‹ Mémoire sur le choléra-morbus épidémique observé à ParisChapitre 2 sur 2 · XI · texte numérisé non relu

XI

CUOLliU A-MORBUS.

quefois dans le cours du choléra, presque toujours actives, et par conséquent inflammatoires, ne sont que des épiphénomènes ou des complications de la maladie, et n’en constituent pas des éléments essentiels.

JELuitième question. Existe-t-il plusieurs espèces de choléra-morbus ?

Pour justifier les traitements divers qui ont été employés contre cette maladie, les médecins éclectiques ont imaginé de la partager en trois ou quatre espèces dilTérentes : la cholérine ,, le choléra chaud ou inflammatoire , le choléra froid , algide , asphyxique , et le cholére spasmodique. La cholérine n’est , à mon avis , autre chose qu’un choléra léger ou commençant; le choléra chaud ou inflammatoire est celui des individus pléthoriques , et celui sur-tout dans lequel les accidents gastro-intestinaux prédominent; le choléra froid, algide ou asphyxicque est , au. contraire, celui dans lequel la lésion des centres nerveux l’emporte en intensité; enfin, le choléra spasmodique doit sa forme à la grande irritabilité du système nerveux chez les individus qui en sont affectés. Je ne saurais voir des maladies différentes dans ces aspects divers d’une même maladie. Les faits prouvent d’ailleurs que c’est bien toujours au fond la même affection. Ainsi ces formes diverses naissent toutes sous l’Influence de la même cause: les symptômes de la cholérine ne diffèrent en rien de ceux du choléra-morbus à son début ; la prétendue cholérine, négligée ou exaspérée, devient un choléra véritable ; les memes malades ont souvent présenté ^successivement les symptômes de la cholérine, puis ceux du choléra algide, et plus tard , ceux du choléra inflammatoire; enfin, le même traitement, à quelques modifications près, réussit dans toutes ces formes diverses d’une même maladie. I! n’y a donc de différences entre elles , que celles que leur impriment les tempéraments, les âges, les sexes, la position

CHOLERA-MÜRUUS.

sociale des individus , leur état antérieur de santé , et enfin la nature des causes prédisposantes 5 circonstances qui font prédominer l’action de la cause principale, tantôt sur le système nerveux et tantôt sur les voies digestives, la concentrent quelquefois sur un seul de ces systèmes , et d autres fois enfin, la font porter également sur ces deux appareils organiques.

Il n’existe donc qu’une espèce de choléra-morbus ; et s’il fallait me prononcer maintenant sur la nature de cette maladie, je dirais : c’est un empoisonnement dont la cause nous échappe, mais dont les elFets anatomiques appréciables consistent dans une inflammation delà membrane muqueuse gastro-intestinale, et une irritation, une congestion, si l’on veut , de la médulle spinale et du cerveau. On m’objectera , sans doute, que les irritations cérébrales et rachidiennes et les inflammations des voies digestives que nous observons tous les jours , ne produisent jamms des symptômes entièrement semblables a ceux du choiera, et que, par conséquent, ces 'irritations ne constituent pas la nature de la maladie. A cela je répondrai d abord , que la plupart des symptômes des irritations eerebro-spinale et gastro-intestinales , se retrouvent dans le choléra-morbus , et ensuite , que s’il en est quelques-uns que l’on n’y rencontre pas , que si môme ceux qui s y montrent ofli’cnt une physionomie insolite et particulière à cette maladie, cela tient à la spécialité de la* cause qui la provoque; mais que tout cela prouve seulement une chose, cest que nous ne connaissons pas tous les éléments qui composent la nature du choléra-morbus. Quant à l’opinion de ceux qui prétendent qu’elle réside toute entière dans l’agent inconnu qui produit la maladie, et nullement dans les lésions anatomiques que l’on rencontre dans les cadavres, elle ne mérite pas une réfutation sérieuse; c’est comme s’ils prétendaient que, dans une blessure, c’est l’in-

strumcnl vulnerant et non la lésion des tissus qui constitue la nature de la maladie.

N euvième question. Le choléra- morbus est-11 con tagienx ?

Je n’hésite pas à me prononcer pour la négative avec l’immense majorité des médecins qui ont observé la maladie. Si le choléra-morbus était contagieux , les médecins , les religieuses des hôpitaux , les infirmiers et les garde-malades devraient périr dans une proportion beaucoup plus considérable que les personnes apj)arténant aux autres classes de la société; or , cela n’est pas. Ce seul fait détruit toute idée de ' contagion. En vain , à l’appui de l’opinion contraire, on cite des exemples de rues qui ont été ravagées par le fléau, comme s’il se fût propagé de maison en maison et d’étage en étage; il est probable que toujours alors une cause commune à tous les habitants de ces rues, appréciable ou non, y favorisait les progrès de l’épidémie ; tantôt la population en était misérable et adonnée à tous*les vices que la misère engendre ; tantôt elles étaient sales, étroites, humides, Infectes, et privées des rayons du soleil, etc. On s’appuie vainement encore de l'exemple de quelques familles qui ont été moissonnées presque tout entières par la maladie , comme si elle se fût transmise du père au fils et du fils à la mère; les exemples nombreux de familles qui n’ont perdu qu’un seul membre, viennent détruire les conséquences que l’on voudrait tirer des premiers. Les causes qui semblent multiplier ainsi les victimes dans une même famille sont toutes morales ; c’est le chagrin de la perte d’un être chéri, c’est l’effroi que la vue d’un cholérique inspire , c’est la terreur que jette dans l’ame la rapidité de la mort chez quelques individus. Au reste , il est tellement évident que le choléra-morbus ne se communique pas par contagion , que les personnes étrangères à la médecine , si disposées , en général , à voir de la contagion dans toutes les maladies, sont les premières à en

CHOLERA -MOUEUS-.

)i repoiisser l’idée dans celle-ci . Je ne m’étendrai donc pas da- (vantage sur ce sujet.

Tels sont les faits culminants de l’histoire du choléramorbus. Résumons maintenant toutes les conséquences qui en découlent; nous en déduirons ensuite les applications pratiques; puis nous vérifierons celles-ci par l’expérience.

1“ La cause générale qui produit le choléra est inconnue. Deux ordres de causes pfrédisposantes en favorisent ou en provoquent le développement: les unes agissent directement sur les voies digestives , les autres directement sur le système nerveux.

2° Les phénomènes non-abdominaux du choléra-morbus dépendent d’une lésion complexe du système nerveux , et principalement du cordon rachidien ; cette lésion est en partie inflammatoire et en partie inconnue dans sa nature comme la cause qui la produit.

3® Les symptômes gastro-intestinaux du choléra proviennent de 1 Inflammation de la membrane muqueuse des voies digestives ; mais dans la période algide de la maladie, l’élément nerveux prédomine l’élément inflammatoire.

4: Les symptômes non abdominaux du choléra-morbus ne sont pas sympathiques de la phlegmasie gastro-intestinale.

5° Les sytnptômes gastro-intestinaux du choléra ne sont las sympathiques de la lésion qui produit les autres accidents de cette maladie.

6° Les deux ordres de symptômes du choléra , abdominaux et non-abdominaux, existent indépendamment l’un de l’autre et comme effets simultanés ou successifs d’une même cause.

7“ Les congestions pulmonaires et cérébrales qui se forment quelquefois dans le choléra , ne sont que des épiphénomènes ou des complications de la maladie, et n’en constituent pas des éléments essentiels.

cuoi.Éha-mohbus.

8« Il ny a qu’une espèce de choléra-raorbuse'pidémique» Les formes diverses sous lesquelles il se montre, résultent des tempéraments, des âges, des sexes, de la position sociale et de Félat antérieur de santé des individus affectés , et enfin de la nature des causes efficientes ou prédisposantes.

90 Le choléra-morbus n’est .pas contagieux.

Si les faits que Je 'viens d’exposer sont exacts, et je ne crois pas qu’on en puisse contester un seul, si les conséquences que j’en ai déduites sont justes, nous sommes nécessairement amenés à en tirer les conclusions pratiques suivantes :

Il n’y a aucune médication à diriger contre la cause générale du choléra; nous sommes réduits à en combattre les effets;

Tous les efforts thérapeutiques doivent avoir pour but d’écarter les excitations cérébrales et gastriques , et de de% trulre l’inflammatiou de la membrane muqueuse gastro-intestinale et l’irritation des centres nerveux, et principalement du cordon rachidien;

Il devra suffire souvent, pour guérir le choléra-morbus, de combattre la phlegmasle des voies digestives;

Quelquefois, au contraire j il faudra se borner à attaquer l'irritalion du système nerveux ; ^

Les congestions qui surviennent dans le cours de la maladie ne devront réclamer, en général , d’autre traitement que celui qui leur est applicable dans les circonstances ordi-

naires ;

Les antiphlogistiques , tels que les saignées générales et locales, les boissons délayantes, la glace , les cataplasmes elles lavements émollients, les bains et la diète, devront former la base principale du traitement du choléra ;

Les stupéfiants et les révulsifs cutanés viendront en se? coude ligne;

CUOLERA MORDUS.

Les antispasmodiques et les stimulants internes ne seront [) plus que des moyens accessoires , non réclamés par la nature de la maladie, mais seulement par des circonstances parti- I culières de sa marche ;

Les quarantaines , les cordons sanitaires et l’isolement, de- ! vront être regardés comme des précautions inutiles ;

Toute la prophylaxie du choléra-morbus pourra se résumer en ces trois mots : sobriété, continence , tranquillité ) d’esprit.

Or , l’expérience conGrmeet sanctionne toutes ces induc- I tions théoriques; nous pouvons donc les regarder comme.

Iles véritables bases de la thérapeutique et de la prophylaxie du choléra-morbus, et nous livrer sans plus de discussions aux développements qu’elles réclament.

Traitement curatif du choléra~morbus.

La plupart des médecins sont d’accord sur l’utilité de la saignée du bras, au début de la maladie et dans la période de réaction, mais la plupart aussi la regardent comme dangereuse dans la période algide. Dans cette phase de la maladie, en effet, outre qu’elle est souvent impraticable, l’ouverture des veines et celle même des artères ne fournissant parfois pas une seule goutte de sang, on a vu fréquemment la mort survenir pendant l’écoulement de ce liquide, dont la perte même semblait l’accélérer. Il était au reste facile de prévoir ce résultat , en se rappelant que la saignée avait été signalée déjà comme dangereuse et comme souvent mortelle dans le frisson des accès des fièvres pernicieuses, frisson qui repré- 1 sente assez bien en petit les phénomènes de la période al- I gide du choléra. Quelques praticiens cependant y ont eu rej cours môme penda^it les^ymptomes d’asphyxie , et disent en I avoir retiré de bons effets.; ils facilitaient l’écoulement du i sang en veisant de 1 eau chaude sur le bras ou en le tenant

CHOIiEilA-MORDUS.

irnmergd dans ce liquide. J’avoue que je n’oserais pas imiter ni conseiller cette conduite hardie. Il me paraît beaucoup plus prudent de n’employer la saignée qu’aux deux époques <le la maladie précédemment indiquées, savoir, au début des accidents cliez les sujets jeunes , vigoureux et sanguins, et dans la réaction lorsqu’elle menace de devenir trop forte. Elle peut encore être ullle cependant pour combattre' les congestions , qui , comme nous l’avons vu, surviennent quelquefois vers les organes respiratoires ou vers le cerveau, pendant le cours de la maladie. Enfin, chez quelques malades , on volt aux vomissements blancs succéder des vomissements verdâtres, plus fatigants souvent que les premiers. A l’anxiété pénible qu’ils causent, s’il se joint de la plénitucfe et de la dureté dans le pouls , la saignée procure toujours un prompt soulagement. J’y ai eu recours dans toutes ces circonstances avec succès.

Les saignées locales par les sangsues m’ont toujours paru d’une application plus générale et d’une utilité plus grande que la saignée du bras. D’abord, chez les enfants, chez les vieillards et chez les individus dont la constitution est frêle et détériorée, on doit toujours les préférer. En second lieu, on peut les employer avec beaucoup moins de crainte que la phlébotomie pendant la période algide ; leur action étant bornée au système capillaire, elles n’ont pas, sur la grande circulation et sur le système nerveux , cette influence rapidement débilitante qui entraîne la syncope , et parfois la mort. Enfin , appliquées à l’anus ou sur le trajet du colon, elles arrêtent la diarrhée beaucoup plus sûrement que ne le fait la salgiiée; placées à la région épigastrique, elles combattent plus efficacement les douleurs vives-de l’estomac et les vomissements; derrière les oreilles et aux tempes, elles sont plus utiles aussi contre les symptômes cérébraux ; enfin, posées le long du rachis , elles font plus promptement cesser

CHOLERA-MORDUS

wes crampes, l’oppression, les mouvements tumultueux du icœur, etc. Elles olFreut, en un mot, contre tous les accih dents locaux d’inflammation ou de congestion cholérique, 1 une ressource précieuse que la saignée ne fournit pas au meme degré. C’est aussi au début de la maladie et pendant la péjriode de réaction, qu’elles rendent les plus grands services. tDans aucun cas, on ne peut les remplacer par les ventouses 1 scarifiées.

Les boissons délayantes, telles que l’infusion de fleurs de mauve , l’orangeade , l’eau gommeuse et les tisanes légèreoment astringentes, comme l’infusion de ratanhia et surl|tout la décoction de riz, sont de beaucoup préférables aux iinfusions de menthe poivrée , de thé, de camomille, de méilisse, si vantées et si prodiguées par quelques médecins. Ge- 1 pendant, dans la période algide, il peut être quelquefois utile d’avoir recours à ces dernières pour favoriser le mouvement réactionnaire. Chez les individus d’une faible énergie vitale , chez ceux qui sont épuisés par les privations ou par des souffrances antérieures , chez ceux qui ont l’habitude des liqueurs fortes, et lorsque la langue est froide et pâle, ce qui est le plus ordinaire avant la réaction, on en retire, en général, d’assez bons effets. Mais dans toutes les autres circonstances, il vaut mieux administrer les boissons délayantes , et les donner froides s’il existe des nausées ou des vomissements , ou seulement si le malade les préfère. Celle de ces tisanes qui m’a le mieux réussi, c’est la décoction très légère -de riz , à laquelle «je faisais ajouter , par pinte, d’un demi-gros à un gros dégommé adragant et une à deux onces fde sirop dlacode. L’orangeade plaît, en général , davantage aux malades ; je l’ai très souvent fait alterner avec la précédente.

Mais quelque légères que soient les boissons, à quelque i température qu’on les administre, en quelque petite quan-

GUOLEnA-MOBBUS.

tité quon les fasse prendre, il arrive fréquemment que l^es* tomac les rejette, soit immédiatement, soit peu de temps après leur ingestion. Dans ce cas, la glace offre la plus précieuse x'essource. On la fait avaler aux malades par fragments; ils la prennent presque toujours avec un plaisir infini ; on peut leur en donner aussi souvent qu’ils le désirent; c’est le moyen le plus sûr peut-etre d’arrêter les vomissements; et si j’en juge par les résultats de mon expérience personnelle, c’est très certainement aussi l’agent le plus efficace pour favoriser et déterminer la réaction. Je l’ai vue amener promptement ce résultat chez des malades que l’on avait vainement tourmentés par les stimulants les plus 'énergiques. Sans elle, il serait souvent fort difficile de faire passer les potions opiacées ou stimulantes auxquelles on est quelquefois obligé d’avoir recours ; iin morceau de glace dans chaque cuillerée de potion , ou immédiatement après, permet au contraire à l’estomac de les conserver. La glace est encore très utile comme moyen topique sur la région épigastrique, pour calmer cette sensation d’ardeur que plusieurs malades éprouvent dans l’estomac. Elle dissipe très bien aussi ce battement incommode du tronc cœliaque et de l’aorte abdominale, tantôt continu et tantôt intermittent, qui ne se montre guères , en général, qu’à une époque assez avancée de la période de réaction , et persiste souvent pendant plusieurs jours avec une grande opiniâtreté. Enfin , elle tarit souvent mieux que toutes les boissons possibles la soif dévorante qui brûle beaucoup de cholériques. A moins d’en avoir été témoin , on se fait difficilement une idée des services que la glace a rendus dans l’épidémie de Paris. Je plains les populations et les médecins qift seront privés de cette ressource.

Je n’aurai que peu de mots à dire de l’emploi des cataplasmes et des lavements. Les cataplasmes émollients sur

GnOLÉRA MOHBUS.

{)i î'abdomeii sont conseillés par tous les médecins : on ajoute beaucoup à leur efficacité en les faisant avec une forte décoc- C tion de têtes de pavots , ou en les arrosant de laudanum; ils 1 ont pourtant l’inconvénient de charger beaucoup l’abdomen et d’accroîlre ainsi l’oppression et le malaise; aussi les ma- D lades les supportent-ils, en général, assez difficilement ; ils se plaignent que leur poids les suffoque. Les lavements de ; décoction de graine de lin ou de riz avec addition d’une I cuillerée à café d’amidon et de six à- huit gouttes au plus de iji laudanum de Rousseau, administrés par quarts et de six ^ heures en six heures , contribuent puissamment à arrêter la

I diarrhée- Mais il n’en est pas de plus efficaces que ceux dans lesquels on fait dissoudre deux gros de diascordium ; j’ai très souvent arrêté immédiatement les selles diarrhéiques par I un seul de ces lavements.

Plusieurs médecins ont employé dans la période algide du choléra , les bains chauds à trente-deux degrés du thermomètre de Réaumur , comme principal moyen de provoquer la réaction. Dans les commencements de l’épidémie, j’y ai fréquemmènt eu recours; mais ils ne m’ont pas paru aussi puissants que je m’attendais, à les rencontrer. Cependant j’ai vu la réaction s’opérer et les vomissements se suspendre sous leur influence; mais souvent aussi les accidents n’ont pas tardé à reparaître , bien que j’eusse prolongé le séjour des malades dans l’eau , pendant deux , trois , quatre et môme cinq heures. En géiaéral , plus on prolonge la durée du bain, et plus les effets en sont marqués et durables, mais malheureusement peu de malades , si j’en juge encore par ce que j’ai vu , peuvent supporter long temps le séjour dans l’eau pendant la périocD. algide du choléra ; l’oppression et l’anxiété qui les tourmentent en sont toujours considérablement accrues , quelques-uns même paraissent menacés d’une i suffocation imminente si on ne les en retire promptement,

CHOLEBA-MOIIÜUS.

Ces inconvénients m’y ont fait renoncer de bonne heure , et il m’a paru que l’on pouvait aisément les remplacer, comme moyens de réaction , par les stinuilanls externes et par la glace et les opiacés à l’intérieur. Ce n’est d’ailleurs pas toujours le meilleur moyen de réchauffer les malades, que de les plonger dans un bain très chaud, comme on est tenté de le croire à priori. Avant d’avoir vu lipidémie, je lui supposais celte propriété , mais l’expérience m’-a bientôt appris que , quelquefois utile sans doute , lorsque le refroidissement est peu considérable , il n’accélérait aucunement la réaction quand la période algide était intense , et à plus forte ' raison dans la période bleue , et que peut-être même il faisait alors perdre un temps précieux, beaucoup mieux employé à tenter les autres moyens de rappeler la chaleur. Le bain de vapeur, que je n’ai vu essayer qu’une fols , ne doit pas être plus efficace. Il s’agit, en effet, bien moins ici de communiquer du calorique aux malades , que dé favoriser le développement et la répartition égale de leur chaleur naturelle. Or, pour y parvenir, il faut sur-tout chercher à raviver les deux prlriclpaux foyers de la chaleur animale, l’innervation et la circulation , qui semblent prêts à s’éteindre. Aussi les affusions froides jouissent-elles d’une bien plus grande efficacité j jilnsieurs praticiens les ont employées avec le plus grand succès.

Mais si l’iitillté du bain chaud est très contestable dans la période algide du choléra , personne ne la met en doute dans les phases d’invasion et de réaction. On voit bien encore quelques malades le supporter difficilement, mais la plupart, au contraire , y séjournent volontiers. 11 concourt très puissamment alors à arrêter la diarrhée, les vomissements et les crampes. Il calme mervéllleusement , sur-tout lorsqu on la rendu émollient eu y ajoutant de 1 amidon ou une forte décoction de sou ou d’herbes émollientes, Il calme , dis-je,

CHOL£BA-MORBUS.

U'ès promptement les vomissements verdâtres dont j’ai déjà parlé, quand toutefois ces vomissements ne sont pas accompagnés d’une rougeur vive de la langue, de chaleur de la peau et de fréquence du pouls , cas dans lequel les sangsues à l’épigastre l’emportent sur lui en efficacité. Enfin le bain .devient de plus en plus favorable, à mesure que les symptômes inflammatojres perdent de leur intensité; les malades finissent par le désirer et s’y trouvent bien. On ne dissipe bien que par ce moyen les douleurs plus ou moins vives que les crampes laissent dans les membres chez quelques malades.

La diète doit en général être absolue dans toutes les phases du choléra-morbus. Cependant il arrive quelquefois que l’on est obligé de donner un peu de bouillon aux malades , à une époque encore peu avancée de la période de réaction. Voici dans quel cas : Les malades sont pris ou menacés à chaque instant de syncope et de nausées, aussitôt qu’ils veulent fermer les yeux pour céder au sommeil qui les poursuit ; leur vue se trouble , leurs oreilles tintent , ils ont la plus grande répugnance pour toutes les boissons ; les nausées ou les vomissements reparaissent même quelquefois à la suite de l’ingestion de la plus petite quantité de liquide, et cependant la langue est pâle et humide, la peau reste fraîche et le pouls est petit et faible. Une ou deux cuillerées de bouillon au plus , étendu dans une quantité double d’eau, et donné à la glace, font ordinairement cesser immédiatement ces accidents. On peut en laisser prendre une seconde dose pareille au bout de trois heures, mais en général il faut suspendre promptement ce commencement d’alimentation pour y revenir au besoin ; sinon , la langue ne tarde pas à se pointiller de rouge, la peau s’échauffe, le pouls s’accélère, la soif s'allume , et les borborygrnes et la diarrhée reparaissent. J’ai cependant vu quelques malades qui , dès l’instant où ces signes du besoin d’aliments se sont manifestés , ont pu pren-

CHOMiRA-MORBUS.

dre, el depuis continuer toutes les trois heures, cette petite quantité de bouillon coupé, jusqu’à la guérison. Dans ces cas , il faut surveiller avec le plus grand soin , et à chaque instant du jour , l’état des voies digestives , et revenir à la diète absolue , aussitôt que l’on voit se hérisser quelques papilles de la langue. , • .

Autant l’opium a été préconisé contre le choléra-morbus , autant aussi il a trouvé de détracteurs. De part et d’autre il y a eu de l’exagération. L’opium, administré sagement, est un médicament précieux ; il produit au contraire des accidents graves , s’il est donné sans mesure : tout l’art d’en retirer de bons effets consiste donc à n’en prescrire que des doses modérées. Trente à quarante gouttes de laudanum de Sydenham, dans une potion, à prendre par cuillerées plus ou moins rapprochées suivant l’intensité des symptômes, six à huit gouttes par quart de lavement , une à deux onces de sirop diacode par pinte de tisane , sont des doses suffisantes et que je n’ai jamais dépassées ; je suis même resté plus généralement au-dessousi On ne doit les augmenter que lorsque les boissons sont promptement rejetées par les vomissements, et les lavements par les selles. Dans ces cas , j’ai plusieurs fois administré avec succès l’extrait gommeux d’opium par quart de grain, toutes les trois ou quatre heures. Ce médicament, el la glace par morceaux, étaient alors les seulès choses que l’estomac des malades pût supporter. L’opium administré avec cette mesuré m’a toujours paru contribuer puissamment à arrêter les vomissements , la diarrhée et les crampes, et à favoriser les sueurs : je ne l’ai jamais vu suivi de mauvais effets. On sait qu’à doses trop élevées il a l’inconvénient de jeter souvent les malades dans un coma dont rien ne peut plus les sortir.

Les révulsifs cutanés jouent un rôle important dans le traitement du choléra-morbus. C’est en effet au moy^en de

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éisînapisnies aux malléoles ou à la plante des pieds, aux molalets, autour des genoux, etc., des linimeuts irritants, des ubouteilles remplies d’eau très chaude dont on entoure en squelque sorte les malades , des briques brûlantes envelop- ■îpées de linges trempés dans le vinaigre et placées de chaque tcôlé du malade, des fers à repasser et des bassinoires garnies 1 de feu, promenés entre les couvertures sur toutes les parties du corps, c’est, dis-je, à l’aide de ces moyens que l’on ïparvient sur-tout à at^îélérer la réaction. Ils ont certaineiiment bien plus d’efficacité que les excitants internes et ((n’entraînent pas les mêmes inconvénients. Il ne faut pas ^çependant s’en • exagérer la puissance , ni sur - tout se ^ faire une fausse idée de leur manière d’agir. C’est moins lie calorique qu’ils communiquent , que la vive stimulation Pqu’ils exercent sur la peau, qui fait leur vertu. Aussi les (sinapismes, la vaporisation de vinaigre., et tous les rubé- ^fiants cutanés, sont-ils plus rationnels, a mon avis, que les simples réchauffants; et quoique je manque d’expériences comparatives assez nombreuses pour décider la question, je n'hésIte pas à les croire plus efficaces et à les conseiller de préférence. Je n’ai pas essayé la rubéfaction de la ipeau du rachis par l’ammoniaque liquide ou par le vésicattolre; il paraît que plusieurs malades ont été rappelés des portes du tombeau par cette révulsion puissante. Si j’avais occasion d’employer celte médication, je donnerais la préférencÆ à 1 ammoniaque liquide sur le vésicatoire , en raison de la plus grande rapidité de son'aclion. Je ne comprends même pas que, dans une maladie dont la marche est souvent si rapide , on puisse se résigner à l’emploi d’un moyen qui ne commence à agir qu’au bout de plusieurs lieares. Toute perte de temps devient irréparable dans la période asphyxique du choléra; or, on n’a guères recours à cette tenergique révulsion que dans cette période delà maladie, on

CnOLliRA-MORBUS.

doit donc pré/'drer les agents dont l’action est plus prompte. Quelques guérisons, presque miraculeuses, obtenues par cette médication , la recommandent à l’attention des praticiens ; elles viennent confirmer , en meme temps , ce que j’ai dit du siège d’un des foyers de la maladie dans la moelle épinière.

C’est ici peut-être le lieu de parler d’un moyen , que je ne sais trop dans quelle catégorie placer ; il s’agit du sac de taffetas gommé, dans lequel on enferme les cholériques. 11 ne peut avoir d’autre action que celle d’isoler les malades, et d’empêcher les corps ambiants de leur enlever du calorique; mais comme on ne se refroidit pas dans le choléra parce que l’on perd de la chaleur , mais bien parce que l’on n’en produit plus , ce moyen ne s’adressant qu’à l’effet sans combattre la cause, ne peut être que d’une faible utilité; il ne dispense pas du moins de l’emploi des rubéfiants delà peau et des stimulants internes ; sans leur concours , son action, purement négative, serait Insuffisante et presque nulle.

L’utilité des excitants de la peau ne cesse pas avec la période algide du choléra; ils trouvent encore leur emploi lorsque la réaction est opérée. Ainsi , les sinapismes fournissent, à toutes les époques de la maladie, le meilleur moyen d’appalser les crampes ; le vésicatoire sur la région épigastrique, a quelquefois fait cesser des efforts de vomissements, contre lesquels les autres moyens avaient échoué ; dans quelques cas , on ne parvient à appaiser les accidents cérébraux , tels que délire , assoupissement , soubresauts des tendons , etc. , que par un vésicatoire à la nuque; enfin, de temps en temps, dans le cours de la maladie , lorsque les vomissements et les garde-robes se reproduisent, on doit, pour les dissiper , revenir à l’emi^lol de tous les moyens précédemment indiqués, comme les plus propres à rappeler la transpiration cutanée.

CHOL^RA-MOIVCUS.

J’arrive enfin à parler de l’usage des stimulants internes, dont quelques médecins ont voulu faire la base principale d?j traitement de la maladie. De'jà nous avons exprimé notre opinion sur quelques-uns d’entre eux. Après en avoir bien observé les effets, après y avoir mûrement réfléchi, je demeure plus que famais couvaincu que toutes ces infusions aromatiques de menthe, de thé, de mélisse, de camomille, etc., ont fait plus de mal qu’elles n’ont rendu de services. Cependant il neiaut pas les proscrire d’une manière absolue. Peut-être leurs mauvais effets ont-ils tenu, dans beaucoup de cas, moins à leurs propriétés stimulantes qu’à 1 usage generalemeut adopté de les administrer à une température assez élevée. Il m’a semblé, en effet, qu’en les donnant froides, elles étaient en général beaucoup mieux supportées par les malades. Quoi qu’il en soit, il faut s’en abstenir dans les prodromes de la maladie et aussitôt que la réaction commence; elles ne sont de quelque efficacité que dans la période algide et dans U cyanose; encore faut-il avoir le soin de n’en pas gorger les malades : ou ne doit pas hesiter a les suspendre, pour peu quelles produisent de chaleur dans l’estomac. Une simple infusion de fleurs de tilleul et de feuilles d’oranger, de l’eau de Sellz coupée avec un peu d’eau, les remplacent presque toujours avec avantage. On peut y joindre l’usage de l’éther et de l’acétate d ammoniaque. Le premier calme parfois assez promptement les crampes douloureuses de l’estomac et les vomissements ; le second excite puissamment la sueur et favorise la réaction ; ni l’un ni l’autre n’offrent autant d’inconvénients que les infusions précédemment signalées. Mais le jiuuch mais les vins de Madère et de Malaga , mais tous les alcooliques doivent être sévèrement proscrits. Un grave inconvé nient cominun à tous ces stimulants énergiques , outre celui d accioilre les phénomènes inflammatoires de la mala-

cnoLÉnA-Monm;s.

(lie, c’est qu'ils impriment aux renâclions qui suivent leur emploi', un caractère d’intensité qui les rend beaucoup plus dangereuses et plus difficiles à maîtriser. Il paraît cependant qu’il faut faire une exception en faveur du café : je ne î’ai pas essaye.'.

On a beaucoup vante les avantages eje l’ipécacuanba , administré à doses vomitives; à en croire quelques médecins, ce serait le médicament qui compte le plus de succès. Ils disent que si on a soin de l’administrer dès le début de la maladie, on en prévient souvent le développement, on la fait en quelque sorte avorter; ils ajoutent que l’on peut j encore le donner avec avantage au commencement de la [ période algide , et qu’il provoque alors une sécrétion abon- i danle de bile, change assez promptement la nature des , vomissements et des selles , et détermine une réaction prompte et facile; enfin, dans leur prédilection pour cet agent , ils le conseillent encqre dans la période asphyxique ; , non pas qu’ils le prescrivent plusieurs fols à un même malade , et au début de chaque période du choléra , mais ils pensent que l’on doit commencer le traitement de tout cho- , lérlque par celte médication , à quelque époque de la maladie que l’on soit appelé. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est que très souvent, dans les deux premières périodes du choléra, , les accidents s’aggravent à la suite de l’emploi de ce médicament, et que dans la période bleue sur-tout, il est beaucoup plus dangereux qu’utile. Toutefois , les faits de guérison que ces médecins rapportent, n’en restent pas moins con- . stants; et ce serait, certes, rendre un grand service à la science, cjue de déterminer d’une manière assez précise , pour que l’on pût le prescrire' sans crainte et l’administrer sans danger , les cas dans lesquels il doit réussir. Quel bien- ; ■fait pour l'humanité, que de 'pouvoir faire avorter dès le “ début, ne fût-ce que chez un petit nombre de malades , une j

CnOLERA-MORBUS. 5(5

afifection aussi meurtrière , et dont le traitement est he'rissè de tant de difficultés. Malheureusement nous n’en sommes pas encore là ; on sait seulement que l’emploi de l’ipécacuanha offre d’autant plus de chances de succès , que l’on y a recours de meilleure heure, au début de la maladie, dans sa forme dile cholérine , et sous certaines conditions, que j’essaierai de préciser bientôt.

Quelques praticiens ont aussi recours , au début de la maladie, à l’usage des purgatifs légers, et, en particulier, au sulfate et à l’hydrochlorate de soude, et disent en avoir retiré de bons effets. Je ne conteste pas ce résultat, mais j’ai peine à croire que fou puisse faire entrer les purgatifs dans une méthode générale de traitement du choléra; et dans rimposslblllté de préciser les cas dans lesquels ils pourraient être. avantageux , je conseille de s’en abstenir généralement. L'indication peut sans doute s’en présenter quelquefois, mais c’est à l’habileté du praticien de savoir la saisir, il ne me paraît pas possible d’établir des règles à cet égard.

Le quinquina, le sulfate de quinine, le sous-nllrate de bismuth, le sulfate d’alumine , le camphre , la valériane, l’acétate de plomb, etc., essayés par divers médecins, n’ont, en général , pas produit d’effets assez constants pour que l’on ait pu apprécier leur degré d’utilité dans le choléra-morbus. Quant au charbon préoohlsé par plusieurs praticiens distingués, tout ce qu’on en peut dire de plus favorable, c’est qu'il n’a jamais été nuisible, comme quelques-uns des médicaments précédents.

Que dirai-je des gaz, tels que l’oxlgène , le chlore et le protoxlde d’azote, que l'on a fait respirer à quelques malades, dans le but de ranimer la circulation languissante? que ces moyens n’ont eu et ne pouvaient avoir aucun succès. 11 eu sera toujours ainsi de toute médication qui ne combattra que les effets ou 1 ombre de la maladie, et c’est aussi ce qui est

CHOLÉaA- MOr.BÜS.

arrivë tle l’injeclion clahs les veines de substances alcalines, telles que le sous-carbouate de soude, injection par laquelle on se proposait de rendre au sang la fluidité qu’il a perdue, GU de lui conserver celle qui lui est propre. De pareils essais témoignent sans doute du zèle et des connaissances cliiiniques des praticiens qui les tentent, mais le succès seul pourrait les justifier aux yeux de la science, et cette justification leur manque.

Ici se termlne*ce que j’avais à dire d’une manière générale sur chacun des moyens thérapeutiques , qui , de l’avis de la plupart des praticiens de la capitale , comptent le plus de succès dans le ch'oléra-morbus. Il me reste, pour compléter la tâche que je me suis Imposée, à indiquer la 'manière de les combiner et de les employer dans les diverses phases de la maladie, à exposer la méthode de traitement la j)lus convenable , à guider , en un mot , le praticien au lit du malade. C’est ce que je vais essayer de faire en peu de mots.

On peut partager la marche du choléra-morbus en quatre périodes bien distinctes, non que ces périodes se représentent et se succèdent régulièrement chez tous les malades, il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi, mais j)arce que, d’une part, cela arrive quelquefois, et, de l’autre, parce que cette division est nécessaire pour bien tracer le plan du traitement de la maladie. La première période sera formée pour nous par cet appareil de symptômes que plusieurs médecins nomment cholérine; la seconde commencera au moment où la matière des garde-robes et celle des vomissements devient très liquide , séreuse , blanchâtre , semblable à du petit-lait ou à une décoction de riz, lorsque les crampe s commencent à se faire sentir, et que la sécrétion urinaire diminue ou se supprime ^ etc. [choléra confirmé de quelques auteurs); la troisième sera caractérisée par le refroidissement des extrémités , du nez et du visage , de la langue et de

CnOL^nA*MORBUS.

riialeine, par l’aflaiblissement et l’exlinclion de la voix , par la foute du tissu cellulaire des orbites, par la coloration vioî’cUe de la peau des mains et des pieds, elc^ {^choléra algide , choléra asphyxique ou période algide , période bleue du choléra) ; enfin la période dite de réaction formera notre quatrième période. G’est au reste la division la plus généralement adoptée. On pourrait à la rigueur admettre une cinquième période qui comprendrait la convalescence, cardiez beaucoup de malades, la convalescence est encore une maladie qui réclame toute l’attention du médecin.

Le traitement de la première période se compose d’un petit nombre de moyens. Il suffit souvent, pour la guérir, de prescrire un peu d'dSu de riz gommée que l’on édulcore avec du sirop de coings ; des lavements avec une décoction de racine de guimauve ou de son , ou de graine de lin , et de têtes de pavot , auxquels on ajoute de l’amidon et du laudanum; des cataplasmes sur le ventre,, des bains chauds et la diète : les bains sont très utiles dans cette période de la maladie. Mais pour peu que les symptômes aient quelque Intensité, il faut avoir recours à la saignée du bras , si le sujet est jeune et pléthorique, sinon aux applications de sangsues à l’anus, à l’épigastre >. ou sur le trajet du colon. Ici l’expectation serait imprudente, carde mal peut prendre lout-à-coup les caractères effrayants du choléra confirmé; il vaut mieux trop faire, en pareil cas, qu’attendre et rester spectateur inactif de la maladie, et malgré le peu de gravité des accidents, malgré même la conviction où Ton serait, qu’en temps ordinaire, un peu de régime et quelques moyens simples suffiraient à les dissiper, il faut se dire que toute la population se trouvant placée sous la iaulx de 1 epideniie, ceux qui en ressente ntdéjà les atteintes , quelque laibles (ju’elles soient, sont dans l’imminence d’un plus grand danger. Dans les premiers temps de 1 épidémie sur-tout, il faut voir toute al-

CHOLÉUA-MORBUS.

taque de cholérine avec un microscope , en grossir les symptômes de toute la peur que doivent inspirer ses suites possibles, et la traiter en conséquence. Il n’y a nul inconvénient à se conduire ainsi , tandis qu’il y a péril extrême à s’endormir dans une imprudente sécurité. On ne doit Jamais oublier que le choléra- morbus débute bien rarement avec tout le cortège de ses plus graves symptômes, que presque toujours, au contraire, des accidents légers en précèdent l’Invasion, que dans le plus grand nombre des cas peut-être, on pourrait en prévenir le développement, et que, par conséquent, il faut en traiter les prodromes comme si cette maladie était déjà déclarée.

Lorsque, dès le début, la diarrhée se montre accompagnée de vomissements, si la langue est en même temps sans rougeur sur ses bords et à sa pointe et recouverte d’un enduit limoneux, si la bouche est pâteuse, la soif peu vive, la peau fraîche et le pouls à peine accéléré , on peut tenter de faire avorter la maladie par l’administration de l’ipécacuanha, en ayant le soin, toutefois, aussitôt son effet vomitif pro-düit, de favoriser, par des boissons chaudes, la sueur générale qu’il a presque toujours fait naître. S'il est une circons-tance dans laquelle ce médicament puisse être donné en pleine sécurité, c’est , sans contredit , celle-ci; mais, hors ce cas, je ne conseille pas d’y avoir recours, d’autant que l’on peut obtenir aussi souvent le même résultat, et sans courir de chances défavorables , par la méthode antiphlogistique.

Le traitement par les boissons adoucissantes et légèrement astringentes , par les lavements et les cataplasmes émollients et narcotiqués , par les bains chauds , par les évacuations sanguines et par la diète , convient encore dans la seconde nériode du choléra-morbus ; mais on sent qu’il doit être beaucoup plus énergique. La saignée du bras , et sur-tout les applications répétées de sangsues , deviennent sur-tout

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l’ancre de salut. Il faut veiller avec soin à ce que les exlrei miles inf(5rieures ne se refroidissent pas; on place en conséquence, à cet effet, des vases remplis d’eau chaudeaux pieds et auprès des jambes du malade; on cherche meme à provoquer la transpiration cutanée, cette sécrétion, lorsqu’elle est abondante, diminuant toujours les vomissements, les coliques et la diarrhée 5 enfin on combat les crampes par des sinapismes et des potions laudanisées antispasmodiques. Que l’on se garde bien de recourir à l’emploi des stimulants internes dans eette période de la maladie, quelque faibles qu’ils soient, il est rare qu’ils n’aggravent pas très promptement les accidents ; le moment de les administrer n’est pas encore venu.

Deux indications se présentent à remplir dans la troisième période ou période algide, du choléra-morbus : d’abord , celle de modérer et calmer les vomissements , la diarrhée, les coliques et les erarapes, comme dans les périodes précédentes, en d’autres termes, celle de combattre les accidents inflammatoires , et ensuite , celle de provoquer la réaction.

Pour remplir la première, une saignée du bras, si le refroidissement n’est pas très considérable, et si le malade n’a pas encore subi d’évacuation sanguine, car plus lard je la crois dangereuse, par les raisons |que j’en ai déjà données. Des sangsues aux lieux convenables , des cataplasmes et des lavements, etc. , tels sont encore les moyens auxquels il faut recourir. Si les envies de vomir prédominent sur la diarrhée on prescrit des boissons acidulés , telles que l’orangeade, la limonade, 1 eau de Sellz factice. Si la diarrhée l’emporte au contraire en intensité, on administre de l’eau de riz de l’eau de gomme ou des sirops de gomme , de guimauve ou d’orgeat dans de l’eau. Dans l’un et l’autre cas, on fait avaler de la glace par fragments ; et dans le double but de combat Ire

CHOLEnA-MORBUS*

en meme temps ces symptômes cl les acculeots nerveux» on fait prenflre en outre au malacle une potion antispasmodique et opiacée, composée, par exemple, ainsi qu’il suit : quatre onces d’eau distillée de fleurs de tilleul , trente gouttes de laudanum de Sydenham, vingt gouttes d’éther acétique, une once de sirop de guimauve et une demi-once d’èau de fleurs d’oranger. Le vomissement se montre-t-il opiniâtre, tout en persistant dans l’emploi des évacuations sanguines locales, on retranche toutes les boissons , et l’on se borne à, faire prendre de la glace t s’il continue malgré ces moyens, on a recours à l’extrait gommeux d’opium par quarts de grain , et enfin au vésicatoire sur la région épigastrique. J’ai vu un de mes malades calmer très bien ses vomissements en conservant un fer à repasser bien chaud sur cette région , <lans laquelle il éprouvait une sensation de froid remarquable. La potion de Rivière n’a , en général , qu’une action de courte durée ; souvent môme elle ne produit aucun elFet; on la remplace toujours avec avantage par l’eau de Sellz factice. Est-ce le dévoiement, au contraire , qui se montre incoercible? on répète les appliça-tions de sangsues à l’anus, on augmente la dose du laudanum dans les lavements , mais on administre sur-tout les lavements tenant en suspension deux gros de diascordlum et six gouttes de laudanum de Rousst'au , dont j’ai déjà parlé, et qui m’ont si bien réussi.

On satisfait à la seconde indication que réclame la période algide du choléra, en enveloppant d’abord le malade dans mie couverture de laine bien chaude, en promenant ensjilte des sinapismes sur les divers points des extrémités, en vaporisant du vinaigre dans le lit , de la maniéré que j al precedeminnit indiquée, en entourant tout le corps de bouteilles d’eau et de briques très chaudes, enfin, en communiquant eiE outre de la chaleur au moyen de fers à repasser ou d’une bassinoire que l’on promène sur le malade. Il faut employer

CnOLÉRA-MORBUS..

CCS moyens sans relâche^ jusqu’à ce que l'on ailohtenu lensultat désire, ou que l’on en ait perdu l’espérance. Je ne parle pas des frictions avec la flanelle, avec des brosses ou avec ces^ liniments irritants parmi lesquels l’absurde mélange connu sous le nom de liniment hongrois jouait un si beau rôle; 1 expérience a prouve qu’elles étaient au moins inutiles quand elles ne contribuaient à refroidir davantage les malades. Si le froid de la peau est très considérable, le pouls insensible, la langue pâle et froide, si la cyanose commence , on associe à CCS moyens extérieurs l’emploi des infusions de tilleul et de feuilles d’oranger, de menthe, de camomille, de mélisse,^ de Ibé, de café; on donne aussi de l’éther et de l’acétate d'ammoniaque. Ces boissons peuvent être alternées avec les boissons acidulesou adoucissantes précédemment indiquées;, on les administre seules, si l’on juge que la stimulation ait besoin d’être un peu énergique; dans tous les cas , on continue la glace: mais lorsque l’on fait usage de ces excitants, on doit revoir fréquemment son malade, afin d’en suspendre immédiatement 1 emploi , pour s’en tenir aux stiraulanls externes, aussitôt que la réaction commence à se manifester.

J ai déjà dit que plusieurs praticiens avalent employé les affusions froides comme moyen de réaction , d’autres ïa rubéfaction de la peau du rachis par l’ammoniaque liquide, et que le succès avait fréquemment couronné ces tentatives très rationnelles. Bien que je n’aie pas eu recours à ces moyens et que par conséquent je n’aie pas pu en apprécier par expér.ence la valeur thérapeutique , je n’en conseille pas moins eur emploi, et je les crois efficaces. Justifiés par la théorie, leur utihte a été constatée par la pratique de plusieurs méecins istingims , on ne doit pas hésiter à y recourir dans Ja période asphyxique du choléra.

ncrc su vaut qu elle est trop forteou qu’elle reste renfermée Ams des lumtes couveuahles. Dans le premier cas , il consiste

CUOLEHA-MORBUS.

à coinballre toutes les congestions, toutes les plilegmasies qui se manifestent ou s’accroissent, par les saignées générales ou locales , et par toute la série ries moyens antlplilogistlques connus. Rien ne peut plus justifier alors l’emploi des stimulants internes, tandis que celui des excitants-de la peau continue de trouver son application. Lorsque, par exemple, des symptômes de typhus viennent à éclater, on doit aussitôt révulser sur les extrémités inférieures , au moyen des vésicatoires et des sinapismes , tout en appliquant des sangsues derrière les oreilles et de la glace sur la tête. Mais il ne faut pas prendre pour des accidents typhiques , le coma qui survient chez quelques malades, que l’on ait ou non abusé des narcotiques. Ce coma n’est accompagné ni de douleur de tête, ni de surdité , ni de soubresauts des tendons , etc. C’est un sommeil de plomb qui conduit à la mort. Les infusions de thé et de café, et les révulsifs cutanés, me semblent les meilleurs moyens de combattre cet assoupissement, contre lequel viennent souvent échouer tous les etforts du médecin. Dans le cas , enfin , où la réaction est régulière et modérée , le praticien devient sur-tout observateur. Entretenir la sueur ])endant deux jours au moins , en un mot, jusqu’à ce que tous les accidents aient disparu , continuer l’usage de la glace, des opiacés et des boissons acidulés ou émollientes, et la diète, c’est à peu près là tout ce qui lui reste à faire. Cependant il ne faut pas croire que le retour à la santé suive toujours immédiatement la réaction la plus reguliere et la plus modérée. Loin de là, il est assez fréquent de voir survenir sans cause connue, tantôt quelques vomissements,, tantôt un peu de diarrhée , souvent une vive douleur dans les hypocondres, dans le flanc droit, autour de rombilic, parfois tous ces symptômes réunis, et toujours alors un commencement de refroidissement. J’ai vu. ees accidents se reproduire ainsi deux et trois fols chez le même malade. Dans ces menaces de rechute , les bains chauds , emollieuls , et

CHOLKRA-MORBtrS.

prolonges, sont J’un grand secours, sur-tout lorsqu’au sortir de l’eau on a soin de placer le malade entre deux couvertures de laine, et de provoquer une forte transpiration , à l’aide des moyens dëjà tant de fois signalés dans le cours de ce travail. Quelquefois il suffit de rappeler la sueur pour faire cesser les vomissements , la diarrhée et les points douloureux de l’abdomen ; mais il faut toujours pour cela en prolonger la durée pendant vingt-quatre heures au moins. Rarement j’ai dû recourir aux émissions sanguines locales pour combattre ces accidents ; les ventouses sèches , les bains , les sueurs et l’emploi des opiacés , m’ont presque toujours suffi. Cependant lorsqu’une pression légère accroît les douleurs abdominales ou épigastriques , lorsque sur-tout elle fait découvrir quelque point engorgé, ce qu’il n’est pas rare de rencontrer dans le flanc droit ou près de l’ombilic du meme côté ( ces tumeurs sont probablement formées par la fin de l’Intestin grêle, le cæcum et le commencement du colon, enflammés), une ou deux applications de sangsues deviennent encore indispensables. Il en est de même si la langue rougit, si ses villosités se hérissent, si la soif s’allume, si le pouls devient dur ou s’accélère , et si en même temps les vomissements reparaissent.

Enfin , il est un symptôme incommode qui se prolonge souvent jusque dans la convalescence, c’est le battement, ordinairement non-continu , du tronc cœliaque ou de l’aorte abdominale. L’application d’une vessie remplie de glace , chaque fois qu’il se manifeste, le fait en général assez promptement cesser. Les émulsions et le sirop d’orgeat concourent efficacement à l’arrêter,

La convalescence des cholériques , continuellement traversée par de nouveaux accidents , exige les plus grandes précautions. 3ans cesse , on la voit troublée par les causes , en apparence, les plus insignifiantes. Parmi ces causes , le froid , lés impressions morales , et les écarts de régime , sont

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celles qui exercent la plus fâcheuse Influence. Et telle est lasusceptibilile des malades, je n’ose dire des convalescents, que le plus léger refroidissement des pieds, une simple contrariété, un bouillon plus fort que de coutume , sufTisent pour provoquer une rechute. Toute la surveillance du médecin doit donc porter sur ces trois ordres de ^causes, toutes les précautions doivent être dirigées dans le but de les écarter. Les convalescents éviteront donc de sortir trop tôt , et surtout le soir, de s’exposer à un courant d’air frais, de rester découverts pendant le sommeil ; ils ne reviendront que le plus tard possible aux aliments très nourrissants, aux consommés et aux viandes noires ; ils s’abstiendront sur-tout de liqueurs spiritueuses et de café, jusqu’à ce que leur guérison soit parfaitement consolidée. Mais que l’on se gardebien sur-tout de s’entretenir auprès d’eux de la mortalité qui les entoure, et des ravages de l’épidémie; qu’on leur épargne avec soin ces descriptions effrayantes de symptômes , auxquelles certaines personnes semblent se complaire; point de ces récits de morts rapides qui les effraient , alors même qu’il s’agit de personnes Indifférentes , ou qui ne leur sont pas connues ; à. plus forte raison, le silence le plus' absolusur la mort , et même sur l’état de maladiede leurs parents ou de leurs amis ; il faut écarter d’eux , enfin , tout ce qui pourrait devenir l’occasion d’une contrariété ou d’un chagrin d’effroi , d’un accès de colère. J’ai vu se développer des accidents graves, à la suite des plus légères émotions pénibles ; j’ai vu rechuter une de mes malades immédiatement après un aceès de colère ; trente-six heures étaient à peine écoulées qu’elle avait cessé de vivre. Dans toutes les maladies les rechutes sont flangereuses , mais dans le choléramorbus, elles entraînent souvent une mort presque instantanée. I.e traitement de ces rechutes ne diffère pas de celui de la maladie elle-même.

Les convalescents du choléra sont souvent tourmentés

CHOLÉnA-MOnCUS.

par une constlpalion très opinlalre ; on y remcJie aisément , en général, par un suppositoire de savon; (juclquefois on est forcé d’avoir recours à l’eau de Sedlilz ou à riiuile de ricin , pour la surmonter.

Traitement préservatif

On ne connaît aucun moyen de se garantir du clioléramorbus , et il en sera ainsi autant de temps que l'on ignorera la nature et la manière d’agir de la cause qui le produit. Le camphre, l’ail, les vinaigres aromatisés, les alcoolats, les sels odorants , les emplâtres de toute espèce, les chlorures sons toutes les foi’mes, ne me paraissent posséder aucune vertu préservallve. De graves inconvénients ont même élu la suite de 1 abus de quelques-uns d’entre eux, du camphre et des chlorures en particulier. Le premier a occasioné des maux de tête, des tintements d’oreille, des éblouissements et des vertiges, chez beaucoup de personnes 5 j’ai vu des femmes nerveuses se trouver mal à chaque instant, jusqu’à ce qu elles eussent enlevé le sachet de camphre qu’elles [lortaient sur la poitrine. Les chlorures ont provoqué de la toux , de 1 irritation a la gorge, et des chaleurs de poitrine, chez un très grand nombre d individus ; j'ai vu ces accidents prendie beaucoup d intensité chez une dame enceinte]; elle en est à peine débarrassée après deux mois d’invasion. Cependant il ne faut pas proscrire entièrement ces derniers, mais il faut en réserver l’usage pour désinfecter les lieux d’aisance, les plombs, les gargouilles, les salles d’amphiiheatres, les prisons, les hôpitaux, et tous les lieux où se rassemble un grand nombre d’individus. Restreint dans ces limites, l’emiiloi des chlorures ne jieut qu’être très utile. Quant au camphre, il n’a que* des iuconvénieuls , sans aucune compensation.

Toute la prophylaxie du ehoiéra-morbus se borne donc , comme je l’ai déjà dit, à écarter les deux ordres de causes

CnOIiÉtlA-MORBUS.

pr(^tl!Sposantes, cli^jà tant de fois signalées, savoir : les excitants des voies digestives et les excitations cérébro-spinales. Nous allons l’exposer en peu de mots.

En général , les personnes qui ont habituellement un régime sobre, quel qu’il soit , n’y doivent rien changer. C’est une grave erreur que de croire , par exemple, qu’il faille se priver de légumes et de toutes les substances végétales, pour se mettre à l’abri de l’épidémie; l’abus seul de ces choses peut nuire, mais leur usage fait nécessairement partie d’un bon régime. Plus d'un choléra-morbus a probablement pris sa source dans l’alimentation exclusivement animale, à laquelle beaucoup d’individus ont cru devoir s’astreindre. L’abus du thé et de toutes les boissons aromatiques n’a pas été moins funeste.

Quels sont donc les aliments dont il faut se priver? Tous ceux , d’abord , dont la digestion est en général difficile , tels que les haricots , les choux , la pâtisserie , etc. ; tous ceux, ensuite, qui, en temps ordinaire, provoquent le dévoiement chez beaucoup de personnes , comme la viande de cochon, celle de veau, les fruits verts ou de mauvaise qualité; tous ceux encore qui excitent trop fortement les voies digestives , comme le gibier, les viandes salées ou fumées, et par conséquent les épices, la moutarde et autres condiments de haut goût ; enfin les fraises et le melon , qui , tous les ans, produisent quelques exemples de choléra sporadique. Les glaces doivent être proscrites par la mémê raison.

Outre ces causes directes d’irritation gastro- intestinale, il en est dont l’action , pour être indirecte , n’en est pas moins réelle, et qu’il importe par conséquent aussi d'écarter, tels sont principalement le refroidissement des pieds et celui du ventre , et l’humidité en général. C’est pour prémunir contre leur action que l’on a généralement conseillé l’usage des chaussons et des ceintures de flanelle. Quoiqu on ait pu dire de ces précautions , je les crois bonnes ; la saison dans laquelle nous entrons les rend moins nécessaires.

CHOLERA-MORBtIS.

• Je ne sais si les excès ve'nériens ont été beaucoup moins funestes pendant l’épidcmie, que les écarts de régime. Des I faits assez nombreux prouvent du moins que leur influence I sur la production du cbole'ra-morbus n’est que trop réelle.

I On cite l’exemple de plusieurs élèves en médecine, frappés I par le fléaiï après une nuit passée chez des filles publiques.

, On raconte la mort de plusieurs personnes, arrivée peu de : jours après leur mariage; enfin, deux malades que j’ai pu in- I terroger sur ce point, m’ont avoué que celte cause pouvait bien n’être pas étrangère à l’invasion de leur maladie. Ne pourrait-on pas soutenir avec quelque apparence de raison , que les enfants doivent en grande partie à l’absence de cette cause, l’immunité presque complète dont ils jouissent? N’est-ce pas en partie aussi parce que le coït détermine un ébranlement beaucoup plus considérable dans le système nerveux chez les hommes que chez les femmes , que la mortalité pèse davantage sur les premiers ? Tout cela ne me paraît pas dénué de fondement , et je crois très sérieusement que, pour se préserver du choléra, il importe autant d’étre continent que d’ètre sobre.

Tout le monde connait la nécessité du calme , de la sécurité , et de la tranquillité d’esprit dans les épidémies. Depuis long-temps on a remarqué que les lionimes colères ceux qui sont en proie à de profonds chagrins, et sur-tout ceux que la peur de l’épidémie poursuit sans cesse, eu étaient assez ordinairement les premières victimes. Mais comment inspirer du calme et du courage. Ici la médecine est impuissante; c’est à la raison qu’il faut en appeler. Tous

les moyens de guérir les imaginations malades doivent être mis en œuvre.

Enfin, Il est quelques préceptes d’hygiène générale tou, ours applicables, toujours bous à suivre, mais nu’ii importe sur-tout d’observer en temps d’épidémie. Ainsi , la

malpropreté eu s opposant a la libre transpiration cutande, en entourant sans cesse les individus de miasmes , prédispose sans aucun doute, dans tous les temps, à contracter des’ maladies; elle peut donc, dans une épotjue d^dpidémie, devenir fatale. En conséquence , ou doit recommander de changer fréquemment de linge , de prendre de temps en temps des bains peu prolongés et de simple propreté. On doit veiller attentivement à l’entretien des plombs , des -i gargouilles et des fosses d’aisances , etc. , etc. j

L^entassement des individus dans des espaces étroits , en j viciant l’air qu’ils respirent, l’humidité des habitations et | des localités, eu affaiblissant la constitution des individus et t les rendant plus impressionnables à l’action des causes de ; maladie, portent toujours un préjudice notable à la santé; -i à plus forte raison, doivent-elles être nuisibles lorsqu’une j épidémie menace ou sévit déjà. De l’air, de l’espace, des j habitations salubres , voilà donc ce que réclame l’hygiène j publique et privée, mais malheureusement ce que la philanthropie la plus active ne peut pas procurer à tous.

Je ne terminerai pas sans dire un mot des bureaux de secours. On sait que dans le choléra-morbus , et sur-tout dans les premiers jours de l’Invasion de l’épide'mle, il importe beaucoup qu’il n’y ait pas de retard dans l’administration | des premiers soins. C’èst donc une chose indispensable , \ dans les villes où règne cette maladie , que l’établissement d’un ou de plusieurs bureaux de secours , suivant l’étendue f de ces villes , dans lesquels on soit certain de trouver à toute i heui'e du jour et de la nuit des médecins , des médicaments ' et des infirmiers. Ces établissements ne sont pas moins utiles par la sécurité qu’ils font naître que par la promptitude des secours qu’ils fournissent.

(Extrait du Journal universel et hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie • pratiques et des Institutions médicales.

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