INTRODUCTION
Le claveau , maladie grave , principalement lorsque les bêtes à laine en sont infectées par voie de contagion , se manifeste dans toutes les saisons de l'année , attaque indistinctement les individus vigoureux comme les individus languissans , résiste à tous les traitemens curatifs , et produit toujours beaucoup^ de mortalités.
Cette affection exerce quelquefois de tels ravages et se propage avec une telle fureur , qu'elle occasionne des pertes considérables et devient un fléau dévastateur , à moins que l'on ne se hâte d'en atténuer les funestes résultats en inoculant la maladie elle-même aux animaux qui n'en ont jamais été atteints.
Proposée en 1760 par Chalette , et en 1765 par l'illustre Bourgelat (1), l'ino-
(1) Notes insérées à la suite du mémoire de M. Barbéret , sur les maladies érudémitjues des bestiaux ; nié-
culatîon claveleuse fut tentée par Venel, médecin à Montpellier, sur cent cinquante bêtes ; elle a été ensuite renouvelée par notre célèbre collègue M. Tessier, en 1786, par M. Chrétien, en 1797, et a été propagée depuis par nombre de médecins, de vétérinaires et de cultivateurs. Cette importante pratique n'a pas toujours produit les bons résultats que l'on cherchait à en obtenir. On lui a souvent attribué des accidens qui ne dépendaient que de circonstances particulières , étrangères à l'insertion du virus , et que l'on n'avait pas su apprécier. Il est en général plus facile de condamner une méthode nouvelle et présentée comme avantageuse , que de chercher à la confirmer ou à la combattre par des faits positifs. Conseillée par les uns et blâmée par les autres , la clavelisation n'a d'abord excité qu'une
moire couronné par la Société Royale d'Agriculture en 1765 , et que l'on attribue ; ainsi que les notes , à Bo;:r~ gelât.
(5) faible attention , et a même éprouvé pendant très - long - temps une sorte d'abandon.
L'introduction et la multiplication des mérinos en France devaient naturellement déterminer à des essais en tous genres , pour parvenir à garantir de la clavelée ces animaux précieux , et combattre avantageusement la maladie quand ils en sont atteints. Les premiers succès obtenus de l'inoculation de la vaccine dans l'homme , firent naître l'idée que le virus vaccin pourrait aussi servir de préservatif contre le claveau. L'identité que l'on trouvait entre le claveau et la petite vérole , faisait naturellement penser que le préservatif de l'une de ces maladies serait commun à l'autre. La vaccination fut donc tentée sur les bêtes à laine , et les essais se multiplièrent ; quelques-uns de ces essais furent publiés comme avantageux , mais l'on se hâta trop d'annoncer des résultats qui se trouvèrent contredits
(6) par des expériences ultérieures , faites a Versailles et en d'autres lieux (1).
La vaccination des bêtes à laine n'ayant pas donné les succès que l'on en attendait ?
l'on reprit la clavelisation que l'on a variée depuis , et que l'on a étudiée avec beaucoup plus de soin.
Des inoculations pratiquées sur environ douze mille têtes 7 tant à l'École vétérinaire d'Alfort que dans les enviions de la capitale , en 1812, i8i3 et 1 3 1 4 .> ont procuré une série de faits construis , et qui prouvent : i°. que la clavelisation exécutée suivant toutes les circons-
(1) La vaccination de la bête à laine ne développe qu'un bouton d'avortement , et qui n'a jamais les caractères de celui qui se manifeste dans l'espèce humaine. On peut donc présumer que la non-préservation du claveau par cette pratique dépend de ce que le virus vaccin n'a pas assez de prise , assez d'activité sur le mouton , pour détruire la prédisposition de cet individu à contracter la clavelée. Si 'l'on pouvait parvenir à déterminer dans le mouton le même travail que dans l'homme, tout porte à croire que la bête serait mise à l'abri de l'infection cla- Tclcsise.
C? ) tances requises , développe un claveau bénin qui parcourt régulièrement ses périodes , fatigue peu les animaux , et en fait rarement périr ; 2 . que la bête , une fois débarrassée de la clavelée inoculée , est exempte pour toujours d'une récidive quelconque \ 3°. que le claveau inoculé est aussi contagieux que celui qui est naturel , ou mieux accidentel. Ces mêmes inoculations ont encore eu l'avantage de faire connaître les moyens propres à traiter et à guérir ces tumeurs gangreneuses , toujours plus ou moins communes à la suite des clavelisations exécutées un peu en grand.
Dans l'opuscule que nous publions aujourd'hui , nous avons eu deux objets en vue : le premier et le principal est d'éclairer les propriétaires de troupeaux de bêtes à laine sur leurs véritables intérêts . en leur conseillant une pratique qui les délivre de toute crainte de la clavelée , et rend beaucoup plus assurées toutes leurs spéculations 5 en second lieu , nous avons jugé utile pour la science en gêné-
(8) rai , et sur-tout pour l'exercice de l'art vétérinaire , de donner une description précise du claveau , et de faire connaître cette maladie sous ses véritables rapports.
Lorsque l'on a étudié et suivi avec soin la clavelée auprès des bêtes malades , on est étonné de trouver dans les différens auteurs qui ont écrit sur cette affection , des détails qui s'accordent peu avec les observations cliniques , et l'on est surpris d'y rencontrer des errem*s graves . qui se sont propagées comme par une sorte de tradition.
Bourgelat ? dontles productions portent l'empreinte du génie , est celui qui a le mieux caractérisé l'affection dont il s'agit 5 il a cependant laissé beaucoup de choses à désirer et beaucoup d'autres à rectifier.
Il n'a pas exposé le cours le plus ordinaire de la maladie , considérée depuis son invasion jusqu'à ses terminaisons diverses.
Il s'est contenté de rapporter quelques phénomènes principaux , sans indiquer leur succession. Il n'a pas indiqué les di-
(9 ) vers états que parcourt le bouton claveleux depuis son développement jusqu'à sa disparition complète. En général , les remarques de cet auteur sur le claveau , quoique bonnes , sont confuses et présentées avec peu d'ordre ; elles peuvent entraîner dans l'erreur ou ne donner que des notions incertaines. Ce défaut d'ordre provient de ce que Bourgelat n'avait pas vu par lui-même , ou de ce qu'il n'écrivait que d'après des rapports communiqués , et qui étaient le résultat d'un petit nombre de faits mal observés.
Pour mettre cet opuscule à la portée de tous les cultivateurs ou autres propriétaires de bêtes à laine , nous avons évité , autant que possible , l'appareil scientifique , et nous nous sommes attaché à l'exposé simple des faits. Nous avons divisé notre travail en trois parties principales, dont la première renferme la description du claveau , et comprend tout ce qui a rapport aux caractères , aux suites et aux cours les plus ordinaires de la maladie.
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La deuxième partie embrasse le traitement de la clavelée. Dans cet article , nous avons discuté les moyens médicamenteux et hygiéniques que l'on doit employer , selon la valeur des bêtes malades , suivant qu'elles sont plus ou moins nombreuses , et selon la gravité de l'affection.
La troisième partie est consacrée au développement de la méthode de l'inoculation. Quoique nous ayons indiqué dans la deuxième partie cette utile pratique comme pouvant former la principale base du traitement préservatif, nous avons cru devoir consacrer un article particulier à l'exposition de tout ce qui concerne l'inoculation ; tels que le choix de la matière virulente , la manière de la recueillir ? celle de la transporter sur l'animal sain , et les suites de cette opération.