‹ Mémoire sur le catarrhe du sac lacrymal dans ses rapports avec les affctions [i.e. affections] désignées sous les noms de tumeur et fistule lacrymales, tumeur et fistule du sac lacrymalChapitre 2 sur 8 · RECHERCHES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES HISTORIQUES

La dénomination de catarrhe du sac lacrymal que je propose, pour l'affection qui fait l’objet de ce travail, est synonyme de dacryocysiite chronique , de blennorrhée du sac , usitées dans le langage de quelques ophthalmologistes.

Je préfère la première, parce qu’elle donne une idée précise de la nature du mal ; qu’elle rapproche celui-ci d’une classe de maladies bien connues. Tous les médecins appellent catarrrhe , les phlegmasies de certaines muqueuses, ou les flux abondants qui s’opèrent par des surfaces muqueuses ; et c’est par un abus de langage qu’on applique ce mot à la cause déterminante des épidémies catarrhales comme le propose Littré (1). On comprend sous le nom de catarrhe, dit un pathologiste moderne (2), un flux muqueux survenant indépendamment de tout travail inflammatoire appréciable. C’est une augmentation accidentelle dans la sécrétion des follicules muqueux, sans que ceux-ci soient actuellement le siège d’un travail inflammatoire. Le catarrhe, ajoute le même médecin, est caractérisé par l’écoulement plus ou moins abondant d’un liquide incolore, filant, visqueux ou bien floconneux qui, à mesure que la maladie est plus ancienne, devient plus épais, jaunâtre, puis opaque, et prend enfin un aspect purulent dans certaines circonstances ; lorsque, par exemple, quelque altération grave de structure est survenue dans le tissu, ou lorsque celui-ci est seulement enflammé.

(1) Dictionnaire de médecine en 30 volumes , tome VL page 582.

(2) Grisolle. Traité élémentaire et pratique de pathologie interne , Paris, 1844, tome I, page 736.

Si j’ai rappelé tous les termes de cette définition,, c’est qu’ils s’appliquent exactement, mot pour mot, au catarrhe du sac lacrymal.

La connaissance de cette affection est de date presque contemporaine. Il est facile de s’en rendre compte. Pendant longtemps, on a ignoré la véritable conformation des voies lacrymales. D’après Portai (1), Fallope, en 1561, est le premier qui ait décrit avec exactitude les deux conduits lacrymaux et le sac lacrymal ; mais l’anatomiste italieu faisait provenir les larmes des conduits lacrymaux pour les faire absorber par la glande lacrymale. Quelques années plus tard, en 1574, Carcanus, élève de Fallope, réforma cette erreur, en faisant sécréter les larmes par la glande lacrymale, et absorber par les points lacrymaux, auxquels succèdent deux conduits qui se réunissent en un seul canal ouvert dans le nez. Environ un siècle plus tard, en 1662, Sténon décrivait, sur des animaux, la glande lacrymale et ses canaux excréteurs, les points et les conduits lacrymaux, destinés, suivant lui, à porter les larmes dans le sac lacrymal , puis dans le canal nasal. Ces travaux n’attirèrent que médiocrement l’attention des chirurgiens du dix-septième siècle. Ainsi Guillemeau (2) en 1612, décrivait encore, au grand angle de l’œil, une glande qu’il appelle lacrymale , située sur le petit os de r orbite auquel il y a un trou qui descend dedans les narines, estant là mise, afin que les excréments qui coulent du cerveau dedans le nez, ne tombent et regorgent aux yeux par ledit trou. Ce qui se voit manifestement à ceux qui ont ladite glande consommée, lesquels pleurent continuellement. A. Paré (3), en 1652, parle, comme Guillemeau, d’une glande placée au grand angle de l’œil, au-dessus du canal, destinée à défendre, que les excréments du cerveau, descendant pas les narines, ne régurgitent aux yeux , ainsi que nous voyons advenir à ceux qui ont la susdicte glande consommée, lesquels pleurent continuellement, et telle affection est appelée fistule lachrimale. Ainsi la théorie d’A. Paré est celle-ci : La fistule lacrymale est la conséquence d’un reflux des mucosités nasales au grand angle de l’œil, parce que la glande, qu’il suppose exister dans ce point, est détruite. Le chirurgien français a eu en vue, d’une manière implicite, le catarrhe du sac lacrymal, quand, plus loin (4), il dit que cette glande s’abcède, s’ulcère et quelquefois dégénère en fistule; que celle-ci s’ouvre à l’extérieur ou en dedans, et que, dans le dernier cas, il se manifeste une tumeur qui, par la pression laisse écouler une sanie séreuse, ou rousse ou blanche et visqueuse, par l'angle de l'œil et par le nez. Guillemeau lui-même, en décrivant l’anchilops et l’œgilops, assigne, comme cause, à ces maladies, une collection d'humeurs grasses et épaisses semblables à du miel ou de la bouillie , quelquefois contenue dans une petite membrane (5). Il y a loin cependant d’indications aussi vagues à la connaissance d’une affection à caractères bien déterminés. Les chirurgiens de la seconde moitié du dix-

(1) Histoire de Vanalomie et de la chirurgie , tome VI, page 421 ..

(2) OEuvres de chirurgie , Paris, 1612, page 134, édit, in-folio.

(3) OEuvres, 11e édition, in-folio, Lyon, 1652, page 120.

(4) Loc. cit., page 389.

(5) Loc. cit., page 791.

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septième siècle, Fabrice d’Aquapendente (1), Fabrice de Hilden (2), adoptèrent les idées de Celse (3), reprises au septième siècle par Paul d’Egine (4), et dans le cours du quatorzième par Guy de Chauliac (5); on sait que, pour Celse, la fistule située au grand angle de l’œil, et appelée par les Grecs œgylops , est une fistule ordinaire, et qu’il lui applique le même traitement qu’à cette dernière, c’est-à-dire l’incision suivie de l’application du cautère actuel, que quelques-uns ont remplacé par des caustiques.

Il faut arriver au commencement du dix-huitième siècle pour avoir des notions précises sur les maladies du sac lacrymal. Maître Jan (6) distingue des fistules lacrymales apparentes, c’est-à-dire ouvertes au dehors, et des fistules lacrymales cachées , c’est-à-dire s’ouvrant du côté de l’œil ou dans le canal nasal. Ces dernières sont dues le plus souvent à la matière des larmes amassée dans le sac lacrymal , à cause de quelque obstruction de ses conduits; cette matière s’aigrit par son séjour. L’anatomie des voies lacrymales est exactement connue par Maître Jan qui en donne une description succincte (7) et mentionne ce fait, que la membrane formant le sac est glanduleuse comme la membrane des fosses nasales. Il signale une autre circonstance que je ne veux pas omettre de rappeler; en parlant de la tumeur du sac lacrymal, qu’il appelle fistule cachée, il dit que, lorsque l’humeur qui en découle est claire et glaireuse, elle se guérit souvent sans remèdes, ni opération, par la seule compression de la tumeur : « car cette humeur n’est autre chose que l’humeur excrémenteuse et naturelle qui se filtre dans ce sac et qui devient glaireuse, ou à cause qu’elle s’y mesle avec le suc nourricier de cette partie, ou à cause d’une simple obstruction du trou nasal, qui, empêchant l’écoulement de cette humeur par le nez, fait qu’elle s’échauffe par son séjour, etc, (8). »

Je me suis arrêté à dessein sur la doctrine précédente, parce qu’elle fait époque dans l’histoire des maladies du canal lacrymo-nasal. Négligeant complètement l’un des éléments de la question, l 'humeur excrémenteuse et naturelle filtrée dans le sac , c’est-à-dire le liquide sécrété par la muqueuse du sac, les chirurgiens postérieurs à Maître Jan n’ont tenu compte que de l’obstruction du conduit des larmes signalée par ce dernier, et tous les efforts de la thérapeutique ont été dirigés contre cette prétendue obstruction. Telle a été l’influence exercée par l’oculiste de Méry-sur-Seine, que, pendant cent cinquante ans, ces idées ont été transmises de génération en génération, et qu’elles régnent encore aujourd’hui dans l’esprit de la plupart des chirurgiens.

(1) OEuvres chirurgicales, Lyon, 1666, pages 561 et 563.

(2) Observations chirurgiques , traduites du latin en français, etc., par un docteur médecin, Genève, 1669, page 395.

(3) De la Médecine, livre 7, sect. 7.

(4) Chirurgie, traduct. de Briau, Paris, 1855, page 139.

(5) La grande chirurgie restituée, par Laurent Joubcrt, Rouen, 1649, tome I, page 3a0.

(6) Traité des maladies de l'œil, Troyes, 1707, pages 455.

(7) Loc. cit., pé:ge 6.

(8) Loc. cit., page 467.

Faisons remarquer, toutefois, que cette doctrine a été développée et soutenue par des praticiens jouissant d’une grande autorité. Anel (1), en 1713, avait eu à traiter un ecclésiastique affecté de deux fistules lacrymales: lorsque le malade pressait le sac, il faisait refluer du pus par les points lacrymaux et rien ne passait dans le nez. Anel en conclut que le sac lacrymal était totalement oblitéré à la partie inférieure; il fallait déboucher le sac, ce qu’il exécuta en introduisant par le point lacrymal supérieur une petite sonde jusque dans le sac; la guérison fut complétée par quelques injections pratiquées dans le même organe, à travers les points lacrymaux, au moyen d’une seringue particulière, qui est depuis restée dans la pratique, et que tous les chirurgiens connaissent.

Quelques années plus tard, de 1734 à 1744, J.-L. Petit (2) chercha, dans une série de mémoires communiqués à l’Académie des sciences, à établir la véritable cause de la fistule lacrymale.

Ce chirurgien, comparant la disposition des conduits lacrymaux, du sac et du canal nasal, à un syphon composé de deux branches inégales, dont l’une des extrémités plonge dans le sac lacrymal, établit que la fistule lacrymale est ordinairement une conséquence de l’obstruction de ce syphon du côté du nez. Les larmes que les points lacrymaux y conduisent, ne pouvant s’écouler par le nez, s’accumulent et font effort pour dilater le syphon ; « mais comme la partie étroite et basse du syphon est renfermée dans un canal osseux, elle résiste, et tout l’effort que font les larmes se passe sur la partie large appelée sac. Celui-ci cède à l’effort des larmes et se dilate.... Quand on comprime cette tumeur, elle disparaît, parce que cette compression oblige les larmes amassées de repasser dans le grand coin de l’œil par les points lacrymaux ; mais quelque temps après elle reparaît, à mesure qu’il rentre des larmes à la place de celles qu’on a obligé de sortir. » On voit que, dans cette théorie, le sac joue un rôle purement mécanique, et pour mieux faire comprendre sa pensée, Petit compare le mode de production de la tumeur du sac à la distension de la vessie par l’urine, alors qu’il existe un rétrécissement de l’urètre. Aussi, ajoute-t-il, que cette maladie n’est pas une fistule lacrymale, mais une rétention de larmes. La conséquence qui découle de cette étiologie, c’est que, pour guérir le mal, il ne s’agit que de rétablir une machine hydraulique dérangée. » Les larmes ne coulent plus dans le nez; elles tombent sur la joue; elles sont retenues dans le sac qu’elles dilatent par l’effet de l’obstruction du syphon lacrymal. L’indication à remplir consiste donc à déboucher le syphon ; après quoi les larmes couleront dans le nez, ce qui aura pour effets de détruire le larmoiement, d’empêcher la rétention des larmes et de prévenir toute inflammation, toute rupture du sac et enfin la fistule. On connaît l’opération imaginée par Petit, pour

(1 Observation singulière sur la fistule lacrymale , dans laquelle on apprendra la méthode de la guérir radicalement, Turin, 1718, in-4°.

(2) Mémoires de l'Académie des sciences , 1734, page 135; 1710, page 155; 1743, page 390; 17 44, page 449. Tous ces mémoires ont été reproduits dans les œuvres complètes de J.-L. Petit, édition delà Bibliothèque chirurgicale, Paris, 1837.

remplir l’indication précédente : elle consiste à inciser le sac, à y introduire une sonde cannelée, à la pousser jusque dans la narine, pour déboucher le canal, après quoi le canal nasal est maintenu ouvert au moyen d’une bougie qu’on change tous les jours. Il n’avait pas échappé à l’esprit observateur de J. -L Petit qu’un fait souvent sortir, par les points lacrymaux, une matière blanche semblable à du pus. Cette circonstance, qui aurait dû le faire réfléchir sur sa théorie, ne l’embarrasse nullement. Cette matière, ce pus, « ne sont que des larmes qui ont séjourné dans le sac lacrymal. »

A partir de J.-L. Petit, la doctrine de l’obstruction des voies lacrymales gagne les suffrages de presque tous les chirurgiens. On a même droit de s’étonner que Garangeot(l), en 1748, se montre encore partisan du cautère actuel, bien que G. de la Faye, huit ans auparavant, ait rapporté, dans les annotations à l’ouvrage deDionis (2), les divers procédés propres à rétablir le cours des larmes. L’Académie royale de chirurgie reçoit de nombreuses communications de procédés opératoires propres à rétablir le cours des larmes dans les voies obstruées. Louis (3) expose à la Compagnie les procédés imaginés par Méjan, Cabanis, en même temps que Laforest (4) indique la manière de pénétrer dans le canal nasal de bas en haut. Il n’est pas sans intérêt de suivre, année par année, et jusqu’à notre époque, la propagation de ces idées, ainsi que les diverses protestations auxquelles elles ont donné lieu, à divers intervalles.

En 1767, St-Ives (5) préconise la doctrine d’Anet, c’est-à-dire les injections à travers les voies lacrymales, soit par les points lacrymaux, soit par une ouverture faite au sac. En 1769, Guérin (6) attribue l’hydropisie du sac et la fistule lacrymale à l’obstruction du conduit nasal, à son simple rétécissement ou à l’épaississement de l’humeur fournie par l’intérieur du sac. Il veut qu’on rétablisse le cours des larmes par le canal nasal ou qu’on leur ouvre une voie artificielle, et donne la préférence aux procédés de Méjan et de Ponteau.

En 1770, Heister (7) s’élève contre la doctrine de J.-L. Petit, et tout en admettant cette obstruction ou oblitération du canal nasal, il fait remarquer que, dans d’autres cas, le canal est parfaitement libre, et que la méthode d’Anel guérit toutes les fistules.

Les idées de J.-L. Petit trouvent des partisans non seulement en France, mais en Angleterre. C’est à peine si Janin (8), en 1772, les a modifiées en admettant l’existence d’un sphincter situé vers le milieu du canal nasal, sphincter qui, en se contrac-

(1) Traité des opérations de chirurgie , 3e édition, Paris, 1748, tome III, page 75.

(2) Cours d'opérations de chirurgie, 4e édition, par G. de la Faye, Paris, 1740, page 561.

(3) Réflexions sur la fistule lacrymale. Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. II, p. 193, éd. in-4°.

(4) Mémoires de V Académie de chirurgie , tome II, page 175, Paris, 1753.

(5) Nouveau traité des maladies des yeux , nouv, édit, traduite de l’anglais par Cantwel, Amsterdam et Leipsick, 1767, page 45.

(6) Traité des maladies des yeux, Lyon, 1769, page 104.

(7) Institutions de chirurgie, traduct. de Paul. Avignon, 1770, t. II, page 542.

(8) Mémoires et observations anatomiques , physiologiques et physiques sur l’œil , Lyon et Paris, 1772, page 105.

tant, forcerait les larmes à séjourner dans le sac lacrymal. Ravalon (1), en 1776, reprend la théorie de l’obstruction du canal nasal, et donne un nouveau procédé pour ouvrir aux larmes une route artificielle, en perforant l’unguis avec un trois-quarts. En 1777, Percival Pott (2) attribue la fistule lacrymale à l’obstruction du conduit nasal; il propose de dilater le canal au moyen d’une petite bougie ou d’une sonde de plomb. Lorsque ce moyen échoue, on pratique un passage artificiel aux larmes, et l’on sait que Pott donnait la préférence, pour exécuter l’opération, aux trois-quarts courbe. Pouteau (3), en 1783, en inventant une nouvelle méthode pour employer le séton, dans le traitement des maladies des voies lacrymales, reconnaît implicitement toute l’importance qu’il y a de dilater le canal nasal. En 1786, John Hunter(4) professe, dans ses leçons sur les principes de la chirurgie, que la fistule lacrymale est le résultat d’un obstacle au passage des larmes du sac lacrymal dans le nez, et que la cause de cet obstacle est f oblitération inflammatoire du canal nasal. Cependant, en 1789, Louis (5) qui, quelques années auparavant, avait présenté, à l’Académie de chirurgie, les procédés divers dedésobstruction du canal nasal, tout en admettant le rétrécissement de ce canal, fait remarquer que cette obstruction ne vient que de l’épaisseur des matières qui l’embarrassent, lorsqu’il n’y a qu’une simple dilatation du sac. L’année suivante, Pellier (6) professe que la fistule lacrymale est produite par le seul séjour du mucus dans le sac et que cette stase est ordinairement la cause première de l’obstruction du canal nasal. En 1796, Sabatier (7) fait remarquer que, lorsque la tumeur lacrymale est compliquée de l’obstruction des points et des conduits lacrymaux, elle ne peut être formée que par l’accumulation de V humeur qui suinte des parois du sac et du canal nasal. On ne fit qu’une médiocre attention à ces observations d’une justesse incontestable, comme nous le errons dans la suite de ce travail. C’est ainsi qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Bell (8) dit que la fistule lacrymale, reconnaissant pour cause l’obstruction du conduit nasal, il faut’, pour obtenir la guérison, détruire toujours cette obstruction. Desault (9) reste fidèle à la tradition de l’Académie de chirurgie. D’après lui, c’est « au rétrécissement ou à l’oblitération du canal nasal, produits par une cause quelconque, qu’est due dans presque tous les cas , la fistule lacrymale, » En 1805, Richerand (10) établit que la véritable cause de la tumeur et de la

(1) Pratique moderne de la chirurgie , tome I, pages 458 et 667.

(2) OEuvres chirurgicales , traduction de l’anglais sur la 2e édition, par M ***, Paris, 1777, tome I, page 213.

(3) OEuvres posthumes, Paris, 1783, tome III, page 150.

(4) OEuvres complètes, traduct. de l’anglais, par G. Richelot, Paris, 1843, tome I, page 641.

(5) Dictionnaire de chirurgie, communiqué à l’Encyclopédie. Paris, 1789, tome I, page 391.

(6) Précis ou cours d’opérations sur la chirurgie des yeux, Paris et Montpellier, 1790, tome II, page 182.

(7) De la médecine opératoire, Paris, 1796, tome II, page 461.

(8) Cours complet de chirurgie, traduit de l’anglais par Bosquillon sur la 4' et dernière édition, Paris, 1796, tome Ilï, page 266.

(9) OEuvres chirurgicales , par Bicliat, Paris, 1801, tome II, page 119.

(10) Nosographie chirurgicale, Paris, 1805, tome l, page 278.

fistule lacrymale est l’oblitération plus ou moins complète du canal nasal. Wenzel (1), en 1808, base tout le traitement de la fistule lacrymale sur le degré d’obstruction du canal nasal. En 1816, Delpech (2) ne voit pas de meilleur moyen de combattre les coarctations du canal nasal que d’y placer une canule à demeure. Demours (3), en 1818, est tellement imbu des idées J.-L. Petit, qu’il écrit un chapitre sur les maladies du syphon lacrymal; suivant lui, l’obstruction plus ou moins complète du conduit nasal précède toujours la tumeur lacrymale, et en est la seule cause. Et cependant, il rapporte l’observation d’un jeune homme, atteint d’une ouverture fistuleuse au sac et aux téguments, chez lequel une injection permet de constater que le canal nasal est libre. Il ne s’embarrasse pas pour expliquer le mode de production de la tumeur lacrymale enkystée. Il pense que, dans ce cas, les larmes entrent lentement dans la tumeur, mais qu’elles ne peuvent en ressortir par la même voie, parce que quelque léger pli, dans un des conduits lacrymaux , faisant l'effet d'une valvule , s'y oppose.

Avec Scarpa (4) commence une nouvelle période, dans l’histoire des affections du sac lacrymal. Le chirurgien de Pavie a bien vu que, chez un certain nombre de malades, la pression sur le sac fait refluer, par les points lacrymaux, une matière purulente. Mais, loin de rapporter cette sécrétion à la muqueuse du sac, qui, selon Scarpa, est dépourvue de glandes, ce chirurgien pense que le pus est sécrété par la conjonctive palpébrale, surtout l’inférieure, par les glandes de Meïbomius, et que le liquide passe dans le sac à travers les points lacrymaux. Dans cette théorie, tout à fait insoutenable, parce qu’il suffit d’examiner avec soin les malades, pour reconnaître que, si les paupières sont affectées, elles ne sécrètent nullement de pus, et que d’ailleurs, sur bon nombre de sujets atteints de catarrhe bien manifeste du sac, les éléments des paupières sont indemnes de toute lésion ; dans cette théorie, disons-nous, ce sont les paupières qui font tous les frais de la distension du sac lacrymal. Aussi Scarpa a-t-il appelé cette affection flux palpébral purif orme. Il ajoute quhl n’existe pas de rétrécissement du canal nasal. S’il avait été conséquent avec sa théorie, il aurait donc borné le traitement à la maladie des paupières, ce qu’il propose de faire quand l’affection est légère; mais lorsque celle-ci est plus avancée, il conseille de dilater le canal nasal avec un stylet en forme de clou qu’on fait porter une année au moins ; de telle façon que Scarpa, sans le vouloir, retombe dans les errements de la théorie de l’obstruction du canal nasal.

La doctrine de J.-L. Petit semble devoir rester victorieuse. Beer (5) la défend en Allemagne, en préconisant, contre l’obstruction du canal nasal, l’introduction permanente, dans ce dernier, d’une corde à boyau de plus en plus grosse. Mais pendant

(1) Manuel de l’oculiste , Paris, 1808, tome I, page 302.

(2) Traité élémentaire des maladies réputées chirurgicales, Paris, 1816, tome I, page 509.

(3) Traité des maladies des yeux, Paris, 1818, tome I, page 149.

(4) Traité des maladies des yeux , trad. de l’italien sur la 5e édition, par J. -B. Bousquet et N. Bellanger, Paris et Montpellier, 1821, tome I, page l.

(5) Lehre von den augenkrankheiten, in-8°, Wien, 1813-1817, b. Il, p. 168.

qu'en Angleterre W. Mac-Kenzie (1) décrit le catarrhe du sac, sous le nom d’écoulement chronique des organes excréteurs de l’appareil lacrymal , S. Cooper (2) s’élève contre l’opinion dePercival Pott et de Ware, relativement à i’influence de l’obstruction du canal nasal considérée comme cause des maladies de l’appareil excréteur des larmes. Cette obstruction, dit-il, ne prend aucune part au plus grand nombre de leurs affections.

Eu France, L.-J. Bégin (3) s’efforce, dès l’année 1832, de faire prévaloir l’opinion que la fistule lacrymale se rattache souvent à une inflammation des voies lacrymales, et conseille de combattre cet état par un traitement antiphlogistique qui, suivant lui, réussit le plus souvent. A la même époque, Weller (4), en Allemagne, décrit la bien norrhée du sac lacrymal, et indique divers topiques pour la guérir; mais, fidèle à la tradition de Beer, il veut qu’on traite la fistule lacrymale par la dilatation du canal nasal, au moyen de cordes de violon de plus en plus grosses. Stœber (5) s’est peu écarté des opinions précédentes.

Dupuytren (6) reconnaît aussi que la tumeur et la fistule lacrymales sont la conséquence d’un état inflammatoire , ordinairement propagé au sac lacrymal et au canal nasal, soit de l’œil et des paupières, soit du nez. Il convient, tant que la maladie est simple, qu’il n’existe au sac qu’une dilatation médiocre, ou une perforation récente sans callosités, ni végétations fongueuses, ni carie des os voisins, que le traitement antiphlogistique, les révulsifs, les fumigations suffisent pour obtenir la guérison. Et cependant, Dupuytren place invariablement une canule dans le canal nasal, à tous les malades atteints de tumeur ou de fistule du sac, qui se présentent à la consultation de l’Hôtel-Dieu. Pourquoi cette contradiction entre les préceptes et la pratique? Ees rédacteurs des Leçons orales disent que, dans les hôpitaux, les malades ne venant demander de secours que lorsque la fistule est établie depuis longtemps, ou que la tumeur cache des désordres tels, qu’il est urgent de l’ouvrir et de désobstruer le canal nasal, il faut faire l’opération. Pauvre argumentation! il valait mieux convenir que Dupuytren était resté imbu des idées de J.-L. Petit, sur l’obstruction du canal nasal, et qu’il n’avait pas trouvé de moyen plus expéditif, pour combattre cette obstruction, que de remplacer le canal naturel par un canal artificiel.

De tous les chirurgiens contemporains, celui qui a combattu cette doctrine de l’obstruction avec le plus d’énergie est Velpeau (7). D’après lui, la tumeur et la fistule lacrymales sont presque toujours un q phlcgmasie de la muqueuse, dans le principe. Cette phlegmasie produit un suintement purulent ou muqueux, ce qui donne

(1) On diseases of the lacrymal organs , in-8°, London, 1819.

(2) Dictionnaire de chirurgie pratique, trad. de l’anglais sur la 5e édit., Paris, 1826, tome II, p. 31 .

(3) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, tome VIII, art. Fistules lacrymales.

(4) Traité théorique et pratique des maladies des yeux, trad. du docteur Ricster, tome I, pages 192 et 197, Paris, 1832.

(5) Manuel pratique d’ophthalmologie, Paris, 1831, page 35.

(6) Leçons orales, 2e édition, Paris, 1839, tome III, page 378.

(7) Dictionnaire de médecine en CO volumes, tome XVII, pages 373 et suivantes, Paris, 1838.

aux matières absorbées ou sécrétées par les voies lacrymales, une consistance qui en favorise d’autant plus la stagnation ou la rétention dans le sac, que le calibre du canal nasal est alors diminué. Velpeau considère comme une opinion erronée l’idée que la fistule lacrymale résulte d’un obstacle mécanique au cours des larmes. Il fait remarquer, en outre, que les moyens chirurgicaux, malgré le nombre varié, ne produisent que de pauvres résultats. On tint peu compte de ces réflexions. En 1844, Rognetta (1) reprend la doctrine de J.-L. Petit, en assimilant de nouveau le boursoufftement de la muqueuse du canal nasal qui forme, selon lui, la cause essentielle de la tumeur et de la fistule lacrymales, aux rétrécissements de l’urètre, en prescrivant de forcer le rétrécissement par des moyens mécaniques. Carron du Villards (2) la professe aussi explicitement encore en 1847. Malgaîgne (3), en 1853, écrit que la tumeur et la fistule lacrymales viennent quelquefois d’une inflammation aigüe ou chronique du sac lacrymal; plus souvent d’un engorgement chronique de la muqueuse du canal nasal, ou d’un véritable rétrécissement.

Jusqu’à l’époque ultime qui vient d’être indiquée, l’étiologie de la tumeur et de la fistule lacrymales est fondée sur des vues de l’esprit. Personne n'avait fourni une démonstration anatomique propre à persuader qu’il existât, soit des rétrécisemments du canal nasal, soit quelque lésion propre à la muqueuse du sac. A la vérité Morgagni (4), en 1761, avait émis une proposition de nature à faire réfléchir les partisans de l’obstruction du canal nasal. « Je ne me souviens pas qu’un autre sujet, qui avait l’un et l’autre canal tout à fait imperméables au-dessous de ce qu’on appelle le sac, présentât quelque dilatation. » Janin (5), quelques années après, disait avoir constaté l’existence de glandules dans l’épaisseur de la membrane qui tapisse le sac lacrymal ; ces glandes fournissent une humeur jaunâtre semblable à celle des follicules de Meïbomius. Ces faits passèrent inaperçus. C’est de l’année 1853 que datent les premières recherches entreprises sur l’anatomie pathologique de la tumeur lacrymale. Elle sont dues à Béraud (6). Ce chirurgien a examiné sur le cadavre un certain nombre d’affections du canal lacrymo-nasal. Il a constaté, dans plusieurs cas, que le canal nasal est libre, alors que le sac lacrymal est distendu par du muco-pus ou ulcéré à l’extérieur; dans d’autres, que le sac est rempli par ce même liquide, alors que toute communication est interrompue avec les conduits lacrymaux d’une part et le canal nasal de l’autre, par suite de l’oblitération des orifices qui font communiquer le sac avec ces canaux; dans d’autres encore, qu’il existe une oblitération du canal nasal sans dilatation du sac, dont la muqueuse est seulement recouverte par une petite quantité de

(1) Traité philosophique et clinique d’oplilhalmologie, Paris, 1844, page 715.

(2) Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux , t. I, page 428, Paris, 1817.

(3) Manuel de médecine opératoire, 6e è dition, page 342, Paris, 1853.

(4) Recherches anatomiques sur le siège et les causes des maladies, traduction de Destouet et Desormeaàix, Paris, 1821, tome II, page 299.

(5) Loc. cit.y page 117.

(6) Archives générales de médecine , 5e série, tome , I, page 309 ; tome II, page 65 ; tome III,

314 ; tome Y, pages 175 et 318.

pus. Pour rendre compte de la formation de la tumeur lacrymale, alors qu’il n’existe pas d’oblitération des voies lacrymales, Béraud a invoqué l’existence de l’inflammation des glandes du sac. glandes qu’il a décrites avec soin et auxquelles il fait jouer un rôle sur lequel nous insisterons nous-même ultérieurement.

On ne peut se dissimuler que les recherches précédentes ont eu une influence sur l’opinion des chirurgiens contemporains, à l’égard de la nature de la tumeur du sac lacrymal. La plupart de ceux qui ont eu l’occasion de traiter la question depuis, se sont rattachés à l’idée que cette tumeur est le plus souvent d’origine inflammatoire et que les rétrécissements du canal nasal ne jouent qu’un rôle médiocre. Denouvilliers et Gosselin (1), Sédillot (2), Vidal de Cassis (3), Sichel (4), Desmarres (5), sont à peu près unanimes sur ce point, pendant que Mac-Kenzie (6), Deval (7), Warthon-Jones (8), s’en tiennent encore à la théorie des rétrécissements du canal nasal.

En résumé, si l’on jette un coup d’œil d’ensemble sur les opinions qui ont régné à diverses époques, relativement au mode de production de la tumeur et de la fistule du sac lacrymal, on voit que, pendant les dix-sept premiers siècles, l’anatomie et la physiologie des voies lacrymales étaient trop peu avancées pour qu’on eût une idée précise de la nature de ces affections. A partir de cette période, on assimila l’appareil lacrymal à l’appareil urinaire, et on fit intervenir les rétrécissements du canal nasal, pour expliquer la distension du sac par de prétendues larmes, la rupture de ce réservoir et la formation d’une fistule consécutive, comme on se rendait compte de la distension de la vessie et de la production des fistules urinaires par les rétrécissements du canal de l’urètre. Cette théorie émise d’abord par Maître-Jean, développée ensuite, avec un grand talent, par J.-L. Petit, s’est transmise pendant plus d’un siècle et demi. L’insuccès des nombreuses méthodes de traitement fondées sur cette doctrine, laprésence du muco* pus ou de véritable pus dans le sac, commença, il y a une quarantaine d’années, à suggérer l’opinion qu’il y a, dans ces affections, un élément inflammatoire que l’on avait eu tort de négliger. Cette idée conçue, mais mal interprétée par Scarpa, fut développée par les chirurgiens non contemporains. On décrivit une inflammation catarrhale de la muqueuse du sac, et cette lésion morbide fut dès lors destinée à jouer le plus grand rôle dans le mode de production de la tumeur et de la fistule du sac. Toutefois l’idée d’un rétrécissement du canal nasal est encore tellement invétérée dans l’esprit de quelques chirurgiens, qu’ils ne peuvent se résoudre à ne pas faire la dilatation de ce canal, pour rétablir le cours des larmes, et que quelques-uns d’entre

(1) Compendium de chirurgie, tome III, page 194a Paris, 1854.

(2) Traité de médecine opératoire , T édit., Paris, 1855, tome II, page 112.

(3) Traité de pathologie externe et de médecine opératoire, 4e édition, Paris, 1855.

(4) Iconographie ophthalmologique, Paris, 1852-1859, page 676.

(5) Traité théorique et pratique des maladies des yeux , 2 • édition, Paris, 1854, tome I, page 350,

(6) Traité pratique des maladies de l’œil , 4r édition , trad. par E. Warlomont et A. Testelin. Paris, 1856, tome I, page 406.

(7) Traité théorique et pratique des maladies des yeux, Paris, 1862, page 958

(8) Traité pratique des maladies des yeux, trad. de l’anglais sur la 3r édition , avec additions et notes, par Foucher, Paris, 1862, page 670.

eux, en désespoir de cause, détruisent de prime abord un organe malade, je veux parler du sac lacrymal, au lieu de combattre la phlegmasie catarrhale de la muqueuse qui la tapisse.

Préciser le véritable rôle du catarrhe du sac, dans le développement de la tumeur et de la fistule du sac; déterminer les moyens de guérir ce flux muqueux; tel est le ' but que je me suis proposé dans ce travail.

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