ARTICLE PREMIER
Description du Claveau.
§. I er . Caractères.
Jue claveau ou clavelée (i) est une maladie cutanée, éruptive, éminemment contagieuse, particulière aux bêtes à laine , et caractérisée
(i) Cette maladie a reçu une foule de dénominations plus ou moins ridicules ; ainsi on la nomme bête , bourgeon, boussade , chapelet, capelade , caraqne , cat t clavade , casse, clavelle , clacavelle , clavilière , clavin 7 claviau , clou, clousseau , cloubiau , chasse, coste, glavelade , glaviau , glavel , glavance , gamise , gramadure , la glave , la bête, liane, mal-rouge, magogne , peste , petite-vérole , picotin, picotte , pustule , pustulade , roche } rougeole f variole f Tariolin, vérole, vérolin , verette.
( iO
par la présence de boutons très-remarquables qui se montrent d'abord aux ars antérieurs et postérieurs, successivement à la face interne des avant-bras et des cuisses, aux lèvres, au pourtour des yeux et de l'anus, entre la laine , et finissent par se propager en plus ou moins grand nombre sur toute la surface du corps.
Dans beaucoup de sujets, cette éruption boutonneuse devient intérieure , et se manifeste à la surface des poumons , des estomacs et autres viscères.
La clavelée , qui paraît être le produit uniquement de la contagion, est toujours plus ou moins funeste aux troupeaux qu'elle attaque accidentellement , dans lesquels elle occasionne souvent beaucoup de mortalités, et dont elle fait quelquefois périr la presque totalité des malades.
Les boutons claveleux, dont la forme approche de celle d'uue lentille , sont de grosseurs diverses; ils résident dans lecorps de la peau, et ils affectent des états différens , suivant leurs périodes et selon les degrés où ils sont parvenus. Lorsque la maladie parcourt régulièrement ses phases, on observe que le bouton nouvellement eclos est dur et hémisphérique ; qu'il devient insensiblement un peu plus grand et circulaire •
( '3 ) par suite il s'aplatit, présente une dépression dans son centre; il diminue et se résout d'une manière insensible ; il finit enfin par disparaître et ne plus laisser que la trace ou cicatrice du point qu'il occupait. Peu de temps après le développement du bouton, l'épidémie qui le recouvre , se soulève et forme une pellicule ordinairement blanchâtre, et qui dégénère bientôt en croûte. Celle-ci , d'abord mince et molle , persiste jusqu'après la disparition de la pustule; elle devient peu -à-peu dure, raboteuse, se dessèche , se détruit par petites écailles ou en poussière , et ne tombe que rarement en masse.
Par -dessous l'épidémie détaché, il se fait une sécrétion d'une sérosité roussâtre , qui humecte la pellicule, se combine avec elle, et concourt ainsi à former la croûte dont il vient d'être parlé. Cette sécrétion séreuse, qui entretient une humidité à la surface du bouton , ne subsiste qu'un certain temps ; quand elle est complètement supprimée , la croule se dessèche entièrement, et la pustule se résout. Vient -elle à être arrêtée par quelque circonstance accidentelle, aussitôt le bouton perd son état humide , se dessèche , et la maladie reste plus ou moins stagnante , ou
hien elle prend subitement une direction fâcheuse.
L'humeur séreuse , qui est le produit de la sécrétion précédente , suinte à la surface du bouton dont on a enlevé la croûte ou pellicule ; elle est peu abondante , s'amasse en très-petites gouttelettes, et l'on augmente son excrétion en comprimant la pustule. Assez semblable à du sirop de gomme, cette humeur est d'abord limpide , puis roussâtre ; elle s'épaissit vers le déclin du travail, et forme souvent un liquide blanc qui s'amasse sous la croûte, et que l'on a si mal à propos considéré comme du pus. Celte sérosité constitue la véritable matière virulente , qui est propre à transmettre la maladie aux bêtes susceptibles de la contracter , et qui est toujours employée avec succès à l'inoculation.
,§. II. Division.
D'après la nature et la disposition même des boulons , on distingue communément le claveau en discret et en confluent. Dans le premier cas , les boutons , peu nombreux , n'excèdent pas ou presque pas la grosseur d'une lentille ordinaire , et ils.sont isolés les uns des autres.
Dans le claveau confluent , la maladie offre des caractères graves : les boutons , gros et nombreux , forment tantôt des séries de tumeurs continues et disposées en cbapelet; d'autres fois ils sont rapprochés , sont unis en tas isolés , et constituent autant de tumeurs raboteuses plus ou moins étendues.
Dans l'une et l'autre de ces circonstances , la maladie peut avoir des suites fâcheuses ; mais celles du claveau confluent sont plus souvent funestes, parce que les organes intérieurs sont toujours attaqués , et que la fièvre typhode complique parfois l'affection principale.
On divise aussi le claveau suivant la manière dont il parcourt sa marche , en régulier et irrégulier , en bénin et malin , en claveau de première lune et de seconde lune; de première, deuxième, troisième bouffée. Le claveau peut encore être accidentel ou inoculé.
Dans le premier cas , l'animal est infecté par voie ordinaire de contagion , par cas fortuit ; tandis que le claveau inoculé est toujours l'effet ou la suite d'une opération manuelle , qui consiste a introduire le virus dans l'animal susceptible d'en être attaqué.
(i6) §. fil. Marche et suites les plus ordinaires*.
Dans le cours de cette affection , l'on distingue l'invasion de la maladie , l'éruption boutonneuse, la suppuration, ou mieux sécrétion séreuse, enfin la dessiccation. L'expérience a prouvé que la clavelée parcourt ces quatre périodes plus rapidement en été qu'en hiver, et qu'elle est aussi moins dangereuse et moins long -temps à se dissiper dans le claveau inoculé que dans celui qui a été contracté accidentellement. Pendant les grandes chaleurs et les longues sécheresses de l'été, elle est trèspernicieuse et occasionne beaucoup de mortalités ; tandis qu'au printemps , à l'automne , en un mot dans tous les temps secs et sans excès de chaud ou de froid, elle est bien moins dangereuse , et ne fait périr que peu de malades.
Tant que le claveau borne son action à la peau, il parcourt régulièrement ses phases, et sans suites fâcheuses. S'il affecte quelque viscère essentiel à l'exercice de la vie , il peut devenir grave et funeste à un très -grand nombre de bêtes. D'après cela , il est facile de concevoir pourquoi la clavelée accidentelle est toujours plus dangereuse que celle qui est
( 17 ) le produit de l'inoculation. Daus ce dernier cas , le virus est porté directement sur l'organe cutané, où la maladie exerce une action spéciale ; il n'a conséquemment pas besoin de revenir de l'intérieur à l'extérieur , et il ne pourrait , dans tous les cas , affecter que secondairement les viscères.
Cette formidable affection s'annonce par un mouvement fébrile ordinairement peu intense , qui persiste deux, trois à quatre jours, et se termine par l'éruption boutonneuse. Souvent cette éruption n'est précédée d'aucun symptôme inflammatoire; d'autres fois elle débute avec une forte -inflammation cutanée : cbaque bouton est alors entouré d'une auréole rouge qui subsiste plus ou moins de temps. Ce dernier phénomène ne survient ordinairement que dans les temps très -chauds, et sur -tout chez les animaux qui ont été exposés trop longtemps à l'ardeur du soleil , qui ont éprouvé quelques fatigues par des marches forcées , ou qui ont été tenus trop long -temps enfermés dans des bergeries basses , mal aérées et encombrées de fumier.
Dès le début du claveau bénin , la bête à laine devient un peu triste , et .reste plus ou moins abattue jusqu'à ce que l'éruption se soit opérée ;
(i8) après celte crise , l'animal éprouve un mieiri réel ; il recouvre un peu de sa gaîté et de sa vigueur ; néanmoins il conserve un état de faiblesse marquée , et il maigrit jusqu'à l'époque de la dessiccation , où il reprend peu-a-peu ses forces et son énergie première. Dans cette variété de claveau, l'éruption boutonneuse est ordinairement peu considérable ; elle parcourt ses diverses pbases régulièrement et sans laisser après elle des altérations graves. Souvent elle se borne à quelques boutons , et ne produit aucun dérangement sensible dans l'exercice des fonctions. Il n'eu est pas de même lorsque l'affection se propage à l'intérieur ; les poumons éprouvent souvent des épatisations qui pïoduisent la suffocation et la mort ; d'autres fois il se développe dans la substance pulmonaire des concrétions qui , n'étant pas susceptibles de résolution , s'opposent au rétablissement complet de l'individu qui , comme les chevaux affectes de vieille courbature ,• reste maigre et débile pendant tout le reste de sa vie.
Le mouton atteint d'un claveau malin , devient dégoûté , traînard, et finit quelquefois par ne pouvoir plus suivre le troupeau , ni même se soutenir. Lorsque la maladie est par-
( *9) venue a un certain degré , on remarque en lut les symptômes suivans : faiblesse générale * pâleur de la conjonctive et des autres membranes muqueuses ; chute plus ou moins considérable , et quelquefois totale , de la laine ; écoulement par les narines d'une morve fétide , qui forme autour des naseaux des concrétions qui bouchent ces ouvertures , et gênent plus ou moins la respiration; souvent les paupières deviennent tuméfiées , chassieuses , et restent collées ensemble ; d'autres fois , il y a altération plus ou moins considérable de l'organe de la vue , et fréquemment perte d'un ou des deux yeux à la fois. Dans quelques cas , la maladie se concentre plus particulièrement autour des oreilles , et les détériore de diverses manières. A ces principaux caractères, on peut en ajouter quelques autres , tels que la grande sensibilité de la peau , la faiblesse extrême des reins , la nature des excrétions diverses ; enfin la diarrhée qui annonce constamment la perle de l'individu.
Pendant le cours du claveau , soit bénin , soit malin , l'on observe fréquemment des crises qui ont différens résultats, et qui consistent dans le développement de tumeurs plus ou moins grosses qui se forment dans le tissu cel-
Julaire sous-cutané ; plusieurs de ces tumeurâ ? graves et essentiellement gangreneuses , ion* périr les malades en fort peu de temps , à moins que les secours de l'art ne soient administres a propos ; quelques autres , simplement phlegmoneuses, s'abcèdent et occasionnent une suppuration plus ou moins abondante , qui en produit la fonte ; enfin d'autres petites tumeurs roulantes sous la peau , et toujours détachées les unes des autres , ne sont nullement dangereuses , se guérissent d'elles-mêmes , et se terminent constamment par résolution , à moins qu'une irritation spéciale ne les fasse abcéder ou dégénérer en gangrène.
Ainsi qu'il a été dit précédemment , la clavelée n'a pas toujours une terminaison heureuse ; la délitescence , la métastase , la gangrène et la mort ne troublent que trop fréquemment le cours de cette affection. La délitescence qui comprend la rentrée plus ou moins subite des boutons nouvellement éclos , dépend le plus communément d'une astriction produite sur 1% peau» soit par la pluie, soit par la neige, ou par un air trop vif; elle peut aussi être l'effe6 d'une indigestion ou de toute autre irritationj intérieure. Dans le cas de délitescence, l'humeur morbide peut accabler un viscère esseiL-
tiel à la vie, et devenir funeste à l'individu. Si l'animal conserve sa gaîté et son appétit , le pronostic est favorable ; il surviendra une nouvelle éruption cutanée , et la maladie reprendra sa marche première : mais si, après la disparition des boutons , il se déclare de la fièvre avec battemens des flancs et difficultés de respirer , le pronostic est fâcheux et la mort est à craindre.
La métastase, qui peut reconnaître les mêmes causes que la délitescence , s'annonce par uu état particulier de dessèchement des boutons déjà avancés. Dans cette deuxième circonstance , l'action développée dans l'organe cutané , et qui tendait à la guéri son , se trouve intervertie , et toute sécrétion est conséquemment supprimée. Si à cette époque l'on enlève , soit la pellicule , soit la croûte du bouton , la surface , mise à nu , ne laisse plus suinter de sérosité, et est complètement sèche. La métastase est une terminaison toujours dangereuse , qui est le plus souvent suivie d'une altération grave des poumons ; et celle-ci produit en peu de temps la mort de l'animal.
Les pustules , qui sont le produit de l'éruption claveleuse , deviennent-elles violacées et ensuite noirâtres? ces changemens, toujours
fâcheux , dénotent constamment une disposition à la gangrène , à la destruction , à la mort. Néanmoius , si ces pustules éruptives se maintiennent violacées; si, pendant ce temps, le centre du bouton continue à s'affaisser , et que la sécrétion séreuse ne se supprime pas , le pronostic est eucore favorable , et Ton peut espérer la guérison.
§. IV. Contagion.
Le claveau n'est point une affection constitutionnelle , innée dans la bête à laine ; il est constamment le produit de la contagion due h un virus particulier , volatil et qui se transmet de diverses manières.
Cette maladie n'attaque qu'une seule fois le même individu (i)j elle survient indistincte-
(i) Il est maintenant Bien prouvé que la bête à laine qui a été une fois affectée du claveau , soit accidentel , soit inoculé, n'est point exposée à la récidive, et qu'elle est pour tou]ours à l'abri d'une nouvelle infection.
A chaque inoculation que l'on a exécutée dans le troupeau de l'École d'Alfort, on a inséré du virus claveleux sur des animaux dont les uns avaient eu la clavelée accidentelle , et d'autres le claveau inoculé. Cette insertion a toujours été sans effet, et a prouvé, ce qui était depuis
ment dans tous les temps et dans toutes les saisons de l'année. Les animaux la contractent par cohabitation , par contact médiat ou immédiat, par insertion au moyen d'un instrument. La plus légère circonstance peut la leur communiquer : tout troupeau sain qui passe immédiatement, ou même quelques jours après, et qui séjourne ou broute sur les mêmes lieux qu'une troupe claveleuse , est exposé à l'infection , dont il se trouve atteint au bout de quelques jours (i). La contagion se propage aussi par la voie des personnes ou des animaux qui touchent des bêtes claveleuses ou qui en approchent de trop près , par le transport des peaux , des fumiers et des laines provenant d'individus malades; par les chiens qui exhument les cadavres , etc. D'après quelques auteurs , l'air serait encore un moyen propre à porter au loin les germes contagieux. Selon Gilbert t il suffit qu'un troupeau sain se trouve sous le vent et à la distance de moins de cent toises
si long- temps douteux, que l'animal ne peut être atteint qu'une seule fois.
(1) Dans cette circonstance, la contagion a lieu par la matière animale que le troupeau infecté a déposée , et qui a encore conservé assez d'activité pour donner la maladie aux bètes saines.
d'une troupe attaquée , pour qu'il puisse contracter le claveau. Des observations ultérieures ne sont pas d'accord avec cette assertion , et il est plus que probable que cette propagation par l'air ne peut pas avoir lieu.
« Les niaiges , les guérisseurs , les maré- » cbaux , les marchands , les bouchers , qui » courent les campagnes et visitent des trou- » peaux affectés de la contagion , la dissémi- » nent bien plus souvent qu'on ne le croit com- » munément ; c'est sur-tout sur les routes qui * conduisent aux foires , et particulièrement » aux foires grasses , et dans les bergeries y des auberges qui reçoivent habituellement » des moutons, que le claveau se gagne le plus » souvent.
» Ceci explique pourquoi les cultivateurs qui » vont chaque année se pourvoir de moutons » de rechange ou de remplacement dans les » foires, sont infiniment plus exposés au dan- » ger du claveau , que ceux qui élèvent eux- » mêmes tous les individus dont ils ont besoia 5> pour entretenir leurs troupeaux (i). »
L'infection clavelense , transmise acciden-
(1 ) Instruction sur le claveau des moutons , par F. II. Gilbert , page 20.
( 25) tellement à une bêle saine , n'est suivie de l'éruption boutonneuse qu'au bout de six à buit jours dans les temps chauds, et plus tard quand la saison est froide s sur -tout si elle est en même temps humide. Pour s'assurer de ce fait, il suffit de laisser coucher pendant une seule nuit une bête saine à côté de quelques bêles claveleuses , dont les boutons sont en pleine sécrétion. On la retire dès le lendemain matin ; on l'enferme dans un lieu séparé à l'abri de toute nouvelle infection , et où l'on puisse l'observer à son aise. Il m'a été impossible de déterminer d'une manière précise le laps de temps qui s'écoule depuis l'époque de l'infection jusqu'à celle de l'éruption boutonneuse , en ayant égard à la température de la saison , à celle des lieux où les animaux sont enfermés, a l'âge et au tempérament des sujets. 11 règne sur ce point de si grandes différences, qu'il sera très-difficile de parvenir à présenter des principes fixes ; il est même présumable que l'on 6era forcé de s'en tenir à des termes moyens , tels que ceux que nous avons établis.
Ces données approximatives doivent être indépendantes des exceptions particulières qui peuvent être plus ou moins grandes. Le fait suivant démontre combien il peut régner de
variations entre l'instant de l'intromission du virus et celui de l'éruption boutonneuse.
Dans le mois de juin 1812, je fus appelé à Chelles , département de Seine et Oise , à l'effet de constater juridiquement l'existence de la clavelée dans une troupe de deux cents têtes acquises à la dernière foire de Saint -Denis, par M. Nastj propriétaire et cultivateur audit lieu de Chelles ; sur ces deux cents bêtes , j'en trouvai plus de la moitié infectée du claveau , qui commençait à faire son éruption , et qui , dans la presque totalité des individus , était accompagné d'une forte inflammation cutanée.
Les animaux sains furent séparés des malades et placés dans des bergeries isolées ; j'indiquai au propriétaire les précautions qu'il avait à observer , et je fis mon rapport écrit à M. le maire de la commune de Chelles. Dès le lendemain de cette première opération , le temps qui était sec et très-chaud, devint subitement pluvieux , froid et humide : ce changement brusque de température détermina la rentrée des éruptions déjà formées. Le troisième jour on me fit part de ce qui venait de se passer ; d'après une nouvelle invitation de M. Nasij je me rendis immédiatement
auprès du troupeau , afin de reconnaître et constater moi-même l'état des choses ; je revis avec soin toutes les bêtes qui avaient été mises •à part pour cause d'infection : je remarquai que les deux tiers au moins de ces animaux ne présentaient plus aucun signe de claveau , et que l'autre tiers n'avait que quelques boutons épars et sans auréole inflammatoire. Surpris de ce phénomène , je me proposai d'en bien observer les suites , et je visitai les auj| maux le plus souvent qu'il me fut possible.
L'éruption boutonneuse ne commença à reparaître dans quelques individus que le quinzième jour, après celui de ma deuxième visite; et elle n'a été rétablie dans la totalité de ces bêtes que le vingtième jour.
L'infection introduite accidentellement dans un troupeau , ne se propage pas successivement et sans interruption d'une bête à l'autre ; elle va par bouffées , par attaques , par lunes , c'està-dire qu'elle se déclare en même temps sur un certain nombre de têtes , puis reste latente pendant quelque temps , se remontre ensuite sur de nouveaux animaux , et ainsi successivement jusqu'à ce que tous les individus qui composent la troupe en aient été atteints. Ce cours ordinaire au claveau accidentel paraît
dépendre de ce que la maladie n'est réellement contagieuse qu'à une certaine époque , et de ce qu'après son introduction dans l'animal sain , l'éruption n'a lieu qu'au bout d'un certain • temps. Je démontrerai ailleurs que l'infection s'opère durant la sécrétion séreuse , et non pendant la dessiccation des boutons , comme l'ont avancé presque tous les auteurs qui ont écrit sur la clavelée. Il est bien vrai que la deuxième ou troisième bouffée ne se montre qu'à l'époque de la desquamation de la bouffée précédente ; mais le développement de cette deuxième attaque ne doit pas être attribué à la matière dessécbée de la première lune. Dans les expériences que j'ai tentées sur le virus claveleux , je me suis assuré que cette matière, qui est le produit de la destruction de la croûte des boutons , n'est point contagieuse et ne communique pas la maladie. Si elle était capable de transmettre l'infection , l'éruption boutonneuse ne paraîtrait qu'après la dessiccation complète des boutons de la bouffée précédente ; et le contraire a lieu.
Ce mode de propagation démontre pourquoi une troupe un peu nombreuse reste infectée du claveau accidentel pendant trois, quatre, cinq et six mois , et quelquefois un an % suivant
( 2 9) > que les bouffées envahissent moins de têtes et qu'elles se succèdent à des époques plus ou moins éloignées.
En général , la contagion est plus rapide dans les chaleurs de l'été que pendant les froids de . l'hiver, et sur -tout durant les pluies, qui la rendent toujours moins intense. On a remarqué depuis long-temps que les eaux pluviales ont la propriété d'entraîner les miasmes répandus sur les corps , et qu'elles diminuent par-là les moyens d'infection. Cette circonstance indique la nécessité de faire voyager les animaux sains le matin, et sur-tout après la pluie; de laver soigneusement tous les objets que l'on soupçonne empreints du virus , et qui peuvent être dans le cas de servir à des bêtes qui n'ont jamais eu la maladie.