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Je ne trouve point l'affranchissement du péage de Poissy en faveur de Saint- Wandrille ; peut-être la charte a t-elle été perdue. Il est certain, du reste, qu'il y avait un péage à Poissy avant la fin du xi* siècle, puisque les denrées des moines du Bec furent dispensées de l'acquitter par Philippe PS roi de France (1).
En 1039, Saint- Wandrille obtint la franchise de ses bacs du seigneur de Conflans- Sainte -Honorine (2), et de celui de Maisons, entre les années 1063 et 1090. Cette dernière donation fut confirmée en 1117 (3).
En redescendant la Seine au-dessous de Mantes , le premier barrage féodal que l'on rencontrait, au XI® siècle, était celui de la Roche-Guyon. Les maîtres de cette imprenable forteresse semblent avoir tenu rigueur, pendant fort longtemps, aux moines de Saint-Wandrille et de Jumiéges. Peut-être avaientils raison , car il résulte d'un accord de l'année 1282 (4), que les religieux des deux monastères envoyaient, dans leurs prieurés de l'Ile-de-France,
(1) Neustria pia^ p. 482 etsuiv. C'est par erreur que l'auteur du A^eM5fria a attribué ce diplôme à Philippe-Auguste.
(2) f^. mes preuves, pièce III.
(5) ^. mes preuves , pièces IV et suivante. C4) r. mes preuves, pièce XIII.
des vins de Gascogne et de Poitou en quantités si considérables , qu'on n'oserait dire qu'ils n'en revendissent point; chose tout-à-fait contraire aux saints canons, qui prescrivaient formellement à tous les membres du clergé de s'abstenir du trafic. Mais ces défenses , répétées de siècle en siècle jusqu'au xvi® , donnent à penser qu'on n'en tenait pas grand compte (1). Quoi qu'il en soit, les sires de la Roche , heureux de trouver leurs intérêts d'accord, cette fois, avec ceux de la discipline ecclésiastique, s'étaient mis à prélever, sur les bacs de Jumiéges et de Saint-Wandrille , des droits arbitraires. Et il fallut que les deux puissantes abbayes souffrissent cette vexation , jusqu'à ce que la royauté , devenue plus forte, et qui d'ailleurs voulait se faire des amis en Normandie , eût obligé le sire de la Roche à ne pas traiter les moines plus durement que les marchands. Ce fut là tout ce que Philippe Auguste, en l'année 1185, put obtenir de son redoutable vassal (2) ; mince succès, il faut le dire , et d'autant plus que les sires de la Roche laissaient passer en franchise , au moins depuis l'an 1080, les bacs de Saint-Père-de-Chartres (3). L'abbaye de Fécamp jouissait sans doute d'une
(1) V. Dom Bessin, Concilia Normanniœ^ pass.
(2) r. mes preuves, pièce XII.
(3) Cartul. de Saint- Père ^ précité, p. 181.
exemption pareille , en récompense de la peine qu'elle prenait d'entretenir de desservants la chapelle du château (1).
Après le péage de la Roche, venait celui de Vernon, dont Saint- Wandrille ne fut libéré qu'en 1185, au plus tôt. Cependant ce péage se percevait au milieu du xi'' siècle , et, dès l'an 1066 , l'abbaye de la Sainte -Trinité-du- Mont -lez-Rouen en était affranchie (2). Quant au tonlieu d'Andeli qui appartenait à l'église de Rouen et qui existait aussi au milieu du xi« siècle (3), on ne peut douter que les navires des monastères normands n'en fussent exemptés , bien que les chartes de concession ne se retrouvent point. On sait , en effet, que ces navires étaient privilégiés jusque dans l'un des ports du fief d'Andeli,àVezillon(4).
Saint - Wandrille , on l'a déjà remarqué sans doute, n'était pas la seule abbaye qui possédât, sur
(1) ... .' Ego Wido, clemencia Dei fiJelis.. donoS. Trinitati S. Sanxonis ecclesiam , quae est in Castro meo cum omnibus
appendiciis suis sans date (Archives départementales de la
Seine-Inférieure; Cartul. A. de Fécamp^ fol. LIIII recto).
(2) Cartul. de Saint-Père^ précité , p. 178 ; Cartul. de la Sainte-Trinité du-Mont^ publié à la fin du Cartul. de Saint- Bertin^ p. 450.
(5) Cartul. de Saint-Père^ p. 176.
U) I^eustriapia^ p. 490.
les bords de la Seine , des prieurés , ou plutôt des marchés et des entrepôts de vins , de blés et autres approvisionnements. Ainsi, pour ne parler que des monastères normands, le Bec avait reçu, en 1080, delà munificence d'Yves , comte de Beaumont-sur- Oise , et de sa femme , Adélaïde , le prieuré de Conflans-Sainte-Honorine , et Fécamp possédait, au XII® siècle, le prieuré de Saint-Georges, à Mantes (1). Jumiéges nous semble avoir été le moins favorablement partagé. Nous ne lui trouvons pas d'établissements dans ces cantons; et tandis que Fécamp obtenait de Louis VII le franc parcours de la Seine et de l'Oise, Jumiéges conservait à grand'peine la franchise de ses bacs , à Mantes. Il ne put même la maintenir, qu'en s'obligeant à payer au roi une redevance annuelle d'un esturgeon , et, à défaut d'esturgeon, d'un palefroi (2).
Les obstacles de tout genre que les abbayes eurent à surmonter pour rétablir et défendre leurs privilèges, se présenteraient imparfaitement à l'esprit si nous ne rappelions encore le caractère purement
(1) Neusirîa pia,\). 8G3.
(2) Cf. aux archives départementales de la Seine-Inférieure, la charte de Louis VII, de H71, en faveur de Féc^ïmp, vidimée en 1401 {Carton hist. sur Fécamp)^ et la charte du même prince, de 1174, dans le Cartul. A de Jumiéges^ n® C8
|»(M>()fiii('l tlr> (|(»ii;ili()iis .111 rii(>V( ii-A;4«', p| iiiis^i les ciili'avcs ([uo le (ir'mciiihrfiiicnl des tiefs , par veille ou parlniçe, inellail au.v moindres transactions. De là, des j)roers sans lin. Le [x'-auc de Manies, (;nlr(! antn^s , doinia naissance à des dehals internjinables, dans l('S(|U('ls les deux nioiiasières de Saint Wandiille et de Fi-eanip se trouvèrent mêlés ; 1<' piemier à (mus<' de son prieur»'- de U(^sny , et le second, du chef de celui d(> Saint (leori^es I ,. Knfin les al)hay(^> triomplièi'eiit , et, au xvi'^ sit^'cle , Saint Wandi'ilie put a juste titre ins/'rei' celle clause dans ses av(Mix : « Kn la rivière de Seine , nous avons droit d'avoir navires et bateaux , les(juelz porlans nos biens , on montant et avalant la dicte rivière , sont francs et ((uitt(^s poui'flajaller 2 , en l'endroit de chacun travers ou acipiit ^3^. »
(1) Cf. aux archives départ. d3 la Seine Inféricuro, le cartul. de Saint- Jf'andnUe , fol. CCf.V recto, CCCVI ver.so, CCCVII recto et verso; le cartul. A de Fécamp, fol. CXVIII recto et verso; le carton historique sur Féramp , charte originale vidimée datée de février 1-299. V. aussi Xeustria pia., Rodonium, p 604 et 605.
(2) Dans une charte de 1507 (V. S.) on trouve corner au lieu de (lajaller. {Cartul. de Saint-ïf'andrille, fol. CCCVII, verso et suiv.). Ces deux mots sont synonymes. Ils expriment que le conducteur du bac de l'abbaye était quitte pour avertir le péager de son passage en jouant ou en donnant un coup de cornet.
(3) Ârcli. départ. S. Jf'andrille. — Caudchcc — droits de coutuwes — watières diverses.
Voici maintenant, comme résumé de ce qui précède , la liste des péages établis entre Rouen et Paris, avec la date la plus reculée de leur existence : Andeli, antérieur à l'an 4 055 (1) ; Vernon, antérieur à l'an 1060 (2); La Roche-Guyon, antérieur à l'an 1080(3); Mantes, existant en l'année 1006(4); Meulan, antérieur à l'an 1015 (5) ; Poissy, antérieur à l'an 1094 (6) ; Conflans-Sainte-Honorine, existant en l'année 1039 (7); Maisons, antérieur à l'an 1090 (8). On s'explique à présent pourquoi Saint- Wandrille a été pris pour base de nos recherches ; c'est que cette abbaye , à cause de son prieuré du Pec, près de Paris, est celle qui eut à solliciter le plus grand nombre d'affranchissements; autrement dit, celle qui nous devait fournir la plus grande quantité de chartes sur les péages.
Au-dessous de Rouen , la navigation de la Seine était libre (9), sans doute parce que les ducs de Nor-
(4) Cartul. de Saint-Père, p. 176.
(2) Cartul. de Saint-Père, p. 178
(3) Cartul. de Saint-Père, p. 181.
(4) ^rt de vérifier les dates ^ in-fol., t. II, p. 682.
(5) f^. mes preuves, pièce I.
(6) Neustria pia, p. 482. (/^. ci-dessus, p. 60, note ï. )
(7) F. mes preuves, pièce III.
(8) ^. mes preuves, pièce IV.
(9) /^. toutefois le chapitre suivant, où il est question des droits des seigneurs de Tancarville.
mandie exerçaient, dans leur principauté, un pouvoir souverain, de la conservation duquel ils se montrèrent toujours fort jaloux. De ce côté , nos abbayes eurent donc peu à faire. Toutes, sans exception , obtinrent la franchise pour leurs provisions naviguant sur la Seine, ou abordant dans les ports de mer du domaine des ducs. Quelques-unes eurent même des droits de pêche fort étendus. Ces dernières concessions furent l'origine d'une cérémonie singulière que nous rapporterons ici, bien qu'elle ne remonte pas probablement au xi® siècle.
D'après deux mémoires, rédigés en 1 427, pendant l'occupation de notre province parles Anglais, sept seigneurs possédaient, depuis un temps immémorial, « chacun une franche-nef pécheresse, en la prévôté d'Etretat, savoir : trois abbés, un prieur et trois chevaliers, dont l'abbé de Fécamp est l'un, et les autres sont l'abbé de Saint-Wandrille, l'abbé du Valasse, le prieur du Pré (Notre-Dame-de-Bonnes- Nouvelles, à Saint-Sever-lèz-Rouen), le comte de Longueville, le sire d'Elouteville et le seigneur de Basque ville (1). » Mais , pour pouvoir exercer leur privilège, chacun de ces seigneurs devait envoyer, tous les ans, la veille de la Saint-Michel , une personne au prévôt d'Etretat, « qui est là, disent les
(1) V. mes preuves.
mémoires, de par le Roy, assis à table, au soir, au lieu ordonné et accoutumé. Lequel prévôt a devant lui une chandelle allumée , que l'on appelle la Chandelle du Roy. Et avant que cette chandelle soit usée et éteinte, le commis de chacun de ces seigneurs doit dire au prévôt : « Je suis icy venu, de par tel seigneur vous dire que tel maître de nef.... est ordonné (désigné), pour l'année commençant au jour de demain, à mener la franche-nef de Monsieur. Si vous déprie (ainsi je vous prie) que vous le laissiez jouir de ladite franchise. »