DESCRIPTION OU CATARRHE DU SAC; — TRAITEMENT DE CETTE MALADIE
Anatomie pathologique — L’étude des lésions propres aux parois du sac ne peut être faite que sur le cadavre, et bien que les occasions d’examiner ces parties, alors qu’elles ont été affectées, soient rares, nous possédons néanmoins quelques autopsies faites par Janin (2), Auzias Turenne (1), et surtout Béraud (3). L’examen des produits sécrétés par la muqueuse du sac se pratique sur le vivant.
Avant de mentionner ces diverses altérations, il ne sera pas sans intérêt de décrire la muqueuse du sac et l’appareil glandulaire qui y est contenu.
La muqueuse du sac renferme, d’après Béraud (4), des glandes de deux ordres, les unes destinées à la production du mucus; d’autres à la sécrétion d’un liquide spécial analogue à celui des follicules de Meïbomius. Les premières, ou glandes muqueuses, # ont la même structure que les glandes folliculeuses des autres membranes muqueuses. Elles sont formées par de petites vésicules, d’un millimètre de grosseur, irrégulièrement disposées, pourvues d’un orifice représenté par un point bleuâtre légèrement • déprimé, par lequel on fait sortir, par la pression, un liquide transparent, épais. L’orifice de quelques-unes de ces glandes est parfois complètement oblitéré; le produit sécrété par la face interne de la poche s’y accumule, la distend, ce qui fait que ces follicules ressemblent alors aux follicules clos de la muqueuse utérine (œufs de Naboth). Les autres glandes, celles qui sont assimilées aux follicules de Meïbomius, se présentent sous la formes des lignes jaunâtres, irrégulières, disséminées à la surface delà muqueuse. On les rencontre sur les parois antérieure et postérieure du sac; à la partie supérieure et à la partie inférieure. Elles suivent dans l’épaisseur de la muqueuse un trajet oblique; la direction en est ondulée, surtout au niveau de leur extrémité profonde. Elles ont une longueur de un à deux millimètres. Les comprimet-on dans le sens de la longueur, on en fait sourdre, par l’orifice, un liquide jaunâtre, onctueux, épais, analogue à celui des glandes de Meïbomius. Examinés au micros-
(1) Loc. c it . , page 104.
(2) Béraud, mémoire cité. Archives de médecine, 5e série, tome I, page 313.
(3) Loc. cit.
(1) Archives générâtes de médecine , 5r série, tome II, page 67.
eope, Béraud a trouvé ces organes formés par des tubes sur les parois desquels existent des culs-de-sac glandulaires en nombre considérable surtout à l’extrémité terminale du conduit. Chacun de ces derniers répond à trois ou quatre extrémités terminales, en forme de doigt de gant, contenant une grande quantité de granulations moléculaires très fines et des cellules épithéliales.
J’ai prié Ordônes de bien vouloir me faire quelques préparations destinées à montrer les glandes du sac. Cet habile micrographe ne s’est pas contenté d’un simple aperçu; il a fait une étude approfondie delà question et m’a remis une note que je reproduis. Contrairement à l’opinion de Béraud, Ordônes n’a reconnu, dans la muqueuse du sac, qu’une seule espèce de glandes, les glandes mucipares. Conformément au sentiment de Sappey (1), ces glandes offrent la plus grande analogie avec celles de la pituitaire.
Hotc sur l’histologie «le la membrane muqueuse du sac lacrymal ,
Par le docteur Ordônes.
L’étude histologique de la muqueuse du sac lacrymal doit être faite très peu de temps après la mort. Cette membrane s’altère avec une telle facilité, qu’il devient impossible, faute de prendre cette précaution, de trouver quelques-uns des éléments anatomiques qui entrent dans sa composition.
Le meilleur mode de préparation consiste à détacher avec soin les organes qui • constituent le petit appareil d’excrétion des larmes, c’est-à-dire la moitié interne des paupières, avec une petite portion de la peau du front et du nez, l’os unguis et les parties molles de tout le tiers supérieur du canal nasal. On plonge la pièce anatomique dans un petit vase plat en cristal à moitié rempli d’eau, et l’on procède à l’ouverture du sac lacrymal, en fendant les conduits lacrymaux.
L’eau alcoolisée est utile, dans le cas où la muqueuse du sac est très injectée de sang; car ce liquide se coagule dans les capillaires, sous l’influence de l’alcool, ce qui rend assez facile l’étude du réseau capillaire. L’eau, additionnée de quelques gouttes d’acide acétique, facilite l’étude de la couche épithéliale et des glandes de la muqueuse.
La membrane du sac lacrymal, examinée sous l’eau, présente un aspect granuleux, qui rappelle la disposition des membranes muqueuses pourvues normalement de papilles; regardée avec une forte loupe, il est facile de constater qu’au centre de chaque granulation ayant l’aspect d’une papille, existe un petit réseau capillaire. Nous verrons plus loin quelle est la nature de ces granulations.
Muqueuse des conduits lacrymaux. — La muqueuse des conduits lacrymaux est un prolongement de la conjonctive oculaire, avec quelques différences que nous allons signaler. Elle est formée d’un chorion et d’une couche épithéliale , de vaisseaux et de nerfs, comme la conjonctive; mais elle est lisse, c’est-à-dire qu’elle ne présente
(IJ Anatomie descriptive, tome II, page 616.
pas de papilles. Le chorion est mince, composé d’une trame peu serrée de tissu conjonctif à fibres très fines, de fibres de tissu élastique de la deuxième variété ou tissu élastique dartoïque. Cette trame est imbibée par une substance amorphe, transparente, analogue à la lymphe plastique; elle est parcourue par des vaisseaux et par des nerfs, et adhère au tendon de f orbiculaire. La couche épithéliale est composée de cellules [pavimenteuses, semblables à celles de la conjonctive, jusqu’à une petite distance au delà des points lacrymaux (voyez fig. II, n° 4) ; à partir de ce point jusqu’à l’embouchure des conduits lacrymaux dans le sac, l’épithélium est une variété transitoire, irrégulière, entre l’épithélium pavimenteux et l’épithélium cylindrique ou prismatique.
Muqueuse du sac. — La muqueuse du sac se compose des mêmes éléments constituants que la précédente, c’est-à-dire d’un chorion et d’une couche épithéliale, et d’éléments accessoires, tels que vaisseaux, nerfs et glandes.
Le chorion de la muqueuse du sac est plus épais que celui des conduits lacrymaux ; il est formé d’une trame peu serrée du tissu conjonctif très fin , de fibres de tissu élastique dartoïque également très fines, de vaisseaux capillaires très abondants et de nerfs. La trame du chorion est imbibée d’une substance amorphe, hyaline, coagulable par l’acide acétique. Cette trame adhère assez intimement vers sa partie antérieure au tendon du muscle orbiculaire. Les petites branches artérielles qui se distribuent dans l’épaisseur du derme ou chorion de la muqueuse du sac sont accompagnées, pendant leur trajet, par un cordon nerveux contenant à peu près une vingtaine de tubes. Ce cordon se subdivise comme la petite artère, de distance en distance; nous avons pu suivre ces divisions jusqu’au point où le cordon nerveux ne contenait que trois tubes.
Glandes — Les glandes du sac lacrymal sont bien plus nombreuses qu’on pourrait le supposer en étudiant la muqueuse sans se servir du microscope. Les petites élevures, sous formes de granulations, que nous avons signalées, au commencement de cette note, sont constituées par des groupes d’acini glandulaires, entourés d’un réseau capillaire très riche et accompagnés de petits filets nerveux (fig. II, nos 1,2, 2, 2, 3). Nous n’avons, rencontré dans la muqueuse du sac qu'une seule espèce de glandes , les glandes mucipares ; et cela malgré une étude très suivie pendant plus de deux mois, et malgré toutes les précautions qu’on doit prendre et que nous avpns prises dans le cours de cette étude. Ces glandes excessivement abondantes, comme nous venons de le dire, présentent la plus grande analogie, et comme forme et comme disposition, avec les glandes de la pituitaire. Elles sont disposées par groupes, dont chacun est composé de deux ou plusieurs acini placés entre la couche épithéliale de la muqueuse et la partie la plus superficielle de son chorion.
Chacun des canaux excréteurs qui vont s’ouvrir à la surface de la muqueuse reçoit deux ou plusieurs autres petits canaux qu’on peut appeler primitifs (fig. I,
no 3), et dans lesquels viennent s’aboucher plusieurs culs-de-sac glandulaires (fig. 1,
no* 1, 1). La structure anatomique de ces petits organes est tout à fait analogue à celle des autres glandes acineuses de l’économie, c’est-à-dire que chaque cul-de-sac glandulaire est composé d’une paroi externe, mince, hyaline, assez élastique, et d’une enveloppe interne composée de noyaux d’épithélium nucléaire, adossés les uns aux autres pour constituer une membrane régulière (fig. I, n° 2). Les canaux excréteurs primitifs de ces glandes, ceux dans lesquels viennent s’aboucher les culsde-sac glandulaires, sont composés d’une gaine très mince, formée par un peu de tissu conjonctif excessivement fin (fig. I, no 5) ; par quelques fibres très déliées de tissu élastique; par une couche interne épithéliale composée de petites cellules irrégulières d’épithélium, se rapprochant par leur forme, de l’épithélium prismatique (fig I, n° 6); et enfin, par quelques fibres -cellules ou fibres musculaires de la vie organique, disséminées à la surface externe de ces canalicules excréteurs (fig. I, n°7).
(Fig. I.)
Explication de la figuie 1.