MÉMOIRE
SUR LE CLASSEMENT DES MEDAILLES QUI PEUVENT APPARTENIR AUX TREIZE PREMIERS ARSACtDES.
(JttM., pt. a, *, 1839.)
(Extrait des Nouvelles Annales publiées par la Section de l'Institut archéologique. )
La numismatique des rois grecs n'offre pas de problème plus difficile à résoudre que le classement des médailles arsacides, jusqu’au treizième des rois parthes inclusivement.
Le travail de Vaillant sur cette question , le dernier et le plus imparfait des ouvrages de cet habile numismatiste , noffre qu'un classement absolument arbitraire et qui ne se base sur aucune donnée scientifique. Les travaux de Pellerin, d'Eckhel et de Barthélemy ont montré les erreurs de Vaillant, sans y substituer des données positives; et même il est arrivé à Pellerin d'introduire dans la question une nouvelle erreur que nous signalerons bientôt , et par l’effet de laquelle les ténèbres sont devenues plus épaisses, peut-être, quelles ne l’étaient auparavant. Visconti, nous regrettons d'avoir à le dire , a été à peine plus heureux que ses devanciers, et l'autorité de son travail n'a pas empêché M. Mionnet de porter,
2 Cf.ASSr.MF.XT DES MFDAlLf.ES
en dernier lieu, un jugement des plus sévères sur tous les travaux antérieurs , jugement qui fera voir ce qu’est aux yeux d’un homme dont l'expérience est universellement admirée , l’état de la science sur la question qui va nous occuper.
• Il est évident, dit M. Mionnet , qu a partir du commen-
- cernent de cette dynastie (celle des rois partîtes), jusqu'au
* règne d'Arsace XIV, la plupart des attributions qui ont été
- données aux médailles d’argent pur que nous connaissons ,
- et qui ont été frappées dans cet intervalle, sont très-dou- " tetises. Il est donc à craindre que les numismatistes, même
* les plus exercés, ne puissent de longtemps nous donner « des résultats satisfaisants , s'il ne se fait dé nouvelles et nom* « hreuaes découvertes. •
L’arrêt, comme on le voit, est des plus rigoureux, et semble interdire le nouvel examen d’un problème dont la solution nous échappe, faute de secours suffisants. Il est vrai qu’avaot de porter cette sentence, M. Mionnet venait de commettre une erreur plus grave encore que celle de Pellerin qu’il n'avait pas relevée; on peut donc dire que cette partie de la science numismatique a joué de malheur, puisque ceux-là même qui auraient dû nous servir de guides, ont compliqué les difficultés d’une matière déjà par elle*mème on ne peut pas plus épineuse et incertaine. L’espérance que nous avons conçue d’éclair* cir quelques-unes des principales difficultés ne paraîtra point téméraire, si Ion réfléchit que le premier résultat de notre travail doit être de détruire les données inexactes qui embarrassent le plus la question. Nous ne croyons pas nous faire illusion en regardant ce service comme suffisant pour justifier notre tentative, quand bien même nous ne serions pas plus heureux que nos devanciers dans le classement que nous allons proposer.
La série des médailles des rois parthes se compose de deux classes distinctes, et dont l’origine différente a été suffisamment démontrée. Les tétradrachmes ont été frappés dans les villes grecques des bords de l'Euphrate soumises à l'empire des Arsacides, principalement à Séleucie et à Ctésiphon. La
première période de la monarchie des Parthes n'a offert , jusqu’à ce jour, qu’un seul exemple de ces tétradrachmes. La •uitenon interrompue n’en commence qu'au quatorzième Arsacide, Orode, le vainqueur de Crassus. Visconti a eu le mérite, selon nous incontestable, de reconnaître les pièces d’Orode dans les deux classes , celle des tétradraclimes et celle des drachmes; et comme, à partir du successeur d’Orode, les pièces de grand module portent des dates tirées de 1ère des Séleucidcs, il a été facile, à peu d’exceptions près, de donner une attribution exacte aux pièces de cette classe, depuis Orode jusqu'à la tin de la monarchie des Parthes.
L’autre classe des médailles ar&acides est celle des simples drachmes, dont la fabrication est émanée, non de» villes grecques soumises aux Parthes , mais du centre même de l’empire : ces pièces ne forment pas toujours avec les tétradrachmes une suite parallèle. Les deux classes dans leur développement ne paraissent se rencontrer avec certitude que trois fois : premièrement, sous le règne du prince pour lequel a été frappé le tctradrachine unique de la première époque ; 2° sous Orode; 3“ sous Gotarzès, le vingt et unième Àrsacide.
I.a suite la plus nombreuse des drachmes semble répondre à l’époque qui ne fournit pas encore de tétradrachmes, c’està-dire aux treize premiers règnes. Les drachmes frappée» postérieurement , sont en général trop barbares pour qu'on puisse leur donner des attributions certaines.
On comprend , d'après ce qui vient d'étre dit , les difficulté» de classement qu’offrent des pièces d'un aspect uniforme , frappées dans une période de temps peu étendue , et pendant laquelle l'application des règles de l’art n'avait dû subir que de légères modifications.
Des obstacles du même genre se sont déjà présentés à plusieurs reprises, princ -i paiement dans la suite des rois de Syrie. Le retour fréquent dans cette suite des noms de Séleucus et d’A-nliochus, que n’accompagne d’ailleurs, jusqu a une certaine époque, aucune espèce de surnoms , a réduit souvent les numismatistes à chercher les éléments de leur conviction
soit dans l'étude délicate et incertaine des caractères iconographiques, soit dans la variété des types qui accompagnent ces portraits ou les remplacent.
Le classement des premiers Arsacides est plus difficile encore à certains égards. C'est peu qu’un type unique et presque invariable et une application moins habile des finesses de l'art grec à l'exécution des portraits; il faut encore que sur toutes ces médailles se lise un seul nom, celui d'Arsace. Les auteurs anciens nous apprennent, en effet, que les rois partîtes, en l'honneur du fondateur de leur monarchie, ne portaient officiellement que le nom d'Arsace, et nous ne trouvons sur les monuments numismatiques une première dérogation à ce principe que sous le dix-huitième Arsacide, Yononès, élevé à Home , et devenu bientôt odieux à ses compatriotes à cause de son mépris des traditions nationales.
Il est vrai qu’au bout de peu de temps, cher les Arsacides, la pompe du cérémonial de l'Orient l'emporta sur la simplicité hellénique. Dès les premiers règnes, A rsa ce est déjà le grand roi ; et bientôt après, à ce titre vient se joindre une série d’épithètes qui se compliquent de plus en plus, jusqu'à ce qu’elles s’arrêtent enfin à une formule étendue qui reste la meme jusqu'à la fin de la monarchie. Depuis l'époque des premières médailles jusqu’à cette fixation , qui répond au règne si remarquable d'Orode, l’accroissement progressif des titres royaux, comparé à la substitution également graduée du style oriental (tel que les monuments de Persépolis en offraient le modèle) au style grec, sert, il est vrai, de fil conducteur dans le débrouillement des premiers Arsaces : cet élément de critique serait môme d’une toute-puissante efficacité, si chaque prince, pendant la durée de son règne, était resté fidèle aux mômes surnoms; mais l’expérience nous démontre que plus d'un A rsa ce a modifié , à plusieurs reprises , l'ordre ou le nombre des titres dont il se parait.
L’uniformité du type adopté par les Arsacides est un fait qui doit peu nous étonner , si nous réfléchissons a l'origine de ces princes et au caractère de demi-civilisa-
DE* PREMIERS ARSACinE*. 5
lion qu'ils avaient imprimé à leur monarchie; la prétenlion d'Arsace et de Tiridate son frère, de se rattacher à la famille des Achéménides, n’était qu'un prétexte pour se concilier la faveur des Perses; mais les Parthcs dont ils étaient sortis, tenant à peine le milieu entre la barbarie des no/nades et la culture des anciens sujets de Darius, les Partîtes naturellement peu portés à adopter la sévérité de la discipline religieuse de Zoroastre, se rangèrent de préférence à l imitation des Grecs, dont l’inûuence était toute-puissante en Asie depuis la conquête d'Alexandre. Sous le rapport de la religion seulement, ils ne furent pas plus Grecs que Perses , et leur indifférence sauvage à cet égard , en maintenant parmi eux l'empire presque exclusif de la force brutale, prépara contre leur autorité la réaction principalement religieuse qui éclata à l'époque des Sassanides. Il suit de là, que les types religieux qui dominent dans la monnaie grecque sont presque complètement étrangers à celle des Arsacides.
Pellerin a bien vu que les drachmes des premiers Arsaces offraient une imitation du type principal adopté pour les monnaies d'Antiochus Soter et de ses premiers successeurs ; mais du caractère religieux de ce type, il ne subsiste qu'un seul détail , dont très-probablement les Parthes ne comprenaient pas la valeur. Les médailles des rois de Syrie nous font voir Apollon assis sur l'omphalos. Les drachmes des Arsacides substituent à ce type , qui devait avoir un grand crédit commercial en Asie, à cause de la pureté de l'argent employé aux monnaies des Séleucides, la figure d'Arsace lui-même, assis sur l'omphalos et tenant lare à la main. L’emblème d'Apollon ne subsiste là que par un motif commercial , et nullement religieux; aussi le voyons-nous bientôt disparaître pour céder la place à un trône : dès lors le type arsacide n’aplus, même en apparence, rien qui rappelle la religion des Grecs. On conçoit qu’il n’en soit pas tout à fait de même pour les pièces frappées à Séleucie; et en effet, sur ces pièces, l'influence de la religion grecque lutte avec quelque avantage contre les idées toutes politiques des Parthes.
Les difficultés qui résultent de cette constante uniformité dans le nom des rois et le type monétaire sont, comme on le voit, immenses par elles-mêmes. Diverses causes d'erreur sont venues encore les aggraver : on n'a pas réfléchi d'abord que les Parthes étaient restés longtemps dans un état presque absolu de barbarie, et l*on a voulu, non-seulement faire remonter jusqu a l'origine de cette monarchie quelques-unes des pièces que l'on possède avec le nom d’Arsace , mais encore fournir les premiers règnes de monuments numismatiques. Cette préoccupation est manifeste principalement chex Vaillant, qui donne à Arsace 1 er , lequel n‘a eu que deux ans d'indépendance dans les montagnes de laParthie, une médaille qui joint trois épithètes au titre de Roi des Rois.
Visconti, avec des monuments plus nombreux et une critique infiniment supérieure, n’a pas tout à fait échappé à cet inconvénient. Son Iconographie grecque nous montre des portraits du second , du quatrième et du cinquième Arsacide. Si ce grand archéologue avait pu se résoudre à laisser quelques lacunes dans les séries iconographiques de l'antiquité , nous n'aurions pas à déplorer quelques-unes des plus graves erreurs qui déparent son beau travail. Cette faiblesse, dont on remarque malheureusement trop de traces , a influé ici plus qu'ailleurs peut-être sur la rédaction de l'Iconographie grecque; et quand, lors de l'impression du supplément de cet ouvrage, une pièce alors nouvelle surgit pour offrir la preuve, suivant nous , convaincante, que la série non interrompue des drachmes arsacides ne devait commencer qu’au sixième roi , Mithridate 1 er , Visconti, nous le croyons, manqua du courage nécessaire pour réformer ses premières assertions, et renoncer au moins à un des portrait* qu'il avait d’abord admis : au lieu d'en venir U, il aima mieu* , à force de subtilités, contester les témoignages de l'art et de la chronologie. Rétablir les droits de la science est un devoir qui nous reste après lui, puisqu'il n'a pas voulu l'accomplir; en agissant ainsi, nous espérons faire un meilleur usage des armes qu'il a lui même fournies.
DES PREMIERS ARSACJDES.
Je n'<ai point épuisé les reproches que l'illustre auteur de ' l'Iconographie grecque me paraît avoir mérités. Pellerin avait abusé, dans l'examen d'une drachme des Arsacides, delà faculté qu'il possédait au plus haut degré de lire des médailles indéchiffrables pour tout autre numisma liste. Une pièce d'un roi dont les titres ordinaires sont : BA2IAE02 METAAOY AP2AKOY 6E0II AT0P02 EÏEPI'ETOY (pi. A, 1839, n° 10), présentait sur lecAté droit, au-dessus du mot METAAOY. les vestiges de quelques lettres qu'il avait ainsi reconstituées : 2ANATPOIK.. . . et rapprochées du nom d'un foi parthe nommé par Lucien 2rvotp0o x>.r,ç , p;ir Phlégon de Tralles 2tvaTpovxa;, et par Appieri 2ivrp«r;. La découverte de Pellerin fut admise sans contestation par tous les numis- * matistes ; Eckhel , le premier , l'enregistra dans son grand ouvrage, et nous ne saurions nous montrer sévères à son égard, puisqu'il n’avait point eu la pièce originale sous les yeux. Chose plus étonnante ! Visconti reproduisit, dans son Iconographie grecque, la médaille du prétendu Sanatrœcès. Il annonça même que le dessin qu’il donnait avait etc copié d'après la médaille originale . M. M ion net suivit fidèlement la trace de Pellerin et de Visconti. On pourrait croire qu'après de telles autorités, la leçon de Pellerin doit être regardée comme irréfragable ; il n’en est rien pourtant, et l’examen scrupuleux de la médaille ne fournit pas les éléments nécessaires à la leçon 2ANATPOIK..
Mais s'il est facile de détruire l'autorité de la leçon de Pellerin , il n'est pas aussi aisé de restituer la véritable légende. Tout, dans ce monument, offre un caractère de singularité, qui néanmoins ne peut foire révoquer en doute l'authenticité de la pièce. Cest, à cet égard, une médaille de tous points excellente, et qui mérite unè confiance entière. 11 existe d'autres pièces semblables pour le travail et le caractère de la tête, mais qui portent simplement les titres que nous avons cités plus haut : BA21- AE02 MErAAOÏ AP2AKOÏ 0EOI1A T0P02 EÏEPrETOY (pl. B, 1839, n* 12}. Cette légende est disposée en quatre lignes, trois simples et une double, la première placée au-dessus de la
tête d Arsace assis, la seconde devant lui, la troisième au-dessous, elle reste derrière le trône du roi; aucun vestige d'inscription n'existe entre le premier mot BA2IAE&2 et le second META* AOY. La médaille attribuée, par Pellerin à Sanatrœcès, offre au contraire les vestiges non-seulement d une ligne, comme l'a cru ce numismatiste , mais de deux , entre BA2JLAEXY2 et MErAAOY. Les lettres qui composent ces deux lignes sont extrêmement frustes, surtout celles de la ligne supérieure. Après un examen long et réitéré, j’ai cru distinguer les deux fragments de mots qui suivent: TO PO Y. . AT AC T PATE. Une pièce inédite du cabinet de feu M. le duc de Blacas, et dont je dois la communication à l'obligeance de mon savant confrère M. Reinaud (n* 1 1, pl. Bj, n’offre aucune trace des lettres de la ligne supérieure TOPO Y, mais on lit distinctement au-de^ sous, comme sur la drachme de Pellerim KATACTPATEIA. Cest ce mot KATACTPATEIA dont Pellerin a fait 2ANATPOIK : mais cette dernière leçon est impossible, par la raison surtout que la partie la plus lisible se compose des lettres TACTP, sur lesquelles on ne saurait varier.
Je dois faire remarquer cette singularité, que les deux sigma du nom xarocTpaTeia sont lunaires, tandis que ceux du reste de la légende ont encore la forme carrée et brisée dans la hauteur, des inscriptions plus anciennes. Les deux lignes supplémentaires de la médaille de Pellerin , le mot xaracTpaTciot de celle de M. de Blacas auraient donc été tracés par une autre main que celle du premier graveur de la pièce : ils auraient été ajoutés sur le coin, peut-être par l’effet de circonstances nouvelles, et qui nous sont complètement inconnues. Je ne me charge pas, du reste, d'expliquer les mots • . . yopou xxT«erpaT£ia J les conjectures que je pourrais produire, pour résoudre cette énigme, manqueraient absolument de base. Je livre donc ces éléments nouveaux d'investigation à la sagacité des numismatîstes, et, pour mon compte, je me contente du résultat négatif de cette recherche, lequel consiste dans la proscription nécessaire et définitive, à ce que je crois, du prétendu Sanatrœcès.
Les conséquences de la lecture de Pellerin étaient graves, et devaient porter, plus que tout autre motif, la perturbation dans le classement des médailles arsacides. L'effet en était de rendre incertains et illusoires tous les arguments qu'on aurait pu tirer, pour l'arrangement de cette suite, soit du caractère de l'exécution des pièces , soit de la complication croissante des titres. Ainsi les médailles du prétendu Sanatroecès se trouvaient placées après celles du roi, dont les titres sont :
BA2IAEA2 METAAOÏ AP2AKOÏ 4>IA0IIAT0P02 Eï- EPrtiTOr Em<I>ANOr2 KAI «WAEAAHN02, et pourtant les monnaies données à Sanatroecès nous offrent un travail grec encore pur, un relief doux , et une imitation fidèle de la nature. Les cheveux du roi sont disposés à la grecque ; tandis que la pièce, que nous venons de citer, et qu'on donnait à Mithridate II, se distingue par une tendance plus marquée à l'idéalisme oriental, par un relief plus fort, et par une coiffure tout à fait médique. Ces difficultés n'ont point arrêté Visconti, et même , nous le disons à regret , sa préoccupation était telle , qu’il n'a pas craint de reconnaître sur la médaille attribuée a Sanatroecès le portrait d'un prince âgé , uniquement parce que l'histoire faisait monter Sanatroecès octogénaire sur le tronc des Arsacides.
Nous ne craignons pas de nous inscrire en faux contre cette dernière observation de Visconti, comme contre les précédentes. Le portrait du prétendu Sanatroecès est celui, non d’un vieillard , mais d'un homme de quarante-cinq ans au plus. Nous avons les portraits de plusieurs Arsacides Agés , et l'aspect en est absolument différent de celui des médadles attribuées à Sanatroecès. J'ajoute que Sanatroecès était contemporain de Tigrane, et que dans le siècle suivant (1) Trogue Pompée et Strabon (2) s'accordèrent à dire que le seul nom jusque-là porté officiellement parles rois parthes, était celui d’Arsace;
(I) Ap. Justin , XLI, S, 6 . Cuja* mcmaruB base honorent Pirthl tribuerunt , onof» csio4« rege» mm Artarit nomme initie «peut.
(3) XV. p. 703. 'Ap*w*ai yxp x a) vivrai irdvtt;.
10 CLASSEMENT ORS UKDAI LLK5
que les monuments numismatique* antérieurs à Strabon, ou contemporains de ce géographe, confirment l’exactitude de la remarque; que la médaille du prétendu Sanatrœcès, formant seule exception à l'application de cette règle, serait par cela même suspecte; enfin, que la place assignée dans 1a lecture de Pellerin , au nom de Sanatrœcès, aurait dû exciter quelques doutes dans l’esprit des juges compétents. Et, en effet,
011 peut considérer, comme sans exemple et comme contraire à toutes les règles , l’insertion entre BA2IAEÎ12 «*t MET A AO Y duu antre mot que celui de BA2IAE&N ; les deux noms, le nom générique et le nom particulier du roi, A Pi. A KH! et 2ANATP01KII2 , auraient dû être placés à la Miite l'un de l'autre : on aurait dû lire : BAÜAElii META- AO Y APZA&OT 2ÀNATPOIKOY ou BA2IAEO! META- AOY 2ANATPOI K.OY AP2AK.OY. La leçon proposée par Pellerin , BÀ2IAE02 2ANATPOIKOÏ METAAOY AP2A KOY , présente une perturbation des formes ordinaires, dont les monuments niimismatiques les plus incorrects et les plus négligés n'offrent pas un second exemple. Sous quelque point de vue que nous envisagions la question, la leçon 2AN ATPOiK nous paraît dépourvue de raison et d'autorité; en la rejetant, nous reconquérons le droit d’assigner au roi, qu'on en a gratifié, une place plus conforme à la beauté de son portrait , et, dans la plupart des cas, à la simplicité de sa légende.
Je viens de signaler une erreur bien grave de la part d hommes tels que Pellerin et Visconti ; je dois maintenant eu relever une autre qui me cause, s’il est possible, encore plus d’étonnemeut. Je trouve décrit dans le supplément de M. Mionnet, sous le n° 1 1 , un tétradrachme du cabinet de M. de Magnoncour, dont la légende se lit : BA2JAEH2 13 A1I- AE1LN AP2AKOY EYEPrETQY A1KAIOY EIll$ANOY2 4>lAEAAHN02 ( pl. B, n - 19), et la date est celle de lannee POP, 1 73 des Séleucides, c’est-à-dire, précisément celle qu oi» lit sur le seul tétradrachme de la première époque dont Visconti ait eu connaissance. Visconti, par des motifs que nous discuterons bientôt, ayant cru devoir attribuer ce tétradrachme à
DES PREMIERS AESACIDES.
Phraate II, le septième A rsa ce, M. Mionnet en conclut que la médaille de M. de Magnoncour doit être donnée au même prim e ; il est vrai qu en même temps M. Mionnet constate une différence totale entre les deux pièces, soit sous le rapport iconographique , soit en ce qui concerne la fabrique et le titre du métal. Mais, quant au premier point , M. Mionnet s en rapporte entièrement à Visconti, lequel a en effet constaté que, en 173 des Séleucides, Mithridate I er , père de Phraate 11, vivait encore, et est parti de là pour supposer, d'une manière, selon nous, tout à fait gratuite, que le père et le fils avaient régné en commun pendant le cours de cette année 173. De là s'élève pour M. Mionnet la question de savoir auquel des deux Arsaces, de Mithridate I* r ou de Phraate II, on doit attribuer la médaille de M. de Magnoncour, comme si on n’aurait pas dft s’enquérir avant tout d'où venait que le portrait figuré sur cette médaille nofïrait aucune espèce d’analogie avec celui qu'on trouve sur les pièces données jusqu'à ce jour, soit à Mithridate I" , soit à Phraate II. Ce n'est pas tout : M. Mionnet , après avoir soulevé la question , qui devait être si grave à ses “yeux, de la différence totale des deux pièces sous le rapport de la fabrique et du titre du métal , ne propose aucune explication de cette différence : il se contente d’ajouter que son opinion ne doit pas être prise pour une assertion positive , mais seulement pour une probabilité.
La médaille qui a soulevé toutes ces difficultés est aujourd'hui entre les mains de M. de Magnoncour, fils et héritier de celui qui l’avait communiquée à M. Mionnet ; transportée à Paris , elle a pu être examinée avec soin tant par moi que par d’autres nuniismatistes : en étudiant cette pièce , même sur une empreinte qui m'avait été donnée précédemment par M. de Magnoncour, j’ai pu me convaincre que les lettres TOP, d’ailleurs confuses et empâtées , comme il arrive pour les médailles de la décadence des Arsacides, ne devaient pas être considérées comme numérales. Leur place, il est vrai, dans le champ, au-dessus des figures qui en occupent le centre, est ordinairement celle qu'occupent les dates tirées de
1 ère des Séleucides; mais, par une exception peut-être unique, à l’exergue de la pièce on lit le mot ETOYCf*. . . , ce qui prouve que, contrairement à l'usage, la date avait été placée à l endroit où se trouve le plus communément le nom d’un mois macédonien (1). Je trouve une singularité du même genre sur un tétradrachme d’Arsace XIX (Arlahan III), décrit par M. Mionnet (Suppl., VIII, p. 444, n® 44): 1a date de cette pièce (AAT, 334) , inscrite au revers, se lit une seconde fois au droit, devant le profil du monarque. De toutes les médailles de la suite des Arsacides, celles d’Artaban III sont celles qui, pour le travail et le caractère du portrait, ressemblent le plus au prétendu Phraate II de M. de Magnoncour. Nous reconnaîtrons donc Arlahan III sur cette dernière médaille, et nous en fixerons l’exécution à l’année d’avant celle du tétradrachme précité, en complétant ainsi 1a légende de l’exergue : ETOYCTAT (l’an 331) (2). Rapproché de médailles du meme siècle, le tétradrachme de M. de Magnoncour offre, comme portrait , comme fabrique et comme métal , ces analogies que M. Mionnet regrette de ne pas trouver dans la comparaison «le ce tétradrachme avec celui que Visconti a donné a Phraate II. Nous n’aurons donc plus à nous inquiéter «le l'intrusion d’une pièce de ce caractère parmi les monuments du premier âge de la monarchie arsacide , et nous rendrons grâce à M. Mionnet de ce que la préoccupation d’uue difficulté vraiment imaginaire l’a conduit à prononcer sur 1 ensemble des travaux antérieurs un arrêt sévère, et qui jijstifie de notre part la tentative d’un nouveau classement.
(1) f.V»t M. de Long|wrirr qui a appelé imKi attention »ur l« legrude «le l'eaergur <|Oe M Mionnet limait : ZOrCXA.
(2) M de Longpêrter ( Detcr . 4tt mèé. 4m cab 4e M. de Magnumcour. p. 82) lit mr la médaille ETOVCH (T)» et l'attribue à Phraate IV. Je UC disconvient pat qu'on ne dit bague immédiatement âpre» le T une barre trop lion ion taie peut-être pour qu'un la considère comme le premier jambage d’un lambda , mat», «tari» ceeas, on pourrait «opposer an K âpre* le I\ c* qui donnerait la date l'KT (323); Viacouti place, par conjecture, le commencement du règne J’ Vrtabao III à Tan 326; mai* Artaban III peut aroir fait frapper de* médaille» pendant ta lutte arec Vononé* : eu tout ra», la télé me «emhie être celle d’Artaban et non relie de Phraate IV.
La suite , ainsi réduite à ses éléments authentiques * n'est pas pour cela privée de toute difficulté. Avant même la publication du tétradrachme de Payne Knight, qui n’a paru que dans le supplément de l'Iconographie grecque, on ne possédait aucun guide assuré pour déterminer la part qu’on doit assigner dan cette série aux cinq premiers règnes de la monarchie. I/CS deux drachmes dont l'une porte la simple légende : BA21AEÜ2 AP2AK0Ï , et l’autre BA2IAEH2 MErAAOT AP2AK0Y , sont évidemment les premières en date. On doit y joindre les deux médailles de bronze publiées par Sestini (I), et qui noffrent aussi que la légende originaire : BA2IAEIÎ2 AP2AK.0Y. Ce ne sont pas nécessairement, comme la pensé Sestini, des médailles du premier Arsace ; mais on doit les mettre ati rang des plus anciennes que les rois partîtes aient fait frapper, après la déclaration de leur indépendance. Les deux pièces de bronze publiées par Sestini, présentent au droit la tête de Minerve casquée. Les deux drachmes précédemment signalées ont le portrait d’un roi imberbe , coiffé d’une tiare , dont la forme rappelle celle du bonnet phrygien. Après ces pièces , on voit apparaître une monnaie dont la légende , encore toute primitive, est BA2IAEH2 METAAOÏ AP2AK0T , mais dont la tête barbue et diadémée n'est plus celle des premières drachmes. Visconti , qui a publié cette pièce dans le supplément de son Iconographie, l'a donnée à Arsace IV Priapatius. Nous nous expliquerons plus tard sur la valeur de cette assertion (2).
En suivant cette voie de la progression dans les titres , qui est incontestablement exacte , on arrive à un prince qui joint le nom & Eprpkane anx titres précédemment adoptes. La légende est BA2IAEA2 MEI'AAOÏ AP2AKOÏ Éni4>A- NOY2 (pi. A, n°*5 et 6). Il est barbu et diadème: ses traits offrent l'aspect d'une maturité vigoureuse. Pellerin, qui donnait les deux premières drachmes avec la lête imberbe à Arsace I", attri-
(1) Clattti ftnemlet. p. ISO, Mioaaet, Suppl. VIII, p. 42W, n“ I et 2
(2) y «J pu» b«» , 207, note I .
! 4 CLÂSSËME5T DES MÉDAILLES
bua les monnaies du roi surnommé Epiphane , à Tiridate son frère. Mais Eckhel, qui combattait déjà en cette circonstance la tendance que l*on a perpétuellement en archéologie à faire remonter sans preuves , le plus haut possible , le plus ancien monument d'une série , Eckhel fit voir qu‘il y avait quelque invraisemblance à rattacher les premières médailles des Parthes aux deux années si obscures , si pauvres et si troublées du premier Arsace, et il fit mies cendre les deux pièces en question au règne de Tiridate, le premier prince qui ait, en effet, établi d'une manière solide l'indépendance de sa nation. Il s'aperçut en même temps que , pour arriver au roi surnommé Epiphane, il fallait sauter au moins deux règnes, celui d'Artaban I** et celui de Priapathis, et supposant une influence de la monarchie des Séleucides sur les rois par thés , leurs perpétuels rivaux, il en conclut que le roi qui s'était arrogé le surnom d’Epiphane , devait être contemporain d’Antiochus IV Epiphane. Cette considération le détermina à donner la médaille qui porte ce surnom ,à Phraate I“, fils aine et successeur de Priapatius.
Le rapprochement proposé par Eckhel me paraît fondé; mais l'application qu’il en fait ne saurait être considérée comme rigoureuse. Dans l’incertitude qui règne sur l’avénement et la durée des règnes des premiers Arsacides, on ne peut affirmer avec précision , quel était , de Phraate 1" ou de Mithridate 1", le contemporain d'Antiochus Epiphane. Les points fixes de chronologie dans la période qui s'étend depuis la révolte des Partîtes, sous Arsace I" , en 256 avant J. C. , jusqu à la mort de Phraate II, fils de Mithridate 1", lequel périt dans une bataille contre les Scythes, vers l’an 126 avant l’ère chrétienne, sont fort rares, et ne répondent pas en général aux commencements des règnes. On a ainsi 130 ans à répartir en sept règnes , dont le premier n'a duré que deux ans : restent 128 ans pour six règnes : moyenne de chaque règne, vingt et un ans et quatre mois ; ce qui est assurément fort considérable , surtout si l'on réfléchit que dans cet intervalle il n'y eut que cinq générations, Mithri-
DBS PR BMI BBS ABSACtOBS.
liait? I* 1 ayant succédé à son frère Phraate l" ; que même un prince de la quatrième génération , Artaban 11 , frere de Phraate 1" et de Mitliridate I", se trouva encore vivant apres l’an 126, pour succéder à son neveu Phraate 11. Il est vrai qu’en fixant avec Eusèbe le commencement de la monarchie à l'an 248, et en considérant cette année comme celle où Tiridate prit publiquement le titre de roi, six ans après la mort de son frère Arsace, on parvient à placer vers Tan 210 avant notre ère, la fin du règne de Tîridate, qu’un sait avoir dure trente-sept ans ; ce qui borne la durée totale des cinq règnes suivants à quatre-vingt-quatre ans : moyenne dix-sept ans pour quatre-vingt-cinq ans. Le dernier de ces règnes, celui tle Phraate 11, na certainement pas eu cette durée, puisque Mithridate 1", son père, vivait encore l’an 140. Soient donc quinze ans pour le règne de Phraate II, restent soixante-dix ans pour quatre règnes, dont le plus long comme le plus glorieux a été celui de Mithridate l €r ; dans ces soixante-dix ans, qui s étendent de l’an 210 à l’an 140, nous n’avons d’autres points de rencontre chronologique, que la paix conclue entre Antiochus le Grand et Artaban I", fils de Tîridate, III e Arsacide, l’an 207 , et la prise de Babylone par Mithridate I”, l'an 153. Comme ce succès de Mithridate n’était point le premier, il est permis de faire remonter son avènement au moins dix ans plus haut, c’est-à-dire , à l'époque bien connue de U mort d’Antiochus Epiphane.
Mais ce n’est point assez : Justin nous dit que Mithridate mourut dans une glorieuse vieillesse : Gloriosa senectute decedtt (xli, 6, 9); et par ces mots on doit entendre une vie de plus de soixante années. 11 n'y a donc rien d’invraisemblable à croire que MiChridate passa au moins la moitié de sa vie sur le trône ; ce qui rapporterait son avènement à la couronne à l’an 170 environ. Une autre considération peut servir à préciser cette époque d’une manière encore plus vraisemblable. Les progrès des Arsacides avaient été arrêtes par Antiocbus le Grand. Artaban I” , à peine monté sur le trône, eut peine à défendre son indépendance contre le roi de Syrie, et le traité qu'il sous-
cri vit après ses défaites le contint dans d'étroites limites. Les victoires des Romains sur Antiochus tirèrent les Parthes de cette espèce de tutelle , et l'abaissement de la puissance syrienne détruisit les digues dans lesquelles les Arsacides avaient été jusque-là contenus. La défaite d'Andochus est de l'année 190, et sa mort suivit trois ans après. Nous ne savons qui régnait alors sur les Parthes; mais Justin nous apprend que le prédécesseur de Mithridate, Phraate 1 er , soumit les Mardes ( xli ,5,9). Ces peuples, qui confinaient à l'Arménie , étaient placés sur le chemin de l'empire des Séleucides. L’entreprise dirigée contre eux indique le commencement de l'exécution d'un plan qui ne put être entamé qu'après l’abaissement d'Antiochus le Grand. L'histoire n’a pas conservé de Phraate I er un autre souvenir; il dut donc régner peu de temps, mourir jeune; et ce qui le montre encore , c’est la préférence qu'il donna à Mithridate sur ses propres fils : ceux-ci se trouvant sans doute, au moment de sa mort, encore enfants et hors d'état de suivre le développement de ses projets de conquête. Entre l'époque de la mort d'Antiochus le Grand, 187, et la date conjecturale de l'avénement de Mithridate 1", 170, on trouve un espace suffisant pour tout le temps qu’a dû régner Phraate P*. Ce dernier a-t-il occupé le trône pendant ces dix-sept années P 11 est permis d’en douter , puisque Justin (xli, 5, 9) assigne expressément quinze ans de durée au règne de Priapatius, son père; si donc nous réduisons à dix ans le règne de Phraate 1", en plaçant son avènement à l’an 1 80 , nous faisons remonter le commencement de Priapatius à 195 environ. Il reste quinze ans jusqu'en 210 pour le régné d'Artaban l* r . La vérité absolue, si de nouveaux monuments la font découvrir, ne pourra s'éloigner beaucoup de ces hypothèses (I).
(I) Aéd tic rendre plus rUin 1rs résultats de nos recherche*, non» dcmnoai ici, •ou» forme de ubleao rbroBologiqae , les principe ui fait» de la première époque de» Arsacides , tels que bobs les avons établis.
Avant l.C.
ISO — I A rsace I".
Ces données étant admises, dans le dénûment où nous sommes de témoignages positifs, si nous les comparons avec les dates précises du règne d'Antiochus Epiphane, nous arriverons à reconnaître que ce prince na pu monter sur le trône quaprès l'avènement de Phraate i’ r , et que déjà, quand il mourut , Mithridate I" devait être roi des Partbes depuis un certain nombre d'années. En effet , Antiochus Epiphane devint roi en 173. Sa mort est del‘année 164, six ans après l'époque présumée de lavénement de Mithridate 1". N’y a-t-il pas autant de raison d'attribuer à Mithridate I” qua Phraate l" le surnom d'Epiphane, et même , si l'on admet qu'un roi des Parthes a adopté le surnom d’un roi de Syrie , son contemporain, n'est-il pas plus naturel d'attribuer une telle intention à un prince qui, comme Mithridate, ne serait arrivé à la couronne quaprès I époque de lavénement d Epiphane, qua un roi qui, tel que Phraate, serait monté avant lui sur le trône? La question ainsi posée ne saurait guère être résolue d’une autre manière (1).
254 11. Mort d’Àrsaee 1". Tindate. sou frère, loi succède.