‹ Mémoire sur le commerce maritime de RouenChapitre 3 sur 38 · XVI H · texte numérisé non relu

XVI H

Pèdre. La morgue espagnole et les vaines prétentions de l'ambassadeur y sont livrées au mépris et à la dérision, avec les formes bouffonnes et les libertés de langage qu'aimait le xvi® siècle.

Ernest de Fré ville publia, dans V Annuaire de la Société d'Histoire de France^ des travaux moins susceptibles d'analyse , tels que le Tableau historique et chronologique des grands fiefs de la Cou»' ronne, et les Divisions financières de la France avant 1789. Tous ceux qui s'occupent de l'histoire nationale y trouveront de précieuses indications et y remarqueront partout cette science sobre et exacte , qui était un des mérites de notre ami. J'en dirai autant des notes qu'il a ajoutées à un document inédit publié dans le Bulletin du Comité his^ torique (1) , et des nombreux articles bibliographiques disséminés dans la Bibliothèque de C Ecole des Chartes.

Mais c'était surtout à son mémoire sur le commerce de Rouen qu'Ernest de Fréville consacrait ses loisirs. Il en détacha quelques fragments pour la Bévue de Rouen , la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes et les Mémoires de la Société des Anti-

{{) T. U, p. 20-t et suiv.

(/uaires de France; mais difficile pour lui-même et poussant jusqu'au scrupule le soin de Texactitude , il ne cessait d'amasser de nouveaux documents. Tous ses amis se rappellent ses nombreux voyages à Rouen et ses patientes recherches dans les divers dépôts d'archives de la Seine-Inférieure. Les manuscrits recueillis et classés par sa famille attestent combien ces labeurs ont été féconds , et le lecteur pourra se convaincre, en étudiantle mémoire sur le commerce maritime de Rouen et les pièces justificatives que l'auteur y a jointes, avec quel soin il avait dépouillé les documents imprimés et manuscrits qui pouvaient éclairer son sujet. Il sera facile de discerner les parties de cet ouvrage qu'il a pu compléter , revoir et préparer pour l'impression , de celles qui portent encore l'empreinte d'un premier jet; mais, môme dans cet état d'imperfection relative, le mémoire sur le commerce maritime de Rouen resle l'œuvre capitale d'Ernest de Fréville , travail d'une vraie et solide érudition, qui justifie les éloges et les récompenses que lui accorda il y a onze ans l'Académie de Rouen. Quoiqu'il puisse paraître maintenant superflu d'en présenter l'analyse, j'ai cru que , dans cette notice qui embrasse l'ensemble des œuvres de notre ami , je ne pouvais

rae dispenser de marquer les grandes divisions et les traits principaux de ce mémoire.

L'auteur y remonte aux temps les plus reculés , et réunit les textes épars dans les chroniques et les chartes royales sur l'ancien commerce de Rouen (1). 11 prouve que la Seine fut de tout temps une voie de commerce importante et que la situation de notre ville sur ce fleuve en fit de bonne heure l'un des entrepôts les plus considérables du commerce de la Gaule. Dès le temps deDagobert, Rouen était un des ports principaux de l'empire des Francs : les marchands du Midi y apportaient l'huile, la garance et autres denrées destinées à la foire du Landit [Indictum), ou foire de Saint-Denis (2). Un siècle plus tard, V Itinéraire de saint Guilbaud {WilUbaldus) parle de Rouen comme d'une grande place de commerce (3). Un atelier monétaire y fut établi par Gharles-le-Chauve (4), et lorsque ce roi, poursuivant son frère Lothaire, vint à Rouen, il

(1) Voyez Mémoire ^li. 1-48.

(2) Ibid., p. 26-27.

(5) Ibid., p. 29.

(4) Ibid. , p. 54.

trouva de nombreux navires dans le port (1). Ainsi le commerce normand était déjà très florissant à l'époque des Mérovingiens et des Carlovingiens.

Au ix" siècle, les invasions des Scandinaves portèrent dans la Neustrie la désolation et la ruine. Au lieu de pacifiques marchands, on ne voit plus sur la Seine que des pirates pour qui la mer et les flots sont le champ des aventures. Ils remontent le fleuve sur leurs barques légères (2j , en désolent les rives et entassent dans l'île d'Oscellus (Oissel) les dépouilles des villes et des monastères. Mais enfin ces Normands , maîtres de la Neustrie au x* siècle , deviennent les sauveurs du pays qu'ils avaient dévasté. De là l'impulsion donnée à notre province , rintrépidité de ses marins , les relations nouvelles établies avec les Etats Scandinaves , la conquête des Deux-Siciles et celle de l'Angleterre.

Cette partie du travail n'est qu'une savante introduction qui prouve l'importance immémoriale du port de Rouen. L'auteur, avant de continuer sa relation historique, s'arrête pour

(1) Nithardi histor. apud Script, rer. gallic. et franc. , t. vin, p. 49.

(2) Mémoire, p. 46 48.

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