‹ Mémoire sur le choléra-morbus de l'IndeChapitre 1 sur 2 · SCR · texte numérisé non relu

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Les maladies des pays chauds sont en général très aiguës , soit que cela dépende de l’intensité de leurs causes ou d’une plus grande impressionabilité de l’homme dans ces climats. Ce qu’llippocrate avait observé sous ce rapport dans la Grèce, se remarque avec encore plus d’extension* en Asie , en Afi i-

que, etc. Ainsi l’immortel vieillard deCos a dû être le fondateur de la doctrine des crises et des jours critiques , tandis que, dans le nord de l’Europe, la marche plus lente, le caractère moins énergique des maladies, ont pu conduire des médecins, d’ailleurs très instruits , à ne pas admettre cette grande et belle conception. Les maladies des climats chauds sont, en pathologie , ce que sont les grands quadrupèdes et les cétacés pour l’anatomie et la physiologie: ces derniers animaux l’emportent infiniment sur l’homme par leur masse, et les mêmes organes se présentant chez eux dans déplus grandesproportious, permettent d’étudier avec plus de succès leur structure et leurs fonctions. On observe les mêmes rapports entre les maladies des pays chauds et celles des climats tempérés del’Europe. Les fièvres de Madagascar et de Batavia, la dysenterie entre les tropiques, le choléra-morbus de l’Inde, n’ont pas , en Europe, la même violence ni une terminaison si souvent et si promptement funeste ; la fièvre jaune d’Amérique est encore étrangère à la plupart des peuples de notre continent. Je n’en inférerai pas que ces affections pathologiques soient essentiellement différentes de celles de notre climat : mais lorsque nous connaîtrons mieux le caractère et le traitement des maladies équatoriales, nous. acquerrons sans doute des vues nouvelles et plus étendues eu nosographie et en thérapeutique. Cette espèce de médecine comparée se re-

MÉMOIRE sxm LE CHOLERA-MORBUS

commande sur-tout aux médecins voyageurs et navigateurs ; c’est de leurs travaux qu’elle doit retirer son principal éclat. En attendant, réunissons lois faits, rassemblons des matériaux , etpréparons pour l’avenir l’exécution d’un si important ouvrage.

Une maladie plus terrible encore que la fièvre jaune a paru sur les bords du Gangeen 1817 : après avoir dévasté l’Inde et désolé la Perse, elle se montra en Syrie et menaça de porter la destruction jusqu’en Europe (1). Lcsmontagnes, les fleuves, l’Océan lui-même, n’ont pas arrêté sa marche : en effet, elle a régné, dès son origine , sur quelques bâtiments français dans les mersdel’Inde ; elle a pénétré dans nos possessions de Pondichéry, de Bourbon , et elle a attaqué , à Manille, l’équipage d’un de nos bâtiments de guerre. Les mêmes lieux ont encore à craindre de se trouver en proie au même fléau , et les marins des vaisseaux du Roi peuvent désormais le rencontrer sur plus d’un rivage.

Les phénomènes extraordinaires d’une telle maladie, sa grande et prompte mortalité, etla propriété qu’elle manifeste d’envaliir successivement de nouvelles contrées et d’y produire les mêmes désastres; ces considérations m’ont paru assez importantes pourêtre soumises à l’examen et auxméditations des médecins. J’ai donc pris pour sujet de ce mémoire, la maladie des Indes orientales désignée sous le nomdec/io/eramorbus ou mordéchi. L’impression de cet écrit a été retardée par diverses causes : en paraissant plus tôt, il eut peut-etre offert plus d’intérêt.

Observation s particulières- Phénomènes généraux delamaladie-

C’est par l’observation et l’analyse des faits individuels que nous parvenons à connaître les phénomènes distinctifs d’une maladie; et cJest de leur réunion et de leur ensemble , que résulte le tableau le plus exact de toute affection pathologique. Je commencerai donc par rapporter ici quelques

(1) Voyez la carte intéressante de l’itmérairc de cette maladie, tracee par M. Moreau de Jonuès dans son rapport au Conseil supérieur dosante. Voyez le tableau , page 61 3 du tome premier de la 11° partie des Annales

maritimes , 1 S 4 -

DE l’iNDE.

cas isolés, avant de tracer la série des symptômes qui constituent et caractérisent le mordéclii. Les observations qui suivent ont été recueillies, dans l’Inde, par M. Saint-Yves, chirurgien de la marine royale, correspondant du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Je n’en séparerai pas ce qui appartient au traitement , parce qu’il me suffira de rappeler , au besoin, les médicaments qui y sont indiqués; c est observateur qui parle. ,

Première observation. Madame S..., d’un tempérament lymphatique, nerveux, d’une constitution grêle et debile, atteinte d’une affection delà matrice, avait déjeûnele matin, selon sa coutume, avec du riz. Elle éprouva aussitôt une tension à l’épigastre, suivie de tous les symptômes du cliolerarnorbus, qui persistaient depuis dix heures du matin. Je fus appelé à onze heures du soir : cette dame avait été vue par un médecin bengali, qui lui avait fait prendre de l’eau-de-vie; on avait aussi administré, à plusieurs reprises, l’alcool de menthe et l’alcool de lavande , sans plus de succès. Lamalade

avait alors vomi huit fois et avait eu vingt selles ; les déjections étaient involontaires. Voici l’état dans lequel je la tiouvai : douleurs vivesà l’épigastre, soif ardente, avec sentiment d’ustion à l’estomac et dans les intestins, respiration entre-

coupée, face hippocratique , pouls petit, intermittent, presque insensible, crampes dans les membres abdominaux, piostration des forces, immobilité, supination , excepté dans les crampes; extrémités froides, sécheresse de la peau , selles visqueuses, noirâtres. Je prescrivis une potion avec le laudanum et le camphre, à prendre par cuillerée tous les quarts d’heure. Le lendemain matin, le pouls était relevé, la clialeui rétablie, la malade transpirait abondamment, les évacuations étaient suspendues : la même potion fut continuée d heuie en heure. Le soir tout était dans l’état naturel : il y avait eu une selle assez liée ; il ne restait que delafaiblesse ; lamalade prit pour boisson du vin de Madère dans de l’eau. Le troisième jour, convalescence. La malade fut nourrie avec le sagou aromatisé par la cannelle ; on lui donnait , avant de mangei , un petit verre de vin amer.

Deuxième observation. S. L., d’un tempérament bilieux.

très irritable, d’une constitution robuste, de petite stature , menacé d’une affection bilieuse, prend le matin l’ipécacuanha, le soir cinq grains de calomélas, et le lendemain malin vingt grains de jalap , avec deux gros de crème de tartre. Peu après ce purgatif, il est attaqué du cboléra-morbus. A midi, heure à laquelle j’ai été appelé, il avait vomi six fois et avait eu quinze selles; je le trouvai dans l’état suivant : douleurs vives avec tension de l’épigastre, soif ardente , respiration lente, pouls fréquent, dur, petit, crampes douloureuses dans tous les membres, changement presque continuel de position , faiblesse très grande, transpiration abondante. Potion avec le laudanum, le camphre et l’éther. Le soir, le malade se promenait dans son appartement , et n’éprouvait qu’une lassitude générale, avec sécheresse de la bouche et inappétence. Le lendemain , il vint lui-même me voir ; je lui prescrivis l’arrow-root aromatisé avec de la cannelle , et un petit verre de vin amer à prendre avant le repas. L’appétit est revenu et la santé s’est promptement rétablie.

Troisième observation. Mme C., d’une constitution grêle et débile, d’un tempérament lymphatique, avait déjeûné avec du riz sec. Demi heure après , le choléra-morbus se déclare; on administre à plusieurs reprises l’alcool de menthe et de lavande. Je suis appelé à cinq heures du soir. Il y avait eu dix à douze selles. J’observai : vive sensibilité de l’épigastre, nausées très douloureuses, respiration lente, poulsfréquent, petit, changement presque continuel de position. Je fais préparer avec l’éther et l’eau de fleur d’oranger une potion a prendre par cuillerées, chaque demi-heure. A dix heures du soir, violentes douleurs épigastriques, point de vomissements, respiration entrecoupée, pouls petit, sentiment d’ustion dans l’abdomen, soif ardente, crampes dans les membres, prostration , supination, défaillances fréquentes , déjections involontaires, extrémités froides, face hippocratique. Potion avec le laudanum, le camphre et l’éther sulfurique, dont la malade prend une cuillerée tous les quarts d heure. Le lendemain , plus de choléra; faiblesse assez grande, maigreur, pâleur du visage; on permet le sagou aromatisé avec »a cannelle, et après deux jours, la santé est parfaite.

DE i/lNDE.

Quatrième observation. Mllc fl.., d’un tempérament sanguin, d’une constitution robuste, dans l’âge de la puberté, avait été réglée une fois. Après avoir mangé à déjeûner des fruits non mûrs de jujubier, elle fut attaquée des symptômes suivants : épigastre tendu, sensible au toucher; ni vomissements ni déjections alvines; éructations fréquentes; nausées douloureuses; pupilles dilatées, respiration pénible, entrecoupée, pouls fréquent, dur, serré, crampes dans les membres; changement presque continuel de position ; sueurs copieuses; anxiétés. On donne de quart d’heure en quart d’heure une cuillerée de la potion avec le laudanum, le camphre et l’éther, et l’on frictionne l’épigastreavec l’huile camphrée. Les accidents diminuent progressivement, et le soir la malade est beaucoup mieux. Le lendemain matin, on accorde pour aliment du sagou aromatisé avec la cannelle, et l’on conseille, avant le repos, une dose de vin amer. Dans la soirée, la malade a rejeté deux lombrics par la bouche; ce qui a déterminé à prescrire le troisième jour un purgatif vermifuge qui n’a pas faire rendre de vers. La santé a depuis été parfaite.

Cinquième observation. Aux faits que je viens de rapporter j’ajouterai d’autres observations recueillies par M. le docteur Lefèvre , chirurgien-major de la frégate du roi la Cléopâtre , pendant et après sa relâche à Manille. Le g janvier 1822, à deux heures de l’après-midi , le nommé Chevanne, matelot, âgé de quarante-cinq ans, d’un tempérament bilieux, après avoir mangé de la soupe et du bouilli seulement, éprouve subitement des vertiges, et il serait tombé si les personnes qui étaient auprès de lui ne l’eussent soutenu. Aussitôt, vomissements de matières amères et acidesqui irritent le gosier, déjections simultanées et involontaires de matières bilieuses très liquides, efforts considérables dans les vomissements , respiration accélérée, douleur à l’estomac et au ventre, crampes dans les mollets et dans les cuisses , hoquets, spasmes ‘ dans les muscles du pharynx, convulsions générales; il faut six hommes pour tenir le malade; il jette des cris ; le pouls est un peu développé , accéléré, dur ; la sueur inonde tout le corps. ( Potion composée de soixante gouttes de laudanum , quarante-cinq d’éther, trois onces d’eau sucrée, à prendre par

cuillerée, de dix minutes en dix minutes; frictions sèches sur tout le corps.) Il l’ejctte une partie delà potion. (Un demi-lavement avec vingtgouttesde laudanum.) A cinqheurcs, le calme est rétabli, le pouls est moins dur, quoique fréquent; les vomissements et les déjections ont cessé; les douleurs sont supportables; la soif est vive; la sueur continue. (Eau de riz pour boisson. ) Il s’endort à deux reprises , de huit heures à minuit : alors le pouls est faible, le malade est accablé. ( Il prend, de deux heures en deux heures, une cuillerée d’une potion composée de laudanum et d’éther, de chaque quinze gouttes; eau de menthe, un gros; teinture de gentiane, vingt gouttes; eau, quatre onces.) Deuxième jour, le malade a dormi depuis minuit; il a uriné; il se plaint d’nne grande faiblesse; l’appétit se fait sentir. (Trois soupes dans la journée, un peu devin.) Troisième jour, rétablissement complet.

Sixième observation. Henri Caledec , matelot, âgé de quarante-sept ans , d’une constitution faible, usée, éprouve, dans la nuit du icr au 2 février, des vomissements de matières amères et des déjections considérables accompagnées de douleurs vives à l’estomac et au ventre et d’une grande faiblesse.

11 ne prévient personne; je le vois à six heures du matin. Alors, débilité extrême , sueurs froides , traits décomposés, douleur très forte à la région épigastrique et dans l’abdomen, très sensible à la pression ; urines supprimées ; vomissements de temps en temps de matières muqueuses, amères; déjections de mêmes matières peu fréquentes; hoquets; crampes dans les extrémités abdominales et aux mains ; pouls extrêmement petit, accéléré, intermittent; respiration pénible et courte. ( Potion composée de quinze gouttes d’éther et dix de laudanum dans deux onces d’eau sucrée pour une seule dose. ) La potion est rejetée; le malade fait de grands efforts pour vomir. ( Même dose d’éther et de laudanum , à piendie par cuillerées; eau de riz tiède, demi-lavement émollient. ) Les vomissements, les hoquets et les crampes continuent ; la faiblesse est extrême. ( Potion composée de deux gros d eau de menthe, quinze gouttes d’éther etde laudanum , vingt de teinture aloétique, dans trois onces d’infusion de camomille, à prendre par cuillerées, de quart d’heure en quart d heuie ;

frictions sèches sur les membres. A midi; il n’y a pas d amélioration. ( Embrocation d’huile et d’alcali volatil sui la région épigastrique , suivie de l’application d un vésicatoiie deux heures après). A quatre heures , le malade paraît sans ressource; rien n’a produit de soulagement; les traits sont tout-à-fait décomposés; le pouls est imperceptible; la voix nulle : mort à sept heures du soir.

Septième observation. Le nommé Stéphan, matelot, âgé de vingt-six ans , avait déjeûné , comme à l’ordinaire, à sept heures du matin, avecdu pain, du café léger et un sixième de bouteille d’alcool de sucre à vingt degrés, lorsque, à neuf heures , un travail un peu fatigant l’ayant mis en sueur, il monte, dans cet état, à l’air, qui , sans ctre frais, lui fait éprouver dumalaise. A midi, vomissement d’une partie des aliments du matin, à moitié digérés, ensuitedes matières lies amères ; douleur à l’estomac et dans tout l’abdomen ; déjections involotaires et fréquentes de matières muqueuses, semblables à du mucilage de gomme arabique , sans odeur ; faiblesse considérable ; peau dans l’état naturel ; face d un jaune pâle; point de sueur ; le pouls très petit, presque imperceptible ; respiration courte et fréquente; voix faible; difficulté de parler. ( Thé sucré chaud, eau de riz. ) A : deux heures, crampes dans un mollet , qui s’étendent bientôt à l’autre, vomissements et déjections en petit nombre; douleurs vives à l’estomac et dans tout le ventre. (Vingt gouttes d’éther dans un pen d’eau sucrée, que le malade ne vomit pas ; pour boisson, une eau de graine de lin légère, prise par petites portions, un demi-lavement de même nature. ) A trois heures, les douleurs abdominales sont diminuées, mais les crampes sont plus fortes ; elles s’étendentaux orteils et dans d’autres parties du corps, notamment au cou ; elles font jeter des cris au malade, dont la voix est plus faible , et qui se plaint en outre d’éprouver un grand froid. Le pouls n’est pas sensible au poignet; la respiration est courte et précipitée. (Trente gouttes d’éther. ) A quatre heures , un peu de sommeil ; à six heures, le malade est mieux , le pouls et la chaleur sont revenus, les douleurs des membres ont diminué, mais la tête est devenue un peu douloureuse et

MÉMOIRE SUR LE Ci H O LE R A-M O R BUS

ia

pesante; la figure a repris un peu de couleur. Sur les huit heures, évacuation d’urines , qui n’avait pas eu lieu depuis l’invasion. Deuxième jour, le malade a dormi ; il n’éprouve qu’un peu de fatigue. Convalescence.

On voit que ces observations ont beaucoup d’analogie avec celles que M. Deville a communiquées à l’académie royale des sciences. Maintenant, je présenterai le résumé des symptômes du mordéchi, d’après les faits que jeviens de citer et les rapports de différents médecins qui ont observé cette maladie dans l’Inde, à l’île de Bourbon et sur les vaisseaux du roi.

Invasion soudaine et sans prodromes ; souvent après le repas et pendant la nuit, céphalalgie, gastralgie 5 vomissements d’abord de matières alimentaires , !puis bilieuses et enfin séreuses , muqueuses; déjections répétées , involontaires, de couleur grise, blanche, rarement jaune ou noire; tension del’épigastre, dépression de l’abdomen; soif ardente, sueurs visqueuses ; pouls petit, serré, concentré ; anxiétés, crampes , supination, convulsions, trismus, raideur tétanique, décomposition du visage , refroidissement des extrémités, du tronc; hoquets, syncopes , imperceptibilité du pouls etdesbattements du cœur ; voix faible et rauque ; respiration rare; cessation de la vie.

Il résulte de l’histoire de cette maladie, qu’elle débute par un état spasmodique assez violent pour donner quelquefois la mort en deux, quatre ou six heures, et même en quelques minutes, si le malade n’est pas secouru ; tandis que tous ces accidents peuvent céder presque instantanément à la prompte administration des antispasmodiques et des anodins. Cet état de spasme et de concentration ne s’étend guère au-delà de douze heures, quoi qu’on l’ait vu se prolonger pendant plus d’un jour, des malades ayant encoreété guéris après ce terme parle seul effet des remèdes que nous venons d’indiquer. Sa durée varie selon le degré d’intensité. La marche de la maladie est parfois plus lente qu’au Bengale, à en juger par les observations faites à Bourbon et sur les vaisseaux à la voile. L’état spasmodique ou de concentration est sur-tout caractérisé par le refroidissement; il est d’au tant moins dangereux que

le corps est moins froid. Lorsque le mouvement de réaction,

DE 1,’lNDE.

d’expansion ramène la chaleur à la surface , le spasme a cessé; ou sent qu’il faut alors renoncer à l’emploi des antispasmodiques et des moyens analogues.

Les accidents choléri tiques proprement dits diminuent avec le retour de la chaleur; mais si les forces sont abattues , si le ventre est tendu et douloureux, si les selles sont de mauvaise qualité, s’il survient de l’assoupissement, du délire, le malade meurt du quatre au cinq. Lorsque, au contraire , les douleurs abdominales sont plus modérées, la respiration plus facile, lorsque la chaleur se ranime, et que le malade prend progressivement un peu de repos, la maladie se termine heureusement du six au sept; rarement elle dépasse ce terme.

En général, le pronostic de cette maladie ne peut être que fâcheux; et cependant la diminution des douleurs abdominales, des vomissements et des selles, le rétablissement de la chaleur, une douce moiteur, un sommeil paisible, la sortie de l’urine, des déjections teintes de bile, sont des signes très favorables. Au contraire, les vives douleurs d’entrailles, des évacuations excessives, la suppression de l’urine, le coucher en supination, le hoquet , les vertiges , le coma, les convulsions , les syncopes, la faiblesse et la raucité de la voix, le refroidissement du corps, l’insensibilité du pouls, sont du plus mauvais augure.

Etiologie.

On a cru que la dernière épidémie du Bengale avait été jusqu’alors étrangère à ce pays. Cette maladie y est pourtant connue des naturels sous le nom de monléchi , et des Euro péens sous celui de mal de chien. Bontius ( de rnorbis Indorum ) la considéraitcomme une affection fréquente dans ces contrées : etiam choiera hic familiariterœgros infestai. Sui van t Del lou, médecin français, qui a long-temps séjourné dans l’Inde, cette maladie y règne fort souvent et donne la mort en peu d’heures. Le docteur Lind dit que le mordéchi est commun et très dangereux aux Indes orientales. Enfin une épidémie analogue paraît avoir eu lieu au Bengale en 1762. Ses symptômes les plus funestes , dit le Bègue de Presle , étaient des vomissements continuels d’une pituite'ou flegme

épais, blanc et transparent , accompagnés de selles très fréquentes. Elle fit périr trente mille nègres et huit cents Européens. •

Il estaussi difficile qu’il serait important de pouvoir déterminer, d’une manière absolue, les causes des maladies. Celle dont il s’agit ici a déjà fait concevoir à ce sujet les idées les plus contradictoires. Pour qu’une multitude d’individus soient en même temps attaqués du même mal, il faut sans doute que les causes qui leproduisent soient générales, ou du moins communes à une grande partie de la population. Voilà pourquoi on a dû attribuer principalement les épidémies à la constitution et aux influences atmosphériques, qui de toutes les causes morbifères sont en effet celles auxquelles l’homme est le plus généralement exposé.

Une température élevée a toujours paru une des conditions indispensables du choléra-morbus , au moins épidémique; mais le mordéchi s’est montré dans l’Inde , en Perse , en Syrie, etc., presque indépendant de la chaleur de l’atmosphère. C’est un premier signe qui le distingue du choléra-morbus , qu’on observe plus communément en Europe , pendant les chaleurs de l’été et de l'automne. Au Bengale, on a cru d’abord que la chaleur humide, pendant la saison des pluies, eu pouvait être la cause, parce que c’est à cette époque qu?il a commencé ses ravages; mais alors les Européens en auraient sur-tout été victimes, tandis qu’il a commencé par attaquer les naturels. Cette maladie n’a d’ailleurs éprouvé aucune interruption dans son cours; elle a continué de régner pendant l’hiver de 1817 à 1818, et, après la cessation des pluies, ellea fait de nouveaux progrès et s’est montrée encore plus redoutable. Au reste , la chaleur peut être plus forte et les pluies plus abondantes en ce climat, sans donner lieu à l’explosion d’une telle épidémie.

La nature du sol. les émanations marécageuses, ne sont pas non plus des causes directes et nécessaires du mordéchi. Ou assure qu’il tire sa première origine des bords fangeux du Gange ; mais depuis il s’est reproduit et il a sévi dans des lieux élevés, secs et sans eaux stagnantes.

On a aussi cherché le principe de cette maladie dans la

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nourriture des Indiens, et particulièrement dans la mauvaise qualité du riz , qui est leur principal aliment. En effet , la récolte du riz avait été mauvaise l’année de son apparition, et nette semence ne s’était pas trouvée de bonne qualité. Ce qui semblait autoriser cette opinion, c’est que les Européens étaient alors épargnés : mais ceux mêmes qui ne mangeaient pas de riz, furent atteintspar la suite, et l’épidémie continua après une nouvelle récolte de ce graminée.

Dans cette incertitude, on a encore accusé la sophistication de l’huile. Les Bengalis sont de mauvaise foi et très cupides : depuis quelque temps, on avait fait une très grande quantité d’huile de palma-christi , qu’on ne put vendre, même à vil prix 5 les marchands, pour s’en débarrasser, la mélangèrent, dit-on, avec les autres huiles destinées aux besoins domestiques, et sur-tout avec l’huile de moutarde, dont les indigènes font un usage journalier ; mais ce soupçon n’a pu être confirmé.

Quoi qu’il en soit , la manière de vivre des Indiens et des Orientaux est bieu de nature à avoir contribué à la production de cette maladie. On sait que les premiers s’abstiennent constamment de la chair des animaux; quelques-uns pourtant mangent parfois du poisson. Leurs alimentsse composent essentiellement de végétaux et de fruits qui n’ont pas toujoursatteint leur maturité. Le riz sec est la base de leur nourriture : ils y joignent presque toujoursuu kari deplantespl us ou moins froides, qu’ils aiment beaucoup. Ils recherchent les fleurs, les tiges et les racines de plusieurs espèces de nymphæa, le cœur du bananier , ses fleurs, ses fruits verts , etc. Ils ne font qu’un ou deux repas chaque jour; etcommeleurs mets sont peu nourrissants, ils en prennent unegraudequantité. Il est vrai que leurs aliments sont ordinairement assaisonnés de beaucoup d’épices et d’aromates, qui corrigent, jusqp’àun certain point, la qualité froide des végétaux dont se composent leurs repas; mais le trop fréquent usage de ces substances âcres et échauffantes, doit aussi stimuleret irriter enfin la membrane muqueuse de l’estomac. L’eau est en même tempsjla seule boisson des bengalis, et particulièrement celle du Qange, lorsqu’ils peuvent s’en procurer, quoiqu’elle soit

toujours chargée de iimon. Ou sait que le Koran interdit aussi aux Musulmans l’usage du vin et des liqueurs spiritueuses.

Oe n’est pas, sans doute, la nourriture essentiellement végétale, ou la privation de la chair des animaux, ni des boissons fermentées, qui ont fait contracter aux Européens le choléra-moi bus de l’Inde ; mais , outre que, proportionnellement , iis en ont été atteints en moins grand nombre , les uns vivent avec les naturels et suivent leurs habitudes; d’autres, usant de tout avec modération, observent en quelque sorte un régime mixte, et ceux-ci ont été presque tous épargnés.

La nature et la quantité des aliments peuvent donc être les causes déterminantes de cette maladie , et souvent on la voit succéder immédiatement à leur ingestion. D’un autre côté, quoique je n’accorde à la chaleur humide de l’atmosphère qu’une part indirecte à sa production, je n’en dirai pas autant de la température propre des individus, et del’influence d’un air relativement froid dans certaines circonstances. Les Indiens sont en général mal vêtus , mal logés, et couchent presque sur le sol. Leurs corps, dilatés par la chaleur, n’en sont que plus exposés, dans ces climats , à éprouver les désordres graves que peut occasioner la réfrigération subite de l’enveloppe extérieure. Ce n’est pas sans fondement que la suppréssion delà transpiration passe pour une des causes les plus habituelles des maladies dans les pays chauds; et elle ne contribue pas peu , sans doute , à occasioner et à entretenir les flux dysentériques , affections les plus communes et les plus meurtrières dans ces contrées, et qui ne sont pas sans rapport avec le choléra-morbus lui-

même. On connaît l’étroite sympathie qui existe entre la peau et la membrane muqueuse gastro-intestinale: le refroidissement de l’air, sur-tout lorsqu’il succède à une température élevée, fait contracter la surface du corps, refroidir les liquides à l’intérieur, et le spasme de la peau se transmet à tout le système, avec un frisson et un tremblement universels. C’est ainsi qu’apres avoir long-temps étudié les causes du tétanos idiopathique, on s’est vu forcé de reconnaître qu’une simple

fraîcheur, lu plus léger mouvement dans l’air , pouvaient produire ou aggraver cette maladie. Mais qui peut d’ailleurs rendre un compte satisfaisant des qualités que l’air paraît acquérir dans certains cas? Nous connaissons en général ses propriétés physiques; mais nous ignorons presque complètement de quelle manière il peut coopérera la production de certaines maladies.

Ainsi , l’impression d’un degré quelconque de froid, qu’il provienne de l’abaissement de la température, du défaut de vêtement, ou d’une habitation mal close; des aliments indigestes, âcres; des végétaux crus et non mûrs; l’usagedel’eau oure et froide en boisson et en bains; les excès vénériens, et l’exposition à l’air froid et humide de la nuit, en excitant un spasme primitif à la peau, et en affectant concurremment les voies digestives, ont été les causes déterminantes de cette épidémie meurtrière.

Physiologie pathologique.

La religion des ïndous, et leur respect pour les morts, ne permettent pas de se livrer, au Bengale, à des recherches nécroscopiques sur les indigènes. Cependant, les médecins anglais ont fait des ouvertures de corps, et voici les principales altérations qu’ils ont rencontrées. Il y avait au cerveau une véritable congestion ; les sinus et les veines étaient gorgés et distendus par un sang noir, et quelquefois même il était répandu en nappe sur toute la masse cérébrale ; quelques parties des poumons avaient aussi contracté un premier degré d’hépatisation , et leur face postérieure était ordinairement d’une couleur brune foncée.

L’état de l’estomac et des intestins variait , selon que la mort avait été plus ou moins prompte. Dans le premier cas, le changement était peu remarquable; la membrane muqueuse était comme injectée par la dilatation de ses vaisseaux , et s’il se trouvait quelques taches à sa surface, elles étaient superficielles, et on les faisait disparaître facilement.

Lorsque la maladie avait été plus longue, la phlegmasie

l*’ MEMOIRE SUR LE CIIOLE R A-M0RBtTS

était plus caractérisée ; les taches brunes ou noires ne pouvaient plus être effacées, et paraissaient intéresser l’épaisseur des tuniques.

Les gros intestins étaient constamment pâles : on ne trouvait aucune trace de bile dans le canal alimentaire ; mais on assure avoir vu souvent sa paroi interne couverte d'une matière visqueuse qu’on a cru pouvoir comparer à l’argile.

A l’î le Maurice, M. Guillemeau rend ainsi compte de ses remarques nécroscopiques : encéphale sain , poumons dans l’état naturel , cavité droite du cœur pleine d’un sang noirâtre, cavité gauche vide. L’estomac a présenté diverses altérations ; ses vaisseaux. étaient injectés , ou 'il était phlogosé ; la membrane muqueuse était parfois lésée clans divers points, et notamment près de ses orifices, qui quelquefois ont paru rétrécis. Cet organe avait conservé les liquides presque sans changement. Les intestins grêles étaient en général sains, taudis que les tuniques des gros intestins étaient épaissies. Les derniers phénomènes étaient d’autant plus intenses, que la maladie avait été plus longue.

Je rapporterai encore ici' le résumé de l’inspection cadavérique, faite par M. le doctçur Labrousse, sur dix Noirs qui ont succombé dans l’espace de douze heures à l’épidémie de l’île de Bourbon.

Après la mort, le corps, sans apparence de putréfaction,, était généralement amaigri et décharné, quoique la constitution des malades fût assez robuste.

Le cerveau ne présentait aucune altération chez les uns;: chez d’autres, au contraire, sa substance était plus molle que dans l’état ordinaire ; le sinus longitudinal était gorgé de sang, et les ventricules supérieurs contenaient une petite quantité de sérosité sanguinolente.

Les poumons étaient intacts, le péricarde, renfermait peu de sérosité; le cœur était un peu plus gros que dans 1 état ordinaire ; les vaisseaux coronaires étaient toujours gorgés d’un sang très noir ; le ventricule gauche était vide , et le droit ordinairement rempli d’un sang noir et coagulé ; aucune adhérence n’a été observée dans cette cavité.

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L'épiploon gastro-colique et la surface extérieure des intcslins et du mésentère, offraient une légère pblogoseet une grande réplélion de leurs vaisseaux.

La vésicule du fiel, très distendue, contenait une bile noirâtre et épaisse ; les canaux hépatique , eystique et choie- v doque avaient doublé de volume. La rate, le pancréas et les reins n’offraient rien de particulier. La vessie était exlraouli-

nairement contractée et dans un état de vacuité parfaite. Nous

avons trouvé l’estomac distendu par des gaz; chez plusieurs il était vide : chez d’autres , il contenait un liquide visqueux, blanchâtre, grisâtre, et des vers. La membrane muqueuse gastro-intestinale était sain* chez quelques individus, tandis que, chez d’autres, elle présentait une plilogose intense, augmentant depuis le pylore jusqu’au rectum. Les autres tuniques participaient à l’inflammation , excepté celles du jéjunum et de l’iléon : leur cavité contenait un liquide séropurulent et quelquefois des vers lombrics.

L’ouverture de dix autres Noirs, morts dans les quatre premiers jours de leur maladie, après des vomissements et des selles de matières hétérogènes , accompagnés de cardialgie et de coliques, nous a présenté à peu près les mêmes phénomènes dans les trois cavités splanchniques , si ce n’est que la phlegmasie était plus intense. Des taches gangréneuses se sont alors offertes à notre vue -dans les intestins grêles; les matières contenues dans leur cavité étaient les mêmes que celles des déjections.

Tels sont les résultats des recherches faites dans les cadavres. Mais qu’en ont conclu les- observateurs qui nous les ont transmises? Dans l’Inde, les médecins anglais ont considéré cette maladie comme spasmodique et neiveuse, a 1 île Maurice, M. le docteur Michel l’a prise pour une affection typhoïde; et à Bourbon, M. Labrousse y a vu une espèce de fièvre ataxo-adynamique. M. le docteur Gravier , médecin du gouvernement à Pondichéry , est le seul qui ait fait de cette maladie une gastrite, quoique cette analogie ait du se présenter à l’idée de tout médecin placé sur le théâtre de cette épidémie. L’étal de l’estomacet des intestinsannonçait-il donc

une véritable phlegmasie de ces organes , et les malades sontils morts réellement d’u ne gastro-entérite?

Les ouvertures de cadavres disent bien ce qui s’est passé dans les derniers temps de l’existence; mais indiquent-elles ce qui a lieu à l’origine, ou dans l’état des maladies ? L’inspection anatomique ne nous montre pl us les organes tels qu’ils étaient pendant le premier stade morbide , le plus important à connaître, puisqu’il constitue primitivement la maladie, et que c’est alors que les médicaments peuvent être appliqués avec le plus de succès. Plus tard l’affection pathologique n’est plus la même; elle a dégénéré ; la tendance vers la mort, et enfin la cessation de l’action organique, amènent des changements plus ou moins étrangers à la nature propre de la maladie dans son état de vigueur.

Quoique le mot irritation laisse encore à désirer, il exprime mieux que tout autre l’état qui précède immédiatement le développement de l’appareil inflammatoire. L’inflammation suppose toujours une irritation préexistante; mais elle n’en est pas le résultat nécessaire, parce que celle-ci varie en raison de la cause irritante, et selon la nature des parties irritées. Par exemple, lorsque la cause est morale, elle peut n’affecter que la partie nerveuse de l’organe, et alors il n’y a pas, au moins primitivement, inflammation, tandis que, d’un autre côté, la douleur semblerait annoncer qu’elle existe. Si l’irritation ne porte pas immédiatement sur les vaisseaux sanguins, les phénomènes ordinaires de l’inflammation pourront aussi ne pas se développer. L’ingénieuse comparaison de l’aiguillon est exacte pour tous les cas où le travail inflammatoire succède; mais il en est où la présence du corps étranger ne donne lieu ni à la phlogose, ni à ia suppuration, et cela est encore plus fréquent dans les irritations intérieures , qui 11e dépendent pas d’une cause mécanique. L’inflammation n'est-elle pas d’ailleurs susceptible de se dissiper spontanément, ou par des moyens autres que les antiphlogistiques proprement dits? Ce n’esl pas sans raison qu’on a admis la propriété des remèdes résolutifs, discussifs et répcrcussifs ; or, ces médicaments sont tous doués d’une certaine énergie, et

DE L’iPfDE.

notamment les derniers. Cependant on ne saurait contester que ces remèdes ne puissent, dans certains cas, être fort utiles, soit pour prévenir l’inflammation , soit pour arrêter dès l’origine ses progrès et ses fâcheux résultats. Certainement la médecine serait plus puissante si nous avions les moyens de résoudre, de discuter , ou simplement de déplacer a volonté une inflammation qui menace de désorganiser un viscèie essentiel a la vie. Mais si les procédés que nous employons a cet effet ne sont pas toujours efficaces, ils réussissent au moins quelquefois, sur-tout dans le trai-

tement des maladies externes. Enfin, de .ee que ces moyens n’ont pas toujours produit le changement qu’on en attendait, il ne faudrait pas conclure que l’état inflammatoire ne cède jamais à leur action, et même à celle de substances qui nous paraîtraient avoir des propriétés contraires. 11 y a un bien gland inter\ aile entre les émollients et les répercussifs, et cependant l’inflammation proprement dite, est avantageusement combattue par ces deux genres de médicaments opposés. N’est-il pas souvent arrivé que des substances 'excitantes, évacuantes , etc. , administrées à l’intérieur, ont elles-mêmes opéré les résolutions ou les révulsions les plus salutaires? L’application de ces moyens est sans doute délicate, et parfois même dangereuse : mais il n’est pas moins viai que 1 inflammation ne succédant pas toujours à l’irritation , celle-ci n’exige pas par elle-même l’effusion du sang soit par la lancette, soit par les sangsues, etc.

La nature des moyens employés pour la guérison du choiera, ne s’oppose pas moins à ce qu’il soit exclusivement considéré comme une phlegmasie. En effet, si cette maladien’est autre qu une gastrite ou une gastro-entérite , comment se ait-il qu ou ait tant de fois arrêté sa marche , qu’on ait fait cesser en si peu de temps tous les accidents et guéri complètement les malades, parla seule administration des médicaments excitants, tels que l’éther, le laudanum , etc. ? On pourra objecter que le nombre des décès a surpassé celui des guérisons - mais combien de malades n’ont pas été secourus, ont été hop tard ? combien sont morts après avoir été laites par les médecins bengalis, qui ne prescrivaient ni

2a MÉMOIRE SUR LE CHOLÉRA-MORBUS

éther, ni laudanum! Quelque considérable qu’ait étc<3’ailleurs la quantité des victimes, il reste toujours démontré que beau, coup de malades, dans l’état le plus fâcheux, ont été rendus à la santé par l’éther et l’opium j et il n’est pas probablequ’on eût obtenu tant et de si prompts succès par ses moyens, si la maladie eut été primitivement une phlcgmasie de la membrane muqueuse gastro-intestinale. Le choléra est sans doute une maladie très voisine de la gastrite \ mais, ces deux affections sont-elles les memes? Le choléra-morbus oriental donne souvent la mort en deux, quatre pu six heures. De toutes les phlegmasies, il n’en est aucune qui fasse périr les malades en si peu d’instants ; les substances même les plus corrosives n’occasionent par une mort aussi prompte. Au surplus, on affirme qu’ou ne trouvait aucune trace d’inflammation dans le canal alimentaire de ceux qui avaient été comme foudroyés par la maladie.

Une particularité assez emarquable dans cette affection, c’est que la bile, qui se montre rarement dans les matières rendues par le vomissement ou par les selles , ne se trouve pas non plus , après la mort, dans le caual alimentaire. Le cours de la bile est également supprimé dans l’ictère spasmodique : les malades rendent aussi, dans ce cas, des excréments blanchâtres ; et l’on a même trouvé , dans les intestins des ictériques, une matière argileuse semblable à celle que l’on dit avoir rencontrée dans les sujet morts du choléra-morbus de l’Inde.

Le premier stade de cette maladie paraît essentiellement nerveux ou spasmodique. If est vrai que les nerfs, dont on a beaucoup étudié, dans ces derniers temps, la structure et les fonctions, n’ont encore décélé par aucune altération de leur tissu, la manière dont ils peuvent être lésés dans les maladies les plus violentes et les plus dangereuses. S’ensuit-il qu’ils soieut absolument passifs dans toutes les affections pathologiques? Qui peut douter que le pneumo-gaslrite et le trisplanchnique , qui président aux fonctions des organes I intéressés dans la maladie qui nous occupe, ne participent , d’une manière quelconque, au trouble qui les affecte ? Les j douleurs aigues que ressentent les malades en sont une 1

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