‹ Mémoire sur le catarrhe du sac lacrymal dans ses rapports avec les affctions [i.e. affections] désignées sous les noms de tumeur et fistule lacrymales, tumeur et fistule du sac lacrymalChapitre 5 sur 8 · Cellules d’épithélium prismatique du sac · texte numérisé non relu

Cellules d’épithélium prismatique du sac

un épithélium prismatique sans cils vibratiles. Plus tard, nous avons vu dans le traité de splanchnologie deHuschke, p. 598 le passage suivant :

« L’épithélium du sac lacrymal et du canal nasal est vibratile depuis le haut jusqu’en bas, selon Henle : ses cylindres ont 1/225 de ligne de longueur, ses noyaux arrondis 1/370 à 1/310, ses noyaux ovales 1/200; ses nucléoles 1/1250. Cependant on n'y a point encore vu de mouvement vibratile non plus que de cils. »

Passons maintenant à l’étude des altérations que l’on trouve dans le catarrhe du sac.

1° Produits sécrétés — On en apprécie facilement les qualités, en exerçant une compression méthodique sur le grand angle de l’œil. De cette manière, on fait refluer,

par les points lacrymaux, le contenu du sac lacrymal. Toutefois, il arrive souvent qu’une partie y séjourne, et pour lui donner issue par le point lacrymal supérieur, il suffit de pratiquer une injection d’eau tiède par le point lacrymal inférieur. Lorsque le canal nasal est large, la pression sur le grand angle chasse le contenu dans la narine, ce qui en rend l’examen plus difficile. Il suffit alors de faire incliner la tête du malade en avant, au moment où l’on comprime le sac, afin de recevoir le liquide dans un vase.

Les produits sécrétés par le sac sont de diverse nature. Chez quelques sujets, c’est un liquide légèrement trouble, mélangé d’une certaine quantité de flocons qui ressemblent à ceux que l’on retrouve parfois dans l’urine, alors qu’il existe une légère phlogose de la muqueuse vésicale. Chez d’autres, ces mucosités se présentent sous la forme de filaments blanchâtres, ou de petits rubans très étroits, décrivant des inflexions, qu’on ne saurait mieux comparer qu’à des filaments de vermicelle cuit. Chez d’autres encore, le sac est distendu par un liquide qui ressemble à une solution épaisse de gomme, à du mucilage, ou au liquide de la grenouillette. Ou bien le sac renferme un liquide de couleur blanche laiteuse; véritable muco-pus ; ou bien enfin, c’est un liquide blanc jaunâtre et parfois même jaune verdâtre, c’est-à-dire du pus proprement dit. Chez le même malade, la nature du produit, sécrété par le sac, change souvent du jour au lendemain; souvent encore on rencontre simultanément, chez le même sujet, des produits divers accumulés dans le sac.

2° Lésions internes du sac. — La face interne du sac lacrymal est souvent saine, parfois parsemée de plaques rouges (observ. d’Auzias), sans vestiges d’ulcérations (observ. de Janin). On a trouvé les orifices des canaux excréteurs glandulaires dilatés (observ. de Janin et de Béraud). Janin a constaté, dans un cas, la présence de très petites tumeurs de la grosseur de graines de pavot blanc, dures, occupant l’épaisseur de la muqueuse; la compression faisait sortir, par les orifices de ces tumeurs, un liquide jaunâtre analogue à celui qui est fourni par les follicules de Meïbomius. Béraud a trouvé les conduits excréteurs des glandes du sac remplis d’une matière visqueuse jaunâtre. Sur un autre sujet, il existait, à la partie supérieure du sac, une sorte de végétation polypiforme du volume d’une grosse tête d’épingle.

Toutes ces altérations dénotent bien que le catarrhe du sac a son siège dans les éléments folliculaires ou glandulaires de la muqueuse. A une époque avancée de la maladie, lorsque celle-ci a duré plusieurs années, les parois du sac sont devenues friables et se déchirent facilement; la muqueuse est épaissie, boursouflée, villeuse et même fongueuse; la coupe offre un aspect lardacé. Il résulte de ces dernières lésions que la cavité du sac est réduite à de petites dimensions.

Alors même que l’on trouve, dans le sac, des lésions avancées de tissu, le canal nasal peut être resté libre ; c’est ce qui résulte des observations de Béraud , notamment de la cinquième et huitième autopsies rapportées par ce chirurgien. Je reviendrai plus tard sur ces faits.

Symptômes. — Le catarrhe du sac lacrymal se développe d’une manière lente. Pendant longtemps, parfois plusieurs années, les malades ont un peu de larmoiement, une sensation de gêne, de picotements, derrière les paupières. A une époque plus avancée, ils se plaignent d’avoir l’œil baigné, par intervalles, d’une humeur. Si on examine la face interne des paupières, on trouve que la conjonctive palpébrale offre une injection composée de vaisseaux ramifiés parallèlement aux follicules de Meïbomius. Il n’est pas rare de rencontrer un état villeux de la conjonctive palpébrale depuis le bord adhérent du cartilage tarse jusqu’au cul-de-sac oculo-palpébral. A la place de la dépression qui existe, dans l’état normal, au niveau du grand angle de l’orbite, on trouve uneélevureet parfois une véritable tumeur, d’un volume qui varie entre un pois et une fève. Cette tumeur est circonscrite par les limites mêmes du sac, molle, dépressible ; lorsqu’on la comprime avec la pulpe d’un des doigts, on fait refluer, par l’un et l’autre points lacrymaux, des produits de nature variable; tantôt c’est un fluide comparable à une solution gommeuse ou à un mucilage; d’autres fois, c’est un liquide légèrement trouble mélangé de mucosités qui ressemblent à des flocons, ou bien à des filaments de vermicelle cuit ; d’autres fois encore, c’est du inuco-pus, ou enfin du pus véritable.

Chez quelques sujets, la pression exercée sur le sac évacue le contenu, partie par les points lacrymaux, partie par le canal nasal dans la narine. Il en est qui, toutes les fois qu’ils compriment le sac, font sortir, tout ce qu’il renferme, parla narine, sans

Fig. III.

Explication Je la figure III.

Appareil à air comprimé, pour pratiquer des injections dans les voies lacrymales à travers les points lacrymaux. Cet appareil se compose d’un réservoir en cuivre 'R) de forme sphéroïdale, d’une capacité d’un quart de litre environ, pourvu de deux ouvertures, l’une supérieure 'O), l’autre latérale (O’). A la première s’adapte une petite pompe foulante (P) ; à la seconde , un tuyau flexible (TTTT) pourvu, à chacune des extrémités, d’un ajutage en cuivre (AA’), avec un robinet pouvant être ouvert ou fermé à volonté, pour laisser passer ou pour intercepter la colonne de liquide qui doit arriver à travers le tube. Enfin, à l’extrémité libre du tuyau se visse une canule (C), semblable à celle que l’on adapte à la seringue d’Anel.

On introduit l’eau ou tout autre liquide médicamenteux dans le récipient, par l’ouverture supérieure, en ayant soin de ne remplir le vase qu’aux deux tiers. On visse, d’une part, le tube dont on ferme le robinet, et de l’autre la petite pompe foulante (P) dont on fait jouer le piston, ce qui refoule une certaine quantité d’air dans le réservoir, et a pour conséquence de soumettre la colonne de liquide à une pression d’autant plus forte qu’on a comprimé l’air davantage. On visse alors la canule (C) à l’extrémité libre du tube, et, saisissant cette extrémité, on introduit le bout de la canule elle-même dans le point lacrymal inférieur. On ouvre le robinet. À l’instant même, et sans le moindre effort exécuté par le chirurgien, une colonne de liquide égale en diamètre à celui de la canule pénètre à travers le canal lacrymo-nasal.

qu’il en reflue par les points lacrymaux. Si au moyen d’une canule fine adaptée à une seringue d’Anel, ou à l’appareil à pompe (fig. III) que nous avons fait construire pour injecter les voies lacrymales, on pousse une certaine quantité d’eau tiède par le point lacrymal inférieur, le liquide reflue en très grande quantité par le point lacrymal supérieur, entraînant avec lui des mucosités. Lorsque l’injection a été soutenue pendant quelques instants, et qu’on fait exécuter au patient une forte expiration, la bouche et la narine du côté opposé au mal étant fermées, on voit quelques gouttes de liquide arriver à l’orifice de la narine du côté correspondant à l’affection. Chez certains sujets la narine reste sèche, quelle que soit la force avec laquelle le liquide est lancé dans le sac, quelle que soit la durée de l’injection; mais cela est très rare. L’œil demeure sain, la vue est bonne et ne se trouble que lorsque le larmoiement redouble. Quelques sujets accusent une sensation de sécheresse dans la narine correspondante, un embarras continuel au cerveau, comme lorsqu’on s’enrhume. Sur 27 malades dont j’ai recueilli l’observation, la blépharite ciliaire n’a été rencontrée que quatre fois.

Marche, terminaisons. — Abandonnée à elle-même, l’affection s’accroît lentement. Elle dure des mois et des années. J’ai observé des malades qui en étaient atteints depuis cinq, dix et même seize ans. Il en est qui se contentent, pour tout traitement, de comprimer la tumeur du grand angle de l’œil, pour chasser les mucosités au dehors. Chez les femmes, il se manifeste généralement une recrudescence, pendant la période menstruelle. D’autres fois, la maladie, après être demeurée stationnaire pendant des années, change brusquement de physionomie. Sous l’influence d’un refroidissement, ou d’un de ces états généraux de l’organisme dans lesquels il y a tendance à la formation du pus, tels que la variole, le sac lacrymal devient le siège d’une phlegmasie aigüe (dacryocystite), qui se termine par suppuration. L’abcès du sac une fois ouvert, le pus est évacué au dehors, la plaie se cicatrise promptement, et sous l’influence de cette inflammation aiguë, le catarrhe disparaît sans retour ; ou bien, l’ouverture du sac dégénère en fistule qui se cicatrise elle-même, après un temps plus ou moins long, alors que la muqueuse cesse de sécréter ces mucosités qui s’échappent continuellement par l’orifice de la fistule, mélangées d’une petite quantité de pus, et parfois seulement d’un liquide épais et visqueux. Voici un exemple de chacun des deux modes de terminaison :

Obs. I. — Catarrhe ancien du sac lacrymal gauche. — Dacryocystite aiguë. — Abels du sac ouvert artificiellement. — Cicatrisation rapide de la fistule du sac.

La femme M..., âgée de 37 ans, cuisinière, se présente à ma clinique, le 27 février 1862. Depuis dix ans, elle est affectée d’un larmoiement à gauche. Depuis quatre ans, il s’est formé une grosseur au niveau du grand angle de l’orbite de ce côté. Il y a quatre jours, il s’est manifesté du gonflement, de la rougeur et de la douleur, à la région du sac et à la paupière inférieure.

A l’examen de la patiente, nous trouvons tous les signes d’une dacryocystite suppurée. L’abcès est ouvert immédiatement.

Le 1er mars, la tuméfaction a considérablement diminué. Une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur sort tout entière par la fistule.

Le 5, l’ouverture anormale persiste, l’injection du conduit lacrymal inféiieur donne le même résultat.

Le 7, en répétant cette injection, quelques gouttes d’eau passent par la narine. Le 10, la fistule est cicatrisée. Une injection d’eau faite par le point lacrymal inférieur passe par la narine. Il reste une légère tuméfaction de la paupière inférieure qui ne tarde pas à disparaître.

Obs. II. - — Catarrhe ancien du sac lacrymal gauche. — Variole. — Dacryocystite aiguë . — Abcès du sac . — Fistule consécutive . — Guérison apres deux mois et demi .

Madame D..., âgée de 3Zi ans, d’une complexion délicate, d’un tempérament nerveux, de la clientèle de M. le docteur Loiseau, était venue me consulter, trois ou quatre fois, dans les premiers mois de l’année 1861, pour une tumeur du sac lacrymal gauche, tumeur dure, se vidant lentement dans la narine correspondante, par une pression continue avec le doigt. Les injections d’eau pratiquées, dans le sac, avec la seringue d’Anel (à cette époque, je n’avais pas encore mon appareil à pompe), arrivaient très difficilement dans la narine; c’est à peine si, en soutenant la pression, on parvenait à faire passer quelques gouttes d’eau. La patiente, retenue chez elle par les occupations de son commerce, cessa de venir me voir, quand, le 23 décembre dernier, elle me fit appeler. Atteinte depuis trois semaines d’une variole confluente, il s’était manifesté, dans la période de desquamation , une violente inflammation du sac lacrymal (dacryocystite). J’ouvris largement l’abcès du sac et fis appliquer, pendant plusieurs jours, des cataplasmes émollients sur la région orbitaire. Dès que la phlegmasie fut arrivée à la période décroissante, je pratiquai, tous les jours, des injections d’eau tiède, par le point lacrymal inférieur. A partir du commencement du mois de février, les injections d’eau ne furent faites que tous les trois ou quatre jours. Plusieurs fois la fistule du sac, réduite à un pertuis, se cicatrisa, puis se rouvrit.

Dans les premiers jours de mars, la guérison était complète et ne s’est pas démentie depuis (octobre 1862).

Dans d’autres cas. la fistule qui succède à l’ouverture de l’abcès du sac se cicatrise promptement; mais le catarrhe subsiste, et il devient nécessaire de l’attaquer directement, si on veut empêcher l’affection de faire des progrès. L’observation suivante en est un exemple :

Obs. III. — Catarrhe ancien du sac lacrymal gauche. — Dacryocystite suppurée suivie d'une

fistule du sac. — Guérison de la fistule. — Persistance du catarrhe du sac pendant plusieur s

mois — Quatre injections iodées dans le sac. — Guérison.

La dame L..., âgée de 37 ans, sans profession, bien réglée, mère de dix enfants, a depuis longtemps les paupières malades et un larmoiement des deux côtés. U y a six semaines, il se manifeste un gonflement de la région orbitaire gauche; puis il se forme un abcès au grand angle de l’œil, abcès suivi d’une fistule de la même région.

Le cinq octobre 1861, nous constatons que les quatre paupières sont affectées d’une blépharite glandulo-ciliaire. Au niveau du grand angle de l’œil gauche, immédiatement au-dessous de la commissure interne des paupières, existe une petite ulcération.

Une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur passe, partie par la narine, partie par la fistule ( pommade au précipité rouge , collyre de sulfate de cuivre).

Dès le 8, l’ulcération du grand angle de l’œil est cicatrisée, l’injection d’eau faite par le point lacrymal inférieur passe en partie par la narine. [Injection d'eau pure, tous les jours par le point lacrymal inférieur.)

Le 23, l’injection d’eau, poussée par le point lacrymal inférieur, fait sortir par le supérieur quelques mucosités. Le larmoiement est moins intense. Sous l’influence des injections aqueuses, les mucosités du sac diminuèrent tous les jours. Pendant cinq mois, ces injections furent faites à des intervalles variés.

Malgré ce traitement, la pression sur le grand angle de l’orbite faisait toujours refluer des mucosités par les points lacrymaux. Le 18 février 1862, je pratiquai dans le sac une injection de quelques gouttes de teinture d’iode mélangée de parties égales d’eau distillée. Deux jours après la même injection est réitérée. Dès le 21, le catarrhe du sac tend à devenir purulent. Le 21, je pratique une troisième injection de teinture d’iode dans le sac, et enfin le 22, une quatrième injection.

Le 25, il existe une inflammation subaiguë du sac; la région correpondante à ce dernier est sensible à la pression qui fait sortir par le point lacrymal inférieur du pus sanieux. La conjonctive oculo-palpébrale est congestionnée. Le 28, on constate, au grand angle de l’œil, une tumeur qui, par la pression, laisse refluer par les points lacrymaux un pus jaune verdâtre.

Le 3 mars, le sac lacrymal s’est ouvert à l’extérieur ; une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur sort tout entière par cette fistule de nouvelle formation. Le 5, l’injection sort, en grande partie, par la narine correspondante. A partir de cette époque, la fistule se resserra progressivement; ce n’est qu’à la fin de mars que la cicatrisation fut complète. Dès les premiers jours d’avril, on pouvait constater qu’il n’existait plus la moindre mucosité dans le sac; la pression la plus forte sur l’organe n’en faisait pas refluer le moindre filament par les points lacrymaux. L’injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur passait toujours, en partie, par la narine. Depuis cette époque la guérison a subsisté.

Diagnostic. — Il est facile, tellement qu’avec de l’habitude, on reconnaît la maladie, alors même qu’elle est au début, avant d’avoir interrogé le patient. On voit un petit ruisseau de larmes accumulées tout le long du cul-de-sac oculo-palpébral inférieur, lorsque le malade tient les paupières écartées quelques instants. Au niveau du grand angle de l’œil, au lieu d’une dépression, on remarque une légère élevure et, lorsque le catarrhe est ancien, une véritable tumeur. Vient-on à comprimer la région saillante ou pratique-t-on une injection d’eau tiède par le point lacrymal inférieur, on fait refluer, par les points lacrymaux, tantôt un liquide ressemblant à une solution épaisse de gomme, tantôt un liquide trouble mélangé de mucosités, tantôt enfin du pus.

Il importe peu de tenir compte de l’état du canal nasal, dans le catarrhe du sac. C’est là un fait d’observation pratique sur lequel je reviendrai ultérieurement. Il est facile cependant de s’assurer du degré de perméabilité de ce conduit, en faisant une injection d’eau par le point lacrymal inférieur. Si la muqueuse est boursouflée au point d’intercepter toute la lumière du canal, le liquide reflue en entier par l’autre

point lacrymal, et aucune goutte ne passe par la narine; tandis que, si le conduit a conservé en partie ou en totalité son calibre, l’eau passe en quantité plus ou moins considérable par la fosse nasale correspondante.

Étiologie. — Les femmes sont incomparablement plus souvent atteintes de phlegmasies delà muqueuse du sac lacrymal que les hommes. Sur vingt-sept malades dont j’ai rassemblé les observations, je ne trouve qu’un seul homme et deux enfants du sexe masculin. L’affection se développe à tous les âges de la vie ; je l’ai vue sur un enfant de 4 ans, d’une part, et sur une femme de 62 ans, de l’autre. Les professions qui exigent l’application continue des yeux, telles que celles de couturière, de lingère, de giletière, sont notées pour la majeure partie des femmes affectées. La constitution des malades est généralement bonne ; j’ai même observé le catarrhe du sac chez des femmes fortement constituées. La plupart des sujets atteints de cette maladie ont une injection modérée de la conjonctive palpébrale; quelques-uns présentent une blépharite glandulo-ciliaire. J’ai observé rarement des lésions du bulbe. On a prétendu que les fistules du sac sont plus fréquentes à gauche qu’à droite, et l’on a cru trouver une explication de ce fait dans l’étroitesse relativement plus grande du cana^ nasal gauche (1). Or, sur 27 malades atteints de catarrhe du sac, j’ai trouvé l’affection, à droite 17 fois; à gauche 9 fois; des deux côtés une seule fois.

Pronostic. — Cette affection a plusieurs inconvénients; le larmoiement est incessant et quelquefois assez prononcé, pour gêner l’exercice de la vision. A un degré avancé, la production d’une tumeur, au grand angle de l’œil, occasionne une véritable difformité. Ajoutez, que l’existence du catarrhe expose les malades à être affectés, d’un moment à l’autre, d’une dacryocystite aiguë, et, par suite, d’une fistule du sac.

Traitement. — Les moyens médicaux, les topiques de toutes sortes, que l’on a dit guérir la tumeur et la fistule lacrymales, n’agissent pas autrement qu’en supprimant la sécrétion catarhale du sac. Heister (2) préconise les injections, dans le sac, avec les infusions tièdes de feuilles d’hyssope et de véronique, avec les eaux minérales de Wisbad, d’Emsen, de Seltz. Janin (3) a obtenu un succès avec de l’eau camphrée ; Scarpa loue beaucoup l’onguent ophthalmique de Janin. D’autres chirurgiens, notamment Lisfranc (4), font grand cas des émissions sanguines locales, des émollients, des injections avec une solution de chlorure de soude. Weller (5) vante, contre la blennorrhée du sac lacrymal, les onctions avec l’onguent mercuriel, les collyres d’une solution de perchlorure de mercure, de pierre divine mêlée de laudanum, d’acétate de plomb. Il recommande, de plus, un emplâtre stibié derrière l’oreille. Vidal de Cassis attache, comme Velpeau, une grande importance au traitement antiphlogis-

(1) Malgaigne. Anatomie chirurgicale, 2e édit., tome Ier, page 716.

(2) Loc. cit., tome II, page 540.

(3) Loc. cit., page 312.

(4) Dictionnaire de médecine en 15 volumes , tome VIII, page 189.

(5) Loc. cit. , tome I, page 192.

tique local, aux émollients, aux fumigations par la narine; ces dernières avaient déjà été proposées par Louis (1). Mackenzie (2) a passé en revue les divers moyens imaginés pour combattre la blennorrhée du sac; il cite notamment les sangsues appliquées sur le grand angle de l’orbite, ou sur la pituitaire; la pommade au précipité rouge étendue sur le bord libre des paupières, au voisinage des points lacrymaux ; les onctions sur le sac avec une pommade à l’iodure de potassium; le badigeonnage du grand angle de l’œil avec la teinture d’iode; l’électrisation, en plaçant l’un des conducteurs sur le sac et l’autre dans la narine, les injections médicamenteuses portées dans le sac, au moyen de la seringue d’Anel, soit une solution de 5 à 20 centigrammes de nitrate d’argent cristallisé pour 30 grammes d’eau distillée; soit une solution de 5 centigrammes de muriate de mercure et de 30 centigrammes de muriate d’ammoniaque pour 30 grammes d’eau distillée; soit encore une solution de pierre divine; de l’acide chlorhydrique fortement étendu ; ou de l’acide nitrique très dilué. Le chirurgien deGlascow vante, par-dessus tout, une solution étendue de potasse caustique, 4 à 8 grammes de solution dépotasse et 180 grammes d’eau. Warthon Jones (3) emploie les antiphlogistiques locaux, le collyre de bichlorure de mercure, la pommade au précipité rouge. Warlomont m’a dit réussir très bien à guérir le catarrhe du sac par les pommades avec de fortes proportions de sulfate de cuivre. Quaglino (4) a proposé, après avoir vidé le sac, de porter, avec un pinceau humide, sur l’angle interne de l’œil, au voisinage des points lacrymaux, une ou deux fois par jour, de la poudre d’acétate de plomb neutre.

Pour guérir le catarrhe du sac lacrymal, il faut de toute nécessité modifier la vitalité de la muqueuse qui tapisse cette cavité ; on ne peut arriver à ce résultat qu’en portant des topiques dans l’intérieur de l’organe. Il est difficile de comprendre que les injections dans le canal lacrymo-nasal, qui ont donné de si beaux résultats à Anel, soient aujourd’hui tombées dans un discrédit complet, à tel point que Deval (5) les rejette de la manière la plus absolue, en se fondant sur l’autorité de Beer, de Chélius, deJœger et de Bosas. La prévention de cet oculiste, pour ce moyen si simple et si efficace, est portée à un tel degré, qu’il reproche aux injections dé froisser et de fatiguer les tisssus, d’érailler et de faire saigner la membrane qui tapisse les conduits lacrymaux; toutes circonstances que je n’ai jamais observées sur les nombreux malades auxquels j’ai pratiqué, depuis quatre ans, des injections avec la seringue d’Anel. Si ce mode de traitement a été généralement abandonné, c’est qu’on n’a pas saisi l’indication précise à remplir dans ces cas. Préoccupé par l’idée d’un rétrécissement du canal nasal, on a employé les injections à travers les voies lacrymales pour déboucher le canal, afin de rétablir le cours des larmes. On en a fait un moyen

(t) Mémoires de VÀcadémie de chirurgie, tome II, page 21t.

(2) Loc. cit ., tome I, page 390.

(3< Loc. cit , page 670.

(4) Annales d’oculistique , tome XXXIV, page 290.

(5) Loc. cit., page 966.

purement mécanique au lieu de s’en servir comme d’un puissant modificateur de la vitalité de la muqueuse du sac. Pour réussir avec les injections, il fallait employer un topique qui eût la propriété de changer la sécrétion morbide dont le sac est le siège. A l’instar des chirurgiens que j’ai cités, j’ai usé de divers remèdes, pour tarir cette sécrétion, et avant de faire connaître le moyen auquel je me suis définitivement arrêté aujourd’hui, il ne sera pas sans intérêt de passer en revue les essais antérieurs avec d’autres topiques.

J’ai essayé les injections, faites tous les jours, par les points lacrymaux, avec une solution légère de sulfate de zinc. Cinquante séances n’ont donné qu’un résultat à peine appréciable, bien que j’eusse conseillé l’emploi simultané de fumigations émollientes parla narine, l’introduction dans le grand angle de l’œil d’une pommade au précipité rouge.

Obsev. IV. — Catarrhe du sac lacrymal gauche. — Canal nasal perméable. — Cinquante

séances d'injection par les points lacrymaux avec une solution étendue de sulfate de zinc.

— Pas de guérison.

Madame F..., âgée de âO ans, d’une constitution moyenne, de la clientèle de M. le docteur Lesaunier, m’est adressée, par ce dernier, dans le courant du mois d’avril 1861. Cette dame a été prise, il y a trois ans, de larmoiement de l’œil gauche, de sécheresse dans la narine correspondante et d'un embarras continuel au cerveau , comme lorsqu’on s’enrhume. Peu à peu, il se forma, au grand angle de l’orbite, une grosseur; que la patiente pouvait faire disparaître par une légère pression , et sur laquelle elle appliquait parfois un cataplasme de riz.

Je constate l’existence, au grand angle de l’orbite gauche, d’une tumeur, présentant tous les caractères d’une distension du sac lacrymal par un liquide. En comprimant cette saillie, on fait refluer par le point lacrymal inférieur du muco-pus. La muqueuse palpébrale est légèrement injectée. La patiente dit qu’elle est obligée de comprimer la tumeur, plusieurs fois par jour, pour la vider. Il existe un larmoiement continuel du côté affecté. Une injection ayant été pratiquée, avec une seringue d’Anel, par le point lacrymal inférieur, la patiente accuse la sensation d’une humidité à peine appréciable dans la narine gauche. Ce n’est qu’à la cinquième séance, que quelques gouttes de liquide sortent par la narine ; à la huitième, quelques gouttes arrivent dans la gorge. Je prescrivis des fumigations, dans la narine gauche, avec de la vapeur d’une décoction de racine de guimauve, une pommade au précipité rouge, à introduire le soir à l’angle interne de l’œil. Je faisais, tous les jours, une injection, par le point lacrymal inférieur, avec une faible solution de sulfate de zinc.

Tout alla bien d’abord; la tumeur du sac se reformait rarement; c’est à peine si la malade était obligée de la presser deux fois, pendant vingt-quatre heures. La compression en faisait refluer le contenu par la narine. J’avais bientôt mis entre les injections un intervalle de deux, puis de trois jours, et j’arrivai ainsi à la somme totale de vingt-deux séances d’injections par le point lacrymal inférieur.

Dès le 30 mai, la tumeur du sac s’était reproduite ; par la pression on faisait toujours passer le liquide dans la narine ; mais l’injection par le point lacrymal inférieur passait plus difficilement et refluait par le point lacrymal supérieur. En même temps, la conjonctive palpébrale était plus rouge. Néanmoins, je persévérai dans l’emploi des mêmes moyens.

Huit jours après, l’affection était améliorée de nouveau; les injections passaient mieux; la

malade comprimait moins souvent la tumeur. Le 25 juin, les règles paraissent; la tumeur du sac fortement distendue renferme un liquide gommeux.

Une injection par le point lacrymal inférieur reflue presque tout entière par le supérieur; c’est à peine s’il en passe une goutte dans la gorge. Le 12 juillet, les injections passent assez bien par le nez; il y a des mucosités dans le sac. Le 18, le sac lacrymal se distend toujours, plusieurs fois dans la journée ; les injections passent en partie par le nez.

La patiente, lasse, sans doute, d’un traitement qui ne lui a procuré qu’une amélioration insignifiante, me propose de l’interrompre.

En résumé, dans ce cas, après cinquante séances d’injection, par le point lacrymal inférieur, avec une solution très étendue de sulfate de zinc, combinée avec l’application de la pommade au précipité rouge, au grand angle de l’œil, il y a eu une légère amélioration.

Les injections cTeciu salée pratiquées, pendant des semaines, à travers le canal lacrymo-nasal ; l’application poursuivie pendant près de deux mois, au grand angle des paupières, de pommades au 'précipité rouge ou au sulfate de cuivre, ne m’ont donné aucun résultat. Chez un homme, qui s’est présenté à ma clinique, le 19 juillet 1861, envoyé par le docteur Grammaire, j’essayai les injections à travers le canal lacrymo-nasal, avec de Vurine copahifère. Dans ce but, j’avais prescrit au patient de prendre, pendant plusieurs jours, une certaine dose de baume de copahu et de m’apporter de l’urine que j’employais pour faire les injections. Il n’y eut pas la moindre amélioration.

Après tous ces essais, demeurés infructueux; après avoir surtout remarqué qu’alors même que le canal nasal devenait plus perméable, sous l’influence des injections journalières, le catarrhe du sac n’en persistait pas moins, au même degré, j’expérimentai la teinture d’iode. Elle réussit sur une première malade qui avait résisté à d’autres médications. Encouragé par ce succès, j’appliquai le même traitement à d’autres sujets, et les résultats n’en ont pas été moins satisfaisants.

Avant de relater les faits, il n’est pas inutile de rappeler que ce moyen a été employé antérieurement, et on s’explique difficilement qu’il n’ait pas reçu un accueil plus favorable des praticiens.

Dans le cours de l’année 1854, Am. Forget (1) communiquait à la Société médico-chirurgicale de Paris une observation de tumeur lacrymale , traitée d’abord infructueusement par la dilatation du canal nasal, puis, avec succès, par les injections iodées dans le sac. Dans le cas particulier dont il s’agit, l’injection iodée a été faite par un pertuis resté à la place de l’incision pratiquée antérieurement, lors de l’opération delà fistule lacrymale. D’un autre côté, Boinet (2) préconisait l’année suivante, dans le traitement des fistules lacrymales, les injections avec un liquide préparé d’après la formule suivante : H : Eau distillée 30 grammes; teinture d’iode 10 grammes; iodure de potassium, O gr. 50 cent.; acide tannique, 0 gr. 25 cent. Il

(1) Union médicale, 1851, n° 73, page 301.

(2) lodothérapie ou de l’emploi médico-chirurgical de l’iode et de ses composés, Paris, 1855, p. 733.

disait avoir trouvé ces injections efficaces, surtout au début de la maladie, et se proposait, en les employant, de suspendre la sécrétion muqueuse ou purulente du sac lacrymal , pour faire cesser le dacryo-blennorrhée. Il relatait même des succès obtenus par cette méthode, par Payan et Lisfranc. J. Pilz (1) a conseillé aussi les injections de teinture d’iode très étendue dans les blennorhées chroniques du sac lacrymal.

Obs. V. • — Catarrhe du sac lacrymal droit , quatre mois de traitement infructueux par les

injections d'eau et la pommade au précipité rouge. — Une seule injection de teinture d'iode

dans le sac. — Guérison.

La dame G..., âgée de 52 ans, journalière, bien constituée, est traitée pendant quatre mois consécutifs , à ma clinique, pour un catarrhe du sac lacrymal droit. Le sac était distendu par un liquide gommeux, et plus tard par du mucus.

La patiente a été soumise, pendant tout ce temps, à des injections d’eau pure par le point lacrymal inférieur, et à des onctions, sur le bord des paupières, avec la pommade au précipité rouge. Ce mode de traitement n’a pas donné la moindre amélioration.

Le 25 novembre 1861, je pratique dans le sac, par le point lacrymal inférieur droit, une injection de quelques gouttes d’un mélange, àparties égales, de teinture d’iode et d’eau. Immédiatement après, il se développe une cuisson intense; un quart d’heure après, un chémosis séreux autour de la cornée; une légère tuméfaction au grand angle de l’œil et à la région sourcilière. (< Compresses d'eau froide sur l'orbite.)

Le lendemain, il existe une tuméfaction œdémateuse des deux paupières et de la région du sac. Le chémosis séreux persiste. La malade accuse une douleur vive dans la région frontale.

Le 27, le chémosis séreux a diminué, ainsi que l’œdème des paupières. Vers la membrane semi-lunaire, on voit une sécrétion muqueuse.

Le 28, il reste un peu d’injection de la conjonctive oculo-palpébrale et une douleur vive de la région du sac.

Le 2 décembre, toute tuméfaction de la région orbitaire a cessé ; il n’y a pas de chémosis séreux; le larmoiement a diminué.

Le 6, le larmoiement est toujours moindre. Une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur passe immédiatement par le nez et par la gorge.

Le 13, le larmoiement a presque disparu; il ne se renouvelle qu’au grand air. La conjonctive palpébrale est un peu injectée.

Le 20, l’injection de la conjonctive palpébrale persiste; la caroncule et le repli semi-lunaire y prennent part.

Les follicules de Meïbomius sont distendus. Le larmoiement a disparu. Une injection d’eau faite par le point lacrymal inférieur reflue tout entière par cette ouverture. Le 25 et le 31, même état.

Le 7 février, le larmoiement persiste ; la pression sur le sac ne fait toujours refluer aucune parcelle de mucus par les points lacrymaux. L’injection aqueuse par le point lacrymal inférieur reflue par la même ouverture, sans qu’aucune goutte de liquide passe par la narine. Le 21 février et le 29 mars, l’état est absolument le même. Depuis cette époque, j’ai revu la

(1) Lehrbuch der augenheilkunde, Prag, 1859, page 626.

patiente à plusieurs reprises, notamment à la fin du mois de juin dernier. Constamment j’ai trouvé que le catarrhe du sac était complètement guéri; que le canal nasal était demeuré imperméable aux injections faites de haut en bas et qu’il n’existait qu’un larmoiement insignifiant.

Obs. VI. • — Catarrhe du sac lacrymal droit. — Injections d'eau et pommade au sulfate de cuivre infructueuses. — Deux injections iodées dans le sac. — Guérison.

Madame C..,, âgée de â5 ans, sans profession, d’une constitution moyenne, est traitée pendant trois mois à ma clinique, pour une blépharite glanduleuse à droite. Depuis six semaines, il s’est développé un catarrhe du sac lacrymal du même côté, catarrhe traité infructueusement par les injections faites , tous les jours, par le point lacrymal inférieur, avec de l’eau pure, et par l’application de pommade au sulfate de cuivre. La patiente se plaignait surtout de larmoiement.

Le 16 décembre 1861, le sac contenait un liquide épais, mélangé de mucus, qui refluait par la pression à travers les points lacrymaux. Ce jour-là même, je pratique dans le sac, à travers le point lacrymal inférieur, une injection de quelques gouttes de teinture d’iode et d’eau distillée, mélangées à parties égales; ayant soin, cette fois, pour éviter une trop forte réaction due au contact de la teinture d’iode avec l’œil, de laver ce dernier, à grande eau, par le jet d’une seringue, dès l’apparition de la première goutte de liquide au point lacrymal supérieur.

Le 18, la région du sac est douloureuse à la pression. Depuis le jour de l’injection, il y a très peu de larmoiement. Le 20, le larmoiement a considérablement diminué. La pression sur le grand angle de l’œil ne fait rien refluer par les points lacrymaux.

Une injection d’eau pratiquée par le point lacrymal inférieur, sort en partie par le point lacrymal supérieur, en partie par la narine.

Le 13 janvier 1862, le larmoiement est revenu; la pression sur le sac fait refluer quelques

mucosités. Je pratique une nouvelle injection iodée dans le sac. Cette fois, la teinture d’iode reflue, par le point lacrymal supérieur, sur la conjonctive. A l’instant, il se manifeste une douleur violente dans l’œil ; il se forme rapidement un chémosis séreux et la cornée prend un e teinte jaunâtre. Je lave l’œil à grande eau, néanmoins la douleur persiste longtemps.

Le 16, il existe de la douleur dans la paupière supérieure et dans l’orbite droit. La co njonctive oculaire est injectée, la cornée saine; la vue est un peu trouble. La pression dans la

région du sac n’est pas douloureuse. Ces phénomènes réactionnels se calmèrent promptement . Dès le 1er février, il n’y a plus de larmoiement; l’état de l’œil est on ne peut plus satisfaisant. La pression sur le sac ne fait pas refluer la moindre mucosité par les points lacrymaux.

A partir de cette époque, tout continue à aller bien. Le 8 mars, la patiente vint me revoir, pour me dire qu’elle n’a plus de larmoiement et que la pression sur le sac n’a pas fait, une seule fois, depuis cinq semaines, refluer de mucosités parles points lacrymaux. Les paupières sont saines. Je constate que le canal nasal n’est pas perméable aux liquides injectés par le point lacrymal inférieur.

Obs. VII. — Catarrhe purulent du sac lacrymal droit. — Quatre injections iodées dans le sac.

— Guérison. — Formation consécutive cCunc fistule sous-cutanée au-devant du sac. — Guérison spontanée de cette fistule.

Le nommé R..., âgé de 11 ans, a des maux d’yeux depuis plusieurs années. Il est affecté

actuellement d’un catarrhe purulent du sac lacrymal droit, c’est-à-dire que la pression sur le grand angle de l’orbite fait refluer immédiatement, par les points lacrymaux, une notable quantité de pus.

En pratiquant une injection d’eau pure par le point lacrymal inférieur, quelques gouttes de liquide sortent par la narine correspondante. Le sac lacrymal gauche est sain. La moitié interne de chaque cornée est obscurcie par une tache peu épaisse. L’enfant a été soumis infructueusement, depuis trois mois, à des pommades de tous genres, et à des collyres astringents.

Le 3 février 1862, je pratique une injeotion, dans le sac lacrymal droit, de quelques gouttes de teinture d’iode mélangée de parties égales d’eau distillée. Le 5, la pression sur le sac fait toujours refluer du pus par les points lacrymaux. Je fais une seconde injection de teinture d’iode. Le 6, issue du pus par le point lacrymal inférieur, lorsqu’on presse sur le sac. Le 7, moins de pus que le jour précédent. Troisième injection iodée. Le 8, le sac lacrymal contient toujours du pus. Il existe une petite fistule au niveau du grand angle de l’orbite. Quatrième injection iodée dans le sac. Le 10, la pression sur le grand angle de l’orbite ne fait refluer, par les points lacrymaux, ni mucosités, ni pus. La fistule du sac est réduite à des dimensions capillaires. Une injection pratiquée par le point lacrymal inférieur passe en partie par la narine. Le 13, la fistule est complètement cicatrisée; la pression sur le sac ne fait absolument rien refluer par les points lacrymaux. Les 15, 18 et 20, l’état est tout aussi satisfaisant; pas une gouttelette de pus, pas une mucosité dans le sac. L’injection d’eau, faite par le point lacrymal inférieur, passe en partie par la narine. Le 6 mars, la guérison persiste. Le 17, il existe de nouveau une fistule au niveau du grand angle de l’œil. Pendant plusieurs jours, je cherche à m’assurer, en faisant une injection d’eau par le point lacrymal inférieur, si celte fistule communique avec le sac. Pas une goutte de liquide ne passe par l’orifice anormal. Avec un stylet d’Anel, je reconnais un décollement de la peau. La fistule est donc sous-cutanée , sans communication avec la cavité du sac lacrymal.

Le 7 avril, cette fistule persiste et est toujours entretenue par le décollement de la peau seulement. Vers le milieu du mois de mai, l’enfant a été ramené à ma clinique pour me faire constater que la fistule était cicatrisée. Le catarrhe du sac n’avait pas récidivé.

On a vu, par ce qui précède, qu’il a suffi généralement d’un petit nombre d’injections iodées, pour obtenir la guérison du catarrhe du sac.

Dans le cas suivant, la maladie a résisté avec plus de ténacité, et il a fallu huit injections de teinture d’iode pour en triompher.

Une autre particularité qui s’est présentée dans ce cas, c’est que, sous l’influence de l’action irritante de l’iode, le conduit lacrymal inférieur s’est notablement rétréci sans toutefois s’oblitérer.

Obs. VIII. — Catarrhe du sac lacrymal gauche. — Huit injections de teinture d'iode dans le sac. — Guérison du catarrhe. — Conduit lacrymal inférieur rétréci.

La dame T..., âgée de Zi2 ans, lingère, d’une forte constitution, bien réglée, se présente à ma clinique le 10 février 1862. Depuis six ans, l’œil gauche pleure ; depuis deux mois il existe des mucosités au grand angle de l'orbite correspondant. La patiente n’a fait jusqu’ici aucun traitement sérieux.

Nous constatons que la pression sur la région du sac lacrymal gauche fait refluer quelques mucosités par le point lacrymal inférieur.

Une injection poussée par ce dernier point reflue en partie par la narine. Les paupières sont saines, non collées le matin au réveil.

Le 13 février, je pratique dans le sac une injection de quelques gouttes de teinture d’iode mélangée de parties égales d’eau distillée.

Le 14, je fais une secondé injection.

Le 15, la pression sur la région du sac fait refluer par le point lacrymal supérieur une quantité assez grande de muco-pus. Troisième injection de teinture d’iode. Le 17, il y a du pus véritable dans le sac. Le 18, quatrième injection de teinture d’iode. Le 24, il y a toujours du muco-pus dans le sac. Cinquième injection de teinture d’iode. Le 25, la pression sur le sac ne fait rien refluer par les points lacrymaux. Une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur passe en partie par la narine.

Le 3 mars, il y a encore du muco-pus dans le sac. Le 5, je pratique une sixième injection de teinture d’iode. Le 7, l’état est le même; septième injection de teinture d’iode.

Le 12, la pression sur le sac fait encore refluer un peu de muco-pus par le point lacrymal supérieur. Le 14, il n’y a presque plus de larmoiement. Le 18, une injection d’eau faite par le point lacrymal inférieur occasionne une vive douleur. Une injection par le point lacrymal supérieur laisse refluer quelques mucosités, sans qu’aucune goutte de liquide passe par le point lacrymal inférieur. Je pratique une huitième injection iodée. Le 25, la pression sur le sac ne fait rien refluer par les points lacrymaux. La patiente dit elle-même que, depuis cinq jours, il n’y a pas eu de mucosités au grand angle de l’œil. Une injection d’eau poussée par le point lacrymal supérieur passe par la narine. Le 31, l’état se maintient en tous points aussi favorablement.

Le 7 avril, j’exerce de nouveau, et à plusieurs reprises, une pression sur le sac sans faire refluer la moindre mucosité par les points lacrymaux. Le point lacrymal inférieur demeure perméable; le conduit lacrymal correspondant est évidemment rétréci, car le liquide qu’on injecte, avec la canule d’Anel, reflue tout entier par l’ouverture. Le point et le conduit lacrymal supérieur sont restés perméables, puisqu’une injection d’eau tiède les franchit sans peine, et arrive en grande partie dans la narine. La patiente nous assure qu’elle n’est pas affectée de larmoiement.

Depuis cette époque, Madame T... est revenue plusieurs fois à ma clinique; le catarrhe du sac n’a pas reparu. J’ai pu me convaincre aussi, que le conduit lacrymal inférieur n’est pas oblitéré, mais qu’il est resté rétréci. En effet, si le conduit ne peut donner passage à un stylet d’Anel, du moins laisse-t-il passer quelques gouttes d’eau qui refluent par la narine correspondante, lorsqu’on fait l’injection avec mon apppareil à pompe.

Le catarrhe du sac n’est pas la seule lésion de cet organe qui guérisse par les injections iodées. Les fistules du sac, appelées communément fistules lacrymales, se cicatrisent également, sous l’influence de ces topiques, en même temps que disparaît le catarrhe, dont ces fistules ne sont qu’un des modes de terminaison. La troisième observation rapportée précédemment en est un exemple. Le fait suivant a une plus grande importance, en raison de l’ancienneté de l’affection.

OBs. IX. - — Catarrhe ancien du sac lacrymal droit. < — Fistule du sac. — Trois injections iodées.

Guérison.

Mademoiselle Dum..., âgée de 28 ans, lingère, se présente à ma clinique le 11 mars 1862. Elle a été atteinte de variole, il y a quatre ans. Depuis cette époque, elle pleure de l’œil droit. Il y a un an, elle a été affectée, dit elle, d’un érysipèle de toute la moitié droite de la tète (probablement une dacryocystite aiguë).

On lui a fait une incision au niveau du grand angle de l’œil droit. A partir de ce moment il est resté une .fistule, qui se ferme et s’ouvre alternativement.

Nous constatons que la patiente pleure de l’œil droit. La pression sur la région du sac ne fait rien refluer par les points lacrymaux.

En injectant de l’eau, par le point lacrymal inférieur, le liquide sort par un pertuis situé vers l’extrémité interne de la paupière inférieure, chargé de mucosités épaisses. Quelques gouttes d’eau passent par la narine correspondante. Des injections d’eau tiède, pratiquées tous les jours, depuis le 11 jusqu’au 17 mars, n’amènent aucun changement dans l’étal de la patiente ; il s’écoulait toujours par la fistule, durant ces manœuvres, de l’eau mélangée de mucosités.

Le 17, je pratique dans le sac une injection de teinture d’iode mélangée de parties égales d’eau distillée. Il se manifeste bientôt une tuméfaction au grand angle de l’œil ; les mucosités sécrétées par le sac diminuent en quantité. Le 2â, la fistule paraissait cicatrisée; après une injection d’eau pratiquée par le point lacrymal inférieur, la fistule se rouvre et la pression sur le sac fait alors refluer du pus par l’orifice anormal. Le sac est largement incisé.

Les jours suivants, il s’échappe toujours des mucosités par la fistule, chaque fois qu’on fait une injection d’eau tiède par le point lacrymal inférieur.

Le 29, seconde injection iodée. Les jours suivants, moins de muco-pus dans le sac; de l’eau injectée, par le point lacrymal inférieur, passe en partie par la narine. Cette injection occasionne une vive douleur sur le trajet du conduit lacrymal inférieur.

Le 7 avril, il y a tuméfaction avec rougeur de la peau au grand angle de l’œil ; la pression sur le sac fait toujours refluer, par les points lacrymaux, du muco-pus. Une injection d’eau pratiquée par le point lacrymal inférieur sort par la fistule avec des mucosités. Le 1 â, l’état est le même, il reste toujours au grand angle de l’œil, une tumeur allongée verticalement. La fistule, cicatrisée en apparence, s’ouvre, dès qu’on fait une injection par le point lacrymal inférieur. La tumeur du sac est largement incisée ; il en sort du pus phlegmoneux.

A partir de ce moment, la tuméfaction diminua de jour en jour; l’injection par le point lacrymal inférieur était de moins en moins douloureuse, mais sortait toujours par la fistule avec des mucosités.

Le 19, je pratique une troisième injection de teinture d’iode par le point lacrymal inférieur. Le 21, toute tuméfaction a disparu; une injection d’eau ouvre la fistule, avec effusion de quelques gouttes de sang et sensation de douleur très vive. Quelques gouttes du liquide injecté passent dans la narine correspondante. Le 25, la fistule paraît cicatrisée. Lorsqu’on injecte de l’eau par le point lacrymal inférieur, la malade ressent au bout de quelques instants, une sensation de distension très douloureuse qui force d’arrêter l’injection. Pas une goutte d’eau ne s’écoule par la narine. La pression sur le sac ne fait pas refluer de mucosités, par les points lacrymaux. La patiente n’a pas de larmoiement. Le 30, la fistule demeure parfaitement cieatrisée ; la peau de la région du sac a repris la coloration normale.

Une injection d’eau par le point lacrymal inférieur est toujours suivie d’une sensation de distension très douloureuse. Rien ne passe par la narine.

Le 23 mai, même état; pas de mucosités, par les points lacrymaux, lorsqu’on presse sur le sac. Un peu de larmoiement. L’injection d’eau, par le point lacrymal inférieur, donne lieu instantanément à une sensation de distension dans le sac; le liquide ne reflue ni par le point lacrymal supérieur, ni par la narine.

Le 7 juin, la patiente revient à la clinique. Il existe une légère tuméfaction dans la région du sac, avec un peu de rougeur de la peau. La pression ne fait pas refluer la moindre parcelle de mucosité par les points lacrymaux. Une injection étant faite par le point lacrymal inférieur, quelques gouttes de liquide passent par la narine droite, et Mademoiselle D... n’accuse plus cette sensation de distension violente qu'elle éprouvait antérieurement. {Cataplasmes de cerfeuil sur le sac.)

Le 11, toute tuméfaction et toute rougeur ont disparu; une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur ne passe pas par la narine.

Enfin, au commencement du mois d’août, j’ai revu la patiente qui est restée bien guérie de la fistule du sac. Elle conserve un peu de larmoiement, alors seulement qu’elle marche au grand air.

L’observation suivante a beaucoup d’analogie avec celle qu’on vient de lire, en ce sens, qu’après la guérison du catarrhe du sac il est resté un rétrécissement, mais sans oblitération, du conduit lacrymal inférieur.

Obs. X. — Catarrhe muco-purulent du sac lacrymal gauche. — Cinq injections iodées. — Guérison. — Rétrécissement du conduit lacrymal inférieur.

La dame Merle, âgée de 57 ans, charbonnière, bien constituée, a été traitée, antérieurement, à ma clinique, pour une kératite aiguë à gauche. Le 21 mai, nous constatons l’existence, du même côté, d’un catarrhe purulent du sac lacrymal. Le canal nasal correspondant semble imperméable aux injections d’eau faites par les points lacrymaux. Le 22 mai, injection de teinture d’iode dans le sac. Le 2ô, le sac renferme un liquide visqueux abondant. Le 26, il contient à la fois du liquide gommeux et du pus. Le 28, deuxième injection iodée. Le 2 juin, le sac renferme un pus jaune-verdâtre. Troisième injection iodée. Le û, le sac contient du muco-pus en grande quantité. Quatrième injection iodée. Le 7, le sac renferme du pus séreux; il existe une réaction locale assez marquée. Les jours suivants, le sac contient tantôt de muco-pus, tantôt un liquide gommeux; à partir de la quatrième injection iodée, le liquide fourni par le sac est moins abondant. Le 21, ce liquide étant de nouveau formé par du pus, je fais une cinquième injection iodée. Pendant quelques jours, on ne peut faire refluer de mucosités par les points lacrymaux qu'après avoir injecté de l’eau dans le sac.

Le 3 juillet, le larmoiement est presque nul. La plus forte pression ne fait rien refluer par les points lacrymaux. Une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur passe en grande partie par la narine correspondante. Après cette injection, la pression sur le sac ne fait pas refluer une seule goutte de pus, ni un seul filament muqueux, par les points lacrymaux.

Le 6 août, la patiente se présente à ma clinique. La guérison se maintient. Le conduit lacrymal inférieur paraît, au premier abord, oblitéré, dans une grande portion de son étendue;

un stylet d’Anel étant enfoncé par le point lacrymal correspondant, ce stylet est en effet arrêté brusquement, par un obstacle infranchissable, à une petite distance du point lacrymal. Et cependant, quand on pratique une injection, par ce même point, quelques gouttes d’eau appa • raissent à l’orifice de la narine correspondante, lorsque la patiente exécute une forte expiration. Il faut donc admettre qu’il est resté, du calibre du conduit lacrymal, un pertuis assez grand pour laisser passer les liquides, et trop petit, pour donner passage à un stylet d’Anel. J’ajouterai que le conduit lacrymal supérieur est resté perméable , au degré normal, et qu’une injection d’eau, à travers ce conduit, a passé en partie par la narine.

Obs. XI. — Catarrhe du sac lacrymal droit. — Deux injections de teinture d'iode dans le sac. —

Guérison.

La dame Anneb..., 29 ans, cuisinière, bien constituée, est adressée à ma clinique, par M. le docteur Fleury, le 20 juin dernier. Larmoiement de l’œil droit depuis deux ans. Issue de muco-pus, par les points lacrymaux, de ce côté, lorsqu’on comprime le sac. Canal nasal perméable aux injections. On pratique, dans le sac, deux injections de teinture d’iode; l’une le 20 juin, la seconde le 2 juillet. Après la première, la sécrétion du sac diminue beaucoup. Sept jours après la seconde, la plus forte pression, sur le sac, ne fait pas refluer une parcelle de mucus, par les points lacrymaux. Le larmoiement diminue et cesse bientôt complètement, à moins que la patiente ne marche au grand air.

Je revois la dame A..., le 9 août; elle accuse toujours un peu de larmoiement; ni la pression sur le sac, ni une injection d’eau pratiquée par le point lacrymal inférieur, ne font refluer de mucus. Quelques gouttes du liquide injecté passent dans la narine. Aujourd’hui, fin décembre, la guérison persiste.

L’observation suivante offre cette particularité digne de fixer l’attention, qu’après la guérison d’un catarrhe du sac, il s’est formé, deux mois et demi plus tard, un mucocèle ; et qu’il a suffi, pour guérir ce dernier, de ponctionner la tumeur, et de faire quelques injections aqueuses, à travers les conduits lacrymaux, pour obtenir une guérison, en conservant leur perméabilité aux voies d’excrétion des larmes.

Obs. XII. — Catarrhe du sac lacrymal droit; deux injections de teinture d’iode dans le sac.

Guérison. — Rétrécissement du conduit lacrymal inférieur. — Plus tard, mucoc'ele , ponction

de la tumeur. — Guérison rapide de la fistule du sac qui succède à cette opération.

La dame Chos..., âgée de û0 ans, couturière, d’une constitution moyenne, est affectée, depuis dix ans, d’un larmoiement de l’œil droit, avec sécrétion d’une matière muqueuse. Le 11 mars 1862, nous constatons l’état suivant : lorsqu’on presse la région du sac lacrymal droit, un mucus abondant reflue par les points lacrymaux. Une injection d’eau tiède, poussée par le point lacrymal inférieur, ne passe nullement par la narine correspondante. La même épreuve faite du côté gauche donne un résultat semblable, bien que, de ce côté, le sac ne soit nullemen t malade.

Je pratique une injection iodée dans le sac lacrymal droit. Le lendemain, il existe un peu de gonflement de cette région; en comprimant cette dernière, des mucosités refluent par les points lacrymaux.

Le 17 mars, seconde injection iodée, dans le sac, suivie, comme la première fois, d’une réaction modérée. Le 19, le sac renferme moins de mucus; en injectant de l’eau tiède par le

point lacrymal inférieur, quelques gouttes refluent par la narine correspondante. Du 20 au 31, la pression exercée, sur le sac, fait toujours sortir des mucosités par les points lacrymaux.

Le 2 avril, l’amélioration était manifeste; la pression, sur le sac, ne faisait rien refluer par les points lacrymaux. Une injection d’eau tiède, poussée par le point lacrymal inférieur, ne faisait pas refluer de mucosités non plus. Le liquide passait même, en plus grande quantité, par la narine. Tout alla ainsi, de mieux en mieux, jusqu’au 19. Ce jôur-là, il y avait une légère tuméfaction de la région du sac; la pression ne faisait rien refluer par les points lacrymaux.

Le 22, la pression, sur le sac, faisait sortir quelques mucosités, par le point lacrymal inférieur, le liquide refluait par l’orifice; une portion du conduit lacrymal correspondant paraissait être notablement rétrécie.

Le 26, la pression sur le sac ne fait rien refluer par les points lacrymaux ; une injection d’eau tiède étant poussée par le point lacrymal inférieur, quelques gouttes de liquide semblent passer par la narine correspondante, ce qui prouve bien que le conduit lacrymal inférieur n’est que rétréci et nullement oblitéré.

Le 28, même état. La patiente dit, qu’elle n’éprouve plus aucune incommodité; qu’il ne s’accumule jamais de mucosités au grand angle. Le 2 mai, il n’y a pas de récidive ; quelques gouttes d’une injection d’eau, poussée par le point lacrymal inférieur, semblent passer toujours par la narine correspondante. Le 31 mai, la guérison persiste. Le 9 août, c’est-à-dire deux mois et demi plus tard, Madame Chos... se représente à ma clinique. Depuis huit jours, il s’est formé une petite tumeur, au grand angle de l’orbite droit; cette tumeur a le volume d’un gros pois; elle est dure, rénitente. La pression ne fait rien refluer, ni par les points lacrymaux ni par la narine. Le point lacrymal inférieur et le commencement du conduit correspondant admettent facilement une canule d’Anel. Mais le stylet de ce nom ne peut être enfoncé à plus de deux millimètres de profondeur; quelque effort que l’on fasse, on n’arrive pas avec l’instrument jusque dans le sac. La tumeur du grand angle a donc tous les caractères d’un mucoc'ele.

Je ponctionne le sac avec un bistouri à lame étroite; par la plaie, il sort du pus d’assez bonne nature. Une injection d’eau pratiquée immédiatement, par cette ouverture, reflue en partie par la narine.

Le 11, il y a un peu de gonflement œdémateux avec rougeur de la région du sac et des paupières ( cataplasme émollient). Cette tuméfaction décroît bientôt. Le 18, il existe toujours .me petite ouverture, au grand angle de l’œil ; une injection d’eau, pratiquée par cette ouverture, passe dans la narine, tandis qu’une injection faite par le point lacrymal inférieur ne reflue nullement par l’ouverture que le bistouri a pratiquée.

Les jours suivants, la tuméfaction du grand angle de l’œil persiste ; la fistule également. Le 21, la tuméfaction diminue. Le 23, une injection d’eau poussée par le point lacrymal inférieur reflue, en petite partie, par la narine ; pendant que l’on fait cette injection, pas une goutte de liquide ne passe par la fistule qui est devenue très étroite.

Le 26, la fistule est cicatrisée; à la place qu’elle occupait, il reste un petit noyau d’induration qui disparaît les jours suivants. Le 28, une injection d’eau faite par le point lacrymal inférieur passe par la narine.

11 convient maintenant de reprendre toutes ces observations, dans leur ensemble, et d’en tirer quelques notions générales. ^

Le liquide dont je me suis servi pour faire, les injections, dans le sac, est un mélange, à parties égales, de teinture d’iode et d’eau distillée. Sur les diverses malades qui ont été traitées par ce moyen, il a fallu un nombre d’injections variable, pour obtenir la guérison. Chez l’une d’elles, une seule injection a suffi; chez les autres, il a fallu deux, trois, quatre, cinq, et, une fois même, jusqu’à huit injections. Je n’ai pas trouvé qu’il existât une relation rigoureuse entre la nature du liquide sécrété par le sac et le nombre d’injections iodées nécessaires pour guérir le catarrhe. Ainsi, tandis que, dans un cas de catarrhe franchement purulent, deux injections ont suffi ; dans un autre cas, où le sac ne renfermait qu’un liquide visqueux, mélangé de mucosités, il a fallu huit injections; dans un cas, où le sac contenait du muco-pus, il a fallu deux injections; dans un autre tout à fait semblable, il a été nécessaire d’en pratiquer cinq.

Il ne faut pas s’attendre, non plus, à obsrrver, sous l’influence des injections iodées, des modifications régulières, dans la nature de la sécrétion fournie par le sac lacrymal. Tantôt le muco-pus ou les mucosités sont remplacés par un liquide muco-purulent; tantôt encore, on voit la sécrétion changer plusieurs fois de caractères, après chaque injection, redevenir muco-purulente, après avoir été visqueuse. J’ai constaté, dans d’autres cas, la persistance de la même sécrétion, pendant toute la durée du traitement.

L'effet primitif des injections de teinture d’iode a été variable; cela est subordonné du reste à la façon dont l’injection est faite. Chez les premiers malades, je me suis contenté de pousser l’injection, par le point lacrymal inférieur; je m’arrêtais, dès que quelques gouttes du liquide apparaissaient au niveau du point lacrymal supérieur. Lorsque la teinture d’iode reflue sur la conjonctive scléroticale, il se manifeste une douleur violente, et, après quelques minutes, on voit un chémosis séreux tout autour de la cornée; un œdème des paupières. Celle-là a même pris, dans un cas, une teinte jaunâtre qui ne me laissa pas sans inquiétude, pendant les premières vingt-quatre heures. Cet accident n’offre aucune gravité; il suffit de faire lotionner l’œil avec de l’eau froide, pendant plusieurs heures, pour que la douleur se dissipe, et généralement, la réaction qui se manifeste du côte de la conjonctive scléroticale est elle-même modérée. Toutefois, pour prévenir le reflux de la teinture d’iode, à la surface du bulbe, et la douleur vive qui en est la conséquence, j’ai apporté une modification au procédé opératoire de l’injection. Je me sers d’une seringue en verre, au lieu d’une seringue en métal; de cette façon, j’apprécie déjà, par la vue, la quantité de teinture d’iode qui passe dans le sac. Une double canule est vissée après la seringue S (fig. IV); l’une B C D communique avec le corps de la seringue d'Anel , et est destinée à être introduite dans le point lacrymal inférieur, pour porter, dans le sac, la teinture d’iode;

l’autre canule A E, d’un calibre plus considérable que la précédente , réunie avec elle en C, communique en A avec le tube flexible de mon appareil à pompe (figure III) destiné aux injections à travers les voies lacrymales, appareil que l’on remplit d’eau filtrée pure. Dès qu’on aperçoit le reflux, par le point lacrymal supérieur, du liquide porté dans le sac par la canule D, on tourne le robinet adapté au tube flexible de l’appareil à pompe ; et à l’instant, un jet d’eau, d’un calibre proportionné à celui de la canule E, vient se répandre à la surface de l’œil.

Le contact de la teinture d’iode avec la surface interne du sac produit des effets variables. Chez le plus grand nombre des malades, il se manifeste une réaction modérée, une véritable dacryocystite sub-aigüe. Chez d’autres, la phlegmasie est plus intense, et j’ai observé, dans un cas, une dacryocystite aigüe, avec formation de pus phlegmoneux.

Chez tous les malades, les voies lacrymales sont restées perméables, après la guérison. Chez deux seulement, le conduit lacrymal inférieur s’est rétréci, mais non oblitéré, dans une partie de son étendue, bien que le point lacrymal conservât ses dimensions normales. Dans les deux cas, l’injection d’eau, poussée parle point lacrymal supérieur, passait dans la narine.

Le larmoiement a diminué, à mesure que le catarrhe du sac s’améliorait, et, chez la plupart des sujets, il a complètement disparu; chez quelques-uns, il a persisté à un degré insignifiant.

Le traitement du catarrhe du sac, par les injections iodées, me semble impraticable chez les petits enfants. Qu’on emploie la douceur ou la menace, on n’arrive pas à obtenir d’eux qu’ils laissent introduire une canule d’Anel dans l’un des points lacrymaux. Ils crient, se débattent et quelques efforts qu’on fasse, pour les maintenir solidement, on n’arrive pas au résultat désiré.

Une circonstance que j’ai rencontrée une seule fois, et qui est aussi de nature à apporter quelque obstacle, au traitement du catarrhe du sac, par les injections iodées, c’est l’étroitesse excessive des points lacrymaux, étroitesse telle, que ces ouvertures n’admettent pas la canule la plus fine. Tel était le cas de la malade qui fait l’objet de l’observation suivante :

Obs. XIII. — Catarrhe purulent du sac lacrymal droit. — Étroitesse excessive des poinls

lacrymaux .

La dame Dori..., âgée de 45 ans, corsetière, se présente à ma clinique le 6 mars 1862. Depuis trois ans, la pression, sur le grand angle de l’œil droit, fait refluer du pus, par les points lacrymaux. Aucun traitement n’a été mis en usage. Je constate, en effet, que la pression sur le sac fait sortir par les points lacrymaux un pus jaune verdâtre. J’essaie en vain d’introduire, dans les points lacrymaux, un stylet d’Anel.

Ces orifices sont tellement exigus, qu’on n’en aperçoit que la situation, au moment où le pus reflue, mais qu’il est impossible d’en découvrir l’ouverture. La pointe d’une épingle même n’arrive pas à y pénétrer.

Cette dame ne parut plus à ma clinique.

Si jamais pareil cas se représentait, je commencerais par dilater les points lacrymaux, avec une soie de sanglier d’abord, puis avec des fils métalliques de diamètre croissant; après quoi, je procéderais aux injections de teinture d’iode dans le sac.

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