SÉQUESTRATION
Les mesures sanitaires de séquestration sont de deux genres ; celles qui on pour but d'empêcher l’introduction d’un pays à un autre des maladies communicables et celles qui sont destinées à circonscrire autant que faire se peut la maladie, au sein d’un pays actuellemeut soumis à ces ravages. Le premier de ces modes de séquestration s’opère par le moyen de Lazarets où Quarantaines, le second par le moyen d’'Hopitaux spéciaux et de Refuges placés dans des situations aussi isolées que possible.
De telles mesures, on l’a déjà dit, sont extrêmement utiles et d’un grand secours ; mais 1l serait dangereux de négliger les moyens bien supérieurs de salubrité, qui naissent de la pratique des lois de la mo- “ rale et de l’hygiène, pour se bercer de l'espoir illusoire tue les moyens de séquestration peuvent prévenir ou faire cesser ces maladies.
Quelques courtes remarques suffiront pour prouver à tout esprit non prévenu qu'il n’est pas au pouvoir de la science humaine d'imaginer un moyen infaillible d'empêcher le choléra d'arriver ou de se répandre dans un pays. Pour être certain de l’effcacité absolue d’une quarantaine il faudrait être certain du mode de propagation de la maladie, de l’espace de temps pendant lequel le virus ou l'infection peut demeurer à l’état latent ; il faudrait connaitre les agents capables de neutraliser l'infection et la re au-delà de laquelle la transmission est impossible.
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Il faudrait, pour se placer dans des conditions d’immunité complète, empêcher toute espèce de communication, entre les personnes et les choses du pays à protéger et les personnes et les choses des pays infectés ou suspects et les personnes et les choses des lieux affectés aux quarantaines, lesquelles devraient encore s'étendre à tous les points accessibles.
Tout cela est ou inconnu, ou imposible : au reste, une pareille séquestration, fut-elle praticable entre contrées en commnnication constante d’affaires, serait elle-même une très-grande calamité.
Le succès obtenu dernièrement à New-York dans la quarantaine du navire Atalanta, à remisles quarantaines rigides en faveur chez nos voisins, déjà un peu enclins peut-être à la séquestration par les idées politiques ayant cours en ce moment. Mais à part qu’il y aurait erreur à conclure ainsi du particulier au général, ne serait-il pas, par hasard, possible d’expliquer le fait de la quarantaine réussie de l’ Atalanta, en attribuant l’innocuité de la maladie par rapport au pays menacé à la présence, alors et là, de la froide saison.
Tout ceci, cependant, n’est pas dit à dessein de faire rejeter le moyen sanitaire des quarantaines ; mais simplement pour prémunir contre le danger des idées extrêmes ; car, heureusement, il y a, dans la manière de faire les choses, un moyen terme également éloigné des exagérations qui se produisent de part et d’autres, dans la défense et l’application de systèmes contradictoires.
I] serait dans tous les cas impossible de défendre sur tous les points, notre immense frontière contre l’introduction du choléra : ici on pourrait dire que nos voisins en faisant quarantaine sur leurs côtes nous rendent participants des avantages de ces quarantaines, et ce serait assez correct pour ce qui a trait à notre frontière
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de terre ; mais il n’en est pas ainsi pour notre frontière maritime du golfe et du fleuve Saint Laurent. Nous avons par exemple le port libre de Gaspé, les ports de Paspébiac, de Percé, de Rimouski, des Escoumins, de l'Ile Verte, du Saguenay et de Chicoutimi qui sont, pendant la saison navigable, en communication presque constante avec divers pays étrangers. Un médecin, choisi dans l'endroit, pourrait être chargé d’inspecter les navires arrivant dans chacun de ces ports et, en cas de maladie, de les constituer en quarantaine, afin d'empêcher toute communication avec la terre, ayant le soin de pourvoir, cependant, au cas ou, par la mort, l'équipage serait réduit à un nombre insuffisant
de marins.
Mais c’est sur le Saint Laurent aux abords du port de Québec qu’il est surtout important d'établir une quarantaine régulière, comme l’a prouvé l’expérience acquise dans les épidémies précédentes. Heureusement que le gouvernement possède, en cet endroit, un admirable établissement qu'il s'agit tout simplement d'équiper selon que les circonstances l’exigeront. On ne saurait en effet, choisir un meilleur local que la Grosse Ile pour servir de lieu de quarantaine, située qu'est cette ile à environ dix lieux de Québec, offrant une superficie d'environ six cents arpents, entourée d’eau profonde avec un excellent mouillage pour les navires, distante de plus d’une lieue des habitations les plus voisines et, cependant, pouvant facilement communiquer avec les grands centres au besoin.
Là, peut-être mis à exécution un systême raisonnable de séquestration, présentant les garanties contre l'infection qu'on a le droit d'attendre des établissements de quarantaine, sans pour cela être vexatoire et ruineux pour le commerce. Iln’est pas besoin d’énumérer ici les règles qui doivent présider à la
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gouverne des quarantaines, c'est un sujet qui à été fort souvent et fort bien traité dans des ouvrages spéciaux, et un sujet qui a laissé sa trace dans les recueils de lois de presque toutes les nations. Ce présent mémoire, étant fait pour tous, ne peut entrer dans des détails de ce genre; au reste le gouvernement, que seul la chose concerne, possède déjà ou pourrait facilement obtenir au besoin tous les renseignements nécessaires à l'exécution de semblables mesures.
Il est bon, cependant, de dire quelques mots à propos de la quarantaine des navires appartenant aux lignes régulières de vapeurs transatlantiques, dont l’une, Lu 7 gne canadienne, est subventionnée par la Province et transporte notre malle européenne hebdomadaire; car il faut que le public comprenne bien que ce n’est pas ici une question de peu d’importance et qu’il soit aussi facile de régler que plusieurs semblent l’imaginer.
Il semble impossible d’exempter de la quarantaine les navires de cette classe; mais, d'autre part, une quarantaine sévère serait, pour Les compagnies propriétaires de ces vapeurs, une chose désastreuse,
. Si pas la cause d’une ruine complète et pour le com-
merce en général une espèce de calamité. Ce simple