‹ Mémoire sur le choléra-morbus asiatiqueChapitre 23 sur 40 · GO · texte numérisé non relu

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noble dévouement ; les anti-contagionistes répondront que la maison étant un petit foyer épidémique , elles ont pu, tout aussi bien que les premières , y puiser la maladie.

Des réflexions analogues surgiraient des deux camps ennemis, lors même que les individus , ultérieurement frappés , seraient étrangers à la maison ou, en d’autres termes , seraient venus du dehors pour soigner les cholériques. Rien ne serait d’ailleurs changé , et la question resterait encore indécise , si à une seule maison atteinte nous substituons par la pensée un grand établissement envahi ( hospice , prison , bagne , etc.)

Ce n’est donc pas dans les faits de cet ordre qu’il faut chercher des arguments péremptoires. 11 deviendrait difficile au contraire de ne pas considérer comme tels, ceux qui seraient puisés dans l’observation suivante, surtout si l’occasion de la faire se renouvelait assez souvent pour éloigner toute idée de coïncidence , ou de ce qu’on est forcé d’appeler l’effet du hasard.

Une personne ressent les premières atteintes du choléra (cholérine) , et s’empresse de fuir l’endroit où règne cette maladie, et où elle l’a contractée ; puis, les symptômes du mal, venant à se dessiner plus nettement, la forcent à s’arrêter dans une localité plus ou moins distante ; et tout-à-coup le choléra, qui n’existait ni dans cette localité, ni dans ses environs, vient à y éclater. Les premières victimes sont les personnes qui ont eu des relations avec le cholérique , à fortiori celles qui l’ont soigné. Exprimons maintenant notre pensée en termes plus conformes à ce qui s’est passé sous nos yeux , et demandons-nous: si un ou plusieurs cholériques transportés d'un lieu dans un autre, peuvent constituer , dans ce dernier lieu , une sorte d’atmosphère où des personnes valides et non valides puiseront le Choléra ?

Avant de chercher à prouver qu’à l’égard de l’épidémie du Bagne ces diverses hypothèses ont revêtu , sur une bien grande échelle , la plupart des caractères de la réalité , examinons une objection sérieuse que j’ai dû me faire maintes fois. Elle a trait à la proximité du Bagne (ou foyer primitif) et de la salle des fiévreux (ou foyer secondaire) , qu’on pourrait même

appeler foyer ir l , foyer n° 2 , pour ne pas supposer résolue la question en litige, et afin d’adopter simplement l’ordre chronologiqne. Or , il faut l’avouer , l’importation du choléra serait Lien plus évidente si la cause ou l’agent supposé de transmission (le ou les cholériques) venait de loin , et avait franchi une plus grande distance pour se rendre du foyer n° J au foyer n° 2. Fidèle aux principes qui m’ont guidé dans la rédaction de ce Mémoire, je me suis souvent demandé si, en raison de la proximité des deux édifices , il n’était pas plus naturel de penser qu’ils avaient eu tous deux à subir la même influence épidémique , ou que l’apparition du choléra dans la salle des fiévreux s’expliquait par une sorte d’irradiation. Mais comment, dans l’une et l’autre hypothèse, se rendre un compte satisfaisant des faits que je vais citer; comment répondre, d’une manière péremptoire , aux questions suivantes ?

Pourquoi (sans parler des salles de l’hôpital maritime (I) voisines du Bagne, ni du dortoir des sœurs qui , à cela près d’une différence insignifiante (5“75), est placé sur le même alignement que la salle des blessés de l’hôpital du Bagne) pourquoi, dis-je, le choléra a-t-il épargné cette salle de blessés, laquelle est située précisément en face des salles 2 et 3 de l’édifice du Bagne, c’està-dire en face des salles où l’épidémie a éclaté d’abord avec violence , où elle est restée concentrée pendant un mois ?

Pourquoi préfère-t-il envahir la salle des fiévreux , à l’une des extrémités de laquelle on avait été forcé de placer les cholériques , en les isolant ou éloignant autant que possible il est vrai, mais en les laissant, par le fait, dans la même atmosphère; la salle des fiévreux , qui est placée vis-à-vis des salles 1 et 4 du Bagne, où le choléra ne s’est réellement déclaré, sous forme épidémique, que vers les premiers jours de novembre, par conséquent plus d’un mois après avoir exercé ses ravages dans les salles 2 et 3 ? (Voir le plan ou le tracé des localités , au commencement du mémoire.)

(1) Un seul des malades couchés à l’Hôpital maritime, a été pris du choléra, c’était un vénérien; or, les salles affectées au traitement des affections de ce genre sont fort éloignées de l’édifice du Bagne.

Les cholériques de cet Hôpital étaient d’ailleurs traités dans une salle complètement isolée ou distincte.

Or , à peine ies cholériques sont-ils transportés et installés dans cette salle de fiévreux , qu’une maladie identique y apparaît pour la première fois. Chose bien remarquable en effet! nous n’avons pas vu, depuis cinq ans que nous sommes chargé de la direction de ce service , un seul cas de choléra ayant pris naissance dans l’Hôpital du Bagne, pas un seul, je le répète , avant le transport des cholériques. Enfin , après l’isolement de ces derniers , isolement qui a été effectué un mois avant la cessation de l’épidémie , un seul fiévreux a été atteint: (le nommé Lc.moine , ou n° 9 , car le nommé Manceaux peut être retranché du tableau. — Y. page 76.)

On objectera sans doute que le motif qui a guidé la maladie, dans cette triste préférence pour ia salie des fiévreux, est bien facile à comprendre si l’on a égard à l’état plus prononcé de débilité ( I) où se trouvaient ces derniers. Quelques mots suffiront pour renverser cette objection. Après avoir rappelé unefoispour toutes que le plus grand nombre des victimes de l’épidémie a été fourni par des hommes très robustes, tandis que les incurables ou invalides, presque tous âgés et d’une faible constitution, ont été pour ainsi dire épargnés ; après avoir fait observer que parmi nos blessés (dont le chiffre était trois fois moindre , il est vrai , que celui des fiévreux) , je comptais huit scrofuleux en traitement pour des caries multiples, adénites, ulcérations, etc., ainsi que plusieurs hommes ayant long-temps séjourné au lit par suite de lésions ^traumatiques graves ; je dirai que les premières personnes atteintes, dans la salle des fiévreux, ont été précisément des hommes valides et d’une bonne constitution. Fort peu accessibles à la peur, tous s’étaient fait remarquer par leur zèle, leur dévouement ; tous avaient donné des soins assidus aux cholériques ; tous enfin avaient été plongés, d’une manière presque permanente, dans la même atmosphère ; il s’agit

(1) Loin de moi la pensée de nier l’influence qu’exerce sur l’invasion du choléra , l’état de débilité où se trouve le sujet : il suffit de consulter le tableau, p, 76, pour se. convaincre du contraire. Mais rien ne peut infirmer ou détruire le fait suivant : quoique très valides , les servants appelés à soigner les cholériques ont contracté le choléra, avant les malades fiévreux, plus ou moins débilités, qui étaient placés dans la meme salle , dans la même atmosphère , à une certaine distance toutefois .

(les infirmiers, en un mot(J ). Et pour qu’on ne puisse pas arguer de l’effet du hasard qui aurait fait tomber les premiers coups sur les infirmiers, j’ajouterai que le premier malade delà salle des fiévreux n’a été atteint que le 19 Octobre : — Or, à cette époque , cinq infirmiers avaient été frappés et trois étaient morts , comme le prouve la liste suivante :

1° GCÉGUEN, Pierre , très gravement atteint , le 30 Novembre ou troisième jour de l’épidémie, et par conséquent du transport des cholériques dans la salle des fiévreux; guéri.

2° LECLERC , Jean, atteint le 2 Octobre , a midi , ou cinquième jour de l’épidémie; mort le même jour, a dix heures du soir.

3° GOURAUD, Alexis, infirmier de la pharmacie, ayant passé plusieurs nuits près des cholériques , la dernière entr’autres ; atteint le il Octobre ou le quatorzième jour de l’épidémie; mort le 14 du même mois.

4° LEFÈVRE, Charles, très gravement atteint le 13 Octobre ou le seizième jour de l’épidémie; guéri.

5° GONNET, Michel, atteint le 16 Octobre ou dix-neuvième jour de l’épidémie; mort le 17 Octobre.

Le sixième infirmier de la salle des cholériques a été atteint le 20 Novembre, et a succombé le 31.

Ne semble-t-il pas que le rapprochement des cholériques , et les relations habituelles, multipliées, auxquelles les infirmiers sont soumis, aient été plus immédiatement dangereux pour eux que le séjour permanent dans la même salle ne l’a été pour les malades fiévreux, puisque ceux-ci ne furent atteints qu’ultérieurement , malgré l’état défavorable de leur santé ?

Des personnes valides , autres que les infirmiers , ont eu à subir aussi , mais plus tard , les funestes effets du séjour dans la salle des fiévreux et cholériques : Je veux parler des garde-chiourmes ou surveillants des forçats. Comme je l’ai déjà dit, trois d’entre eux ont été atteints, et tous les trois pendant leur garde, tandis qu’avant de la prendre, ils jouissaient d’une bonne santé. Ces faits sont incontestables ; ils se sont passés sous nos yeux et ont eu plus de cinquante témoins. Le nommé

(J) On a observé des exemples analogues, a l’Hospice Civil de Brest. — rapport du Comité d’hygiène, journal l’Océan, 28 Janvier 1850.

Raoult est forcé de quitter son service vers six heures du matin, pour entrer à la salle des cholériques (salie 13), le 1.9 novembre, et meurt le lendemain. Le nommé Bérard a fourni le sujet d’une observation tout-à-fait analogue : entré le 1er Décembre, il succomba aussi le lendemain.

Le nommé Lecorre est également pris du choléra, pendant son service, quoiqu’à un degré moins intense que les précédents.

Deux de ces trois hommes, les nommés Bérard et Lecorre, appartenaient au poste même de l’Hôpital du Bagne, composé de dix hommes montant la garde tous les seconds jours. Le nommé Raoult faisait partie des neufs gardes fournis quotidiennement à l’Hôpital, pour le service de nuit.

Si nous comparons ce qui s’est passé au Bagne même , ou dans le foyer primitif de l’épidémie, nous voyons que sur 44 hommes de garde chaque nuit, trois ont été atteints, et que tous trois ont survécu.

Parmi les adjudants, deux sont tombés malades ; même terminaison heureuse.

Si l’on veut bien maintenant se rappeler les propositions ou hypothèses dont il est question à la page 60, on reconnaîtra peut-être que je me suis efforcé d’apporter à l’appui de leur démonstration un certain nombre de preuves.

Loin de moi d’ailleurs la ridicule prétention de décider à tout jamais si le choléra est contagieux ou non. J’ai voulu seulement examiner la question sous toutes les faces favorables ou défavorables aux deux opinions mises en présence , l'influence épidémique et la transmission , afin qu’on pût juger avec impartialité quelle est celle de ces deux hypothèses qui se prête le mieux à l’explication des faits.

Toutefois je déclare ici formellement me renfermer dans les limites de l’épidémie que j’ai observée au Bagne en I8fi9 ; anti-contagioniste ou anti-infectioniste , à une époque antérieure , j’ai senti mon opinion s’ébranler à l’occasion de cette épidémie ; mais je me réserve le droit d’interpréter , d’une manière différente ou même opposée, des faits différents ou contraires qui viendraient à se produire ultérieurement.

H est vraiment digne d’intérêt d’étudier les épidémies , sous le rapport de leurs caprices apparents , de l’espèce de prédilection qu’elles affectent pour telle ou telle localité , sous le rapport enfin de leurs propriétés contagieuses ou non contagieusieuses. Je ne puis m’empêcher de relater , à cette occasion , les faits suivants que j’ai observés à diverses époques :

-1° Lorsque j’étais chargé , comme Médecin-Professeur , du service des salles 8 et JO de l’Hôpital Maritime de Brest, à partir de Janvier J 859 jusqu’en Octobre J 842 ;

2° Depuis que je dirige l’Hôpital du Bagne (blessés et fiévreux);

5° Dans quelques autres circonstances mentionnées ci-dessous.

En 1840 et J 84-1, la fièvre typhoïde sévit d’une manière épidémique sur le 21e régiment de ligne, caserné au Château ; elle épargne le 2e régiment de marine, ainsi que les autres militaires logés au Quartier de la Marine , édifice situé à l’autre extrémité de la ville de Brest , dans un point presque diamétralement opposé au Château.

Peu de temps après , une épidémie de méningite cérébrospinale (1) vient décimer ce même régiment d’infanterie de marine , que la fièvre typhoïde avait épargné , et se contente de faire quelques rares victimes dans le 21 e , et parmi les marins à terre ou sur rade.

En J8â9 , le typhus (voir p. 44) éclate au Bagne de Brest, tandis qu’il n’existe, en ville, que des fièvres typhoïdes.

En 1856 et au commencement de 1857 , la fièvre typhoïde enlève à l’équipage du vaisseau Yléna , une soixantaine d’hommes, en choississant les plus robustes (2). Et chose digne de remarque! pendant plus d’une année , ce vaisseau porte et conserve dans ses flancs, la fièvre typhoïde , tandis qu’à côté de lui , un vaisseau (le Santi-Pétri ) , avec lequel il a toujours navigué de

fl) La plupart de ces malades ont été confiés aux soins éclairés de Monsieur Qüoy, premier Médecin en Chef, alors que j’étais Médecin- Professeur.

(2) 45 avaient succombé , lorsque je fus appelé à remplir les fonctions de chirurgien-major.

conserve, jouit d’une parfaite immunité. Cependant le Sanii - Pétri avait été armé dans le même port, et son équipage se composait des mêmes éléments, c’est-à-dire d’hommes recrutés dans les mêmes localités, offrant des conditions presque identiques sous le rapport de l’àge , de la constitution, etc.

Au port de Cherbourg, en 1840 et 1847 , l’infanterie de marine paye un funeste tribut à la fièvre typhoïde , qui prend droit de domicile dans une ancienne caserne , peu spacieuse , il est vrai, et située sur le prolongement de la rue de F Abbaye. Le régiment d’infanterie de ligne, logé ailleurs, échappe à l’influence morbifique !

Terminons en déclarant que dans aucun de ces cas , les malades transportés hors du foyer épidémique n’ont fourni d’exemple de contagion ou de transmission , ce qui ne veut nullement dire qu’on ne puisse en observer dans d’autres circonstances.

TRAIT EM EN T PROPII YLAC TIQUE .

Je ne passerai pas en revue les causes dites prédisposantes dont j’ai fait l’énumération en temps opportun.

11 suffit de dire que l3 hygiène publique et V hygiène privée jouent le plus grand rôle, dans la prophylaxie.

Malheureusement , lorsqu’il s’agit d’hommes condamnés , et dont la séquestration importe autant à la société, il est plus facile d’indiquer les mesures à prendre que de les exécuter.

Une surveillance incessante , des règlements auxquels nulle modification ne peut être apportée, sont autant d’obstacles insurmontables.

La prudence commande d’isoler les cholériques, de les placer dans une salle distincte, aussi éloignée que possible des autres malades ; de ne pas accumuler un trop grand nombre d’hommes atteints de l’épidémie , surtout dans un étroit espace ; de renouveler fréquemment l’air , de le désinfecter à l’aide des chlorures , etc. On a aussi recommandé de jeter promptement et même d’enfouir les matières évacuées par les cholériques.

Je me borne à citer rapidement les conseils donnés par la plupart des auteurs classiques : alimentation réparatice, tonique, non excitante, et composée plutôt de viandes faciles à digérer,

fl W"

que (le végétaux; s’abstenir de boissons froides ou y lacées , et de toutes les substances liquides ou solides qui peuvent provoquer la diarrhée ; éviter les excès et toutes les causes débilitantes (saignées* répétées) , purgatifs, etc., etc.

Je n’ai rien à prescrire aux personnes que retiennent , près des victimes du fléau, les devoirs sacrés de leur profession, ou les nobles sentiments qu’inspirent l’affection et la parenté. Je me borne à dire aux autres , qu’elles n’ont rien à craindre du contact , meme immédiat , des cholériques , mais qu’elles doivent éviter de séjourner dans la même pièce , d’une manière trop prolongée, surtout la nuit ; qu’elles doivent en sortir, par conséquent, à certains intervalles, pour respirer l’air extérieur.

Que n’a-t-on point proposé , en fait de médicaments , à titre de prophylactiques ? Citons seulement : le chlore, les hypoehlorites alcalins , le quinquina soit seul , soit associé au café, le sulfate de quinine, (Delfrayssé , Un. Med . 5 Juin J 849 ; Duchesne-Duparc, Acad, des Sc. 9 Juillet 4 849) ; les lotions générales et surtout abdominales avec hypochlorite sodique étendu d’eau (Morliëre , Gazette Médicale 48 Août 4 849), le camphre, etc.

Traitement suivi à f'Ilôpitul du Bagne.

Les malades étaient placés, dans un lit préalablement chauffé, et entre deux couvertures de laine ; puis entourés, pour ainsi dire , de vases d’étain contenant de l’eau très chaude.

J’ai usé quelquefois de ce moyen, qui m’a paru augmenter, sans

bénéfice réel, l’anxiété à laquelle les malades étaient en proie.

* Mêmes réflexions à l’égard des bains généraux sinapisés, qui pourraient être utilisés dans des cas moins graves que la plupart de ceux offerts à notre observation.

J’ai eu recours aux frictions diverses , ou avec flanelle sèche, ou avec liniments cantharidés, camphrés, ammoniacaux, Iaudanisés, etc. (!)

(1) J’avais souvent employé, en 1832, le liniment de petit et le repassage de la région spinale ; j’ai a peu près renoncé depuis , à l’emploi de ce moyen qui fait subir au malade des changements de position, souvent préjudiciables.

Bains

d’aii' chaud.

Excitants cutanés, rubéfiants, etc.

Boissons

diverses.

C'est ici le lieu de parler d’un moyen puissant , mis en usage par tous les médecins , des sinapismes , en un mot. Nous les avons fait promener sur presque toute la surface du corps, en commençant par les cuisses ; on entourait ensuite les mollets, les pieds et successivement les bras, les avant-bras, ils étaient même primitivement appliqués sur l’épigastre, sur l’un ou l’autre hypochondre , sur la région précordiale , etc. , suivant la localisation de la douleur. Il est inutile d’ajouter qu’on diminuait leur force en mélangeant de la farine de graine de lin, dans la proportion d’un tiers , et même de moitié , lorsque l’exaltation de la sensibilité générale l’exigeait.

La marche de la maladie était ordinairement trop rapide pour qu’il fût permis de compter sur l’efficacité des vésicatoires. Je n’ai eu recours à leur emploi que dans le cas où l’affection ayant une certaine durée , on pouvait les substituer aux sinapismes, soit à la face in terne des cuisses , soit à l’ épigastre , soit à la région précordiale , etc. Il fallait , d’ailleurs , pour obtenir une action complète et le soulèvement de l’épiderme, les laisser longtemps en place ou renouveler sur le même lieu l’application des cantharides. Enfin, lorsque l’affection était de médiocre intensité , on avait recours quelquefois , dès le début , au moyen précité. Un large vésicatoire à l’épigastre a paru agir favorablement contre l’anxiété , dont la région était le siège , contre les nausées , les vomissements y etc.

Infusion de mélisse, thé, punch léger, etc. Malheureusement, les malades refusaient presque toujours les liquides chauds, et demandaient avec instance de l’eau froide. Celle-ci leur a été assez souvent accordée , mais on a plus spécialement insisté sur l’usage de la glace , par petits fragments , que la plupart des cholériques prenaient avec plaisir. Quelques autres préféraient l’eau de Seltz ou la bière coupée avec un tiers d’eau.

On a toujours recommandé de donner à la fois une petite quantité de liquide ; les potions ont été aussi administrées dans le moins de véhicule possible. On s’entourait de toutes ces précautions, afin de permettre le séjour dans la cavité gastrique, des divers médicaments ingérés. Leur dose était, d’ailleurs, no-

lablement élevée , en raison même de la difficulté de leur ab^ sorption et de la fréquence des vomissements.

Dans la plupart des cas de choléra algide , j’ai fait donner, dès le principe , des potions : avec éther 2 à 4 grammes , eau de menthe 4 00 grammes, eau sucrée 200 grammes, aromatisée avec sirop de fleurs d’oranger. Ces potions ont été réitérées suivant l’occurence, et aussi souvent qu’elles étaient rejetées par le vomissement: on ajoutait surtout aux premières, de 1 à 5 grammes de laudanum. En général , je faisais cesser l’usage des opiacés, aussitôt que possible, dans la crainte de favoriser l’apparition du coma lors de la réaction.

Au commencement de l’épidémie , j’ai fréquemment administré l’acétate d’ammoniaque à la dose de 15, 20, 50 grammes ; mais je lui ai bientôt substitué l’ammoniaque liquide à la dose de 10, -15 et même 50 gouttes , en potion avec eau de menthe 4 00 grammes , etc.; et plusieurs fois par jour, suivant les indications à remplir. Je dirai cependant que les potions à l’ammoniaque inspirent presque toujours de la répugnance aux malades.

J’ai aussi essayé , dans une dixaine de cas , et sans influence favorable bien manifeste , le bi-carbonate de soude à la dose de 40, 4 2 et 4 5 grammes.

Ce sesqui-chlorure ayant été préconisé pour favoriser la réaction, je l’ai administré à la dose de 0,25 tous les quarts d’heure , jusqu’à 4 à 5 grammes , terme moyen. Mais ayant plus de confiance dans l’éther , l’ammoniaque , je n’ai eu recours au moyen précité qu’après leur emploi infructueux , et pour ainsi dire en désespoir de cause : il s’est montré aussi impuissant alors , que les médicaments qui l’avaient précédé.

Dans les cas de cholérine ou au début du choléra , plus rarement dans le choléra algide , j'ai employé l’ipéca , soit seul , soit associé au sulfate de soude. Dans les deux premières circonstances , j’ai compté quelques succès incontestables.

La nature des évacuations était modifiée , leur nombre diminuait , une douce réaction se déclarait. Dans le choléra algide ,

Ether.

Eau de Menthe.

Laudanum.

Acétate

d’ammoniaque.

Bi -carbon ale de soude.

Sesqui-chlorure de carbone.

Ipécacuanha.

Sulfate de soude*

Calomel.

Charbon.

Charbon et soufre.

Saignée

générale.

Saignées

locales.

Contre

les

vomissements.

l’ipéca a presque toujours échoué. Le calomel a aussi été essayé dans quelques cas de moyenne intensité : chez deux hommes entr’autres , il a réussi à changer la teinte des selles qui sont devenues vertes : la convalescence a d’ailleurs marché rapidement. J’avais déjà employé, en 1852 , avec quelque avantage , la méthode évacuante.

N’ayant rien obtenu du charbon, à une autre époque, je me suis abstenu de l’essayer de nouveau. Je l’ai associé au soufre, en 1849, et n’ai pas été plus heureux.

On n’a point fait usage , dans le cas de choléra algide , de la saignée générale.

Le pouls m’a toujours semblé trop faible alors , trop insensible pour permettre de songer à ouvrir la veine. J’ai utilisé ce moyen lorsque la réaction dépassait les limites voulues , et que le pouls devenait plein et fréquent. J’avais été moins avare de la saignée générale, en 1852, dans le traitement d’un certain nombre de cholériques du département des Côtes-du-Nord (Lézardrieux , Ploudaniel, etc.); mais j’y étais assez souvent autorisé par l’état du pouls qui disparaissait moins rapidement que chez les cholériques du Bagne. J’ai vu même , à cette époque, le sang qui sortait en bavant, lors de l’ouverture de la veine, s’écouler plus facilemeut ensuite , et former quelquefois un véritable jet : la circulation semblait, en un mot, se ranimer sous l’influence d’un moyen qui aurait dû produire une dépression profonde des forces. Quoiqu’il en soit , l’emploi de la saignée générale , dans le choléra algide , exigera toujours beaucoup de circonspection.

À l’époque que je rappelle ici , j’ai fréquemment eu recours à quelques applications de sangsues à l’anus , à l’épigastre , aux ventouses scarifiées sur ce dernier point ou sur la région précordiale. J’ai été plus sobre , en J 849 , de l’emploi de ces moyens.

Potions opiacées ou laudanisées , éthérées (le plus ordinairement éther et laudanum associés), belladonées (extrait alcoolique de belladone, 0,4 5, 0,20, deux ou trois fois par 24 heures).

Sinapisme à l’épigastre , vésicatoire sur la même région , emploi des sels de morphine par la méthode endermique, potion de Rivière, eau de seltz, sous-azotate de bismuth, etc.

Assez fréquemment la plupart de ces moyens ont échoué , surtout les trois derniers.

L’application d’un sinapisme pur ou d’un large cataplasme fortement sinapisé , recouvrant toute la région épigastrique , a été quelquefois d’une incontestable efficacité , sinon toujours pour arrêter définitivement , au moins pour suspendre le hoquet et procurer aux malades un moment de repos ou de calme.

Quarts de lavements laudanisés à 0,75, réitérés lorsqu’ils avaient été rendus presqu’immédiatement ; terme moyen, les malades en ont pris de 2 à h dans les premières heures. Lorsque la diarrhée persistait , et c’est ce qui a eu lieu plusieurs fois , on recourait aux quarts de lavements, avec addition d’azotate d’argent de 0,25 à 0,50, puis à des quarts de lavements astringents, avec extrait de ratanhia (4 à 8 grain.), ou acide tannique 4 à 2 gram et plus. En dernière analyse, l’azotate d’argent m’a semblé un des moyens les plus puissants pour diminuer le nombre des selles ; mais, lors même que ce but était atteint, le cholérique courait encore de grands dangers.

On a usé de divers liniments (ammoniacaux , camphrés , laudanisés, etc.). On n’a point fait usage du chloroforme ni des armatures métalliques de Burq.

J’ai déjà dit, précédemment, dans quelles circonstances la saignée générale avait été pratiquée. C’était surtout lorsque le pouls prenait du développement , de l’ampleur, lorsque la face devenait rouge, vultueuse avec céphalalgie, imminence de con* gestion cérébrale , etc. Plusieurs fois , alors , des applications plus ou moins réitérées de 12 à 16 sangsues aux mastoïdes , ont modéré ou fait disparaître la céphalalgie, et agi d’une manière favorable. Plus tard , on avait recours aux vésicatoires placés sur la partie interne des cuisses.

Contre

les

vomissements.

Contre le hoquet.

Contre la diarrhée.

Contre les crampes.

Traitement tle la période de réaction.

Café.

Sulfate de quinine.

Chlorure de sodium.

Bi-carbonate de soude,

Purgatifs.

Convalescence.

Régime.

En définitive , la congestion vers l’encéphale et la forme comato-typhoïuc ont été fréquemment observées , lorsque la réaction pouvait être obtenue : presque tous les malades s’en sont tirés heureusement, quand il n’existait qu’une congestion modérée vers le cerveau et ses membranes. L’assoupissement était en général plus prononcé le soir que le matin , ce qui n’a rien d’extraordinaire :1e café m’a semblé quelquefois alors ne pas être dénué d’une certaine utilité ; il n’avait pas produit d’effet bien avantageux dans la période de cyanose.

Dans quatre cas surtout, la forme intermittente ou rémittente, assez nettement caractérisée , nous a conduit naturellement à l’emploi d-u sulfate de quinine. Il est difficile de ne pas faire honneur de ces quatre succès au médicament précité.

J’ai employé aussi, une quinzaine de fois r dans la période comato-typhoïde , le chlorure de sodium et le bi-carbonate de soude , dans une quantité de véhicule plus ou moins considérable , suivant l’absence ou la fréquence des vomissements , et à la dose de JO, J 5 et 20 grammes.

Il y a eu souvent coïncidence d’amendement ; mais il faudrait, pour déterminer la valeur réelle de ces deux médicaments, les employer d’une manière exclusive, et sur un plus grand nombre de malades.

Enfin, la constipation ayant le plus ordinairement succédé à la diarrhée, une des principales indications à remplir était de la combattre, d’abord à l’aide de purgatifs doux (calomel , eau de sedlitz) et des lavements avec huile de ricin , sulfate de soude; plus tard, lorsquelle se montrait rebelle, il a fallu quelquefois recourir à des moyens plus énergiques.

J’étais encouragé à persévérer dans cette voie, après avoir remarqué qu’une abondante évacuation de matières alvines déterminait presque toujours un amendement notable des symptômes de congestion cérébrale.

Je crois inutile d’indiquer le traitement à opposer aux inflammations ou congestions des voies digestives , des organes pulmonaires , etc.

Le régime à suivre pendant la convalescence est également connu de tout le monde. On a signalé maintes fois le danger

des écarts que les malades sont si disposés à commettre. Deux des nôtres ont promptement succombé , par suite de l’ingestion d’une faible quantité d’aliments qu’ils avaient pu se procurer, en dépit d’une active surveillance.

J’aurais pu, sans grand avantage pour le lecteur, augmenter considérablement l’étendue île ce Mémoire, en relatant un certain nombre des observations détaillées que je possède, et en indiquant , heure par heure , le traitement mis en usage. Je crois avoir suffisamment exposé , au point de vue pratique , celui qui a trait aux deux périodes les plus graves, algide ou cyanique, et période de réaction avec complications diverses. Quant au traitement des prodromes (période dite prodromique, caractérisée par la diarrhée) , quant au traitement de la période d’invasion réelle ( diarrhée, vomissements et autres symptômes qui précèdent la période algide), on s’accorde, en général, sur l’utilité des moyens suivants que j’ai tous employés moi-même : opiacés (laudanum, extrait d’opium) ; azotate d’argent de 0,25 à 0,50 par quart de lavement ; ou alun, 4 gram., ou extrait de ratanhia de 4 à 8 gram., ou acide tannique de \ à 2 gram, par quart de lavement ; ipécacuanha en poudre à la dose de 1,50 à 2 gram., administré comme vomitif en deux, trois ou quatre fois ; sulfate de soude, sulfate de magnésie , eau de sedlitz, calomel, etc. ; ipéca associé au sulfate de soude, etc.

Rappelons que M. Jules Guérin a été l’un des premiers à préconiser l’ipéca ; ce n’est pas un médicament infaillible, mais il est utile, et d’ailleurs les médecins de la marine lui ont voué depuis long-temps une sorte de gratitude pour les services qu’il rend dans la dysenterie coloniale.

Il serait facile , à cette occasion, de passer en revue presque toute la matière médicale; telle n’est point mon intention. On a essayé , en effet, d’une foule de substances, médicamenteuses et autres : la gravité du mal justifiait d’ailleurs la multiplicité de ces tentatives. Voici la rapide énumération de ces moyens qui sont décrits avec détail, dans la plupart des ouvrages et dictionnaires classiques : moyens calorifères, bains de vapeur par

Traitements divers de la période prodromique et de la période d’invasion.

Traitements divers de la

période algide cyanique ou asphyxique.

la voie humide, par la voie sèche ; excitants cutanés , sinapismes, bains généraux sinapisés ; rubéfiants , vésicants , caustiques ; irritants et stimulants (à l'intérieur) ; toniques ; astringents ; opiacés ; vomitifs ; purgatifs ; antiphlogistiques (émollients, saignées générale et locale , ventouses scarifiées) ; frictions mercurielles ; contro-stimulants, etc. ; sulfate de quinine ; camphre (Rostan), charbon (seul ou associé au soufre) ; éther 5 alcool , punch , arnica , huile de Cajeput ; sulfure et sesquichlorure de carbone ; ammoniaque, sels ammoniacaux ; chlorure de sodium, bi-carbonate de soude ( Raudrimont , Union Méd. 24 Octobre 1849); chlorure de sodium , carbonate de soude et chlorate dépotasse (Dr Steven , Abeille méd. Ier Novembre 1849); injections d'eaux salines dans les veines (Gaz. des Hôp. 9 Juin et 4 0 Juillet \ 852 ; Gaz. méd. numéros 91 et 97, -1855) ; traitement par l’eau froide, la glace et les boissons glacées ; traitement par l’eau chaude ; chloroforme à l’intérieur (Ab. méd. -1" Novembre 1840) , inhalation de chloroforme ; injection, dans le système veineux, d’eau chaude , de gaz protoxyde d’azote ; transfusion du sang ; galvanisme , galvanopuncture, etc. (I).

Citons enfin l’infusion de café ^Bouillaud , Gendrin ) ; la vératrine ; la stychnine , l’arnica associé à la noix vomique (Récamier) ; le guaco , le haschisch , le stacbys anatolica : comme on lésait, ces deux dernières substances ont joui momentanément d’une bien grande vogue.

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