours renaissans ont été données ; quelques principes anciens et à tort oubliés ont été mis en lumière , des convic-
(1) Voyez tous les détails de cette discussion dans le Bulletin de l'Académie royale de Médecine , 1837, p. 684 etsuiv.
tions sérieuses se sont raffermies ; d'autres se sont ébranlées; et, par Yoie directe ou indirecte , cette belle discussion aura sans doute modifié la direction générale des idées des médecins qui y ont assisté.
C'est donc en quelque sorte sous lebienveillant patronage de l'Académie que j'ose livrer à la publicité ces quelques feuilles, destinées, dans mon intention première, à être oubliées aussitôt que lues. J'ignore le sort qui attend cet écrit et les idées qu'il renferme ; et si la fortune qui les protégea devant l'Académie , les accompagnera devant le public; mais si le suffrage de ce corps savant a pu me faire illusion, on conviendra, du moins, qu'il serait difficile de trouver à cette illusion des motifs plus excusables.
Paris, le 25 juin 1837.
Nota. Par une continuation de sa bienveillance , l'Académie me permit de prendre une seconde fois la parole à la fin des débats. J'ai
dO AVERTISSEMENT,
cru devoir donner à la suite de mon mémoire et sous forme de notes , les nouvelles considérations que je présentai dans cette séance, en
les rattachant aux passages du texte qui y ont rapport.
MÉMOIRE
scn LE