SVR LE
Je vîens r(fpon<îre enfin au dt^slr que vous avez manifeslé de connaître mon opinion sur Je traitement curatif et préservatif (lu choléra -morbus. Les nombreuses occupations que m a données 1 épidémie qui vient de ravager la Capitale, les fatigues et le besoin de repos qui en ont été les suites’, ne m’ont pas permis de m’acquitter plus promptement de ce devoir. Je voulais d’ailleurs, avant tout, et pour justifier, autant qu’il était en moi , votre honorable confiance, m’entourer du plus grand nombre de documents et de matériaux possible , étudier les opinions et les faits publiés de toutes parts, et méditer à loisir mes propres observations, afin de faire sortir, s’il se pouvait, quelques vérités pratiques du sein de ces cléments divers. En procédant ainsi, je courais sans doute la chance de voir le fléau vous atteindre avant que d avoir rempli ma tâche, mais il ne pouvait résulter aucun inconvénient de mon silence, tandis qu’au contraire par trop de preiiipitation à vous répondre, je m’exposais a accroître vos incertitudes , puisque je n’avais que des doutes a vous exprimer. Mon intention était , d’ailleurs de voler auprès de vous pour partager vos fatigues et vos daiigeis, aussitôt que j’apprendrais la présence de l’épidémie
dans vos murs, si toutefois d’autres devoirs ne me rete! liaient impérieusement dans la Capitale. Heureux tout en déplorant le désastre qui m’aurait mis à même’ de le ane, e donner à mes concitoyens celle preuve de moa
CHOMER A-MORBUS.
enlier dévouemenl, et à vous, Messieurs, ce témoignage de mon zèle et de ma reconnaissance.
L’histoire du choléra-morbus offre encore plusieurs points douteux ou môme tout-à-fait obscurs , principalement en ce qui concerne l’étiologie mais du moins un résultat des plus importants a été obtenu , et ce que n’avait pu faire l’Europe médicale , en quatre ans et sur vingt théâtres différents , la médecine française l’a fait en quelques mois et dans une seule ville: les bases principales du traitement de la maladie sont posées. Aussi, Messieurs, vous n’aurez point, J’espère, si mes paroles vous inspirent quelque confiance, à recommencer le terrible apprentissage que nous avons dû faire ; et plus heureux que nous , si vous avez la dnuleur de voir trop souvent encore l’art impuissant dans vos mains , vous n’éprouverez pas l’affreux supplice de l’y trouver funeste. Si J’ajoute que l’invasion du choléra-morbus est rarement subite, excepté dans les premiers temps de l’épidémie, que presque toujours, au contraire, elle est précédée par des symptômes peu graves et faciles en général à détruire , vous sentirez toute la grandeur de votre ministère et toute l’étendue des services que vous ôtes appelés à rendre, dans cette épidémie qui semblait d’abord ne devoir vous offrir que des occasions de fatigue et des motifs de découragement. Prenez donc confiance : 'dans aucune autre maladie grave, épidémique peut-être , la science ne s’est montrée plus pratique, l’art plus savant, et, par suite , le rôle du médecin plus important et plus utile.
Quelle que soit la cause atmosphérique qui produit le choléra-morbus, il semble au premier coup d’œil qu’elle irrite et débilite tout à In fois. Elle engendre , en effet , deux ordres de symptômes d’un aspect bien différent, les uns d’apparence asthénique , les autres d’apparence inflammatoire. L’observation superficielle de ces phénomènes divers a fait naître deux méthodes exclusives de traitement, l’une
CHOLERA -MOIUiUS J
stimulante, l’autre antiphlogistique, selon que les praticiens ont été plus clFrayés des symptômes d’asthénie ou de ceux d’irritation. C’est entre ces deux méthodes que flotte encore incertaine l’opinion de plusieurs praticiens recommandables. Tous mes efforts, dans ce Mémoire, vont avoir pour but de fixer la vôtre, si elle ne l’est déjà, sur la valeur de l’une et de l’autre.
Je n’ai pas l’intention , sans doute, de me livrer ici à une longue discussion sur le choléra-morbus ; mais je ne puis tnc dispenser cependant d’examiner rapidement quelques-unes des questions principales que l’observation de cette maladie soulève. En effet, il n’est pas possible d’asseoir les bases do sa thérapeutique, avant d’avoir résolu les problèmes suivants ;
ï" Quelles sont les causes du choléra-morbus?
2® Les phénomènes non-abdominaux du choléra-morbiw dépendent-ils d’un trouble de l’iuDervatlon , ou d’une lésion appréciable du système nerveux , ou ^ enfin , d’une altération du sang?
^ Les symptômes abdominaux du choléra proviennent* ils d’une inflammation gastro-intestinale?
4“ Les symptômes non- abdominaux du choléra sont-ils sympathiques de la phlegmasie gastro-intestinale , si nhle<^-
masie il y a .
5“ Les symptômes abdominaux du choléra sont-ils sympathiques de la lésion ou altération quelconque qui produit les autres phénomènes de la maladie ?
6° Ces deux ordres de symptômes , abdominaux tX. nonabdominaux du choléra , existent-ils indépendamment Tun de l’autre, et comme effets simultanés ou successifs d’nnp même cause ?
7 Quelle est iimportance et la nature des congestions qui s’opèrent quelquefois, dans le cours de la maladie sur divers organes ? ’
8** Existc-t-il plusieurs espèces de choléra?
9° Le choléra-morbus est-il contagieux ?■
Je vais donc jeter un coup d’œil rapide sur chacune de ce» cjuestions en particulier, et, pour en rendre la solution plus facile et plus prompte , je me bornerai presque partout à exposer brièvement les faits et à en déduire immédiatement les conséquences.
Première question. Quelles sont les causes du choléra ?
La cause générale, atmosphérique ou terrestre, qui produit le choléra, nous est entièrement inconnue. On ignore si c’est un miasme, un état électrique particulier, ou toute autre chose. Ni 1 analyse de 1 air, ni les observations météorologiques, n’ont pu rien apprendre à ce sujet. Toute discussion sur cette cause serait donc oiseuse; toute hypothèse touchant la nature de la maladie , qui s’appuierait sur la nature supposée de cet agent morbide , reposerait sur le sable ; toute thérapeutique que l’on voudrait déduire de cette même supposition serait nécessairement erronée, et par conséquent dangereuse. Bornons-nous donc à en observer les effets, et disons qu’à en juger d’après eux, elle paraît agir à la manière de certains poisons, les narcotlco- âcres , qui enflamment et stupéfient tout à la fois le système nerveux.
Mais si cette cause nous échappe , nous connaissons du moins la plupart de celles qui prédisposent à contracter le choléra , et qui souvent même en accélèrent ou en provoquent immédiatement le développement. Ainsi l’humidité, les fortes chaleurs , les temps d’orage, et les variations brusques et considérables dans la température ou dans l’étal hygrométrique de l’air, exercent une influence, difficilement appréciable sans doute, mais non contestable, sur sa production. On est sur-tout généralement bien convaincu du danger des indigestions , de l’abus des liqueurs spiritueuses
CHOI.Kl>.A'MO:.BU8.
et de toutes les boissons stimulantes en général, des inconvénients qu’entraîne même le simple usage des aliments de mauvaise qualité , celui du veau, du porc frais , de la cliarcuterie , du gibier, des ragoûts épicés, des substances grasses, des fruits verts, des fromages fermentés, et enfin celui du cidre et de tous les acides. Des faits nombreux et irrécusables attestent en outre que le chagrin , la terreur , la colère et le coït, peuvent déterminer l’invasion du cbolérainorbus chez des individus soumis, du reste, à l’influence de la cause myslérleuse qui le produit, c’est-à-dire vivant dans le sein du foyer épidémique.
D’où il suit que deux ordres de causes principales provoquent le développement du cboléra-morbus , et que les unes agissent directement sur les voles digestives , les autres directement sur le système nerveux.
Deuxième question. Les phénomènes non- abdominaux du cboléra-morbus dépendent- ils d’un trouble de l’innervation , ou d’une lésion appréciable du système nerveux , ou tl une altération du sang? Conemençons par les rappeler.
Ils consistent dans des crampes aux orteils , dans les mollets , dans les doigts et dans les bras ; des mouvements con- Milsifs, de la douleur de tête, un sentiment de constrictiou aux réglons temporales, un état de rigidité douloureuse, et 1 Injeclion rougeâtre des paupières ; des mouvements tumultueux du cœur^ ou des palpitations violentes, subites, passagères, qui causent une grande anxiété; une oppression fort Incommode, ordinairement accompagnée d’un sentimeut de constrictiou douloureuse de la base de la poitrine, de la disposition à la syncope , et souvent des syncopes imminentes au ])lus léger mouvement ; le tremblement des membres , l’épuisement rapide et profond des forces, le ralentissement du pouls , la disparition de tout battement artériel , excepté aux grosses artères ou quelquefois même il se fait à jîeitie
CnOLEHA MOr.BL’5.
sentir; le refroidissement du corps, de la langue et de l'iia-. leine : le ralentissement et la faiblesse des mouvements respiratoires ; la perte de l’ëlasticité de la peau, qui conserve comme un tissu inerte le pli qu’on y fait en la pinçant , enfin sa coloration bleuâtre.
Tous ces symptômes ne se présentent pas sans doute tou>^ jours réunis chez le même malade, mais j’ai dù les rassembler pour eu mieux faire ressortir la nature. Mon but, d’ailleurs ; n’est pas de tracer la description de la maladie ; cette description se trouve partout aujcmrd’hui, et il suffit d’avoir vu un choléra pour ne jamais le méconnaître.
Si nous cherchons maintenant à nous rendre compte des phénomènes mox’bides que je viens d’énumérer , nous ne tarderons pas à nous convaincre de l’impossibilité de les expliquer d’une manière satisfaisante , autrement qu’en leur donnant les principaux centres nerveux pour points de départ. Le cordon rachidien sur-tout paraît en être le premier foyer. Remarquez, en effet , que ces désordres appartiennent tous à l’innervation , à l’action musculaire , à la respiration , à la circulation et à la calorification, fonctions plus spécialement placées , directement ou secondairement, sous l’influence de la moelle épinière. Rappelez-vous qu’en opérant la destruction partielle de cet organe chez les animaux (dans sa partie supérieure) , on voit la respiration et la circulation se ralentir, l’hématose diminuer et bientôt cesser de se faire, le corps se refroidir , enfin l’animal périr bientôt dans un état d’asphyxie , offrant la plus grande analogie avec la période bleue du choléra. Rappelez - vous encore que la noix vomique , dont l’action sur le cordon rachidien est connue de tout le monde, détermine des crampes, des secousses douloureuses dans les membres, etc. , en tout semblables à celles que l’on observe chez les cholériques. Consultez les recueils d’observations et les ouvrages qui traitent des mala-»
CHOLÉl’.A-MOUDUS.
ilies de la moelle épinière, et dans les exemples d’inflammation ou de compression de cet organe vous retrouverez eu détail tous les symptômes non-abdominaux du choléra : chez un malade , les crampes , les mouvements convulsifs 5 chez un autre , l’oppression , le ralentissement de la respiration et l’hématose incomplète; chez celui-ci, les palpitations, les syncopes et le sentimeni de constriction de la base de la poitrine; chez celui-là , le ralentissement du pouls , la diminution de la température du corps, etc. Interrogez , enfin , les cadavres des individus qui succombent au choléra-i7iorbus , et dans tous vous rencontrerez des traces évlden,tes d’injection sanguine de la moelle épinière et de ses enveloppes. Les memes désordres anatomiques se retrouvent sans doute dans l’cn(çéphale , mais l’absence de délire et de tout phénomène cérébral pendant la vie , chez la presque totalité des malades, prouve que cette portion du système nerveux, bleu que soumise incontestablement à l’action de la cause inconnue du choléra-morbus, , en ressent moijus l’influence que le cordon rachidien.
Et voyez maintenant comme tout ce que les phénomènes non-abdominaux du choléra présentent d’insolite et d’obscur, rentre dans les lois connues de la physiologie, et devient clair et facile à comprendre. Une cause Inconnue , mais agissant évidemment à la manière des poisons narcotiques et âcres, porte son action sur la médulle spinale. Par sa propriété irritante, elle détermine l’injection sanguine et active de ce cordon et de ses enveloppes, de là naissent la douleur du dos, les crampes , les mouvements couvulsifs, la constriction de la base de la poitrine, etc. Par sa propriété stupéfiante , elle tarit l’innervation dans une de ses sources principales, de là l’affaiblissement si prodigieux des forces , celui des contractions du cœur, le ralentissement du pouls , la diminution, puis lu cessation de l’hc-
CHOLEItA-MünBÜS.
inalosc , et par suite le refroidlssemeiil du corps , le défaut d oxygénation du sang, sa carbonisation incessamment croissante, la coloration bleuâtre de la peau, et la mort par asphyxie. Que si, par la saignée, vous obtenez un sang plus chargé de carbone et de matière colorante que dans l’état normal, vous ne verrez plus dans cette altération la cause des accidents , mais l’effet de la lésion du système nerveux. Vous vous direz que si le sang contient plus de carbone , c’est parce que , faute d’un influx nerveux suffisant , comme il arrive dans la ligature des nerfs pneumogastriques , l’air inspiré n’a subi qu’incomplétement les changements qu’il doit éprouver à la surface pulmonaire. Vous vous direz aussi que les sécrétions abondantes, qui s’opèrent si rapidement à la surface gastro-rintestinale , étant fournies par le sang, comme le prouverait sa diminution considérable si l’on ne savait d’ailleurs qu’elles ne peuvent pas provenir d’une autre source , privent nécessairement ce liquide d’une grande partie de son sérum , et contribuent de la sorte à accroître la proportion et non la quantité de son carbone. Vous vous expliquerez de meme l’accroissement proportionnel de sa matière colorante, et enfin l’augmentation de sa consistance.
Concluez donc' que les phénomènes non-abdominaux du choléra-morbus, dépendent d’une lésion complexe du système nerveux, et principalement du cordon [rachidien ; quecette lésion est en partie inflammatoire, et en partie inconnue dans sa nature comme la cause qui la produit.
Troisième question. Les symptômes abdominaux du choléra-morbus proviennent-ils d’une inflammation gastrointestinale ?
Interrogeons les faits.
Presque tous les malades éprouvent une soif vive, des envies de vomir, des nausées, des vomissements; des bor-
CHOLERA-KOnnUS.
horygtnes , des flatuosités , des envies fréquentes d’aller à la garde-robe, de la diarrhée; la sensation d’une barre douloureuse s’étendant d’un bypocondre à l’autre , une chaleur incommode dans l’estomac et les intestins, des douleurs vives traversant le ventre eu tous sens, des coliques , de la sensibilité à la pression, soit à l’épigastre, soit à romblllc, soit enfin dans les flancs, un battement parfois très fort du tronc, cœliaque et de l’aorte abdominale; plusieurs ont la langue rouge à la pointe et au pourtour dès le début; chez ])resque tous, elle prend cet aspect dans la période de réaction. Je rappelle encore une fols que je ne décris pas le choléra-morbus.
Dans la très grande majorité des cas, sur-tout quand l’épidémie dure déjà depuis quelque temps, le choléramorbus est précédé par quelques heures, et souvent par un ou plusieurs jours de coliques, de borborygmes et de diarrhée, qui ne diffèrent en rien des coliques, borborygmes et diarrhées attribués généralement à l’inflammation des voies digestives. Ces symptômes , attaqués de bonne heure , cèdent ordinairement aux moyens dits antiphlogistiques, tels que la diète, les saignées locales , les cataplasmes et les lavements émollients, les boissons amylacées et gommeuses, unis ou non aux narcotiques.
Dans la période de réaction, le caractère inflammatoire des accidents gastro^lntestlnaux devient tellement évident, qu’il n’est plus alors contesté que par un très petit nombre de médecins} presque tous. conseillent l’emploi des évacuations sanguines , et des autres moyens antiphlogistiques ; presque tous en reconnaissent les bons effets.
Or, des symptômes , qui , avant et après la période algide du choléra, sont généralement considérés et traités comme inflammatoires, ne perdent probablement pas ce caractère pendant cette période.
CHOI.EUA-MO.DUÎ^.
Enfin , à Touverlure des cadavres , lorsque la mort n a pas été trop rapide , et qu’il s’est écoulé assez de temps pour que le sang ait pu se combiner en quelque sorte avec les tissus congestionnés , on trouve presque constamment la membrane muqueuse gastro-intestinale incontestablement enflammée. Ce fait est presque généralement admis.
Donc , les symptômes gastro-intestinaux du choléra proviennent de l’inflammàtion de la membrane muqueuse des voies digestives.
Mais , dit-on , la langue est pâle chez la plupart des cholériques , le pouls se ralentit, la chaleur de la peau reste au-dessous de l’état normal tant que la réaction ne vient pas à s’opérer; enfin , si les malades succombent dans la période algide, on ne trouve pas de traces d’inflammation sur la membrane muqueuse gastro-intestinale ; or, tous ces faits, ajoute-t-on, démentent l’opinion qui admet l’existence d’une pblegmasie des voies digestives dans la maladie. Je pourrais répondre d’abord , qu’il n’est pas sans exemple de voir les pblegmasies violentes de l’estomac et des intestins enchaîner le jjouls, concentrer toute la chaleur vers les oi'ganes affectés , et provoquer ainsi le refroidissement des extrémités : mais celte explication, je le reconnais, est insuffisante. D’ailleurs, on observe quelquefois le ralentissement du pouls et le refroidissement des extrémités, chez des cholériques qui présentent à peine quelques légers symptômes abdominaux , ainsi que nous le verrons bientôt. Il faut donc bien admettre que ces phénomènes ne sont pas produits par l’inflammation gastro- intestinale. Mais cela prouve-t-il que cette phlegmasle n’existe pas.^ Non. Le pouls se ralentit et la peau perd sa température , parce que la cause inconnue du choléra-morbus stupéfie le système nerveux cérébro-spinal, et enchaîne les mouvements du cœur, iiisensibles dès -lors à la stimulation qu’exercent en vain les
CHOLÉRA-MOnBUS.
I kl V «/■
Iroîcs digestives enflammées. Mais pourquoi la langue ne rougit- elle pas, comme cela arrive ordinairement quand la membrane gastro-intestinale est phlogosee ? Je n en sais rien ÿ mars ce que je sais , c’est que nous serions tous d’accorfl si la pblegmasie des voies digestives qui existe dans le choiera produisait exactement les mêmes symptômes que clans les gastro-
entérites ordinaires : il y a des dlflérences, et celle-la en est une; elles sont probablement dues à la spécialité delà cause. Enfin , l’absence de traces d’inflammation sur la membrane luuqueuse gastro-intestinale , chez les individus qui n^eurent dans la période algide, ne prouve pas davantage que cette membrane n’ait pas été enflammée pendant la vie. Ne sait-on pas que lorsque la mort arrive peu de temps après le développement d’une inflammation, on ne retrouve plus sur les cadavres aucune trace de cette injection sanguine si vive que l’on observait encore dans les dernières heures de la vie , et que cette disparition de la phlogose s’opère sur -tout avec une extrême facilité dans les tissus dont la circulation capil-. laire est très active, comme les membranes muqueuses et la peau? Qui n’a vu des érysipèles d’un rouge de feu , des ophthalmies intenses, des angines écarlates, ne laisser aucune trace après la mort , s’effacer même quelquefois pendant l’agonie? Or, il en est sans doute de même des traces de la pblegmasie gastro-intestinale, chez les cholériques qui suc-? combent dans la période algide dont la durée est en général assez courte; et ce qui le prouve , c’est que l’on retrouve ces traces d’inflammation dans presque tous les cadavres de ceux dont la mort est moins prompte. Au reste, dans la période algide du choléra , l’injection sanguine de la membrane gastro-intestinale doit être peu considérable; d’une part, l’abondante sécrétion qui s’opère détruit la phlogose à mesure «quelle s’établit,- et de l’autre , l’élément nerveux prédomine sur l’élément inflammatoire dans cette période de la malar;
CIIOMÎhA-MOIUîL’S.
ilic^ ou , en d’autres termes, la sensibilité de cette membraneest très exagérée et l’alllux sanguin peu abondant. On uo doit donc pas s’étonner si , lorsque les malades meurent dans cette phase du choléra , l’on ne rencontre pas de traces d’intlammalion. On doit encore moins en tirer la conséquence que la maladie n’est pas de nature inflammatoire; car, à ce compte, on pourrait contester la nature de la plupart des phleginasies violentes, puisqu’elles débutent ordinairement par un frisson lorsque leur invasion est*subitCj et que l’oii' n’en trouve pas de traces dans les cadavres quand elles don-^ lient rapidement la mort.
Notre conclusion reste donc tout entière : les symptômes gastro-intestinaux du choléra proviennent de l’inflaramation de la membrane muqueuse des voies digestives. La seule modification que l’on pourrait y apporter, c’est que, dans la période algide de la maladie , l’accroissement de la sensibilité <le cette membrane l’emporte sur sa phlogose.
Quatrième question, l-es phénomènes non-abdominaux du choléra sont-ils sympathiques de la phlegmasie gastior' intestinale ?
Laissons encore parler les faits'.
L’inflammation des voies digestives est une des maladies les plus fréquentes, une de celles que nous avons le plus souvent occasion d’observer. Nous la voyons à tous ses de-, grés , depuis le plus léger jusqu’au plus grave , sous toutes ses formes , depuis la plus simple jusqu’à la plus compliquée^ et jamais, alors même qu’elle est produite par un poison] violent , elle ne se montre à nos yeux accompagnée de lacessation des battements artériels , du refroidissement dui corps, du froid glacial de la langue et de l’halelne , delà' coloration bleuâtre et de la perte de rélaslicité de la peau.nl d’un épuisement aussi rapide et aussi considérable des forces' que dans le choléra; jamais ou ne volt , en un mot, la gasliov
enlérile donner naissance à des symptômes qui aient la moindre analogie avec les phénomènes non-abdoTTiincLux du cliole'ra. Quand celte phlegmasie réagit sur les centres nerveux, elle produit, comme chacun le sait, des symptômes ataxiques ou typhiques , suivant qu’elle occupe les villosités ou les follicules de la membrane gastro-intestinale , et non pas des symptômes cholériques.
Les phénomènes nerveux du choléra se montrent , chez quelques malades , à peine accompagnés de légers symptômes gastriques. Je les ai observés, et je ne suis pas le seul, chez des malades qui n’avaient eu que des borborygmes , et une ou deux garde-robes diarrhéiques. J’ai vu sur-tout, plusieurs fois, les crampes, les palpitations, les mouvements désor-^ donnés du cœur , l'oppression , les syncopes ou la disposition à la syncope, le tremblenient des membres, l’épuisement rapide et profond des forces, le ralentissement du pouls, le refroidissement des extrémités et de la face , la douleur de tete, la constriction des tempes, la douleur des yeux, et meme jusqu’à la coloration rougeâtre on bleuâtre des paupières , chez des personnes qui n’avaient éprouvé que de faibles borborygmes. Enfin , j’ai vu tous ces accidents chez quelques malades , qui n’avaient absolument rien ressenti du côté des voies digestives.
De ces deux ordres de faits, nous devons nécessairement conclure que les symptômes 7ion-abdominaux du clioléramorbus ne dépendent pas, ne sont pas sympathiques de la phlegmasie gastro-intestinale.
Cuiquieme question. Les symptômes abdominaux du choléra sont-ils sympathiques de la lésion qui produit les autres phénomènes de la maladie?
Peu de mots suffiront pour répondre.
Les symptômes abdominaux du choléra, tels que les coli- ' ques, les borborygmes, les nausées, la diarrhée blonchâtrc,
CHOLKH A MORDUS.
elc., se manifestent souvent, un jour, deux jours et plus ^ avant l'apparition des autres accidents ; c’est même la marclie la plus ordinaire de la maladie. Dans tous ces cas, on ne saurait prétendre qu’ils soient sympathiques d’une lésion, qui n’existe pas encore.
Dans la période de réaction, on voit ordinairement les phénomènes non-abdominaux du choléra s’affaiblir et dispa-raître graduellement , tandis que les symptômes gastro- intestinaux se dessinent de plus en plus. Pour soutenir que ceux-ci sont sympathiques de ceux-là, il faut donc soutenir, en même temps qu’un effet acquiert ordinairement de l’ia-tensité à mesure que sa cause s’efface^ ce qui renverserait? toutes les lois- physiologiques connues.
Dans presque tous lés cadavres de cholériques, qu’il ait: existé ou non pendant la vie des phénomènes nerveux , on : rencontre, ainsi que nous l’avons déjà dit, les caractères incontestables d’une Inflammation gastro-intestinale , et ces désordres anatomiques sont toujours plus prononcés, plus considérables que ceux du système nerveux.
Enfin, les principaux moyens de traitement, les plus, puissants, les plus efficaces, sont précisément ceux que l’ont dirige contre les symptômes abdominaux , c’est-à-dire contre ; les prétendus accidents sympathiques; ce qui achève de' démontrer qu’ils ont bien leur source dans la phlegmasie gastro-intestinale et non ailleurs.
Donc , les symptômes gastro-intestinaux du choléra-raorbus ne sont pas sympathiques de la lésion qui produit les > autres accidents de cette maladie.
Sixième question. Les deux ordres de symptômes , abdo-, minaux et non -abdominaux du choléra existent-ils in-dépendamment l’un de l’autre, et comme eflèts simultanés ou successifs d’une même cause ?
Cette (jucstion se trouve résolue par ce qui précède^
CHOLÉRA-MORfiUS.
Chacun des deux ordres de symptômes du choiera est indépendant de l’autre , puisqu’ils se montrent souvent isolés [)u successifs; puisque , quand ils existent ensemble , ils ne suivent pas toujours les mômes phases d'accroissement ou de diminuti/Dn d’intensité, et que quelquefois môme le contraire a lieu; puisqu’on les analysant on acquiert bientôt la conviction que la lésion d’un seul système d’organes ne suffit pas pour en rendre compte , et que deux appareils organiques différents doivent nécessairement être affectés pour les produire ; puisque leur étude physiologique fait voir qu’üs émanent de la lésion des centres nerveux , et principalement du cordon rachidien, et en outre de celle de la membrane muqueuse gastro-intestinale ; et puisqu'enfîn des lésions anatomiques bien tranchées se rencontrent dans ces deux appareils d’organes.
Je suis loin de prétendre toutefois, que l’affection du système nerveux et celle des voies digestives ne réagissent pas mutuellement l’une sur l’autre. L’observation d’un seul jour suffirait pour me démentir, car on voit assez fréquemment l’aggravation des symptômes gastro-intestinaux provoquer l’accroissement des symptômes nerveux , et réciproquement. J’ai voulu seulement établir que deux systèmes organiques sont lésés dans le choléra-morbus , et que les désordres de l’un ne sont pas sympathiques de ceux de l’autre. Dans ma pensée , en un mot , les phénomènes qui caractérisent la maladie, émanent de deux foyers moi bides , et non d’un seul , comme le veulent plusieurs médecins ; chacun de ces foyers a son existence indépendante , seulement ils exercent l’un sur l’autre une influence réciproque. Et comment se pourrait-il que cette influence mutuelle n’existât pas? Â part ce lien qui, dans toutes les maladies , rend en quelque sorte les organes solidaires les uns des autres , et les fait participer à la douleur de chacun d’eux en particu-
CHOT.ÉRA-MOnBUSj
lier, un nœud puissant ne vlcril-il pas en outre enchaînef ici le système nerveux et la membrane muqueuse gastrointestinale à la môme souffrance? Cette chaîne commune ne se trouve-t-elle pas tout naturellement formée par la cause • inconnue du choléra?
Septième question. Quelle est l’importance et la nature ■ des congestions qui s’opèrent quelquefois , dans le cours de la maladie, sur divers organes?
Quelques médecins pensent que le choléra-morbus est : une maladie nerveuse, une néorose , une névralgie, et que; les symptômes d’inflammation gastro - intestinale , pulmo-nalre et cérébrale , dont il s’accompagne , ainsi que les traces ^ anatomiques que l’on en trouve après la mort , ne sont que ; des phénomènes de simple congestion, effets accidentels de; l’accumulation irrégulière de l’influx nerveux dans différents î points.
Voyons si les faits prêtent quelque appui à cette théorie. .
De tous les symptômes du choléra-morbus, ceux de la. souffrance gastro-intestinale sont les plus constants ; ils pré- ■ cèdent presque toujours tous les autres; dans le plus grandi nombre des cas , le danger est en raison de leur intensité ; ; les principaux moyens de traitement sont, comme je l’aii déjà dit, dirigés contre eux, et le succès justifie cette pra-tique; enfin, on trouve presque toujours dans les cadavresla cause matérielle qui les provoquait : il est donc impossi-^ ble de les regarder comme secondaires. Tous ces faits prouvent , au contraire , que les phénomènes gastro-intestinaux; du choléra, et la lésion qui les produit, ne sont pas des s phénomènes de simple congestion, qu’ils sont de nature: inflammatoire, comme nous l’avons précédemment démon- tré, et enfin qu’ils constituent un des éléments principaux! de la maladie.
Mais autant les symptômes gastro-intestinaux se montrent*.
CÏlOLléHA-MORBL'S.
constants dans le choléra-morbus , autant sont rares ceux de la congestion ou de rinflaramation pulmonaire. Plus fre'quents dans les hôpitaux, en raison sans doute de l’extrême difficulté de préserver les malades de refroidissement, pendant que la sueur les inonde, on les a rarement observés dans la pratique particulière. Je n’en al vu du moins que très peu d’exemples, et tous sur des malades du bureau de secours , ou placés dans les mêmes conditions de misère , logés dans des greniers, à peine couvej'ts dans leurs lits, et exposes à toutes les intempéries. On ne saurait donc mettre ces accidents sur là même ligne que ceux des voies digestives. On parviendrait à prouver qu’ils dépendent d’une congestion , et non d’une phlegniasie, que cela ne prouverait rien contre la nature inflammatoire de ceux-ci. C’est un épiphénomène, une complication du choléra, mais ils ne forment pas un des éléments de la maladie.
Il en est de même des symptômes de congestion cérébrale. Nés, tantôt sous l’influence de stimulants trop énergiques administrés dans le but de hâter la réaction , tantôt de l’abus des narcotiques, souvent enfin de la frayeur ou des passions tristes auxquelles quelques malades sont en proie, ne survenant en général que par les progrès de la maladie, plus rares encore, si j’en juge par ma pratique particulière, que les phénomènes de congestion ou d’inflammation pulmonaire, ils ne sont, comme eux, qu’un accident dans la maladie , et n’en font pas partie intégrante. Mais tandis que les précédents m’ont toujours paru de nature Inflammatoire, ceux-ci m’ont semblé quelquefois purement passifs. C était alors du coma, sans rougeur des joues,- sans chaleur de la tête, sans battement des artères temporales, sans aucun trouble de l’intelligence , des sens , du mouvement , ni de la sensibilité.
U ou je conclus que les congestions qui s’opèrent quel-